‹ L'ami des loisChapitre 39 sur 63 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Je veux vous parler seul ; il faut m'ouvrir votre aiiie. Dites-moi tout, Forlis.

FORLIS.

Eh quoi, tout?.... Vous donnez Dans ces bruits de complots!.... Récits imaginés....

VERSAC

Ah! niez, c'est fort bien : quoique je sois crédule, Je ne le serai pas jusques au ridicule. Je le dis franchement : ce refus de parler Redouble mes soupçons : pourquoi dissimuler Avec moi , votre ami ? Tenez , un gentilhomme Est toujours gentilhomme au fond du cœur; et, comme Je l'ai dit mille fois, l'amour-propre chez nous. Autant que l'habitude est tyran de nos goûts.... Ces éloges pompeux, dont vous fêtiez sans cesse La révolution , n'étaient qu'une finesse?.... A présent que j'y songe, oui, depuis quelques temps, Vous couvez-la, monsieur, des secrets importants; Je m'y connais.

FORLIS.

Beaucoup.

VERSAC, avec finesse et satisfaction.

Que je vous envisage, Mon cher conspirateur ! Le voilà ce voyage Entrepris, disiez-vous, pour visiter vos champs! Visiter vos papiers, et méditer vos plans. C'est le mot, le secret!.... Moi! m'avoir fait sa dupe!

FORLIS.

C'est étonnant !

VERSAC

Pour vous cette affaire m'occupe; Mais, sans m'inquiéter: vos ennemis jaloux Ne seront pas de taille à lutter contre vous»

Dans leurs pièges vraiment ils n'ont qu'à vous attendre! Oh î vous n'êtes pas homme à vous y laisser prendre. Si vous avez mûri quelque" utile projet, Bien fin qui vous pourrait tirer votre secret. Laissez-moi, mon ami, me réjouir d'avance : Ainsi donc un seul homme , un Forlis à la France Va rendre son éclat, au roi tout son pouvoir, Aux nobles tous leurs droits ! Nous allons donc ravoir Nos titres, et nos rangs, et nos prérogatives!....

FORLIS.

Ce que c'est que d'avoir les conceptions vives !

VERSAC

Mais , j'ai droit d'accuser votre froide amitié : \ ersac dans vos périls n'est pas mis de moitié ! C'est une perfidie!....

FORLIS, riant.

Entière, décidée.

VERSAC

Sans doute : j'avais là plus d'une bonne idée , Plus d'un aperçu juste, utile, lumineux, Dont, malgré vos grands airs, monsieur le dédaigneux, Vous pouviez profiter, d'après leur importance.... Mais , voyons : contez-moi vos plans , votre espérance : Nous rétablissez-vous, dans son intégrité. Le pouvoir souverain ? le vouloir limité , C'est ne le vouloir pas, et qui dit roi, dit maître. Celui qui veut la loi n'a point à s'y soumettre. Après le roi, c'est nous : nous sommes ses bras droits. Or, à coté du trône il faut placer nos droits. Stables, illimités, non moins que ceux du trône, Indépendants pourtant des droits de la couronne.

FORLIS.

En sorte que du roi le pouvoir absolu

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