THOMAS, COLIN
THOMAS est occupé à ratisser une allée ; Colin accourt à perte dlialeine^ et se presse en tremhlant contre son père. Eh bien, eh bien, petit drôle! où cours-tu ainsi tout effaré?
COLIN. Ah! mon père, mon père, je suis mort.
THOMAS. Cest encore fort heureux d'avoir assez de voix pour le dire. Mais qu''est-ce donc ?
COLIN. Un revenant ! un revenant !
THOMAS. Un revenant en plein jour? Je crois que tu veux te moquer de ton père. Et quelle mine at-il? d'une bête ou d'un homme?
COLIN. Cest... c'est fait comme un homme.
THOMAS. Imbécile que tu es! C'est donc un homme. A-t-il une bouche, des yeux, des pieds, des mains?
COLIN. Oui, une bouche, des yeux, des pieds, des mains, de tout cela, comme nous, et non pas comme nous pourtant.
THOMAS. Quels sots contes viens-tu me faire-là?
COLIN. Oh! si vous Taviez vu! C'est, Dieu me le pardonne, une ombre de Turc.
THOMAS, un peu effrayé. Une ombre de Turc ?
COLIN. Oui, oui, mon père. Vous m'avez fait voir des Turcs à Marseille. Eh bien, c'est la même chose. Une longue robe qui lui bat les talons, un
18G l'ami des enfants.
manchon sur la tèle, un couteau de cuisine à sa ceinture, une grande barbe grise, et un visage de mort sur le sien. {On entend du bruit derrière la charmille.) Oh! c'est lui, mon père , c'est Tombre, c"'est le Turc. Sauvons-nous , sauvonsnous! (Jl s'échappe.)
THOMAS, avec un air d'inquiétude. Colin , Colin ! veux-tu bien revenir ?
(Colin, au lieu de se retourner, continue de courir de toutes ses forces. Thomas le poursuit ; mais comme son râteau lui échappe des mains, et s'emharrasse dans ses jambes, sa course est ralentie, et il ne peut l'atteindre.)
Ce petit poltron, me laisser tout seul! S'il disait vrai, pourtant! Je ne suis pas fait à des ombres de Turc, moi. Oh! je ne resterai pas ici pour les attendre.
(Tandis qu'il se baisse pour ramasser son râteau^ M. de Favières, en longue robe rouge, avec un turban sur la tète et un mnsque sur le visage , s'approche de lui, et le saisit par la camisole. Thomas, en se relevant, l'aperçoit. Il veut fuir ; mais se sentant arrêté, il se met à crier avec effroi : )
Au secours ! au meurtre ! un revenant ! un Turc ! SCENE II.