‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 32 sur 153 · S l'ami des enfants · texte numérisé non relu

S l'ami des enfants

M. DE VERMOMT. Je puis encore f expliquer ceci par une autre comj)araison.

poRPHiRE. Ah! voyons, je vous prie.

M. DE VERMO^T. Tc souvicns-tu du jour où nous allâmes visiter Notre-Dame ?

PORPHIRE. 0 mon papa, quelle belle perspective on a du haut des tours ! On découvre toute la campagne des environs.

M. DE VERMONT. Salnt-Cloud s^offrit à notre vue; et comme tes yeux ne sont pas encore fort exercés à mesurer les distances , tu me proposas d'y aller dîner à pied.

PORPHIRE. Eh bien, mon papa! est-ce que je ne fis pas gaillardement le chemin?

M. DE VERMONT. Pas mal. Je fus assez content de tes jambes. Mais c'est que j'eus la précaution de te faire asseoir à tous les milles.

PORPHIRE. Il est vrai. Ce n"'est pas mal imaginé au moins , d"'avoir mis de ces pierres chiffrées sur la route. On voit tout de suite combien on a marché, combien il faut marcher, et on s"'arrange en conséquence.

M. DE VERMONT. Tu vicns dVxpliqucr de toimême les avantages de la division du temps en portions égales, qu'ion appelle années. Chaque année est comme un mille dans la carrière de la vie.

PORPHIRE. Ah ! jV^ntcnds. Et les saisons sont peut-être les quarts de mille et les demi-milles , qui nous annoncent qu\ui nouveau mille va bientôt venir.

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M. DE VERMONT. Fort bien , mon fils; ton observation est très juste. Je suis charmé que ce petit voyage soit encore présent à ta mémoire. Il peut f offrir, si tu sais le considérer, le tableau parfait de la vie humaine. Cherche à t^en rappeler toutes les circonstances, et j^en ferai l'application.

PORPHIRE. Je ne m'en souviendrais pas mieux, si c'était d'hier. D'abord , comme je me sentais ingambe , et que j'étais glorieux de vous le montrer, je voulus aller très vite , et je faisais je ne sais combien de faux pas. Vous me tranquillisâtes d'aller plus doucement, parce que la route était longue. Je suivis votre conseil ; je n'eus pas à m'en repentir. Chemin faisant , je vous questionnai sur tout ce que je voyais , et vous aviez la bonté de m'instruira. Quand il se présentait un banc de pierre ou une pièce de gazon , nous allions nous y asseoir , pour lire dans un livre que vous aviez porté. Puis , nous reprenions notre marche , et vous m'appreniez encore beaucoup d'autres choses utiles et agréables ► Je me souviens aussi que je fis tout en marchant , quatre vers latins que mon précepteur m'avait donnés pour devoir. De cette manière , quoique le temps ne fût pas toujours beau ce jour-là , quoique nous eussions quelquefois de la pluie et même de l'orage à essuyer , nous arrivâmes frais et gaillards^ sans avoir ressenti de fatigue ni d'ennui ; et le bon repas que nous fîmes en arrivant acheva de remplir heureusement cette journée.

M. DE VERMONT. Voilà uu récit très fidèle de

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notre expédition , excepté dans quelques circonstances, que je te sais pourtant gré d^avoir omises , telles que celte attention si touchante •d'aller prendre un pauvre aveugle par !a main, pour Tempècher de se casser les jambes contre on monceau de pierres sur lequel il allait tomber^ les secours que tu prêtas au petit blanchisseur pour ;raniaàser un paquet de linge qui était tombé de sa cliaiTette; les aumônes que tu fis aux pauvres que tn rencontrais.

PORPHIRE. Eh! mon papa, croyez-^YOus que je Teusse oublié? Mais je sais qu''il ne faut pas se vanter des bonnes œuvres qu"'on peut avoir faites.

M. DE VERMONT. Aussi je mc plais à te les rappeler , pour te récompenser de ta modestie. Il est juste que je te rende une partie du plaisir que tu me lis goûter.

PORPHIRE. Oh ! je vis bien deux ou trois fois des larmes rouler dans vos yeux. Tétais si content! Si vous saviez combien cela me délassait ! J'en marchais bien plus lestement ensuite. Mais venons à Tapplicatiou que vous m"* avez promise.

M. DE VERMONT. La voici, mon ami. Prète-moi toute Tattcntion dont tu es capable.

poRPUiRE. Je n"'en perdrai rien, je vons assure.

M. DE VERMONT. Le coup d'œil quc tu jetas du haut des tours sur tout le paysage qui t'environnait, c'est la première réilexion d'un enfant sur la société qui Tentoure. La promenade que tn choisis, ■c'est la carrière que Ton se projjose de suivre.

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L^ardeur avec laquelle tu voulais courir, sans consulter tes forces, et qui le fit faire tant de faox pas, e^est Tinipétuosité natarelle à la jeunesse, qm Fempo^rterait à des excès dangereux, si un ami sage et expérimenté ne savait la inod4Îrer. Les connaissances agréabks que tu recueillis le long du aiemiin dans nos entretiei^s el dans nos lectures, ton devcir que tu eus encore le temps de remplir , les actes de Inenfaisance et de charité que tu exerças , l'*adoucirent la fatigue de la route , t'*en abrégèrent la longueur, et te la firent parcourir gaîment, maW gré la pluie et Torage ; il n"'est pas d^autres moyens dans la vie, pour en bannir Tennui, pour y conserver la paix du cœur, avec la satisfaction de soimême, pour se distraire des chagrins et des revers qui pourraient nous accabler. Enfin, le bon repas que je te fis faire au bout de ta course n''est qu''uue faible image delà récompense que Dieu nous réserve, à la tin de nos jours , pour les bonnes actions dont Hftus les aurons remplis.

pouPHiRE. Oui,mon papa, cela cadre tout juste. Oh ! quel bonheur je vois pour moi dans l'année que nous commençons aujourd'hui.

M. DE VERMoiNT. Cest dc toi seul qa''il dépend de la rendre heureuse. Mais revenons à notre voyage. ïe souviens-tu lorsque fâous arrivâmes à -cet «adroit que Ton nomme le Point-xiu-Jour ? Le ciel était serein dans ce moment, et nous pouvions voir derrière nous tout l'espace qwe nous avions parcouru.

PORPHIRE. Oh ! oui. J'étais fier d'avoir si bien fait tout ce chemin.

M. DE VERMONT. Le serais-tu de même, aujourd'hui que la raison commence à t'éclairer, en portant un regard sur le chemin que tu as fait jusqu'ici dans la vie? Tu y es entré faible et nu, sans aucun moyen de pourvoir à tes besoins et à ta subsistance. C'est ta mère qui t'a donné les premiers aliments. C'est moi qui ai soutenu tes premiers pas. Que t'avons-nous demandé pour prix de nos soins? Rien que de travailler toi-même à ton propre bonheur, en devenant juste et honnête, en t'instruisant de tes devoirs , et en prenant du goût à t'en acquitter. Ces conditions , tout avantageuses pour toi, les as-tu remplies ? As-tu été reconnaissant envers Dieu , pour t'avoir fait naître dans le sein de l'aisance et de l'honneur ? As-tu montré à tes parents toute la tendresse, toute la soumission que tu leur dois ? As-tu bien profité des instructions de tes maîtres ? Ton frère et tes sœurs n'ontils jamais eu à se plaindre de quelque mouvement d'envie ou d'injustice de ta part ? As-tu traité les domestiques avec douceur ? N'as-tu rien exigé de trop de leur comj)laisance ? L'esprit d'ordre et de justice , l'égalité de caractère , la franchise , la patience et la modération que nous cherchons à t'inspirer par nos leçons et par nos exemples , les as-tu ?....

PORPHIRE. Ah ! mon papa, ne regardons pas tant dans le passé ; j'aime mieux porter ma vue sur

Tavenir. Tout ce que j'aurais dû faire, oui, je vous le promets, je le ferai.

M. DE VERMONT. Embrasse-moi, mon fils; j'accepte ta promesse , et j^ renferme tous les vœux que je forme à mon tour pour toi dans ce recouvellement de Tannée.

DRAME EN UN ACTE

PERSONiNAGES.

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