‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 129 sur 153 · M. VERTEUIL , DIDIER · texte numérisé non relu

M. VERTEUIL , DIDIER

M. VERTEUIL. Tou maître est donc bien aise que je t'aie fait ce cadeau?

DIDIER. Oui, mon cher tuteur, il en est enchanté 5 mais pour moi , cela me fait de la peine à présent.

M. YERTEUiL. En quoi donc, mon ami?

DIDIER. La pauvre Léonor ! Elle est peut-être fâchée de ce que j'ai une montre , et de ce qu'elle n'en a point. Je ne voudrais pas vous paraître indifférent pour vos bienfaits; mais si j'osais vous prier —

M. VERTEUiL. Génércux enfant! va, sois tranquille. Elle a reçu des boucles d'oreilles qui valent deux fois ta montre.

DIDIER. 0 mon cher monsieur Verteuil, combien je vous remercie !

M. VERTEUIL. Et jc nc bomcrai pas à ces bagatelles les témoignages de mon amitié.

DIDIER. Ah! tant mieux, tant mieux !

M. VERTEUIL. Jc vois avcc rcgrct que son éducation n'est propre qu'à lui préparer des chagrins.

DIDIER. Oui, ma chère tante imagine qu'un peu de dessin, de danse et de musique, est tout ce qu'il y a de nécessaire dans le monde pour être heureux.

M. VERTEUIL. C'cst à CCS frivolcs agréments qu'elle sacrifie le soin de cultiver son esprit, et d'inspirer à son cœur les vertus qui peuvent seules lui attirer une véritable considération. Comme la raison de Léonor a été négligée, elle se contente aujourd'hui de quelques malins applaudissements par lesquels on se joue de sa vanité. j\Iais lorsque dans le progrès des années elle vera combien d'ins-

tructions utiles et quel temps précieux elle a perdus, c^est alors qu'elle rougira dVUe-même , et qu'elle maudira ses lâches flatteurs, qui paieront sa haine par leurs railleries et leur mépris.

DIDIER. Oh, mon Dieul vous me faites frémir pour elle.

M. VERTEUiL. Et puis , qui voudra se charger d'une femme remplie d'orgueil et dépourvue de connaissances , qui, loin de pouvoir établir l'ordre et l'économie dans une maison , renverserait la fortune la mieux assurée , par le goût du luxe et une profonde incapacité ; également indigne de l'estime de son époux, de l'attachement de ses amis , et du respect de ses enfants ? Il faudra donc qu'elle demeure sur la terre étrangère à tout ce qui Pentourc. Que deviendra-t-elle alors, sans mes secours ?

DIDIER. Oh, je vous en conjure , ne lui retirez pas vos bontés!

M. VERTEUIL. Nou , jc vcux âu coutraire assurer dès aujourd'hui son destin.

DIDIER. Oui , mon cher monsieur Yerteuil , procurez-lui une éducation plus soignée. Elle ne manque point d'intelligence, et j'ose vous répondre de la bonté de son cœur.

M. VERTEUIL. Jc Ifi voudi'ais ; mais dans son amollissement, pourra-t-elle adopter des principes plus sévères? Non. Je vois qu'il vaut mieux m'occupcr d'elle pour le temps où je ne serai plus.

DIDIER. Ne me parlez point de ce malheur, je

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