SCÈNE VII
FABIEN , FRISCILLE , AGATHE.
PRISCILLE , en serrantla main de Fabien. Pourquoi t''affliger encore? Hélas , mon frère ! toutes nos plaintes ne sauraient nous rendre notre maman.
FABIEN. Mais au moins promettez-moi que nous penserons à elle toutes les fois que nous serons ensemble.
PRISCILLE. Oui , Fabien , je croirai toujours la voir au miheu de nous comme pendant sa vie.
FABIEN , prenant la main de Priscille et d'Ayathe , et les regardant avec tendresse. Mes chères sœurs! cette pensée double le plaisir que je sens à vous retrouver.
PRisciLLE. Aussi , j'^ai bien soupiré après toi , je Cassure.
AGATHE. Et moi aussi, mon frère. Nous pourrons à présent jouer ensemble comme autrefois. Casimir et Prosper joueront aussi avec nous. Oh ! ce sera un plaisir , un plaisir ! ( Elle frappe des mains et saute de joie. )
FABIEN. Vous pouvez bien laisser là votre Prosper et votre Casimir.
PRISCILLE. Comment donc , Fabien, est-ce que cela te ferait de la peine ?
FABIEN. Ils dérangeraient tous nos jeux. Ils ne sont bons qu''à porter des plaintes contre nous à leur mère, et à nous prendre ce qui nous appartient.
PRISCILLE. Eux, mon frère? Peux-tu le penser?
AGATHE. Tiens, vois-lu, Fabien. {Elle lui montre un étui. )
FABIEN. Et d''oii te vient cela?
AGATHE. Cest Prosper qui me Ta acheté de son argent.
PRISCILLE. Regarde aussi ce portefeuille. On l'avait donné à Casimir; il m"'en a fait cadeau.
FABIEN. Oui , je vois que vous êtes fort bien ensemble. Vous vous accorderez tous contre moi.
PRISCILLE et AGATHE. CoiltrC toi ?
FABIEN. Certainement. Je sais qu''ils me haïssent. Ils m'ont déjà fort mal reçu. Et ne m'ont-ils pas aussi enlevé toutes mes fleurs ?
PRISCILLE. A qui en as-tu donc? qui t'a enlevé tes fleurs ?
538 l'aîii des enfants.
FABIEN. Ces petits drôles avec qui \<ais êtes si bien craccord.
PRiscii.LE. Je ne sais ce que tu veux dire. As-tu vu ton jardin?
FABIEN. Je ne Pai que trop vu. Tiens, regarde toi-même. Où sont mes tulipes et mes œillets?
PRisciLLE. Tu n'es donc pas allé près de la terrasse, là-bas, sous les fenêtres de maman.
FABIEN. Est-ce qu'il y a là un jardin?
AGATHE. Sûrement , et bien joli.
PRISCILLE. Celui-ci était trop petit. Maman nous en a fait donner un qui est six fois plus grand.
FABIEN. Et qui en est le maître? Les deux enfants gâtés, sans doute.
PRISCILLE. Non , non ; il est à tous ensemble. Chacun a son carreau.
AGATHE. Moi , tout commc les autres.
FABIEN. Est-ce qu'il y en a un pour moi aussi ?
PRISCILLE. Mais sans doute. Tu es le plus heureux ; tu n'auras pas eu la peine de le défricher , et tu le trouveras tout couvert de fleurs.
AGATHE. Tu verras. Il y en a de rouges, de blanches , de jaunes , de bleues , de toutes les espèces, et toutes nouvelles.
FABIEN. De qui me viennent elles donc ?
AGATHE. De tes frères. 11 y a un mois qu'ils passent tout le temps de kuis récréations aies cultiver. Ils ont pris les jdus jolies de leurs plates-bandes, et les ont transplantées dans les tiennes, pour te causer une surprise agréable à ton retour.
FABIEN. Comment! ils ont fait cela pour moi? Dumont m'a dit qu''ils avaient tout fourragé.
PRisciLLE. Oh! si tu en crois Duraont , tu es perdu. Il voulait aussi nous brouiller avec nos frères. Voyez, cet ingrat! Leur maman ne le garde que parce que la nôtre Tavait recommandé à mon papa , et il ne cherche qu''à leur faire de la peine.
AGATHE. Oui , parce qu''on veut qu'ail travaille, et qu'on ne le laisse pas s*'enivrer toute la journée au cabaret.
FABIEN. Ah ! je commence à voir qu"'il cherchait à me tromper en se disant si tendrement mon ami.
PRISCILLE. Il ne faut pourtant pas achever de le perdre.
FABIEN. Oh! non, puisque maman avait des bontés pour lui.
PRISCILLE. Tu verras bientôt comjiie il voulait Ven faire accroire.
AGATHE. Viens seulement ilonner un coup d'œil à ton jardin.
FABIEN. Oui , oui , je meurs d'impatience de le voir. [Agathe et Priscille le prennent par la viain et r entraînent. Casimir et Prosper entrent dC un autre côté sans les voir sortir. ) SCENE Vill.
CASIMIR. FROSFEa. [ils portent des assiettes de gâteaux et de fruits qu'ils vont poser sous le berceau voisin. j
CASIMIR. Où est-il donc ?
PROSPER, tournant la tête de tous cotés. Tiens, ne le. vois-tu pas, avec ses sœurs, qui entre dans notre jardin ?
CASIMIR. Ah ! j'en suis bien aise. Comme il va être content , lorsqiril verra combien nous nous sommes occupés de ses plaisirs !
PROSPER. Bon ! je parie quMl le trouvera encore mauvais. Il est d'une humeur si singulière ! Les fleurs seront mal choisies; le buis sera mal taillé; la terre trop sèche ou trop humide; que sais-je, moi?
CASIMIR. Oui, mais sais-tu que je commence à te croire aussi grognon que lui. Je ne t''ai jamais vu tant d'aigreur.
PROSPER. C'est lui qui me la donne. Ses sœurs ont-elles jamais eu de plaintes à faire sur mon compte ? Je ne demandais qu'à bien vivre avec luimême. Tu sais avec quelle joie j'attendais son arrivée , et comme j'ai couru à sa rencontre pour le bien recevoir.
CASIMIR. Il est vrai; mais comme je te l'ai dit , il peut avoir du chagrin. Il craint peut-être de n'être plus aussi aimé de son papa, ou que maman lui fasse moins d'amitié qu'à nous. N'esl-il pas alors de notre devoir de le ménager dans sa peine , de lui donner des consolations , et de le faire revenir dans nos bras par toutes sortes de complaisances ?
PROSPER. Tu as raison. Je n'y avais pas encore si bien songé.
CASIMIR. S'il est aussi bon enfant qu'on le dit, penses-tu combien il sera touché de nos caresses, combien son père et ses sœurs nous en aimeront davantage, et quel plaisir notre maman elle-même en ressentira! C'est de quoi mettre la Joie dans toute la maison.
PROSPER. Ah ! j''avais tort, je le sens. Qu'il revienne, et je lui ferai tant d'^amiliés, qu'il faudra bien qu'il oublie notre querelle.
CASIMIR. Crois-moi, courons le trouver au milieu de nos fleurs. Elles feront la paix entre nous.
PROSPER. C'est bien dit. Allons. Donne-moi la main Mais le voici qui revient.
CASIMIR. Vois-tu comme il a l'air content? SCENE IX.