A. GRATRY
Tl mourut 4 Montreux (Suisse), le 7 février 1872.
Le R. P. Humarque, rédemptoriste, ou le vieux Pere aveugle, missionnaire, poete et musicien, 1817-1896, par le P. Hamez, de
la méme Congrégation. — Un vol. in-8 de xv- 480 p., orné de 80 gravures, 4 francs. — Paris, Téqui. 7
Le P. Humarque n’a guére été connu en dehors de sa Congrégation ; mais pour ious ses confréres il fut l’objet dune vénération universelle. Ce sont eux qui a sa mort ont demandé a pénétrer dans le détail de ses vertus, plus soupconnées que connues. Ht telle est Vorigine de ce livre, qui pourra apprendre 4 tous ce que c’est que la sainteté dans la fidélite aux petites choses, dans la pratique constante de mortifications qui n’avaient rien d’éclatant, dans Vesprit de priére, dans la familiarité charmante d’une nature toute de gaité entrainante et de poésie gracieuse.
La vie du P. Humarque est gentiment contée et prestement écrite, émaillée d’anecdotes et de bons mots, de traits piquants de Vhistoire dutemps. C’est un modeéle de « vie de saint, » pleine d’édification et de belle humeur. Nous la recommandons a tous nos confréres. Une vie dé rédemptoriste n’est jamais ennuyeuse ; tous ceux qui ont yu a Peeuvre les fils de saint Alphonse dans nos campagnes, le savent. Puis, dans toute la premiére moitié de sa vie, le P. Humarque se recommande directement a leur imitation, ayant été successivement vicaire,
. professeur, directeur de maitrise, secrétaire d’évéché a
Saint-Dié sous Mgr Manglard et Mgr Caverot. Il n’est entré au noviciat qu’a trente-neuf ans. A ce titre, il intéresse aussi les vocations tardives. Il n’ayait connu les bons Péres que l’année précédente, par un hasard ou il était loin de soupconner une voie de la Providence. Il nous conte ses débuts au noviciat. Dés le premier jour on lui fit voir qu'il fallait sans retard tuer en luile secrétaire d’évéché, le vieil homme. C’était pendant la récréation. Le maitre des novices avait adressé des remontrances 4 ’un de ses pupilles. L’abbé Humarque, encore étranger aux coutumes du noviciat, crut devoir intervenir, et, par politesse et commisération, demanda grace pour le coupable en excusant sa peccadille. Mais le maitre des novices coupa court 4 la plaidoirie intempestive en disant : « Mettez-vous a genoux ; cela ne yous regarde pas. »
Cependant il avait gardé quelque chose de l’ex-secrétaire : des boucles d’argent. Or, il y avait a peine huit jours qwil était au naviciat, lorsqu’il recut la visite d’un chanoine de Saint-Dié. Quelle ne fut pas sa surprise lorsque qu’aprés les compliments @’usage il vit son visiteur se jeter & ses pieds et les embrasser en signe de vénération! Mais voyez comme il ne faut pas prendre trop au sérieux les marques d’estime que lon se croit adressées : en se relevant, le bon chanoine @it combien il était heureux de revoir aux souliers du cher abbé les boucles d’argent dont il lui avait fait cadeau jadis, mais combien il serait plus heureux encore de les reprendre en maniére de reliques. Ce que Vabbé accorda sur-le-champ.
Mais il faut nous arréter. Si nous nous mettions a glaner 4 travers Le P. Humarque, notre gerbe—déborderait les colonnes de l’Ami. Lisez, et vous serez édifié et charmé.
Au Kilima-ndjaro, Afrique orientale, par Mgr Le Roy, vicaire apostolique du Gabon, ancien missionnaire au: Zanguebar, — Un vol.
in-40 de 470 p.,illustré de 89 gravures et 6 cartes, 7 fr. 50. — Lyon, Vitte.
A travers Vhémisphére Sud, par Ernest Michel. — In 4 de 296 p., avec nombreuses gravures, 4 fr. — Lyon, Vitte.
I. — Mgr Le Roy nous donne dans cet ouvrage la relation dun voyage au Kilima-ndjaro, entrepris dans le but d’étudier des pays inconnus et d’y fonder des centres nouveaux d’évangélisation. Mer Le Roy, aujourd@hui supérieur général de la Congrégation des Péres du Saint-Esprit, est un des esprits les plus élevés et les
flus ouverts a Vextréme diversité des questions géogra-
phiques, ethnographiques, politiques, qui se rattachent a Pévangélisation de Afrique. Son nom est, pour nos lecteurs, une garantie du haut intérét scientifique que leur offriront ces pages. Surtout nous pouvons les assurer quils auront rarement fait lecture plus égayante.
'On ne peat pas imaginer plus de belle humeur mise au
service de la plus pénétrante clairvoyance, du bon sens oe aiguisé et de la plus ardente flamme d’aposolat.
Nous sommes heureux d’emprunter 4 Mgr Le Roy Jes remarques suivantes sur le mahométisme, en réponse a certaine idée dont nous avons -parlé déja en 1897 (p. 805-809) et quia continué depuis de circuler sous des plumes ecclésiastiques, dans des revues ecclésiastiques, représentant lIslam comme une étape nécessaire, un pont providentiel jeté 4 des peuples trop grossiers pour passer tout d’un coup du fétichisme ou de la simple idolatrie au christianisme.Ecoutez la-dessus Mer Le Roy :
« Les paiens, fétichistes, anthropophages, tout ce qu’on youdra,peuvent étre hostiles a la civilisation européenne — et comment ne le seraient-ils pas quand cette Civilisation est parfois si étrangement représentée? — mais au fond, ils aiment l’Européen, et s’il a soin de se montrer constamment au milieu d’eux comme un étre juste, digne et bon, ils Vaiment avec enthousiasme. Les paiens, en Afrique, sont une réserve précieuse pour la civilisation et la foi, les Musulmans y représentent un champ @ jamais stérilisé. Ceest la qu’est la différence, et tout véritable ami du progrés Vappréciera.
« Cependant, disent les théoriciens, lorsque I’Islam triomphe en un point du continent noir, il y met fin a de grands maux : a Vivresse, par exemple, a ’anthropophagie.
« Que islam supprime Vivresse, la meilleure preuve a donner du contraire est ce fait que dans la ville de Zanzibar, ola population est musulmane, des chargements entiers de gin et d’alcool frelaté s’écoulent avec une rapidité effrayante. Seulement, tout cela s'absorbe de nuit et a la maison : les Européens qui passent n’en yoient rien. Ils sont les seuls a tomber dans la rue...
« Quant a Vanthropophagie, il ne faut pas croire qu’elle soit universelle en Afrique : Vhorrible coutume est localisée en certaines tribus connues, spéciales, et ce sont précisément ces tribus-la que les Musulmans respectent, et pour cause. ei :
« Mais l’Islam aurait-il V’avantage de diminuer sinon de supprimer ces habitudes vicieuses ou criminelles, en quoi la civilisation s’en trouverait-elle mieux, s’il les remplace par ce fanatisme irréductible, cette immoralité dégradante et ces maladies honteuses, dont il a la triste spécialité? Et d’un autre cofé, qui nous dira lesquels font le plus de victimes, — des quelques tribus anthropophages destinées bientdt a cesser leurs pratiques devant les forces européennes grandissantes, — ou des Musulmans eux-mémes qui considéreront toujours les Infidéles comme autant de troupeaux a exterminer ou a réduire en esclavage, a2 capturer, a exporter et a vendre? » ; ‘
Autre préjugé. Que missionnaires catholiques et musulmans se heurtent, rien de plus explicable. Mais, nous dit-on, prenez un « libre-penseur » qui sache faire des concessions et, au besoin, des avances aux idées confessionnelles des fils de Mahomet: vous verrez le succes. , :
«Jentends bien : implacable contre l’exercice de la foi et de la charité chrétiennes, on sera plein de déférence pour la propagande musuimane, on la favorisera, on Ja paiera. Eh bien! en cela encore, en cela surtout, le libre-penseur qui, pour le dire en passant, a son dogme a lui d’autant plus tolérant qu'il n’en a pas conscience, sera supérieurement joué. Le musulman,
- LYAMI DU CLERGE
en effet, respecte encore, méme il admire, souvent il aime le missionnaire catholique dont il sait la foi et le dévouement; mais, tout en profitant de Vaide qu’il en retire, il est plein du plus profond mépris pour ces apostats du christianisme dont les: uns.contrefont mal les musulmans et dont les autres affectent vis-a-vis de la religion et de Dieu une inexplicable indifférence. Que de fois on nousa dit : Vous, les Padri; vous serez encore Sauvés sans doute, par la grande miséricorde d’Allah! Car yous croyez en lui, yous le servez... Mais ces Européens, vos fréres, qui ne prient jamais, quelle différence
y a-t-il entre eux et la béte?...
« Et cependant, le musulman a des maniéres qui séduisent : il sait étre poli, hospitalier, prévenant, serviable, généreux. A ces qualités de circonstance, le naif Aryen se laissera toujours prendre : Baise, dit un des proverbes musulmans les plus caractéristiques, baise la main que tune peux couper.
« Vis-a-vis des Kafiri, de yous, de moi, toute la ligne de conduite du musulman est 1a. » (p. 140-142).
IT. — M. Ernest Michel, le brillant avocat prématurément enlevé aux ceuvres catholiques de Nice, fut un grand voyageur deyant le Seigneur et un fervent admirateur des nouvelles sociétés anglo-saxonnes d’Australie et de Nouvelle-Zélande. Son Hémisphére Sud est un demi-tour du monde par’ Panama, les Antilles, le Mexique, les Etats-Unis, les Sandwich, la Nouvelle-: Zélande, la Tasmanie et l’Australie. Ce n’est pas un touriste selon le type classique, en quéte de curiosités artisfiques ou de paysages nouveaux ; cest le voyageur pratique, ’observateur attentif surtout au point de vue économique et social. Il commence son enquéte par les gouvernants, pour arriver, a travers toutes les classes de la société, jusqu’a la mansarde du pauvvre. II visite tout, églises, écoles, hépitaux et autres établissements d’assistance publique, prisons, institutions charitables, mines, établissements agricoles,.industriels, etc., et note tout sur un carnet.
C’est ce carnet qui vous est offert aujourd’hui, intéressant, pris sur le vif, bondé de remarques pratiques, fourmillant d’anecdotes et de mots typiques. Vous y verrez, par exemple, Ernest Michel d’accord avee Mgr Le Roy pour confesser que !’Huropéen est, sur toutes les latitudes, un grand obstacle 4 Vexpansion de la civilisation chrétienne. Ainsi, lui disait un mariste de Wellington (Nouvelle-Zélande), vous avez beau persuader les protestants de la fausseté de leur religion : ce qui les arréte toujours, c’est la multitude des catholiques prévaricateurs. « Une religion sérieuse, disent-ils, doit pouvoir se faire observer. » — A Wellington encore, notre voyageur visite l’établissement des Fréres Maristes : « Le directeur est lyonnais : ilme dit qu’on ne lui demande pas s'il est étranger ou s’il a le dipléme pour enseigner. Tout ce qu’on lui demande chaque année, cest le nombre deléves qui fréquentent son école. » (p. 179). Bel exemple a proposer & ceux qui régentent notre instruction publique.
La République et la paix religieuse, par Vabbé Gayraud, député du Finistére. — In-12 de vur-278 p. — Paris, librairie académique Perrin.
Ce n’est pas une thése, mais un ensemble de solutions pratiques que nous présente M. l’abbé Gayraud. « Je n’enyisage pas, dit-il, la question des rapports de l’Eglise et de |’Etat d’une maniére générale et abstraite, du point de yue purement théorique, a la fagon du théologien et du canoniste dans leurs chaires d’écoles. Non. J’entends faire surtout cuvre @homme politique qui cherche la meilleure solution pratique des difficultés que souléve en France, au milieu des circonstances actuelles, la question religieuse. » (P. 7).
Il suppose admis deux postulata : le premier, « que la République démocratique, établie en France depuis trente ans, peut étre libérale, c’est-a-dire peut garantir 4 tous les citoyens en général le libre accomplissement de tous leurs devoirs et le libre exercice de tous leurs droits, et auaw catholiques en particulier Végalité dans la liberté (p. vu); » — le second, « que l’Hglise catholique n’est pas et ne saurait étre Pennemie de notre démocratie républicaine, et qu’elle peut et veut vivre en paix avec elle. » (Ibid.). ;
Tl commence par traiter deux questions préalables : Comment l’Etat moderne dojt-il agir avec l’Eglise catho-
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lique : en ami ou en ennemi, ou bien en neutre et en S indifférent? — Sur quels fondements les catholiques doivent-ils apptiyer atjourd’hui leurs revendications légitimes? | Sur la premiére question, il « réprouve, comme catholique ef comme Frangais, la laicisation de la société Civile : mais miéime laicisée, la société civile doit appliquer aux catholiques le double principe du respect des consciences et de l'égalité devant la lot. »
of Sur la seconde question, baser hos revendications sur ae leg droits divins de ’Wglise nous condarmnerait 4 n’étre as entendus ni du monde politique, ni de la massé électone rale. Invoquer le Concordat, nous le pouvons et nous ¢ ~ le deyons. Mais le Concordat lui-méme est mis en discussion, il faut une base plus étendue. Cette base, ce sont « les droits de citoyens que possédent les catholiques et qui obligent Etat 4 leur garantir le libre exercice de leur culte, 4 respecter leurs eroyances religieuses, a leur assurer légalité devant la loi. » (P. 388 et Suiv.).
a « it s’ensuit que le terrain de la paix religieuse doit A étre le droit commun des citoyens a la liberté eta Uégalité. » (P. 56).
. labbé Gayraud examine ensuite les principales questions religieuses agilées a lheure actuelle, a Voici comment lui-méme résume a la fin de son ou- .vrage les solutions qu'il propose :
« L’Ktat démocratique et républicain doit aux catholiques, comme. a tous les autres citoyens, la liberté et Végalité dans la liberté. Les catholiques ne peuvent ni ne doivent, en fait, rien lui demander de plus.
« Un Concordat est nécessaire entre la France et le Saint-Siége ; peut-étre serait-il bon, pour résoudre pleinement les difficultés actuelles, de reviser le Concordat
~ de 1801 dans un sens libéral et démoératique.
« La question des congrégations religieuses ne sera résolue que par une loi sincérement libérale et égale pour tous sur les associations.
« Les autres difficultés entre l’Hglise et l’Etat, suspensions de traitements du clergé, réglement nouveau des fabriques, loi militaire et loi scolaire, pourraient étre, sinon réglées, du moins presque aplanies, si les pouvoirs publies, agissant dans un esprit de justice et de vrai libéralisme, faisaient droit sur ces divers points aux réclamations légitimes et modérées des catholiques.
« Rien ne justifie les restrictions nouvelles de la liberté de ’enseignement. » (P. 276). .
On trouvera aux divers chapitres du livre la discussion de tous ces points.
- Si nos législateurs étaient vraiment libéraux, s’ils étaient capables de comprendre l'intérét général, s’ils pouvaient secouer le joug des loges magonniques, ils ne sauraient accorder moins que ne le demande M. l’abbé Gayraud ; les principes mémes de la liberté et de l’égalité leur font un devoir d’aller au moins jusque-la.
M. Vabbé Gayraud n’a pas voulu réclamer plus que ce qui ne peut nous étre refusé sans aller ouvertement contre ces principes. =
L’éducation sociale du peuple, par Marc Sangnier - Lachaud, ancien éléve de l’Kcole
‘ polytechnique. — In-18 de 121 p. — Paris, ns Rondelet. : Le brillant et ferme jeune homme gui est ’ame d’une
jeunesse d’élite 4 Paris, traite surtout, dans ces pages, i de ce que V’on appelle les « Petits cercles » des patronages. La fondation de ces « petits cercles » est l'une ae des deux ou trois idées capitales qui se sont dégagées du Congrés international du patronage de la jeu- A nesse ouvriere, tenu a Paris cette année, a l’oceasion ae de Exposition. Le patronage suivant sa conception d’il x / yatrente ou quarante ans ne suffit plus.
Au début, il ne s’agissait gis de recueillir et de préserver quelques enfants que l’on enlevait au pavé des ——s rues pour les garder et les faire jouér loin des promiscuités malsaines ou dans une atmosphére morale et i ‘chrétienne.
2 Elever les enfants est trés bien ; former la jeunesse 4 * la vie sociale n’est pas moins indispensable. Malheureuae sement, combien quittent le patronage peu aprés la vrepre: miécre communion, pour n’y plus revenir! combien surte tout, une fois atteinte la quinziéme ou seiziéme année ! ane Hit si quelques-uns dépassent cet age, ils sont en nombre
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