‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 103 sur 276 · II. Devoirs spéciaun · texte numérisé non relu

II. Devoirs spéciaun

1o Le premier devoir du prétre éducateur c’est Vinstruire les enfants qu’on lui confie : Filii tidi sunt? Erudt ilios. (Kiccli., vir, 25). I leur doit :

a) L’instruction naturelle : par conséquent il faut quil soit instruit lui-méme et que l’auréole de sa science lui donne sur eux une influence a laquelle des enfants ne résistent pas ;

Ut sint et ipsi sanctificati in —

b) Mais surtout l’instruction religieuse et surnaturelle, c’est-a-dire qu’il leur fasse connaitre Dieu et les choses divines, leur destinée surnaturelle et les moyens d’y parvenir, en un mot, toutes les vérités de la foi et de la morale chrétiennes. Car cest la la science par excellence, la plus nécessaire, puisqu’elle conduit au ciel, et la plus féconde, puisqu’elle aide & comprendre aussi toutes les choses inférieures ; ,

c) Cette instruction, il doit la donner par la parole, mais par une parole qui soit toujours saine, toujours vraie, toujours irréprochable, verbum sanum, irreprehensibile (Tit., 11, 1), et qui soit toujours aussi accompagnée de l’autorité qui s’impose non point par orgueil, mais par le sentiment du devoir que l’on remplit : Argue cum imperto.

20 Le second devoir du prétre, et il est encore plus important que le précédent, c’est de former la jeunesse :

a) Ala discipline : Ht vos, patres, educate illos in disciplina et in correptione Domini (Ephes., vi, 4), cest-a-dire 4 ordre, au respect, a lobéissance, non pas par la contrainte, mais par la persuasion, autant que possible, et quand il le faut, parla force; les enfants indisciplinés sont un fléau pour une maison ; if

b) A la vie chrétienne : Filioli mei, quos iterum parturio, donec Christus formetur in vobis. (Galat., tv, 19). Une maison d’éducation est, en effet, une espéce de paroisse, dont toutes les Ames doivent étre conduites a la sainteté par les prétres qui y président. I] ne s’agit de rien moins que de former en elles Jésus-Christ, c’est-a-dire de leur inspirer les pensées, ‘les sentiments de Jésus- Christ. I] faut done aussi les former

c) Aux habitudes vertueuses : Pili tibi sunt ? Curva illos a pueritia eorum (Eccli., vit, 25), cest-a-dire les habituer a se vaincre, 4 combattre leurs défauts, leurs mauvais penchants, peut-étre méme déja leurs mauvaises habitudes. C’est la surtout qu’il faut de Padresse, de la douceur et de la force, car le jeune homme gui n’a pas été courbé ne s’écarte guére de sa voie, méme lorsqu'il est devenu vieux. (Prov., xxI1, 6).

380 Un troisitme devoir pour le prétre est de nourrir la jeunesse qui lui est confi¢e : Accipe puerum istum, et nutri mihi (Exod., u, 9), Cest-a-dire de procurer a son ame J’alimentation dont elle a besoin. Or cette alimentation de lame, ce n’est pas seulement la vérité pour l’intelligence, par conséquent toutes les connaisgances naturelles et surnaturelles, mais c’est surtout ce qui entretient la vie surnaturelle, et tout spécialement le pain eucharistique, quwil faut donner abondamment, quoique prudemment, mais aussi persévéramment, car il ne produit pas ges effets d’une maniére brusque et soudaine, mais 4 la longue, comme l’alimentation du corps.

A ce propos, auteur renvoie 4 un autre de ses ouvrages : Le régime sauveur, ou la communion dans les maisons d’éducation. C’est une collec-

LASS DOCIEREI

ce MRS:

tion de témoignages, venus de toutes parts, et

montrant clair comme le jour, que la communion

fréquente est le meilleur moyen de préserver ou de. guérir la jeunesse de toutes les plaies dont ses passions la menacent et gui font le malheur deg parents et des maitres.

40 Un autre devoir qui s’ajoute aux précédents et qui les compléte, c’est d’aider la jeunesse a vouloir. Ce qui est une tache difficile, mais trés importante, car, comme l’a dit saint Augustin : Homines sunt voluntates. L’homme qui n’a pas de volonté pour remplir ses devoirs, n’est un homme qu’a moitié. « Celui qui veut une chose, en vient & bout, disait de Maistre, mais la chose la plus difficile dans ce monde, c’est de vouloir. » Il faut donc apprendre de bonne heure a Venfant a vouloir, et l’y aider par ses exhortations, par ses avis, par ses encouragements, par ses reproches, en un mot par toutes les industries de son zele.. Le prétre peut, pour cela, compter sur le secours de Dieu qui la revétu de son autorité. Ne timeas, quia ego tecum sum. (Is., xt, 10).

5° Le résultat de tous ces efforts, et cest 1a le dernier devoir que developpe Vauteur, ce sera de preparer des hommes pour lavyenir. Car les hommes sont plus précieux que lor : Pretiosior erit vir auro (Is., xiit, 41), et malheureusement les hommes sont rares, encore plus que l’or: Fé vidit Dominus... quia non est vir. (Is., LIx, 16).

Faut-il prendre cette assertion au point de vue matériel on au point de vue moral ?

Hélas! chez nous, c’est dans les deux sens.

Au point de vue matériel, auteur cite, en note, un mot, cruellement vrai d’un officier prussien en 1870: « Comment pourrions-nous étre vaincus, n’ayant contre nous que des armées de fils uniques?»

Au point de vue moral, l'éducation familiale est, en général, si amollissante de nos jours, les moeurs publiques sont tellement tournées vers la jouissance, qu'il est trés rare de rencontrer des hommes d’énergie et de devoir, des hommes de cour et de foi, tout entiers a leurs devoirs et insensibles aux appats de l’or et du plaisir. Or, ce sont de ces hommes qu’il nous faut pour relever notre pays, et ces hommes, c’est le prétre éducateur qui doit les préparer.

IlIe Part : Des vertus du prétre éducateur. Les caractéres de son autorité.

Aprés avoir ainsi retracé, dans un tableau superbe, les devoirs généraux et spéciaux du prétre éducateur, le R. P. Lambert étudie les vertus qu’il lui faut pour s’en bien acquitter et les caracteres que doit revétir son autorité. Ici nous allons analyser plus rapidement, laissant 4 nos lecteurs le goin et le plaisir de chercher les développements dans l’ouvrage lui-méme.

L’autorité du prétre éducateur doit étre :

40 Surnatureiie : étant Venvoyé de Dieu, il doit agir comme tel : Ego de supernis sum. On doit

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reconnaitre dans tout ce quil fait qu'il est Vhomme de Dieu, parlant et agissant en son nom.

20 Consciencieuse, embrassant dans sa sollicitude et dans son dévouement tout ’étre de Venfant, du jeune homme: son corps, son intelligence, gon cceur, sa volonté, son Ame tout entiére.

30 Intelligente, et pour cela, s’attachant a étudier a) le caractére, les gotits, les tendances de Venfant, afin de le diriger et de le former; 0) les indices de sa vocation, afin de le faire marcher dans la voie ott Dieu le veut; faute de ce soin, beaucoup de vocations se perdent.

40 Vigilante et prudente, afin d’empécher le mauvais esprit de se glisser dans une maison, car, comme le dit Mgr Dupanloup, « le mauvais esprit, c’est la perversion du cceur, et par le cceur, la perversion de l’esprit et du caractére. »

50 Jusie et equitable, par conséquent ne se laissant pas dominer @) par V’humeur, 0) ni par les affections ou les antipathies, c) ni par des jugements précipités ou trop humains.

6° Douce et patiente : In multa patientia, dit VApétre. (II Corinth., vi, 4). Ul faut, en effet, beaucoup de patience avec les enfants, a cause de leurs défauts et de leur légéreté, mais aussi, comme le disait Fénelon, c’est le seul Age ou l’homme peut encore tout sur lui-méme pour se corriger.

7o Paternelle, par conséquent la bonté doit Vemporter sur la rigueur. Patres, nolite ad iracundiam provocare filios vestros. (Ephes., vi, 4).

8° Et cependant ferme et énergique, pour corriger quand il le faut: In disciplina et correptione Domini, car si on néglige la correction, on prépare le malheur de l'enfant et de ses parents : Puer qui dimittitur voluntati suc confundit matrem suam. (Prov., xx1x, 15). Il faut done réunir et tempérer l’une par l’autre ces deux qualites opposées, la force et la douceur dans Vautorite, éviter l’indulgence excessive qui laisserait se développer tous les mauvais penchants, et la trop grande sévérité qui aigrirait, mécontenterait ou découragerait enfant et lui sora hair ceux qwil ne doit qu’aimer.

90 Humble et condescendante, sans raideur, sans hauteur, sans cette réserve froide et dure que l’on a justement appelée « lair pédagogue » et qui sied si peu aux ecclésiastiques. Esto in illis (discipulis) quasi unus ex illis. (Eccli., xxxtt, 4).

10° Edifiante et exemplaire : Ut is qui ex adverso est, vereatur, nihil habens malum dicere de nobis. (Tit., 11, 8).

Le prétre doit étre irréprochable :

a) Dans son enseignement, in doctrina;

b) Dans ses moeurs, in integritate ;

c) Dans sa conduite grave et digne, in gravitate.

C’est parla surtout qu’il formera ses éléves ala vertu. Hxempla trahunt.

11° Enfin zélée et apostoligue. Comme l’Apitre, le prétre doit se donner et se dépenser tout entier pour les ames. Eyo autem libentissime impendam, et superimpendar ipse pro animabus vestris. (II Cor., xtt, 15),

Son zéle doit étre a) surnaturel dans ses motifs

et dans sa fin; 0) sage et éclairé; ¢) humble et —

impersonnel : ce n’est pas lui, c’est Notre-Seigneur qu’il doit faire régner dans les ames. Donec formetur Christus in vobis. (Galat., rv, 19).

TVe Partis: Les épreuves et les gloires du prétre éducateur.

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