‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 153 sur 276 · A PROPOS D’UN LIVRE RECENT · texte numérisé non relu

A PROPOS D’UN LIVRE RECENT

Le livre qui nous fournit l’occasion et la matiére de cette étude : Parlons ainsi‘, tout en ayant spécialement en vue la prédication, expose des prin- ‘cipes et des préceptes généraux qui peuvent s’appliquer a tous les genres d’éloquence. On y trouve tous les principes nécessaires pour diriger l’action du prédicateur exposés d’une maniére exacte et méme scientifique. Faire connaitre ce livre a des prétres, leur donner une. idée sommaire de ce quwil contient d’utile pour eux, leur montrer le profit quwils peuvent en retirer, leur exposer les raisons qwils ont de l’étudier, et leur faire part de quelques-unes des nombreuses réflexions que sa lecture suggére, ce sera, croyons-nous, leur rendre un vrai service.

Nous ajouterons aux conseils de M. Gondal ceux de plusieurs autres maitres. .

Il existe beaucoup de traités de prédication, les uns anciens, les autres modernes. Tous parlent plus ou moins de l’action; mais aucun d’une maniére compléte, surtout d’une manieére scienti- . fique. Le livre que M. Gondal vient de publier était encore a faire.

Ce livre n’est pas un traité de prédication : il ne parle que du débit. Ce n’est méme pas un traité de V’action oratoire qui convient 4 la chaire. C’est un traité de l’action oratoire en général, avec quelques conseils particuliers pour la chaire.

M. Gondal insiste surtout sur la partie de l’action oratoire la plus élémentaire, qui comprend la

*Partons arnst. De la voix et du geste, par M. Gondal,

rofesseur d’éloquence au séminaire Saint-Sulpice. —

aris, Bloud et Barral. — Un vol. in-8° de 561 pages. Prix : 5 francs.

prononciation, Varticulation, la phonation, la res- « piration, la justesse des intonations et la correc- — tion des gestes. C’est la partie de action oratoire la plus nécessaire et la plus négligée. Nous disons’ que M. Gondal y insiste; nous ne disons pas qu’il 8’y renferme. Dans Parlons ainsi rien n’est omis — de ce qui se rapporte 4 l’action. Encore est-il que la partie que nous appelons « élémentaire » y est traitée avec une particuliére ampleur. Sur cette trés importante partie de l’action, V’auteur n’est pas seulement complet; a notre avis, il est redondant. Nous ne lui reprochons pas d’étre diffus : il est au contraire trés précis. Mais en s’attachant 4 exposer la philosophie des préceptes — ce qui est une bonne chose, — il s’est laissé, ce nous semble, entrainer a des théories, et en particulier 4 des théories médicales, et 4 des considérations sur la physiognomonie, sur la graphologie, etc., qui nous paraissent en partie des hors d’ceuvre. Du reste ce défaut, si c’en est un, n’dte rien au livre de son mérite et de son utilité.

Ce traité de Vaction oratoire, tout a fait neuf et unique dans son genre, a un caractere trés particulier. Voici comment auteur s’en explique dans son Avant-propos :

« La pensée de l’auteur en le publiant? — Indiquer a tous ceux qui« parlent » a quelles conditions’ on deyient expert en l’art de bien dire; rappeler aux prédicateurs au prix de quels efforts eS on tire du corps lui-méme en éloquence tout ce er qu’il peut donner de gloire 4 Dieu et de service © aux hommes.

« Le moyen adopté pour tendre 4 ce but ? — Pré- ve senter réunis en un seul volume, condensés, illustrés, mis en ordre, les apercus des auteurs, sg les conseils des professeurs et les exercices des ha écoles de déclamation; offrir au lecteur un résumé

' vivant et fidéle de ce qui s’écrit, se dit et se fait

dans les milieux ot lon a particuliérement a Bes, coeur de cultiver la parole. » 3

Un grand nombre d’ouvrages sur la voix ont été publiés dans ces. derniers temps. M. Gondal — ; donne au commencement de son volume une “4

L’AMI DU

CLERGE

bibliographie comprenant quarante ouvrages sur le dit sujet, presque tous récents, ou plutdt tous 4 l’exception du livre de Vabbé Dénouart intitulé : L’éloquence du corps ou Vaction du prédicateur, qui date de 1761.

Plusieurs de ces ouvrages ont une vraie valeur. Ils sont trés connus dans le monde des artistes, mais trés peu dans le monde ecclésiastique. On ne saurait faire un reproche aux ecclésiastiques de ne pas connaitre des livres comme Ccelui-ci par exemple : L’art du comédien, par M. Coquelin ainé, de la Comédie-Francaise. On ne peut pas exiger que les prétres aillent se former a la prédication a la Comédie-Francaise et au Conservatoire. I] n’en est pas moins vrai qu'il y a la des maitres dont les observations et les conseils sont de nature a leur ¢étre tres utiles.

Cette liste d’ouvrages ne comprend pas tous ceux que M. Gondal a consultés et utilisés, ni méme tous ceux qu'il cite dans le cours de sun livre. Ces ouvrages, avant d’avoir lu M. Gondal, nous en connaissions plusieurs, et en Jes lisant nous nous étions dit: « Quel dommage que nos prédicateurs, non pas seulement les prédicateurs de stations, les prédicateurs qui montent dans les grandes chaires, mais aussi, mais surtout les prédicateurs qui annoncent chaque dimanche la parole de Dieu dans les paroisses, ne connaissent pas ces conseils, ces recettes, ces secrets qui pourraient leur étre si utiles! »

Eh bien! ce que nous désirions est fait. Les membres du clergé n’auront plus besoin de lire ces livres pour s’en appliquer les enseignements en ce quils ont d’applicable a la prédication, et en extraire en quelque sorte la substance. M. Gondal l’a extraite pour eux. Son livre, il nous le dit équivalemment dans son Avant-propos, nest quwun compendium. Seulement, ce qwil ne nous dit pas, cest un compendium magistral.

Si comme nous le souhaitons, sans Vespérer, le livre de M. Gondal se répandait parmi le clergé, il aurait pour premier résultat, non de « rappeler, » mais de faire connaitre, d’apprendre, de révéler « aux prédicateurs au prix de quels efforts on tire du corps lui-rméme en éloquence tout ce quwil peut donner de gloire 4 Dieu et de service aux hommes. » La tres grande majorité des prédicateurs ne se doutent nullement de ce que l’action, sils y avaient été formés, pourrait donner de puissance a leur parole. Us n’ont aucune idée des longs et laborieux efforts que cette formation exige.

En dehors du clergé, les hommes qui embrassent des carri¢res ot ils ont besoin de savoir bien parler, cultivent Vaction avec le plus grand soin, prennent les lecons de maitres habiles, et s’exercent assidiment pendant plusieurs années. Rien de semblable pour la grande majorité des prétres, c’est-a-dire pour la grande majorité des prédicateurs, car la grande majorité des prétres sont appelés a précher.

En général, les ecclésiastiques cultivent beau-

coup moins la forme que ne le font les gens du monde. Ils s’attachent tellement au fond des choses, 4 la doctrine, qwils en négligent le style. Ils perdent souvent pendant leurs quatre ou cing années de grand séminaire le peu de facilité @écrire qu’ils avaient acquise avant d’y entrer, et la plupart ne s’inquiétent- guére de retrouver ce qwils ont perdu. « Nous sollicitons, écrivait en 1858 Yabbé Martin dans son ouvrage : Portraits littéraires des plus célébres prédicateurs contemporains, nous sollicitons pour la prédication des campagnes le soin du style, généralement tombé en décadence 1, » Depuis cette époque il n’y a pas eu l’ombre de relévement, et il n’y a guere d’apparence qu’il y en ait de si tt. Mais ce qui est tombé en décadence beaucoup plus encore que le style, c’est Paction.

D’une maniére générale, la forme est grandement négligée dans la formation de la plupart des prédicateurs. Méme, a le bien prendre, pour la plupart cette formation existe-t-elle ? Quelques préceptes généraux sur l’éloquence, en soi bien insuffisants, pendant une année de rhétorique ou Von était trop jeune, trop peu développé, trop peu réfléchi pour en profiter, puis, pendant le temps du grand séminaire, quelques régles sur la predication portant, en somme, sur le fond beaucoup plus que sur la forme, données, d’aprés un des nombreux traités de prédication publiés dans ces derniers temps, par des hommes souvent sans compétence, et puis cest tout. Pour I’action généralement rien, au moins rien de sérieusement utile.

Les prétres sortent du séminaire avec de trés .

grands défauts dans l’action qui n’ont pas été corrigés et qui, le plus souvent, ne le seront jamais et iront méme en s’accentuant.

Sous le rapport de Vaction oratoire, la plupart des prétres demeurent toute leur vie des enfants de la nature. Il est vrai que chez plusieurs la

nature est excellente et produit, méme sans cul- .

ture, @assez bons fruits. Un extérieur avantageux, de l’assurance, de la facilité de parole, une belle voix, et avec tous ces avantages extérieurs, de la littérature, du tact, de la pondération, un sens esthétique et artistique inné, suppléent, dans une mesure vraiment appréciable, a ce qui leur manque du cété de la formation, méme pour Vaction. Il en est aussi chez qui la beauté du discours couvre les défauts de l’action. D’autres arrivent presque ase former tout seuls. Mais ce ne sont la que des exceptions. La plupart sont bel et bien des enfants de la nature, et certes cela se reconnait. Mais le mal est que cela ne se reconnait que par ceux qui ont été formés a l’art de la parole, et le nombre en est petit. Ces enfants de la nature le demeurent toute leur vie sans s’en douter, et souvent sans que personne autour d’eux. s’en apercoive. :

Crest la qu’est le danger, c’est 1a qu’est le mal.

* Deuxiéme partie, chap. ut, p. 376.

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Au lieu de parler, ils crient ou ils chantent ; chacun d’eux se déméne 4 sa maniére, suivant son temperament. Quand ils font beaucoup de bruit et

beaucoup de gestes, c’est alors qu’ils croient et

qu’on dit autour @eux qu’ils préchent bien. Quoiquils fassent beaucoup de bruit, et méme précisément parce quils en font trop, on ne saisit qu'une partie de ce quils disent, leur parole manquant Varticulation. Personne ne s’en inquiéte : ils préchent bien, cela suffit. Ceux qui voudraient les suivre se voient obligés d’y renoncer parce qu’ils vont trop vite, mais ils sont dans une grande adimiration devant cette intarissable volubilité de parole. Ce flux rapide les émerveille, les ébahit : «Oh! qwil préche bien! — Qu’a-t-il done dit? — Je ne sais pas, moi! Je n’ai pas compris tout ca, je n’ai pas retenu tout ca. »

On écoute ces éloquents sermons-la, et surtout les proénes du dimanche débités sur un ton que Yon connait @avance aussi bien qu’on connait Yair de la préface, 4 peu prés comme on écoute la preface, religieusement, mais sans se préoccuper de suivre et de comprendre. Cela semble d’autant plus naturel que le plus souvent ce sont des choses qu’on a déja entendu dire, quelquefois dix ou vingt fois dans sa vie: «— Oh! nous savons ¢a! »

Ces sermons et ces prénes sous forme de préface produisent peu de résultats naturels, si ce n’est celui de faire dire, quand il y a eu beaucoup de cris et beaucoup de grands gestes, que le prédicateur a bien préché. Mais quand le prédicateur est un homme de priére, ou bien quand d’autres bonnes Ames prient pour quwil fasse le bien, il suffit de quelques lambeaux de ses sermons pour

‘ toucher les Ames, Dieu daignant attacher sa grace

a tous les moyens, et quelquefois aux plus misérables. Cela arrive surtout pendant les temps de mission, qui sont des temps de grace.

Honneur en soit rendu, non a cette voix morte, Mais au Dieu qui donne la vie a nos accents,

Qui met le trait sur Vare et la flamme a Vencens, Fait un écho vivant de nos lévres muettes,

Et dans nos coeurs félés verse ses eaux parfaites ! *

Les prédicateurs ont bien plus de raison encore de le dire que le poéte. Mais conclure de la que cette maniére de précher est la bonne et que les prédicateurs n’ont pas besoin de s’astreindre, pour

-Yaction, aux régles que suivent les orateurs du

Barreau et du Parlement, serait une étrange erreur. Ce serait 4 peu prés comme si l’on disait que, parlant au nom de Dieu, remplissant les fonctions d’ambassadeurs du Trés-Haut, les prédicateurs n’ont pas besoin de s’astreindre aux régles de la grammaire et de la logique. C’estla réflexion qwexprimait au commencement du xvIIIe siécle le Pére Gaichiez, oratorien, dans son excellent ouvrage : Maximes sur le ministére de la chaire, dont nous reparlerons plus loin.

‘Lamartine, Harmonies poétiques, Epitre 4 Sainte- Beuve.

L’AML DU CLERGR ae pee

« On observe les régles de la grammaire et de la logique : pourquoi négligera-t-on celles qui concernent Vaction ?

« Les hommes apostoliques peuvent avoir négligé ces régles:la plénitude du Saint-Esprit leur tenait lieu Wart, de méthode. Cet heureux temps n’est plus ; mais si les maniéres sont différentes, la fin est toujours la méme.

« Voudrait-on interdire a l’éloquence sacrée des moyens innocents dont l’éloquence profane sesert — avec succes? La charité a droit sur ce que la cupidité usurpe !. »

Tl entre dans les desseins de Dieu que nous ne comptions sur sa grace qu’aprés avoir employé tous les moyens humains qui sont en notre pouvoir, absolument comme si le succés ne dépendait que de nous. Or, humainement parlant, méme quand il est trés réel et trés prononcé, le talent a besoin, pour produire les résultats qu’il peut naturellement produire, d’étre perfectionné par l’art. Il faut qu’il soit perfectionné non pas seulement par P’étude des régles qui apprennent a composer un discours, mais par l’étude de celles qui enseignent a le débiter, des regles difficiles, minutieuses et compliquées, qui doivent diriger l’action. )

«Il ne faut pas s’imaginer que la nature enseigne assez 4 un orateur de quelle maniére il doit prononcer, et comment il doit composer son geste. Ce serait étre dans la méme erreur que celui qui se persuaderait que homme n’est pas obligé d’apprendre l’art de bien raisonner, parce qu il a une ame raisonnable 2. »

Il est nécessaire, si l’on veut faire du bien par la prédication, d’étudier les régles de Vaction comme on étudie les regles de la ‘composition, les régles de la grammaire et de la logique.

« Liaction, dit l’abbé Mullois dans son Cows dMéloquence sacrée populaire, cest la manifestation des pensées de l’ame par le corps; mais le corps est souvent rebelle, i/ pése & Vdme, et sur ce point comme sur bien d’autres, il a besoin Vétre assoupli, mortifie, discipline 4 Pobéissance.

"ame a beau étre forte, elle ne domine que trés rarement le corps du premier coup, il s’exécute de fort mauvyaise grace; au contraire l’exercice lui donne souplesse et aisance. Il arrive ce qui a lieu a Végard des militaires. Voyez le jeune conscrit arrivant au régiment : il est lourd, embarrassé, son arme lui pése, on dirait que c’est pour lui un lourd fardeau ; retournez dix mois aprés, ce n’est plus le méme : il est preste et alerte, et il porte son arme avec une élégance toute francaise. Il en pourrait étre de méme pour la parole... » — « Un tout jeune homme compose un sermon au séminaire : il le coud de piéces, de morceaux et de phrases rapportés. Il s’efforce autant que possible de n’étre pas lui-méme; et puis, avec ce bagage, il monte

* Chapitre vir. De l’action en général.

* Téloquence de la chatre et du barreau selon les principes les plus solides de la rhétorique sacrée et profane, par feu ’abbe de Bretteville,1.V, chap. ur. (1689).

“ YAMI DU CLERGE

dans une chaire, chaire de ville, et méme chaire de cathédrale, et le voila orateur !. »

Il conservera jusqu’d la fin son premier pli, s’imaginant souvent qu’il préche bien parce qu’il

récite de belles phrases, parce qu’il a une belle |

voix, parce qu’il se donne beaucoup de mouvement, et surtout parce qu’on lui fait beaucoup de compliments. En réalité la plupart des prétres demeurent toute leur vie au point de vue de léloquence ce que demeurerait au point de vue de la guerre un soldat qui n’aurait jamais fait l’exercice. Pour l’action oratoire comme pour la guerre, il faut avoir fait longtemps Vewercice. Crest la régle.

A coup str c’est une régle a laquelle Dieu n’est pas obligé de s’assujettir. Il accorde, quand il lui plait, sa grace comme il l’entend : il est le maitre. Mais se dispenser de prendre pour arriver a réussir dans le ministere de la parole les moyens que prennent les orateurs profanes, en comptant sur la grace pour suppléer a ce qui nous manque, serait de notre part de la présomption et de la sottise.

D’ordinaire, dans cette négligence des régles de

Vaction oratoire, négligence trés commune chez les prédicateurs, il entre surtout de Vignorance et de Ja routine. Et méme, le plus souvent, les prédi-

cateurs n’apprennent pas ces régles tout simplement parce qu'il n’y a personne pour les leur enseigner. Pourquoi n’y a-t-il personne pour les leur enseigner, nous laissons a d’autres le soin de le rechercher et de le dire; mais le fait est certain, et il est déplorable.

Le livre de M. Gondal est trés propre a faire sentir cette lacune et a aider a la combler. Il n’y a pas de prédicateur qui ne puisse en tirer du profit. Il est surtout de nature a étre trés utile 4 ceux qui débutent, ou qui se préparent a débuter. Il peut leur ouvrir des horizons absolument nouyeaux pour eux, et les décider a travailler a conquérir certaines qualités élémentaires qui leur manquent, et a se corriger de certains défauts tres graves dont ils ne se doutent méme pas.

Nous croyons utile d’attirer Vattention des nombreux lecteurs de ’Ami du Clergé sur quelques-unes de ces qualités et quelques-uns de ces défauts. C’est, croyons-nous, le meilleur moyen de leur faire sentir ’avantage qu’il y a pour eux a se procurer un ouvrage comme celui-ci. Méme pour

ceux qui le liront et l’étudieront — il faut l’étudier, — nos observations pourront avoir une sérieuse utilité.

Le traité de M. Gondal en effet est un traité scientifique, scientifique non seulement de fond, mais @allure, de ton, de méthode. I] indique ce qu’on doit faire beaucoup plus que ce qu’on doit éviter. I] ne fait que Pindiquer, et encore briévement, sans faire ressortir aucun travers, aucun abus, aucun ridicule, ou du moins sans les mettre en un grand relief. En soi rien de mieux. Encore

! Ch. x, p. 246 et 250,

une fois c’est un traité scientifique. Ce livre était nécessaire.

D’un autre cété cependant, il faut bien prendre les prétres tels qu’ils sont. Sur certains points se rapportant a l’action oratoire, ce mest pas assez de leur dire en quelques mots nets et précis : « Voici ce qu’il faut faire, et voici ce qu’il faut éviter. » Ils ont besoin qu’on les en conyainque, qu’on les préche. Nous allons les précher.

Il est nécessaire aussi, — pour faire admettre que M.Gondal, tout en demandant beaucoup, ne demande cependant rien de trop, et pour faire comprendre que ce qu’il semble demander de tous n’est pas nécessaire 4 tous, et qu’en réalité il ne le demande pas de tous, — de donner certaines explications. Nous les donnerons.

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Sur 561 pages que renferme son traité, M..Gondal en a consacré 250 a la prononciation proprement dite, a la prononciation en tant qu’elle consiste 4 rendre ou 4 exprimer par la voix des mots ou des paroles. En cela plus qu’en tout le reste, M. Gondal a bien mérité du clergé. Son livre ne renfermat-il que ces 250 pages, il serait a conseiller a tous les prédicateurs comme propre a leur rendre le plus grand service.

Si un prétre veut vraiment se mettre en état de faire du bien par la parole, il faut quwil commence par apprendre a prononcer d’une maniére qui n’ait rien de choquant pour ses auditeurs, et tout d’abord de maniere 4 se faire bien entendre.

A moins @’un défaut d’organe tout a fait radical et irrémédiable, tout le monde peut arriver a se rendre maitre de cette partie si importante de Paction oratoire. « On peut apprendre a parler par cela seul que la parole reléve de la liberté, et on doit apprendre a parler pour tirer du divin instrument qui est en nous tout ce qu'il peut donner de gloire 4 Dieu et de service aux hommes. Or « parler, » cest articuler. Articulation et parole sont, en effet, deux termes synonymes. Le premier devoir du parleur est donc d’apprendre a articuler. ;

« Devoir impérieux, imprescriptible. Il n’est pas possible d’exagérer l’importance et la nécessité de Varticulation proprement dite. Sans articulation, pas de parole; une mauvaise articula-~ tion rend inutiles les meilleures qualités de la . voix; une bonne articulation, au contraire, en utilise toutes les ressources.‘ »

Sans doute, dit M. Legouvé, « on ne peut pas parler sans voix, mais la voix seule est si insuf: fisante qu'il y a des lecteurs, des orateurs, et des acteurs pour qui la richesse méme de leur organe yocal est un inconvénient. Chez eux, Sils ne savent pas articuler, le son mange le mot, les voyelles mangent les consonnes. Ils parlent si haut, ils lisent si haut, ils font tant

* Parlons ainsi, premiére partie, n. 4,

ae

was

de bruit en lisant et en parlant qu’on ne les entend pas 1. »

« Gest Varticulation et Varticulation seule, dit

encore le méme écrivain, qui donne la clarté,

énergie, la passion, la véhémence. Telle est sa puissance qu’elle peut racheter méme la faiblesse

de la voix, et méme en face d@’un erand auditoire.

Il y a eu des acteurs de premier ordre qui n’avaient presque pas de voix. Potier n’avait pas

de voix, Monvel, le fameux Monvel, n’avait pas

de voix, il n’avait méme pas de dents! Et cependant non seulement on ne perdait pas une seule de ses paroles, mais jamais artiste ne fut plus pathétique et plus entrainant. Comment? Grace a Varticulation. Le plus admirable lecteur que J aie connu était M. Andrieux. Sa voix était pour-

‘tant plus que faible, elle était éteinte, éraillée,

Comment triomphait-il de tant de ~défauts ? Par Varticulation !... On a dit de lui qu'il se faisait entendre a foros de se faire écouter ; ajoutez : a force d’articuler 2

L’articulation telle qu’on lVentend ici n’est pas | un don qu’on recoit en naissant, et qui se déve-

loppe de lui-méme. C’est une science et un art. En parlant de « la science de lV’articulation, » M. Gondal dit avec raison :

« A tout prix il faut Pacquérir ; de plus nécessaire.

« Il n’en est pas de plus difficile. Peu de personnes naissent avec une articulation complétement bonne. Chez les uns elle manque de souplesse, chez les autres de fermeté, chez plusieurs elle est sourde. A ces imperfections originelles pour ainsi dire et organiques s’en ajoutent souvent plusieurs autres qui les aggravent : des habi-

il n’en est pas

‘tudes défectueuses imposées par le milieu, des

travers tout personnels, des originalités recherchées et voulues pour elles-mémes, etc.

« Le travail, un travail assidu et méthodique, peut corriger ces défauts et le peut seul *. »

Vabbé Mullois, qui a donné au clergé beau-

coup d’excellents conseils pratiques sur la prédi-

cation populaire, revyient en plusieurs endroits

sur la nécessité et les avantages de l’articulation

avec une insistance trés significative.

« Ce qui nous manque surtout, cest l’articula- ‘tion, cette articulation puissante qui détache, burine et ciséle une pensée..., qui donne a V’orateur une force de vie extraordinaire, en mettant en jeu tout le systéme nerveux. Nous l’avons dit : toute la valeur d’un mot est dans la consonne, tandis gu’on la met souvent dans la voyelle.

L’émission vocale, c’est le bloc informe; la consonne, c’est le ciseau de V’artiste qui en tire un chef-d’ceuvre *. »

Tl revient sur ce sujet dans un ouvrage postérieur, Maniére de précher en ce temps-ci : « Une partie de la puissance du Pére de Ravignan,

4 Tart de la lecture, p. 56.

2 Tbid., p. 5d.

® Parlons ainsi, premiére partie, p. 15.

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