‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 123 sur 276 · LA LUTTE! CONTRE LA CONSPIRATION LIBERALE · texte numérisé non relu

LA LUTTE! CONTRE LA CONSPIRATION LIBERALE

Mesdames et Messieurs,

Vous vous rappelez la Bible; dont nos grand’ méres (hélas! il y a plusieurs années déja pour plusieurs d’entre nous) nous montraient les belles images, le ciel d’or, les saints bleus, les saintes a genoux et, dans le milieu des pages,

Un peu de ce latin qui parle 4 Dieu de nous?

Dans la Bible, vous vous rappelez la catas- -trophe des catastrophes, la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, la destruction du temple, la

captivité de Babylone ot tout un peuple, hommes, ~ femmes, enfants, prétres, prophétes, détachant des saules de ’Huphrate les harpes de Sion, et, tournant ses regards vers les lieux ot fut Jérusalem, redisait d’une voix entrecoupée de sanglots : « Comment les pierres du sanctuaire ont-elles été - dispersées? » Et vous vous rappelez comment un gaint homme, un homme de Dieu, Néhémie, obtint du Roila permission de reconstruire le temple, les murailles et les portes; et, pendant que les Israélites travaillaient avec ardeur a relever les ruines, vous vous rappelez que les ennemis confédérés, « Sanaballat, Tobie, les Arabes, les Ammonites et ceux d’Azote, ayant appris que la plaie des murs de Jérusalem se refermait et que Von commencait 4 en réparer toutes les bréches, entrérent dans une étrange colére, qu’ils s’assemblérent tous d’un commun accord pour faire cesser Vouvrage; » mais que Néhémie dit aux Israélites : « Ne craignez point ces gens-la... Continuons notre ouyrage..., ayant toujours la lance a la

main, depuis le lever de Vaurore jusqu’a Vappari-

tion des étoiles ?... » Enfin vous vous rappelez que « ceux qui batissaient la muraille ou portaient la charge travaillaient d’une main, et de l’autre tenaient le glaive?* »

O image de l’Eglise de France!

L’Hglise de France n’a pas été trainée au loin, sur les rives de VPEuphrate, il est vrai; c’est sur le sol de la patrie qu’elle a été dépouillée, enchainée, condamnée 4 mort: et « les chemins de Sion ont pleuré parce qu’on ne venait plus 4 ses solennités saintes ; ses prétres ont gémi, ses vierges ont été dans le deuil, car ses ennemis se sont élevés sur sa téte... Ses persécuteurs ont été plus vite que les aigles des

cieux ; ils Pont poursuivie jusque sur les monta- |

gnes, ils lui ont dressé des embtiches jusque dans le désert..., » pour adorer, sang des martyrs, non pas des. dieux d’or et d’argent, de pierre et de bois, mais une idole qui détruit toute vertu, et Vyhomme, et la famille, et la société, une déesse Raison, « le marbre vivant @une chair publique! »... Or, lorsqu’aprés une

allégresse a moitié trompeuse, aprés une résurrec- |

tion plus apparente que réelle, elle obtient du Roi la permission de reconstruire le temple, ses ennemis confédérés disent : « Nous allons Vattaquer, lui dresser des embtiches et faire cesser l’ouvrage. » Et si ces ennemis portent, eux aussi, des

noms divers, révolutionnaires, bonapartistes, doc-

trinaires, publicistes, jeunes publicistes surtout ; s’ils sont plus ou moins acharnés, les uns en voulant 4 son existence méme, les autres 4 sa prépondérance ou a son indépendance, chacun selon ses

‘4 Factum est autem, quum audisset Sanaballat et Tobias et Arabes et Ammanite et Azotii, quod obducta esset cicatrix muri Jerusalem et quod ccepissent interrupta concludi, irati sunt nimis. Et congregati sunt omnes pariter, ut venirent, et pugnarent contra Jerusalem et molirentur insidias..., et cessare faciamus opus... Nolite timere a facie eorum... Et nos ipsi faciamus opus, et media pars nostrum teneat lanceas ab ascensu aurore, donec egrediantur astra..... Aidificantium in muro et portantium onera, una manu sua faciebat opus et altera tenebat gladium... » (II Esdr., rv).

elle a été oppressée d’amertume,

sur Vautel rougi du.

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désirs et ses opinions, tous s’unissent sous Pinvocation, non pas tout 4 fait de la liberté, car ce mot étant usé par la Révolution il faut le rajeunir, sous l’invocation seulement du libéralisme : petite modification de forme qui suffira pour séduire et remuer la nouvelle France. Mais |’Kglise ne craint point. Pendant qu’elle travaille d’une main, ce que nous avons vu la derniére fois, de Vautre, ce que nous allons voir, elle repousse toutes les attaques de la conspiration libérale.

Il dit, ce libéralisme, dont Punique programme est la négation méme de la premiére des libertes, la liberté religieuse: « La Restauration restaure VEglise. Marchons contre l’Eglise comme nous marchons contre la Restauration. Attaquons ses dogmes et sa morale. » I] essaie done de. la philosophie avec Dubois, Jouffroy, Damiron, dans le journal le Globe, dont la création fut un événement; mais sa tentative demeure impuissante, car, préchant « l’anarchie des esprits », ces fossoyeurs du christianisme n’ont rien a mettre a sa place. Il essaie encore dans le Producteur, organe des idées d’Auguste Comte, fondateur de la religion positive; mais le Producteur se présente avec des formes algébriques et, en France, ily a si peu de fronts sillonnés d’algébre, que ce n’est pas avec de l’aloeébre quel’on fera jamais des croyants. Ilessaie enfin avec lOrganisateur, organe des disciples de Saint-Simon; mais ce mest qu’un amalgame d’erreurs et de folies; ce qui ne suffit pas pour créer une nouvelle terre et de nouveaux cieux... «Il faut s’y prendre autrement, s’écrie-til. N’y a-t-il pas, au dix-huitiéme siécle, tout un arsenal formé contre VEglise? Ressuscitons le déisme de Rousseau, le mateérialisme d’Helvétius, lathéisme de Diderot, le scepticisme de @’Alembert, le philosophisme des Encyclopédistes, et surtout, surtout l’esprit de Voltaire contre cette vieille dominatrice quia essayé sur Vunivers les chaines de sa tyrannie ; ¢voquons-les de leurs tombes pour prendre part a la grande bataille, tous ces philosophes qui ont abouti a d’assez beaux résultats, puisquwils ont produit la merveille de la Révolution. » Et alors que, jusqu’a la Révolution, il n’y avait eu que deux éditions de Rousseau et deux éditions de Voltaire, et que, sous l’Kmpire, il n’y en avait pas eu une seule ni de Pun ni de l’autre, voila, de 1817 a 41824, treize grandes éditions des ceuvres complétes de Rousseau et quinze grandes éditions des cuvres completes de Voltaire ; bientot méme voila du Voltaire en tous formats, pour toutes les conditions : le Voltaire de la grande propriété, le Voltaire du commerce, le Voltaire de la petite propriété, le Voltaire des chaumieres; puis, bientdt, voila des résumés, des extraits, des quintessences de Voltaire dans de petits livrets a cing sous, a trois sous, 4 deux sous ; enfin voila trente-cing éditions de Voltaire, chacune a deux mille exemplaires de soixante vo-

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lumes...1 « A Voltaire, dit-il encore, ajoutons

Volney, qui a su renfermer avec art dans les étroites dimensions d’un volume le méme systéme d’athéisme que Dupuis a noyé dans neuf volumes dune fatigante érudition ; Volney qui, @ailleurs, a laissé par testament une somme de 80.000 francs pour propager ce livre des Ruines. » Kt onze éditions de cet ouvrage si séduisant pour les jeunes imaginations sont tirées de 1817 4 1824... « Multiplions les romans de la méme maniére. » Ht des romans, qui souillent la pensée par leurs titres mémes, inondent la surface de la France. Enfin le total de ces livres impies ou immoraux, publiés depuis le mois de mai1817 jusqu’a la fin de ’année 1824, s’éléve, sans compter les milliers de Voltaire, au chiffre de 2.741.400 volumes...2 « Multiplions les cabinets de lecture. » Et puisque, pour eux, le progrés du vice fait partie du progrés des lumiéres, 4 Paris seulement il s’établit trois cents cabinets de lecture *, o1 se réunissent les philosophes de carrefours, ou le peuple des ateliers, ou les jeunes filles des comptoirs, ot tous peuvent venir puiser largement, pour un sou, Vimpiété et la corruption... « N’oublions pas le Tartufe, le Tartufe de Moliére, qui raille si bien la vraie dévotion, sous prétexte de s’attaquer a la fausse. » Et, dun seul coup, on imprime le Tartufe de Moliére a 500.000 exemplaires, que ’on donne a trois sous, deux sous, un sou *. Et la propagande mondaine, peut-étre inconsciente du mal, mais avide de plaisir, marche de concert avec la propagande populaire. A Paris, au Marais, 4 hotel Molé, pour ne eiter qu’un seul exemple, on joue Tartufe a cour joie, «les beaux vers de Tartufe », comme lon dit. Et les femmes des doctrinaires, Mme Molé, Mme de Barante, Mme de Vandceuvre, Mme de Nansouty, Mme de Chastellux — j’arréte l’énumération, Mesdames, pour arréter vos inquiétudes, — et beaucoup d’autres, travaillent avec un enchantement radieux a l’ceuvre du libéralisme, rayonnantes de s’entendre dire, dans ce beau lieu, dans cette magnifique demeure, dans cette salle bril- Jante, sur ce théatre ou elles sont applaudies par de grands personnages, qu’elles sont belles, qu’elles jouent divinement; qu’elles ont « une voix dor »...* — « Enfin, conclut le libéralisme, si

' Mandement de ’évéque de Nancy : Mémorial catholigue, v1, 123.

* Mémorial catholique, ut, 298; vt, 223. Les tableaux du Mémorial catholique sont faits d’aprés un rapport au ministre de Vintérieur, divisé en six tableaux, ou Von ‘indique les noms des éditeurs, la date de publication, le nombre d’exemplaires et de volumes : L’ Ami dela Religion et du Roi, xxv, 97. ;

* Mémorial catholique, iv, 321.

‘ Tablettes du clergé, vin, 321.

» « La comédie du Marais a été trés belle hier... Ghacun était charmé d’entendre ces beaux vers de Tartufe et leurs réles encourageaient les acteurs. Il n’ya pas eu un moment de froid. M. de Vandeuvre (qui jouait Tartufe) et Mme de Chastellux (qui jouait Dorine) ont du talent et ’honneur de la soirée a été pour eux, ce me semble. M° de Nansouty a joué convenablement, avec nuance et bon gotit, le réle d’Elmire... Il n’y a rien A dire, sauf la taille. Mme Molé est aussi trés bien... Votre pére a bien dit sa premiére scéne... La salle était brillante... Parmi les femmes... Pour moi, je n’ai pu voir ce théatre

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toutes ces armes ont renversé l’Kglise 4 la fin du -dix-huitieme siécle, alors qu’elle avait la prépon-

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“dérance politique avec une fortune séculaire, oh!

comme dans peu de temps elles vont renverser cette pauvre Hglise qui se reléve 4 peine des ruines de la Révolution et de la misére de l’Empire! » ;

Il se trompe. Au mal ]’Eglise oppose le reméde.

Non seulement le clergé, pénétré du devoir de conjurer le péril, dénonce le fléau dévastateur dans les sermons, dans les mandements, dans les conférences de Saint-Sulpice; non seulement il ouvre les yeux des gouvernants et des gouvernés, des grands et des petits, sur ce poison qui, « fomentant tous les jours dans le corps social les passions les plus désordonnées, y développe le principe le plus actif de dissolution et de mort »,1 mais encore au génie du mal avec ce qu’il a d’extréme, il oppose le génie du bien avec ce quila de plus héroique : a la diffusion des mauvais livres il répond par la diffusion des bons.

Il forme donc de nombreuses associations de propagande, dont il faut citer au moins les trois principales : Société catholique des Bons-Livres, siége : hdtel Palatin, prés Saint-Sulpice; Bibliothéque catholique, siege : rue Garanciere, 10; Association catholique, dite du Sacré-Cceur, cloitre Saint-Merry, 14. La premiére, pour ne parler que de celle-la, qui a pour président le duc Mathieu de Montmorency, et pour directeur l’abbé de Lwvembruck, missionnaire de France, établit, dés sa pre-

-miére année, cent cinquante-cing directions dans les provinces et, dés sa premiere année, il n’y a que six départements ou elle ne soit pas organisée 2, et dans chaque grande ville elle devient une puissance. Ainsi, 4 Bordeaux, ot elle a été créée le 45 novembre 1820, elle a déja cing dépéts en janvier 1822, et ’année suivante, en février 1825, elle en a vingt-neuf. Dés sa premiere année, cette Société catholique des Bons-Livres publie et distribue a elle seule 285.500 volumes, et, la seconde année, elle en publie et distribue 825.000 : soit, dans les deux premiéres années, 600.000 volumes. Ajoutons les efforts des autres associations, et nous aurons assurément plus de 500.000 volumes par an qui, mis 4 la disposition et des souscripteurs et des zélateurs et des comités locaux 3, pénétrent depuis les salons jusque dans les ateliers, depuis les villes jusqu’au fond des campagnes, et chaque jour et partout combattent les ravages de la contagion, répétant, semble-t-il : Non, non, on ne nous empéchera pas de la reconstruire, notre Eglise de France! « Elle triomphera des insultes présentes comme des fureurs passées,

oti vous étiez si belle l’année derniére, sans regretter de ne pas vous y retrouver... » Lettre du baron de Barante a Me de Barante, 13 juillet 1818. C. de Barante, Souve-

- nirs du baron de Barante, u, 329.

1 Wrayssinous, Défense du christianisme, ir, 308:

1 Oe, Gileriouse. Indre, Niévre, Cantal, Tarn-et- Garonne et Pyrénées-Orientales. : a

3V. Ami de la Religion, xxxvi, 152; xiv, 151; -xa.vi, Did Leow

de la plume des sophistes comme du fer des bourreaux ! »*

Ce mest pas assez. Parce que, pour atteindre le but qu’on se propose, il ne suffit pas de reproduire d’anciens ouvrages composés pour d’autres temps et d’autres besoins, et qu’il est nécessaire d’en répandre de nouveaux qui soient plus en rapport avec état des esprits et les exigences du moment, ces associations organisent des concours chaque année. Une année, la Société catholique des Bons-Livres met au concours, pour 2000 fr., la réfutation des erreurs historiques qui déshonorent les publications contemporaines; une année, la Société des Bonnes-Lettres met au concours, pour 1500 francs, ?influence de la religion chrétienne sur les institutions sociales; une année, la Bibliotheque catholique met au concours, pour 2000 francs, la réponse aux objections popu-

laires contre la religion, et, pour ce dernier

concours, la commission comprend : l’abbé Lecuy, vicaire général de Paris; l’abbé Burnier-Fontanelle, doyen de la Faculté de théologie de Paris; Vabbé Fayet, inspecteur général de l’Universite ; Vabbé de Salinis, auménier du collége Henri IV;

Vabbé Ganilh, président de la Propagation des

Bons-Livres * (encore une autre association). Et Von travaille, et ’on s’encourage, puis on se réunit, et les organisateurs, les présidents, les rapporteurs, décernent 4 celui des concurrents qui Va méritée une couronne, quils méritaient encore beaucoup mieux que lui, et que Vhistoire reconnaissante leur décerne a son tour.

Ce n’est pas encore assez. On crée des revues,

qui, tous les huit jours, tous les quinze jours, tous les mois, viennent raffermir, éclairer, exciter les esprits, en traitant, comme l’on dit avec un terme barbare, toutes les questions d’actualité. Il

faut encore nommer les principales, par ordre de

dates : c’est Ami de la Religion et du Rot, rédigé, pendant tant d’années, par le grave et judicieux Picot; ce sont les Tableties du clergé,

qui enregistrent avec discussion, éloge ou réfuta-. tion, tout ce qui intéresse la question religieuse,

lois, polemiques, publications, nouvelles, événements quelconques; c’est le Mémorial catholique, rédigé par quelques jeunes prétres dévoués a Lamennais, comme Rohrbacher, Gerbet, de Salinis, auxquels se joignent quelques laiques, comme O’Mahony ; c’est enfin Le Catholique, grosse revue rédigée par le baron d’Kckstein, bon et savant homme, avec de jeunes chrétiens, comme de Carné, pour auxiliaires, et tous, travaillant avec des forces inégales, mais avec une égale ardeur, semblent dire : « Oui, opposons une digue au torrent dévastateur. Nos successeurs dans la défense de la cause catholique, instruits de nos efforts, auront peut-étre & gémir de n’en pas

‘ Frayssinous, Des livres irréligieux : Défense du christianisme, i, 308. Cette conférence, faite a la fin de ’année 1821, fut distribuée 4 profusion’ par la Bibliothéque catholique. L’Am de la Religion, xivu, 29.

2 Tablettes du clergé, vi, 328; vu, 273, etc.

PAS Poe mes a St oY Coe y Ss Raea a Leesa

L’AMI DU

recueillir tout le fruit que nous devrions en attendre : du moins, touchés de notre zéle dans des tircohstances aussi critiques, ils béniront nos labeurs, notre courage et notre invincible espoir. »

A cété de ces revues, au-dessus d’elles, n’oublions pas le Conservateur, qui place la religion avant « le roi, la liberté, la charte et les honnétes gens » 1; qui réunit des écrivains d’un si grand talent, de Bonald, de Corbiére, Vabbé Fayet, de Genoude, de Lamennais, de Villéle et d’autres encore; qui a pour directeur l’auxiliaire de la renaissance religieuse, l’Homére du christianisme, de Chateaubriand 2; qui met tant de soin dans sa rédaction que pas une ligne ne s’imprime sans qu’on l’ait examinée avec la plus mire attention dans un conseil qui s’assemble exactement chaque semaine *; qui enfin, de l’aveu de la France et de YEurope, arréte pour quelque temps la conspiration libérale *.

Kt puis, ’autorité ecclésiastique, qui encourage les bonnes lectures, pourrait-elle ne pas condamner les mauvaises? Pourraient-ils se taire, les évéques, sentinelles d’Israél, préposés non seulement 4 la garde de la loi divine, mais encore a la reconstruction de l’Eglise qui en a le précieux dépét? « Nous croyons devyoir protester, avec tous nos vénérables collegues dans lépiscopat, s’écrie Mgr de Boulogne, évéque de Troyes, contre la plus grande injure qu’ait jamais recue la religion dans le royaume trés chrétien. 5 » [1 condamne donc, sous les peines les plus sévéres, les impri-

-meurs, les libraires, les colporteurs de « ces

ouvrages impies, blasphématoires, séditieux, sacriléges... Et si, aprés avoir ainsi fait Vacquit de notre conscience et de notre charge pastorale, ces éditions fatales souillent encore la presse francaise; si, pour la punition de ce scandale, le ciel s’irrite de nouveau et nous menace encore du poids de sa colere..., pontifes du Seigneur, nous sommes absous aux yeux de la postérité et aux yeux de VKelise! ° »

Oui, ils sont absous, ou plutdét ils sont loués, ils sont applaudis, d’abord parce qwils ont tous fait leur devyoir, et ces évéques qui jettent le cri d’alarme avec l’anathéme, et ces ecclésiastiques qui organisent, et ces laiques qui les aident, et ceux qui donnent leur argent et ceux qui donnent

1« Le Conservateur soutiendra la religion, le roi, la liberté, la charte et les honnétes gens. » Conservateur, 1, 7. — Le second volume.s’ouvre par l’Hxposition des drotts de VEglise catholique.

2 Cest lui qui, consulté par Véditeur, en trace le programme et publie la premiére livraison, le 5 octobre 1818, et cest lui qui publie la derniére livraison, le 30 mars 1820. Le Conservateur cessa de paraitre a cause de l’établissement de la censure sur les écrits périodiques : « Ni nos principes, ni notre position ne nous permettent d’écrire sous la censure. D’un autre cété, il ne nous convient pas d’éluder la loi. »

? Lamennais, @uvres, vin, 367.

1 Le Conservateur, v1, derniére page.

> Instruction pastorale du 28 aotit 1821.

6 Cette instruction pastorale fut répandue a profusion par la Bibliothéque catholique. L’Ami de la Religion, XLVI, 29.

CLERGR

lire ; ensuite parce que, la premiére fois qu’ils combattent depuis nos longs malheurs, ils combattent, la vue nette, ’Ame ardente, le front haut, comme il faut combattre toujours, lorsque lon veut vaincre. ;

« Ah! s’écrie le libéralisme en 1825, notre plan ne suffit pas. N’attaquons pas seulement la religion en général, mais portons nos coups contre ses ministres. Crions que le clergé, c’est ’ennemi! » «...Wous voulez, dit le Cowrrier Francais 1, un gouvernement représentatif, des institutions pro-

‘tectrices des droits de tous, un commerce actif,

une industrie florissante : eh bien, tout cela est incompatible avec Vinfluence du clergé catholique. Ce clergé est ’ennemi-né des institutions libres, des garanties sociales, de tout ce qui émancipe l’intelligence humaine, de tout ce qui donne 4 Vhomme le sentiment de sa dignité. » Et alors, au nom de la tolérance dont il se pare toujours, le libéralisme livre. au ridicule, a Vinjure, a la calomnie, ce quwil y a de plus sacré sur la terre, et, dans quelques mois, la question religteuse devient

la principale question, la question unique. Si.

nous allons a Paris, Mesdames et Messieurs, si nous écoutons les conversations de la rue, quels mots entendons-nous? « Evéques, curés, moines, couvenis ; bulles, mandements, confession, communion, indulgences, excommunications ; partiprétre, jésuites, jésuitisme, fanatisme, obscurantisme ; gouvernement occulte, cafardise, congrégation, congrégation surtout et encore congrégation. » (La Congrégation, dont le nom domine tous les autres, est une congrégation d’hommes et de jeunes gens dirigée par un jésuite, le P. Ronsin ; elle se réunit tous les quinze jours, pour se livrer a la priere et a la charité, dans la chapelle des Missions Etrangéres, rue du Bac, et depuis l’année 1801, époque de sa fondation, jusqu’a l’année 1826, elle n’a recu que 1249 associés *). Si alors nous demandons : « Quoi done, la Congrégation? — Ah! nous est-il répondu, pauvres provinciaux que vous étes! Mais Ja congrégation, puissance invisible, qui semble he siéger nulle part et qui domine partout ; la congrégation qui commande au Trésor, qui maneuvyre 4 la Bourse, qui régne sur la police, qui cerne tous les pouvoirs, et qui donne toutes les places 4 ceux qui mettent la main dans un bénitier?! » Et pendant qu’autour

‘ Numéro du 14 décembre 1826. Ce sont les phrases en cours depuis 1825.

* VY. de Grandmaison, La Congrégation.

«A aucun moment, la Congrégation, modeste réunion de chrétiens, n’eut d’influence, soit publique, soit occulte, sur la marche des affaires. Le bon sens Vindique et histoire le prouve. » Id., ibéd., 276. — « Sous la Restauration, les libéraux voyaient partout Vaction

leur temps, et ceux qui écrivent et ceux qui font |

de la Congrégation. Aujourd’hui il n’y a plus de mys- |

tere: nous n’ignorons pas qu’elle était A peine une poignée d’hommes, qu’elle n’avait ni les ramifications, ni la discipline, ni l’organisation savante que Vimagination se plaisait & grossir... » Picot, La Pacification religieuse : Revue des Deux Mondes, 1* juillet 1892.

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WAMI DU CLERGE Fae ae

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- de nous nous entendons les colporteurs crier les -

chansons de Béranger, Mon Curé, Les Capucins,

Les Chantres de paroisse, Les Missionnaires, Le =a Bon Dieu, Le Dieu des bonnes gens, et que nous entendons les bourgeois et les ouvriers répéter les

refrains de ce blasphémateur, déja condamné par la Cour d’assises 4 trois mois de prison pour ou- -trage a la morale‘, et pendant que nous entendons crier les pamphlets de Paul-Louis Courier « Serons-nous capucins ou ne le serons-nous pas? », nous achetons un journal, puisque c’est a ce moment méme que commence la période la plus éclatante des annales de la presse, non pas le Constitutionnel, car nous gavons déja que, sept fois par semaine, il remplit ses colonnes de diatribes contre « les hommes noirs » « moitié loups, -moitié renards, » contre les missionnaires, contre « la bigoterie, V’hypocrisie, la perfidie, la tartuferie 2, » et qu’da ce métier il gagne 500,000 francs par an, mais nous achetons le Journal des Débats, qui, a partir de 1825, exerce un pouvoir immense ®, et nous yoyons que non seulement il sienale ce parti qui, dirigé par Rome, menace |’Etat, le roi, la société entiére*, mais encore qu'il dénonce avec effroi les intrigues effrayantes de Veffrayant jésuitisme : « Oui, sans doute, dit-il, le nom de jésuites, ce Nom sinistre, est dans toutes les bouches, mais cest pour étre maudit; il est répété dans les feuilles publiques, mais avec Jl’expression de lépouvante ; il parcourt la France entiére, mais sur Vaile de la terreur! » Kt puis, quelle manifestation! C’est un enterrement qui passe, l’enterrement du général Foy 5, l’enterrement du comédien Talma', ’enterrement de l’orateur Manuel’, c’est Penterrement d’un libéral, et, quelle que soit sa nuance, d’un pur, puisqu’il est mort sans les secours de l’Helise. Quelle perte, disent, avec des sanglots comprimés, les manifestants au coin des rues, les panégyristes sur la tombe, les journaux dans leurs colonnes ! Quelle perte, redisent, avec des sanglots également comprimés, tous les échos - du libéralisme! Car quelles vertus! quelles qualités! Excellent homme! Bon pere! Tendre. époux !

1 En 1822.

2 A la fin de l’année 1825, on répandit dans les colléges et dans les pensions, avec un mot préliminaire, pour prémunir la jeunesse contre « la dévote cabale, » Tartufe en format de poche. L’Ami de la Religion, XLvI, 182. ae

’ Lettre de Guizot au baron de Barante- « Bois-Milet, 22 aotit 1826. Je vous écris de la campagne, mon cher ami, 4 vingt lieues de Paris et pour trois semaines seulement, mais presque aussi loin des grandes routes que yous pouvez V’étre et dans un pays encore bien plus apathique que le vdire. Il n’y a ici, dans un rayon de trois lieues, que des paysans et trois ou quatre petits chateaux ol le Journal des Débats fait pourtant pénétrer quelques idées, surtout de I’humeur contre les jésuites : elle gagne vivement comme la contagion la plus rapide. Je vois des gens qui, il y a dix-huit mois, auraient brtlé les philosophes et qui aujourd’hui invoquent Voltaire de tout leur cceur contre le clergé... » G. de Barante, Souvenirs du baron de Baranie, it, 345. fe

4 Journal des Débats, 11 novembre 1820.

5 30 novembre 1825. :

6 21 octobre 1826.

724 aotit 1827.

Grand citoyen! Aussi faut-il mettre partout un trone pour sa pauvre famille'!... Et si nous allong a Notre-Dame-des-Victoires, et si nous rencontrons des missionnaires, nous y trouvons aussi le tapage, la petite émeute orgarisée avec la lie de la populace, pendant que, derriére les hurleurs, les meneurs libéraux répétent avéc onction que « le respect de notre sainte religion est partout, et quelle n’a pas besoin des tréteaux de ces prétres ambulants. » Et si, dégotités de la rue, nous allons dans un salon, dans celui qui est le plus en vogue,

celui du prince de Talleyrand, ce vieil évéque -

couvert de parjures et d’honneurs, si nous nous rendons dans la rue Saint-Florentin, si nous frappons a la porte de l’hétel, si nous montons a l’entresol, puisque c’est 4 Ventresol que se trouve ce

petit salon ot la plupart des grands hommes de

Europe viennent s’entretenir avec cet ami intime de toutes les révolutions, et aussi voir sa niéce, la duchesse de Dino, que disent-ils, ces esprits supérieurs, que dit-elle, Pélégante et. spirituelle duchesse ? Apres avoir parlé de l’enterrement civil de Talma, « enterrement qui, elle en est persua-

dée, a causé au catholicisme la perte la plus

notable qu'il ait faite depuis le protestantisme, » elle raconte au grave philosophe Royer-Collard, le erand doctrinaire, au sévére comte Molé, au fin baron de Barante, qu’en ce moment elle lit le petit libelle de Marcel de la Roche-Arnaud sur les Jésuites modernes, et qu'elle le lit avec avidite, parce que, dit-elle, il renferme « des révélations trés bonnes & connaitre 2. » En effet, ce libelle traite particuliérement du noviciat de Montrouge,

a Paris, que le Constitutionnel a déja signalé

comme une sorte de chateau-fort, flanqué de bastions, hérissé d’artillerie,-ot l’on fait l’exercice a feu, et il démontre, lui, Marcel de la Roche-Ar-

naud, jésuite défroqué, que « le supérieur, le

P. Gury, peut faire mouvoir mille bras armés de poignards pour assassiner les princes et détruire les empires..., et que, tous les huit jours, a l’entrée de la nuit, dans un appartement obscur, tous les novices jurent d’abattre aux pieds de leur Pére Ignace toutes les couronnes de Vunivers... »

‘ Aprés les funérailles du général Foy, on mit, un trone jusque dans les cafés des petites villes de province. Or, le 15 octobre précédent, le général Foy avait acheté une propriété sise rue Chaussée d’Antin pour la modique somme de 315,000 francs. Le pauvre homme ! — Le trone pour Manuel eut moins de succés. Si on ne ge lasse pas de crier, on se lasse de donner.

2 Tiettre de la duchesse dé Dino au baron de Barante. « Paris, 8 novembre 1826. Royer-Collard et moi nous nous sommes dit au méme instant que, depuis la réformation, le catholicisme n’avait pas fait une perte aussi

notable que celle que lVenterrement de Talma lui a

causée... J’ai lu en route le compte rendu de M. de Monflosier au parlement d’Aix sur l'affaire des jesuites lors de leur destruction ; cest écrit a merveille, cest clair, détaillé, excellent et bien curieux a relire main-

tenant. C’est M. Royer qui me la prété, et je le fais

lire maintenant 2 M. Molé. Le petit libelle de l’abbé de La Boche-Arnaud est curieux. Il a fait, au profit du jansénisme, chez les jésuites, le trés vilain métier d’espion, mais ses révélations sont trés bonnes a connaitre... » CG. de Barante, Sowvenirs du baron, de

Barante,ut, 359.

Cena

LAMI DU CGLERGE:

= en re

vive

Et si des salons, qui accueillent, qui savourent de telles. insultes au bon sens, nous allons a la Chambre des députés, dans cette atmosphére ardente ou l’on ne vit plus qu’au milieu des excitations des uns et dés récriminations des autres, nous entendrons Casimir Périer, devenu l’un des chefs du parti libéral, faire-deux discours coup sur coup et s’écrier en colére, avec les gestes d’une fiévre patriotique : « Ah! que lon n’ajoute pas foi a ces accusations ourdies dans le secret de ces sociétés mystérieuses, dont on ne connait, dit-on, ni Porigine, ni les statuts, c’est la le danger qwil faut craindre'! » Enfin si nous lisons le fameux pamphlet qui parait en ce moment?, le pamphlet composé par le comte de Montlosier, ’un de ces hommes qui se disent apdtres du christianisme et qui sont 4 la fois persécuteurs de ses ministres et calomniateurs de ceux qui pratiquent sa loi, si nous lisons ce livre qui s’appelle Mémoire a consulter, avec cette épigraphe : « Beaucoup en ont parlé, mais peu Vont bien connu, » nous verrons que c’est avec ce mot de Congrégation, « dont il faut, s’écrie-t-il, arréter vite les 48,000 affiliés ; » que c’est avec cette épithéte de jésuites, qu’il faut expulser ; que cest avec ce mystére du partiprétre, qu’il faut écraser ; que c’est avec cette image d’un monstre inconnu prét a tout dévorer, qu il souleve toutes les passions dans la France, méme dans le monde le plus éclairé, comme celui du baron de Barante et du comte de Saint- Aulaire?; que c’est avec Vimage de ce fantome insaisissable quil jette une véritable panique dans la nation, qui voit des ombres noires partout et partout des complots, qui a peur (et c’est un mal cruel que la peur), qui pousse des cris, qui cherche un refuge, qui, n’en pouvant plus, appelle les lois 4 son secours, la rigueur, toute la rigueur des lois.

Or, au milieu de ce trouble intellectuel et moral, si honteux pour un siécle de lumiéres, que fait lEglise? Loin de chercher des catacombes pour s’y cacher, elle se redresse en face de ses ennemis avec toute la dignité de ses intentions travesties, de ses vertus outragées et de ses droits méconnus. D’abord dans les livres, dans les revues, dans les journaux qu il serait trop long de citer *, elle

127 mai 1826. Monitewr, 1826, 1, 822.

* Février 1826.

5 Tuettre du baron de Barante au comte de Saint-Aulaire. « Paris, le’ mars 1826. Le livre de M. de Montlosier (Mémoire a consulter sur un systéme religieux, etc.) est encore un des événements de ce moment. On ne peut nier qwil n’y ait beaucoup de sagacité, de talent, de conviction dans cet ouvrage... Il ya une distinction de la vie chrétienne, qui ne comporte que le respect, d’avec la vie dévote... » CG. de Barante, Sowvenirs du baron de Barante, m, 821.

‘ L’Ami de la religion est rempli de ces réponses : XLV (aotit, septembre, octobre 1825), 6, 28, 47, 89, 91, 110, 120, 138, 152, 168, 184, 196, 247, 260, 282, 360, 365, 388 ; XLVI (novembre et décembre 1825), 23, 25, 58, 71, 78, 219, 245, 298, 329, 894, 405, 426 ; XLIX (aout, \septembre, octobre 1826), Réponses au Constitutionnel seulement, 135, 165, 167, 2384, 247, 265, 312, 377, 378, 421, 422; L (novembre et décembre 1826), 28, 102, 126, 181, 378, 118, 150, 180, 269, 316, 848, 402, 403; LIT (mai, juin, juillet 1827), 28, 128, 134, 148, 150, 151, 152, 171,

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