‹ L'ami des enfants et des adolescentsChapitre 96 sur 153 · SCENE VU. i · texte numérisé non relu

SCENE VU. i

MAACCX., GENEVIÈVB, THOMAS, GEORGE, Z.E BAILLI*

LE BAILLI. Qu'entendez-vous parla?

MARCEL. Je VOUS en prie au nom de Dieu, M. le bailli !

GENEVIÈVE. Prenez, en attendant, tout ce que nous pouvons vous donner. Nous vendrions notre sang pour vous payer la somme entière.

LE BAILLI. Je le crois bien, si vous aimez votre cabane; car dès demain vous pourrez aller voyager.

GENEVIÈVE. Non, VOUS u^aurcz point cette barbarie. Epargnez notre misère, je vous en conjure à genoux.

LE BAILLI. Toutes VOS prièrcs sont inutiles.

GENEVIÈVE. N'avez-vous donc pas une goutte de sang humain dans les veines? Nous avons travaillé avec honneur pendant une longue vie, et sur nos vieux jours vous nous rendez mendiants ?

MARCEL. Nous uc sommcs pas loin de la moisson, et ma cabane ne dépérira pas jusqu''à ce temps-là.

LE BAILLI. Qu'en savez-vous? Elle peut brûle)' dans Tinterv aile.

MARCEL. Mais j''aurais toujours payé la moitié.

LE BAILLI. Il n'est pas en mon pouvoir de mieux faire. Il faut que j'exécute les ordres de monseigneur.

GEORGE. Monseigneur ne vous a pas ordonné de ruiner, pour quinze misérables écus, une famille de ses vassaux. Il vous paie pour faire prospérer ses affaires, et en cela vous ne gagnez pas vos gages. Vous chassez les honnêtes gens pour recevoir des vagabonds. Lorsque la terre ne porte pas de fruits, le seigneur ne peut exiger aucune redevance j et il

est de son devoir, au contraire, de soutenir ses pauvres paysans. Failes-y bien réflexion, vous verrez qu'il ne dépend que de vous d'accoraraoder les clioses. Remplissez pour la première fois votre devoir, et parlez en faveur de ceux qui vous font vivre. Il n\;st qu'une manière de présenter notre situation; et monseigneur donnera son coosentemeut à tout ce que vous ferez d'après votre conscience.

LE BAILLI. Vous uo m'appreudrcz pas mon devoir. Je n'ai que faire de vos conseils , je vous en préviens.

GEORGE. Et vous, 116 soycz pas si grossier euvers moi , je vous en avertis.

LE BAILLI. Vous iguoroz cc qui peut vous en arriver. Je saurai bien vous apprendre à vivre.

GEORGE. C'est vous qui en avez besoin , non pas moi.

LE BAILLI. Où prenez-vous la hardiesse de me parler de la sorte?

LA TERREUR , qiii ùst renflé dans le cours de la scène. Mettez-vous à sa place. Faut-il qu'il reste iiiuet devant vous? Il est soldat. Un soldat sait toujours ce qu'il doit dire , et mille fois mieux qu'un bailli. Vous osez, à sa barbe, vilipender son père , et vous voulez qu'il soit là debout comme une vieille femme qui n'a plus de souille? Qui ne s'emporterail pas de voir ruiner sa famille par la méchanceté d'un homme de votre robe? On sait qu'un bailli ne demande qu'à faire vendre pour gagner ses frais. Il vous a parlé d'abord avec douceur , vous avez fait la

sourde oreille. Il n'a plus qu^à vous dire vos vérités.

LE BAILLI. C'en est troj). [A Marcel y d\m air furieux.) Youlez-vous me payer , ou non? Je vous le demande pour la dernière fois.

MARCEL. Je vous ai déjà dit que je ne le pouvais pas en entier.

GENEVIÈVE. Nous VOUS avous offcrt tout ce que nous possédons.

LE BAILLI. Tout OU rien. Vous entendrez parler de moi. (// veut sortir.)

GEORGE , le 7'etenant. Faites-y bien attention encore. Il vous en coûterait cher. Je puis donner un placet au roi. Je lui parlerai de la situation de mon père, et de votre dureté. Il a ses droits sur les vassaux, avant le seigneur; et il ne permettra pas qu'ils soient maltraités injustement.

LE BAILLI. Le roi n'a rien à voir dans nos affaires. Votre père doit à monseigneur , et monseigneur veut être payé.

GEORGE. Que dites-vous? Le roi n'est-il pas le. maître? et monseigneur n'est-il pas son sujet? Sachez que mon père vaut mieux que luiàses yeux. Il travaille, et votre comte ne fait rien. Le roi ne peut souffrir les gens oisifs , parce qu'il sait s'occuper lui-même. Il saura mettre un frein aux méchants.

LE BAîLiT. C'est ce que nous verrons; mais en attendant, je fais vendre la cabane et la terre. Vous me connaissez bien, pour m' effrayer de vos folles menaces! Oui, le roi va s'amuser à écouter un homme comme vous.

GEORGE. Pourquoi non? il écoute tout le monde ;

et si nous étions tous deux en sa présence, je suis

sûr qu"*!! m"'enten (Irait le premier.

LE BAILLI. Il vous sicd Vraiment de me comparer à un drôle de votre espèce î

GEORGE , lui donnant un soufflet. Vous avez dit cela à un soldat et non à un paysan. Sors d'ici , vieux scélérat ! J'ai regret à toutes les paroles que j''ai pu te dire. Il fallait commencer par où j"'ai fini. (// le pousse avec violence hors de la cabane.^

LE BAILLI , en sortant. 0 mille vengeances !

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