VI. — Le Clergé francais de M. Doreau se donne
~ comme un «commentaire» des Encycliques de Léon XIII. ~ Mais c’est un «commentaire» auquel stirement Léon XIII a 7a
n’apportera pas son visa. L’auteur ne le lui demandera pas, non plus qu’aux évéques, pour qui il ne professe ag un respect exagéré. D’ailleurs, le « droit » d’étudier les Encycliques appartient « particuliérement aux prétres, qui sont, beaucoup plus que les évéques, direc-
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teurs des consciences. » Il appartient aussi aux journalistes ; et c’est 8 MM. Rochefort, Delahaye, etc., que l’on demande les éléments d’une préface : «Il y a un rapport tout naturel-entre le journalisme et le clergé, parce que la presse est un sacerdoce, parce que les écrivains, particuliérement les journalistes, dirigent opinion publique; or Vopinion, c’est en réalité la conscience. »
« Dans la presse, il y a les prétres du bon Dieu et
ceux du Diable...Or, au point de vue politique, souvent —
M. Rochefort est d’accord avec le Pape, et par consé- Aas est, sous ce rapport, un prétre du bon Dieu. » (p. 1). ;
« Si Léon XIII, dans ses Encycliques sociales et politiques, est le théologien du sens commun, Henri Rochefort pourrait souvent étre appelé son prophéte. En effet, Parme terrible du directeur de V’Intransigeant, sa Durandal, c’est le bon sens; et si le bon sens était plus commun parmi nous, Durandal ne faucherait pas si souvent dans nos rangs. » (p. x).
«Il est vrai que M. Rochefort n’est pas toujours trés respectueux a l’égard de nos gouvernants. Mais si
Léon XIII préche ce respect, il déclare aussi qu'il a’
une limite... Je ne prétends pas que M. Rochefort-soit un prétre parfait de Jésus-Christ, mais je sais que tous ses péchés réunis sont loin d’éguivaloir a celui du cardinal Vaughan (dans lVaffaire Dreyfus). Sil a commis des péchés, il pratique ’amour de la patrie qui est la
charité chrétienne. [1 lui sera beaucoup pardonné, —
parce quil a beaucoup aimé la France. » (p. x1).
« Un gouvernement perd tout a fait sa légitimité lorsqu’il rend son renversement nécessaire au bien public. Lorsque ce renversement nécessaire deyient possible, Yinsurrection devient le plus sacré des devoirs. Léon XIII n’a pas formulé cette conclusion ; mais elle découle rigoureusement des principes exposés dans ses Encycliques. » (p. 48).
L’auteur avait présenté son travail au concours proposé par la Revue du Clergé francais. Kt vil a la plume assurément maladroite, sans doute pourtant il faut croire qu’il a de bonnes intentions et qu il est digne au moins de compassion, puisqu’il a regu du secrétaire de la Revue, M. Bricout, la réponse suivante (p. 1):
« Votre travail a été fort apprécié des juges, et les idées, en général, sont excellentes. C’est fouillé, creusé. Malheureusement, au dire du comité, style lourd et dissertations théologiques trop copieuses. Merci, cher confrére, et toutes mes félicitations...»
Le Banquet de la Premiére Commumion, par l’abbé Pergeline. — Un vol. in-48 de 280 p. — Nantes, Lanoé-Mazeau.
Petit manuel des Congrégations de la saimte Vierge. — In-32 de 96 p., 0 fr. 25, net 0 fr. 142. — Lille, Maison Saint-Joseph, 293, rue Solférino.
N’allez pas au bal. — In-32 de 128 p., 0 fr. 25, net O fr. 45. — Méme librairie.
Souvenir religieux de mon mariage. — In-32 de 32 p., 0 fr. 45, net 0 fr. 06. — Méme librairie.
Le liwre des Ames souffrantes et fatiguées. —In-18 de 96 p., 0 fr. 380, net 0 fr. 45. — Méme librairie.
Soyez heuweux ? Conseils dun pére a ses enfants. — In-18 de 32 p., 0 fr. 42, net 0 fr. 05. — Méme librairie.
La direction spirituelie dans les maisons d@’éducation, par J. Guibert, prétre de Saint-Sulpice. — In-18 de 36 p., 0 fr. 30. — Paris, Poussielgue.
Le mois de VEnfant-Jésus. Méditations pour chaque jour du 26 décembre au 2 février. — In-82 de 284 p., 0 fr. 50. — Paris, Maison de la Bonne Presse, 5, rue Bayard.
Petit catéchisme liturgique, par l’abbé Dutillet, du clergé de VersaUles. — In-18 de xxiIv-230 p., 4 fr. — Paris, J. Bricon.
I. — Le nom de V’abbé Pergeline restera parmi les plus aimés de la jeunesse. Peu d’éducateurs ont eu, au méme degré que lui, cet attrait invincible dune éloquence qui implique le don complet de soi et qui reste toujours jeune, chaude, imagee, pressante, pénétrante, parce qu'elle n’est jamais que l’effusion du déyvouement le plus paternel et le plus sacerdotal.
Aussi sera-t-on heureux de retrouver dans ces pages trop courtes quelqnes-unes des~ allocutions du regretté chanoine aux jours de premiére communion de ses chers KEnfants-Nantais : i bonne Nouvelle, le Festin, V’Agneau, la Crainte, la Grande joie, l’Heure bénie, etc.; — lV’ Action de graces: petits Agneaux, Tabernacula twa, Magnificat ; — la Persévérance : Quid retribuam? Martyrs ! Semence divine, Souvenirs, le Disciple fidéle, la Fleur de Marie, la Divine Bergére, ete.
II. — Pour assurer la persévérance de vos premiers communiants, quel secours plus précieux que les Congrégations de la sainte Vierge? Sur Vhistorique de ces Congrégations, leur origine, leurs progrés, leurs réglements, leur esprit, les formules, priéres, pratiques qul y sont en usage, etc., vous trouverez tous renseignements dans Popuscule que vous offre 1’Giuvre de Saint-Charles.
lll. — Vous détournerez vos congréganistes du bal. N'allez pas au bal vous fournira dautorités et d’exemples nombreux a l’appul.
IV. — Le jour du mariage venu, offrez 4 votre jeunesse Sowvenir religieux, qui lui dira de bonnes vérités trés méconnues, lui ouvrira V’ceil sur les obligations les plus essentielles de la vie conjugale, et vous facilitera la tAche rude et nécessaire de porter la lumiére 14 ot Vignorance et la passion ont fait tant de ténébres.
V. — Sice n’est du mariage, c’est au moins de quelque chose d’approchant que lon a dti dire Initium dolorum. Faites done méditer 4 vos conjoints Vhier les trente-cing chapitres (j’allais dire les {rente-cing miniatures) de ce Livre des dmes sou/ffranies, qui parait sans nom d’auteur, mais ot Yon reconnaitra avec un bonheur nuancé de mélancolie quelques-unes des plus touchantes pages de Lamennais(méme des Paroles d'un croyant), dépouillées seulement de leur amertume et mises en pure lumiére chrétienne.
VI. — Soyes heureus est extrait du Livre de raison d’Antoine de Courtois, dont le cardinal Guibert faisait si grand cas: tableau idéal d’une vie domestique calme et réglée, ot « les traditions ne tenaient pas seulement une large place, mais étaient comme une loi supréme. »
‘VII. — M. Guibert, ’éminent supérieur du séminaire de l'Institut catholique de Paris, nous donne, dans cette brochure, un tirage a part du meilleur chapitre de son Hducateur apdtre : on y trouvera, sur la méthode et Vobjet de la direction, un faiscean de remarques extrémement fines et pratiques.
VIII. — Ce nouveau Mois de lEnfant-Jésus se distingue par le cdté pratique, comme toutes les publications de la Bonne Presse. 11 offre aux fidéles une étude suivie de l’Enfant-Jésus dans ses rapports avee chacun de nous. Jésus Enfant ne s’adresse pas seulement a Venfance; il nest pas contestable que tous les ages et toutes les conditions aient des devoirs 4 remplir et des graces a recevoir d’un Dieu qui s’est fait Enfant pour nous tous. D’ou le tableau des précieux exemples donnés autour de la créche par Marie et Joseph, par les anges, les bergers et les Mages; d’ou le défilé de tous les siécles, de tous les hommes, riches et pauyres, ouvriers et serviteurs, méres de famille, enfants, vicillards, qui, tour a tour, viennent recevoir du Roi nouveau-né leur don de joyeux avénement, lumiére; liberté, force, ete.; d’oti cette esquisse rapide et vivante du culte de l’Enfant de Bethléem dans l’F glise, apparitions, statues miraculeuses, ceuvres qui lui sont consacrées.
IX. — Réédition (la quinziéme) d’un ouvrage qui a depuis longtemps conquis la faveur des catéchistes zélég et qui doit étre aux mains de tous nos confréres, et, dans les milieux un peu cultivés, aux mains des enfants eux-mémes.
Parions ainsi. De la voixa et du geste, par L. Gondal, professeur d’éloquence au Séminaire Saint-Sulpice. — Un vol. in8 de vu1-568 p., orné de gravures, 0 franes. — Paris, Bloud et Barral.
LVAMI DU CLERGE | ae }
UInvitation du Maitre : la
M. Gondal a consacré de longues années a Vétude du role, du eorps dans l’éloquence. Et le corps en effet n est point guantité négligeable en pareille matiére. On peut trouver un sens tres acceptable a la classique exclamation du bonhomme : Guenille si lon veut, ma guenille mest chére. Mais, sans gloser la-dessus, nous savons tous que nous devons utiliser, perfectionner, harmoniser tous les dons de Dieu, mettre 4 son service tout ce que lui-méme a mis a notre disposition. Le corps, pour Voratenr, ne supplée rien ; mais c’est un aide puissant. F 5 4
M. Gondal a tout iu, tout condensé. Son livre constitue une véritable Somme du role de la voix et du geste dans Véloquence. On y trouve méme, chemin faisant, d’excellents préceptes d’hygiéne, par exemple sur la maniére de respirer : en quoi yous trouverez une nouvelle preuve, aprés tant d’autres, de Pharmonie providentielle qui existe entre les lois de l’hygiéne et celles de la mortification chrétienne, sans parler des lois de l’économie domestique. On est professeur, avocat, prédicateur; le larynx s‘irrite, la voix faiblit, on essaie de toutes les cures, Cauterets en été, Géraudel ou autres produits en hiver. I] n’y a qu’une cure que l’on néglige, la seule qui ne cotite rien, la seule dont on ait tout a espérer et rien 4 craindre : la cure @air, la respiration. Respirons done bien : art trop méconnu, auquel M. Gondal ne consacre pas moins de quarante pages.
Voici un apercu de la distribution des matiéres: .
Dans la premiére partie, De la voix, on traite le de Varticulation : appareil vocal et gymnastique buecale, émission des yoyelles et accent provincial, articulation des consonnes et blésité, prononciation des mots et bredouillement, agencement des phrases et balbutiement ; — 2° dela phonation : appareil phonateur et gymnastique vocalée, ton et inflexions, timbre et nuances, intensité ef mouvement ; — 38° de la respiration.
Dans la deuxiéme partie, Du Geste, on nous parle de la mimique, de l’esthétique des mouvements, du maintien, du jeu de la physionomie, de l’alphabet du geste.
Un index alphabétique trés détaillé permet de trouver sans peine ni retard le renseignement que l’on désire.
La faillite de Venseignement gouver-
nemental, — T,1: L’Education, par Vabbé Fesch. — Un vol. in-12 de 354 p., 3 fr. 50. — Paris, Briguet.
La question de l’enseignement a été l'une des plus brilantes du siécle qui s’achéve ; et il parait bien qu’elle n’oecupera pas moins le siécle prochain. La solennelle enquéte parlementaire de 1899 l’a mise au premier plan des préoccupations publiques, avec plus d’évidence que jamais. Tout le monde en a entendu parler, de cette enquéte ; tout le monde sait que les résultats en ont été consignés en six ou sept gros volumes in-quarto & deux colonnes : qui a pris le temps oula peine de s’en rendre un compte exact? C’est 4 vous faciliter la besogne que s‘emploie M. Fesch. Ce ne sont pas des dissertations philosophiques ou des théories pédagogiques nouvelles qwil vous apporte. Il s’est contenté de prendre la quintessence des dépositions faites devant la commission parlementaire. Il les a groupées suivant les sujets, textueliement, impartialement. — Résultat? Ceux qui sont chargés d’élever la jeunesse francaise avouent franchement qwils n’ont pas réussi, ou parce qu’ils sont incapables, ou parce quils sont mal secondés. — Conelusion pratique? Forcez-les, par vos pétitions et vos votes, a changer de méthode, & faire de vos enfants des hommes et des Francais. Jusquwici l’on n’a visé qu’a en faire des républicains, ou des royalistes, ou des bonapartistes, Suivant les régimes. Comprenez enfin et faites comprendre a tous que l’éducation n’a rien a voir avec la politique, et que Ame immortelle de vos enfants doit étre autre chose quwune marionnette aux mains des éphémeéres qui défilent au pouvoir.
Cours dhistoire (enseignement primaire) :
Histoire de France, par dom Ancel, Bénédictin, et G. Maurel, directeur du Moniteur des Examens de VEnseignement primaire.— Cours élementaire, premiére année, 0 fr. 60; — cours élémentaire, deuxiéme année, 0 fr. 753 — cours moyen, 1 fr. 25; — cours supérieur (brevet élé-
we
si “TAM DU CLERGE
mentaire), in-12 de 640 p., cartes et nombreuses
illustrations, cartonné, 2 fr, 25. — Imprimerie-
librairie Saint-Martin, A Ligueé (Vienne).
Nous recommandons 4 Vattention de tous ceux de nos lecteurs qui s’occupent d’enseignement ce Cours ahistoire de France dont le nom de Pauteur garantit assez le caractére franchement chrétien, et dont les qualités didactiques ne sont pas moing remarquables et sautent aux yeux dés le premier coup d’ail : distribution lumineuse des matiéres, clarté d’exposition, résumés et lectures a chaque chapitre, heurenx emploi des divers caracteres typographiques, illustration riche et parlante (cartes quelconques), — et, ce qui n’est jamais a dédaigner, rare bon marché.
Le dévouement sanctifié, ou le Guide des Seurs converses. — Un vol. in-12 de 318 p., 3 francs. — Au monastére de l’Ave Maria, rue des Clarisses, Talence (Gironde), — et A Paris, chez Ch. Amat.
O Vaimable livre, et comme il fait aimer l’humilité, les emplois simples, les fonctions modestes! Petite est Vabeille entre tous les volatiles, dit ’Ecclésiastique, mais son fruit posséde la source de la douceur. Quil fait bon redevenir petite abeille 4 la suite de la« pauvre Ciarisse » qui a écrit-ces pages, volliger parmi les colombes pures, parmi les intelligences d’aigle, comme Vhumble abeiile qui, si elle raisonnait, n’envierait pas Vaile des tourterelles mais s’en irait, joyeuse, vaillante et petite, butiner sans se laisser distraire, sans se plaindre, sans se trouver trop petite! « Ma chére Sceur, ne yous demandez jamais pourquoi vous étes converse et d’autres Sceurs de cheeur. Auéant vaudrait demander & Dieu pourquoi il a créé des violettes et pourquoi il a créé des roses... pourquoi certaines gouttes d’eau appattiennent au ruisseau et pourquoi d’autres composent Yocéan.... Vivez dhumilité, et votre fruit possédera la source de la douceur... Voyez une Scyr humble (toute communauté a ses humbles, et ce sont ses trésors) : mWavez-vous pas remarqué que tout enelle trahit la douceur?... Ne yous glorifiez pas orgueilleusement de votre habit. Ce n’est pas Vhabit qui fait la religieuse; ef quel malheur ce serait si elle s’en- servait pour paraitre quelque chose !... Eb quoi! on ne serait devenue religieuse que pour étre orgueilleuse ? »
Vous voyez que ce n’est pas seulement aux Sceurs converses que ce petit livre doit aller, mais a tant de chéres Ames qui sont tentées de se trouver a l’étroit dans Vhumilité de leur office. Il y a des Sceurs converses qui regardent d’un oil d’envie Vhabit des Sceurs de cheeur; il y en a d’autres qui prendraient volontiers Vétole. Il parait méme que l’on surprend de ces ambitions jusque chez les Marthes de presbytére...
Méditez donc ces pages, pour yous @’abord, pour vous donner du coeur a yos modestes fonctions, pour vous consoler peut-étre de vous voir réduit parfois a l’office de marguillier ou de sacristain de votre église, — pour toutes les Marthes ensuite qui vous sont confiées et qui vous confient (ou vous dissimulent mal) les aspirations d’une Ame en voie de devenir envahissante. Tout un
- eoin de la question sociale qui se débrouille et s’illu-
mine aux clartés de la « pauvre Clarisse ! »
Ma doulce France, par Ch. de Ricault d’Héricault. — Un vol. in-12 de 826 p., 3 fr. — Paris, Téqui.
Saint-Gildas de Ruis. Apercus Whistoire monastique, par Marius Sepet. — Un vol. in-12 de 420 p., 3 fr. 50. — Paris, Téqui.
J. — Cette année méme (p. 43), parlant des Grands saints de France et leurs amis, nous pensions annoncer le chant du cygne de Ch. d’Héricault. Grace a Dieu, Vadieu n’était pas définitif encore ; et voici de nouvelles notes posthumes qui viennent résonner délicieusement a Voreille et au cour. Ma doulce France! ce sont les postes qui ont ainsi baptisé la France; et qui se connait mieux que les poétes aux belles choses? Et c’est parce qu’elle fut douce que les papes lont trouvée trés
on?
chrétienne ; c’est parce qu'elle fut douce, bonne, généreuse, compatissante a toute misére, secourable 4 toute faiblesse, que son influence rayonne, avec sa langue et son nom, jusqwaux extrémités de la terre. Beati mites, quoniam ipsi possidebunt terram. Elle avait la grace avec la force; elle était la plus aimable comme la premiére des nations! Riante et pieuse, enthousiaste et chevaleresque, protectrice des faibles, parfois étourdie, parfois écrasée, parfois méme momentanément débauchée, mais. toujours sauvée par sa générosité, elle était, dans son peuple comme dans sa langue, « délectable a toutes gens, » méme aux Saints, parce que « c’est la que le Christ est le plus aimé. » — « Paris m’attire malgré moi, non sewement parce que c’est la capitale de la France que j’aime tant, mais parce que c’est l’endroit ou Vadorable Sacrement de nos autels recoit le plus Vhommages. » Qui a dit cela? cest saint Francois d’Assise, lors du premier chapitre général de l’Ordre en 1216.
Toutes ces beautés, naturelles et surnaturelles, ne sont pas entiérement effacées. Voilées tout au plus ici ou 1a, pour leur redonner leur douce splendeur d’antan, il nest rien de tel que d’en contempler la vivante image dans les ages écoulés. Et c’est a ce pélerinage a travers les fétes et les Vierges et les « miracles » de France que vous convie Ch. d’Héricault. Vous ne sauriez le faire en plus joyeuse compagnie.
II. — Sur Saint-Gildas de Ruis, M. Marius Sepet comptait d’abord n’écrire qu’un article de revue. Peu a peu, sous sa plume toujours érudite et alerte, Varticle a pris les proportions Vun volume. C’est un témoignage de Vintérét que cette étude lui a offert. Et elle n’en offrira pas moins a nos lecteurs.
Saini-Gildas de Ruis vest pas une simple monographie d’histoire locale. La célébre abbaye fut certainement, dans la période d’oceupation et de colonisation bretonne dela péninsule armoricaine, du vi? au x? siécle, Yun des centres religieux les plus importants de la nouvelle nation celtique qui se formait 4 l’extréme ouest de la France naissante.
Autour de ce centre M. Sepet groupe une série de descriptions, de scénes successives et variées d’histoire ecclésiastique et d’histoire morale qui reconstituent trés heureusement pour nous le caractére et l’aspect de ces groupes civilisateurs.
Un des chapitres les plus intéressants de son livre, ce sont les deux cents pages consacrées a Abélard. Abélard fut élu abbé de Saint-Gildas en 1125. Saint- Gildas était alors en pleine décadence. Le relachement, le désordre était a son comble; et l'on doit croire que c'est avec quelque espoir d’y porter reméde que, dans un élan généreux et caplivés par la gloire dun nom retentissant, les religicux mirent a leur téte Abélard. On sait ce qui arriva ensuite. Toujours est-il que cette étude sur Abélard jette 4 nos yeux un jour nouveau sur les origines du haut enseignement en France, plus ou moins confondu, jusqu’a la fin du x1° siéele, avec l’enseignement secondaire a l’ombre des écoles épiscopales et monastiques. On prendra, dans ces pages, une idee juste de'la société clericale du temps de Louis le Gros, des mouvements des passions intellectuelles, ef aussi de la ferveur de renaissance religieuse dont elle était agitée.
Aprés Abélard, Vabbaye tombe dans une longue période de vie crépusculaire, qui ne laisse pas de temps a autre d’étre trayersée de lueurs plus vives ef animée de scénes intéressantes. En 1650, elle passe aux mains de la congrégation de Saint-Maur, et en 1790, a la « disposition de la nation. » Jusqu’au nom de Saint Gildas disparait; et un décret de Assemblée nationale, en date du 15 janvier 1790, y substitue celui d’A bélard, qui naguére avait si peu gotité ce séjour. L’immeuble lui-méme, yendu « nationalement » en 1796, tombait en ruines, lorsqu/il fut acquis, en 1825, par Mme Molé de Champlalreux, pour ses Filles, les. religieuses de la Charité de Saint-Louis, qui en prirent possession l’année suivante. Ce fut, pour antique monastére, non seulement la restauration matériclle, mais surtout la renaissance religieuse et le signal dune nouvelle efflorescence d’ceuvres d’éducation et d’hospitalisation, des ceuvres de cette vérité et de cette charité chrétiennes qui peuvent bien s’obscurcir, s’éclipser meme ¢a et la sous Veffort des passions humaines, mais qui reparaissent tonjours avec une fécondité rajeunie et triomphent sans cesse, a travers les Ages, des vices du dedans comme des violences du dehors.
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VAMI DU CLERGH™
Le lieutenant Vandeins, par Noél Mayeul.
— Un vol. in-12 de 247 p., 2 fr. — Paris, Henri Gautier.
Je viens de lire, en notant ce qui me frappait, ligne a ligne, sans en passer un mot, sans me presser dans mes réflexions, sans me presser davantage pour en donner le compte rendu — et si je note ces points, c’est que je tiens a rappeler, une fois de plus, que nous ne faisons pas, 4 ’Ami du Clergé, de la critique de fantaisie, 4 tant la ligne; et j’ajoute, parce quil est juste enfin de se faire apprécier a son juste mérite (ce qui est d’autant plus facile ici que tous les articles sont anonymes), quil est bien peu dillustres critiques qui pourraient se vanter de semblable travail, surtout pour un roman — je viens de lire, dis-je, avec le plus grand soin, un des derniey's romans édités par la maison Henri Gautier : Le lieutenant Vandeins, de Noél Mayeul, et je n’y ai pas perdu mon temps, puisque je puis faire le plus sérieux éloge de louvrage. ;
L’action se passe en partie a Lyon, d’ou le lieutenant est originaire, en partie a travers le pays noir, en Afrique, dans une expédition qui rappelle, bien quelle ait un point de départ tout opposé, celle du colonel Marchand.
Le lieutenant Vandeins a été élevé au petit séminaire Saint-Jean, tout comme celui qui écrit ces lignes et qui, par suite, peut mieux apprécier que quiconque la peinture de ce coin de Lyon, qui prie 4 ’ombre de la grande cathédrale. Au moment oti commence le récit, le lieutenant revient d’Algérie, en conge, mais avec intention arrétée de prendre part 4 la périlleuse expédition qui va sorganiser pour la conquéte du Nil. Sa mére, qui pleure encore son mari, dont elle est sans nouvelle depuis une des grandes hbatailles de la guerre francoallemande, a fait pour le petit officier de tout autres réves. Hille veut le marier avec une jeune fille de sa connaissance. Lui, n’a en téte que ses projets d’expédition. Mais amour frappe au moment ou on s’y attend le moins, et grace au piége tendu par Madame Vandeins, voici que le jeune homme s’éprend peu 4 peu... de la
cousine de.la jeune fille révée par l'amour maternel,
pauvre orpheline, a laquelle le commandant Septéme — quelqu’un qui ressemble beaucoup au commandant Marchand — fera tranquillement la dot réglementaire. En attendant, tous-les plans maternels sont renversés.
Ht ils le sont davantage encore, quand avec d’infinies précautions, le lieutenant fidéle a2 sa promesse au commandant Septéme, et fidéle 4 son patriotisme, en dépit de ses fiancailles, fait connaitre son projet d’expédition.
Cette premiére partie est toute fraiche et toute simple de sentiments. Je ne sais si c’est une critique ou un compliment que je vais faire ici: — ce sera toujours incontestablement une bonne note aux yeux des Lyonnais, attachés comme personne a leur ville, — ily a dans ce roman une couleur locale dont serait incapable quiconque n’est pas lyonnais. Les quais, Bellecour, Perrache — car on ne dit plus, lorsqu’on y est habitué, la place Bellecour ou le quartier de Perrache — Saint- Jean, la cathédrale, le bourdon et Fourviére, Fourviére surtout, avec sa vieille petite chapelle.pleine d’ex-voto et de tableaux aussi naifs que sincéres d’expression. et pleins de foi, vieille petite chapelle que les vrais Lyonnais, les anciens, préférent a la superbe basilique mitoyenne, tout y est décrit d’une facon frappante.
Et la simplicité des mceurs lyonnaises, chez les fervenits catholiques de la ville des couvres, chez ceux qui se rangent particuliérement 4 ’ombre protectrice de Saint- Jean, sous les regards de la vierge de Fourviére, comme elle est prise sur le vif! Et jusqu’aux expressions, comme on les reconnait vite pour lyonnaises ; un peu trop méme, peut-étre, en deux ou trois passages du moins. Car, lorsque M. Mayeul nous parle de « l’allée » dune maison, j’aurais voulu une explication pour les étrangers. I] aurait été bon de dire qu’une « allée, » a Lyon, n’est pas du tout ce que se représente un lecteur exotique, qui comprendra par la un chemin bordé arbres, et non pas le couloir d’entrée d’une maison.
Mais cela encore, c’est de la couleur locale. Kt que si Pon considére ces observations comme une critique, comme c’est la seule que je trouve 4 faire, on avouera gue cest bien peu de chose!
la seconde partie A travers le pays noir est d’une belle allure. Il s’y trouve méme deux ou trois chapitres, notamment celui ou l’expédition dresse le drapeau tricolore sur les bords du Nil, qui sont dune grande envolée patriotique. it ces chapitres suffiraient, 4 eux
seuls, &2 prouver que l’auteur est écrivain en méme temps qu'il s’inspire des sentiments les plus éleves.
A signaler également l’épisode émouvant ott le lieutenant retrouve son pére, ancien déserteur, qui, aprés avoir racheté sa faute d’un moment par de longues années de déyouement 4 la France auprés du neégus, s’est fait le guide de Vexpédition et tombe finalement en défendant le drapeau.
Est-il nécessaire de dire que le lieutenant Vandeins revient en France couvert de gloire et qu'il retrouve sa fiancée, sa femme de demain, plus charmante, plus affectueuse, plus pieuse qu’avant, en sorte quun ex-voto de plus viendra orner Jes murs de la vieille chapelle de Fourviere ? :
Amour de la famille, amour de la petite patrie ou Yon a. vécu sa jeunesse, amour de la grande patrie a la gloire de laquelle tous doivent collaborer, sentiment chrétien profond, telles sont les sources ot l’auteur de cet excellent roman a puisé son inspiration. C’est dire que cet ouvrage peut se mettre entre toutes les mains et qu'il ne peut avoir qu’une salutaire influence.
Cours élémentaire d’histoire du droit francais, d l’usage des étudiants de premiére année, par A. EsMEIN, professeur a la faculté de droit de Paris. — Troisiéme édition, accompagnée dune table analytique. — Larose, éditeur, 22, rue Soufflot.— Prix de l’ouvrage en librairie : 10 francs.
L’ouvrage de M. Esmein sur histoire du droit francais est le précis le plus commode pour les étudiants en droit, et en méme temps le mieux congu sur la matiére. Ce n’est pas, comme lauteur le déclare dans sa préface, un livre d’érudition profonde, qui, @ailleurs, sur un sujet aussi abstrait serait peu pratique et d’un usage fort restreint. C’est Vexposé des principes généraux d’aprés lesquels s’est formé notre droit moderne, qui prend sa source dans le droit romain et dans les coutumes germgniques, pour s’en dégager peu a peu a travers le moyen Age, se codifier, surtout aprés ’émancipation des communes, et arriver ainsi a l’entrée des temps modernes et aux bouleversements quil’ont précédée en 1789. Au point de vue particulier de la ‘jurisprudence civile-ecclésiastique, nous croyons devoir présenter sur ce livre deux observations. D’abord il est écrit dans un esprit libéral, et qui ne s‘écarte en rien de l’orthodoxie. Sans doute lauteur expose les faits en écrivain impartial, mais sans jamais émettre d’opinion doctrinale pour les apprécier. Il se borne 4 en déduire les conséquences juridiques ou philosophiques, mais sans prendre parti pour ou contre les personnes ou les institutions, dont il retrace l’histoire. C’est done un ouvrage gui peut conyenablement prendre sa place dans la bibliothéque dune institution religieuse, ou d’un jeune homme chrétien. En second lieu, le précis de M. Hsmein contient de nombreux et intéressants détails sur PEglise, son développement, ses rapports avec 1’Etat, et ses institutions dans les différentes périodes de notre histoire, ainsi que sur les rapports du pouvoir royal avec les cultes, particuliérement au moyen Age. Enfin, il contient tout un chapitre sur le droit canonique, son influence sur le droit civil, et sur les codifications qui en furent faites. A ce point de vue, il peut étre d’une incontestable utilité pour les ecclésiastiques qui ont a approfondir ces matiéres si usuelles.
Nous ne pouvons donc que recommander cet ouvrage,
persuadés que la science ne peut qu’y gagner et que la —
foi n’a rien a y perdre.
SS Fe ee ee ee IMPRIMNATUR Lingonis, die 16 maii 1900,
+ Sepastianus, Hpiscopus Lingonensis.
wens,
ron
Le gérant : J. Marrrier.
LANGRES. —- IMPRIMERDE MAITRIER ET COURTOT. :
REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS Ec HELESIASTIOURS