‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 135 sur 153 · CASIMIR , FROSFER , FABIEN , DUMONT · texte numérisé non relu

CASIMIR , FROSFER , FABIEN , DUMONT

CASIMIR , has à Prosper. Prospcr ! quel est cet enfant qui parle avec Dumont? Ah ! si c''était Fabien! PROSPER, has à Dumont. Est-ce lui?

DUMONT, sèchehient . Oui, messieurs.

CASIMIR. 0 mon frère, sois le bien venu ! Nous avons bien désiré ton arrivée. (// court à lui les hras ouverts.^

FABIEN, en se détournant. Est-ce que nous nous connaissons depuis si longtemps , pour que vous veniez m' embrasser ?

CASIMIR. Nous ne nous connaissons pas encore, mais nous sommes frères.

FABIEN. Beaux-frères, monsieur, sMl vous plaît.

CASIMIR. Eh, Fabien ! laisse là ce vilain mot

de heaux. Ton papa aime notre maman ; notre

maman aime ton papa : est-ce que nous ne nous

aimerions pas aussi les uns les autres ? Ils sont

mari et femme, pourquoi ne serions-nous pas frères?

FABIEN. Si nous sommes frères, avez-vous plus de droit que moi dans ce jardin?

PROSPER, à part. Oh, comme il est querelleur !

CASoiiR. Ton papa nous a permis d'y travailler.

FABIEN. J''y étais avant vous , et certainement vous ne m'en chasserez pas.

PROSPER. Allons -nous-en , Casimir ! qu'il reste là tout seul avec sa mauvaise humeur.

CASIMIR. Non, Prosper, il ne faut pas le quitter sans être bons amis.

PROSPER. Veux-tu que ce méchant nous dise encore des choses désagréables ?

FABIEN. Moi, je serais un méchant, dites-vous?

PROSPER. Oui, vous Têtes. Et non seulement un méchant, mais un envieux, un jaloux, un

FABIEN , iavamant vers lui. Vous osez m'insulter, et dans mon jardin encore ?

PROSPER. C'est vous qui avez commencé. Mais je ne vous crains pas, entendez-vous?

CASIMIR, arrêtant Prosper. Y penses-tu, Prosper? Te battre contre ton frère! Viens, viens. N'allons pas causer de chagrin à notre nouveau papa , surtout le jour de l'arrivée de son fils. (// Tentratne arec hii.)

PROSPER. Eh bien, je cours le dire à maman. SCENE IV.

FABIEN, DUMOKTa

FABIEN. Hélas I voilà déjà mes peines qui commencent. Ils vont porter des plaintes à leur mère.

Ils lui diront que je viens de les insulter. Leur mère saura bien tourner Tesprit de mon papa , et tout retombera sur moi seul. Ah, pauvre petit malheureux que je suis ! N'est-il pas vrai, Dumont, je suis bien à plaindre ?

DUMONT. Il n"'est que trop vrai ; mais n''ayez pas peur ; je vous soutiendrai toujours. Nous serons bien en force contre ces petits étrangers.

FABIEN. Oui ; mais mon papa ?

DUMONT. Laissez-moi faire, nous Taurons bientôt mis de notre parti. Je sais mille petites fredaines de ces messieurs; je les lui conterai. Je lui dirai qu'ils ont gâté votre jardin, qu'ils v)Ous ont dit des injures. J'arrangerai cela de manière qu'ils n'auront pas beau jeu.

FABIEN. Tu me resteras donc toujours attaché , mon cher ami?

DUMONT. Aussi vrai que je m'appelle Dumont. • FABIEN. Ah ! je te remercie. Je trouve encore quelqu'un pour me soutenir, quand je n'ai plus maman! Mais as-tu vu comme ils étaient bien habillés? Ils ont des vestes superbes. Sais-tu d'où elles leur viennent?

DUMONT. C'est leur mère qui les a brodées.

FABIEN. Oui; elle sera toujours occupée de ses favoris: ils seront vêtus comme des princes. Mais qui est-ce qui brodera une veste pour moi ?

DUMONT. Si vous vouloz OU avoir, je crains bien que vous ne soyez obligé de la broder vous-même.

FABIEN. N'est- il pas vrai que leurs habits sont aussi tout neufs?

DUMONT. Certainement. Votre père les a fait habiller de la tète aux pieds, le jour de son mariage.

FABIEN. Oh, il ne m"a pas fait habiller, moi. On m^a laissé à la campagne pour me laisser courir avec ce misérable surtout. Cela est trop fort , je ne peux plus y tenir. Je n'ai plus de maman , et mon papa m''oublie. Ah , Dumont ! il ne me reste que toi.

DU»ioNT. Tranquillisez-vous. Les choses tourneront peut-être mieux que vous ne pensez. Mais il faut aller trouver votre marâtre. Suivez-moi. Songez à vous présenter à elle de bonne grâce, et à lui baiser la main.

FABIEN. Je ne pourrai jamais le faire.

DUMONT. Il le faut absolument. Prenez toujours auprès dY'lle une physionomie riante, même quand votre cœur n''y serait pas. Cest ainsi que j'en use avec elle, bien que je la déteste. Croyez-vous qu'elle me défend d'aller au cabaret? moi qui avais pris rhabitude d'y passer la moitié de la journée du vivant de madame votre mère. C'était une femuoe celai Les choses ont bien changé! il faut changer avec elles. Patience. Lorsque nous serons seuls, je vous dirai ce que vous aurez èe plus à faire. Venez seulement .

FABIEN. Voit-on à mes yeux que j'ai pleuré ?

DLMONT. EIi î vous pleiinez cftcore !

FABIEN. Je ne veux donc plus l'aller trouver à présent. Elle me aemanaerau pourquoi je pleure. Qu'aurais-jc à lui dire ?

DUMONT. Vous lui direz qu'en entrant ici vous

avez pensé à votre maman, et que vous Tavez tant

regrettée, que les larmes vous en sont venues aux

yeux.

FABIEN. Mais si elle commence par la querelle que j''ai eue avec ses enfants?

DUMOisT. Vous lui direz quMls Tout engagée, et vous m'appellerez en témoignage. Mais la voici qui vient. Allez à sa rencontre. [Il s'éloigne.) SCENE V.

BTadame DS FLEURY , FABIEN.

3IADAME DE FLELRY, mcc eiupi'essement. Où est-il ? où est-il? {Elle V aperçoit,) Est-ce toi, mon cher Fabien? J'ai donc enfin réuni toute ma nouvelle famille! (// lui haise la main : elle le prend dans ses hî^as^ le presse contre son cœur,, et V embrasse avec tendresse. En le regardant avec amitié :) L'heureuse physionamie ! Que je me réjouis die pouvoir nommer mon lils un aussi aimable enfant !

FABIEN. Je voudrais aussi pouvoir me réjouir; mais, hélas !

MADAME DE FLEURY. Qu'cst-cc douc, mon petit ami? Tu me parais bien triste. (Fabien se met à pleurer sans lui répondre.)

MADAME DE FLEURY. Tu te détOUmCS, tU plcU-

res! D'où viennent ces larmes! Moucher Fabien, ii*'a&-tu pas de confiance en moi ? Ne veux-tu pas me dire ce que tu as encore sur le cœur ? FABIEN. Ce n'est rien, rien du tout

532 l'ami des enfams.

MADAME DE FLEURY. CVll GSt tl'Op pOUF m'affli-

ger. Dis-moi ton chagrin, que je te console. Si ton papa ou tes sœurs venaient en ce moment , et qu'ils te vissent dans la tristesse, ils pourraient croire qu'il t"'est arrivé quelque accident fâcheux. Ah ! ils se sont promis bien de la joie de ton arrivée. Est-ce que tu serais fâché de les embrasser?

FABIEN. Que me dites-vous? je n'aurai plus d'autre plaisir. Mais, pourrez-vous me faire embrasser maman? Cest elle que je regrette.

MADAME DE FLEURY. Il y a six mois quo tu Tas perdue, et tu la pleures encore?

FABIEN. Ah! toujours, toute ma vie. [Avec des sanglots.) 0 maman, ma chère maman!

3IADAME DE FLEURY. N'cU parloUS pluS, mOU

cher ami , puisque c'est renouveler toutes tes douleurs.

FABIEN. Non, non, au contraire, parlons-en, je vous prie, pour me soulager. Youdriez-vous que si tôt après votre mort vos enfants vous eussent déjà oubliée?

.MADAME DE FLEURY. Excellente petite créa- Ime. [Elle r embrasse.) Tu l'aimais donc bien ta maman ?

FABIEN. Je le sens mieux encore depuis que je ne l'ai plus. Elle était si bonne et si douce!

MADAME DE FLEURY. Jc voudrais pouYoir la rendre à tes regrets, ou plutôt je veux prendre sa place dans ton cœur. Je veux t'aimer comme elle, cl te rendre les mêmes sohis.

l'ami des enfants. 53S

FABIEN. Mais ce ne sera jamais vous qui m"'aurez fait naître, qui m^'aurez nourri de votre lait, qui m'aurez élevé dans mon berceau. Elle était ma mère, et vous n''étes que ma marâtre.

MADA3IE DE FLEURY. Pourquoi m''appelles-tu de ce nom? Je ne Oai jamais appelé mon beau fils.

FABIEN. Pardonnez-moi, je vous prie. Ce n'hélait pas pour vous fâcher. Vous me semblez aussi bien aimable et bien caressante. Mais vous avez des enfants à ¥0us , et vous les aimerez toujours plus que moi.

MADAME DE FLEURY. Tu ne t'apcrccvras jamais de la différence. Quelques jours encore pour nous mieux connaître, et tu verras si tu ne te croiras pas toi-même mon propre fils.

FABIEN. Oh, si cela pouvait arriver sans oublier maman !

MADAME DE FLEURY. Je ne vcux pas que tu Foublies, au contraire, nous en parlerons tous les jours. Je veux que ta tendresse pour elle serve d'émulation et d'exemple à mes enfants. Viens, viens, je brûle de te les présenter.

FABIEN. Oh! je les ai vus. Ne vous ont-ils pas déjà porté des plaintes contre moi?

MADAME DE FLEURY. Nou, mou ami, aucuue. Est-ce que vous auriez eu quelque différent? J'en serais au désespoir. Tous mes plus vifs désirs sont de vous voir tendrement unis et attachés les uns aux autres, comme de véritables frères.

FABIEN. Je ne demande pas mieux que d'aimer.

Cela fait tant de plaisir! Mais où est mon papa?

où sont mes sœurs? Failes-les-ïi>oi voir, que je les

embrasse.

3IADAME DEFLEURY. ToH ,papa nc tardera pas à revenir. Il est ailé teniiiner quelques ailaires, pour avoir le reste de la journée à te donner. Mais , en attendant, je veux te mener auprès de tes sœurs. Elles t** apprendront ce que tu dois penser sur mon compte.

FABIEN. Je veux bien qu''ellesme parlent de vous ; mais qu'elles me parlent d'abord de notre pauvre maman. {Ils sortent ensemble sans voir Prospe?' et Casimir qui s'avancent (Vun autre côté.) SCEINE VI.

CASIMIR, PROSFES.

PROSPER. Pourquoi m'empêcher d'aller me plaindre à maman? Moi, Tami de ce petit vaurien? Je ne le serai jamais. Aussitôt que son père sera de retour, je veux lui dire combien il a été hargneux et querelleur, pour qu'il lui ap^jrenne à se bien conduire envers nous.

CASIMIR. ]Mais crois-tu que notre papa ne sera pas chagrin de cette querelle? Et serais-tu content de toi, si tu Taflligeais?

PROSPER. J'en aurais certainement du regret; cependant, connneni faire? Si ce petit homme n'est pas corrigé dî's le premier jour, ce sera des disputes éternelles dans la maison. Il cherchera sans cesse à nous mortifier. Moi, je ne suis pas endurant. Je me lâcherai, je lui apprendrai ce qu'il doit

L'Ain DES ETWAKTS. 535

savoir; et s'il s'avise de prendre un ton comme tout à rheure...

GASoim. Qwe dis-tH, Prosper ? j'espère q«e tu n'as pas envie de le battre.

PROSPER. Mais in n'entends pas que je me laisse battre par lui , j'imagine?

CASIMIR. ]\on, certainement.

PROSPER. Quel parti faut-il donc qwe je prenne? CASI3IIR. Nous verrons dans le temps. Pour aujourd'lnri , il serait cruel de troubler la joie de son père.

PROSPER. Que ce soit aujourd'hui ou demain , cela revient au même. Non, non ; le plus tôt sera le mieux.

CASIMIR. Mon frère, je t''en supplie, attends encore. Fabien n'est sûrement pas si méchant que tu le penses.

PROSPER. D'où le sais-tu ? Je le connais peut-être aussi bieu que toi.

"CASIMIR. Son père et ses sœurs nolis en ont toujours parlé comme d'un enfant très doux et très complaisant , qui n'avait d'autre plaisir que de se faire aimer de tout le monde.

PROSPER. Yrairaent oui , en me tournant le dos quand je veux l'embrasser.

CASIMIR. Il ne nous connaît 'pas encore. îl a pu se figurer que nous étions des //Vrai^/'é'^.

PROSPER. C.ommenl pouvait-ii le eron-e? Nous ne lui avons laissé voir que des sentiments d'amitié. CASIMIR. II était peut-être dans un moment de chagrin.

PROSPER. Et sommes-nous faits pour souffrir de son humeur ?

CASIMIR. Il faut bien se pardonner quelque chose entre frères.

PROSPER. Il semble quMl dédaigne de nous regarder comme les siens.

CASIMIR. Non , je ne lui ai point trouvé cet air de hauteur que tu lui supposes.

PROSPER. Qu^il y prenne garde , je ne lui en passerai aucun. Mais le voici qui vient avec ses sœurs; je me retire. Je ne puis me souflVir auprès de lui.

CASIMIR. Attendons-les , mon frère , et prenons part à leur joie.

PROSPER. Non; je pourrais la troubler. Je rn^en vais. ( // sort. )

CASIMIR. Eh bien , jetesuis. {En sortant.) Ilfaut que je tâche d'adoucir son esprit.

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