SCENE VII
EDOUARD, VICTORIME.
viCTOiiiNE, l'egardant avec avidité tout ce qui est étalé sur la table. Que fais-tu donc là, mon frère? Que signifie ce partage? Est-ce qu'il y aurait une moitié pour moi ? Sais-tu bien que ce serait une fort aimable galanterie ?
EDOUARD. Ah, ma sœur ! je le voudrais, je t'assure. Mais je ne suis plus le maître d'en disposer.
vicTORiNE. Et pourquoi donc? Cela t'appartient. Ah! j'entends, c'est quelque nouvelle escroquerie d'Alexis. Il est sans cesse à mendier auprès de toi pour les autres; et ce qu'il obtient par ses importunités, il sait le mettre de côté pour lui.
EDOUARD. Victorine, ue parlez pas ainsi de ce digne garçon ; je voudrais, pour tout ce que je possède, avoir sa noble manière de penser.
VICTORINE. Mais enfin, que veut dire ce déménagement ?
EDOUARD. Que je suis bien puni d'*avoir été si avide ! Il faut que je cède à Charles la moitié des présents que j'ai reçus de ma tante.
VICTORINE. Au lieu de me les donner ! Et à quel propos ?
EDOUARD. Parce que nous étions convenus ensemble de partager nos étrennes. Par malheur, j'ai eu beaucoup, et lui rien.
VICTORINE. Il n'aurait donc rien de moi ; c'est la justice.
EDOUARD. Que veux-tu ? Nous nous sommes engagés par l'honneur. Il m'a tenu parole ; il faut bien lui tenir la mienne, ou je suis un coquin. .1 VICTORINE. Voilà de ces folies que ton Alexis te met dans la tête. Non, je suis dépitée de ce que tu te laisses gouverner par un enfant qui vit de nos secours.
EDOUARD. Mais n'a-t-il pas raison?
VICTORINE. Lui ? jamais. Et je parierais même aujourd'hui qu'il s'entend avec Charles pour partager tes dépouilles.
EDOUARD, Sérieusement tu le croirais, ma sœur? mais non, non-, tu lui fais injure. Alexis est trop généreux.
VICTORINE. C'est toi qui es trop faible. Il preu-
T. lî, 8
<-liarIes, s'il n'y etoit intéresse. ^
EDOUARD. Je suis son ami. Il est intéresse à c que je ne sois pas un fripon.
vicTORmE. Ha, ha, ha! fort bien! Ponrn'êtt pas un fripon, tu te laisses friponner
EDOUARD. Cela vaudrait toujours mieux
VICT0R1.E. Et d'une manière si ridicule! Oh comme ils vont se moquer de toi ! Ha, ha ha
EDOUARD. Alexis se moquerait de moi
vicTORiNE. S'il aide à te tromper.
EDOUARD. Mais j'ai donné parole. Le partage<e« tout fait, et Charles va venir. T\
vicTORiNE. Eh bien! qu'il s'en rete^iime. Quelle sera ma joie de voir que tu les attrapes, lorsqu'ils pensent t'attraper! ^
EDOUARD. Oui, que je me désbonore pour sauver ces misères ! H
VICTORINE. Mais si je te les conserve aN^cuon iionneur?
EDOUARD. Et par quel moyen ?
VICTORINE. Le voici. C'cst d'aller compter l'aéfaire à mon papa, ou plutôt à ma tante, qui serait plus facile à persua.ler , pour qu'ils te défendent de te défaire de leurs présents. Je me charge de' la mission .
EDOUARD. Non, non, ma sœur, si tu as quelque amitié pour moi.
VICTORINE. A la bonne heure. Tu veux te laisser plumer? Je le veux aussi. Je ne perds rien à cela.
Tout au contraire , j^y gagne le plaisir de rire à te& dépens, et d'avoir maintenant d^aussi jolies étrennes que toi. Je vais toujours le dire à mon papa, quand ce ne serait que pour te faire gronder, puisque lu n'as pas voulu suivre mes idées.