SCÈNE IV
DUBRISSAGE, VERSAC, Madame VERSAC,
FILTEAU.
FILTEAU, a haute voix, de la coulisse.
Sauvé! sauvé!
VERSAC
Qui donc?
FILTEAU.
Forlis.
VERSAC
Forlis !
FILTEAU.
Lui-même.
MADAME VERSAC
O bonheur!
DUBRISSAGE, a part.
O revers!
O justice suprême,
Vous l'avez défendu!.... Succès inespéré!.... Mais, vous en êtes- vous, monsieur, bien assuré? Quel pouvoir si puissant a conjuré l'orage? Quel prodige inoui l'a sauvé?
Son courage, La justice du peuple et son humanité.
Vous m'en voyez de joie encor tout transporté ! Tout ce qu'on vit jamais de bon et d'équitable, Tout ce qui fut jamais et noble et respectable, A paru, ce jour même, entre le peuple et lui : Tous deux, ils ont lutté de vertus aujourd'hui. L'un était digne enfin d'être sauvé par l'autre.
DEBRissAGE, à part.
Le peuple est son sauveur!.... Eh! quel sera le nôtre?
FILTEAU.
Je courais sur votre ordre : A peine descendu,
Je trouve en bas Forlis par la foule attendu,
Recueillant ses moyens et son ame en silence.
Un cri s'élève alors: soudain, Forlis s'élance
Seul , quand de nouveaux cris , par mille voix poussés ,
Font retentir ces mots , à-la-fois prononcés :
«C'est Forlis!... Oui, dit-il, et vous m'allez entendre;
u Citoyens , on m'accuse , et vous m'allez défendre.
«Je vais vous révéler un horrible complot....
« Citoyens , écoutez. » — Tout se tait à ce mot.
Il reprend : « Peuple juste et d'un crime incapable ,
«L'innocent devant vous s'avance, ou le coupable.
« Voyez , de l'innocent sous vos coups étendu ,
« Sur vous et sur vos fils tout le sang répandu !
« Tremblez en frappant l'autre : assassins sacrilèges ,
« Vous usurpez des lois les sanglants privilèges :
« Ainsi que l'innocent le coupable a ses droits;