‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 36 sur 153 · ALEXIS , EDOUARD · texte numérisé non relu

ALEXIS , EDOUARD

EDOUARD, ^portant par les deux anses une grande corbeille. Viens, je te prie, m' aider, mon cher Alexis , pour que je ne laisse rien tomber. Tout cela devient à présent sacré pour moi.' Pai laissé le gâteau dans le buffet, crainte de le briser. Je Tirai chercher quand il en sera temps. Voici toujours la boîte de confitures. {Il Fourre et la donne à Alexis.) Tiens, c"'est ici le milieu, prends tout ce côté pour Charles, et laisse Tautre moitié pour moi dans la boite.

ALEXIS. Non, non ; il vaut mieux qu'ail soit témoin du partage. Il croirait peut-être que nous avons mangé quelque chose dans sa portion. Voyons les autres friandises. — Quatre cédrats confits ; deux pour Tun, et deux pour Pautre. — Six cornets de pastilles; trois pour chacun. (// fait deux parts ^ qu'' il place aux deux bouts delà table.) Combien y a-t-il de jetons dans cette bourse?

EDOUARD. Deux ccnts.

ALEXIS, après en aroir compté cent, qu'ail dispose dix pardi.v.) Voilà hîs siens. La bourse ne peut pas se partager; elle te reste avec les autres." EDOUARD. Et ces quatre compagnies de soldats? Ah ! comme nous nous serions amusés à les ranger en bataille! N''y as-tu pas de regret, Alexis?

166 l'ami bes enfants.

ALEXIS, y en aurais, si tu les gardais. Je te donne les uniformes rouges ; ils sont plus brillants que les bleus. — Un jeu de loto, et un microscope.

EDOUARD. Heureusement ni Tun ni Tautre ne se partage.

ALEXIS. Il est bien vrai, à la rigueui*; mais cela peut faire deux lots, un pour chacun. Charles viendi*ait nous chicaner, et il faut prévenir jusqu'à ses injustices. Laissons-lui le loto, et gai'dous le microscope pour nous. Il pourra servir à nous instruire, en nous fais.ant connaître mille beautés de la nature, qui se déroberaient à nos regards.

EDOUARD. Ah I voilà maintenant ce qui me coûte le plus! ces treize joUes figures de }K>rcelaiBe.

ALEXIS. Tu n'aurais jamais pu les placer toutes ensemble sur ta cheminée. Sais-tu ce qu'elles représentent ?

EDOUARD. Les neuf Muses, et les quatre Saisoos,.

ALEXIS. Donne-lui les saisons. T^i as droit à la meilleure part ; et les Muscs ne se sépaaent jamais. Mais , veux-tu nven croire ? ne faisons point les choses à demi. Accordons-lui, pour égalisef, la reste des jetons et la bourse. (// remet les cent je" tons de Charles dans la bourse, et uiet le tout ensemble de son cote). Les voUà daws son l^ùi.

EDOUARD. Tu me fais faire ce <jtte U veas..

ALiiXîs. Ce que j'aurais fait njoi-mênie à la place.' — lia! haï des eslamj)es cne^ulrées ! J'avais oublié de lui en parler.

EDOUARD, avec joie. Est-il bien vrai, mon ami?

l'ami des ejjfants. 167

ALEXIS, d''un air sévère. Et qu'importe? N'*estce pas comme s'il le savait ? Combien y en a-t-il ? Voyons. Une, deux, trois. (// compte jusqiî' à vingt-quatre, en parcourant leurs inscriptions Vinie après Vautre^ et les partageant à mesure en deux lots.) Ici, les princes régnants de l'Europe ; et là, les grands hommes de France.

EDOUARD. Eh bien! lesquels choisirons-nous ?

ALEXIS, lui présentant deux estampes qu'ail a mises de côté dans le second lot. Ah, mon cher Edouard! notre choix est tout fait. Voici La Fontaine et Fénélon. Gardons les amis de notre enfance. (// haise les deux portraits ; ensuite il met les princes dans le lot de Charles^ et les grands hommes dans eeluid'Edouard.)\o'i\-àtout, je crois?

EDOUARD, tristement. Hélas ! oui.

ALEXIS. Pourquoi cet air si triste ?

EDOUARD. Cest que tu veux que mon bien lui appartienne.

ALEXIS. Non, mon cher Edouai'd, cen''estpasmai qui le veux. C'est toi qui Tas voulu et qui le veux encore. N'est-il pas vrai, tu le veux toujours ?

EDOUARD. Oui, oui; fais seulement que je lae voie plus cela, que j'en sois débarrassé.

ALEXIS. N'y pense plus, mon ami. Tu as fait

ton devoir. Je cours trouver Charles et lui parler.

S'il t'a trompé, je veux qu'il eu meare de honte.

{Il sort.)

EDOUARD, seul. Oh, oui ! mourir de honte ! II

se moquera de moi, voilà tout. S'il avait eu honte, il ne m*'aurait pas envoyé la moitié de ses pauvretés pour avoir mes richesses. (// s^approche de la table^ en la parcourant cTun œil irisie,) Et il faut que je me prive de tant de jolies choses ! pour un fripon encore ! Il me semble à présent que j'aimerais mieux tout ce qui n**cst pas dans ma portion. Voilà des cédrats bien plus gros que les miens ! Et ce loto que j'avais tant désiré pour amuser mes amis! Ces soldats qui m'auraient fait une armée ! Tout cela était à moi. Je ne l'ai plus. Il faut que je le donne pour rien. Pour rien ? (// rére un 7noment.)^lms non : Alexis a raison. N'est-ce donc rien que ma parole et mon honneur? J'entends venir quelqu'un. Est-ce Charles? Non, c'est Yic-

torine.

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