‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 28 sur 153 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

TRÉDÉRIC , LÉONOR , DOROTHÉE , ADÉLAÏDE , DUVERNEY l'ainé , ROBERT. lB.obert en entrant va pincer an doigt à Dorothée. ]

DOROTHÉE étend ses ?nai?is en arant ^ saisit Robert et s'' écrie : C'est monsieur Robert. Je le reconnais à sa malice.

FRÉDÉRIC. Il est vrai, c'est lui ; mais il n'était pas d'abord du jeu. C'est à recommencer.

ROBERT. Monsieur Frédéric a raison.

DOROTHÉE. A la bonne heure. Mais , si je vous

attrape à présent , ce sera tout de bon , je vous en préviens.

ROBERT. Oui, oui. {Il yvcnd Fféderic à t écavt ^ tire à demi son masque de la pochey et le lui mo7itre. Voyez-vous cela ?

FREDERIC, reculant comme s^ il avait yeur . Oli! comme il est affreux! Il m''effraierait moi-même. Cachez-le bien. Nous allons encore jouer quelques minutes, et nous nous esquiverons.

ROBERT , has à Frédéric. C'est bien dit. Il faut que je fasse d'abord un peu enrager ces demoiselles.

FREDERIC, has à Robert. Je vais faire le premier une malice à Dorothée. Si elle me prend, elle croira que c'est vous , et rien de fait.

ROBERT, has à Frédéric. Fîon, bon ! Je veux faire la mienne aussi.

ADÉLAÏDE. Eh bien, messieurs , finissez-vous vos secrets ? Vous faites languir tout notre jeu.

ROBERT. Nous voilà, uous voilà !

(Frédéric rôde autour de Dorotlice avec l'air de vouloir la tirailler par sa robe ; et ■voyant que Robert s'éloigne pour aller chereher une chaise, il dit tout bas à Dorothée : )

Je vais me faire prendre.

{Piobert revient avec une chaise, et la couche sur le chemin de Dorothée. Frédéric ôte la chaise, etse met en place à quatre pattes. Dorothée le rencontre du pied, se baisse et le saisit. Frédéric rentre sa tète dans ses épaules comme s'il avait peur qu'on le reconmît).

DOROTHEE, après r avoir tâtonné long temps et fait semblant d'hésiter^ iécrie : C'est monsieur Frédéric !

FREDERIC, affectant un air décancerté. Ah diantre, me voilà pris.

IM l'ami des enfants.

dokotuÉe^ àfant sonmouchoî'r. Vous vous avisez donc aussi de faire des malices ? Je croyais que cela n'appartenait qu'à M. Robert. Allons, allons, je prendrai ma revanche.

(Elle bande les yeux à Frédéric de manière qu'il puisse y -voir un peu, le conduit au milieu de la chambre, lui fait ftiire deux, tours et demi, et lerant ses deux mains en l'air :)

Combien de doigts ?

FREDERIC. Six.

DOROTHÉE, le poussant. Pauvre aveugle, passe ton chemin,

(Frédéric erre longtemps et se laisse houspiller par tout le monde. Dorothée surtout l'agace et le chatouille. Il feint de la poursuivre, et tombe tout à coup sur Rob ert).

FREDERIC. Ha, ha ! j'en tiens un. Cest un garçon. M. Robert ! {Il baisse le mouchoir.) Effectivement, je ne me suis pas trompé.

ROBERT, bas à Frédéric. Pourquoi me prendre?

FREDERIC, bas Cl Robert. Laissez faire, je vais vous pousser Duvcrncy dans les mains. {Avec un air mystérieux : ) Motus !

ROBERT, à part. Ah, c'est bon ! quand je le saisirai, je veux le pincer jusqu'au sang.

(Frédéric se met à bander les yeux à Robert. Aussitôt Duvernev et les demoiselles emportent les bougies, et se retirent sur la poinle du pied dans le cabinet, en dis.int l'un après l'autre, avant d'y entrer.

Eh bien ! c'est-il fait — Dépêchez-vous donc. — Il vous faut bien du temps. — Que complotezvous-là tous deux 1

(Au même instant le palefrenier se présente à la porte qui donne sur l'escalier, portant une torche allumée d'une main, et de l'autre, au bout d'un bâton, une tète de bois ensevelie sous une vaste perruque. Il es l couvert dans toute sa hauteur d'une longue

robe noire traînante. Frédéric lui fait signe de rester à l'entrée du salon. I! achève de bander les yeux à Robert et lui fait faire quelques pas).

Allons, les trois tours. Les bras étendus. {Rohert tourne.) Un. Paix donc, mesdemoiselles. Deux. Que chacun reste à sa place. Et trois. Allez. (// le pousse.) Va, pauvre aveugle ; cherche ton chemin. (Il court aussitôt frendi'e sou port e-roix derrière layorte , détache de la ceinture du •palefrenier de grosses chaînes qui tombent autour de lui., et s'écrie :) Que vois-je ? Le revenant î sauvons-nous, sauvons-nous ! {Il ferme la porte à gra?id bruit., se cache derrière le prétendu fantome et crie avec son porte-voix :) C'est donc toi qui viens voler mon trésor ? [Robert tout tremblant., et sans avoir le courage de se débander les yeux :) Qu'entends-je ? Au feu ! Au secours ! Frédéric*! Duverney !

LE PORTE-VOIX. Il Hc vicudra personne. Je les ai tous fait disparaître. Ote ton l)andeau, et regardemoi.

(II va se poster .111 côté droit du salon. Robert, sans ôter son moiicJioir, se cache encore la tète entre les deux mains. Il recule à mesure du côté opposé, en entendant le bruit des chaînes que traîne le fantôme.)

LE PORTE-VOIX. JcIeVCUX.

( Robert baisse en tremblant le mouchoir qui lui tombe autour du cou. Ses yeux sont fixés à terre. Il les relève peu .i peu ; et considérant le fantôme, il pousse un grand cri, et demeure immobile , la bouche béante).

LE PORTE-VOIX. Jc te rcconnaîs ! tu es Robert !

(Robert, <à ce mot, se met à courir de tous côtés pour se sauver. Il trouve la porte fermée. Il tom])eà genoux à quelques pas, étend ses bras devant lui, et détourne la tète.)

LE PORTE- VOIX. Ciois-tu (loDC m'ecliapper ?

ROBERT, d'une voix entre coiipée. Je ne vous ai rien fait. Ce n'est pas moi qui vous ai vole.

LE PORTE- VOIX. ïunc m'as pas volé ? Tu es capable de tout. Qui est-ce qui seringue les passants ; qui leur accroche au derrière des queues de lapin ; qui pêche leurs perruques à Tharaeçon ; qui estropie les chiens, et coupe la queue à tous les chats; qui voulait tout à Theure piquer les fesses à ses amis ? Qui esi-ce qui a dans sa poche un masque effroyable pour faire peur à deux enfants ?

ROBERT. Ah ! c'est moi, c"'est moi. Je suis le plus méchant des hommes. ^ïais je vous demande pardon ; je ne ferai plus rien à Tavenir.

LE PORTE-VOIX. Et tout cc quc tu as fait ? Tu ne feras plus rien ? Qui in*'en répondra ?

ROBERT. Moi, moi I

LE PORTE-VOIX. Me le promets-tu ?

ROBERT. Oui, je vous le jure.

LE PORTE-VOIX. Eh bicu , jc tc fais grâce. Il ne tiendrait pourtant qu'a moi de te foudroyer. ) [Le fantôme agite sa tojxhe qui répand un grand éclat de lumière et s'éteint. Roheit tombe étendit de tout son long^ le visage contre tei're.^

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