‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 95 sur 153 · SIARCEL; THOMAS, GEORGE, LE BAILLI · texte numérisé non relu

SIARCEL; THOMAS, GEORGE, LE BAILLI

LE BAILLI. Eh bien, Marcel, c'est demain le dernier jour de grâce. Songe à me payer, ou ta cabane est vendue. J'ai déjà trouvé des acheteurs.

MARCEL. Moucher monsieur, je ne puis vous eu payer que la moitié. Encore n'aurais-jc pu le faire, si le capitaine de mou fils n'était venu à mon secours. Ayez la bonté d'attendre pour le reste jusqu'à la moisson. Si nous avons une bonne récolte, vous savez que je ne serai pas content que je n'aie satisfait àce que je vous dois. Prenez un peu de patience. Si ce n'est pas pour moi, que ce soit en considération de mon fils. Il sert son prince, <i il ne peut m'aider dans mon travail. Voulez-vous qu'il ne trouve pas une seu'e pierre de l'héritage de son

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père, lorsqu'il ne sera plus soldat? Considérez que cela crie vengeance au ciel, de prendre les pauvres • gens par la misère, pour achever leur ruine.

LE BAILLI. Ce n'est pas la faute de monseigneur, si vous êtes misérables.

MARCEL. Il est vrai; mais est-ce la nôtre ? Est-ce pour avoir été paresseux ou débauchés? Qui peut se défendre delà rigueur du temps? Mille autres ne sont-ils pas comme nous? S'il y avait de ma négligence, je n''oserais dire un seul mot. Mais tout cela vient de l'ordre du ciel. Un homme ne méritet-il donc aucune pitié?

LE BAILLI. Bon! voilà comme vous êtes; plus on fait pour vous, et plus vous demandez. M. le comte ne vous a-t-il pas accordé toute une année? Ne vous a-t-il pas généreusement prêté les semailles? Vous n'auriez pu mettre un grain dans la terre sans lui ; et maintenant il est impitoyable de vous demander ses avances ! Est-il obligé de vous faire des présents?

MARCEL. Ce n'est pas ce que nou'à demandons. Qu'il ait seulement la bonté d'attendre que nous puissions le payer. Recevez toujoui's ceci à compte, et parlez pour nous à son cœur. Vous attirerez sur lui et sur vous les récompenses d'un Dieu de miséricorde.

LE BAILLI. Oui, je n'ai qu'à lui représenter de se laisser encore conduire par le nez une autre année. C'est de quoi je ne m'aviserai point. Il faut que j'aietoutema somme, ou je vous fais déguerpir.

GEORGE. Un peu de commisération, M. le bailli, je vous en conjure. Pensez que d'une seule parole vous pouvez faire le bonheur de mon père, ou le rendre tout à fait malheureux. Si rien ne reste impuni dans ce monde, ce n'est pas une petite chose de réduire un honnête homme à la mendicité.

LE BAILLI. Occupez-vous dc votre mousquet, et non pas de ce que j'ai à faire.

GEORGE, Mon mousquet appartient au roi, et j'en aurai soin sans votre leçon. Quand le roi serait devant nous, il ne trouverait pas mauvais que je parlasse pour mes parents; et cependant, de vojis à lui, il y a, je crois, mie diflerence.

LE BAILLI. M. le soldat! vous pouvez avoir fait des campagnes ; mais souvenez-vous que vous ne parlez pas ici à un bailli de terre conquise.

GEORGE. Je n'ai jamais parlé à aucun comme je vous parlerais, connaissant votre naturel , si je vous trouvais en pays ennemi.

LE BAILLI. Vous u'aurcz pas cette satisfaction.

THOMAS. M. le bailli, excusez la brusquerie d'uii soldat.

LE BAILLI . Je saurai lui répondre. Taisez-vous seulement. Vous n'êtes pas trop bien vous-même sur mes papiers.

GEORGE. Je le crois. Tous les honnêtes gens sont dans le même cas auprès de vous.

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