ACTE V, SCENE V
VERSAC
Forlis, est-ce bien vous?
Mon ami!... ce moment est encor le plus doux! Oui, je viens d'obtenir une belle victoire : Mais je n'eus de bonheur que celui de la gloire; Et je sens, dans vos bras, dont Forlis est lié, Que la gloire n'est rien auprès de l'amitié....
( Apercevant Dubrissage. ) Quel homme vois-je ici?
DUBRISSAGE, à part.
' Soutenons mon audace.
FORLIS.
Osez-vous bien encor me regarder en face?
DUBRISSAGE.
Pourquoi non?
MADAME VERSAC, à Forlïs.
Quel discours!
FORLIS.
Voici mon assassin.
Il se dit mon ami pour me percer le sein. Sous ce manteau sacré , de ses regards avides , Il venait diriger le fer des homicides; Il commanda ma mort ; et , pour mieux l'assurer , Lui-même, à ses bourreaux, il voulut me livrer.
VERSAC
O scélérat!
FiLTEAU, bas à Dubrissage.
Fuyez.... fuyez.
DUBRISSAGE, bas à Filteau.
Moi, que je fuie !
{J Forlis.) Suis-je donc un Filteau?... Monsieur, la calomnie....
FORLIS.
Tous VOS honteux complots ont été révélés:
Le peuple est là, monsieur, il vous poursuit... tremblez.
DUBRISSAGE.
Pensez-vous que ce peuple, envers vous si facile, N'ouvre qu'à votre voix une oreille docile? Il est là, dites-vous? j'y cours, il m'entendra. Si son courroux s'emporte, un mot le contiendra. Mais ma présomption dût-elle être punie, Je ne compose point pour racheter ma vie : Je brave tout mon sort, et sais envisager Le prix d'une action, bien moins que son danger. A coté du succès, je mesure la chute , Et, dussé-je tomber, j'avance et j'exécute. Adieu, monsieur Forlis, vous pouvez l'emporter; Mais j'étais avec vous digne au moins de lutter.
(// sort.)