l'ami des ekfants
fort négligé dans sa parure , et très sale sur ses
habits.
On Tarait souvent repris de sa négligence. Ces reproches Taffligeaient pour lui-même, et parce qu''il voyait ses ajnis les lui faire avec regret. Il avait mille fois résolu de se corriger ; mais Tliabitude était devenue si forte, que c''était toujours le même désordre et la même malpropreté.
Il y avait longtemps que son papa lui avait promis, ainsi qu^à ses frères , de leur donner le plaisir d'aune promenade sur Feau.
Le temps se trouva un jour serein : le vent était doux, la rivière tranquille. M. de Saint-André résolut d*'en profiter. Il fît appeler ses enfants, leur annonça son projet ; et comme sa maison donnait sur le port, il prit la peine d''y aller lui-même choisir une petite chaloupe, la plus jolie qu'ail put trouver.
Comme toute la jeune famille se réjouit ! Avec quel empressement chacun se hâta de faire ses préparatifs pour une partie de plaisir si longtemps attendue !
Ils étaient déjà prêts, lorsque M. de Saint- André revint pour les prendre. Ils sautaient de joie autour de lui. De son côté , il était ravi de joie: mais quelle fut sa surprise, en jetant les yeux sur Urbain, de voir Tétat pitoyable de son accoutrement !
L'un de ses bas était descendu sur le talon ; l'autre se roulait à longs plis autour de sa jambe, qui ne représentait pas mal une colonne torse. Sa
calotte avait deux grands yeux ouverts à Tendroit du genou. Sa veste était toute marquée de taches de graisse et d'encre, et il manquait à son surtout h moitié du collet.
M. de Saint- André vit avec peine quMl ne pouvait se charger d^Urhain dans un pareil état. Tout le monde aurait eu raison de croire que le père (Vnn enfant si désordonné devait être aussi désordonné lui-même, puisqu^il souffrait ce défaut dégoûtant dans son fils. Et comme il avait des qualités plus heureuses pour se faire distinguer par ses concitoyens, il n'était pas excessivement jaloux de cette nouvelle renommée.
Urbain avait bien un autre habit ; malheureusement il se trouvait alors chez le tailleur, et ce n'était pas pour peu de chose. Il ne s'agissait de rien moins que d'y recoudre un pan qui s'était détaché. Le dégraisseur devait ensuite en avoir pour deux ou trois jours de besogne à le remettre à neuf.
Qu'arriva- t-il, mes amis? vous le devinez sans peine.
Ses frères , qui avaient des babils propres, et dont tout l'équipage faisait honneur à leur papa, montèrent avec lui dans la chaloupe. Elle était peinte en bleu , relevé par des bordures d'un rouge éclatant. Les rames et les banderoles étaient bariolées de ces deux couleurs. Les matelots portaient des vestes d'une blancheur éblouissante, avec de larges ceintures vertes autour de leur corps, de
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gros bouquets de fleurs à leur côté, de grands panaches de plumes à leur chapeau. Il y avait dans le fojid, près du gouvernail, trois hommes avec un hautbois, un iifre et un tambour, qui commencèrent à jouer sur leurs instruments une marche guerrière, aussitôt que la chaloupe s'*éloigna du bord. Le peuple assemblé sur le rivage y répondit par de joyeuses clameurs.
Urbain, qui s'^était fait une si grande fête de cette promenade, fut obligé de rester à la maison. Il est vrai qu'il eut le plaisir de voir de sa fenêtre cet embarquement 5 de suivre de Tœil la chaloupe, dont un vent léger enflait les voiles, et qui paraissait voler sur la surface des eaux ; et que ses frères, à leur retour, voulurent bien lui raconter tous les amuse-: ments de leur journée, dont le seul récit les faisait tressaillir de joie.
Un autre jour, comme il s'*amusait dans une prairie à cueillir des fleurs avec un de ses amis , pour en faire un bouquet à sa maman, il perdit une de ses boucles.
Au lieu de s'occuper à la chercher, il pria son camarade, qui était assis pour arranger le bouquet, de lui en prêter une des siennes, parce qu'en marchant sur les oreilles pendantes de son souher il avait déjà trébuché deux ou trois fois.
Son ami lui prêta volontiers sa boucle.
Urbain, pressé de courir, l'attacha si négligemment, qu'au bout d'un quart d'heure elle était déjà hors de son pied.
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Ils se trouvèrent fort embarrassés quand il fut question de rentrer au logis. La nuit était venue, et J'herbe était si haute qu^un agneau se serait caché sous son épaisseur. Le moyen d'y retrouver dans l'obscurité quelque chose d'aussi petit. Ils s'en retournèrent clopin clopinant, s'appuyant Tuu sur l'autre, et tous les deux fort tristes, Urbain surtout, qui, doué d'un caractère très sensible, avait à se reprocher d'exposer son ami à la colère de ses pai'ents.
Le lendemain il se présenta devant toute sa famille assemblée avec une seule boucle pour ses deux souhers ; triste coup d'œil pour un père , qui voyait par là combien ses leçons avaient été vainement prodiguées.
M. de Saint-André payait, tous les dimanches, une petite pension à ses enfants, pour leur donner fe moyen de satisfaire aux fantaisies de leur a^e^ et surtout à leur générosité. Les frères d'Urbain avaient le plaisir de l'employer à un usage si doux j mais pour lui, sa pension ne lui passait presque jemais dans les mains, parce que son père la retenait, tantôt pour lui acheter des boutons de manche, un col ou son chapeau, qu'il avait égarés; tantôt pour lui faire détacher ses habits et réparer leur désordre.
Une boucle d'argent est d'un certain prix. Ce n'était pas tout encore, il avait perdu celle de son camarade, et il fallait l'en dédommaaier tout de
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suite. Mais comment? Ses pensions de la semaine n"'auraient pu y suffire de plus de trois mois.
Heureusement son père lui avait fait apprendre à écrire ; et, pour me servir de l'expression commune, il avait une assez jolie main.
C'était le seul travail où il pût gagner quelque chose ; je dois convenir, à sa louange, qu'il se prêta de fort bonne gi>ace à Tarrangement qui lui fut proposé.
Le père de son ami était un avocat célèbre , qui donnait tous les jours un grand nombre de consultations. M. de Saint-André lui offrit de les faire mettre au net par Urbain, jusqu'à ce qu'il eût gagné de quoi payer la boucle de son ami qu'il avait perd ne
Urbain pasMtii les heures c'e ses copier des écrihs de pi ' ' '^
Oh I combien il soupira de son étourderie ! et combien, dans un petit nombre de jours, elle lui fit perdre de plaisirs !
Il eut le temps de faire bien des réflexions sur lui-même, et de former, pour l'avenir, de bonnes résolutions, que son expérience lui a fait suivre fidèlement. Si je vous le montrais, mes chers amis, en voyant l'air de propreté qui règne aujourd'hui dans sa parure, et l'arrangement qu'il observe dans
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