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REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES

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DIRECTEUR ET R#DACTEUR EN CHEF: F. PERRIOT ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SHMINAIRE DE LANGRES

Parait 4 Langres, tous les jeudis

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Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de Ami du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

Des précautions a prendre contre la fiévre typhoide

Les prétres ont souvent a visiter des malades,

soit pour remplir auprés d’eux les devoirs de leur - Pp

ministére, soit pour les consoler et leur témoigner de l’intérét. Il est tres utile qu’ils connaissent les précautions 4 prendre pour éviter de contracter certaines maladies qui se communiquent. Is ont besoin de connaitre ces précautions pour les observer eux-mémes et pour les conseiller aux autres. Iis peuvent rendre ainsi d’inappréciables services.

Sans doute, ces précautions, c'est au médecin qu’il appartient de les conseiller. C’est son devoir. Mais c’est la un devoir que les médecins, tant6t pour une raison, tantodt pour une autre, ne remplissent pas toujours. Is ne sont pas rares les médecins qui bornent leur attention et leurs prescriptions au malade lui-méme, méme quand il est atteint d’une maladie qui se communique, sans se préoccuper, ou du moins sans se préoccuper autant qu'il le faudrait et qu’ils le devraient, de protéger, par des indications sages et précises et par des prescriptions intelligentes et sévéres, entourage du malade et quelquefois toute une localité contre la diffusion d’une maladie qui, par leur faute, peut devenir une épidémie. Parmi les raisons assez nombreuses qui expliquent pourquoi l’attention des médecins est souvent trop peu ou méme pas du tout dirigée de ce c6té, il en est une que nous tenons a mentionner parce qu’elle est 4 leur décharge et qu’elle pourra fournir a nos lecteurs une occasion de faire leur propre examen de conscience. La maniere dont les avis des médecins sont recus quand ils s’adressent

a des gens qui se portent bien, et qu ils ont pour:

but de-leur indiquer les moyens 4 prendre pour se préserver d’une maladie quelconque est, dordi-

naire, fort peu de nature a les encourager a s’en- gager dans cette voie ou a y persister s’ils y sont déja entrés.

Les populations ne se laissent pas facilement persuader par les médecins quand il s’agit d’hygiéne, c’est-a-dire quand il s’agit des moyens 4 employer, soit pour éviter les maladies en général, soit pour échapper a telle ou telle maladie en particulier. Une fois qu’on a contracté la maladie, on suit, en pratique, souvent sans y croire beaucoup, les prescriptions du médecin. Hors d’état de se défendre on se rend & merci; on se remet a la discrétion de la Faculté. Mais tant qu’on n’est pas terrassé, on se sert dé sa liberté pour se défendre, non contre la maladie, ce qui serait fort sage, mais contre les médecins qui nous enseignent les moyens de nous en préserver : ce qui nest vraiment plus sage du tout. Les médecins nous assurent que l’alcool use vite la santé, que Valcool frelaté des cabarets est un vrai poison. Ils nous disent que l’eau est une excellente boisson, trés digestive, trés hygiénique, mais que’ si l’on boit de Veau, ce doit étre de l’eau dune pureté certaine et bien constatée, ou bien de l’eau bouillie ou, tout au moins, soigneusement filtrée. On laisse dire les médecins et on continue a boire de l’alcool sans s’ingquiéter de savoir s‘il est frelaté, et on boit de ’eau sans s’informer si elle ne contient pas les germes des plus terribles maladies. Arrive que pourra! Ce qui arrive, c’est souvent la maladie et quelquefois la mort. Rien que cela. On appelle cela n’avoir pas peur: « Bah! je n’ai pas peur, moi! » En bon franeais, cela devrait se traduire par cette autre phrase : « Que voulez-vous? Je suis un ignorant et un imbécile, moi! »

D’ordinaire, ce sont ceux-la qui ont le plus peur dés qu’ils voient autour d’eux une maladie qui se communique. Ils ne se montrent vaillants que lorsque l’ennemi est dans le lointain. Le mal est que cette vaillance a contretemps ne\se rencontre pas seulement chez les gens du peuple. On la voit fréquemment briller de tout son éclat chez des hommes qui ont fait leurs études, mais dont l’es-

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prit, malgré cela peu ouvert, demeure surtout imperméablement fermé aux progrés de la science moderne. De ce cdté ils sont aussi incapables d’évoluer que des paysans. Ils ont bien entendu parler, d’une maniére plus ou moins vague, du role des microbes dans les maladies. Mais cela les intéresse peu. Affaire aux médecins. Sur ce point, ils demeureront paysans toute leur vie. Ils sont méme un peu plus paysans que les paysans. Ls sont tout juste assez instruits pour justifier, par des sophismes dont les paysans sont incapables, V’étroitesse et ’entétement qui les rend réfractaires

4 toutes les découvertes, observations, données, |

constatations et recommandations qui revétent un caractére scientifique. Ils savent, en effet, que les opinions et les méthodes des médecins ont souvent changé: qui sait si leurs idées sur le réle que jouent les microbes dans les maladies ne changeront pas? Ils ne font pas attention, ils ne savent méme pas, tant leur ignorance sur ce point est parfaite et innocente, que c’est comme s’ils disaient : Qui sait sila méthode Pasteur pour guérir la rage, qui est actuellement en vogue, n’est pas une affaire d’engouement passager et si on n’y renoncera pas bientot ?

L’engouement pour cette méthode, en effet, ne durera pas plus longtemps que Pengouement pour la théorie des microbes. Il suffit de prononcer le mot de microbe pour mettre en joyeuse humeur les bonnes gens dont nous parlons, et pour les faire sourire de leur sourire le plus spirituel. Ce qui n’est pas peu‘dire. Ah! les microbes! Absolument comme d’autres disent : Ah! les miracles! Dl ne manque pas d’esprits, possedant une certaine culture, quelquefois méme une assez grande culture sous d’autres rapports, qui traitent les questions gui se rapportent a certaines découvertes modernes avec la méme compétence et la méme désinvolture que certains commis voyageurs traitent les questions religieuses.

Nous venons de dire que ces esprits-la, tres hardis de loin, ont souvent peur quand ils voient la maladie de prés. Il faut ajouter que c’est une peur qui les affole au lieu de les assagir, et qui n’a nullement pour effet de les rendre plus disposés a suivre les conseils dictés par la science de V’hygiéne. Si quelque chose pouvait justifier la négligence dont nous parlons et qui se trouve fréquemment chez les médecins, ce serait attitude de ceg esprits-la et leur manque de docilité aux conseils les plus éclairés et les plus sages et qu’il est le plus urgent de suivre, rméme au milieu d’une épidémie. Ce serait vraiment a donner envie de dire : Aprés tout, puisquwils veulent prendre la maladie, quils la prennent !

Il se trouve de ces esprits-la, nous avons le regret de le dire, méme parmi les prétres. C’est un vrai malheur. Ces prétres ne reculent ni devant les devoirs de leur ministére, ni devant ceux que leur impose la charité, relativement 4 la visite des malades. Mais, faute d’étre éclairés, ils ne rendent ni aux malades, ni a ceux qui les entourent, ni,

souvent, a la localité toute entiére, les services qwils pourraient leur rendre. Ils craignent ce qu’ils ne devraient pas craindre, et ne craignent pas ce quils devraient craindre. Ils font ce quils ne devraient pas faire, et n’¢vitent pas ce quis devraient éviter. Au lieu de se conduire en hommes éclairés, ils se conduisent en paysans. En dehors des exhortations spirituelles tendant au bien des Ames, nulle indication sérieuse, nul conseil utile, rien pour le bien des corps. Ce n’est pas qu’il soit & désirer, au moins trés généralement, quils se mélent d’indiquer des remédes : cela est sujet & beaucoup d’inconvénients, et exige une prudence, une circonspection, un tact, une réserve, et de plus des connaissances qui pourraient facilement faire défaut. Mais sans prescrire des remédes proprement dits, qui les empéche d’éclairer ceux qui entourent un malade, et surtout ceux qui le soignent, sur les dangers auxquels ils

sont exposés, et aussi de les rassurer en leur

apprenant que la ow ils s’imaginent qwil y a du danger, il n’y en a réellement pas, et qu/ils peuvent visiter et soigner le malade en toute sécurité? Qui peut les empécher, quand il y a réellement du danger, de bien montrer a l’entourage du malade ou se trouve ce danger, comment on peut contracter la maladie, et par quelles précautions on peut s’en préserver?

Méme s’ils se mélaient de prescrire des remédes, on les croirait souvent mieux que les médecins, au moins dans les campaenes, ou l’on est fortement porté a lempirisme. Pour les conseils dhygiene et au sujet des précautions a prendre contre les maladies, ils inspireront d’autant plus de confiance qwils ne sont pas médecins. Cela ne devrait pas étre, mais cela est, au moins dans bien des cas.

Les précautionsa conseiller varient suivant lamaladie. Les précautions nécessaires pour se préserver dela fievre typhoidene sont pas les mémes que celles auxquelles on doit s’astreindre pour se préserver de la fiévre scarlatine ou de la petite vérole. Nous n’avyons nullement l’intention d’entrer ici dans le détail des précautions a prendre contre toutes les maladies qui se communiquent. Nous nous bornerons a indiquer celles qui sont & conseiller contre la fiévre typhoide. Les prétres pourront juger par la des connaissances quwil leur est utile de posséder et de répandre autour d’eux, quand Voccasion s'en présente. Pour un grand nombre elle se présente souvent. Cette occasion, lauteur de cette notice ’a maintes fois rencontrée, en exercant le saint ministére, ayant été autrefois vicaire, puis curé, et il en a profité pour donner de vive voix les indications et explications qu’il donne aujourd’hui par écrit. Ces indications et explications ont été puisées aux meilleures sources et revues par un médecin intelligent et instruit.

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Parmi les sources auxquelles nous avons puisé, il en est une dont il est utile que nous disions un

LVAMI DU CLERGE ' 856

mot. C’est un article déja un peu ancien du célébre médecin écossais Maclagan sur la fiévre typhoide dans la revue anglaise : The nineteenth Century. Comme nous lui emprunterons non seulement ses principales idées, mais plusieurs citations, il est bon de faire connaitre un peu l’auteur. Médecin de la reine pendant son séjour en Ecosse, président du College royal des chirurgiens et médecins d’Edimbourg, professeur 4 l’école de médecine, auteur de plusieurs ouvrages de médecine tras estimés, et en particulier d’un ouvrage intitulé La théorie des germes des maladies, le docteur Maclagan est incontestablement une grande autorite. Du reste les précautions qu’il indique comme devant étre prises contre la fievre typhoide sont celles que tous les médecins de tous les pays prescrivent. Seulement il les formule avec clarté, il les justifie, ily appose le sceau de son autorité. C’est afin de pouvoir les présenter 4 ses nombreux lecteurs revétues de cette autorité reconnue que la grande revue anglaise a eu recours au célébre et savant professeur. Si son exposé est trés savant pour le fond, il est, dans la forme, dépouillé de tout appareil scientifique. Ce n’est pas seulement en France qu’on trouve des esprits que les termes scientifiques effarouchent, et qui accueillent par un sourire quwils s’efforcent de rendre spirituel les théories dont ils sont incapables de dire autre chose sinon quwils n’y comprennent rien. Il s’en rencontre aussi en Angleterre. Le docteur Maclagan prévoyant bien que, s'il traitait ce sujet de la fiévre typhoide dans une revue comme il ett pu le traiter devant ses éléves ou dans ses grands ouvrages, le gros public, méme le grave public anglais et écossais, ne le suivrait pas et se désintéresserait de ses enseignements les pius utiles, et méme en sourirait, s’est exprimé avec la plus grande simplicité, et sous une forme accessible a tous les esprits. I] n’a pas écrit une seule fois le mot de microbe ou de bacille qui, en Angleterre comme en France, jouit de ’heureux privilége de faire rire les imbéciles. Il en parle constamment. Mais a ces termes de microbes et de bacilles qui provoquent tant de sourires niais et qui font passer devant certains esprits des idées fantastiques, il a substitué celui de germe, qui est universellement recu et ne dépayse personne. Nous traiterons nos lecteurs avec le méme respect que le docteur écossais traite les siens. Quils se tranquillisent, nous ne parlerons pas de microbes. Ces précautions prises contre certains esprits qui se croient piquants, parlons de celles a prendre contre la fievre typhoide, mal un peu plus a craindre.

La premiére et la principale de toutes les précautions a prendre si l’on veut se préserver de la fiévre typhoide, c’est d’éviter V’absorber les germes de cette maladie que renferme certaine eau contaminée. De toutes les précautions c’est la plus nécessaire, et tous les médecins sont d’accord sur

ce point. On absorbe surtout ces germes en buvant de Peau contaminée. On peut les absorber aussi en s’en servant pour les soins de la toilette. Ces germes peuvent s’attacher aux lévres en se lavant le visage, et aux mains, qui les portent ensuite & la bouche. On absorbe aussi ces germes en mangeant du pain fait avec cette eau sans qu’elle ait été préalablement bouillie, et aussi en mangeant des légumes, des radis, de la salade, etc., lavés dans cette eau non bouillie.

C’est par Teau que, dordinaire, la fiévre typhoide s’introduit dans une ville, dans un bourg, dans un village, dans une localité quelconque. Le fait a été des milliers de fois constaté, et si on excepte certains oisons, n’est contesté par personne.

Le germe de la fievre typhoide ne se forme pas de lui-méme dans lorganisme. Il y pénétre du dehors. Or ce n’est pas dans l’air que ce germe, comme celui de plusieurs autres maladies, élit domicile. Ce n’est pas par l’air qwil voyage. C’est par l’eau. Ce n’est pas par l’air, si ce n’est exceptionnellement et en passant, que ce germe nous arrive. -Cest par l’eau. L’atmosphére de la chambre d’un malade ot lon néglige de maintenir la propreté voulue peut étre infectée de matiéres fécales pulvérulentes. Nous reviendrons sur ce point. Nous le mentionnons dés maintenant pour montrer que nous admettons bien que les germes de la fiévre typhoide peuvent nous arriver par lair d’une maniére exceptionnelle et passagére. Mais la régle, c’est quwils nous arrivent par Veau. Quand il s’agit de la fiévre typhoide, ce n’est pas de Vair qwilfaut se défier, c’est de Peau. Il faut s’en défier grandement. Dans beaucoup de localités ’eau renferme des germes de cette terrible maladie. *

Le danger est la. C’est par Peau, nous le montrerons un peu plus loin, que se fait la transmission de cette maladie d’un organisme malade a4 un organisme encore sain. Nous dirons comment.

Cette transmission ne peut-elle pas se faire autrement que par l’eau ou par lair? Elle se fait quelquefois autrement. Les germes typhoides pullulent dans les entrailles de ceux qui sont atteints de la maladie. Ils les rejettent par leurs évacuations, et ces germes ainsi rejetés peuvent, si lon ne prend pour y obvier les précautions que nous indiquerons plus loin, s’attacher a divers objets, a la literie, aux tapis, etc. Ils peuvent de la se communiquer directement sans lintermédiaire de VYeau ou de Vair. Mais ce fait est rare, et le danger n’est pas tres grand.

Une personne peut prendre les germes de la fiévre typhoide dans une maison dune localité voisine ou méme éloignée, et les rapporter dans sa propre localité. La fi¢vre typhoide y pénétrera de la sorte par un autre canal que par leau. Mais ces exceptions admises, il demeure que le canal ordinaire de la fiévre typhoide, son récipient naturel, son véhicule habituel, c’est Peau. On ne saurait trop le répéter sous toutes les formes et Pinculquer

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profondément dans l’esprit des populations. Méme ceux qui le croient ne le croient pas assez, ou n’y pensent pas assez.

L’eau de certains puits, des puits des villes surtout, et plus particuliérement de ceux qui, par des infiltrations, sont en communication avec des égotits, cette eau-la est contaminée. Elle Vest a des deerés qui varient, mais elle l’est toujours plus ou moins, et n’offre jamais les garanties de salubrité voulues.

Il en est de méme, pour d’autres raisons, de VYeau de beaucoup de sources placées en dehors des villes. Plusieurs villes sont pourvues d’un service d’eau qui vient de ces sources. C’est tout simplement la fiévre typhoide installée en permanence aux frais des contribuables. Si tous n’en ont pas pour leur argent, ce n’est pas la faute de la municipalité qui leur fournit des germes en abondance, c'est que, pour se développer, ces germes ont besoin de rencontrer des conditions que, fort heureusement, ils ne rencontrent pas partout. Ces germes contiennent bien le poison qui engendre la fiévre typhoide, et c’est un véritable poison ; mais c’est un poison qui ne produit pas toujours son effet. Il n’agit pas comme une dose d’arsenic. I] peut étre neutralisé, et de fait il est souvent neutralisé soit par les dispositions habituelles, soit par les dispositions actuelles du sujet qui le recoit. Les enfants et les vieillards sont beaucoup moins sujets 4 la fiévre typhoide que les personnes de l’Age intermédiaire. Chez les enfants et les vieillards les cas sont plus rares, et guand ils se produisent, ils sontd’ordinaire moins graves que chez les autres. Ce n’est pas qu’ils boivent moins souvent de eau contaminée. Cela tient 4 une cause trés simple que les médecins, le docteur Maclagan en particulier, exposent trés bien. Nous ferons grace a nos lecteurs de cette théorie’et, du reste, de toutes les autres, pour nous en tenir purement et simplement a la pratique.

La méme cause qui rend la fiévre typhoide plus rare et plus bénigne chez les enfants et les vieillards, fait qu’elle atteint rarement de nouveau ceux qui Vont déja eue, quoiqu’ils en puisent les germes dans de l’eau contaminée, Au point de vue pratique la chose est utile 4 savoir. Au milieu d’une épidémie de fiévre typhoide ot d’autres pourraient courir de sérieux dangers, au moins sils se trouvaient dans un milieu ow les précautions que nous indiquerons plus loin ne sont pas prises, les personnes qui ont déja été atteintes de cette maladie sont, méme sans prendre les précautions voulues, beaucoup moins exposées.

Kt maintenant, quel est le moyen de se prémunir contre le danger qui vient de Peau contaminée? Un seul est absolument et certainement efficace. C’est de ne se servir de cette eau comme boisson, et méme pour les autres usages dont nous avons parlé plus haut, pour la toilette, pour faire le pain, pour laver les légumes, mais, dans tous les cas, comme boisson, qu’aprés l’avoir fait non pas

seulement chauffer trés fort —cela ne suffit pas, — mais bouillir pendant quelques minutes.

Cette précaution n’est nécessaire que pour eau contaminée ou suspecte. Si eau qu’on a a sa disposition est pure, comme lest celle de sources placées en d’excellentes conditions de salubrité qui approvisionnent un grand nombre de villages, et de bourgs, et, par des tuyaux qui la leur aménent, un grand nombre de villes, ne boire de cette eau qu’apres lavoir fait bouillir serait encore le parti le plus str. Plusieurs, méme en ce cas, s’astreignent 4 cette précaution. Mais elle ne saurait étre que le fait d’une prudence poussée a Vextréme, et n’est vraiment pas nécessaire.

Dans tous les cas, avant de se servir d’eau bouillie comme boisson, il faut prendre soin de la laisser un peu 4 lair et de l’agiter.

Ce serait une grande erreur de croire que l’eau de ville soit seule sujette 4 étre contaminée. Il y a lieu de se défier aussi de celle des bourgs et des villages. L’eau des puits creusés dans les villes ,

Vest presque toujours. L’eau de puits des bourgs

et des villages l’est assez souvent. Il y a la a se défier et a examiner. De méme pour les sources,

Dans certaine villes mal approvisionnées d’eau, a Chartres par exemple, deux fois par jour, dans la matinée et la soirée, des voitures charrient un énorme tonneau rempli d’une eau pure puisée & une des sources des environs. Chacun peut s’en procurer un seau au prix de cing centimes. Ce systeme d’approvisionnement contribue beaucoup a la salubrité de la ville.

Les filtres perfectionnés qu’on a aujourd’hui, quand on a soin de les nettoyer souvent, rendent de grands services.

Ce n’est pas seulement prise seule que l’eau contaminée peut communiquer la fiévre typhoide, mais aussi quand elle est mélée a un autre liquide, peut-étre méme surtout quand elle est mélée a certain autre liquide, comme le lait par exemple. Le docteur Maclagan assure que Peau mélée au lait, méme en trés petite quantité, . est plus dangereuse que l’eau seule. Voici ce qu’il dit en propres termes : .

« Le siege de la fiévre typhoide se trouve dans une partie trés limitée des intestins 4 laquelle les germes de la maladie ne peuvent arriver par yoie de circulation qu’en passant par un artére dont le volume ne dépasse pas celui d’une plume de corneille. Un germe typhoide peut pénétrer dans . les poumons et circuler deux ou trois douzaines de fois 4 travers le corps sans que, vraisemblablement, il lui arrive de passer par cet artére particulier... Mais si le germe typhoide est absorbé par les organes digestifs, il est mis par la-méme en contact direct avec le siege de la maladie, et peut difficilement manquer d’agir. Dela le grand danger de boire de l’eau ou du lait contaminé par le poison typhoide. Dans ces circonstances le lait est plus dangereux que l’eau... L’eau n’exige pas de digestion. Le lait au contraire demande une digestion, et les germes qui y sont mélés ont beau-

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coup plus de chances d’étre portés par le canal digestif jusqu’au siége de la maladie. »

Nous ne sayons si tous les médecins admettent cette théorie sur l’effet de la digestion. Mais tous sont d’accord pour dire que le lait additionné d’eau contaminée, méme en petite quantité, est pour le moins aussi dangereux que l’eau elle-méme, si ’on n’a soin de le faire bouillir.

On voit par la quel grand service la police rend ala santé publique en exercant une surveillance assidue pour que le lait vendu aux habitants @une ville ne soit pas frelaté, la faute dont se rendent coupables les laitiéres quiy mélent de VYeau sans méme s’inquiéter de savoir si elle est parfaitement pure, et la responsabilité que prennent les cuisiniéres en se contentant de faire chauffer leur lait, au lieu de le faire réellement bouillir.

Il est prudent de faire bouillir le lait pour d’autresraisons encore. Le lait peut trés bien, sans qu’on y ait mélé de Veau, contenir les germes de la tuberculose. L’eau contient aussi trés souvent les germes d’un grand nombre de maladies. Mais nous ne parlons ici que des precautions a prendre contre la fiévre typhoide.

Des prétres intelligents et instruits peuvent, soit par leur action au confessionnal, soit par leurs conseils en dehors du confessionnal, dans leurs rapports avec les familles et particulicrement dans la visite des malades, exercer sur la santé publique uné influence plus grande et plus décisive que la police, que les magistrats, et que les médecins eux-mémes. Méme a ce point de vue, le moins élevé de tous, le clergé est appelé 4 remplir dans la société un réle d'une grande importance.

Ce qu'il est surtout trés important que les prétres connaissent et quwils fassent connaitre aux autres, ce sont les précautions a prendre pour que les germes typhoides ne se communiquent pas de ceux qui sont atteints de la maladie aux personnes de leur entourage et de leur voisinage, et méme, comme le cas n’est pas rare, a tout un bourg ou a toute une ville.

Dés qu’un cas de fiévre typhoide se produit quelque part, il est non pas seulement utile, mais absolument nécessaire de prendre des précautions trés minutieuses et trés rigoureuses, si ’on ne veut pas que la maladie s’étende. Faute de ces précautions, un seul cas peut devenir la cause d’une épidémie pour toute une ville.

Laissons de nouveau la parole au docteur Maclagan.

« Dans la fiévre typhoide le poison se répand dans les intestins, et il en est chassé par les évacuations. Il sort ainsi de lorganisme d’une maniére et dans des conditions qui permettent de Vécarter promptement sans qu’il puisse infester le yoisinage du malade. C’est dans ces déjections que se trouvent les germes typhoides. Mais ils sont mélés 4 des matiéres qui peuvent étre écartées, et

qui, de fait, sont écartées avant que les germes puissent s’en échapper pour se répandre dans latmosphére environnante. Le siége de la propagation de la fiévre typhoide n’a pas de rapport direct avec ’atmosphére.

« Les germes typhoides ne se communiquent pas non plus directement d’une personne a une autre, et par conséquent la maladie n’a pas de caractére contagieux.

« Le danger de prendre la fiévre typhoide n’est pas dans le contact avec le malade, mais dans le contact avec ses selles. Si l’on prend soin de les désinfecter et de ne s’en débarrasser gqu’avec les précautions voulues, il est difficile que la maladie se répande. Mais si ces déjections sont jetées dans des égouts ou des fosses @’aisance dont les drains laissent a désirer sous quelques rapports,, et en particulier sous le rapport de la ventilation ou de la force du courant qui entraine les matiéres, ou bien si elles sont jetées négligemment sur le sol, ou encore si elles sont versées dans un endroit d’oti elles peuvent arriver, par des infiltrations, jusqu’a une eau dont on se sert comme boisson, alors un seul cas de fiévre typhoide peut donner naissance a un grand nombre d’autres. Un cas de fiévre typhoide dans une maison peut fournir un moyen trés stir de reconnaitre si elle est dans dexcellentes conditions hygiéniques. Si ces conditions sont parfaites, et si ’on prend pour les déjections les précautions qu’on doit prendre, tout ira bien. Si, au contraire, on ne se met pas en régle de ce cété, un seul cas peut en amener beaucoup dautres. Mais la maladie ne se communique pas directement et par le contact; elle se communique indirectement par Vinfection de l’eau qui sert de boisson ou d’une atmosphére qui peut. étre éloienée de la personne malade. Un cas de fiévre typhoide se produit dans une localité. Les déjections sont jetées sur le sol ou dans un égout d’ot elles arrivent, par les infiltrations qui se produisent dans le sol, jusqu’a un puits. Les personnes qui boivent de ’eau de ce puits courent un danger bien plus grand que les personnes qui couchent dans la méme chambre que le malade, ou qui sont continuellement autour de lui pour le servir.

« La conséquence pratique de tout ce qui vient d’étre dit c’est que, pour la fiévre typhoide, une mére peut soigner son enfant, une épouse peut soigner son mari, une scour peut soigner son frére, sans s’exposer au danger que font courir le typhus ou la fiévre scarlatine, et qu'il y a peu ou point de danger pour les personnes de la maison | si elle se trouve dans de bonnes conditions hygiéniques, et si on prend les precautions voulues. pour les déjections. »

Ces précautions se réduisent 4 trois :

40 Désinfecter immédiatement les déjections en les aspergeant de chaux vive ou dun autre desinfectant indiqué par le médecin ;

20 Laver avec soin et désinfecter également le récipient de ces déjections ;

30 Ne les jeter dans les fosses d’aisance que si Von est parfaitement stir qu’elles ne communiquent par aucune infiltration avec aucun puits, et qu’elles vont tomber dans des égouts parfaitement organisés. A moins qu’on ait cette certitude, on doit, si on le peut, enfouir ces déjections dans la terre d’une maniére assez profonde, en prenant soin de les recouvrir, et les enfouir ainsi 4 chaque fois et immédiatement.

Une chose qu’il faut absolument éviter, déconseiller, et, autant qu’on le peut, absolument empécher, c’est de laver les linges ayant servi au malade dans de l’eau courante, 4 moins qu’on ait pris soin de commencer par les désinfecter ou par les faire bDowillir. Ce que Von ne fait guére. ya la un abus grave et un désordre trés préjudiciable a la santé publique. Le devoir des autorités locales ne serait-il pas d’y mettre ordre? Sans doute la chose n’est pas toujours en leur pouvoir. Que ceux qui peuvent agir par la persuasion ou en vertu de l’autorité que leur ministére leur donne sur les consciences, s’efforcent de suppléer a Vimpuissance des autorités civiles. Ou va cette eau et qu’emporte-t-elle dans son cours? Les laveuses qui y trempent les linges des malades ne s’en inquiétent guére. C’est a ceux qui le savent de leur apprendre que cette eau courante va porter a d’autres, et quelquefois a un grand nombre d’autres, les germes des maladies les plus graves qui souvent leur causeront la mort.

Si le malade atteint de la fievre typhoide succombe, sa literie et tout le linge qui luia servi pendant sa maladie, et les rideaux de la chambre, et les tapis, doivent étre soigneusement désinfectés. Que Von s’adresse aux médecins et aux pharmaciens pour connaitre les ingrédients a se procurer et la maniére de s’en servir. Rien de plus simple...

Du reste, on doit prendre soin de ne laisser dans la chambre du malade que ce qui est absolument indispensable. On enlévera les tapis, les descentes de lit, les rideaux des fenétres, et surtout ceux du lit.

On s’arrangera de maniére a ce que le malade soit seul a2 coucher dans la piece qui lui est affectée, si la:chose est possible. La précaution n’est pas absolument nécessaire, mais elle est excellente et a conseiller. Une autre précaution encore plus a conseiller, c’est, autant que possible, de ne pas manger dans la chambre du malade.

I nest pas rare que cette précaution soit rendue impossible par Vexiguité du logement. Il n’ya pas a s’en inquiéter outre mesure, pourvu qu’on remplace cette précaution utile, mais non nécessaire, par une autre qu’il ne faut jamais négliger de prendre, le malade fit-il complétement isolé. C’est de maintenir constamment dans la chambre du malade, principalement autour de lui et sur lui, une trés grande propreté et, par dessus tout, d’aérer largement et souvent l’appartement. L’aérer en particulier avant les repas et avant le coucher. « Beaucoup de germes périssent par le seul fait qu’ils

sont exposés 4 air, dit le docteur Maclagan. Ce soin de faire pénétrer l’air dans les appartements est un des meilleurs de tous les désinfectants. »

Ce n’est pas seulement contre la fiévre typhoide que cette précaution est utile, c’est contre un grand nombre d’autres maladies. On ne saurait trop la conseiller, on ne saurait trop y insister.

Une autre précaution dont les médecins nous donnent généralement l’exemple, c’est d’avoir soin de se laver les mains, au besoin dans de l’eau phéniquée, toutes les fois qu’on a touché le malade ou son linge.

Le point que le docteur Maclagan s’est le plus attaché a bien établir et qwil a mis dans le plus vif relief, c’est que la fiévre typhoide n’est pas contagieuse. Certains médecins soutiennent dans leurs écrits que la fiévre typhoide est contagieuse, et d’autres vont le répétant aprés eux. Ils le répétent sans avoir compris leur pensée et sans la faire comprendre aux autres. Quand ces médecins, quand le docteur Piedvache par exemple, un médecin francais distingué, quand le docteyr Budd, un médecin anglais de grand mérite, disent que la fiévre typhoide est contagieuse, ils prennent ce mot dans le sens de communicable. Que la fiévre typhoide soit communicable, personne ne le conteste. Nous venons de voir comment elle se communique, et quelles sont les précautions a prendre pour qwelle ne se communique pas. Cette maniere de se communiquer doit-elle s’appeler une contagion ? Ce nest plus qu’une question de mots. Les médecins sont d’accord' sur la chose, ils ne discutent que sur le mot a employer.

« Jemploierai, dit le docteur Piedyache, le mot contagion dans sa signification la plus étendue, désignant sous ce nom toute transmission de la maladie d’un individu malade a un individu sain, quel que soit le mode suivant lequel elle s’opére. » Il est sir que, si on Ventend ainsi, la fiévre ty-

phoide est contagieuse. C’est tout a fait avis du.

docteur Maclagan. Mais son avis est aussi, et en cela nous pensons quwil a raison, gue dire que la fiévre typhoide est contagieuse est une excellente maniére d@induire le public en erreur sur la vraie nature de cette maladie. « Quand au sujet d’un cas de fiévre typhoide dans sa maison, observe-t-il, un homme vous demande : Est-elle contagieuse ? il n’a certainement pas l'intention de s’informer si elle peut se communiquer a un des habitants de la rue voisine, mais s'il y a quelque danger a approcher le malade. »

Eh bien, non. I n’y a aucun danger a approcher le malade, a le visiter et méme a lui rendre tous les services dont il a besoin. Ou plutét il y a les quelques dangers que nous avons signalés, qui ne sont pas grands et qui peuvent étre totalement ecartés par les précautions trés faciles 4 prendre, que nous avons indiquées.

Voila ce que les prétres, qui ont & voir des malades, doivent savoir, Voila ce qu’ils doivent ap-

Wi ar en t be oF) ed \ero 4. a LS ie Loe

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prendre et bien faire comprendre aux populations sur lesquelles ils ont quelque influence. C’est la pour un prétre un excellent moyen de leur rendre des services sérieux, et aussi d’attirer de la considération sur son ministére, quelquefois méme, en certaines paroisses, de se ménager auprés des malades un acces qui serait sans cela impossible ou fort difficile.

L’auteur de cette notice en a fait lui-méme |’expérience. I] a été autrefois curé d’une paroisse oti on n’appelait guere le prétre aupres des malades que lorsqwils étaient 4 Pextrémité. Il n’était pas rare que le prétre arrivat trop tard. On procédait ainsi parce qu’on avait peur Weffrayer les malades. De fait, @ordinaire, ’annonce de la visite du prétre les effrayait fort. Leur plus ordinaire réponse 2 cette proposition était de dire : Je suis done perdu! Le pauvre curé était désolé, mais n’y pouvait rien. Cependant, alasuite de conseils que, sans sortir de ses attributions, il avait donnés a certains malades auprés desquels, par suite de circonstances particuliéres, il avait été appelé dés le début de la maladie et qui avaient été reconnus fort bons et grandement utiles, on prit Phabitude de l’appeler aupreés de tous les malades, dés que la maladie se déclarait, méme avant le médecin. A tous les points de vue, mais surtout au point de vue du saint ministére et du salut des ames, le résultat fut tres heureux.

LAME DU CLERGE et les livres

Comptes rendus bibliographiques

Guavres choisies oratoires et pastorales de Mgr Touchet, évéque d'Orléans.

— 2 vol. in-18 jésus, 7 fr.50. — Orléans, Herluison; Paris, Poussielgue.

« Chére Mére,

« Vous m’avez demandé mon appréciation sur la Vie de la Mére Francoise Schervier que vous venez de traduire.

« Avant tout, une confession.

« Lorsque je recus les bonnes feuilles du livre et la lettre qui les accompagnait, je saluai la lettre, comme je salue toutes les votres, d’un mouvement joyeux du cceur ; mais je saluai les bonnes feuilles, comme je salue toutes les bonnes feuilles, d’une petite impatience intime.

« Ne vous semblerait-il pas, en effet, chére Mére, si séparée du monde soyez-vous derriére les grilles de votre monastére de Mazamet, qu’on abuse étrangement, par ce temps qui est le nétre, de la plume des evéques et de leurs étroits loisirs? Il faut que nous donnions avis, approbation, louanges; il le faut! La moindre centaine de pages quwil plait 4 une femme pieuse d’aligner a droit a cinquante lignes de nous. Nous donnerions VImprimatur canonique, sans plus, ce serait une injure, tout au moins une marque de froideur vis-a-vis de lauteur : or, les auteurs ne pardonnent pas cela. Nous leur épargnons ce chagrin; nous écrivons les cinquante lignes de rigueur; bien plus, notre paternité aidant, nous exprimons que le petit livre est un pur chefdceuvre : l’auteur est content.

« Par bonheur, le public ne lira ni le chef-d’wuvre, ni nos cinquante lignes... » Erb

De qui croyez-vous qu’est signée cette page si doucement railleuse ? Eh bien, nous layons trouvée au beau milieu du tome II de ces Huvres choisies de Mgr Touchet... Avec un homme aussi parfaitement au courant de

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ce que valent les fleurs de la littérature bibliographique, ne vous semblerait-il pas que nous devons étre bien 4 Vaise?... Par malheur, un public déja considérable, graces a Dieu, lira nos cinquante lignes, et si quelque tentation de vulgaire flatterie nous amenait 4 écrire un mensonge, nous ne pourrions pas inyoquer l’excuse habituelle : « Ga ne porte de préjudice 4 personne, » car nos lecteurs ont confiance dans la loyauté de nos comptes rendus, et nous ne voulons pas les « voler. » — Ce qui nous met vraiment a laise, c’est que, par bonheur, nous avons de quoi oser recommander au public de lire ces deux volumes. Ainsi l’auteur sera content, le public aussi, et nous pareillement, puisque nous aurons satisfait tout le monde et la vérité ! Mgr Touchet s’est acquis déja une réputation d’orateur, on le sait, et ’on aimera retrouver la ses plus beaux titres a cette gloire. Des discours militaires, comme il sied 4 l’éyéque d’un diocése ot se trouvent Orléans, Coulmiers et Patay; deux panégyriques de Jeanne d’Arc et un de saint Francois Xavier ; les oraisons funébres de Mgr Laroche, de Mer d’Hulst, de Mgr Germain, de Mgr Hugonin, de Mer Affre; cing allocutions de mariage, ef une trentaine d’autres discours, allocutions et lettres : n’est-ce pas suffisant pour deux premiers volumes @Huwvres choisies ? ;

De cette courte notice bibliographique, si par hasard elle lui tombe sous les yeux, Mer Touchet pensera ce quwil voudra : elle ne lni apprendra rien sur son cuvre, et ce nest pas A son intention que nous l’avons écrite. C’est pour nos lecteurs. Nous ne pouvions négliger de les avertir qwils auront maintenant sous la main, réunis en volumes, des discours qwils auraient plus d’une fois laborieusement recherchés dans des brochures ou des journaux : et ceci, nous le disons en connaissance de cause.

Nous avons commencé en citant Mgr Touchet ; terminons de méme : personne ne s’en plaindra. — Méditez, dabord cette histoire bien humaine sur la pratique de Vaumone (t. II, p. 249, Allocution prononcée a Dieppe en faveur de ’Orphelinat des Mousses) : ;

« Un curé de mon diocése, qui m’a raconté l’aventure, prétendait apprendre la dignité de ’aumdéne a ses catéchuménes. « Si je vous disais, demandait-il 4 une fillette de 12 ans, si je vous disais que votre compagne a donné une piéce de dix francs a un pauvre, que penseriez-vous ? »

« Le naif pasteur comptait tirer un mot @’admiration de sa jeune ouaille pour un si beau fait. Songez donc, une de ces enfants donner dix franes! Il comptait mal. « Si vous me disiez cela, répondit la Beauceronne, Monsieur le curé, je ne vous croirais pas. — Ah!... Et: pourquoi? — Parce qu’on ne donne pas ce qu’on a, on le garde. » ,

Pour servir d’épilogue 4 la future Histoire des relations de Louis Veuillot et de Mgr Dupanloup (t. I, p- 17, Allocution prononcée au mariage de M. Frangois Veuillot avec Mile Marie Monnoir, de Gien) :

« Quelqu’un parlait un jour 4 Mgr Dupanloup des malentendus qui avaient existé entre Louis Veuillot et lui: « — Mon ami, fit Vévéque souriant, quand nous aurons passé quelque temps ensemble en purgatoire, nous nous aimerons beaucoup. »

« Sur quoi une femme excellente, trés aimable chrétienne, connue de toute cette région pour sa bienfaisance, répondait, il n’y a pas bien des heures: ....« Le purgatoire! Le purgatoire!... Ges deux hommes qui se montrérent, avec des idées, des tendances dissemblables il est vrai, si vaillants défenseurs de VHeglise, ne sont pas au purgatoire ! Notre-Seigneur les a placés au paradis ! »

D’une aatre allocution de mariage (t. II, p. 802) : '

« Certain procureur de Gien demandait 2 Madame Yver quelle était sa profession. « Moi, répondit-elle, mais, Monsieur, mére de famille. »

Et cette vue de Saint-Sulpice (t. I, p. 409, Allocution prononcée au sacre de Mgr Amette) :

« Saint-Sulpice !... la bonne vieille maison ot le cour bat trés fort quand on la revoit, ot lion dort peu, a ce que prétend mon grand vicaire, quand on n’y a point séjourné depuis longtemps, tant les souvenirs se levent pressés autour de lame, Vassiégeant de leur douceur, de leur éloquence ! ean

« Saint-Sulpice ! ot nous avions une cour de récréation assez semblable a un puits ; on le soleil fréquentait peu nos cellules ; ot les corridors étaient sombres, les journées austéres, les nuits courtes ;'mais ou l’amitie nous unissait dans une cordialité trés.sincére.

« Saint-Sulpice! ou de vieux maitres de la science sacrée se faisant jeunes a notre contact, j’imagine,

360 ips

‘inclinaient avec une condescendance toute paternelle leur téte blanchie vers nos tétes blondes, et contraignaient leur gravité 4 entendre les saillies de notre impatiente jeunesse. :

. € Saint-Sulpice! Ce fut M. Bouet qui recevait votre confession 4 l’extrémité méridionale de la salle des exercices ; M. Caval qui cachait un cceur si bon sous si rude écorce; M. Icard savant ef saint; M. Grandvaux dont on ne savait décider s'il avait un cour de pére ou de mére : la question juste que vous n’osiez poser ily a un instant au sujet de notre vénéré métropolitain. (Pourquoi done, Monseigneur, n’osiez-vous la poser ? Est-ce que Varchevéque de Cambrai n’a pas écrit: « Pasteurs, soyez péres, ce n’est pas assez : soyez méres !... »)

« Saint-Sulpice !... Comme nous y sentions avec angoisse les deuils de la patrie! comme nous nous promettions de travailler 4 son relévement! comme nous jurions d’étre bons pour son peuple égaré, de le ramener, de le soulager dans ses fardeaux, de le christianiser, de le sanctitier ! Les beaux réves que nous faisions alors !... >

Enfin, car il faut s’arréter, cette superbe réponse a un mot historique (t. I, p. 98, Allocution au service funébre pour le président Carnot) :

« En face du cercueil de Louis XIV, se rappelant le souvenir des batailles gagnées, des provinces conquises, des lauriers littéraires et artistiques semés sous les pas de ce triomphateur, par la main d’une Providence prodigue; voyant le peu de place que tiendrait désormais celui qui avait occupé tant de place, Massillon promena ses regards sur l’assistance qui se pressait autour de lui, puis il prononga ces mots fameux : Diew seul est grand, mes freéres.

« Certes, la phrase est belle et sonne bien. Mais elle n’est pas vraie. Sans nier, en effet, que Dieu soit la grandeur substantielle et essentielle, disons que Vhomme est aussi trés grand! A

« lest grand, parce qu'il est le fils de Dieu, venu de son Pére et retournant a son Pére.

« Il est grand, parce quil est capable de comprendre le devoir et capable de l’accomplir.

« Il est grand, parce quwil est appelé a vivre en honnéte homme toujours, et en héros parfois ; 4 mourir en chrétien toujours, et en martyr parfcis, afin de survivre en immortel, en bienheureux. »

Pourquoi je me suis fait congrégamniste ? par le P. Hamon, S. J.— Un vol. in-146 de 238 p., 2 fr. — Paris, Téqui.

Le livre de poche de la jeume fille catholique et francaise au xx siécle, par labbé Girard. — Un vol. in-32 raisin de 600 p., 4 f. 50. — Paris, Briguet.

A Vécole de Jésus, par F. de Lamennais. — In-24 allongé de 370 p., 4 fr. — Paris, Téqui.

Bossuet : L’Fucharistie. — Pensées choisies du vénérable curé @ Ars. — 2 vol. in-24 allongé, 4 fr. — Paris, Téqui.

Méditations selon Vesprit de V’Kglise pour toute Vannée liturgique, d l’usage des comnunaulés et des fideles, par Vabbé Décrouille. — 2 vol. in-i6 (ensemble 4.200 p.), 6 fr., franco, 7 fr. — Paris, Haton.

I. — Le livre du P. Hamon est un résumé des instructions données par un directeur de congrégation 4 Yassemblée du dimanche.

Cette assemblée était une assemblée d’hommes, ce qui nest pas sans nous désorienter quelque peu, mais ce qui cessera de surprendre quand on saura que ce petit volume nous arrive du Canada.

En France, les directeurs de congrégations parlent généralement devant jeunes filles ; mais les instructions du P. Hamon n’en seront pas moins pratiques pour eux, bien au contraire ; et ils feront sagement de don- ‘ner 4 leur auditoire ailé les conseils graves et males qui ont produit de tels fruits de sanctification parmiles congréganistes barbus de Montréal.

Pourquoi se fait-on congréganiste? La réponse est de saint Alphonse : « Si un séculier me demande ce qu'il

LVAMI DU CLERGE

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doit faire pour se sauver, je ne sais rien lui conseiller de plus utile et de plus str que daller 4 la congregation de la sainte Vierge. La congrégation est un refuge et fournit 4 Vhomme les meilleurs moyens de s’assurer le salut éternel. »

La premiére partie du livre du P. Hamon (p. 9-117) développe cette pensée de saint Alphonse et refute les objections que lon oppose couramment a Ventree en congrégation : « On peut bien se sauver sans étre congréganiste !... Que diront mes amis?... Je ne suis pas assez dévot pour cela... Les congréganistes ne valent pas mieux que les autres... J’appartiens déjaa plusieurs sociétés pieuses..., etc. »

La seconde partie, intitulée Confession et Communion (p. 119-225), répond aux difficultés qui arrétent si souvent les chrétiens ala porte des confessionnaux ou au seuil de la Table sainte : « Comment faire mon examen de conscience?... Comment savoir si j’ai consenti aux mauvaises pensées ?... J’ai beau m’examiner, je ne trouve rien 4 dire... J’ai peur de m’étre mal confessé dans mon enfance... Dans ma jeunesse, j’accusais les mauyaises pensées, mais je taisais les mauvaises actions qui avaient suivi... J’ai souvent diminué le nombre... Je ne sens point de contrition... J’ai oublié ma pénitence... Je retombe souvent dans les mémes fautes... Je retombe immédiatement... J’ai commis trop de péchés... Htc., etc. » — Méme caractére pratique des objections 4 la sainte communion : inquiétudes sur le jetne eucharistique, sur les accidents dans la manducation de la sainte hostie, sur le manque de préparation, sur le manque d’action de graces, sur le défaut de ferveur sensible, sur la communion mensuelle, hebdomadaire...

II. — Le P. Hamon vous méne son monde tout rondement. Et tout rondement aussi l’excellent chanoine

‘Girard, avec ses jeunes filles du xx° siécle. Sur quoi

plus d’un confrére remarquera, non sans judicieuse malice, que ce n’est pas toujours ainsi que ’on a mené nos jeunes filles du xtx® siécle; que bien plutdt on les a trop souvent conduites par des lignes plus ou moins brisées, sinueuses et volutantes ; qu’on les a trop formées a dessiner, au lieu de figures réguliéres, toutes sortes d’attitudes obliques, tortillées et circonflexes, aussi bien dans leur mode d’ayancement spirituel que dans la tournure de leur gracieux physique. Avec le petit Manuel de M. Girard, la jeune fille du xxe siécle va apprendre la simplicité (! creavit Deus novum super terram !), la sincérité(!!), la bonté, la modestie, Vhumilité, la discrétion, la bonne humeur, la fierté, le bon sens, la science du ménage, tout ce qwil faut enfin pour une piété éclairée et solide, militante et zélée, raisonnable et raisonnée, pour la France et pour lEglise. Et 4 chaque chapitre, des histoires ou anecdotes charmantes, contemporaines, prises sur le vif, topiques, pétillantes de malice simple, de bonté ouverte, de gaieté chrétienne. M. Girard nous ayait donné déja d’excellents livres de poche 4 l’usage des jeunes soldats, des jeunes gens, des hommes, des premiers communianis. Les jeunes filles pouvaient se plaindre qu’on les oublidt. Cette

fois, les voila servies 4 souhait. Mais ce n’est pas pré--

cisément le miroir qu’on leur tend. Oh, si ces pages devenaient un jour un miroir fidéle, si la jeune fille du xx° siécle devait s’y reconnaitre, quelle France nouvelle alors surgirait sur les ruines de la Révolution, bdrillante de clartés ! é

Ill. — A l’école de Jésus est un de ces opuscules

pleins d’onction qui firent dans le monde moins de bruit que VHssat sur Vindifférence ou les Paroles @un croyant, mais qui porteront plus stirement et plus fructueusement 4 la postérité le nom de Lamennais. Is sont signés de labbé Félicité de Lamennais; mais on sait quil est difficile de savoir au juste quelle y fut la part de Pabbé Jean-Marie. On dit, par exemple, que la traduction de Imitation est tout entiére de la plume de Jean-Marie, bien qu'elle ait toujours été signée de son frére, qui aimait 4 signer.

Les deux fréres Lamennais s’étaient faits les éditeurs dune « Bibliothéque des dames chrétiennes » gui comprenait vingt volumes, traitant de divers sujets de piste. Le succés en fut immense; et ce pouvait étre une bonne affaire, si une liquidation judiciaire ne fit venue la convertir en désastre. Pour bénéficier de certains avantages stipulés, F. de Lamennais dut prendre l’engagement d’écrire ces petits livres de piété qui ont survecu &@ ses autres ouvrages et sont considérés-comme des chefs-d’ceuvre : Le Guide spirituel, ou le miroir des dmes religieuses ; — La journée du chrétien; —

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L'Imitation de Jésus-Christ ; — Le Guide du premier age.

C’est ce dernier opuscule que le P. Libercier vient de rééditer sous un titre nouveau : A Vécole de Jésus : dialogues charmants entre le Maitre et Venfant, reflé-

tant la bonté, la tendresse, ’amour sans mesure de Notre-Seigneur, et, chez l’enfant, la candeur, ’humilité, un désir sincére de perfection qui ne peut manquer de recevolr sa recompense. Dangers du monde dans le premier age, fin de Vhomme, fidélité, confession, communion, dévotion 4 Marie, aux saints Anges, aux saints Patrons : sous ces divers titres, c’est toute la fleur de PEvangile qui embaumie tour 4 tour les lévres de lenfant et celles du maitre.

IV. — Dans la méme collection, inaugurée l’an dermier et accueillie avee une faveur méritée, viennent d’étre rééditées les Pensées choisies du curé d’Ars et les Méditations sur l Eucharistie de Bossuet.

A la fin de chacun de ces gracieux opuscules, on a ajouté, sous une pagination a part, un recueil des priéres les plus usuelles : la messe, les vépres, la confession, la communion, dévotion au trés Saint Sacrement, a la sainte Vierge, etc.

VY. — Suivant Vidée qui Ini est chére et qu’il a réalisée sur un plan beaucoup plus étendu dans son cours de Méditations sacerdotales, M. Décrouille nous donne aujourd’hui, 4 Vusage des fidéles, des Méditations mises en harmonie, en relation étroite avee la vie du saint du jour ou avec le propre de la messe que l’on doit entendre. La relation apparaitra quelquefois un peu factice; surtout on pourra trouver qu'elle n’est pas sulfisamment appropriée 4 la pratique des fidéles, qui malheureusement ont perdu la notion méme de la vie liturgique. Mais, telles qu’elles sont, et en supposant méme qu’on ne yeuille pas entrer dans la pensée del’auteur et suivre la messe de chaque jour, ces méditations sont bonnes, elles sont courtes, pratiques, pieuses, solides; et nous ne saurions trop les recommander aux personnes, par exemple, qui ne disposent que d’un quart d’heure pour leur oraison.

La Salle des Martyrs du Séminaire des Missions Ktrangéres, par Adrien Launay. — Un vol. in-12 de 220 pages, 2 francs. —- Paris, Téqui.

Les missionnaires fran¢ais au Tonkin, par le méme. — Un vol. in-8 raisin de 226 p., 3 fr. — Paris, Briguet.

I. — Tout le monde connait la Salle des Martyrs du séminaire des Missions Htrangéres. Pas un chrétien ne voudrait quitter Paris sans la visiler; et c’est avec un sentiment de piété profonde et de vive curiosité que l’on pénéire dans ce musée sanglant ot. courent, le long des murs tendus de coton rouge, des vitrines remplies d’objets divers d’ot s’exhalent des parfums étranges, des odeurs d’Orient: linges ensanglantés, chaines, anneaux de fer, vétements noirs, bleus, blancs, percés de coups de sabre et de coups de poignard, cordes d’écorce de cocotier, petits livres de priéres jaunis par le temps, et fatigués par l’usage, planchettes couvertes des caractéres mystérieux de la sentence. de mort, calices, crucifix, etc.

Aussi, en cette année surtout d’Exposition, ot de nombreux visiteurs se feront un devoir de réserver quelques instants ala Salle des Martyrs, est-ce une pensée pieuse 4 la fois et opportune qui a déterminé le P. Launay & nous donner, dans un volume clair et précis: le Vorigine de la Salle des Martyrs ; — 2° l’explication des tableaux qui représentent les supplices ;-— 8° Vénumération de tous les objets que renferme la salle; — 4° la date d’envoi; — 5° la biographie de chacun des martyrs 4 qui ces objets ont appartenu.

Nulle plumen’était d’ailleurs mieux qualifiée, pour nous parler de ces choses, que celle du P. Launay, l’auteur de la grande Histoire de la Société des Missions Etrangéres, récemment couronnée par l Académie francaise, Yauteur encore de tant de monographies palpitantes d’intérét, relatives aux missions.

Il. — Et cette nouvelle monographie des Missionnaires francais au Tonkin, qu il nous donne aujourd’hui, sera la bienvenue. Le Tonkin est aujourd’hui terre francaise. Il a été payé trés cher par notre or et par le

sang de nos soldats; mais, avant de s’incliner devant le drapeau tricolore, il y avait longtemps qu’il connaissait le nom de notre pays. Depuis prés de deux cents ans, depuis le temps de Louis XIII, des missionnaires frangais s’étaient dévoués a l’évangélisation du Tonkin. Les uns étaient morts au hasard de leur vie apostolique, couchés au bord des chemins comme des yoyageurs épuisés par la fatigue; les autres, jetés en prison, frappés de verges, condamnés a la strangulation ou a la décapitation, rayonnent glorieux dans la phalange des témoins du Christ. .

Crest leur histoire que vient nous raconter le P. Launay. D’autres nous ont dit Vhéroisme de nos soldats; Vhéroisme de nos missionnaires ne doit pas étre oublié, et quelles pages vibrantes que celles ot brillent les noms de MM. Cornay, Scheffler, Bonnard, Vénard, Néron, de Mgr Retord, de Mgr Puginier, etc. !

La piété éclairée par la foi, ou Exposition de la doctrine chrétienne, par le Pére Cotel, de la Compagnie de Jésus. — Un-.vol.

in-12 de 428 p., 3 fr. — Paris, Téqui.

La weligion chrétienne. Simples notes, par Vabbé Petiteau, aumdnier de l’Externat Saint-Maurille, 4 Angers. — Un vol. in-i6 de 694 p., 3 fr. 50. — Angers, librairie Guinebertiére ; Paris, Ch. Amat.

Manuel @instruction religieuse éiémenmtaire, ou Haplication du catéchisme, par Pabbé Albot, du clergé d@Angouléme. — Un vol. in-46 de 180 p., 0 fr. 60; reliure élégante, 1 fr. 20. — Lyon, Viite; et chez lauteur, a Angouléme, rue Fanfrelin, 9.

Petit cours @’instructions sur les vérités fondamentales, par l’abbé Mémain. — Plaquette in-48 de 64 p., 0 fr. 20, franco, Ofr. 25. — Paris, Haton.

I. — Le premier mot du titre donné par le P. Cotel a son livre : La Piété, induira certaines gens en défiance. Et nous ne voulons pas les condamner absolument : car, aprés tout, 4 qui la faute si les ouvrages dits de « piété » sont tombés en quelque discrédit? A qui, sinon aux auteurs eux-mémes qui, sous ce couvert de « piété, » nous font absorber toutes sortes de choses, excepté des choses sérieuses, de bonnes vérités chrétiennes ?

Aussi, hatons-nous d’aller au sous-titre du P. Cotel : Eaposition de la doctrine chrétienne. Voila ce que deyrait étre tout manuel de piété : un exposé de doctrine, exposé plus ou moins revétu d’onction et pénétré de grace, mais enfin et avant tout, exposé de doctrine. Et voila ce qu’est le livre du P. Cotel. [la été écrit a VYusage des gens du monde, des jeunes gens instruits surtout, qui n’ont pas et ne peuvent pas avoir a leur disposition les ressources de la théologie, et qui cependant ont le désir trés louable d’éclairer leur foi et d’asseoir leur piété sur une foi bien éclairée. On trouvera la un exposé clair, vivant, complet, pieux sans affectation hi maniére, apologétique sans polémique, excellant 4 mettre, d’un mot, en relief le coté lumineux de telle vérité, qui dissipe toutes les objections.

Il. — Réédition d’un manuel qui a rapidement conquis la faveur du public. Ce cours a été rédigé pour jeunes filles. Fortunées Angevines, et de forte race, que Yon juge capables de suivre un exposé si vigoureux et si substantiel! Nous recommandons surtout la partie dogmatique, qui est d’une admirable précision; et dans la partie apologétique, p. 21-285, on trouvera les éléments du cours le plus solide et le plus actuel.

Til. — Le Manuel de M. Albot est destiné principalement aux enfants. Il sera utile surtout aux catéchistes volontaires et leur servira d'excellent Memento. A la fin, une bonne petite retraite de premiére communion (p. 160-177). On en remarquera le prix modique, qui ne dépasse pas celui de la plupart de nos catéchismes diocésains (demander 4 l’auteur un exemplaire-spécimen, franco 0 fr. 60). Nous souhaitons de le voir répandre dans toutes nos paroisses. Quantité de choses pratiques, que les catéchismes développés omettent souvent ou

noient dans des détails superflus; quantité aussi de réponses topiques aux préjugés populaires sur lPEglise par exemple, sur le pouvoir civil, sur les curés, sur la sépulture ecclésiastique; des cas de conscience trés intéressants et trés pratiques, ete.

IV. — In cauda venenum. Ce petit Cours de M. Mémain n’a lair de rien. Ouvrez-le, feuilletez-le, vous serez stupéfait de la masse de choses que l’auteur asu y faire entrer. Ce sont vraiment toutes les « vérités fondamentales » que on y trouvera : Dieu, Vhomme, Vimmortalité, la déchéance, la Rédemption, la famille, la société (réfutation de J.-J. Rousseau), l’Eglise, le peuple juif et la Bible, la Genése, le transformisme, Vhistoire du monde d’aprés la Bible, etc.; sur tout cela, des notions claires, précises, présentées toujours de fagon frappante.

Lettres a M. Waildeck-Rousseau, par le comte Albert de Mun. — Brochure in-8 de120p., 4 fr. — Paris, Plon:

Le grand orateur, que la maladie tient éloigné de la tribune, interpelle, dans ces pages, le chef du gouvernement sur la politique du cabinet, le procés Dreyfus, Vaffaire de la Haute-Cour, la guerre a la religion, la loi sur les associations, la loi sur la liberté d’enseignement. Toutes ces questions du jour, tous ces problémes brilants sont exposés et résolus, dans ces lignes vibrantes, avec l’avtorité, la science et l’éloquence de M. de Mun, avec cette hauteur de vues aussi qui fera que ces pages restent plus tard un magnifique chapitre de la philosophie de l’histoire contemporaine, alors que depuis longtemps l’écho de nos querelles se sera tu. Ces Lettres ont la verve d'un pamphlet, avec l’austére beauté d’un plaidoyer sincére, d’un cri de la conscience outragée,

Nouvelles soirées littéraires, par le Pére Faure, professeur de rhétorique. — Un vol. in-8 raisin de 312 p., 4 fr. — Paris, Briguet.

La grande Hle, par C. Sabatier de Castres.

— Un vol, in-12 de 386 p., 3 fr. — Paris, Téqui.

La famille Papillon, par Marie Leconte. — Un vol. in 12 de 310 p., 3 fr. — Paris, Téqui.

France £ en avant! Hymne patriotigue, solo et cheur a 8 voix, paroles de Caritas, musique de G. Meugé, 2 fr. — Paris, Haton.

Les Nouvelles soirées viennent d’atteindre leur cinquiéme édition. Elles ont charmé notre adolescence déja lointaine, et elles charmeront encore celle de nos petits-neveux. Elles nous redisent quelques-unes des grandeurs de la patrie, de Vercingétorix a Loigny, les grandeurs aussi de la nature, de notre nature méridionale, contemplée aux clartés transfigurantes de lidée chrétienne. Elles sont écrites dans une langue vivante, chaude, colorée, toujours noble et digne, la langue qu’il faut parler quand on prétend « élever » la jeunesse, une langue qui est assurée de ne pas passer parce qwelle ne sacrifie pas aux caprices de la mode. Comme on respire un air pur et vivifiant a travers ces pages de Villa-Flora! et comme cela vous repose de certaines productions dédiées aux bibliothéques paroissiales, ot Pon n’entend, dun bout a Vautre, que le ton de la gouaillerie, ot l’auteur semble ne viser A autre chose qu’au désopilant 4 jet continu, on dirait presque a largot du dernier bateau !

La Grande Ile, suite de la Capricieuse : naufrage de soixante-quinze déportés, embarqués le 12 avril 1798 4 destination de la Guyane ; sept d’entre eux seulement, deux femmes et cing hommes (dont un ecclésiastique) se sauvent, échouent dans une ile déserte, s’y arrangent une vie possible, et n’y sont découverts qu’en 1834, par un navire égaré dans ces parages.

La famille Papillon : exquises scénes de jeunes filles et de rapprochement des classes.

En Avant! ce fut le cri de Clovis, ce fut le cri de Jeanne d’Arc, et ce sera toujours le cri de la France chrétienne. Voila ce que vous redit, en vers vibrants, Caritas, et en notes martiales et enlevées, G. Meugé (avec accompagnement de clairon et tambour, ad libitum).

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Theologia moralis decalogalis et sacramemtalis, auctore clarissimo P. Patritio Sporer, Ord. FF. Min. — Novis curis edidit P. F. Irenseus Brerpaum, Ord. FF. Min., Provincise Saxonie S. Crucis Lector Jubilatus. — Cum permissu superiorum. — Tomus II. Paderborne, mpcoca. Ex typographia Bonifaciana. — In-80 de 950 pages. — Prix : broché, 7 m. 80; relié, 10 m.

Le P. Bierbaum, 4 qui Von doit déja une nouvelle édition d’Elbel, mise au point, qui a eu un grand succés, a entrepris de donner dans les mémes conditions la théologie de Sporer. Le second volume comprend, comme le premier, trois traités : ae

Tracrarus IV. De justitia et restitutione. — I. De justitia et injuria in communi. — II. Restitutionis natura, obligatio et radices. — III. Circumstantie restitutionis. — IV. Modus restituendi et cause excusantes.

Tracratus V. In V preeceptum Decalogi. — I. De scandalo. — II. De homicidiis licitis. — III. De homicidiig illicitis. — Appendix ad VI et IX.— IV. In VIII preeceptum Decalogi.— V. In VII et X preeceptum Decalogi.

eases VI. De dominio et contractibus. — I. De dominio et modis acquirendi. — II. De contractibus in genere. — III. De contractibus gratuitis. — IV. De mutuo et usura. — V. De venditione et emptione. — VI et VII. De contractibus reliquis.

Le Portrait de Notre-Seigneur Jésus- Christ @’aprés le Saint-Suaire de Turin, avec reproductions photographiques, par Arthur Loth, ancien éléve de ITEcole des Chartes, lauréat de VPAcadémie des Inscriptions et Belles-Lettres. — In-8 de 66 p. — Paris et Poitiers, Oudin. — Prix : 4 fr. 50.

En 1898, 4 Voccasion de l’Exposition de l’Art Sacré a Turin, le Saint-Suaire fut exposé a la vénération des fidéles. Le comité de Exposition eut la pensée de faire photographier la précieuse relique et le chevalier Secondo Pia se chargea de faire l’opération a ses frais.

Les témoignages du passé et celui méme des yeux attestaient que le précieux Linceul conservait l’empreinte des linéaments du Corps de Notre-Seigneur. Mais VYimage du Sauveur était trop vague, Vaspect en était trop confus pour qu’on en pit juger.

Une cause particuliére, jusqu’alors non remarquée, empéchait encore de saisir les traits du divin Sauveur. La photographie plus pénétrante que lil devait les révéler et donner raison de l’aspect confus sous lequel ils disparaissaient en partie.

Ceux qui connaissent tant soit peu la photographie, savent que la premiére épreuve, celle qui est prise directement sur l’objet, est une épreuve négative dans laquelle les détails sont doublement intervertis : pour la place, ce qui est a droite dans le modéle se trouve a gauche dans Pépreuve, comme dans les images qui se produisent sur le verre des glaces ; pour la lumiére, toutes les parties lumineuses sont sombres et toutes les parties sombres sont lumineuses. [1 faut, par une seconde opération, obtenir l’épreuve positive dans laquelle les détails se trouvent a leur place avec la lumiére qui leur convient.

Ce quil y eut de merveilleux et qui impressionna profondément les photographes, c’est. que l’épreuve négative du Saint-Suaire donna, du Corps de Notre-Seigneur, une épreuve positive. Les traces du Corps divin empreintes sur le Saint-Suaire en étaient done une image négative : cest-a-dire que Notre-Seigneur y était représenté, non pas tel qu’un peintre l’aurait dessiné, mais tel qu’un photographe Vaurait obtenu en épreuve négative, les parties éclairées étant sombres et les sombres éclairées.

C’est la meilleure preuve que cette image n’a pas été faite de main d’homme. Car personne, avant Vinvention de la photographie, n’aurait eu Vidée et n’aurait deviné le procédé de ce genre de dessin.

M. Arthur Loth, par sa brochure, a voulu ramener « Pattention du public sur un fait digne d’exciter au plus haut point Vintérét et admiration. » Il nous donne Vhistoire et la description du Saint-Suaire de Turin, en raconte la photographie, en établit l’authenticité ; il discute les explications qu’on peut donner du phénoméne

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et conciut contre ceux qui ne voient qu’une copie dans le Saint-Suaire de Turin.

Le jour méme ot nous arrivait la brochure de M. Arthur Loth, nous recevions de M. l’abbé Ulysse Chevalier une Réponse aux Ossrrvations de Mgr Emmanuel Colomiatti, pro-vicaire général de Turin, sur la brochure : Le Saint-Suaire de Turin est-il Voriginal ou une copie? (Paris, Alphonse Picard, 8 p.). Nous avons publié un compte rendu de cette brochure (Ami du Clergé, 1899, p. 924). L’auteur cite dans sa Réponse les appréciations favorables qu’il a recues de divers cotes, et il rapporte diverses erreurs qui s’étaient glissées dans des textes liturgiques et que la critique a permis de corriger, et il maintient sa solution, Savoir, que le Saint-Suaire de Turin n’est qu'une

copie.

Aux documents épiscopaux et pontificaux qui présentent le Saint-Suaire comme une copie, M. Arthur Loth oppose Vopinion de Benoit XIV s’appuyant sur les décisions de Paul ill, Sixte IV, Jules II, Clément VII, qui ont sanctionné le culte du Saint-Suaire de Turin. Mais c’est surtout sur les caractéres révélés par la photographie quwil insiste. La preuve nous parait avoir une grande valeur.

Ce qui nous a paru le plus attachant, le plus émouvant dans la brochure, c’est le portrait méme de Notre- Seigneur tel que l’a:donné l’épreuve photographique. Crest bien le type traditionnel, le type des catacombes, mais empreint d’une majesté, d’une énergie, d’une suavité que les traces de ses tourments et la rigidité de la mort n’ont pas affaiblies. Cette merveilleuse image est en outre un monument, un témoin providentiel des mystéres de Incarnation et de la Rédemption. Il y a vraiment la, comme le dit M. Arthur Loth, « de quoi émouvoir vivement la foi des catholiques et éclairer lincrédulité des autres. »

Livre @orgue. Chants ordinaires de la messe et des vépres transposés eb harmonisés. Messe des morts, Absoute, par les Bénédictins de Solesmes. — Quatriéme et derniére livraison. — Solesmes, par Sablé (Sarthe). — Imprimerie Saint-Pierre.

Cette livraison (p. 187-p. 160) compléte la publication du Livre D’orGU® dont nous avons apprécié le caractére en faisant le compte rendu des deux premiéres livraisons. (Ami du Clergé, 1898, p. 1184).

L’accompagnement des PP. Bénédictins est en rapport avec les progrés que leurs travaux et ceux des meilleurs musicologues ont réalisés dans la connaissance du chant grégorien.

Quand on en était encore a considérer toutes les notes du chant comme des sons égales et également émises, on pouvait trouver bon un accompagnement qui plaquait un accord sous chaque note. Ce systéme est aujourd’hui un anachronisme. :

Les notes du plain-chant forment des groupes mélodiques dont chacun a son sens et sa physionomie. Ce sont ces groupes que souligne l’accompagnement des PP. Bénédictins.

Les organistes désireux de sortir de Vorniére commune trouveront une excellente matiére a études dans ce Livre @orgue, que nous leur recommandons tout spécialement.

Traité de Vaccompagnement du plainchant.— Deuxiéme partie, concernant les notes étrangéres aux accords, par lVabbé L. Lepage, organiste 4 | Hglise métropolitaine de Rennes. — Rennes, Bossard-Bonnel.

— Solesmes, Imprimerie Saint-Pierre. — Et chez V’auteur. — Prix : 6 francs.

L’annonce de ce traité vient tout naturellement a la suite du compte rendu précédent : on y trouve en effet toute la théorie musicale appliquée dans le Livre WVorgue. ; ;

Dans un premier Traité de Vaccompagnement du plain-chant, Vauteur expose l’harmonie ot chaque note du plain-chant recoit un accord. — a

Dans ce second traité, il enseigne la maniére dharmoniser le plain-chant en ne donnant qu’un seul accord 4 plusieurs notes du chant.

Cette maniére consiste & considérer certaines notes du chant comme notes de passage, broderies, suspen- Sions, apoggiatures, anticipations, échappées, pédales, cest-a-dire comme notes étrangéres aux accords.

Dans un premier chapitre, il indique la nature de ces notes, leur role dans Vharmonie et les défauts aA éviter dans leur emploi. Dans les trois chapitres suivants, il montre comment ces diverses espéces peuvent se succéder et se mélanger dans un méme groupe. Les notions sont accompagnées d’exemples, les uns bons, les autres mauyais, avec les vérifications qui mettent les solutions bien au clair.

Le dernier chapitre, qui est la seconde partie de l’ouvrage, applique les principes 4 Yaccompagnement du plain-chant tel que les PP. Bénédictins l’interprétent dans leur maniére de le chanter et dans l’harmonie de leur Livre d’orgue.

L’application des données générales peut varier a l’infini, selon le gotit des organistes ; une autre maniére d’entendre le réle de certaines notes dans les groupes mélodiques du plain-chant peut faire varier ’harmonie destinée a les accompagner. Mais les notions générales sont a retenir, parce qu’elles sont bonnes en elles-mémes et quwelles peuvent seules permettre de réaliser un accompagnement qui réponde autant que possible a la nature du plain-chant.

Hymne des Keoles catholiques de Krance : Je crois. — Paroles du P. Delaporte. Musique de Henri Reg. — Prix net : 4 fr. 50.

Hdition populaire sans accompagnement, 0 fr. 40 Vexemplaire ; la douzaine, 0 fr. 60. — Toulouse, Cabrolier, 4 et 6, rue du Poids-de-l’Huile.

A Voccasion du cinquantiéme anniversaire de la loi de 1850 qui accorda la liberté de l’enseignement, le Comité de « Alliance des Colléges et Ecoles libres de France » émit le veu quwun hymne fit composé qui ptt devenir comme le chant national des Ecoles de France.

Le R. P. Delaporte composa les paroles : il a fait un vrai chef-d’ceuvre. ’est grand et simple; c’est sobre d@expression, riche didée; cest vivant et vibrant, animé du plus pur et du plus vif sentiment chrétien.

La musique est de M. lVabbé Henri Rey, maitre de chapelle au Caousou, le grand collége de Toulouse.

Répandons et faisons chanter partout ?Hymne des Ecoles catholiques.

Recueilis de chants popalaires chrétiens, ou de chansons chrétiennes et de canliques actuels, par D. N. Bouland, auteur de Dieu le veut! — Crest la France qui passe, etc. — Chez l’auteur, M. ’abbé Bouland, curé d’Or-

ville, par Ticheville (Orne). — On peut aussi s’adresser 4 M. le curé du Bon-Pasteur, 4160, boulevard National, Marseille. — 414e recueil :

4 fr.; la douzaine : 8 fr. (Remises).

C’est une cuvre, cest un apostolat qu’a entrepris et que poursuit M. l’abbé Bouland par ses recaeils de chansons chrétiennes. A la chanson orduriére ou impie qui propage les idées les plus perverses et les sentiments les plus infames, il oppose la chanson populaire chrétienne qui ne répand que les idées saines et les nobles sentiments. Paroles et chants sont tout ce quil y a de plus populaire ; le prix trés peu élevé.

L’ceuvre en est a son guatorziéme recueil. La collection compléte comprend déja 3885 chansons et 63 cantiques. Le tout : 7 fr. 50, franco.

Sept chants religieux : Nodél, Noel! — O salutaris, — Jaime, je crois, j’espére (pour dre communion), — Ode a Jeanne @Arc, — Mai, — Paraphrase, — Ave Maria, — avec accompagnement d’orgue ou de piano. Par L. Giroud. — Paris, Jouve, 14, rue de ’Odéon. — Prix net: 5 fr.

M. L. Giroud est un organiste de haute valeur et un

savant compositeur. Ses morceaux ont un puissant relief, Il faut pour les exécuter étre vraiment musicien ;

mais, s'il y a quelque difficulté a vaincre, il y a aussi grand plaisir aes entendre : c’est vraiment de Vart.

La vie de jeune homme, par le Dr Surbled.

— Paris, Maloine, rue de l’Hcole-de-Médecine. — Prix: 8 fr.

Un de nos confréres nous demandait, il n’y a pas bien longtemps, de lui indiquer, pour un jeune homme, un volume ou serait traitée médicalement et a sa portéee la question de la continence. Nous lui aurions conseillé, si nous lavions connu alors, le volume du D* Subled. Il y a ce qu’il faut pour renseigner le jeune homme aux prises avec les dangers que court sa vertu et lui indiquer le moyen de conserver a la fois la pureté de lame et la vigueur du corps. Mais Pouvrage n’est pas 4 mettre entre les mains des enfants.

La Classe, Conjférences a des religieuses institutrices sur la mantére @instruire et délever les enfants, par Mgr Amédée Curé, ancien aumonier de M. le Comte de Chambord, camérier @honneur deS.S. Léon XIII, chanoine honoraire de Chalons. — 4 vol. in-48. Paris, Giuvre de Saint-Paul, rue Cassette, 6. — Prix : 4 fr.

Les lecteurs du Paroissial (1898 et 1899) connaissent déja les conférences dont se compose ce volume. Rappelons qu’elles traitent de la classe au point de vue chrétien, au point de vue naturel ou humain, au point de vue pédagogique, au point-de vue des mceurs, au point de vue de la préservation. Elles ont valu a leur auteur, Mgr Curé, de précieuses approbations. Voici en quels termes le P. Bauffier, S.J., en écrit son appréciation :

« La Classe! Quel bon, quel excellent petit volume! Je lai lu avec le plus vif intérét et Pai beaucoup gotté, et je suis convaincu quwil fera le plus grand bien aux maitresses qui suivront ses conseils et se pénétreront de son esprit. Tout y est pratique, et c’est la pratique de la foi, du bon sens et de V’expérience. On dirait que Monseigneur a passé sa vie dans une classe de jeunes filles, serendant compte de l’éducation qui leur convient et de la sage maniére de les former a la mission qu elles auront a remplir. »

Le Clergé francais. ANNUAIRE, Septiéme année, 1900. — Tours, Maison Alfred Mame.

— 4200 pages de texte, in-80. — Prix: 8 francs; franco gare, 8 fr. 60.

L’Annuaire du clergé frangais vient de paraitre. Chaque année nous le signalons et le recommandons a nos lecteurs. Les indications trés complétes qu'il fournit en font un ouvrage indispensable 4 tous ceux qui ont ase renseigner sur le clergé séculier et régulier, les maisons religieuses d’éducation, les aumoneries militaires, les congrégations religieuses.

Un de nos correspondants nous demandait ot trouver les armoiries des évéques. ll les aura, cette année, en téte de chaque diocése, a exception des derniers siéges pourvus, les clichés ne s’étant pas trouvés préts au moment de l’impression.

QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Je crois que tous les auteurs sont d’accord que le péché de blasphéme est per se un dictum. Si je ne me trompe pas, on ne peut avoir un dictum qu’en cas que les mots employés sont l’expression de la pensée. Si une personne déyote s’accuse au confessionnal d’ayoir été impatiente et d’avoir dit : « Dieu m’oublie, Dieu est injuste, » il arrive rarement que ces paroles ne sont pas Yexpression de sa pensée. Au lieu de n’y voir qu’un

péché d’impatience, j’y vois de plus un péché matériel de blasphéme excusé par la bonne foi, que je dois permettre si je n’espére pas de fruit de ma monition. Si

une personne peu dévote s’accuse d’avoir proféré sou- |

vent les formules: S. N., S. N. de D., ou la formule flamande G. v. d. m., j’éprouve presque toujours que cette personne ne peut pas dire de quelle pensée ces formules sont l’expression, mais qu’elle en fait usage par maniére d’interjection, surtout si c’est une personne qui ne comprend pas le frangais ou le flamand. Souvent, il est vrai, une telle personne s’accusera de péché mortel de blasphéme. Mais je n’y vois pas le péché matériel de blasphéme, ni le péché formel de blasphéme sinon par conscience erronée.

Me voila en opposition @ presque tous les auteurs et presque tous mes confréres.

Je crois que ma conscience sera formée avec les réponses a4 ces deux questions :

1° Le péché matériel de blasphéme est-il impossible comme dictum ?

20 Les formules S. N. de D. et G. vy. d. m., proférées comme interjection, sont-elles toujours du moins péché matériel de blasphéme?

R. — Vous prenez trop 4 la lettre le mot dictum. Tous les auteurs ne donnent point exactement dans les mémes termes la définition du blasphéme. Tous cependant y voient au moins : locutio injuriosa Deo vel Sanctis, mais en ayant soin de faire remarquer que locutio s’entend ici au sens large de V’expression sensible d’une pensée intérieure irrévérencieuse a l’égard de Dieu ou de ses saints.

Le blasphéme est une des formes externes de la haine de Dieu. Le plus communément, elle se traduit par une phrase ou un mot qui, en soi, grammaticalement, ont une signification injurieuse. Mais aussi, il peut arriver que le blasphéme consiste dans une simple interjection comme vous le dites trés bien : Raca! pouah! zut!... Et alors rien n’empéche de regarder comme intentionnellement blasphématoires des mots significatifs prononcés en haine de Dieu dans un mouvement de révolte ou d'insulte, sans méme que la pensée se moule exactement sur le sens matériel des mots.

J’ai connu un homme qui m’a dit s’étre accusé autrefois au confessionnal d’avoir un jour, dans un moment de haine farouche contre la Providence, tiré un coup de pistolet vers le ciel, avec une intention profondément méchante d’insulter Dieu, auguel il en voulait 4 mort a cette heure-la, je ne sais.plus pourquoi. J’eus la curiosité de lui demander quelle sorte de péché il pensait avoir commis alors, car il savait avoir péché gravement et en avait grand chagrin : « Je me suis accusé, ditil, d’avoir blasphémé, et j’ai dit comment; mon confesseur m’a confirmé que c’était un blasphéme, et je le crois encore. »

A mon avis, cet homme et ce confesseur avaient raison.

Parler, c'est exprimer sensiblement sa pensée. Or le langage des signes est aussi bien une expression de la pensée, un vrai langage, que le langage des mots ; et dés lors, prise un peu largement, la définition : locutio injuriosa, se vérifie trés bien ici, comme en une foule d’autres cas semblables.

Cependant, comme nos gens de campagne (et des villes) blasphément le plus habituellement, et

de la maniére la plus caractéristique au point de vue du scandale populaire, en proférant de vilaines phrases, malproprement significatives par elles-mémes, l’usage s’est établi de voir la surtout le cas normal du blasphéme; et les prédicateurs ne tonnent en chaire que contre celui-la. A cela, rien a dire, puisqu’il faut prendre les choses comme elles arrivent uf in pluribus, pour atteindre la plus grande somme possible de bien commun en flétrissant les vices les plus connus, les plus publics.

En rigoureuse analyse, cependant, le théologien ne doit pas s’en tenir la; et, 4 notre avis, certains auteurs ne prennent pas assez soin de commenter leur définition dans le sens large qu’elle peut comporter a l’occasion.

A vos deux questions, réponse :

Ad I. Non; au contraire, le péché matériel de blasphéme est trés possible; il-se vérifie quand quelqu’un prononce, sans intention mauvaise, une formule per se significative d’une injure 4 Dieu, que cette signification lui vienne de la grammaire ou de l’usage populaire. Voila dans quel ordre d’idées les théologiens dissertent sur la portée blasphématoire des différentes formules, disant : Celle-ci peut passer, celle-la est condamnable.

N’oubliez pas que le péché matériel est le désordre objectif, la chose externe en soi défendue, moralement en désaccord avec la loi, sans aucune considération subjective tirée des intentions de celui qui en est auteur. N’oubliez pas non plus

que la signification objective dun signe sensible

peut dépendre de causes objectives différentes, surtout de la valeur logique du mot en soi, d’abord, et dela valeur commune que l’usage populaire lui attribue. D’ou il suit que telle formule, grammaticalement blasphématoire, peut ne pas Vétre cependant, ni méme constituer un péché matériel pour celui qui l’emploie, 14 ot l'accord commun des hommes lui donne un sens conyenable ou indifférent, et cela pour cette bonne raison qu’aucune loi ne peut défendre objectivement un signe dont l’emploi n’est, en aucune facon, susceptible de troubler la marche de l'homme vers sa fin derniére.

Ad II. Toujours? Cela dépend, suivant les observations qui viennent d’étre développées. Pour votre G. v. d. m., je n’ai rien 4 dire, ignorant sa signification 1° grammaticale, 2° populaire. Pour notre S. n. d. D, je réponds non, d’aprés la grammaire, 4 moins que !’on ne prenne le mot sacré dans le sens de exécré, ce qui n’est point une explication certaine ; oui, au contraire, étant donnée la signification populaire de ces quatre mots, que tout le monde tient pour une insulte 4 Dieu. Méme comme interjection, la prolation de ces quatre mots est usuellement mauvaise, et péché matériel, parce que en soi et objectivement injuriosa Deo.

Q. — Sur vingt-trois premiers communiants en mai 1898, neuf 4 ’Assomption suivante se présentent pour faire leurs déyotions et sont admis paternellement : huit filles et un garcon. Recommandation leur est faite au saint tribunal, et aprés la messe, de venir 4 la messe le dimanche et de prier leurs parents de leur donner toute facilité. Résultat : le dimanche suivant, pas une des filles présentes. Le garcon seul présent, parce quiil est enfant de choeur.

A la Toussaint, le curé, peu encouragé,, ne parle pas de la communion : personne ne se présente.

A Noél, six filles renouvelantes et trois plus agées; sept garcons renouvelants et deux autres. Nouvelles recommandations au sujet de la messe du dimanche. Résultat : le dimanche aprés Noél, pas une seule de ces neuf filles qui ont communié & Noél; et dimanche dernier, deux seulement, six des neuf garcons.

Hyidemment, il y a la application a faire de ce que dit le Vieux Moraliste du péché matériel.

Il est clair que ces enfants qui manquent la messe le dimanche méme qui suit leur communion, sans compter les autres dimanches, ne croient pas que ce manquement soit en matiére grave, malgré les recommandations pressantes du curé, bien que mille fois ils aient répété la réponse du catéchisme: « C’est un péché grave de manquer a la messe par sa faute... » De fait, c’est plutot la faute des parents, qui eux-mémes ne croient pas que ce soit si grave qu’on le dit.

Ces enfants ne croient done pas 4 la gravité de VYomission de la messe : 4 mesure qu’ils grandiront, ils y croiront encore moins.

Quand est-ce que l’omission de la messe pourra, de leur part, étre péché mortel? Quoi qu’on dise, quoi

qu’on fasse, ca ne fait absolument rien aux parents.

R, — Lamentable misére, évidemment, que celle-la, et malheureusement trés commune !

Ou et quand arrivera la faute grave, demandezvous? Mais, au moment ou ces personnes auront 4° une connaissance et persuasion pratique de la gravité de leur maniére d’agir et 20 une absence

suffisante des motifs excusants qui peuvent encore

relativement les innocenter a tanto, sinon a toto, en conscience, devant Dieu.

Pour le 1°, la connaissance existe de bonne heure, et ce n’est point pour longtemps 4 cause de

leur ignorance que ces gens-la sont excusables..

C’est la «persuasion » de gravitate obligationis qui leur manque, et cela a cause de différentes circonstances d’éducation et de milieu qu’a trés bien mises en relief notre « Vieux Moraliste. » Le curé, incarnation vivante de la foi, n’a plus lautorité morale gui s’attachait jadis 4 sa personne. Il a beau parler, affirmer, menacer, etc., on ne le croit guére, on trouve quil exagére et que cela est dans son réle; puis, comme les autres ne vont point 4 la messe, on subit l’influence de l’exemple ; on se convaine qu’une pratique, qui est celle de tout le monde ou 4 peu prés, celle en tout cas de bien des honnétes gens, ne doit pas étre si damnable que cela.

Que faire et que dire? D’abord, prier beaucoup pour ces pauvres aveuglés afin que leur foi, déja si diminuée, ne finisse pas par périr tout 4 fait; ensuite, s’appliquer 4 relever dans leur esprit les motifs de crédibilité susceptibles de leur faire plus dimpression que la simple parole dun homme ; parler donc a leur intelligence; montrer que la personne du prétre n’est pour rien dans l'affaire,

les mettre en présence de Dieu et de leur fin derniére le plus possible sans intermédiaire, au moins sans intermédiaire trop humainement discutable pour eux.

Il y a la toute une méthode nouvelle a inaugurer dans la prédication pour certaines paroisses. On a affaire presque & des paiens, au moins pratiquement parlant, 4 des esprits qui ne sont guere loin de la pensée paienne dans leurs jugements, malgré leur baptéme et leurs pratiques rares du culte. Il faut les traiter comme on traiterait des Ames qu’il s’agit d’amener 4 la foi, et viser a engendrer chez eux des persuasions qui tiennent, qui s’appuient surtout sur des motifs profonds, a l’abri de ces petites objections humaines qui sont pour eux, vu leur disposition actuelle, d’énormes montagnes.

La sainteté du prétre serait bien aussi un moyen efficace de ramener dans le peuple un peu plus de foi A sa parole... Que voulez-vous! Nous avons a refaire ce qu’ont fait les premiers apdotres et prédicateurs de la foi chrétienne dans le monde infidéle; imitons-les dans leur souci de la doctrine, et surtout dans leur sainteté; imitons leur patience, leur persévérance, leur courage et leur inébranlable confiance en la grace et la puissance de Dieu.

Q. — Trois ecclésiastiques discutent sur ia contrebande vulgairement appelée : fraude.

-L’un condamne la fraude et déclare qu’il ne voudrait point passer la frontiére, méme avec une boite d’allumettes, méme avec un objet de moindre valeur, non évidemment qu’il considére ces objets comme une matiére grave, mais parce quwil regarde les lois des contributions indirectes ou interdisant la contrebande — et que ses deux adversaires appellent lois pénales — comme obligatoires en conscience aussi bien que toute autre loi de n’importe quel gouvernement. — En effet, dit-il, le commandement distributif est ou sanctionnel ou économique. Economique, comme la loi des contributions sur les allumettes « il a pour objet les charges, les obligations, les formalités souvent génantes, dont il faut que chacun prenne sa part et subisse le poids en ce monde. » (Cf. M. le chanoine J. Didiot, Morale surnaturelle fondamentale, p. 436, n. 648). Mais ces charges, tout en étant choses pénibles, n’impliquent cependant aucune idée de punition. — D’ou, pour lui, la question se résout en ces quelques mots : L’Etat a-t-il le droit de créer des impdéts? Oui. — De porter des peines contre les délinquants ? Oui. — L’a-t-il fait? Oui. — L’a-t-il fait avee Vintention dobliger ? Sans doute, et la gravité des peines dont il menace les insoumis est la pour le prouver. (Ibidem, théoréme 77). Or ces lois sont-elles justes, oui ou non? Si oui, elles obligent en conscience.

Ses contradicteurs non plus ne voudraient pas étre pris en flagrant délit de fraude. Ils admettent que la fraude en grand est défendue; quant 4 la fraude des petits objets, ils n’y attachent aucune importance. D’ailleurs, la loi des contributions indirectes est une loi pénale (!) et une loi pénale n’oblige pas en conscience (!!). — Enfin, s’ils ne fraudent point et ne veulent pas mém2 frauder une boite d’allumettes, c’est par respect pour leur dignité qwils ne veulent point mettre en cause.

Le premier insiste et se demande pourquoi la fraude en grand serait défendue et la fraude en petit irrépréhensible ? Kt l’un des adversaires réplique : « L’Htat crée ces impéts pour subvenir a ses dépenses. Or il est

constaté que ’Ktat emploie mal ses ressources; par conséquent vole ses administrés d’autant. Si done je présume que je suis, moi, lésé pour telle ou telle somme, je me crois en droit de me compenser parla . fraude d’une valeur égale au préjudice qui m’est fait. » Le premier répond : « Lors méme qu’il serait aisé, ce dont je doute, de déterminer exactement le préjudice que nous causent les gaspillages du gouvernement, nous ne pouvons nous compenser de cette maniére; mais nous devons agir légalement pour faire dispaparaitre tout abus. »

Qu’en pense Ami du Clergé?

R. — L’Ami pense que la théorie morale qui exempte per se de toute culpabilité de conscience la violation des lois fiscales en question, est une théorie fort probable, communément admise chez les auteurs récents du meilleur renom, conforme a la pratique courante des fidéles et des témoins.

Ceci a été plusieurs fois développé longuement dans nos colonnes; et que pourrions-nous bien ajouter aux raisons pour et contre qu’il vous est trés facile de trouver énoncées et discutées dans un manuel de morale quelconque? Vous avez la tous les éléments voulus pour vous faire une conviction.

C’est une doctrine commune que les lois pénales n’obligent en conscience qu’a la peine, post sententiam judicis. Or, cé sont 1a des lois pénales ; donc.

En mettant les choses au point le plus favorable a lopinion sévére, on doit dire au moins solidement probable et tutam in praxi Vopinion large.

C’est assez pour qu’un confesseur ne puisse obliger a restituer a l’Etat les sommes fraudées dans les cas dont vous parlez.

Tout*cela per se, bien entendu; car il y a bien des raisons sérieuses qui per accidens peuvent créer une obligation de conscience de payer les droits exigés par la loi : le scandale, le danger de s’exposer a de fortes amendes, etc. Mais, la-dessus, voyez les auteurs, qui en dissertent longuement.

Q.— Un individu, possesseur d’un capital de 20.000f., arme un petit bateau de péche. Ce capital-bateau, sous la direction d’un capitaine, jusqu’a un certain point responsable, et par le labeur de quelques matelots, deviendra productif, et méme, sans malheur, rapportera davantage qu’un capital de 20.000 frances placé 8460/0 : c’est Vespoir de l’armateur. Mais il y a les risques et périls de la mer!... Annuellement done, il faudra trouver une somme de... pour l’assurance.

Au retour de la péche, il faut régler les comptes de chacun.

L’armateur préléve tout d’abord sur le produit de la péche les frais d’assurance de son bateau; puis, comme il est convenu de «payer a la part,» il répartit le poisson de la fagon suivante : 3 parts pour lui armateur; 1 et 1/2 pour le capitaine; 1 pour chaque homme de Péquipage et une 1/2 part pour le mousse.

Mais ce n’est pas tout: au lieu de payer annuellement a une compagnie d’assurances cette somme de... Varmateur l’encaisse lui-méme, et au bout d’un certain nombre d’années, il se crée ainsi un nouveau capital, prélevé en réalité sur le fruit du labeur des hommes de Péquipage.

Les matelots maugréent contre cette fagon d’agir;

. hk r . . * . . y .

mais, la péche étant leur unique gagne-pain, ils finis- termes si vagues, qu’on se demande ou s’arréter.

sent par passer par les conditions exorbitantes de l’armateur.

Ce singulier procédé n’étant pas un mythe, mais une réalité qui tend a se généraliser dans certains centres de péche du nord de la France, le cher Ami voudrait-il dire si cet armateur peut ainsi, sans injustice, faire payer par son équipage les frais d’assurance du bateau? Car enfin, ce bateau est sa propriété & lui; n’est-ce pas a lui-méme qu'il revient de le garantir, de ses propres deniers, contre tous risques et périls?

R. — Il nous parait bien difficile de tenir pour contraire a la justice la conduite du patron et de Vobliger 4 restituerl’argent qu’il met ainsi de cédté. Voici pourquoi.

Il convient avec ses hommes d’un salaire de tant, suivant une proportion fixe 4 prélever sur le rendement de Ja péche, et les prévient que la répartition ne sera faite que sur la somme totale diminuée des frais d’assurance, qui sont chose fixe et connue.

Cette convention n’a rien en soi d’immoral ni dinjuste. Les hommes l’acceptent librement; le contrat est régulier. Qu’importe dés lors Vusage que le patron fera dela somme prélevée pour l’assurance, a laquelle les contractants ont reconnu n’avoir aucun droit? Sil assure son bateau, il se prive de ce hénéfice supplémentaire immédiat, mais se couvre personnellement des risques futurs de naufrage; s'il n’assure pas, c’est a lui seul qu’il fait tort, acceptant par avance de subir sans compensation la perte du bateau. Ou est en tout cela la lésion des droits de l’équipage?

Si celui-ci avait intérét a l’assurance, si par exemple cette assurance devait procurer aux hommes oua leurs veuves, 4a leurs familles, des compensations pécuniaires aprés naufrage, le cas serait tout différent, et les hommes pourraient avec raison se dire lésés par le fait de l’inobservation d’une clause pécuniaire essentielle du contrat. Mais dans le cas, tel qu’il est ici posé, on ne voit qu’un mensonge de la part du patron, et non point une injustice : un mensonge, quand il dit faire d’une part personnelle de son bénéfice, réglée et consentie 4 l’avance par tout le monde, un emploi qui ne se réalise pas en fait; mais c’est tout ; car, encore une fois, les hommes n’ont, en vertu du contrat bilatéral conclu avec le patron, aucun droit sur la somme prélevée avant toute répartition des bénéfices de la péche.

Voila, croyons-nous, si nous avons bien saisi le cas proposé, la solution qu’il comporte.

Nous faisons abstraction, bien entendu, des problémes adjacents que pourrait susciter son énoncé, comme celui par exemple de savoir si un salaire aussi aléatoire est un salaire moralement correct, si le patron n’a point Vobligation d’assurer ses hommes eux-mémes, etc. Ce sont la d’autres questions ol nous ne sommes point priés d’entrer.

Q. — La Constitution apostolique des calendes de novembre 1899 accorde les indulgences du Jubilé, dés cette année-ci, a certaines catégories de personnes. En ce qui concerne les infirmes ou malades, ce sont deux

La-dessus, tous les prétres ne sont pas d’accord.

L’Ami voudrait-il nous donner son avis ?

Par exemple, une personne anémique, qui se plaint souvent, et avec raison, de beaucoup de malaises, peutelle bénéficier, dés cette année, des indulgences du Jubilé ? Si elle était en bonne santé elle n’irait sirement pas a Rome. Si oui, peut-elle gagner le Jubilé, en faisant les ceuvres prescrites, mais se réserver de bénéficier des avantages de la confession jubilaire seulement Vannée prochaine ?

R. — Donnons tout d’abord le texte de la loi:

VII. Eamdem concessionem communem esse pariter volumus utriusque sexus infirmis cujusvis ordinis et conditionis, vel qui jam extra Urbem in morbum aliquem inciderint, cujus causa, intra Jubilei annum, Urbem adire, medici judicio, non possint, vel qui, licet convaluerint, non sine tamen gravi incommodo romanum iter aggredi possint, vel qui omnino dare se in iter imbecilla ex habitu valetudine prohibeantur. Horum denique numero senes haberi volumus, qui septuagesimum etatis sue annum excesserint.

Le Souverain Pontife suppose deux cas :

1o Ceux qui, pendant cette année du jubilé, seront malades au point de ne pouvoir, au témoignage du médecin, sans de graves inconvénients, se rendre a Rome;

20 Ceux qui sont habituellement d’une santé faible et sont, 4 cause de cela, incapables de faire le voyage de Rome.

Ici, vient une difficulté qu’il n’est pas sans intérét d’aborder et de résoudre. Que faut-il entendre par faire le voyage de Rome? On peut se rendre a Rome par de nombreux moyens de locomotion : le chemin de fer, les automobiles, les voitures 4 traction animale, le cheval de selle, etc., et enfin la voiture de saint Francois et, avant lui, de notre péere Adam, c’est-a-dire pédestrement, au besoin en couchant dans les maisons charitables et en demandant son pain.

Nous pensons que pour ceux qui peuvent faire les frais d’un voyage en chemin de fer, on se montrera sévére dans l’appréciation de la difficulté. De fait, aujourd’hui, avec la rapidité des communications, les voyages en chemin de fer ne sont pas réellement bien fatigants et sont supportés souvent par les santés les plus délicates.

D’autre part cependant, il faut tenir compte des fiévres qui atteignent assez facilement a Rome les étrangers, qui ne sont pas habitués au climat, surtout quand il y a des prédispositions provenant d’une faiblesse de santé antécédente.

Pour ceux qui ne peuvent, a cause de leur pauvreté, aller 4 Rome par les transports publics, ils ne sont pas pour cela dispensés d’y aller cette année, parce qu’il leur reste la méthode du voyage a pied, celle qu’adoptaient autrefois la plupart des pélerins. Pour ceux-la, il nous semble qu’on devra se montrer plus facile dans l’appréciation des motifs d’infirmité. Telle personne qui supporterait sans difficulté le voyage en chemin de fer, sera incapable parfois de faire dix kilométres de suite. Dans ce cas le voyage est pour elle

impossible.

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Q.— A la page 1179, ne 52, 1899, Ami donne les décisions des Sacrées Congrégations a propos de la maniére de porter le scapulaire.

Le 12 février 1840, la Sacrée Congrégation des Indulgences répondit 4 ’évéque de Clermont : « Necesse est ut una pars ab humeris, altera a pectore dependeat. »

Et entre autres choses, l Ami dit : « On ne gagne pas les indulgences si on cache le scapulaire dans une poche de ses vétements. »

Faut-il dene conclure :

1e Qw’il est nécessaire pour gagner les indulgences de porter le scapulaire sur la peau?

20 Qwil est défendu, sous peine de perdre les indulgences, de mettre le scapulaire dans une petite poche de cuir ou d’étoffe quelconque pour le sauvegarder contre la sueur, le laissant. cependant « pendere una parte ab humeris, altera a pectore »?

QuelAmi ait la bonté de répondre aux questions posées le plus tot possible. Dans ce pays-ci, on a coutume de porter le scapulaire de la dite maniére; ef sil y a défense de le porter ainsi, beaucoup de monde est privé des indulgences.

R. — Ad I. Le 12 mars 1855, la Sacrée Congrégation des Indulgences a déclaré qu’on avait toute liberté pour porter le scapulaire immédiatement sur le corps ou sur les vétements :

« An parvi habitus seu scapularia sint necessario immediate super corpus deferendi, ita ut illud physice tangant, vel an super vestes retineri possint? — Rusp. Negative ad primam pariem; af- Jirmative ad secundam'.»

Ad II. Cela dépend de la maniére dont le sachet est organisé. Le 18 juin 1898, la Sacrée Congrégation des Indulgences a déclaré qu’on ne pouvait, sans compromettre la validité, employer des scapulaires « quee quamvis ex lana confecta, cooperiuntur tamen ex una parte tela serica vel gossypio, ex altera vero imagine que totum vel fere totum cooperit scapulare, ita ut pannus penitus aut quasi penitus non appareat 2. »

On s’est demandé si cette décision visait les sachets dont vous parlez. M. Planchard expose une opinion gui est fort plausible :

Ou Venveloppe dont il s’agit est cousue au scapulaire, de maniére a ne faire qu’un avec lui, ou elle en est facilement distincte, comme le serait par exemple un petit sachet contenant le scapulaire. Dans le premier cas, on ne peut se servir du scapulaire en question, quia non apparent pannus et color preescriptus ; dans le second cas, rien n’empéche qu’on gagne les indulgences, quia tnvolucrum illud extrinsece tantum scapulare jam constitutum obtegit *.

La Nouvelle Revue théologique se montre plus sévére :

Plusieurs décisions de la Sacrée Congrégation des Indulgences insinuaient que l’étoffe des scapulaires devait étre visible. La présente réponse l’affirme nettement. On nous a demandé derniérement s’il est permis denvelopper les scapulaires d’une étoffe qui les protége. Aprés avoir lu cette réponse ad J, nous n’hésitons pas 4 répondre négativement. Car ainsi enveloppé pannus penitus non apparet, et d’autre part, si on ne peut validement imposer un scapulaire dont l’étoffe est cachée

4 Decreta auth., n. 367.

2 Ami, 1898, p. 904A.

’ Revue théolog. francaise, 1898, p. 57.

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entiérement ou presque entiérement, on ne peut pas non plus gagner les indulgences en le portant dans ces conditions '.

Voila pour et contre des hommes d’égale autorité. Nous n’avons pas 4 trancher la question théorique, qui évidemment sera portée devant la Sacrée Congrégation des Indulgences, pour une décision nouvelle.

Toutefois, nous devons rappeler ce principe que, en fait d’indulgences, la bonne foi ne sert a

rien et qu’il vaut mieux suivre le parti le plus str,

Q. — Je vous trouve bien sévére dans votre dernier numéro du 1 février, au sujet de la permission de manger de la viande le vendredi pendant les grands travaux et surtout quand on bat le blé a4 la machine. Vous ne l’étiez pas autant dans le n° du 12 octobre 1899, ni méme dans celui du 7 décembre.

Je n’ai pas hésité a2 accorder cette permission lorsqu’elle m’a été demandée, et je ne crois pas avoir mal fait. Ce travail est plus fatiguant qu’on ne se l’imagine,

.et puis, il est fait toujours a peu prés par les mémes

personnes, gens de journée qui suivent la machine de maison en maison. Et enfin, quelles difficultés, quels ennuis pour la ménagére qui n’a souvent que des pommes de terre ou des haricots, et qui voudrait cependant contenter son monde, lequel est trés difficile en général !

Toutes ces raisons et bien d’autres encore me font trouver qu'il y a cause jaste pour dispenser de la loi. Selon moi, dans ce cas, lex non obligat cum tanto incommodo.

R. — Sil s’agit d’ouvriers qui suivent la machine de maison en maison, ils rentrent dansla catégorie

de ceux qui sont livrés habituellement & des tra-

-vaux pénibles, et un curé peut, sinonles considérer

comme dispensés par le fait méme du travail, du moins user en leur faveur du droit de dispense que lui reconnait l’Eglise.

Quant au désir qu’a la maitresse de maison de contenter son monde, lequel est trés difficile en général, ce n’est pas une cause théologique permettant au curé d’user de son pouvoir de dispenser.

Toutefois, la maitresse de la maison peut y voir elle-méme une cause suffisante lui permettant de servir du gras a des gens qui sont disposés 4 ne tenir aucun compte de la loi ecclésiastique. Si elle sert en méme temps du maigre en quantité suffisante pour ceux qui ne voudraient pas faire gras, on ne peut critiquer sa conduite. S’il y a faute, elle retombe uniquement sur ceux qui font gras sans en avoir le droit.

Mais ici nous envisagions la question sous un autre point de vue: ce qui nous a conduit A une solution différente. C’est pour ne pas avoir tenu compte de ces divers points de vue, que vous avez trouvé une contradiction entre nos différentes réponses sur ce point.

' Nouvelle Revue, 1898, p. 518.

Le gérant : J. MArrrizr.

LANGRES. —- IMPRIMBRIE MAITRIER ET COURTOT.

Qe ANNEE (8e sinmn)

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECC CLESIASTIQUES

DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIOUE. — PASTORALE, PREDICATION, CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE

DIRECTEUR ET REDACTEUR EN CHEF: F. PERRIOT ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES

Parait 4 Langres, tous les jeudis

Dabonnement, pour tout T Univers, est de 15 fr. avec le Supplément : L’Amr pu CLERGH PAROISSIAL, de 10 francs sans le Supplément

Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de P Ami du Clergé, z Maison Saint-Pierre, rue Tassel, a Langres (Haute-Marne)

NOTES ET SOUVENIRS

DUN VIEUX MORALISTE

rs XXXt.

COMMENT S’EN TIRENT LES SIMPLES. — POURQUOI LE PRETRE DOIT EN SAVOIR PLUS LONG. -— DEFI- NITIONS PRELIMINAIRES : CERTITUDE, DOUTE, OPINION, PROBABILITE. — POSITION DU PRO- BLEME.

Ils sont presque infinis en nombre, infiniment variables a tous les instants de la vie, les éléments concrets, physiques, physiologiques, psychologiques et moraux, qui concourent, tantdt de prés, tantét de loin, a la constitution de cette trame compliquée qu’est la série ininterrompue des actions pratiques de la vie humaine. Nous avons essayé d’en étudier 4 part, avec plus de soin, quelques-uns seulement, les plus utiles 4 connaitre; et encore n’en avons-nous fait qu’une étude générique d’ensemble, 4 gros traits, qui est

loin de donner la physionomie vraie de la vie

réelle dans tous ses détails.

A cette complexité des éléments « subjectifs » de la morale humaine, vient s’ajouter encore la complexité non moins délicate, ni moins fertile en détails infinis, du « code objectif » de la moralité; et par code objectif de la moralité nous entendons, non seulement l’ensemble des lois, de toutes les lois, naturelles, divines, positives (civiles et ecclésiastiques), y compris tous les préceptes ou commandements émanant d’autorités individuelles Wordre inférieur, nous entendons non seulement tout cela, mais aussi, 4 cdté des lois, la « jurisprudence », c’est-a-dire les extensions, déductions, interprétations authentiques ou doctorales des lois, qui multiplient parfois beaucoup, en les précisant, les applications que n’indique pas suffisamment la lettre morte du texte législatif.

Or, néanmoins, la vie humaine est courte, l’intelligence de Vhomme trés limitée dans seg évolu-

tions, Pacquisition de la science fort difficile, pra-.

tiquement impossible pour le plus grand nombre, a cause de la nécessité ot se trouve l’immense Majorité dés hommes, de chercher sa subsistance temporelle nécessaire dans un labeur quotidien tout autre que le labeur spéculatif de esprit.

Et pourtant il faut vivre moralement, et vivre

moralement bien. Comment faire, si l’appréciation morale de nos actions doit d’un cété étre si variée, si rapide, et, d’autre part, nécessiter une si difficile et si longue préparation ? C’est tous les jours, a tous les moments de la journée, que ’homme voit se dresser devant Iui le sempiternel point d’interrogation : « Ce que je vais faire ou omettre la est-il bien ou mal? »

En certains cas, la réponse saute aux yeux,

quand le précepte est clair, gros et grave, et communément recu pour tel dans l’opinion publique, quand il s’agit par exemple des lois naturelles élémentaires, des préceptes du Décalogue et des

plus saillantes prescriptions du droit ecclésias-

tique formulées dans cet extrait sommaire que le peuple connait sous le nom de commandements de l’Figlise.

Mais, en pratique, ces cas-la sont relativement rares. C’est & une foule de lois surnaturelles et naturelles de second et de troisiéme ordre, qu’on a affaire dans la vie courante; et comme, a mesure qu’on s’éloigne des grosses artéres qui avoisinent les sources mémes de la moralité, les lois deviennent moins urgentes, se multiplient davantage et sont livrées aux interprétations plus libres et contradictoires des docteurs, il en résulte que, sur le terre a terre de ce qu’on peut appeler les petits détails de la conduite, Pesprit s’embrouille plus vite dans le doute ou la perplexité.

Que faire alors? Passer outre? La morale le défend absolument. On n’est en stireté de conscience qu’a la condition formelle d’étre certain qu’on ne va pas pécher dans l’action ou lattitude qui sollicite le consentement de la volonté. Et ot

e ? 5 : APTS ore

trouver alors cette certitude dont on a partout besoin et qui n’est presque nulle part?

Les sages disent : « Consultez, cherchez autour de vous la lumiére qui vous manque. » — Consulter qui, je vous prie? A-t-on sous la main, au moment oti laction s’impose, le livre ou Phomme du bon conseil? Sans compter que, méme pour ceux qui auraient le loisir de consulter, c’est déja un probléme que de savoir 4 l’avance en quel endroit stir ils peuvent et doivent placer leur con-

fiance ! : : ; « Formez-vous au moins la conscience, » dit-on

encore. « Ne vous exposez pas au péril de pécher. » — Trés bien! — C’est tout 4 fait cela. Il faut se former la conscience instantanément. Mais comment? Voila le point difficile. Les eléments autorisés d’information externe manquent; il faut donc finalement trouver en soi-méme la solution pratique du probléme; non pas juger de Jicito avec son caprice, avec le seul libre arbitre de la volonté, mais au moins d’aprés les éléments que la conscience droite peut fournir hic et nunc: Vesprit. Il n’y a pas a sortir de la. La vie humaine est ainsi faite, et l’on.doit bien, ce semble, en apprécier avec quelque révérence les conditions, si enfin elle est voulue ainsi par Dieu, si elle est Voeuvre sage de la Providence.

Voyons donc comment notre homme embarrassé va se tirer d’affaire tout seul et découvrir chez lui, dans son fonds acquis intelligence et d’éducation morale, les moyens pratiques de se former la conscience.

Je le suppose d’A4me droite, cherchant loyalement Ja bonne route. Il ne sait pas ce que c’est que des «principes réflexes » ; mais, sans le savoir, et le plus instinctivement du monde, il va pourtant appeler & son secours des principes réflexes, car il n’en manque pas; on en a toujours a sa disposition; d’ailleurs, impossible de faire autrement que d’y recourir.

Ces principes, que nous appelons réfiexes, nous autres, sont légion. Hin voici quelques-uns au hasard : 10 en telle circonstance analogue ou a peu pres, j'ai agi honnétement, donc je puis recommencer; 2° je ne vois pas en quoi j’offenserais Dieu ici, donc je puis marcher ; 3° telle personne honnéte et sage agit ainsi, donc..., et, ce qui est plus persuasif encore : 40 beaucoup de personnes honnétes et sages de ma connaissance agissent ainsi, donc je puis en faire autant; 50 a bien faire, ne rien craindre ; or, si je savais que ce fit mal, je ne le ferais pas ; je Vignore et j’ai envie de bien faire, donc, en avant; 6° la fin justifie les moyens; la fin est bonne ici, je passe outre, quoique le moyen ne soit pas trés bon en lui-méme; 7 le curé a dit 4 un tel qu’on pouvait faire cela, je le fais ; 8° de deux maux il faut choisir le moindre; cest ce que je fais, donc...; 9° que voulez-vous, quand on est forcé?... Je suis forcé, donc, je passe outre ; 10° si c’est mal, le bon Dieu ne s’en fachera pas; il sait mes bonnes intentions et mon embarras, donce..., etc., etc.

Et ainsi de suite. Plusieurs de ces principes sont faux, cest vrai; mais qu’importe pratiquement, si de bonne foi on les croit justes! La conscience erronée méne au paradis aussi bien que la conscience vraie. Et voila comment, sans se mettre dans un embarras que Dieu certainement ne lui impose pas, la conscience de nos « simples », de nos bonnes gens, se tire d’affaire et évite le péche, au moins le péché grave.

Je dis « au moins le péché grave »; parce que tout de méme il peut arriver fréquemment, chez ces gens-la, que le dwbiwm soit résolu un peu trop nécligemment, sans réflexion suffisante, sans certitude bien absolue de la valeur.du principe mis en cause. Cependant, malgré la faute vénielle qu’ils peuvent ainsi commettre, je suis de ceux qui se refusent a voir dans leurs décisions habituelles un péché mortel, pour cette double raison : 10 que la précipitation qui les entraine par force majeure et leur impose une résolution immeédiate de leur doute, ne leur laisse pas la latitude normale d’examen et de liberté, ni la claire advertance intellectuelle qu’exige la consommation de Vaction malicieusement grave qu’est toujours un péché mortel ; 2° parce que leur intention prédominante est droite, et que, mis en présence de la faute mortelle, certainement ils ne la commettraient pas. Je pourrais ajouter que, en tout cas, le plus souvent du moins, la faute n’est ici imputable que comme elle est commise, 17 confuso, et par conséquent avec toutes les atténuations et excuses que comporte la théorie morale des culpabilités vagues du péché ix confuso.

Notez bien, s’il vous plait, que je ne tombe pas dans la sottise des directions d’intention. Je ne fais pas de la simple intention subjective la régle de la morale. Ce n’est pas cela du tout. Je dis que, avec lV’intention habituelle prédominante de ne point faire mal, de ne point désobéir a la loi morale objective, la résolution forcément hative et rudimentaire du dubium, méme insuffisamment prudente, perd le caractére moralement mauyais. qu’elle aurait dans une conscience disposée autrement, tout aussi préte a bien gu’a mal faire, suivant les entrainements de la passion ou des intéréts du moment. Et, aprés attentive expérience des choses de la vie et du confessionnal sur cé point-la, j'ai la conviction profonde qu’il se commet peu de fautes graves dans ces résolutions de doutes pratiques a jet continu qui sont la monnaie courante de la vie quotidienne de Vhomme, a tout instant tiraillé par les mille urgentes nécessités de action pratique. .

Kst-ce une raison, néanmoins, de conclure que, puisque les choses vont ainsi pas trop mal, nous n’avons pas besoin, nous prétres, de tant nous préoccuper, dans nos études, de la solution théoriquement vraie & donner aux controverses que suscite le perpétuel probléme de licito ou non lictto dans les choses de la morale? A quoi bon tant de science, si nos gens nous consultent si peu, et si ceux qui ne nous consultent pas s’arran-

gent de maniére a se tirer deleurs dubia en dehors de tous nos principes, souvent méme a l’encontre de nos principes ? .

A cette objection, quelque peu grossiére, la réponse est simple. D’abord c’est un malheur absolument déplorable, que le péché matériel érigé a la hauteur dun principe habituel de conduite dans une société chrétienne. Or, il s’en commet énormément sur le terrain que je disais tout a Pheure. L’ignorance du peuple est grande en matiere de morale; et si ceux qui se trompent de bonne foi dans leurs résolutions personnelles de cas de conscience, échappent devant Dieu a l’imputabilité vindicative de leurs faussetés de jugements, il n’en reste pas moins vrai que c’est 1A un mal social dont nous avons charge, qu’il nous faut atteindre et guérir par ’enseignement sous toutes ses formes. Et comment apprendrons-nous au peuple ignorant les vraies solutions, si nous ne les connaissons pas a Vavance? Qu’on vyeuille bien la-dessus se rappeler tout ce qui a été déja dit précédemment a propos du péché matériel et du devoir absolu que nous avons, en principe, de lui faire impitoyablement la chasse.

De plus, il reste une bonne partie du troupeau qui nous consulté et nous écoute, en chaire, au confessionnal, en conversations privées. A celle-la il faut pouvoir donner la vérité qu’elle nous demande, résoudre les doutes moraux qu'elle soumet a notre jugement; il faut méme prendre les devants et, avant toute consultation, prévoir les cas de conscience possibles et fréquents pour en donner la solution autorisée, afin de mettre dans les esprits la lumiére qui dissipera a Vheure voulue les ténébres de l’équivoque. L’instruction ainsi donnée aura un double effet : elle servira immédiatement 4 ceux qui la recevront du prétre, et de plus, elle aura médiatement pour résultat de se transmettre, par voie de communication et d’exemple, par une sorte de contre-coup public, a la partie du troupeau qui ne vient pas nous demander le secours de nos lumieres. I suffit souvent d’avoir dans une paroisse un bon groupe de chrétiens intelligents, résolus, bien formés, pour modifier, dans le sens vrai, ’opinion publique générale en fait de questions religieuses, sur des points de morale qui intéressent tout le monde. Maleré tout, méme quand on ne va pas entendre le curé, on s’inquiéte de ce qu'il dit, et, sans s’en douter, l’on n’est pas sans retenir quelque chose de son enseignement.

La méme ov la parole du prétre n’est presque plus entendue ni écoutée de personne, la lampe du presbytére doit veiller, ne jamais s’éteindre. Une consultation inattendue peut arriver, un revirement d’opinion, une difficulté ou le curé sera appelé A donner son avis : il faut qu’il soit prét a parler ; comment le fera-t-il s’il ne s’y est convenablement préparé ?

Enfin, cher confrére, en admettant mcéme ce per accidens, qui vous frappe tant, de Vinutilité pratique de votre science casuistique, pour la pa-

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