SCENE IV
FBia>&HIC , DUVERNET l'aîné , DVVERKET le cadet.
FREDERIC. Ne pouviez-vous pas attendre un moment que je fusse monté sur mon trône, pour vous recevoir du haut de ma grandeur?
DuvERNEY l'aîné. Bon ! tu n''as pas besoin de cela pour avoir un air tout à fait royal. Et puis, si alerte que tu sois, le trône pourrait bien dégringoler avec sa majesté.
FREDERIC. En effet, j^en ai déjà vu bien des exemples dans mon histoire ancienne.
DUVERNEY Taîné. C'est à peu près ce qui vient d^arriver à mon frère, quoique! ne soit pas un grand prince. Ils"*estmisle nez tout ensangsurnotre escalier.
DUVERNEY Ic cadct, d'un ton pleureur^ et en lègayant. Hé-é-las! ou-ou-i. Il me fait en-encore un peu-eu mal. Ce mon-on-sieur Ro-o-bert est un ga-ar-çon bien mal éle-e-vé!
FREDERIC. Est-ce qu''il est avec vous ?
DUVERNEY Taîné. Dieu nous en préserve! Si nous avions su qu'il vînt ici, nous n'aurions pas bougé de la maison.
DUVERNEY le cadet. Ilneson-on-gequ''à-a-maL
FREDERIC. Qu'est-ce donc qu'il a fait?
DUVERNEY l'aîué. J'étais resté pour prendre un mouchoir. Mon frère descendait tout seul. Robert l'a entendu ; il s'est caché , puis il a sauté tout à coup sur lui, en poussant un grand cri. Mon frère a eu tant de peur, qu'il est tombé ; et en roulant sur les marches, il s'est massacré tout le nez.
FREDERIC. Ohl j'en suis bien fâche pour le pauvre petit. ^Monsieur Robert a toute la mine d'un mauvais sujet. C^est aujourcfliui la première fois qu^il nous honore de sa compagnie. Son père a tant prié mon papa de le mettre de ma société.
DtiVBRNEY l'àTiié. Je te plains. Nous ne vivons plus avec lui.
'FREDERIC. 'Mon papa vous croyait fort bien ensemble, parce que vous demeurez dans la même maison ; et il a pensé que ce serait vous faire plaisir de rinviter en môme temps que vous.
DUVERNEY Taîné. Ah ! du plaisir! Nous en aurions un fort grand de le savoir à cent lieues. Depuis qu''il est notre voisin, il ne nous a causé que de la peine. lia déjà cassé toutes les vitres à coups dô pierres, et il voulait faire croire que c'était nous.
FREDERIC. Est-ce qu'on ne s^cn plaint pas à son père ?
DUVERNEY Taïué. Eh ! c'est un homme singulier. Il gronde un peu son fds, paie le dommage, et puis il n'y pense plus.
FRÉDÉRIC. A la place de votre papa, je ne voudrais pas vous voir demeurer sous le même toit que lui.
DLVERNEY l'aîné. Que veux-tu? Nous étions embarrassés d\m appartement considérable qui se trouvait vide depuis la mort de maman. Mon papa ne pouvait plus y entrer que les larmes ne lui vinssent aux yeux. Il a été bien aise de trouver à le louer.
l'ami des enfams. 115
FRÉDÉRIC. Et il en est peut-être fâché à présent?
DUVER.NEYraîné. Oh ! je t'en réponds. Il nous a bien défendu de nous lier avec Robert. Cest un si marnais garnement ! Tous les gens du quartier ne passent qu'yen tremblant devant la maison. Tantôt il les seringue avec deTeau sale, ou leur jette sur la tête un panier d'*ordures; tantôt il va leur accrocher derrière le dos des queues de lapins ou de grands morceaux de papier, pour les faire huer par la populace. Et puis sa pêche des perruques !
FREDERIC. Que vcux-lu dire?
DuvERNEY Taîné. Oui, il les prend à Thameçon comme des carpes. Lorsqu''un honnête ouvrier s'arrête pour causer sous nos fenêtres avec quelqirun de ses amis qu'ail rencontre dans la rue, Robert monte au balcon, et avec un crochet attaché au bout d'aune longue perche, il enlève la perruque ; puis il court l'attacher à la queue d''un chien qu'il a tout prêt, et qu'il chasse par une autre porte de la maison. Eu sorte que la malheureuse perruque a trahie un quart-dlieure dans la crotte, avant que le pauvre homme ait pu la rattraper.
FREDERIC. Mais voilà qui passe lebadinage.
Du\ER>EY Paîné. Ce ne sont encore là que ses moindres méchancetés. Si je te parlais de tous les chiens qu'il estropie, de tous les chats auxquels il a coupé la queue, je ne finirais pas. Il n'y a pas long-temps qu'un des amis de son père se fracassa Tépaule en tombant sur l'escalier, où Robert avait semé, par malice, des poissées. Pour les dômes-
tiques, je suis sûr qu'il D'oeil resterait pas un seul pendant vingt-quatre heures à la maison, sans les gros gages qu''on est obligé de leur donner.
FREDERIC. Je f avoue que je ne serais pas fâché de le voir. J'aime les enfants un peu gais.
DUVERNEY IViué. A la bonne heure. Il est tout naturel d'aimer ses semblables. Mais sa gaîté est bien diflérente de la tienne. Tu es un petit brin espiègle, toi. Je suis pourtant bien sûr que lu ne voudrais pas faire de mal exprès à qui que ce soit ; au lieu que le méchant ne demande que plaies et bosses.
FREDERIC. Oh ! cela ne m'effraie pas. J'en aurai plus de gloire à le morigéner.
lîuvERNEY l'aîné. S'il vient, tu ne trouveras pas mauvais que mon frère se retire. Il lui jouerait quelque vilain tour.
DUVERNEY le cadet. Ou-ou-i. Je m"'en i-irai. FRÉDÉRIC. Non, non; nous sommes d'anciens amis, nous. Je ne veux pas que ce nouveau venu vienne nous séparer. Je saurai bien lui tenir tête, tu verras. Mais j'entends du bruit. Est-ce lui? Non, c'est ma sœur avec ses amies.