I DU
nouvelle biographie du bienheureux Raymond Lulle, et lisez la vie elle-méme de Raymond, mouyementée s'il en fut, jennesse orageuse mais chevaleresque toujours, troubadour gracieux ‘et sentimental mais débauché a Yégal des plus fameux (voir ses confessions dans le Livre ‘de contemplation), & trente ans subitement frappé de la grace par une apparition de Jésus crucifié, pénilent, mystique, théologien, philosophe, professeur (il enseigna son Grand art a Montpellier et recut de Seot licence d’enseigner 4 Paris), missionnaire et lun des plus prodigieux qui aient été, car il parcourut toute lurope, préchant la croisade et la réforme, traversa la moilié de VAsie, toute Afrique du Nord, se passionna pour la conversion des Tartares et finalement se fit martyriser 4 Tunis (29 juin 1315). — M. Marius André a passé cing ans en Espagne; cest la que, devenu l’ami des nouveaux éditeurs de Raymond Lulle, il a appris 4 goiter dans toute leur saveur ces iInnombrables écrits en prose et en vers ou le Doctewr illuminé met la théologie en romans, personnifie tout, symbolise tout, fait parler Dame Oraison, dialogue avec les dix commandements, et poursuit avec une admirable ténacité tout un plan, ot la science des langues et de la philosophie prédomine, pour la conversion du monde musulman. Ce livre est une vraie réyélation, et toujours palpitante d’intérét.
On ne lit plus guére saint Jean Chrysostome, et V’on ne se doute pas 4 quel point il paraitrait actuel et vivant, de nos jours. Il est, par excellence, l’apétre de la charite. Si, entre tous les apétres, il s’attache de préférence a saint Paul, c’est parce que saint Paul a été par excellence Vapétre de la charité. Plus encore que par Vintelligence, il est grand par le cur. Méme en ses saintes coléres, il n’est au fond que charité et amour. Il vécut, ayant toujours-devant les yeux ce verset des Actes ou l’Esprit-Saint a buriné d’un trait, pour toute la suite des ages, le tableau de la premiére communauté chrétienne : Multitudinis autem credentium erat cor unum et anima una. Parmi ceux qui se pressaient au pied de sa chaire, s'il ne négligeait personne, cependant sa prédilection allait surtout aux humbles et aux simples. Il a contre la richesse des invectives si fortes, et pour les pauvres un zéle si passiouné qu’on Ya parfois représenté, bien 4 tort, comme une sorte de tribun posant et discutant du haut de la chaire la question sociale. Mais c’est de quoi va nous parler tout & Vheure Paul Allard. Pour le moment, 4 qui veut faire avec saint Jean Chrysostome une connaissance rapide et exacte, nous ne saurions recommander rien. de mieux, de plus vivant, de plus entrainant, de plus parlant que le portrait que nous en donne M. Puech, professeur de littérature grecque a la Sorbonne.
II. — Saint Jean Chrysostome done nous améne & cet ouvrage de M. Paul Allard, dont vient de paraitre la troisiéme édition, et qui fut, lors de son apparition, couronné par l’Académie francaise. La question de Vesclavage fut la plus terrible qui se posa devant VPEglise au jour ot elle prit contact avec la société romaine ; et c’est une de celles qui passionnent le plus, . aujourd’hui encore, certains historiens jaloux de ravir au christianisme la gloire d’avoir le premier proclamé et le seul réalisé efficacement le principe de la liberté et de Pégalité humaine. ‘
Dans une premiére partie DLesclavage antique, M. Paul Allard nous retrace létat économique, social et moral du monde antique, empoisonné et gangrené par Vesclayage, l’essor de Vindustrie arrété, V’agriculture ruinée, la notion méme du travail altérée et le travail devenu objet de mépris, la classe entiére deg hommes libres précipitée dans VPoisiveté, la corruption descendue des maitres aux esclayes et remontée des esclaves aux maitres, la conscience morale détruite chez les uns par le pouvoir de tout exiger, chez leg autres par la nécessité de tout subir, dans ce lamentable échange de vices les liens de famille affaiblis, presque rompus, et la ruine de la famille présage dun effondrement universel et d’un retour, non a la barbarie, mais @ un état sans nom dans aucune langue humaine. :
La seconde partie est intitulée : L’égalité chrétienne, et nous montre l’esclaye en possession de tous- les droits, dés le début, dang la société religieuse. L’Hglise ne demanda pas & la société civile la brusque libération des esclaves, et n’essaya pas d’agiter par de généreuses mais imprudentes protestations une civilisation malade : a la fois plus circonspecte et plus hardie, elle agit, dés le premier jour, dans sa sphére propre, comme si lesclavage n’existait pas. Ces misérables
sclaves que le droit romain reléguait au rang des choses, ves, des biens meubles, pauvres créatures sans droit ni devoir, sans dieux, sans religion, sans mariage légal, sans famille, sans aucun des éléments sociaux qui élévent ’homme. au-dessus. de.J’animal, l’Eglise tout d’un coup les élevait au sommet méme de l’humanilé régénérée, transfigurée par le Christ! Etait-ce 1A la nouveauté annoncée par le prophéte : Creavit Deus novum super terram? Rien ne peut nous donner une idée du renversement total que -pareille conduite opérait et exigeait dans une cervelle romaine : l’esclave devenu 1’égal de son maitre devant Dieu, devant ses fréres en religion, devant toute la société le jour ot la société serait chrétienne, l’esclave devenu. quelquefois Vainé et comme le « pére » de son maitre encore catéchuméne dans cette nouvelle famille, l’esclave évangélisant son maitre et ’amenant au baptéme, l’esclave élevé au sacerdoce, 4 l’épiscopat, les clefs mémes de saint Pierre déposées entre des mains serviles. ' Enfin la troisiéme partie : La liberté chrétienne, “nous montre la société civile pénétrée peu a peu ‘par la société religieuse, Vesprit chrétien animant la législation, Pégalité civile et domestique devenue une conséquence nécessaire de l’égalité religieuse. Ce n’est pas tout d’amener le maitre chrétien 4 considérer l’esclave comme son frére : l’Hglise lui persuade de l’affranchir. Elle inspire & Constantin des lois sages et prudentes qui multiplient les causes et les modes d’affranchissement et en simplifient les formes. Par la sainteté rendue au mariage, elle diminue le nombre des enfants exposés, voués jusque-la infailliblement a l’esclavage ; elle les recueille dans ses orphanotrophia et les éléve pour la liberté. Surtout, — et ec’était la le principal obstacle 4 V’abolition de lesclavage, — elle arrache du coeur de ses néophytes le préjugé paien contre le travail manuel. A la fin du ye siécle le travail était réhabilité, et Vordre économique commengait a se replacer sur ses véritables bases : lesclayage pouvait disparaitre, on nayait plus besoin d’esclaves.
Quand cette disparition fut-elle consommée? On ne peut répondre avec précision. Les révolutions morales nvont pas de date; elles s’opérent sans bruit, sans réyolte, sans déclaration de guerre. L’Hglise, aprés Constantin, continua d’inspirer la législation des empereurs chrétiens, jusqu’a Justinien qui définissait enfin Vesclavage « une institution barbare et contraire au droit naturel. » L’esclave était rentré partout en possession de sa personne : il ne devyait plus 4 son maitre que son travail. Peu 4 peu cette obligation se changea elleméme en une redevance fixe; le serf devint maitre de son travail, 4 condition d’en prélever une partie au profit de son seigneur. Transformation qui s’opéra graduellement, insensiblement, plus rapide ici, ailleurs plus lente, en certain lieux etablie dés le ve siecle, en d’autres douteuse et hésitante jusqu’au xi° ou au xe siécle. Quand elle fut achevée partout, il put ~ayoir encore des hommes dépendants, assujettis, attachés méme 4 la terre, il n’y eut plus d’esclaves.
Ill. — Le P. Cros avait commencé, il y a quelques années, la publication d’une série de « documents nouyeaux sur saint Francois Xavier, son pays, sa famille, ga vie. » Un volume avait paru déja (in-8 raisin de x-540 p., portraits, 23 vues, 52 photogravures de documents, 5 fr.), qui devait etre suivi de deux autres. Aujour@’hui, cédant 4 des instances pressantes, le yénérable auteur interrompt cette publication, destinée ~ aux érudits, pour donner 4 ses fréres dans le sacerdoce et aux fidéles une grande Vie de saint Frangois Xavier. Crest de cette Vie que nous annongons le tome I, ih nous conduit de la naissance du saint, en 1506, jusqu’a son départ de Malacca pour le Japon (1549). Une Vie de gaint Francois Xavier se recommande delle-méme. Celle du P. Cros offre cet intérét et ce charme tout - particulier, que la part la plus large y est faite aux - extraits de la correspondance du saint. Pour les années d’adolescence et les premiéres années de missions, c’est presque une autobiographie.
Tv. — Madame d’Youville, fondatrice des Seeurs de la Charité de Montréal, a été proclameée Vénérable par Léon XIII, le 28 avril 1890. C’est donc une sainte que le Canada s’appréte 4 donner a l’Eglise; et la France,
la mére-patrie, ne doit pas-en étre moins fiére que,
"Amérique du Nord. L’auteur de la biographie que ee eons, Mme Jetté, fut l’une des principaux témoins dans le proces informatif de Montréal ; ses dépositions ont fait Vadmiration des Congrégations romaines, et c’est sur les instances de son archevéque,
Mer Bruchési, qu’elle livre ces pages au public. On les lira avec édification partout, et surtout avec le plus vif intérét. La Mére d’Youville fut une femme forte et un cwur brilant de charité pour les miséres humaines ; et que nous manque-t-il plus aujourd’hui que la charilé et la force? Elle fut éprise, Aun degré étonnant, @humilité et de vie cachée; et quel exemple admirable pour notre siécle de réclame et de publicité a outrance, surtout quand on songe que cet exemple nous vient d’Amérique et que les vertus cachées portent, la-bas aussi bien qu’ailleurs, le fruit que leur assurent
les promesses évangéliques ! La Mére d@’Youville est un —
modéle pour tous les Ages, pour toutes les conditions, puisqu’on nous la montre successivement enfant au foyer paternel, pensionnaire au couvent, jeune fille dans le monde, épouse, mére, veuve, religieuse et fondatrice
‘d’Ordre, et, dans chacun de ces états, grandissant en
sainteté. C’est une Vie qui rappelle par bien des cétés, — celle de sainte Jeanne de Chantal, et, pour l’activité incessante, celle de saint Vincent de Paul.
Nous souhaitons 4 cet ouvrage (dont on a omis de nous indiquer le prix) la plus large diffusion en France, dans tous les milieux. Ce sera une Welle et bonne lecture.
Du foyer a V’école, par le P.. Raynal, prieur- ‘i
de l’école de Soréze. — Un vol. in-8 de 254 p., 3 fr. — Tours, Cattier.
Le livre des méres, par M. Chambon. — Un
vol. in-16 carré, de 1x-252 p., 3 fr. — Paris, as
H. Gautier.
I. — Du foyer a V Ecole est un recueil de discours de distributions de prix. « Jeunes gens, dit la préface, un siécle va finir. Vous étes la France de demain. Elle sera ce que vous la ferez, et vous la ferez ce que vous étes. Elle sera croyante, patriote, laborieuse, chevaleresque, fidéle a ses traditions nationales et catholiques, si — toutes ces nobles flammes réunies et formant esprit francais briilent dans vos ames et brillent dans votre vie... Hcoutez un ami au seuil du siécle nouveau; marchez droit et rassurez la France en luicriant : « Ton Ame « estimmortelle, et ton cceur va guérir. » :
On y trouvera, sur la famille, sur la patrie, sur le prétre, sur la direction de la vie, sur la morale indépendante, sur l’éducation « francaise, » sur les réformes scolaires, sur la liberté d’erseignement, de vastes idées, sous la forme sonore et grandiose que l’on prend volontiers pour ces sortes de solennités. Le volume s’ouvre et se clét sur ’éloge de Lacordaire, et c’est toute justice puisqu’il nous arrive de Soréze. Mais tout n’est pas. également 4 louer dans Lacordaire, et l’on elit pu se — dispenser, par exemple, de nous rappeler cette phrase | de son testament : « ll y a des points dans Vhistoire des peuples gu’on ne doit plus remuer :l’Edit de Nantes en était un, la loi sur la liberté d’enseignement en est un autre. » (Mettre en regard le mot du pape Clément VIII, cité dans Vandepitte, Histoire de France, p. 292: Dites au roti que cet édit me crucifie). :
Il. — Le livre des méres est Pouvre d’une meére, et nous souhaitons qu’il devienne le manuel de toutes les méres, quwil soit aux mains aussi de tous ceux qui ont a les éclairer de leurs conseils. C’est un guide stir et trés élevé. Il conduit la mére, avec un tact infini, a travers tous les devoirs de son mandat et toutes les difficultés de la vie enfantine, depuis la naissance jusqu’ la fin de l’adolescence.
Rien n’est oublié. Petite enfance, sevrage, dentition, premier éveil de Vesprit, manifestation des penchants, marche des études, influence des jeux, de l’alimentation, des agents extérieurs, impressions 4 produire ou a éviter, tout a pris place dans ce volume, tout y est mené de front. La division tripartite de l'éducation (physique, p. 1-58 ; —intellectuelle, p. 59-118 ; — morale, p. 119-248) n’est 14 que pour jalonner le chemin. L’éducation est une cuyvre d’ensemble, un tout harmonieux, un travail d’équilibre entre les forces diverses qui résultent de la dualité de Pétre humain. Elle est un tout unique comme elle a un but unique : former le corps pour l’dme, et l&me pour sa fin immortelle. C’est ainsi que notre auteur fait commencer l’éducation morale vers cing semaines : quenous yoila loin de l'éducation négative de Rousseau! ;
« Le premier éveil du sentiment de la sympathie nous est révélé par le sourire. Dés que l’enfant sourit, il peut
ra.
recevoir la culture moral. Il ne faut pas laisser grandir au hasard, en pousses folles, les semences precieuses tombées du ciel dans cette petite Ame qui est le jardin de Dieu... L’éducation négative est un non-sens et elle est contraire 4 Pexpérience. La nature est essentiellement agissante; elle ne perd pas de temps pour ¢ravailler sur les instincts primilifs et les transformer en habitudes qu’il faudra souvent délruire. Or, comme Va dit un pédagogue de génie, l’éducation qui développe est bien supérieure et préférable a celle qui réprime. La répression vient toujours trop tot pour la mére et souvent trop tard pour l’enfant. » (P. 120-121).
Le Ciel sur ia terre, ou le Livre de la virginité. —In-48 de 160 p., 0 fr. 50; net, 0 fr. 25; toile, tranche rouge, net, 0 fr. 50. — Lille, Maison Saint Joseph.
Excellent petit livre, « dédié aux familles chrétiennes ; » se recommande surtout aux patronages et aux congrégations d’Enfants de Marie. Le sujet est délicat a traiter, et plusieurs n’osent jamais y toucher, objectant le mot de saint Frangois de Sales: « Il y a deux vertus qu’il faudrait pratiquer sans cesse, et, s'il était possible, ne nommer jamais : ’humilité et la chasteté. » Mais le saint parle ici des conversations, et nullement des écrits ou discours publics. I] ne faut pas causer humilité, dans la crainte de flatter la vanité de son interlocuteur, ni chasteté, parce que ce genre d’entretien peut Jaisser dans les esprits « une secréte et presque imperceptible imagination du vice contraire. » Mais ce qui est vrai d’une conversation entre deux personnes ne lest pas des livres ni de la chaire chrétienne : le prétre ici a un devoir 4 remplir : saint Francois de Sales luiméme nous apprend ile remplir, dans son Introduction a la vie dévote, et notre Vieux Moraliste nous a éloquemment éclairé la conscience la-dessus, Vhiver dernier.
Plus de Ja moitié des personnes de l’un etl’autre sexe viyent en dehors du mariage, et se trouvent par conséquent sous les lois rigoureuses de la chasteté parfaite. Ii faut bien les instruire des conditions ot se passe leur existence, de la vertu qui leur est nécessaire, de son excellence, de ses périls. Et a ce point de vue, Véloge de la chasteté est beaucoup plus efficace qu’une charge a fond contre le vice contraire. On parle volontiers contre Vimpureté, on déclame, on s’emporte, on épuise les comparaisons les plus repoussantes, on exagére : mauvaise méthode. Avec cela on décourage, on éloigne, on ferme la bouche au confessionnal, et Von n’inspire a personne lamour de la belle vertu ni le désir méme de se corriger.
Parlez plutét de la chasteté, avec tranquillité et douceur; dites en la beauté, la grandeur, la nécessité, non seulement aux yeux de Dieu, mais aux yeux des hommes et de la conscience humaine quand elle veut étre sincére, et non seulement au point de vue moral, mais méme au point de vue du corps ; donnez-en les raisons surnaturelles et naturelles, phystologiques et psychologiques, montrez Vheureuse répercussion qu'elle exerce sur tout l’ensemble des vertus, surnaturelles et naturelles, sur les vertus mémes dont le parfum passe pour le plus précieux dans le commerce de la vie : en un mot, faites comprendre la chasteté, faites-la aimer, montrez-en la possibilité, inspirez-en le désir, et vous aurez fait beaucoup pour extirper le vice contraire.
Car, il ne faut pas voas le dissimuler, parmi la multitude des Ames qui-vous sont confiées, qui depuis des années se trainent dans le péché, que vous n’avez jamais vues s’approcher des sacrements ou qui s’en sont approchées plus ou moins inconsciemment sans désir sincére ni espoir de relévement, il y en a beaucoup qui ont perdu la notion méme de la chasteté, qui ne la comprennent plus, ne l’estiment plus, ne la désirent plus, ne croient plus a sa possibilité... Allons! un coup daile, un souffle d’air pur, un rayon de soleil virginal 4 toutes ces Ames! Sursum corda! Sicut portavimus imaginem terreni, portemus et imaginem caclestis. Chantez, avec nos péres du moyen age: Ave, Domina, Virgo e& decus Virginum! Ave, laus et gloria continentium! Ave, virtus et proesidium conjuguorum!... Ad te, Domina, logquimur, cum terra simus et cinis, imo terra deteriores et cinere... Multis et horrendis sordibus inquinati : tuam sanctam castitatem veremur etiam cogitare. Verumtamen
quia te matrem misericordice non ignoramus, misericordissimam te speramus invenire... Riga corda nostra rore tuce dulcedinis : ut evanescat quem hausimus potus amaritudinis. Amor tuus radiet in nobis : et eapellat consuetudinem vitiorum... (Le Virginal de Marie, publié pour la premiére fois d’aprés un manuscril du xrve siécle, par le P. Ragey, in-18, 0 fr. 60, Paris, Gaume).
En sept chapitres, Le Ciel sur laterre traite du mystére du bonheur, en quoi consiste ce bonheur, le paradis des vierges, la lutte, le péril, les soutiens, la virginité dans le monde. — Puis, un appendice de 50 pages: Petit bréviaire des vierges : priéres, examen, actions de graces, entretiens avec Jésus-Christ, avant et aprés (méditation d’un converti, Schouvaloff), livre d’or des vierges (la fleur des textes des saints Péres), etc.
Le chemin du ciel éclairé et aplani, ou Lettres de direction recueillies ef mises en ordre, par Vauteur de Allons au ciel. — Deux vol. in-12 de 428 et 422 p. -- Paris, Ch. Amat. |
La pieuse dame quia écrit déja tant d’opuscules de piété et dont la modestie se voile sous le nom désormais universellement connu d’Auteur de « Allons au ciel, » s’efface cette fois complétement et se borne 4 nous donner un recueil de Lettres de direction que la Providence a peu a peu mises en ses mains. Ces Lettres ne sont pas signées; mais l’on nous assure qu’elles émanent des sources les plus autorisées, et il suffit d’ouvrir le livre au hasard pour en étre persuade. On nous dit d’ailleurs qu’il y ena de Mgr Gay, de Mgr Germain (évéque de Coutances), de dom Guéranger, de religieux éminents appartenant a la Compagnie de Jésus, a la Société de Marie, a la Compagnie de Saint-Sulpice, aux Missionnaires du Sacré-Cceur.
Ces lettres sont distribuées en quatorze livres, dont voici le sujet : Esprit de foi, — conditions de la lutte, — priére et humilité, — renoncement et mortification, — régles de la yie intérieure, — voies crucifiantes, — espérance chrétienne, — rapports de l’ame avec Jésus, — phases et vicissitudes de la vie spirituelle, — confiance et abandon, — fruits et joies du sacrifice, — pratique du pur amour, — immolation de Jésus-Christ, continuée dans ses ames choisies, — et enfin, cinquante lettres sur divers temps et fétes de l'année liturgique, fins d’année, etc.
cod
Avertissements de la Providence dans les calamités publiques, par saint Alphonse de Liguori. — In-16 de 208 p., 0 fr. 60. — Paris, Téqui.
Oa allons-nous ? Elude sur la vie future, par le P. Lodiel, S. J. — In-16 de 196 p., 4 fr. — Paris, Maison de la Bonne Presse, 5, rue Bayard.
I. — Réimpression du traité bien connu de saint Alphonse. On y retrouvera la maniére ordinaire du saint docteur, simple, solide, pénétrée de théologie, saturée dKcriture Sainte, surtout onctueuse et pénétrante. Un mot explique tout, dans les calamités qui nous frappent : la miséricorde de Dieu, qui veut nous retirer du péché ; — un mot, répare tout, la pénitence. ;
Lresprit de pénitence, comme tous les dons de Dieu, s’obtient par la priére. Aussi a-t-on été bien inspiré d’ajouter, & la fin de cet opuscule, le Traité de la priére duméme saint Docteur (p. 97-199) : nécessitd, force et conditions de la priére.
Il. — Ow allons-nous ? Etude de la question de la vie future, daprés les données de Vexpérience, opérations et tendances de notre nature, faits les plus significatifs de Vhistoire, temoignages des savants, réfutations des objections matérialistes, étude de quelques manifestations d’outre-tombe bien constatées par la science moderne (spiritisme, télépathie, quelques faits dela vie des saints).
Que Dieu est hom? ou Pensées consolantes de Fénelon dans les afflictions, la crainte excessive de la mort et.des jugements de Dieu
et les dewils de famille, par le P. Huguet. —
Un vol. in-16 de 296 p., 1 fr. 50, net 0 fr. 50; toile tranche rouge, net 0 fr. 80. — Lille, Mai- son Saint-Joseph. -
Que Dieu est bon! et que Fénelon est aimable !
« Dieu n’est pas aimé parce qu’il n’est pas connu »; mais
- qwil fait bon le connaitre et scruter ses perfections et
ses miséricordes' en compagnie d’un guide tel que Fénelon ! — Le titre de cet opuscule (huitiéme édition) en dit assez l’objet. Il est fait surtout d’extraits de ces lettres spirituelles dont tous les manuels de littérature celébrent le charme. — En téte, une solide introduc-
Aion (p. 7-382) sur les couvres spirituelles et les vertus de Fénelon.
Ceux qui pleurent. Ceux qui espérent, par ’abbé Henry Bolo. — Un vol. in-12 de 300p., 2 fr. 50, franco, 3 fr. — Paris, Haton.
Ce volume forme la deuxiéme série des Béatitudes de
-M. Bolo. La premiére comprenait, on l’a vu, la Béati-
tude des pauvres et la Béatilude des doux, que l’on appelle souvent la Béatitude des humbles. La seconde nous dit la Béatitude de ceux qui pleurent, le rayon de joie surnaturelle dont Dieu transfigure toutes nos douleurs, et la Béatitude de « ceux qui espérent, » de ceux qui ont faim et soif de la justice. Nos lecteurs connaissent tous M. Bolo. C’est tout’ un Caréme quw’il a condensé dans ces pages serrées, tour a tour tendres et raordantes, souvent améres, dures parfois 4 force de concision, tranchantes et lapidaires :
« Qwest-ce qu'un bruit? Rien. Qu’est-ce que la célébrité ? Un bruit.
« Tout vient de la vérité et de la justice, tout y va. Les pires événements, les afflictions les plus améres ont, de par la justice et la vérité, quelque cété divin,
- Cest-a-dire un aspect propre a réjouir celui qui méprise
les dehors illusoires et faux de la vie, pour en gotter la béatitude toujours présente quoique souvent cachée.
« Tous les recoins de notre Ame ou de notre vie que nous ne remplissons pas de justice, sont immédiatement envahis par quelque chose de mauyais, et deviennent des retranchements d’ot la douleur, un jour ou l’autre, fondra sur nous.
« Nul n’est plus prés de Dieu que l’innocent écrasé. L’injustice oriente vers Dieu.
« Le plaisir est la superficie, presque toujours mensongére, du bonheur ; le rire est la superficie du plaisir. Tl est le grelot de cette folie. Il n’existe qu’a l'état de contre-coup dans Vorganisme humain : c'est le bruit, Vécho d’une joie qui elle-méme n’est rien. »
Les missions anglicanes, par le P. Ragey, mariste. — Un vol. in-12 de 264 p., 3 fr. — Paris, Bloud et Barral.
Nous n’ayons pas a présenter longuement cet ouvrage |
a nos lecteurs. Il a été publié, l’an dernier, dans I’ Université catholique de Lyon; et nous en avons donné un lovg apergu dans nos Causeries sur les Revues. (Ami, 1899; p. 964-970). Ces articles ont été pour tout le monde une veritable révélation. On aimera a les relire ici, augmentés d’une large introduction et d’une lettre éloquente de Mgr Le Roy, supérieur général de la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint Cour de Marie.
Et l’on profitera de la fiére legon que nous donnent ces protestants qui versent des sommes colossales pour
leurs missions.
Quelle réponse aussi 2 ceux qui prétendent que nos missionnaires catholiques achétent les conversions a prix d’argent! Car il n’y a qu’une chose au monde qui soit comparable 4 la générosité pécuniaire des anglicans: c’est l’art prestigieux de leurs missionnaires a volatiliser ces sommes sans résultats apparents. Au Gabon, par exemple, dit Mgr Le Roy, la mission presbytérienne d’Amérique, depuis plus de cinquante ans, recoit chaque année 300.000 fr. Total : 15 millions. OU sont les résultats? C’est 2 se demander vraiment comment l’on est arrivé a jeter tout cet argent sur la cote africaine avec une si remarquable diserétion... :
Allons! le diable est toujours le singe de Dieu, mais décidément il n’en est que le singe.
Le clergé et le peuple, par Je P. Marie Antoine, capucin. — In-46 de 200 p., 0 fr. 50. — Paris et Poitiers, H. Oudin.
Il n’est pas possible de mieux exposer et de définir avec plus de clarté et de sainte indépendance le role et la mission du clergé francais dans les temps présents. Le clergé a perdu presque toute influence sur le peuple: pourquoi ? Le P. Marie-Antoine nous en étudie les causes, les unes directes : enseignement athée, corruption des mceurs, oppression du clergé, — les autres indirectes : Vappui des puissants, la prédication non évangélique,. ’enseignement incomplet, le clergé trop laicisé, la direction janséniste, le laxisme, le défaut @esprit intérieur et de priére, ’abandon du ministére des hommes, le manque d’association pour les hommes.
Les remédes, maintenant : allerau peuple, faire beaucoup prier, prédication évangélique, établir toutes les ceuvres, tiers-ordre, associations et cuvres populaires, — associations paroissiales, syndicats, caisses ouvriéres, caisses rurales, jardins ouvriers et maisons ouvriéres,
ete.
Tiers-Ordre et Résurrection, par L. de Kerval. — In-16 de 72 p. — Au magasin des Grottes de Saint-Antoine, 4 Brive (Corréze),
Aux armes { par le P. Charruau,S. J. — In-42 de x1x-156 p., 4 fr. 25. — Paris, Retaux.
1. — Le Tiers-Ordre a été l’une des plus grandes institutions du christianisme social au moyen Age. Il n’a cessé de produire, a l’envi des déserts et du cloitre, une floraison de saints. Quatre-vingt-onze de ses membres ont été placés sur les autels; parmi les plus célébres, citons saint Louis roi de France, saint Ferdinand roi de Castille, saint Elzéar et la B. Delphine son épouse, saint Yves de Bretagne, saint Roch de Montpellier, le B. Raymond Lulle, les martyrs japonais, sainte Rose ~ de Viterbe, sainte Angéle de Mérici, la B. Angéle de © Foligno, saiute Elisabeth de Hongrie, sainte Elisabeth de Portugal, sainte Brigitte, sainte Francoise Romaine, la B. Jeanne de Valois, la B. Jeanne-Marie de Maillé, sainte Marguerite de Cortone, et une foule de grands hommes, Christophe Colomb, Vasco de Gama, Galilée, Galvani, Volta, Dante, le Tasse, Cervantés, Cimabué, Giotto, Raphaél, Michel-Ange, Murillo, Palestrina, et de nos jours, Pie IX et Léon XIJI, les cardinaux Pie, Mermillod, Newman, Manning, Rampolla, le comte de Chambord, etc.
Le 'Tiers-Ordre, cinquante avs aprés son origine, avait fait refleurir la pénitence comme aux temps apostoliques. Il dissipait les vents d’hérésie et de schisme qui avaient soufflé sur l’Eglise a la fin du xue siécle. Il déjouait les plans de Frédéric II et gagnait les cités italiennes a la cause de lindépendance du Pape; il travaillait a abolition du servage, 4 Vémancipation des communes ; il fondait les premiéres institutions de crédit mutuel et contribuait 4 réprimer l’usure et les exactions des juifs. Il était en France, au xv siécle, le plus ferme soutien de Vindépendance nationale ; c’est parmi les tertiaires que Jeanne d’Arc trouva ses meilleurs’ champions et ses plus vaillants soldats. Il fut, au xvie siécle, lame de la Ligue, de ce grand mouvement catholique qui préserva la France de l’apostasie.
Sont-ce pages mortes que tout cela? Le Tiers-Ordre a-t-il fait son temps? Non, et Léon XIII, en face des tempétes qui montent, ne cesse d’en appeler a saint
. Francois et a ses institutions. (Hucycl. Awspicato 1882 ;
Const. Misericors 1883; Enc. Humanum genus 1884 ; Const. Felicitate 1897 ; Lettre du 25 nov. 1898). Le Tiers-Ordre est aussi actuel qu’au x1r° sidcle ; et la brochure enlevante de lL. de Kerval vous démontrera qu’il reste, comme alors, lun des générateurs les plus féconds de la vie chrétienne et de l’esprit évangélique, —T]un des plus puissants instruments d’action sociale, —T]’un des moyens les plus efficaces de pacification et de fédération chrétienne.
« Saint Francois fut chrétien jusqu’a épuisement, écrivait récemment Georges Goyau dans la Vie catholique ; il fut intransigeant dans les applications pratiques de son christianisme, il en déduisit toutes les conséquences sociales. Le seul nom de saint Francois trace un programme. Il fut large, familier, universellement sympathique, universellement aimant; il fit comprendre, par sa personne elle-méme, que lintransi-
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geance n’éteint point le rayonnement, que l’ascétisme n’amortit point l’éclat du sourire, et que Ja sévérité du réformateur social n’exclut point la gaité des Alleluta : le seul nom de saint Francois crée une atmosphere. — Et c’est en suivant son programme pour nous, que nous ressusciterons son atmosphére autour de nous. »
Il. — Aux armes! parun Jésuite : voici enfin, affichée au grand jour, Valliance du-sabre et du goupillon! Que la Haute-Cour se rassure et dorme sur ses lauriers :ce n’est pas le P. Charruau qui Ini taille de nouvelle besogne. Les armes auxguelles il faut courir, ce sont les armes spirituelles; et ’ennemi a combattre, cest le démon. Sous ce titre brayant, e’est un traité des tentations que nous donne l’auteur. Pourquoi sommesnous tentés? comment la tentation rend-elle gloire a Dieu? comment nous est-elle utile 4 nous-mémes? que faut-il faire avant, pendant, aprés la tentation ? Autant de questions, pratiques pour tout le monde, qui sont traitées ici avec méthode, prévision et clarlé, d’un style alerte et vivant, qui méle a meryeille le raisonnement, le récit, le dialogue, l’exhortation, le conseil topique.
Ps
L’Année de ’Eglise, 1899, sous la direction de Ch. Egremont. — Un vol. in-42 de - 660 p., 3 fr. 50. — Paris, Lecoffre.
C’est la seconde Année qui parait de cette publica-
tion, chére désormais et extrémement précieuse 4 tous
ceux qui s’occupent d'histoire ecclésiastique et a tous ceux en général qui aimentt’Eglise, qui aiment, l’année écoulée, & repasser, dans un coup d’cil d’ensemble, les joies et les épreuves, les conquétes et les reculs de leur mére.
Cette seconde Année réalise un progrés notable sur Pédition de 1898. Tout d’abord c’est le volume qui a été augmenté de plus d’un tiers ; et c’est, comme conséquence, le développement donné 4 Varticle sur le Saint- Siége et A certains pays d’Kurope qui, dans Année 1898, avaient été un peu briévement traités. C’est ainsi que l’on remarquera le chapitre sur la Suisse, di a la plume d’un collaborateur éminent, chez qui, derriére le chrétien et l’homme d’ceuvres, on devine facilement le politique et l’historien, — ou encore le chapitre sur la
- Turquie, qui éclaire d’un jour trés nouveau cet Orient
religieux si confus. ;
Mais la caractéristique de ce tome II, c’est bien assurément Vimportance donnée aux études sur les Missions, tout a fait négligées en 1898.
Grace au concours des ‘principaux Ordres missionnaires, nous dit l’auteur dans sa preface, cette lacune est aujourd’hui comblée. A coté @études générales sur les pays paiens, telles que celle que lon trouvera dans ce volume sur les missions d’Asie, on a pensé qu'il y avait place pour des documents, des détails d’un caractére plus intime sur les travaux apostoliques de chacune des Congrégations qui envoient les pionniers de l’Eyangile sur tous les rivages de l’univers. EKux seuls pouvaient faire la synthése de leurs ceuvres si multiples. Ce travail considérable, plusieurs Congrégations Yont donné dés cette année (Dominicains, Franciscains, Jésuites, Lazaristes, Péres de Picpus, ete.) ; les autres Yont promis pour les années suivantes. On aura ainsi une histoire compléte des missions catholiques.
Outre le concours des missionnaires, M. Egremont sest assuré la collaboration de quelques-unes de nos personnalités catholiques dont la compétence est le plus hautement appréciée en ce qui touche & la vie des pays élrangers : MM. Georges Goyau, Paul Baugas,
Léon Clugnet, J. de Coussanges, J. de Aranjo Lima,’
A. d’Avril, E. Horn, P. Piolet, etc.
Une table alphabétique des noms propres termine avantageusement le volume et facilite les recherches.
Missions des Augustins de ’VAssomption en Bulgarie, en Thrace et en Asie Mineure. — Imprimerie chromotypographique Petithenry, rue Francois ler, 8, Paris.
Sous ce titre, les PP. Assomptionnistes publient une
carte de Turquie et d’Asie-Mineure, avec indication de
tous les établissements tenus par eux : résidences, postes desservis, ¢coles (des Péres et des Scaurs oblates de l’Assomption), colléges, séminaires, noviciats (de
religieuses bulgares), hdtelleries pour pélerins, etc. : en. tout (sans compter Jérusalem) 27 maisons, dont 15 de religieux et 12 de Sceurs Oblates, comptant 157 religieux et 124 religieuses. ;
Cette carte ef la circulaire explicative qui Paccom-.
agne sont offertes aux dames généreuses qui veulent ee venir en aide aux missions. Priére d’en demander des exemplaires pour propagande. Les auménes seront recues avec reconnaissance par le P. Procureur, rue. Frangois Ie", 8, Paris.
Mathias Kberhard, Bischof von Trier, im Kultorkampf, — von Dr. Aigidius Ditscheid,.
Domkapitular zu Trier. — Un vol. in-12 de 144 p., avec portrait, 1 fr. 50. — Tréves, Imprimerie Saint-Paulin.
A plusieurs reprises déj4 nous avons raconté a nos lecteurs Vhistoire du Kulturkampf prussien ; et ils n’ont pas oublié le nom de Vévéque de Tréves, Mgr Eberhard, qui fut un des glorieux incarcérés de Bismarck. On tronvera dans la présente brochure histoire détaillée de ses trois derniéres années, son attitude devant les lois de mai 1873, son emprisonnement, sa mort (1876), avec une série de documents 4 Vappui. On lira surtout avec le plus vif intérétla correspondance échangée au cours de l’année 1873 entre l’évéque et le président supérieur de la province du Rhin. Le gouvernement prussien incarcéra tous les éyéques qu’il trouva a leur poste; mais c’était une mesure qui n’entrait évidemment pas dans son plan primitif. Il y fut acculé par la fermeté de V’épiscopat ; et lon en a une nouvelle preuve dans ces pages. A toutes les lettres plus ou moins embarrassées du président supérieur de Coblentz, Vévéque de Tréves fait des réponses nettes qui coupent court 4 toute échappatoire et donnent la traduction pratique de sa devise épiscopale : Recta recte.
L’Evéque de Metz. Vie de Mgr Dupont des Loges, 1804-1886, par M. Vabbé
Félix Klein, professeur 4 l'Institut catholique ~
de Paris. — Chez Ch. Poussielgue, 15, rue Cas-
sette, Paris. — Un beau vol. in-8° écu, avec
portrait, 5 francs.
M. Vabbé Klein raconte dans son Avant-Propos qu’il a travaillé longuement 4 ce livre: « Sept années entiéres jai consacré a cette biographie la principale partie de mes heures libres, et, durant tout ce temps, j’ai pu, toutes les fois qwil en était besoin, consulter un témoin aussi bien informé que Vancien vicaire général de Mgr Dupont des Loges (M. le chanoine Le Willeumier), oudemander a un prétre comme M. Monier, chez qui la justesse de Vesprit égale la délicatesse du coour et qui posséda, Inui aussi, la confiance-entiére de ’évéque de Metz. » Ce sont 14 certainement d’imposantes autorités ; mais, malgré tout, Pauteur n’a pas échappé au danger
que présentent nécessairement des monographies pré- —
maturées. Sur une tombe, il convient de ne répandre que des éloges, et la tombe du vénérable évéque de Metz est a peine fermée. I] est done impossible aujour- Vhui décrire sur sa mémoire, d’ailleurs honorée, et ajuste titre, le dernier mot de Vhistoire. Dans cette longue vie épiscopale, il y a des pages émouvantes, grandioses. M. ’abbé Klein a su les écrire et son haut talent ne s’est point montré inférieur au. sujet. Il en est autres, comme l’attitude de ’évéque de Metz au Concile et ses relations avec les autorités allemandes, quil a laissées dans Yombre parce que l'heure n’est pas venue encore de leur donner une forme historique définitive.
Ces reserves faites, ce livre est remarquable, bien do- . cumenté, entrainant méme. Certains chapitres vous pas-
sionnent, tous sont empreints du plus noble patriotisme. L’Evéque de Metz a sa place marquée dans la bibliotheque, 4 coté des meilleures biographies contemporaines. ete:
Paul-Georges-Marie Dupont des Loges naquit 4 Rennes, le 11 novembre 1804, d’une famille de magistrats. IL était le neuviéme de onze enfants, et, comme il était fréle et délicat, ses fréres l’appelaient « la petite Pauline. » Toute sa vie, sa complexion demeura débile = santé chancelante, et cependant peu d’existences furent plus laborieuses, mieux remplies. Hléve de Saint-
Sulpice en 1821, il y rencontre presque tous les hommes qui ont « fait l’Eglise de France » au dix-neuviéme siécle, Dupanloup, de Salinis, Dupuch, Regnault, Lacordaire, Libermann. D’une nature timide, un peu froide, son directeur M. Hamon l’engageait a s’abandonner ‘davantage. « Pour yos récréations, allez-y gaiement, si mplement, charitablement. Ayez le cour au large. » Il demeura sept ans dans cette maison de laquelle Fénelon disait : « On ne peut rien voir de plus apostolique et de plus vénérable, » et quand il la quitta, le superieur, M. Garnier, Inui rendit ce tamoignage flatteur
que, pendant ces sept années, il y avait, par ses exem-
ples et ses bons conseils, fait & lui seul plus de bien que tous les directeurs ensemble.
Nommé vicaire général d’Orléans, en 1840, suivant le tonseil de M. Hamon, il se met en avant le moins possible. — « Ne vous montrez jamais, lui écrivait son
Sage directeur, que comme l’agent et Vexécuteur de
Monseigneur, et faites tout en son nom et de sa part... Ne vous chargez pas non plus de réprimander les prétres, mais prenez pour votre part la miséricorde qui gagne a force de bonté. Si vous les amenez a faire une bonne retraite, cela vaudra mieux que toutes les semonces. » Il. était dailleurs a bonne école auprés de
. Mgr Morlot, qui, sous une grande bonhomie extérieure,
-« Les particuliers,
cachait tant de finesse et de jugement. Tous lui prédisaient les honneurs de lépiscopat, mais il est juste de reconnaitre qwil fit tout pour éloigner ce fardeau de ses épaules. Le gouvernement de Louis-Philippe le désigna pour le siége de Metz, et le pape Grégoire XVI le préco- ~-nisa le 27 janvier 1843, en méme temps que Joachim Pecci, actuellement Léon XIII, glorieusement régnani, devenait archevéque in partibus de Damieite. II fit 4 Saint-Sulpice une retraite de six semaines pour se préparer a recevoir la plénitude du sacerdoce. « J’étais alors au séminaire de Saint-Sulpice, dit le cardinal Richard. Je n’ai jamais oublié la profonde édification qu il y produisit par la piété et la simplicité avec lesquelles il suivit nos exercices de communauté. »
Légitimiste dans lame, il se montra prudent sous ie gouvernement de Juillet a qui il devait son élévation,
* cependant il n’hésita point a protester contre le projet de loi d’enseignement secondaire qui exigeait les certificats d’étude pour les aspirants aux grades, et pour les direc-
teurs de séminaires, ainsi que affirmation écrite qu’ils wappartenaient 4 aucune congrégation non autorisée. On sait que le cardinal-de Bonald condamna, le 4 février 1845, comme « contenant des doctrines fausses et hérétiques, » le Manwel du droit public ecclésiastique de M. Dupin ; l’évéque de Metz lui enyoya quinze jours aprés une lettre publique d’adhésion. I! consultait sa conscience et agissait sans peur pour rester sans reproche. ;
Son gouvernement est personnel. Quand il prend possession de son siége, bien des mécontents lui demandent de sacrifier un vicaire général, M- Beauvaliet, trés habile, mais autoritaire et mordant ; il parait méme porté a leur faire droit. Mgr Mathieu, archevéque de Besangon,!’en dissuade : « Gardez vos rouages, lui dit-il finement, nous sommes d’assez méchants horlogers pour ne pas compliquer notre besogne. » Il céde, mais a regret. Homme d’couvres, il établit a Metz V(Euvre des militaires, de la maitrise, de Adoration perpétuelle, les Carmélites, les Petites-Scours des Pauvres, et en 1866 il place les Sulpiciens a la téte du géminaire. « L’affaire fut traitée dans le plus grand secret, le clergé et les professeurs méme du grand séminaire n’apprirent la décision que quelques semaines avant qu'elle fut appliquée, c’est-a-dire en septembre, a la fin de la retraite pastorale. » Ces simples mots de M. Klein laissent entendre que lechangement ne s’opéra, point aussi facilement qu’il le dit. Mgr Dupont des Loges crut @ailleurs devoir donner dans son allocution de retraite les raisons pour lesquelles il choisissait une congrégation et particuliérement celle de Saint-Sulpice -
en se suceédant, apportent chacun
leurs vues propres et leurs méthodes, de ja de frequents ébranlements et qnelquefois des périls ; dans les congreégations, au contraire, les individus meurent, mais le méme esprit se maintient et les changements de gouvernement ne sont presque pas aper¢us. » Pour Saint-
Sulpice, il invoquait l’autorité de. Fénelon et déclarait
que cette congrégation « était visiblement suscilée de
Dieu et formée par l’Esprit-Saint pour fonder en France
les premiers séminaires. >» ; ua Révolution de 1848 ne l’émut pas plus qu’elle ne le surprit. Il invita aussitdt ses prétres a remplacer le mot
fac. Le procureur général lui fit remarquer que c’était — le mot rempublicam qui convenait, il en avertit son clergé. I] éprouve d’ailleurs plus de tristesse que denthousiasme : « Je suis venu trop tard au monde, écrit-il a Vabbé Pie, je vis dans les sidcles qui ne sont plus. Les idées actuelles, en littérature, en politique, en religion méme (vous devinez en quel seris), ne sont pas les miennes. Je ne puis ni les gotiter, ni gotiter les conversations, les journaux ou les livres qui lés préconisent ou qui les réfléchissent plus ou moins.» C’est un homme dun autre age qui jette un regard chagrin sur toutes les choses du présent. Il se montre moins enthousiaste encore de la visite du Prince Président le 25 aout 1850. Mais comme ses diocésains s’imaginent que c’est a4 son attitude froide qu’est di. Pétat de délabrement ot I’Etat— laisse la cathédrale, il en signale les ruines au noble visiteur, et aprés avoir félicité Louis-Bonaparte du témoignage de foi qu’il donne en venant «s’agenouiller dans l’antique basilique, » il ajoute: « En vous voyant aujourd’hui dans son enceinte, Monsieur le Président, nos cceurs s’ouvrent a l’espérance. » — « Monseigneur, reprend l.ouis-Napoléon, ce n’est pas seulement la curiosité qui m’améne en ce lieu. Dans toutes, les grandes villes de France ot je passe, mon premier devoir est d’aller m’agenouiller au pied des autels, ma premicre visite est 4 Dien. Monseigneur, je n’oublierai pas votre recommandation. »
Cependant Vévéque de Metz n’est pas conquis, il ~ demeure plutét écceuré de l’attitude du clergé et de Pépiscopat francais en face du nouveau pouvoir. Hl relit alors les vies de Fénelon et de Bossuet, et écrit mélancoliquement & Mgr Pie: « Avouons humblement que nous sommes loin de ces hommes et de ces temps, et que V’épiscopat actuel, qui s’honore d’ailleurs par ses vertus et un zéle trés digne d’éloges, aurail tort de youloir répudier la gloire de Vancienne Hglise de France. ». (6 mai 1852). Celle-ci n’en eut pas moins ses défaillances signalées 4 l’endroit du pouvoir royal. Seul des évéques, avec Mgr de Dreux-Brézé, de Moulins, il n’assiste pas, en 1856, au baptéme du prince impériai. I] allégna sa santé, et le ministre des cultes feignit d’agréer cette raison d’assez bonne grace. L’année suivante, l’Empereur vint 4 Metz. Mer Dupont des Loges, ala réception officielle, trompé par l’éclat des costumes, passa devant lui sans le voir et s’en excusa :
— ]l n’est pas surprenant, Monseigneur, lui dit finement Napojéon Il], que vous ne me reconnaissiez pas : il y a si longtemps que nons ne nous sommes vus!
Dans les querelles retentissantes qui s’élevérent entre lV Univers et Mgr Dupanloup, l’évégue de Metz prend parti pour ce dernier. L’évéque d’Orléans propose a tous ses collégues de lépiscopat une Déclaration portant que leurs actes n’étaient pas justiciables des journaux, mais seulement du Saint-Siége, et qu’il n’y avait rien de dangereux dans l’emploi des classiques anciens, convenablement choisis et corrigés. (23 juin 1852). Mgr Dupont la signe sans hésitation. « Mile est trés moderée, | dit-il, et exprime parfaitement mon opinion. » Mais le cardinal Antonelli, consulte par Mer Gousset, la blame indireetement, en s’en remetiant 4 la prudence du prélat « qui avait Je principal role, dans cette discussion, pour tout assowpir. » Loin @assoupir les guerelles, on les réveille. Mer Sibour interdit la lecture de Y Univers aux religieux et au clergé de son diocése. dikes 183). Mgr Guibert, évéque de Viviers, s'est borné 4 conseiller 4 ses prétres de yenoncer a la lecture de ce journal qu’il juge nuisible (2 février); Mgr Dupanloup éerit alors a l’évéque de Metz : « Il serait regrettable que notre vénérable et couragenx collégue demeurat isolé dans son action. » (18 février). Mgr Dapont des Loges lui répond qu'il partage bien son sentiment, mais quil répugne 4 une manifestation publique, son clergé demeurant parfaitement uni. Le 21 mars suivant, Pie IX, dans l’Encyctiqne Inter mulirplices, encoura-
eait l’Unwers. Une fois de plus, Vévéqne de Metz était fourvoyé par Mgr Dupanloup qui semblait le faseiner et qui Ventraina au Concile dans une opposition irréductible.
Vers le milieu de janvier 1870, il est en effet du nombre de ceux qui signent un postuiatum pour que la définition de Vinfaillibilité ne soit pas introduite; non quil n’acceptat point le principe, mais il craignait avee Newman que la définition du dogme ne suscitat des. défections dans plusieurs nations catholiques ou n’empéchit les sectes dissidentes de rentrer dans le grand bercail de l’Eglise. Le 13 juillet, ik est parmi les 88 qui votent on placet; le 17, il est encore parmi les 0d qui
regem par le mot populum dans le Domine salute confirment, dans une déclaration 4 Pie IX, leurs votes
précédents et annoncent leur détermination de ne point paraitre a lasession publique du lendemain, ou Vinfaillibilité pontificale doit étre finalement votée et proclamée.
Il y a toutefois des traits courageux dans sa vie episcopale. En mai 1863, les catholiques écrases par la candidature officielle n’osaient se présenter aux élections. Mer Dupanloup qui fut dailleurs un homme d’action merveilleux, rédige une rapide brochure : Réponse de plusieurs évéques aux consultations qut leur ont ete adressées relativement aux élections prochaines, et obtient aussitét l’adhésion des archevéques de Cambrai, Tours et Rennes, des é6véques de Metz, Nantes et Chartres. Le ministre des cultes, M. Rouland, éerit le 31 mai aux évéques signataires et proteste contre cet acle « contraire, dit-il, aux obligations de lépiscopat. » Ce fut Varchevéque de Tours qui se chargea de la réeponse au bas de laquelle tous apposérent leur signature. Sommé le 12 juin de produire sous quinze jours « les observations qu’il croizait devoir présenter, » Mgr Dupont des Loges se borna d’abord a un accusé de réception de la lettre ministérielle, et, quelques jours apres,
il exprimait au ministre sa « pleine et entiére adhésion -
4 la lettre de Mer l’archeyéque de Tours. »
Le Conseil d’Etat déclara d’abus la consultation des sept évéques. M. Chenard de Maziéres adressa alors a Vévéque de Metz cette lettre qui refléte bien les sentiments catholiques de l’époque: « L’arrét du. Conseil d’Ktat peut dire que votre écrit est supprimé; mais la vérité est qu'il reste dans le cour, dans la mémoire, et, n’en déplaise au Conseil d’Etat, dans la bibliothéque des honnétes gens comme un modéle de sagesse, de convenance, de dignité, de bonne et salutaire politique. »
Quand parut l’Encyclique Quanta cura suivie du Syllabus ou résumé des erreurs « déja signalées dans les précédentes allocutions, encycliques et autres lettres apostoliques » (8 décembre 1864), le ministre des cultes, M. Baroche, défendit aux évéques de la publier (1° janvier 1865), prétendant que « ces piéces contenaient des propositions contraires aux principes sur lesquels reposait la Constitution de’ ?Hmpire. » Mgr Dupont des Loges protesta aussitét contre cet acte d’une violence arbitraire qui implique, disait-il, « des conséquences incompatibles avec le libre exercice de la religion catholique stipulé dans le Concordat, avec Vindépendance de VEglise dans son domaine spirituel et par rapport a son enseignement doctrinal, enfin avec la liberté des relations et des communications nécessaires entre le Souverain Pontife et tous les membres de la grande famille catholique. » (10 mai).
Ce n’était done pas « un roseau agité par le vent, » ni un flatteur du pouvoir, mais un homme de conviction et de caractére, qui, méme dans ses erreurs, ne s’inspirait que de ce quil croyait son devoir. Quand, il se détermina a combattre Vopportunité de Vinfaillibilité en janvier 1870, il disait aux deux prétres qui Vaccompagnaient : « Ce qui me rassure, c’est qu’avant de me décider, j’ai beaucoup réfléchi ét prié. Maintenant, je ne me dissimule pas les peines: qui m’attendent ; la plus sensible sera le mécontentement du clereé du diocése et la diminution de son attachement pour moi.» Mais quand il revint 2 Metz, la guerre était déclarée, et sil fit resté quelques ressentiménts,: ils se fussent effacés devant sa superbe conduite pendant le siége et en face de Vennemi. :
“Comment oublier qwil' fut nommé d’acclamation déuté de Metz, le ler février 1874, la premiére fois que
ismarck permit aux Alsaciens-Lorrains d’élire des représentants au Reichstag? Tous étaient protestataires, choisis pour protester contre l’incorporation violente des populations \d’Alsace-Lorraine a VAllemagne. Le 18 février, ils entrent tous ensemble au Reichstag. Les autres députés ecclésiastiques avaient pris le véitement presque laique du' clergé allemand, mais l’évéque de Metz parut en grand costume d’éyéque francais. M. Teutsch, avocat alsacien, protestant et xrépublicain, monta a la tribune et fit cette déclaration :
« Votre derniére guerre, terminée 4 l’avantage de votre nation, donnait incontestablement a celle-ci des droits 42 une réparation. Mais l’Allemagne a excédé son droit de nation civilisée en contraignant la France vaincue au sacrifice d’un million et demi de ses enfants.
« Au nom des Alsaciens-Lorrains vendus par le traité de Francfort, nous protestons contre l’abus de la force dont notre pays est victime. »
Quel ne fut pas l’étonnement des députés protestataires quand Mgr Ross Ini suecéda a la tribune et pronon¢ga ces paroles ; « Les Alsaciens de ma confes-
gion n’ont aucune intention de mettre en question le traité de Francfort conclu entre deux grandes puissances. » L’évéque de Strasbourg parut ne point comprendre l’énormité de sa phrase, mais ses diocésains la lui firent durement sentir. Quant 4 Mgr Dupont des Loges, il quitta Assemblée le lendemain, avec les autres députés d’Alsace-Lorraine, apres une nouvelle protestation, et il n’y reparut plus. Trois ans plus tard, a Vexpiration de son mandat, il fut remplacé par M. Paul Bezancon, maire de Metz.
M. Vabbé Klein nous fait entrer ici dans une phase toute nouvelle de la vie de ’évéque de Metz : la visite de lempereur Guillaume en 1877, puis ses rapports avec cet homme de foi, de caractére et de cour que fut le baron de Manteuffel.
Ecce ascendimus Jerosolymam, dit-il a son secrétaire en se rendant 4 Metz, ses visites pastorales interrompues, pour se présenter lui et son clergé a l’empe-. reur. Guillaume fut bienveillant, mais le prince impérial affecta de ne s’eniretenir qu’avee lui. C’était le 5 mai. La nuit suivante une fusée met le feu a la cathédrale. L’évéque et ’empereur se trouvent ensemble sur la place d’Armes, et cette circonstance douloureuse les réunit sans pourtant les rapprocher. Cependant Mgr Dupont recoit Vassurance que la loi sera appliquee plus doucement désormais aux séminaristes et que la cathédrale sera réparée.
Douze ans s’étaient écoulés depuis l’année terrible, Metz avait changé de physionomie, de nombreux catholiques allemands y avaient émigré. Ceux-ci étaient devenus une partie du troupeau de Vévéque, qui s’occupa d’eux comme il le devait, et ordonna que désormais dans chaque paroisse une grand’messe ou une messe basse avec chants serait célébrée les dimanches et les fétes et suivie d’une instruction en allemand. Cette mesure spontanée alla droit au cur du gouverneur général Manteuftel.
A une délicatesse qui ne se rencontre guére chez les Allemands et qui lui valut une dédicace flatteuse de M. Thiers, pour son «humaine et généreuse administration des provinces francaises occupées, » le gouverneur général joignait une foi convaincue en la divinité de Jésus-Christ, et le vif désir d’étre agréable a Vévéque. Dans sa premiére visite il ne cacha point le déplaisir quil éprouvait des persécutions du Culturkampf. Mgr Dupont des Loges profita de ces ouvertures pour le remercier et pour faire sa profession de foi: « Frangais je suis, Frangaisje resterai, mais je me suis toujourstenu en dehors de la politique, et jamais on n’aura rien a me reprocher qui ressemble 4 de Vagitation. Mon clergé gardera la méme attitude. »
Le maréchal fut touché de cette franchise. « Je comprends, dit-il, et j7honore vos sentiments. » Ces deux hommes étaient faits pour s’entendre et l’on ne gait lequel des deux il. convient d’admirer davantage. « Hélas ! s’écriait un jour Manteuffel, obligé de refuser @accueillir des Rédemptoristes francais chassés de France, la loi est plus forte que moi! » Mais il crut trouver dans les dispositions prises par l’évéque en faveur des catholiques allemands Voecasion de lui prouver son estime, et il lui fit conférer le 11 décembre 1882 Vordre de la Couronne, seconde classe, avee étoile. La letire de ’empereur portait que c’était « en considération de son attitude, et spécialement par reconnaissance de son soin actif & satisfaire les besoins religieux de ses diocésains de langue allemande. »
L’évéque de Metz refusa. Voici sa réponse :
wh Je nai eu d’autre mérite que celui de satisfaire a Yobligation que m’impose ma conscience d'évéque.
« Pendant prés de trente ans que j’ai eu l’honneur d’appartenir 4 l’épiscopat frangais, plus d’une fois le gouvernement me fit pressentir au sujet d’unesemblable distinction qu'il semblait désireux de me conférer, et chaque fois il voulut bien renoncer 4 son projet par égard pour ma résolution de me tenir 4 Vécart de toute préoccupation politique et de me renfermer dans mes devoirs dévéque. »
I] terminait en évoquant « la fidélité a son passé etla religion des souvenirs. » (15 décembre).
Cette lettre consterna le vienx maréchal, alors trés malade, qui repondit aussitot de son lit dans un francais incorrect peut-étre, mais avec quelle élévation de sentiments !
gh ied oo comme je Vattendais. Trop chrétien
g gneur pour faire un éclat, Votre Grandeur parle de ses sentiments avec la dignité dun Prince de l’Eglise et d’un gentilhomme de noble race.
Je respecte la religion de vos souvenirs, et la fidélité
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avec laquelle vous y tenez est une des causes de l’estime profonde que j’éprouve pour Votre Grandeur. Si malgré cela j’ai proposé 4 l’Empereur de vous conférer une de ces décorations, je vous le confesse, Monseigneur, confidentiellement que j’ai eu en vue lintérét de mon Hmpereur et que j’ai mis cet intérét au-dessus des égards que j’aime tant A avoir pour Votre Grandeur elle-méme. Je tiens a la gloire de ’Kmpereur dans Vhistoire. Personne qui connait l’Alsace-Lorraine ne comprend les décorations conférées 4 Monseigneur Pévéque de Strasbourg et au clergé d’Alsace, les comparant visa-vis de la grande position que Votre Giandeur prend dans les esprits, et de la tenue tranquille et digne du clergé de la Lorraine. Cela faisait tort dans Vopinion publique 4 ’Empereur, et j’en souffrais... »
Ce refus ne les brouilla point, ce qui les honore tous deux.
Pour étre un peu prématurée, la Vie de Mgr Dupont des Loges n’en est done pas moins intéressante. Visiblement, 4 certains tournants de cette existence-si calme, et si mouvementée, lauteur a 6prouvé certaine géne, certain embarras : histoire réformera stirement quelques-uns des jugements quil a portés ; on trouvera aussi quil a trop grandi son héros et quwila plus d’une fois cédé a la tentation séduisante de brillantes digressions. N’importe, c’est un beau livre, et ce livre était a faire, ne fit-ce que pour cette patriotique et douloureuse raison, que Mgr Dupont des Loges est pour longtemps encore, peut-étre, hélas! le dernier évéque frangais de Meiz *.
Mer Saiwet, éevéque de Mende (1872-1876) et de Perpignan (1876-1877), @apres sa correspondance et ses écrits, par le chanoine HK. Rous, doyen de Thuir (Pyrénées-Orientales). — Deux vol. in-8 de xxxv-512 et 485 p., avec portrait, 7 fr. — Paris, Desclée.
Quand on ouvre ces deux volumes, d’environ mille pages d’une écriture fine et serrée, la premiére impression est que l’auteur s’est étendu bien longuement sur une personnalité assez oubliée, sur un épiscopat si court. Mais ce n’est la quwune premiére impression, fugitive sil en fut. Ce n’est pas une biographie ordinaire que nous offre M. Rous; c’est ane autobiographie, le héros en fait presque tous les frais; ef quand on a commence de prendre contact avec une intelligence si fine, avee un cieur si franc, avec une ame si élevée, si généreuse, si ouverte a tous les beaux horizons, on trouve ces deux volumes trop courts, et l’on attend avec impatience le supplément de correspondance que l’auteur nous laisse entrevoir. L’abbé Saivet, professeur au - Grand Séminaire d’Angouléme (1851-1856), auménier du Lycée (1857-1866), directeur de la Semaine religieuse, curé de la cathédrale, théologien au Concile, vécut dans Vintimité de son évéque, Mgr Cousseau (lauteur du mot célébre : Quod inopportunum dimerunt, necessarium fecerunt) et de Mgr Pie. C’est toute Vhistoire de l’Eglise de France sous le second Empire qui repasse sous nos yeux, une histoire écrite au jour le jour, au hasard de la correspondance, mais avec quel charme, avec quelle vivacité d’impressions, avec quelle perspicacité pénétrante, avec quelle franchise d’une ame toute droite, avec quel esprit aussi et quelle malice tempérée d’indulgence pour certains grands ignorants! la question romaine, lV Univers, Rouland pere et fils, Thouvenel, Mgr Berteaud, Lave tes mains, Pilate, ‘Mer Baudry, M. A. de Margerie, Renan, les Congrés de Malines, les Conférences Saint-Vincent de Paul, les zouaves pontificaux, Lourdes, le P. Hyacinthe, le P. Theiner, etc, etc. : que de noms, que de choses !
Mais c’est surtout sa correspondance de Rome pendant le Concile gui est piquante et nous fait revivre les plus ardentes émotions d’antan : we
« Rome, 21 novembre 1869. Nous avons déja vu une dizaine de cardinaux influents, quelques-uns des théologiens les plus renommeés, le P. Perrone entre autres, des généraux dW Ordre, et tous sont d@accord pour blamer (sans passion) Mer dq’ Orléans, gui met le Concile sur la place publique et qui discute par la fenétre les choses les plus délicates et les plus intimes, Mer Maret dont le gros ballon est une mauvaise action, et le
1 L’Académie Francaise vient d’accorder a cette Vie 2000 fr. sur les 2500 du prix Juteau-Duvigneaux.
Correspondant, qui n’est décidément qu’une coterie *... « ... Vous savez combien j’ai aimé ce pauvre évéque d'Orléans. Il a pris la peine de me dégriser, lui-méme, tout a fait. J’aime mieux étre avec Pie IX et la sainte monde, contre lHsprit-Saint. i
« 7 décembre 1869... Bien fous, ceux qui comptent, de loin, sur les divisions de l’épiscopat catholique ! L’éclat d'Orléans a pu faire, a ce sujet, quelque illusion; mais tout le bruit qu’il a soulevé dans le monde est tombé brusquement. Vous auriez de la peine a en trouver un écho, sur le seuil du Concile. La cohésion des ames, dans la sainte Hglise, est plus profonde qu’on ne croit, et on ne divise pas les évéques avec quelques manoeuvres passionnées et de vieux systémes déja flétris. Que le monde dorme en paix et laisse faire le Concile : ’EMsprit-Saint sait, mienx que personne, ce qwil faut de ménagements a nos blessures, et de lumiéres 4 notre esprit !...
« § décembre (au soir de Pouverture du Concile)... Le vicillard du temple de Jérusalem chanta son Nunc dimittis, quand il eut vu seulement le Sauveur dans les langes. Je chante le mien, tout de bon, maintenant que jai vu Jésus-Christ dans sa splendeur et que sa divinité m’est apparue, a travers l'Eglise catholique assemblée! Que regarder désormais, cher ami, et quel bruit écouter sur la terre, quand on a contemplé cette vision céleste et qu’on a entendu les sanglots de Pie IX, au milieu des éyéques du monde catholique ? :
«11 décembre... Les divisions doctrinales sont nulles, malgré les efforts des libéraux et le tapage d’Orléans. li y a eu des manceuvres indignes. Si vous pouviez voir tout ce que nous avons découyert et jusqu’a quel point fa passion’!peut égarer les meilleurs esprits! Jadmire la modération de Poitiers et ce calme de presque tout cet épiscopat catholique, qui est indigné mais qui se tait!
« 17 décembre... Done nos élections de Fide sont
Hglise, et je ne prends pas mes précautions, du este du
faites, ef j’en suis ravi. Les Francais n’ont pas donné °
le bon exemple: ils ont été les seuls divisés. Il ont eu deux réunions, chez deux présidents différents, pour préparer les noms de leurs candidats : une réunion chez Mer. le: cardinal de Besangon (Mathieu), une réunion chez le cardinal de Bonnechose (arch. de Rouen). — A la premiére, qui se tenait au palais Salviati et ot allaient Orléans, Paris (Darboy), Marseille (Place), Bayeux (Hugonin), Chdlons (Meignan), les valets de chambre disaient, tout haut Crest ici la bonne réunion, celle des amis du gouvernement, et si nos éyéques ne triomphent point, ca se passera mal. — Dans lautre camp, ot se tenait la partie calme et sans fiévre, Toulouse (cardinal Desprez), Limoges (Fruchaud), Le Mans (Fillion), Saint-Dié (Caverot), on faisait appel a la conciliation véritable, et on se tenait
A merveille. Les deux listes furent trés diverses. A |
Besancon, les voix tombérent sur Paris, Orléans, Avignon (Dubreuil) et Grenoble (Ginoulhiac) : c’était je courant gallican, libéral et gouvernemental — et cette élection eut été une insulte au Pape. A Rouen, le sort désignait Cambrai (Régnier), Poitiers (Pie), Angouléme (Cousseau), Le Mans, Nimes (Plantier). — hes deux listes furent données aux autres évéques de diverses nations, qui, en échange, donnérent les leurs, et vous jugez si nous attendions le résultat! On wa pris que deux Francais, sur les 24 élus du Concile : sans cela, Angouléme venait en troisiéme lieu... Les deux élus sont Cambrai et Poitiers... On voit de quel cdté souffle ! sprit de Dieu... Le parti Dupanloup est consterné. Le cardinal de Besancon, qui le présidait et le couvrait de sa pourpre, a été stupéfait. Il a allégué une ordination : Il est parti... »
(L’abbé Saivet, comme on le fait volontiers en style familier, désigne les évéques par le nom de leur’ siege. C’est nous qui avons ouvert ci-dessus les parenthéses et mis les noms des évéques eux-mémes, pour venir
* « 11 octobre (4 propos du P. Hyacinthe) : Le P. Hyacinthe ne m’a pas tout 4 fait surpris. Je savais Vétat maladif de son Ame, depuis des années. Je sayais ses relations intimes et Vinfluence désastreuse qu’elles gagnaient, chaque jour, sur lui : MM. de Pressensé, Coguerel, E. de Girardin....., et une demi-douzaine d’aventuriers italiens, qui l’enivraient, pour le perdre. M. Guizot, dont j’ai eu une lettre, ces jours passés, le retenait, depuis dix-huit mois, aux bords de Vabime, ou le pauvre Pére a fini par rouler. »
z - en aide 4 la mémoire de nos lecteurs plus jeunes qui n’ont pas yvéeu cette année inoubliable et qui peut-étre nauraient pas présents a Vesprit tant de noms alors grossis par toutes les voix de la renommée et aujourd’hui tombés en partie dans l’oubli). ;
5, 24 décembre... Le cabinet des Tuileries, pousse par quelques prélats, dont je sais les noms, tente de peser
SS sur le Concile... On ne mene pas un concile cecume-
3 nique comme une poignée d’évéques intrigants, et il
faut, ou le dissoudre-de force, ou le laisser faire. Nous
yerrons 4 quoi on se décidera. Ce qui est prodigieux,
Sa mais ce qui est certain, c'est que le gouvernement a
fait dire par Ambassadeur au Pape, que, si on définis-
sait-le dogme de l’infaillibilité pontificale, le concordat était rompu... Pauvres gens! ils ont décidément plus peur de nous que de la Révolution. Il ont beau faire : ils seront écrasés entre la Révolution et nous. Je orains que ce ne soit avant longtemps...
« Janvier 1870... Le libéralisme est aux abois, et une trentaine d’évéques frangais se conduisent indignement. Crest un scandale pour. les évéques dtrangers, qui le
— disent tout haut. (Dans une lettre de la méme semaine :
~ « Poute estime se retire des noms les plus illustres. » )...
Ce sont les évéques francais qui poussent le gouverne-
ment a intervenir, et l’ambassadeur l’avoue!..... Les
élections ont révélé, d’une maniére éclatante, la pensée du Coneile. Orléans n’a pu obtenir que 112 voix, dans le vote ott Poitiers en avait 470! Nous sommes lancés en plein ogéan romain. Deo gratias /... Pie IX est aux anges des admirables dispositions qu’il trouve dans
VYensemble des évéques. Il fait la lecon, sans embarras,
& ceux qui vont de travers. Orléans en sait quelque
chose. Entrevue particuliére, c'est vrai, mais le Pape
ne J’a entretenu que de la mort, et il n’a pas été dit un mot des doctrines ni du Concile; et, peu de jours
- aprés, petite allocution transparente du Pape, sur Phu-
‘ milité, qui allait & Yadresse de la villa Graziolé (rési-
dence de Mer Dupanloup).
« 14 janvier... Ce qu'il y a de curieux, en ce moment,
fan cest que les gallicans s’adressent au Pape, pour le
ae d’intervenir et d’écarter certaines questions, tan-
. dis que les uwltramontains en appellent au Conctle et
veulent quwil soit mis en demeure de s’expliquer sur
Vinfaillibilite.
« 19 janvier... Les journaux ne retentissent que de nos prétendues difficultés. HN y en a, sans doute; mais ce qu’on ignore, c’est qu'il n’y en eul jamais si peu qu’aujourd@’hui. Quel concile cecuménique a trouvé plus de liberté, au dehors, plus d’unité, au dedans? Les condi-
; ip tions présentes sont si providentielles qu’on croit réver, en y pensant. Pas Pombre d’une pression politique, pas -Wambassadeurs, pas @évéques de cour; quelle diffe-
rence avec Trente | Au-dedans, pas de nationalités arrogantes, Vascendant incontestable du Saint-Pére, un grand courant d'idées communes, malgré quelques dissentiments partiels, et une universelle charité...
« Ge qui est visible dés maintenant, cher ami, c’est
AS que nos derniéres erreurs, comme une vaste ruine, sont 5, ébranlées déja, au souffle puissant du Coneile. Un a écroulement va se faire, — c’est ce qui nous agite, — cae Véeroulement de tout un ordre ancien, de tout un monde . didées. Mais, quand la masse sera par terre, rien
mempéchera plus le passage de la lumiére vers les intallicenoes. qui s’abritent, 4 présent, sous son ombre. Tl n’y aura plus alors qu’un seul soleil pour tous, Rome; et toutes les brebis du bereail seront groupées
j autour d’un, seul pasteur, wrum ovile et unus pastor, Quelle joie, et comme llMeglise, ce jour-la, aura gagné ar de forces et recouvré de juvénile souplesse! Le jeu des sie mouyements hiérarchiques rendu plus facile; les partis 8 enfin détruits, 4 Vintérieur; les résistances 4 }’action
centrale complétement anéanties; la conscience des fidéles mieux que jamais fixée; lautorité divine affermie; l’unité de lEglise resserrée ; l’enseignement reli- - jeux soustrait a toute influence terrestre; la plus Zi aute puissance de l’univers, inébranlablement assise, au milieu de la plus vaste insurrection des esprits et de la plus profonde dissolution sociale qu’ait vues Vhistoire : voila quelques-uns des bienfaits faturs de cette
aa prodigieuse affirmation que nous sentons frémir déja ne sur les lévres du Concile. Que les adversaires ou les <3 peurenx disent aprés cela ce qwils voudront ! Laissons “ dire, cher ami, ef prions. Pie IX gui nous dirige, nae voit plus lot que nous, ef il prépare aujourd’hui ey YEglise, comme Noé préparait larche, 4 la veille du
déluge !...
« 5 avril... L’opposition des évéques soi-disant libéea: raux porte plus sur les tendances du Pape que sur les
doctrines dogmatiques. La fameuse question de linfaillibilité n’a été qu’une machine de guerre. Au fond, il s’agit, pour quelques-uns, de prendre la direction intellectuelle du monde, au détriment de la papauté qui, dit-on, fait fausse route depuis soixante ans. Ce serait une question trés grave, si elle était posée carrément; mais on fait sentir sa présence partout, sans oser l’avouer nulle part. C’est un embarras de la situation et une douleur pour les cceurs catholiques ; ce ne peut pas étre un danger vrai pour |’Hglise ..
(Aux demoiselles de sa congrégation) : « ... Un fait moins public, mais qui me va autant a lame, s’accomplit, au déclin du jour, dans bien des sanctuaires de Rome. Je surprends ces vénérables évéques cherchant, cA et la, la trace de leurs prédécesseurs et s’agenouillant sur les tombes des premiers apétres de leurs églises. Comment voir, sans émotion, les successeurs de saint Ignace d’Antioche, par exemple, prier en silence, au Colisée ou a Saint-Clément (ot repose le corps du saint martyr)? Comment ne pas s’attendrir, en surprenant l’éyvéque de Limoges ou de Périgueux agenouillé dans Vombre sur les dalles de Satte- Pudentienne, foulées autrefois par les pieds de saint Martial et de saint Front? Que ne doivent pas dire d’intime et-de profond @ Dieu les évéques anglais qui prient 4 Saint-Grégoire, d’ot partit le moine Augustin, ou a Sainte-Cécile, les évéques de Hollande, successeurs de saint Wilbrod, et les évéques d’Allemagne, a Saint-Pierre, qai fut témoin du sacre de saint Boniface? Ces évéques d’aujourd’hui se rattachant 4 ceux d’autrefois, cette Eglise de nos jours se penchant, pour ainsi parler, vers l’Eglise primitive, pour s’inspirer de ses doctrines, de ses vertus et de sa vie, cette grande communion des dimes, a travers les temps, cette unité visible de la hiérarchie dans les siécles, quoi de plus racartesaac| pour Vesprit, quoi de plus fort pour la O1 (i. »
Nous avons cité de préférence ces pages qui intéressent ’événement le plus considérable du xrx° siécle ; mais c’est Vouvrage tout entier qui respire la méme ardeur de foi, la méme profondeur de sentiment, le méme charme d’une Ame « toute droite, » comme il écrivait lui-méme, quelques mois avant sa mort, a Mme de Prailly. :
Le BP. Gratry, sa vie et ses couvres, par le cardinal Perraud, évéque d’Autun. membre de VAcadémie francaise. — Paris, Téqui, 41900. — In-12 de 854 pages. — Prix : 8 fr. 50.
La librairie Téqui, si riche déja d’ouvrages de tout premier ordre de Mgr Dupanloup, de Mgr Freppel, de Pabbé Henri Perreyve, du cardinal Dama ete., vient de senrichir encore d’un nouveau trayail de ce dernier, qui comptera parmi les meilleurs entre les meilleurs. Nous voulons parler du livre intitulé : Le P. Gratry, sa vie et ses euvres. Longtemps attendué, cette couvre vient enfin de paraitre et sera vite dans toutes les bibliothéques catholiques. ‘i
Cette Vie se recommande ailleurs autant par le sujet que par Vauteur, ;
C’est un beau livre, c’est un bon livre, c’est un livre
excellent, et qui devra étre mis particuliérement entre
les mains. de tous ceux dont la foi est chancelante, ou qui sont susceptibles d’étre gagnés a la vérité par la force du raisonnement et du bon sens.
Vest Vhisioire d’une grande Ame et d’une belle intelligence racontée par un témoin qui est également une grande 4me et une belle intelligence. En sorte que la forme, simple, sobre, élégante, attique — a laquelle Villustre cardinal Perraud nous a d’ailleurs accoutumés, — est entiérement ala hauteur du sujet; je devrais dire tant Yauteur, comme son. maitre, n’a songé qu’a Bien SAPERaR Vexacte vérité, absolument adéquate a ce sujet.
Comme il fait hon se trouver quelques heures, quelques jours, en conversation, pour ainsi s’exprimer, avee de tels hommes, et comme on en sort meilleur! Je viens d’en éprouver Vimpression, en lisant avec atta-. chement, avee passion, cette vie si intéressante pour toute intelligence qui se plait aux choses sérieuses et vitales, pour toute Ame qui a soif de vérité. Et c’est cette impression que je voudrais faire passer dans l’esprit de mes lecteurs, car cet ouvrage est un ouyrage qui
fera du bien, -
Et nul Wailleurs n’était mieux désigné que le cardinal Perraud pour Vécrire. Fils spirituel du Pére Gratry, ayant passé vingt-cing ans de sa vie dans son intimité, sétant passionné pour les mémes cuvres que lui, prétre par son influence et sous sa direction, oratorien comme lui, comme lui écrivain, orateur, académicien, il
était désigné pour pénétrer ce grand cceur et cette ma-
gnifique intelligence, pour en célébrer la vertu et le
— succes.
: Le cardinal Perraud, dés le début, déclare avec une
€motion profonde que c’est une dette de reconnaissance
quwil paie, en écrivant cet ouvrage :
| «de ne remercierai jamais assez Dieu du bien qu'il
<m’a fait par l’intermédiaire de cet homme, de ce prétre,
~ €n qui je trouvais un guide, un pére, un ami, l’année méme ou j’entrai 4 ’Ecole normale (1847). J’ai dit ailleurs — ou du moins j’ai indiqué — en quoice bien avait
consisté. Il ne m’est pas possible de m’expliquer a
. fond sur ce sujet, parce qu'il me faudrait pour cela
raconter en détails la genése de ma vocation au sacer-
doce, les obstacles dont j’eus 4 triompher pour répondre
& Vappel d’en haut, les secours de premier ordre qui .
me vinrent en aide et dont le P. Gratry fut le providentiel et principal instrument. Quand j’ai écrit au mois de février 1872 le récit de sa mort, j’ai fait allusion a quelques-unes de ces choses. Le peu que j’en ai dit est loin d’ayoir épuisé la source toujours jaillissante des bienfaisantes émotions dont mon coeur déborde quand j’évoque ces souvenirs si intimement mélés 4 la substance méme de tout mon étre... i
« Sous ’empire de ces sentiments, il m’arrivera plus dune fois dintroduire dans cette étude des réminiscences personnelles et comme des fragments d’autobiographie... Durant vingt-cing ans, ma vie a été si intimement mélée a celle du P. Gratry, que j’ai cru n’étre point obligé 4 séparer ce que Dieu avait trés intimement uni. Quod Deus conjunxit homo non separet. »
Extraordinaire était, en effet, Vinfluence bienfaisante du P. Gratry,- et, sil ne nous a pas été donné d’en juger directement, nous sommes 4 méme de nous en rendre compte par le bien que font encore ses - ouvrages. Peu d’hommes ont donné une impulsion aussi vigoureuse, aussi décisive & ceux qui l’ont approché. C’était un-créateur d’ames, s'il est permis de s’exprimer ainsi..Et nombreux sont les disciples qu’il a laissés, les hommes quwil a formés. Faire des hommes et des chrétiens, n’était-ce pas d’ailleurs le but principal des maitres de cette €époque? Voyez Dupanloup, voyez Lacordaire, voyez Perreyve, pour ne citer que ceux-la ; voyez toute la génération quils ont fagonnée! Hélas ! je me demande si la nétre, plus jeune, a eu de tels maitres ! OU sont-ils les grands semeurs, les. génies chrétiens qui créent les fortes générations de demain ? Ne semble-t-il pas qu’il manque un peu-d’enthousiasme dans notre éducation moderne? Et n’est-il pas excellent,
ar suite, pour se retremper un peu, de revivre dans jntimité dun Gratry ? C’est la joie que nous procure ici le cardinal Perraud, non qu/il entre dans tous les détails de la vie du Pére Gratry, mais parce quwil nous fait pénétrer son intelligence, son coeur, son ame.
Successivement, avec autant d’autorité que de charme naturel, l’auteur nous révéle homme, inséparable du prétre, le philosophe, le polémiste, V’apologiste et l’apotre, le précurseur, l’écrivain. -
C’est d’ailleurs dés sa jeunesse quwil prend son héros. Le jeune Gratry, éléve de l'Université, avait vite oublié toute pratique religieuse. Mais il n’était pas homme a se contenter d’un scepticisme facile, et dés qu’il fut en Age de penser par lui-méme, il réfléchit. Cette réflexion le ramena du coup a la foi.
Aussitot, une idée le subjugue : celle de démontrer Tynion nécessaire de la science et de la religion. Mais pour la démontrer, il faut étudier les sciences a fond. Or, il a déja plus de 19 ans et il ignore les mathématiques autant qu’on peut les ignorer. N’importe, sa volonté est arrétée ;: il se préparera a l’Hcole Polytechnique. . On ne peut y entrer passé yingt ans ef son projet, par guite, parait une folie & ceux qui le connaissent. Folie pour d’autres, peut-étre! Pour lui, non! I travaille avec acharnement ; il réussit.
Ses deux ans d’Hcole terminés brillamment, il n’a plus qu’a choisir une situation enviée de tous. Mais son idée est ailleurs : il veut étre apdtre. Il renonce a toutes les vanités et se prépare 4 sa mission. A ce mo-
ment, ’abbé Bautain vient de former, a Strasbourg, un groupe de jeunes gens, la plupart destinés a la prétrise, et dontle but est de défendre la foi. Ce plan séduit le
A iif,
jeune Gratry ; il se rend & Strasbourg et entre dans les ordres. Il] ne tarde pas a se faire connaitre, en dépit de sa modestie, et bientét il est appelé a prendre la’ direetion du collége Stanislas.
Aussitét, vest ’éducateur merveilleux qui se révéle chez lui. Plein d’initiative, réfractaire 4 toute routine; il met ce collége au premier rang. Et le cardinal Perraud peut justement dire 4 ce sujet : « Si l'éducation con: siste, suivant son sens le plus étymologique et le plus vrai, @ élever les hommes, 4 les faire sortir des petitesses de l’égoisme et des vulgaires ambitions pour leur faire concevoir la plus haute idée du don dé la vie et leur apprendre & en tirer le meilleur parti possible, Pabbe Gratry fut a Stanislas un éducateur parfait. »
Les qualités exceptionnelles dont il fait preuve en ce poste ont attiré sur lui Vattention, et le voici aumdnier de l’Keole normale. Le livre du cardinal Perraud dit Vinfluence heureuse qu'il eut alors sur les jeunes gens qui Ventouraient.
De 14, il passe 4 1’Oratoire qui se renouvelait, et ce fut la période la plus féconde de sa vie. Je voudrais cifer ici plusieurs pages de l’éminent biographe ; elles
Sont parmi les plus belles de l’ouvrage et démontrent
combien le Pére Gratry et ’auteur de sa Vie avaient, il y a trente-six ans, pressenti le grand mouvement auquel le glorieux Léon XII] a donné l’impulsion. Mais ces citations m’entraineraient trop loin pour un simple
compte rendu, et je suis obligé, avec un vif regret, de
ne pas les donner. Quelle vie, pourtant, quelle vertu, quel travail, quelle merveilleuse passion commune pour le bien, dans cette reconstitution de l’Oratoire !
Je viens au philosophe. Le P. Gratry ne voulait pas de cette philosophié creuse et vide qui réside dans « le seul travail de la'téte et l’abondance de son érudition, sans la sagesse pratique. » [1 voulait que tout Vhomme, intelligence, cceur, volonté, contribue & la recherche de la vérilé sur un terrain positif; il voulait que le philosophe ait étudié tout ce qu’avaient pensé avant lui les plus grands esprits et se fut pénétre des autres sciences « en soumettant la chair 4 la raison et la raison a Dieu. »
Ce chapitre sur le philosophe est d'une solidité et
d’une profondeur, en sa netteté, qui séduiront tous ceux qui pensent.
Le cardinal Perraud passe ensuité au polémiste ef fait jastement observer que les volumes de polémique du Pére Gratry contre les tenants de lVathéisme et du panthéisme sont encore de toute actualité, plus d’actualité méme que jamais, en présence de « Vorgie intellectuelle » & laquelle nous assistons. Il faudrait citer & ce sujet la victorieuse et superbe réfutation du Jésus de Renan.
Mais si la polémique du Pére Gratry était trés éner-
gique sur la dootrine, elle restait toujours charitable a
VPégard des personnes, ce qui n’est pas trés commun, |
comme le fait remarquer le cardinal. Perraud, « de la part méme de ceux qui défendent les droits de la verité. »
Mais le Pére Gratry était avant tout apologiste et apdtré, comme en témoignent tous ses ouyrages et particwjiérement La Crise de la foi, La Philosophie du Credo, Le Mois de Marie. Kt non seulement il était apdlre, mais il voulait faire des apdtres de ceux qui Ventouraient, contre l'injustice et l’erreur, contre les iniquités morales et sociales, dont il ressentait les monstruenx résultats avec uné rare intensité. Suppliant Dieu de seconder ses efforts, il s’écriait : « Je vous demande maintenant, puisque vous m’avez fait ouvrier, de me donner un peu plus de force et le courage de Vouvrier qui travaille des mains, qui a besoin de travailler pour sativer ses enfants de la mort, qui chaque matin essuie ses larmes et reléve la téte, et puis qui se remet au travail et continue ainsi a travers toute la vie, jusque dans la vieillesse, 4 donner chaque jour un peu
plus de travail qu'il ne peut. »
Enfin, ce fut un précurseur, comme toutes les grandes intelligences, qui devinent l’avenir et se redressent, lorsqu’elles ont vu clair, contre les prejuges de la routine et de leur époque. Saint Thomas d’Aquin était oublieé, négligé, méme du clergé; précurseur de Léon XII, il dit son admiration pour cet immense génie. Précurseur encore de cette merveilleuse et éblouissante lumiére que la Providence a bien voulu fous donner dans la personne de Léon XIII, la plus étonnante figure de ces tenips, il comprend tout le role social de l’Kglise ; il rappelle que l’Evangile n’a pas seulement pour but la conquéte de la vie éternelle, mais encore l’organisation la plus compléte de la justice sociale sur la terre. Lisez, 4
ce sujet, son Catéchisme social, publié en 1848, et réédité, avec quelques modifications, en 1871, sous ce titre:
Les Sources de la régénération sociale. Lisez aussi
La morale etla Lot de UVhistoire. Combattre Vignoance du deyoir social, tel a été le but quil a le plus ardemment poursuivi peut-étre. Toujours en admiration devant la providentielle divination du prisonnier du Vatican, qui ne pouyait connaitre la situation sociale dont notre société se meurt que par une miraculeuse inspiration, je sens, sur ce chapitre, que je risquerais de m’étendre trop longuement, et c'est pourquol je me tais, priant le lecteur de s’en rapporter au livre du cardinal Perraud et aux ouvrages du Pére Gratry. — :
Je ne terminerai pas cependant sans me féliciter de retrouver sous la plume de l’éminent oratorien ce conseil que je n’ai cessé de répéter ici-méme, en mes modestes critiques : « Si vous voulez propager la vérité, il faut savoir écrire. » Rien ne pénétre, rien ne triomphe, rien ne dure que ce qui est écrit. Le beau, le vrai, le bien ne font qu'un. Vous gui voulez faire le bien, songez-y toujours. On ne triomphe pas des erreurs avec de bonnes intentions. Nous devons étre superieurs & nos adversaires en tout. Si le Pére Gratry n’avait pas mérité de faire partie de l’Académie frangaise, tout comme son illustre biographe, il n’aurait jamais eu Vinfluence qu’il a exercée pour le triomphe de la vérité. Sans doute, il n’appartient pas 4 tous de viser a VAcadémie, mais il est du devoir de tous de bien faire ce qu’on fait. 5
P.-S. — La nouvelle génération, dont nous sommes, n’a pas assisté aux virulentes polémiques qui avaient précédé la proclamation du dogme de Vinfaillibité. Et cest pourquoi nous allions oublier de;parler du role de VPabbé Gratry en ces circonstances, si notre si savant et si sage Directeur ne noas avait rappelé a lordre. Pourquoi ne pas dire publiquement et cet oubli de notre part et cette vigilance de notre cher maitre? Pour ma part, je préfére mille fois ce postscriptum et son explication utile 4 un paragraphe quelconque ajouté a Varticle précédent. Il en ressortira deux taits bons a publier : le attention que notre Directeur apporte a tout ce qui s’imprime ici; 2° Ltindifférence ou nous sommes, nous de la génération plus jeune, a ces anciennes polémiques, tant les dogmes proclamés nous paraissent hors de discussion et si grande est notre admiration, mille fois justifiée, pour le merveilleux génie de Léon XIII. J’ai déja dit que je ne saurais tarir sur ce chapitre, et j’ajouterai, si j’avais besoin d’une preuve nouvelle de linfaillibilité de lEglise et du Pape, que j’en trouverais une suffisante dans cette merveille, qui ne pent s’expliquer sans Vintervention divine, d’un vieillard prisonnier, ne pouvant sortir du Vatican, et qui, par Viuspiration de Dieu, comprend mieux — comprend entiérement — la situation de l’ouvrier francais que les chefs d’industrie eux-mémes ! Le génie d’un Napoléon Ie", le génie d’un Victor Hugo — bien que mon respect soit trés limité pour lun et
our lautre — sont grands, trés grands si vous voulez. Mais ils n’ont rien qui écrase.. Celui de Léon XIII écrivant |l’Enecyclique sur la condition des ouvriers dépasse tout ce quwil est possible @expliquer humainement.
Ces déclarations faites, et plus courtes que je ne voudrais, me mettent a laise complétement pour parler des polémiques du Pére Gratry avant la proclamation du dogme de linfaillibilité. Avec l’éminent cardinal Perraud, je les regrette, et je crois que tous les travaux antérieurs de Villustre religieux le préparaient fort mal a entrer dans ces discussions. Il y est entré, cependaat, et malgré les supplications de ses amis, dont celles de son biographe d’aujourd’hui, et il s’est alors aussi bien trompé sur sa mission que sur le fond méme de Ja question. Mais je ne crois pas que cette erreur puisse nous faire oublier son grand talent, ni les services exceptionnels qu’il a rendus a la vérité, et je le crois dautant moins que le Pére s’est empressé, comme le rappelle le cardinal Perraud, de se soumettre tout simplement et tout nettement a la vérilé, a la vérité quil avait combattue alors quwil était encore possible de ne pas la reconnaitre, mais qu'il reconnut si loyalement dés qu’elle fut proclamée. Laissons done de coté cette petite ombre d'un moment pour étudier les lumineux ouvrages de Villustre philosophe catholique.
Voici d’ailleurs, au sujet de la soumission absolue du Pére Gratry aux décisions de I’Kglise, la lettre qu'il écrivail, le 25 novembre 1871, 4 Mgr Guibert, transféré de l’archeyéché de Tours a celui de Paris :
LVAMI DU CLERGE
« Monseigneur, | Aes ;
« Si je n’étais fort malade et incapable d’écrire une lettre, je vous aurais déja, depuis bien des jours, adresse mon hommage de bienvenue. sy
« Je veux du moins aujourd'hui, Monseigneur, vous dire simplement ce qui, ce me semble, n’avait pas besoin d’étre dit, savoir, que j’accepte, comme tous mes fréres dans le sacerdoce, les décrets du Concile du Vatican. é hie. eee
« Tout ce que, sur ce sujet, avant la décision, j’ai pu écrire de contraire aux décrets, je Vefface. We Ch
« Veuillez, Monseigneur, m’enyoyer votre bénédiction et prier pour moi. » ~