‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 147 sur 276 · II. assistance a la messe. — Ill. La sainte COMMUNION · texte numérisé non relu

II. assistance a la messe. — Ill. La sainte COMMUNION

Sommairg. — II. Assistance a la messe. — I. La messe. de paroisse, par elle-méme, n’est que de conseil. — Le bien public demande qu’on y assiste, de préférence a une autre. — HExhortation du concile de Gran aux. magistrats des communes les engageant a y assister en corps. — Moyens a employer pour y amener les fidéles : ’exhortation. — Autres moyens: 1° une église bien propre; — 2° une tenue correcte de la part de tous les assistants; — 8° un chant de bon gott ; — 4 des cérémonies bien faites ; — 5° un sermon soigné. — Une requéte aux directeurs d’ceuvres. — II. Assistance 4 la messe en semaine : 1° pour les enfants des écoles; — du catéchisme de premiére communion ; — 2° pour les hommes; — tentatives heureuses de quelques missionnaires ; — 3° pour les jeunes filles et les femmes, au moins pendant Vhiver.

Ill. La communion sacramentelie. — Lettre de Léon XIII au P. Coubé. — Le concile de Trente. — Le concile de la province de Vienne. — Les communions a Bruxelles au xvue et au xvure siécle. — 8. Frangois de Hieronymo. — 8. Ignace de Loyola. — 1° La communion chez les jeunes garcons; — les jeunes filles. — 2° Chez les femmes : communion hebdomadaire, — plusieurs fois la semaine. — 3° Chez les hommes, la commupion annuelle est souvent la seule possible.

APPENDICE. — La communion spirituelle : — conseillée par le concile de Trente ; — sa pratique ; — a qui doit-on la conseiller ? — moments ou on peat la faire.

La visite au Saint-Sacrement dont nous avons parlé dans notre dernier entretien, est le premier et le plus facile des actes du culte eucharistique. L’assistance a la sainte messe et la communion sont plus difficiles a faire accepter des fidéles.

Il. L’assistance a la sainte messe

Nous considérons ici l’assistance a la sainte messe comme ceuvre de dévotion, et non comme accomplissement du précepte dominical.

I. Cette ceuvre de devotion peut se rencontrer méme LE DIMANCHE. Chaque fidele, abstraction faite de circonstances particulieres, peut satisfaire au précepte n’importe ou et a toute heure. Néanmoins, pour l’édification publique, il vaut beaucoup mieux assister 4 la messe dans sa paroisse et autant que possible 4 la grand’messe. Le concile de Gran, en 1858, y exhorte les fideles en ces termes :

Obtestamur denique et provocamus optimates et magistratus, qui gubernationi presunt, aliosque dignitate preecellunt, ut in his aliis fidelibus exemplo preluceant, et solemnioribus imprimis diebus quibus humane redemptionis mysteria recoluntur, ad principalem ecclegiam collective conveniant, divinisque cum pietate ad eunctorum edificationem intersint ’.

— Comment obtenir cela des fidéles?

4 Coll. Lac., t. 111, col..710.

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— Tout d’abord il faut employer l’exhortation,

soit dans les catéchismes, soit 4 la messe parois- |

siale, soit en particulier. On recommande, surtout aux hommes, de retarder un voyage aprés la messe. Quand une personne de la famille est obligée ou bien d’aller 4 une messe basse, ou bien de rester & la maison pendant la grand’messe, on s’arrangera de maniére 4 laisser aux jeunes gens et au pére de famille la liberté d’y assister. Les hommes ne sont que trop portés 4 manquer a la messe sans nécessité sérieuse. 1] faut leur en éviter ‘les occasions. D’autre part, une belle assemblée d@hommes a les plus heureux résultats contre le respect humain, qui en retient un grand nombre. Ensuite, il faut rendre la grand’messe attrayante, afin que ceux qui y sont venus tiennent a y revenir. Les moyens sont nombreux pour cela :

10 Une église bien propre, balayée récemment, |

avec des bancs en ordre, nets de toute poussiére. . Comment voulez-vous que des personnes revétues de leurs habits de féte se plaisent dans des bancs disjoints, mal équilibrés, sur le point de s’affaisger, dont les plaies béantes sont toujours prétes a arracher quelques lambeaux du vétement? Ht les couches de poussiére superposées d’année en année, qui laissent une trace indécise sur le noir du costume! Il faut avouer qu'il n’y a la rien de bien engageant pour les fideles. Aussi, un curé quelque peu soucieux d’attirer ses paroissiens a la grand’messe doit veiller a ce quwil n’y ait rien dans les bancs qui froisse péniblement le regard. Il y fait passer un ouvrier aussi souvent qu’il le faut. Quant a la poussiére, de temps 4 autre, au moins 4 la veille des grandes fétes, il la fait enlever par les petites filles de la premiére commu- -nion. Et comme derniére ressource, 4 défaut d’argent pour l’ouvrier et de bonne volonté chez les enfants, il s'arme d’un outil ou d’un torchon et fait lui-méme la besogne: Zelus domus tuc comedit me.

20 Une tenue correcte de la part de tous les assistants. — Autrefois les instituteurs surveillaient les enfants a léglise: on était assuré du silence de ce cdté. Aujourd’hui, laissés a euxmémes pendant la grand’messe, ils se dissipent au point de fatiguer les fidéles. Quand on a des religieuses, maitresses d’école, on peut charger l'une delles de la surveillance des enfants. A défaut de religieuses, il faut chercher une personne pouvant parler avec autorité et se faire obéir, On rencontre aussi des paroisses oti les hommes et les jeunes gens (quand ils viennent a la messe, ce qui est rare) se conduisent comme dans une salle de café. Il faut avouer encore qu’il n’y a la rien de bien engageant pour ceux qui veulent assister avec dévotion a la messe, et prier sans étre distraits par le bruit des conversations. C’est un scandale a faire cesser.

3° Un chant de bon gott. — Autant un chant juste et soutenu frappe agréablement V’oreille et attire les fidéles, autant un chant discordant, qui se rapproche plutét de la chanson avinée que des louanges de Dieu, les éloigne.

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— Il n’est pas donné a tout curé dayoir un lutrin bien rempli de chantres émérites. Autrefois | les instituteurs avaient la direction du chant et formaient des éléves. Et aujourd’hui!...

—.Aujourd’hui cest a nous a former des chantres, au moins un qui aura Vinitiative au lutrin. Pour répondre, il faut faire appel a la bonne volonté des fidéles. Rien de plus beau que quand tous les hommes chantent dans une église. Aussi ne doit-on rien négliger pour arriver a ce but. Dans le cas ot c’est impossible, il faut former un chceur de jeunes filles et leur apprendre les chants principaux de la messe.

40 Des cérémonies bien faites. — Les cérémo-— nies sont au culte ce que le vétement est a VYhomme : elles le font comprendre et admirer. Nos gens se font une haute idée de tout ce qui touche a Dieu, et ils demandent de la dignité de notre part dans tous nos rapports extérieurs avec lui par les cérémonies religieuses. Aussi aimentils 4 voir des enfants de chceur, bien proprets, exécuter avec aisance et modestie toutes les fonctions de leur emploi; — et surtout le célébrant accomplir avec une dignité respectueuse tous les rites gacrés. .

50 Un sermon soigné. — Ce n’est pas l'un des moindres attraits de la messe paroissiale quun sermon a point, bien préparé et bien dit, assez court pour ne pas fatiguer l’attention, et assez neuf pour la soutenir. Quand on la entendu une fois, on veut ’entendre de nouveau.

— Dés lors que nous sommes cantonnés sur le catéchisme, au bout de quelques années on ne peut que se répéter, au grand détriment de Vintérét.

— On nous demande non nova, sed nove. Un vieux missionnaire donnait ce conseil a des curés : « Chacune de vos instructions doit avoir quelque chose de neuf et d’inédit, sinon dans le fond, du moins dans la forme, de telle sorte que ceux qui vous entendent puissent dire: Jignorais cetie vérité, ou du moins je ne Vavais jamais envisagée sous cet aspect.» ;

Je n’ai pas la prétention d’avoir énuméré tous les moyens qu’on peut employer pour amener les fidéles A assister 4 la messe paroissiale, mais seulement @ouvrir un horizon aux hommes de bonne volonte. 3

Quw’il me soit encore permis de dire aux directeurs @cuvres : « Favorisez le plus possible, aux personnes qui dépendent de vous, l’assistance a la messe paroissiale, afin que les catholiques se connaissent et se soutiennent, que l’église s’emplisse et que cette messe soit véritablement la priére de la paroisse, et non le pensum de quelques personnes qui ne peuvent ou n’osent assister a une autre messe. » aed

I]. AssisTANCE A LA MESSE EN SEMAINE. —~Autrefois, @apres la loi, les enfants devaient étre conduits 4 la messe le jeudi. Aujourd’hui la loi étant muette sur ce point, il est difficile de les y ayoir. Cependant on doit essayer d’y amener les jeunes filles, les petits gargons qui n’ont pas fait

leur premiére communion, et, parmi les autres, ceux qui voudront répondre a notre appel.

Quand vient le moment de la premiére communion, tous les enfants qui y sont appelés doivent, pendant un temps plus ou moins long suivant les paroisses et surtout l’époque de la premiére communion, assister chaque jour a la messe.

| Pour les autres enfants, l’assistance journalidre

a la sainte messe, bien qu’a désirer, est souvent

impossible. Pendant Vhiver, la longueur et la

difficulté du chemin, obligation de préparer a la maison une partie du travail de la classe et d’apprendre des lecons nombreuses ; pendant l’été, la nécessité de conduire le troupeau paternel a la pature ou d’aider les parents dans les travaux domestiques, voila tout autant d’empéchements qui

s’opposent a l’assistance. journaliére des enfants a

la messe dans un grand nombre de paroisses.

Néanmoins, il faut profiter de toutes les circonstances pour les y appeler le plus souvent possible, v. g. les fétes a dévotion, les services pour les défunts de la paroisse, les messes du Sacré-Ceur, etc. ;

Cest aux adultes surtout qu'il faut proposer Vassistance 4 la sainte messe en semaine, parce que c’est 4 eux surtout qu’elle sera profitable. Les Péres Rédemptoristes ont essayé, non sans succés, nous dit le P. Godts, d’amener les hommes eux-

-mémes a cette pratique de piété. Aprés avoir fait pendant le cours de la mission une instruction sur les fruits précieux que procure la messe, ils distribuaient une petite brochure intitulée: De la salutaire pratique dentendre la messe tous les jours *. Souvent ils ont vu des villages entiers assister, au moins pendant l’hiver, a la messe en semaine comme le dimanche.

— Je doute quwils obtiennent le méme succés dans nos régions matérialistes. De fait, ne voit-on pas, aprés le passage des missionnaires, une grande partie de ceux qui ont fait leur mission laisser la messe du dimanche au bout de quelques semaines ?

— Ce que l’on ne peut faire avec les hommes, il faut le tenter avec les femmes et les jeunes filles, au moins pour V’hiver. Tout d’abord, il faut commencer par une invitation générale, répétee sous des formes différentes 4 des intervalles trés courts. On fait remarquer Vutilité qu’il y a pour chaque famille 4 étre représentée chaque jour ou plusieurs fois la semaine 4 la sainte messe, tantdt par une personne de la famille, tantdt par une autre. Vient ensuite une action personnelle et soutenue auprées des veuves et des jeunes filles dont le temps est plus libre. Cela suppose que la messe est dite 4 une heure commode pour la paroisse, 4 une heure fixe, 4 une minute prés, et quelle est courte. Dés lors que nous voulons attirer les fidéles 4 la messe, il faut choisir leur heure et non la nétre. D’autre part, comme le temps dont dis-

‘ Cette brochure, de 64 pages, est due 4 la plume du P. Saint-Omer et se vend 4 la librairie Casterman,

posent les personnes est restreint, il faut qu’elles soient stires que la messe ne les retiendra pas au dela de telle minute ot leur présence dang la maison devient nécessaire.

Ill. La communion sacramentelle

La pensée de l’Kglise 4 ce sujet, nous la trou-:

vons dans un bref adressé le 10 janvier dernier au —

P. Coube, Vapdtre de la communion fréquente chez les laiques de tout rang. ca

Lion XIU, Parr Trés cher fils,

Salut et bénédiction apostolique. :

Au temps présent et dans l'état de choses actuel, tous les esprits droits et pieux voient avec douleur l’ardeur & confesser la foi et ’antique pureté des mceurs disparaitre chez un grand nombre d@’hommes.

Si l’on recherche la cause du mal, on la trouve principalement dans ce fait que ’amour et l’usage du banquet eucharistique languissent chez la plupart et n’existent plus chez beaucoup. C’est ce que déplorait déja VApotre quand il écrivait aux Corinthiens ; « Voila pourquoi beaucoup parmi vous sont sere at beaucoup s’endorment. » A cela rien détonnant : celui-la seul peut remplir les devoirs de la vie ours tienne qui a revétu le Christ, et l’on ne revét le grist que par la fréquentation de la Table eucharistique. Par elle, en effet, le Christ demeure en nous et nous en lui. Ils ont done bien raison, ceux qui travaillent a laffermissement de la foi et 4 la correction des mceurs, lorsquwils prennent 4 tache d’exciter les catholiques a s’approcher plus souvent de la table du Seigneur : plus on la fréquente, plus on en retire des fruits abondants de sainteté.

Et puisque vous, trés cher Fils, vous travaillez noblement ace but et que vous allez rééditer les discours’ solennels que vous avez prononcés sur cette matiére, Nous éncourageons hautement votre dessein et votre zéle, et nous souhaitons de tout cceur qu’un trés grand nombre de catholiques prennent Vhabitude de recevoir chaque semaine le sacrement de l’autel.

En attendant, comme témoignage de Notre amour et | comme gage des faveurs divines, Nous vous accordons |

trés affectueusement la bénédiction apostolique. Donné 4 Rome, prés Saint-Pierre, le 10 janvier 1900, la vingt-deuxiéme année de Notre pontificat.

Lion XIII, Paps.

Voila donc le désir formel du Souverain Pontife: . « Nous souhaitons de tout coeur qu’un trés grand nombre de catholiques prennent Vhabitude de recevoir chaque semaine le sacrement de l’autel. »

L’Ami du Clergé a beaucoup parlé de la communion fréquente dans les maisons d’éducation, etc. Ici, nous enyisagerons la question au point. de yue paroissial, et nous nous demanderons si le désir du Chef de l’Kglise peut étre réalisé et sil peut étre dépassé.

Je vous dirai tout dabord que le Souverain Pontife ne proclame pas une doctrine nouvelle ; il ne fait que rappeler l’esprit du Concile de Trente : «Optaret quidem sacrosancta Synodus ut in singulis missis fideles adstantes non solum spirituali affectu, sed sacramentali etiam Kucharistice perceptione communicarent, » lit-on au canon VI de la session xxi. Or, les fidéles sont obligés d’assister 4 la messe au moins une fois par se-

“TVAMI DU CLERGE —

maine, sans parler des fétes d’obligation qui tombent en semaine.

Le concile de la province de Vienne commente ainsi le décret précédent :

Heec Ecclesice est mens, hee mens sit omnium, quibus animarum immortalinm cura commissa est. Indefessis studiis fideles inducant, ut ad sacram mensam freguenter accedant, eam tamen quam mysterii ratio exposcit, preeparationem non negligant. Ktenim minus sane malum est panem vite non tangere, quam sacrilego eum usu accipere ac indigne manducando mortem sibi manducare '.

— A-t-on des documents qui nous permettent de juger de la pratique des siécles passés relativement a la communion fréquente?

— Oui, et je vais vous donner quelques exemples.

En 1662, Bruxelles comptait a peu pres 60.000 habitants répartis dans un nombre de paroisses plus grand encore que de nos jours. Il y avait en outre quatorze églises de réguliers et vingt de religieuses ouvertes au public. Or, dans la seule église des Jésuites, on comptait 300.000 communions dans l’année, dont 12.000 le premier dimanche de chaque mois, 17.000 pendant les Quarante-Heures, 20.000 pendant l’octave de saint Ignace, etc. *

En 1773, la méme ville de Bruxelles comptait 170 confesseurs. Comme ce nombre paraissait insuffisant aux administrateurs laiques, ils demanderent qu’il fit porté a 200».

Saint Francois de Hieronymo, religieux de la Compagnie de Jésus, mort en 1776, aprés avoir évangélisé le Napolitain, fut un fervent apdtre de la communion mensuelle. « Communionem, quam dicunt generalem, singulis cujuslibet mensis tertiis diebus dominicis, usque adeo promovit, ut Siepe quindecim millia fidelium, aliquando vigenti millia aut eo amplius ad Eucharisticam mensam convenirent *. » Ainsi s’exprime le Bréviaire ala féte de ce saint.

Saint Francois de Hieronymo ne faisait que mettre en pratique les conseils du fondateur de la Compagnie de Jésus. En 1544, saint Ignace écrivit de Rome une longue et admirable lettre aux habitants d’Azpeitia, sa patrie. Aprés leur avoir rappelé les désordres qu’ils avaient corrigés, lors de son passage parmi eux, en 1535, Ignace ajoutait :

Depuis ce temps je n’ai rien appris de vous : seriezvous, par une légéreté déplorable, retournés aux anciens désordres ? Je Vignore. Quoiqu’il en soit, je viens vous prier, yous conjurer avec une vive ardeur de vous appliquer a servir, 4 honorer Jésus-Christ Notre-Seigneur dans l’admirable sacrement de l’Eucharistie...

Il fut un temps ot tous les fidéles, sans exception, qui avaient Page requis, communiaient chaque jour. Peu de temps aprés, la piété chrétienne se refroidit; on commenga a2 ne communier que tous les huit jours. Plus tard, la charité perdit presque toute sa chaleur, et

Yusage s’introduisit de ne communier qu’aux trois principales fétes de ’année. On laissait pourtant a cha-

PEC OU ncLOCs. Uecvere@l mlone

2 Précis historiques, 1883, p. 529.

3 Godts, Ibid., p. 842.

‘ Bréviaire Romain, App., 11 mai.

cun la liberté de communier plus souvent, ou de trois jours l'un, ou une fois la semaine, ou une fois le mois. On en vint enfin a l’excés de négligence et de misére ott nous sommes aujourd’hui; on n’eut pas honte, comme on n’a pas honte aujourd’hui, de ne recevoir qu'une fois l’an ce pain céleste. Aussi’ ne reste-t-il plus aujourd’hui du christianisme que l’ombre vide du nom de chrétien. CGonsidérez d’un ceil calme et attentif le monde presque entier, et vous en serez frappeés comme moi.

Tl nous faut done, 4 tout prix, restaurer les saintes coutumes des chrétiens d’autrefois. Les intéréts de la divine Majesté, nos plus grands intéréts personnels nous y obligent. Du moins qu’une fois le mois, si Pon ne peut encore obtenir davantage, tous, aprés s’étre confessés, recoivent l’Eucharistie. Et s'il s’en trouve quiyeuillent communier plus fréquemment, il est hors de doute qu’ils se rendront trés agréables a Dieu. C’est le témoignage de saint Augustin, confirmé par le suffrage de tous les autres docteurs. Aprés avoir dit, en effet : « La communion quotidienne de tous, je ne la loue ni ne la blame, » le saint docteur ajoute : « Mais j’exhorte & communier tous les dimanches. »

Saint Ignace voulait donc, pour tous les habitants d’Azpeitia, la communion hebdomadaire. Il résume admirablement dans ces quelques lignes la tradition relative 4 la communion. Voyons si ces conseils peuvent étre réalisés de nos jours.

Pour éyiter toute confusion, je vous rappellerai: — 1° que nous sommes ici a la campagne, au milieu de populations agricoles, et non en ville ou au milieu de populations livrées a Vindustrie; — 20 que nos populations, sans étre complétement matérialistes, subissent de plus en plus Vinfluence du mal; — 3° que si quelques-unes de nos écoles communales de filles sont confiées a des religieuses, il en est beaucoup plus qui sont entre les mains d’institutrices laiques ; — 4° que toutes nos écoles de garcons sont dirigées par des instituteurs laiques, dont beaucoup sont « dans lemouvement. » Voila la situation vraie, qu'il faut envisager de face et quwil fallait signaier, afin que ceux a qui les circonstances permettent de faire davantage ne pensent pas que nous les condamnons et trouvons leur zele exagéré. Ceux qui se croiraient dans une situation encore plus défavorable feront . bien de tenter quelque chose. Si modestes que soient les résultats, ils n’auront qu’a s’en louer. Quelques bonnes communions en plus dans une paroisse comptent dans la balance de Dieu.

Pour les petits garcons, pendant un an ou deux aprés la premiére communion, mais durant l’hiver seulement, on peut leur faire pratiquer la communion mensuelle. Aprés cela, on peut parfois obtenir, pendant un an ou deux encore, la communion trois ou quatre fois année. Puis ils se contentent de la communion pascale ou abandonnent complétement les sacrements. Voila le maximum de résultats quune longue expérience m’a démontrés possibles a la campagne. Je vous souhaite d’&tre plus heureux.

De fait, pendant l’été, ces enfants partant a cing heures avec le troupeau ne peuvent communier avant; quant 4 communier au retour, il y faut peu songer a cause du danger de la rupture du jeine et du défaut de préparation spirituelle. -

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D’autre part, pour obtenir une persévérance plus longue, il faut lutter, — et contre lindifférence et parfois Vhostilité des parents et des maitres, — et contre le respect humain tenu en éveil par les sarcasmes des camarades déja impies. Ce n’est que par une association de tous les enfants de bonne volonté, quand on peut en ¢tablir une, que l’on peut triompher de ces deux redoutables ennemis de la communion fréquente chez les jeunes garcons livrés aux travaux de Vagriculture. La communion, pour subsister, ne peut étre que générale.

Pour les jeunes filles instruites par les religieuses, la communion mensuelle, le dimanche, est assez facile a réaliser. Il leur est plus facile, en effet, de se faire remplacer le dimanche matin pour la garde du troupeau; d’autre part, les parents admettent plus volontiers la communion de chaque mois pour les jeunes filles que pour les garcons: enfin exemple et les encouragements de leurs maitresses ne penvont que les entrainer dans cette voie.

La besogne est singulierement simplifiée quand on a un noyau de personnes de tout Age admises ala communion fréquente, parce que le respect humain disparait totalement et que les enfants peuvent communier sans se faire remarquer.

Autant les communions générales sont utiles -pour les jeunes garcons, qui n’aiment pas a se trouver seuls 4 la sainte table, autant elles sont a déconseiller pour les jeunes filles. Assurément toutes se rencontreront aux. jours de grandes fétes; mais il faut laisser a4 chacune la latitude d’y aller dans les autres circonstances, aux jours ‘ou elle sera plus libre, afin que ce soit une résolution sincére, et non la routine ou le désir de faire comme les autres, qui les ameéne. JJ n’est pas bon non plus de limiter les communions a une par mois : cela sent trop Je réglement. Il est facile de trouver de douze a quinze fétes pendant J’année, et méme davyantage, et lon a ainsi le nombre de communions désiré, sans méme que les intéressées s’en apercoivent.

Pour les grandes personnes, la communion hebdomadaire peut s’obtenir encore assez facilement. C’est parmi les directrices de la Congrégation et de VAssociation des méres chrétiennes que l’on trouvera les éléments de cette ceuvre. C’est par une action personnelle sur chaque ame qu’un curé arrive a recruter les personnes qui feront la communion hebdomadaire. On commence par suggérer des communions supplémentaires, surtout quand il y a deux fétes qui se suivent a peu de distance, par exemple la Toussaint et les Trépassés, le Jeudi Saint et le jour de Paques, etc. Peu & peu on arrive 4 faire aimer la sainte communion, et alors les personnes la demandent elles-mémes plus souvent.

-Cest par les mémes moyens qu’un curé peut arriver 4 obtenir des personnes dont la conduite

est exemplaire et qui disposent d’un peu de tenips »

le matin, la communion plusieurs fois la se-

maine. On commence par peu :

grace font le reste.

— Ht les hommes ?

— Les hommes! Heureux est-on de les avoir au moins a Paques.

Pour cela, il leur faut aujour@’hui un véritable héroisme pour ne pas se laisser entamer par les insultes que leur prodigue Vimpiété de plus en plus hautaine. Il est de bon ton de ne plus s’approcher des sacrements. Heureusement qu'il n’en est pas de méme partout.

Nous avons examiné la question de la communion au point de vue pastoral, Jaissant au confesseur le soin d’étudier la question morale relativement aux dispositions que chacun doit apporter a la réception du sacrement de l’Eucharistie.

Nous ne voulons pas terminer sans dire un mot de la communion spirituelle. La pratique en est vivement recommandée par le Concile de Trente, dans le passage que nous avons cité: « Optaret quidem sacrosancta Synodus ut in singulis missis fideles adstantes, non soium spiriiuali affectu...

le temps et la

communicarent. » Elle est d’ailleurs trés facile.

D’aprés saint Alphonse, il faut: — 1° un acte de foi en la présence de Notre-Seigneur au Saint- Sacrement; — 2° un acte d’amour accompagné du reoret des fautes ; — 30 un acte de désir; — 40 un acte de remerciement. On peut la conseiller a tout le monde, hommes, femmes et enfants, spécialement pour le moment de l’assistance 4 la sainte messe, ou quand on entend sonner la messe, ou quand on apercoit une église.

En terminant, je vous rappellerai que ’ceuvre de la communion fréquente (au sens large du mot) est l’couvre par excellence. Sans elle, pas de paroisse : un curé ressemble a un ministre protestant, 4 un administrateur quelconque. Sans elle, pas de mceurs dans la jeunesse : la, en effet, est la source de toute pureté. Sans elle, peu de fidélité dans le mariage, etc. C’est donc vers ce but que doivent tendre tous nos efforts, toutes nos prieres, tous nos soucis. Il en cotite, il est vrai, de répéter cent fois la méme chose et de se mettre toujours a la portée de tous pour la confession. Le démon ne reste pas non plus indifférent devant un succes obtenu : cela se paie et parfois fort cher. Mais la récompense sera proportionnée au travail et aux

souffrances. (A suivre).

a SRE OU SE er

QUESTIONS

de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Quelle est Vorigine et l’histoire du nom de baptéme? A quelle époque faut-il en faire remonter Pusage ?

Son imposition est-elle prescrite par quelque loi de l'Eglise, ou bien nvest-elle que facultative, comme semble le laisser entendre le Rituel romain: « Curet

(parochus) ne obscoena, ridicula... nomina imponantur, sed potius quatenus fiert potest Sanctorum » ?

R. —Nous traiterons cette intéressante question avec quelques développements au double point de vue de histoire et du droit.

Art. I. — LES NOMS DE BAPTEME AU POINT DE VUE DE L’HISTOIRE

Nos recherches porteront d’abord sur la période des persécutions jusqu’au Concile de Nicée, et ensuite sur les quatri¢me, cinquiéme et sixiéme siécles.

§ 1. Historique des noms chrétiens pendant les trois

premiers siécles

On a relevé dans les catacombes, qui sont les cimetiéres chrétiens des premiers siecles, un nombre considérable de noms, dont les uns sont communs & tous, les autres exclusivement chrétiens.

A. — Les premiers chrétiens n’avaient aucune répuenance, toutes les fois que cela n’atteignait pas la délicatesse du sentiment religieux, 4 conserver les noms qwil8 avaient recus de leurs parents paiens, et qu’eux-mémes avaient portés avant leur conversion. C’était peut-étre, dans les temps de persécution, un moyen de se soustraire aux recherches deg idolatres. Aussi trouve-t-on sur les marbres, comme dans les actes des martyrs et les écrivains ecclésiastiques de cette époque, plusieurs classes de noms qui ne présentent aucun caractére exclusif de christianisme. Nous allons passer en revue ces diverses catéegories, nous en tenant a un petit nombre de noms pour chacune d’elles, et nous donnerons ces noms

sans indiquer les ouvrages ow ils sont mentionnés,

renvoyant pour cela au travail tres érudit de Martigny.

Noms dérivés :

I. DES DIVINITES PAIENNES. 40 APOLLON Apollo, Apollinaris, Apollinaria, Apollonius ; — Pheebes et Pythius, des surnoms d’Apollon.

20 ARTEMIS, un des noms de Diane: Arlemisius.

30 Baccuus : Bacchus, Bacchius ; — Dionysius, surnom de Bacchus, a cause de son temple de Nysa, Dionysia; — Liberia.

40 CASTOR ET Potiux, les Dioscures : Castoria.

59° CALLIOPE, Pune des neuf Muses : Calliopa, Calliopius.

6° CERES : Cerealis, et de son nom grec, Demeter, Demetrius.

7° DIANE : Dianesis, et Cinthia, du mont Cinthus, lieu de naissance de cette déesse.

8° Eros : Hros, Erotis, Erocheides.

90 HERCULE : Herculanus, Eraclius, Eractia, Heraclius. ;

10° Ilyatn, déesse de la santé : Hygias.

14° Janus : Janus, Janilla.

420 Jurirer : Jovina, Jovinus, Jovinianus, Jovita.

Du nom de JurprreR AMMON nius, Ammonia.

: Ammon, Ammo-

NE Dari

Il faut donner la méme origine 4 Olympius, Olympiades, Olympia. i

480 Lapa : Leeda. é

440 Lucine : Lucina.

150 Mars: Martia, Martianus, Martialis, Martinus, Martinianus, Marzia. i

460 Mproure : Mercurius, Mercuria, Mercu-— rianus, Mercurus, Mercurialis, Mercurilis, Mercurianetis, Mercurina, Mercuriolus.

Du nom grec de Mercure, HERMES, on a eu Hermés, Hermas, Hermogenes, Ermes et Ermogenia.

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