‹ L'ami des loisChapitre 35 sur 63 · ACTE IV, SCÈNE I. 5i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE I. 5i

Si nous n'avions ici qu'un traître subalterne, Un mince conjuré, bon! par exemple.... toi, Nous eussions, dans ses yeux, vu des signes d'effroi... Mais Forlis !

FILTEAU.

Il n'est pas coupable, je le gage.

DUBRISSAGE.

Et la liste?

FILTEAU.

La liste?... Eh bien! cet assemblage De noms, tous inconnus, peut bien être innocent.

DUBRISSAGE.

Innocent! Soudoyer un parti mécontent!

Tudieu! quelle innocence! Ensuite, le mystère!

FILTEAU.

Qu'il soit coupable ou non, avez-vous du vous faire L'ordonnateur caché des ressorts qu'aujourd'hui Un Laroche , sous vous , fait mouvoir contre lui ?

DUBRISSAGE.

Des éclats contre moi! contre le journaliste! Je vous ai vu naguère un peu moins formaliste.

FILTEAU.

Epargnez -moi ma honte.

A vous parler sans fard, Vous vous convertissez, mon cher, un peu trop tard. Sachez, l'expérience au moins le persuade. Que jamais vers le bien l'homme ne rétrograde. Sachez qu'un scélérat, mais grand, mais prononcé. Vaut mieux que l'être nul, dans son néant fixé. Honnête sans vertu, criminel sans courage, . Et qu'il faut être, enfin, Forlis ou Dubrissage.

FILTEAU.

Les nobles sentiments !

DUBRISSAGE.

Prenez votre parti; D'honneur, vous aurez beau jouer le converti; Dans un cœur corrompu ces révoltes sont vaines. Un feu contagieux circule dans vos veines ; La fièvre des honneurs, des rangs et des succès, Ravage votre sang brûlé de ses accès.

FILTEAU.

Reprenez ces honneurs qu'avec vous je partage : J'achète trop , monsieur , leur funeste avantage.

DUBRISSAGE.

Vous serez sans ressource.

FILTEAU.

Oui.

DUBRISSAGE.

Car vous n'existez...

Que par le crime , hélas !

DUBRISSAGE.

Et si vous me quittez, Que vous reste-t-il?

FILTEAU.

Rien.... pas même l'innocence.

DUBRISSAGE.

J'ai voulu faire en vain de vous une puissance. Ce beau gouvernement du Maine est bien tentant!... Mais la richesse nuit au zèle repentant.... Allons, réfléchissez, avant que rien n'éclate: Monsieur l'homme de bien, encor de fraîche date, La vertu vaut son prix; mais vous la payez cher... Tenez , j'ai malgré vous , pitié de vous , mon cher.

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