ACTE IV, SCENE I
11 faudrait supposer que vous ajoutez foi
A vos principes vains; et que sert d'y répondre,
Quand un mot, un seul mot, suffit pour vous confondre ?. .
Jetez les yeux par-tout : l'ordre de l'univers
Ne les détruit-il pas ces arguments pervers ,
Qui rendent au liazard, anarcliique puissance,
L'œuvre que Dieu tira de son intelligence?
Vous réfuter! moi-même en ai-je le pouvoir?
Les secrets de là-haut surpassent mon savoir :
Pénétrez-les tout seul : pour moi , la providence
Ne m'a pas, comme vous, mis dans sa confidence...
Je sais bien qu'au besoin je pourrais tout nier.
Douter de Dieu lui-même, ou le calomnier.
Nier tranche le nœud ; calomnier dispense
Envers le bienfaiteur de la reconnaissance :
Mais mon peu de savoir, mon faible jugement.
Selon moi, contre Dieu n'est pas un argument;
Car , enfin , entre nous , quoiqu'incompréhensible ,
Son être, son pouvoir n'en est pas moins sensible;
Malgré mon ignorance, et votre grand savoir,
Il n'en fera pas moins éclater ce pouvoir ,
Éclater ses bienfaits sur tous.... et sur vous-même
Qui les reconnaîtrez par un nouveau blasphème.
DUBRISSAGE.
Adieu, mon bon Filteau.
FILTEAU.
Malheureux, arrêtez.
Voyez sur quel écueil, ô ciel! vous vous jettez! Quel combat inégal!... d'un côté, l'assurance Que montre , à tous les yeux , le front de l'innocence ; De l'autre, l'embarras de la duplicité, De l'astuce qui lutte avec la loyauté!... Vous êtes perdu!
DUBRISSAGE.
Soit : mais ce seul mot décide :
Un homme tel que moi vit et meurt intrépide , Tente tout, risque tout, ne sait jamais trembler; Ne craint rien, en un mot.... que de vous ressembler. Adieu, Filteau....
{Il sort.)