SCENE V
rRÉDÉRIC, DUVERNEY l'aîné, DUVERNEY le cadet, LÉONOR, JULIE , DOROTHÉE , ADÉLAÏDE , LOUISE. [lies petits messieurs s'inclinent respectueusement devant les jeunes demoiselles.]
LEONOR. Je suis bien votre servante, messieurs. Mais pourquoi donc vous tenez-vous debout? Il
me semble, mon frère, que tu aurais pu faire asseoir ces messieurs depuis qu'ails sont ici ?
FREDERIC. Comme si nous ne savions pas qu'il faut être debout pour recevoir les dames !
LEONOR. Je suis charmée que tu connaisses ton devoir. Mais est-ce que M. Robert n''est pas ici? {A Duvemey Vaine.) Je croyais qu''il serait venu avec vous.
DUVERNEY Taîné. Il y a longtemps que nous n'allons plus ensemble, Dieu merci.
FREDERIC. Je viens d*'apprendre de ses nouvelles. Il me tarde de me trouver face à face avec lui. Ah! mon petit coquin ! Nous nous verrons.
DOROTHÉE. Est-ce qu'ail pourrait être encore plus espiègle que M. Frédéric?
LOUISE , d/un air tnalin. C'est beaucoup dire.
ADELAÏDE. M. FrédéHc ? c'est un agneau en comparaison. Nous le connaissons depuislongtemps, ma sœur et moi, ce M. Robert; n'est-il pas vrai, Louise?
LOUISE. Ohsùrement! ilm'a déjà faitbien endêver.
ADELAÏDE. Il était autrcfois de la société de mon frère, qui heureusement s'en est dépêtré. C'est bien le plus méchant lutin ! . ..
LÉONOR. Oh! pour de la lutinerie, vous en êtes tous là, vous autres messieurs.
DOROTHÉE. Oui , mais faire le mal pour le plaisir de le faire !
JULIE. C'est cela qui est vilain. Non, non, mon frère vaut mieux.
tl8 l'ami des enfants.
FRÉDÉRIC, cVun ton ironiqiie. Crois-tu? Je te remercie.
DOROTHÉE. Ah ça! ma chère Léonor, nous nous mettons sous ta sauvegarde. Tu es la phis grande; et puis tu es auj.ourd'liui maîtresse de maison , tu pourras lui en imposer.
LÉONOR. Ne craignez pas qu''ilvous manque en ma présence. Je saurai le tenir en respect.
FRÉDÉRIC, d''un air imimrtant. Oui, oui, tu défendras ces demoiselles; et vous, mes amis, je vous prends sous ma protection.
DUVERNEY Taîné. Il ne s''avisera pas do se jouer à moi, je t'*assure, il me connaît. Je ne crains que pour mon frère.
DUVERNEY le cadct. Il se mo-o-que lou-oujours de moi.
LOUISE. Le voilà bien! Les plus petits sont les plus exposés à ses malices. C'était moi qu'il attaquait toujours.
LÉONOR. Je le crois; presque tous les méchants sont des lâches. Il me semble voir un roquet poursuivre un chat tant qu"'il se sauve. Si le chat se retourne, et lui montre ses moustaches, le roquet s''arrête, et se sauve à son tour.
JULIE. Eh bien! tu lui feras le chat, toi.
LOUISE. Oui, tu lui montreras les moustaches.
LÉONOR. Il me semble que nous ferions bien de nous asseoir. Nous n\ivons pas besoin, pour cela , d''attendre monsieur le songe-malices.
FRÉDÉRIC. Ail ! le voici !
l'ami des enfants. 119l