LAMI DU CLERGE | ee eee ree ee ce NR
roisse ot vous étes actuellement, laissez-moi vous demander si yous étes stir d’y rester toujours et ce qu’il adviendrait de vous et de votre conscience le jour ott vous auriez a exercer le saint ministére en terre moins ingrate, mieux disposée a profiter du bénéfice de vos enseignements? Vous le voyez bien, dans toutes les hypothéses possibles, Pintérét du peuple demande que vous soyez fort en morale, versé dans les principes de la casuistique, toujours prét 4 donner aux doutes qui peuvent vous étre soumis la solution juste que réclame le respect de la vérité et l’intérét genéral bien entendu de la société chrétienne tout entiere.
Un mot encore, et je finis la. Quelle que soit la considération des résultats, vus du cété pratique, le prétre est par essence, par devoir a priori et rigoureux de vocation surnaturelle, un homme de doctrines, une lumiére vivante. L’étude des choses sacrées du salut est per se pour lui une obligation de conscience. Il doit tenir 4a honneur de maintenir son sacerdoce 4 la hauteur ot l’a mis Jésus-Christ, et ne jamais mesurer cette hauteur @aprés les considérations misérables qui viennent d’en bas, du peuple; il doit donner de son trop plein de vérité et de vertu, jamais subordonner sa dignité intellectuelle et morale aux seules exigences de ceux qui sont au-dessous de lui, et dont il n’a a attendre que Voccasion de leur montrer sa supériorité.
Conclusion : Le peuple n’a rien 4 voir par luiméme avec nos controverses des opinions morales douteuses ou probables : ce n’est pas son affaire; mais, au premier titre, c'est la ndtre. Le peuple n’entendra jamais rien a nos systemes de morale; cest a nous d’y voir clair pour y apprendre a bien le conduire, en nous conduisant d’abord bien nous-mémes. Aux esprits superficiels rien ne parait moins pratique et moins utile que la théorie et Vart @user des probabilités dans la solution des-cas de conscience; pour les esprits sérieux, gui veulent un instant y réfléchir de bonne foi, rien n’est pratiquement plus grave; aucune doctrine n’a un plus profond retentissement que celle-la sur la morale publique et la formation chrétienne des ames a la vertu.
J’ai tenu a rappeler ces vérités parce que je les sais contestées légérement dans nos réunions par des langues frivoles ; et comme je sais aussi que plusieurs rencontrent sur leur route la tentation de découragement devant l’apparente difficulté , dun pareil sujet, il n’était pas inutile peut-ctre de réconforter leur sang-froid ébranlé, par l’évocation du devoir impérieux de conscience qui impose sub gravia tout confesseur la science et la pratique de principes solides et « certainement » prudents dans la direction des dames si souvent troublées par les angoisses du doute.
Ceci dit, entrons dans la question. I] s’agit d’abord de la bien poser. Mais, avant de fixer Vénoncé exact du probléme, voulez-vous me permettre, charitables lecteurs, den expliquer a
Vavance certains termes dont il est indispensable de préciser la signification une fois pour toutes? N’ayez crainte. Je n’irai point transcrire bonnement, en les traduisant, toutes les distinctions et formules classiques de nos manuels. Je ne suis ici, 4 aucun titre, et ne prétends ni ne veux étre un professeur. Nous causons, nous he sommes pas en classe. Aussi n’emprunterai-je rapidement a ces vénérables sources que ce qu’il me semble rigoureusement nécessaire de rappeler en passant, ne fiit-ce que pour rafraichir un peu les souvenirs de certaines mémoires rouillées ou endormies.
Quatre mots, quatre idées fondamentales dominent toute cette controverse : certitude, doute, opinion, probabilité.
Tout le monde sait 4 peu prés ce quest la certitude. Il y a certitude, disent nos philosophes, quand Vintelligence embrasse fortement, sans sourciller ni hésiter le moins du monde, une proposition, avec la persuasion absolue de sa vérité, sans aucune crainte de se tromper. /irma mentis adhesio sine formidine errandi. « Le tout est plus grand que la partie, » voila qui est certain, et sur quoi personne ne peut avoir ’ombre méme d’un doute, le moindre soupcon d’erreur.
Ceci est parfaitement clair quand il s’agit de la certitude logique ou métaphysique, de cette certitude spéculative qui s’appuie sur des motifs si essentiels, si absolus, si parfaitement immuables que Vemboitement logique des idées ne peut méme se concevoir en aucun cas possible autre- - ment que ne l’énonce la proposition certaine.
Dans la morale, ce nest plus tout a fait la méme chose. La certitude morale réclame bien encore l’exclusion de tout doute, mais au lieu de doute possible, il faut entendre ici doute prudent. Une proposition est donc moralement certaine quand elle énonce, en théorie ou en pratique, une vérité qui, a vrai dire, pourrait logiquement, dans une hypothése chimérique absolue, se trouver fausse, mais a2 propos de laquelle, cependant, aucun homme sage, et suivant le cours normal des choses, n’aura l’idée de concevoir un doute.
Crest quil y a une grande différence entre les relations contingentes des faits dans lordre pratique de l’action, et les relations essentielles des idées dans l’ordre abstrait de la métaphysique. L’esprit de Vhomme n’est ni capable de pénétrer a fond tous les faits qui concourent a la fois dans une opération donnée, ni capable d’en saisir instantanément toutes les relations, ni assuré toujours 4 ’avance de leur parfaite reproduction dang des circonstances analogues. Il y a toujours un aléa, un peu d’obscurité, plus ou moins, qui plane sur ceux de nos jugements qui ont pour objet la réalité contingente des événements de la vie. Aussi « l’induction » joue-t-elle un réle capital dans les raisonnements que nous faisons en pareille matiére. Nous disons, sans en avoir bien conscience : « Ceci n’arrive presque jamais, done ceci n’arrivera pas tout 4 Vheure. » Nt cette conclusion, qui logiquement n’est pas certaine, est
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cependant moralement certaine et prudente. Le doute est possible, c’est vrai, mais seulement pour
les scrupuleux et les fous, pour les gens qui ©
cherchent comme garantie de leurs manieéres
d’agir, des conditions idéales, rarissimes, prati-
quement impossibles et -nulles, auxquelles la Providence n’a pas entendu subordonner la prudence vraie de nos décisions honnétes.
Yous montez en chemin de fer... est un péché. de suicide, si vous faites ici de la certitude logique absolue-la régle morale de votre conduite; car enfin une rencontre de trains, un déraillement, ou vous laisserez votre peau, sont choses possibles... Sottise! dira avec raison une cervelle bien équilibrée; il y a certitude morale que ceite déplorable hypothése ne se réalisera pas; donc aussi certitude morale qu’il est parfaitement per-
mis de monter en wagon. Et ainsi dans une mul-
titude d’occasions analogues, ot, sans exclure absolument tout doute possible, la certitude morale reste cependant, en son ordre pratique, in operabilibus, une vraie adhésion ferme de l’esprit sans hésitation pratique, avec exclusion de tout doute prudent, sensé et raisonnable.
Comme cette expression « certitude morale »
reviendra souvent au cours de notre étude, il était nécessaire d’en fixer nettement la significacation, afin d’éviter les équivoques et erreurs facheuses ou tombent les gens qui prétendent, au nom des définitions classiques, exiger trop ou trop peu Weweclusio dubii dans la certitude morale.
Tout de suite, pendant que nous y sommes, une objection.
— A ce compte-la, peut-on dire, comme chacun comprend la prudence a sa facon, comme chacun se fait 4 sa guise ses inductions suivant la couleur de son esprit, la certitude morale devient chose terriblement subjective. M. X... voit plus gros, par exemple, le danger moral d’un spectacle que M. Y..., plus myope moralement parlant, n’apergoit pas du tout ou presque pas; et alors Vexclusion de occasion de péché, qui donnera morale certitude de l’action honnéte 4 l’un, ne la donne pas a l’autre; et voila, dés lors, une porte bien grande ouverte a des fantaisies individuelles de moralité qui laisseront loin derriére elles votre théorie des sources objectives de la morale a Deo.
— Bien raisonné, cher confrére; vous m’avez parfaitement compris ! L’objection n’est pas a résoudre ; elle énonce une vérité, qui n’a que le tort de vous étonner. Eh oui! chacun se fait sa certitude morale. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement? C’est la conscience intime de chacun qui juge finalement, vous le savez bien, cest-a-dire l’intelligence pratique de chacun. Or, cest bien la évidemment ceuvre subjective. La variété des conclusions vous inquiéte? Pourquoi vous semblerait-elle plus étrange que la variété des sensations optiques subordonnées subjectivement 4 la diversité des organes visuels?
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ae LAMI Il suffit @ouvrir deux auteurs de morale pour voir comment, de la meilleure foi du monde, l'un déclare moralement certain un enseignement ot Vautre n’osera méme pas concéder une probabilité acceptable. Cette apparence de désordre est l’ordre voulu par Dieu, et je ne vois pas qu’il soit possible Ven réaliser un autre ici-bas tant que les individus seront des individus, doués différemment, différemment instruits, disposés & voir mal ou a ne pas voir du tout certaines choses qui &blouissent leurs voisins.
La morale deyient toute subjective, dit-on, et n’a plus sa source au dehors, en Dieu!... C’est le seul point de l’objection qui mérite d’étre contredit. Simple sophisme, basé sur une équivoque. Chacun a charge de se dicter pratiquement a luiméme, dans sa conscience, sa ligne morale de conduite ; c’est vrai. Chacun invente, se fabrique de toutes piéces, et suivant ses caprices, sa propre morale; c’est absolument faux. Quand ma conscience me dit : Ceci est bien, c’est moralement certain, elle n’invente pas les raisons quil’aménent a cette conclusion ; elle les prend au dehors précisément, dans la loi telle qu’elle la comprend, dans tel souvenir, dans telle autorité; c’est bien elle qui prononce en définitive, mais ce n’est pas a@elle-méme qu'elle prononce. Le juge qui rend une sentence est-il subjectivement a lui-méme la mesure Capricieuse de sa justice, quand il ne fait que juger d’aprés le code et les circonstances tout objectives du dossier? La conscience est dans le méme cas; et, de méme qué sur un proces deux juges peuvent conclure différemment, sans cesser détre tous les deux fidéles observateurs de la loi et de la jurisprudence, telles qwelles apparaissent en fait 4 leurs yeux, de méme deux consciences peuvent conclure en sens diamétralement opposés sur un méme point, sans pour cela mériter d’étre taxées de fantaisie arbitraire.
Chacune de ces deux consciences applique la loi comme elle la comprend; ni l’une ni J’autre ne lVinvente. « Subjectif » évidemment, Vacte vital @intelligence qui décide, dans un dernier jugement pratique, de la moralité d’une opération ; « objectifs, » et au-dessus de son caprice, les motifs sur lesquels il appuie sa décision.
Mais en voila assez pour le moment sur la certitude morale; on y reviendra 4 l’occasion, plus tard.
On appelle dowte l’état neutre de Vesprit, qui suspend son adhésion, qui reste immobile, s’abstient de tout jugement pour ou contre, faute d’avoir des motifs qui Vinclinent a se prononcer.
Le nombre des hommes actuelJement vivants -sur la terre est-il pair ou impair?... Que voulezvous répondre 4 cela? Rien, parce qwil y a absence totale de raisons de préférer une hypothése 4 l’autre. Il y a des lors suspension de jugement : c’est l’état de doute.
Si dans une discussion, Yon rencontre autant de bonnes raisons positives pour lV’affirmative que
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pour la négative, c’est la méme chose ; ’embarras du choix laisse intelligence dans l’immobilité du doute.
On donne Je nom de dowte positif 4 ce dernier, quand il y a balance exacte de raisons positives, aussi fortes pour que contre; et le nom de doute négatiy a Yautre, qui résulte du pur néant de motifs pour ou contre une hypothése donnée, Quand il y a deux poids égaux dans les plateaux de votre balance intellectuelle, le fléau reste au repos, l’aiguille ne bouge pas : e’est le doute positif ; sil n’y a aucun poids ni d’un coté ni de Vautre, méme résultat, méme immobilité : c’est le doute négatif; et dans les deux doutes, méme état de Vesprit : Suspension de tout jugement. Telle est la notion philosophique précise du doute. Malheureusement les moralistes ne l’entendent pas toujours ainsi; ils prennent volontiers et assez ordinairement ce mot doute, dont Vemploi chez eux est extrémement fréquent, dans le sens large et impropre @opinion et de probabilite.
Liopinion est Vétat de Vesprit qui embrasse une conclusion, qui juge, mais sans certitude,
avec timidité, entrainé par des motifs plus ou
moins sérieux, qui n’excluent pas cependant la crainte de Verreur.
J’examine mon barométre, la direction du vent, Vetat du ciel, etc.; le barométre est a 750, le vent est nord-ouest, le ciel zébré de cirrus avec quelques grosses taches noiratres par-ci par-la; il a plu cette nuit; la saison est mauvaise, et, tout bien pesé je conclus : Il pleuvra demain. C’est une opinion, rien de plus. Le fléau de la balance sest mis en mouvement sous la poussée d’un poids plus lourd en faveur du mauvais temps; mais, dans l’autre plateau il reste encore un poids respectable qui fait un peu échec a mon adhésion, qui me fait hésiter, ou eu tout cas m’empéche de dormir sur une tranquille certitude. Je m’en tiens done a une opinion, faute de mieux, et a une opinion qui s’approchera plus ou moins de la certitude, suivant que le poids des raisons qui m’y inclinent sera plus ou moins lourd par rapport a celui qui agit de autre cété en sens contraire.
Ces poids constituent la probabilité. Dans lelangage commun jugement probable et opinion sont une seule etméme chose. Mais il est a regretter qu’on identifie couramment le doute et la probabilité. A quile tort? Au logicien ou au moraliste ? Chacun a peut-étre raison 4 son point de vue; mais c’est trop de deux langues ici; on en a toujours trop quand il faut se rencontrer sur le méme terrain et s’entendre. Les dictionnaires vous disent : « Doute : incertitude ot l’on est de la réalité dun fait, de la vérité d’une proposition » (Littré); et, dés lors, doute devenant synonyme dincertitude, et incertain synonyme de douteux, la langue usuelle appelle douteuse une opinion ou jugement probable, 4 cause de Vincertitude ou il laisse lesprit, ce qui n’est plus la suspension absolue, le néant de jugement que vise la logique dans la
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définition qu’elle nous donne du doute comme état neutre et immobile de l’esprit.
Cette divergence était bonne a signaler, et il faut la retenir. Nous verrons bientét comment elle a été chez certains auteurs le pointde départ Vune confusion facheuse.
Enfin, un dernier rappel de définitions a propos de la probabilité. Elle est de deux sortes, suivant que les raisons (les poids) qui la constituent sont tirées du dedans ou du dehors Vune question. J’appelle dedans dune question les idées, jugements et raisonnements qui s’y rapportent et concourent 4 sa résolution, et le dehors, au contraire, les considérations extérieures de circonstances morales ou d’autorité qui peuvent indirectement l’éclairer. C’est simple et classique. Tout le monde saisit la différence qui distingue ’argument de raison tiré ex visceribus rei de Vargument d’autorité, qui en somme n’est qu’un acle de fot sur le témoignage d’autrui, tandis que l’autre est un acte de science, un acte de perception intellectuelle directe.
La probabilité extrinséque, ou @autorité, en morale, se tire surtout du nombre et de la qualité des auteurs qui enseignent une opinion donnée, tandis que la probabilité intrinséque se tire des principes rationnels qui dominent la matiére que Yon étudie.
La probabilité intrinseque qui voit, doit prendre le pas sur sa voisine qui est aveugle ; Vargument de raison est le procédé naturel et fondamental de Vesprit, le procédé qui engendre la lumiére, avec une dose plus ou moins grande W@évidence et de certitude immédiate; c’est la plus stire pierre de touche des vraies et solides probabilités.
Mais, & son défaut, ou encore concurremment avec elle quand elle est trop faible pour entrainer suffisamment l’adhésion de l’esprit, l’argument d’autorité, en morale, offre une ressource précieuse pour combler les lacunes du procédé rationnel direct. La méthode d’autorité est une méthode pratiquement neécessaire et prudente, donc moralement bonne, et ’on peut s’y fier en toute stireté de conscience (alors méme qu’elle conduirait accidentellement a erreur), pour tout le temps du moins ou l’analyse de la raison pure n’aura pas établi le danger de son emploi. C’est bien ainsi d’ailleurs que les choses se passent de droit naturel dans la vie humaine, oles neuf dixiémes de nos jugements pratiques, faute de lumiéres personnelles et originales, s’appuient sur l’autorité convenablement choisie des autres, de ceux qui sont censés savants et sages, dignes par la-méme de créance et d’imitation.
Je Vai dit déja a propos du peuple : c’est la probabilité extrinséque, l’autorité, qui, en fait, méne le monde moral sur le terrain pratique de l’action. Cette autorité se résout en fin de compte dans ses sources naturelles, dans la science propre et directe des maitres dont on adopte les sentiments. On suit l’opinion des maitres de la science sans la controler, sur la seule recommandation de leur
étiquette de savants; c’est done a ceux-la quil appartient d’étudier et de savoir; c’est a ceux-la qu’incombe devant Dieu la lourde responsabilité des directions données 4 la conduite morale de la société, de ces décisions que la masse accepte les yeux fermés comme alimentation saine et bien préparée de son intelligence et de sa volonté. Voila pourquoi, enfin, il y a si gros intérét pour nous, maitres de la morale par profession, a faire, autrement que sur une compilation de noms d’auteurs, une étude judicieuse directe, un choix raisunné des opinions probables qu’il convient de mettre en circulation parmi les ames quis: sont confiées 4 notre sollicitude.
Voici donc a quels termes se raméne le sempiternel probléme que nous avons a résoudre, pour nous-mémes et pour les autres, sur le terrain de la pratique : Quand, 4 propos d’une action a faire ou a omettre, l’on se demande, faute de certitude morale : Licet ou non licet ? qu’y a-t-il a faire pour se tirer d’embarras?
Primo, il faut de toute nécessité sortir du doute pratique qui menace la conscience du danger de pécher. Il est tout clair que si je reste sur mon doute et passe outre, sans en chercher plus long, mon attitude sera moralement condamnable, parce que j’aurai, de gaieté de coeur, accepté tout aussi bien Vhypothése du bien que celle du mal, parce que j’aurai tout aussi. bien donné le consentement de ma volonté au péché qu’a la vertu. C’est ce que les théologiens enseignent tous unanimement quand ils disent qu’on ne doit jamais faire quoi gue ce soit sans étre certain de bien faire. Conmsentir a la souillure probable, ou méme simplement possible, du péché, c’est, par le fait méme, la contracter, c’est pécher. Donc, qu’on s’y prenne comme on voudra, il faut d’absolue nécessité sortir du doute pratique, arriver a la certitude morale de l’honnéteté de Vaction ou de omission 4 laquelle on se propose de donner hic et nunc pratiquement le consentement approbatif de la volonté.
Secundo, comment faire pour arriver la? Les.
« simples, » ai-je dit, vont au plus court et se tirent trés commodément d’affaire par -la voie d’autorité ou par des principes réflexes tout a fait élémentaires. Oui, mais nous, qui avons charge « dy voir» a leur place, charge de leur dire, en connaissance de cause, oli se trouvent en fait le bien et le mal, charge aussi de rectifier & Poccasion les faux principes réflexes sur lesquels ils s’appuient, ou irons-nous chercher la lumiére avant de la leur transmettre, la lumiére dont nous avons besoin nous-mémes pour éclairer et mettre en certitude notre propre conscience? C’est sur ce point précis que porte la fameuse controverse des systémes de morale dont nous VOUS maintenant a parler.
(A suivre).
ae TEES
QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Vous annonciez derniérement, sur la couverture de PAmi (n° du 8 février 1900), une nouvelle revue mensuelle, qui vient de paraitre, sous la direction du R. P. Lambert, missionnaire apostolique, intitulée : Le directeur sprrituel des maisons d’éducation (23, rue Oudinot, Paris ; 24 pages in-8°; 5 francs par an).
En ma qualité d’ancien professeur, je m’intéresse toujours aux questions d’éducation et de formation religieuse de la jeunesse, et j’ai voulu tout de suite prendre connaissance de cette revue.
Les trois premiers numéros m’ont vraiment plu. C’est sérieux, instructif, sage et pondéré. Il y a beaucoup ay apprendre pour les jeunes prétres, et méme pour bien des anciens, qui sont voués 4 l’enseignement. Le prix seul est un peu élevé pour l’exiguité du format et le petit nombre des pages. Mais on -se propose déja d’en augmenter le contenu avec le temps, si le nombre des abonnés le permet.
Cette lecture m’a procuré loccasion de connaitre aussi un ouvrage tout récent du méme R. P. Lambert : Léducation de la jeunesse par le prétre (1 vol. in-12, Poussielgue, 2 francs), dont, je crois, vous n’avez pas encore parlé dans vos articles bibliographiques.
J] fait partie de la collection des livres adoptés par VAlliance des maisons d’éducation chrétienne, ce qui est déja pour lui une bonne recommandation. Le président de l’Alliance, le T. R. P. Regnault, assistant général des Eudistes, écrivait 4 l’auteur, en lui annoncant sa décision, que son livre ferait du bien, et contribuerait « a entretenir chez tous les professeurs de nos maisons ecclésiastiques ou religieuses les vues surnaturelles dont ils doivent s’inspirer dans cette grande cuvre de l’éducation de l’enfance et de la jeunesse. » — « Aucun doute pour moi, ajoutait-il. Votre livre honorera la collection de |’Alliance, et sera fayorablement accueilli dans nos maisons. »
Je suis tout a fait de l’avis du vénérable président de V Alliance. Et 4 cause de cela je voudrais que vous fissiez de ce livre non pas seulement une appréciation louangeuse, en quelques mots, mais un compte rendu un peu détaillé, dans le genre de ce que vous avez fait pour le livre du R. P. Bouchage, ou, dans un cadre plus restreint, pour le petit livre du R. P. Coquoin : Le prétre @aprés un curé modéle, que j'ai lu aussi d’aprés vos conseils, et dont j’ai été trés content.
J’ai su depuis que plusieurs évéques en ont vivement félicité ’auteur, entre autres S. E. le cardinal Langénieux, archevéque de Reims, S. G. Mgr Combes, archeyéque de Carthages et plusieurs autres. J’ai été heureux de voir votre jugement favorable confirmé par des autorités si compétentes.
Pour le livre du R. P. Lambert, je voudrais qwil en fit de méme, et que votre analyse donnat a un grand nombre de professeurs des séminaires et des colléges ecclésiastiques ’envie de se le procurer, et la pensée d’en mettre les enseignements en pratique.
R. — Ce livre mérite en effet d’étre indiqué aux éducateurs de Ia jeunesse comme un des meilleurs qwils puissent consulter pour avoir une idée aussi vraie, aussi complete que possible de leurs devoirs.
Il est non seulement fait d’expérience, mais tout rempli desprit surnaturel, si bien qu’en le lisant, en le méditant, on peut étre str d’entrer en communication avec lesprit de Notre-Seigneur lui-méme, et de se pénétrer peu a peu des
intentions et des sentiments de son cceur,
- TPAMI DU CLERGH
Chaque chapitre commence par un texte de VKeriture Sainte, que Vauteur explique et disséque mot par mot, sans en rien laisser de cdté, Et comme ces textes sacrés contiennent tous une séve divine surabondante, quand on a lu un de ces petits chapitres ou paragraphes, qui ne tiennent en général que quatre ou cing pages, on a de quoi s’occuper pour toute une journée, et quelquefois pour toute une semaine. i
De plus, comme ce livre n’est pas destiné a étre lu dune seule haleine, mais bien plutét 4 étre médité a loisir, les mémes idées exprimées dans un article ou un chapitre, sont souvent reproduites dans un autre. Car, comme le dit l’auteur, « il est des choses qui ne sont bien comprises et admises qu’a force d’étre répétées. L’expérience de tous les jours est la pour le démontrer. » — Ces répétitions ne sont donc pas des redites, “mais bien des confirmations de la vérité précédemment enoncée, dans le genre des répétitions que fait faire saint Ignace des méditations d’un jour deretraite. ;
Le premier texte évangélique que cite l’auteur nest pas précisément flatteur pour ceux a qui il s’adresse.
Hébreux : Cum deberelis magistri esse propter tempus, rursum indigelis ut vos doceamini.
(Heébr., v, 42).
Le jeune professeur qui prendra cette réflexion pour lui et qui ne s’en offensera pas, ne tardera pas 4 voir, en continuant sa lecture, combien il avait encore a apprendre, en effet. Et précisément cette maniére franche et ouverte de lui dire la verité, des le début, le disposera a bien accepter toutes celles qui lui seront servies dans la suite, a chaque page.
Un maitre doit enseigner, c’est certain, mais un maitre qui est chrétien, et surtout qui est prétre, ne doit pas se borner a enseigner les sciences humaines: il doit en méme temps, et encore plus, enseigner les sciences divines, c’est-a-dire surtout les moyens de parvenir 4 Dieu qpi est notre fin derniére.
Cet enseignement doit se donner par la parole et par l’exemple, tous les jours, et le livre que nous analysons n’a pas d’autre but que d’apprendre aux maitres a mieux s’acquitter encore de leurs devoirs d’éducateurs chrétiens.
Il se divise en quatre parties :
40 Grandeur et importance de l’éducation de la jeunesse par le prétre ;
20 Les devoirs du prétre éducateur ;
30 Les vertus du prétre éducateur :
de son autorité ;
4o Les épreuves et les gloires du prétre éducateur.
Chacune de ces parties est subdivisce en plusieurs paragraphes, généralement courts, mais pleins de choses. Il n’y a pas de verbiage, pas de belles phrases ou de développements inutiles ; on pourrait y compter presque autant didées que de mots.
caractéres
Crest la parole de saint Paul aux >
Ie Parti : Grandeur et importance de l'éducation de-
la jeunesse par le prétre.
Cette grandeur et cette importance dérivent :
40 De l’origine et du but du ministére de Péducation ;
20 De objet de ce méme ministére, qui est la jeunesse tant aimée de Dieu.
40 a) Vide ministerium quod accepisti 1m Domino. C’est Dieu lui-méme qui investit ses ministres du soin d’élever ses enfants. Et comme le dit auteur : « Ce n’est pas seulement avec l’autorité du savoir et le prestige du talent, pas méme seulement avec la grace du chrétien, mais avec la grace du sacerdoce qui leur confére une aptitude de plus, ou pour mieux dire, qui consacre leurs aptitudes naturelles, les complete et leur communique une plus grande efficacité, par le dévouement plus grand, le zéle plus actif qu’elle leur inspire. »
b) C’est au nom de Jésus-Christ que ce ministére doit s’exercer : Pro Christo legatione fun-
gimur ; par conséquent avec les mémes dispositions qu’ll avait Lui-méme. Or, Ila été et I est toujours l’ami des enfants ; Il a été et Il est toujours le sauveur des hommes; donc le prétre doit Vimiter, en travaillant, comme Lui, au salut des enfants qui lui sont confiés.
c) Ce ministere confére au prétre une veritable paternité spirituelle, semblable a celle que Dieu a sur nous. Il n’est pas seulement maitre pour ses éléves, il est pére, par conséquent il doit travailler 4 développer et perfectionner leur vie, et pour cela, s'inspirer des pensées et des sentiments de Dieu, le Pére par excellence.
2° L’objet du ministére du prétre éducateur c’est la jeunesse.
- @) La jeunesse, aimée de Dieu : Ecce puer meus, in quo bene complacuit anime mec. (Matth., xir, 18).
b) La jeunesse, offerte par Dieu 4 l’éducateur : Accipe puerum istum. (Exod., 11, 9).
c) La jeunesse, en laquelle nous devons voir Jésus Lui-méme, car celui qui recevra un de ces enfants en son nom, le recoit Lui-méme. (Marc, Ix, 36).
Quels soins ne devons-nous donc pas donner a ces enfants !
IIe Parris: Les devoirs du prétre éducateur.
L’auteur parle d’abord des devoirs généraux, puis des devoirs spéciaux du prétre éducateur.