LA CONQUETE DE LA LIBERTE RELIGIEUSE
Mesdames et Messieurs, »
En 1830, la Restauration est tombée sous les
coups de ces libéraux, qui cachaient leur haine
sous l’invocation du libéralisme. Or, I’Eglise de
France, religion de l’EKtat, avait eu les mémes adversaires que la Restauration ; car, a cette époque, qui disait libéral en politique, disait, en général, voltairien en religion. Donc, avec l’avénement de la royauté de Louis-Philippe, qui est
non seulement le scepticisme officiel 1, mais encore
va
Ja réaction révolutionnaire, ’Hglise de France est
Ke“,
atteinte en méme temps que le tréne de Charles X ;
elle est condamnée, elle aussi, non pas par l’écha-
chaud, non pas méme par l’emprisonnement ou
-Vexil, ces violences étant d’un autre monde, mais,
* ce qui est pire, parce que cela est plus dangereux,
ee
-par le mépris public, par la servitude, l’avilisse-
ment. Elle ne sera plus qu’un rouage infime de VYadministration, le dernier de tous, jusqu’au jour,
qui ne tardera pas, ou elle disparaitra d’elle-
méme, n’ayant plus rien 4 faire sur le sol de la
France. Le ministre Casimir Périer en parle, d’une facon indifférente, avec plusieurs prétres, comme d’une chose incontestable : « Le moment arrive, dit-il, ou yous n’aurez plus pour yous qu’un petit nombre de dévotes 2. » Bien plus, un
inspecteur général de lUniversité, un ancien
rédacteur du Globe, Dubois (de- la Loire-Inférieure), ne craint pas de sonner le glas de nos
4 Charte de 1830, art. 5: « Chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte une égale protection. » : :
2 Cognat, Vie de Mgr Devie, u, ae : ‘
croyances au collége de Rennes : « Messieurs, dit-,
‘il solennellement 4 la jeunesse, nous marchons vers une grande époque, et peut-étre assisterons- ‘nous aux funérailles @un grand culte 1. » Aussi,
le poéte n’exprime que lopinion du jour, lors- —
qu’il fait Voraison funébre du christianisme en France :
Ta gloire est morte, 6 Christ! et sur nos croix d’ébéne Ton cadavre céleste en poussiére est tombé! ?
Quoi donc! Aprés avoir tant souffert sous la
tyrannie sanglante de la Révolution et sous le savant despotisme de l’Empire, l’Eglise de France
n’a repris de la vie sous la Restauration que pour
mourir dans Vopprobre! Non, non, ce n’est pas possible. Il y a dans tout sacrifice une vertu qui
lui survit, qui passe d’une époque a une autre —
époque, et qui, au jour marqué, fait germer de nouveaux sacrifices. Aussi, 4 ce moment le plus critique de ses nouvelles destinées, ’Eglise de France voit se dresser devant elle et l’Kglise de la Révolution avec ses martyrs et l’Kelise de ’Em- ‘pire avec ses héros et l’Eglise de la Restauration avec ses apdtres, et revendiquant, non pas les prérogatives de la vérité, car hélas! le bien doit quelquefois céder a un moindre mal, mais seulement les droits communs de la liberté, elle pousse son cri de bataille: « Mille fois la mort plutét que Vesclavage ! »
Ah! que n’ai-je un tableau pour vous faire
admirer d’un seul coup d’ceil cette nouvelle armée | catholique avec ses combats et ses victoires! Pour
rendre la lutte la plus décisive du xrx® siécle, fautil que je sois réduit 4 ce que l’on appelle si juste-
ment la faiblesse de la parole! Mais aussi je sais.
qu’il suffit d’évoquer devant vous la grande cause de la liberté religieuse pour vous émouvoir, parce que je sais qu’il y a dans vos Ames une fibre
qui domine toutes les autres, celle que fait vibrer
la religion.
L’Ami de la religion, uxtx, 28.
A. de Musset, Rolla, aont 1883.
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, ; Petey ’ oR!) ? \ te \ mate re
Commencons par les rangs les plus nombreux de V’armée; allons 4 la campagne; entrons dans
cette modeste habitation qu’on appelle un presby-
tere. Nous y trouvons un habitant plus modeste encore, le curé; cet homme qui, étranger aux vaines passions du jour et aux idées éphéméres du temps, s’efforce d’asseoir au foyer domestique la morale chrétienne destinée 4 le purifier et a Vembellir. Eh bien, cet homme, qui est la charité vivante, c’est le souffre-douleur des maires de Louis-Philippe. Non, pour les maires de Louis- Philippe, il n’y a pas en France un 6étre aussi vil qu’un curé. Il est surveillé le jour, il est surveillé la nuit. Reste-t-il dans sa cure : pourquoi? Ne reste-t-il pas dans sa cure : pourquoi? Recoit-il quelqu’un : pourquoi? Ne recoit-il personne
pourquoi? S’il sort de sa paroisse, est-il en soutane? C’est un délit. N’est-il pas en soutane? C’est un délit. A-t-il un passe-port, ses papiers sont-ils, en régle? Les gendarmes courent le savoir. Ainsi le veut particuliérement le ministre Casimir Périer par circulaire aux préfets, le 2 septembre 1831". D’ailleurs, qu’il soit présent ou absent, M. le maire, accompagné des gardes nationaux, peut faire une descente chez lui, bouleverser sa maison depuis la cave jusqu’au grenier, et jeter l’émoi dans le village contre ce curé perturbateur de la tranquillité publique *. Et: sous prétexte, ou quwil est suspect, ou quil ne fait pas « exactement son service, » ou que, selon une autre expression des circulaires, «il ne se conduit pas bien °, » le préfet, sur la plainte de M. le maire, peut retenir son traitement tout entier, ou telle partie de son traitement qu’il voudra ‘: ainsi. l’a décidé le ministre des finances, le18 décembre 1830 °. Et si M. le maire a dans la téte quelque chose qui fait que le curé lui déplait ou ne lui plait pas, M. le
moaire peut faire partir le curé; les préfets, les
sous-préfets recommandent a M. le maire de ne pas loublier, et M. le maire ne l’oublie pass... A
* Crest une collection de menus faits que nous pourrions mettre sous chacune de nos paroles. Que le lecteur curieux des détails voie les journaux du temps, particuliérement Avenir, surtout PAmzi de la religion.
2 On fait méme des visites domiciliaires dans les églises, on démolit les autels, on enléve les payés, on fouille les tombes des anciens seigneurs. L’Ami de la religion, Lxvit, 376.
* Un nommé Cocagne, sous-préfet de Neufchatel, Seine-Inférieure, adresse, en décembre 1882, une lettre aux maires de son arrondissement : « Quels sont les nom et prénoms de votre curé? Quel age a-t-il? Se conduit-il bien? Kst-il animé de principes favorables au gouvernement de Louis-Philippe? Hst-il sage dans ses sermons? Voit-il, recoit-il beaucoup de monde ?... » Ibid., LXxiv, 232. :
‘Un nommé Vallier-Collombier, sous-préfet de Saint- Marcellin, Isére, écrit aux curés : « Le retard de votre mandat tient aux plaintes que lV’administration a recues contre vous sur la fréquente absence que vous faites de votre paroisse. Vous n’ignorez pas qu’une semblable conduite vous met dans le cas d’une retenue proportionnelle sur votre traitement... » [bid., uxx, 366.
Pel07d., XVI, 520,
° Le 4 juillet 1832, le préfet de la Sarthe adresse aux maires de son département un questionnaire sur les
Péglise, la situation est peut-étre encore pire. Pour -
Voffice, le curé le fera a telle heure, et non pasa
telle autre, et l’office durera tant de temps et pas
davantage ; et sila messe parait déranger quelque -
chose, le curé ne dira pas de messe 1. Pour le prdne, avant de le prononcer, le curé devra, en certains endroits, le montrer 4 M. le maire, qui jugera s'il est sage dans ses sermons 2. Pour les
baptémes, dans l’été, et sans doute au printemps, —
le curé baptisera avec de l’eau froide, mais en hiver il baptisera avec de l’eau chaude, ou du
moins avec de l’eau tiéde : ainsi le veut un frileux ~ ministre, Barthe =; car les ministres se font —
sacristains. Pour les enterrements, le curé enter-
rera tous ceux que M. le maire voudra faire
enterrer religieusement, lors méme que pendant -
leur vie ilsne voulaient point de religion’. Et, bien quil n’y ait jamais eu 4 aucune époque dans aucune église de France aucun buste d’aucun Bourbon, M. le maire, s'il le juge a propos, placera dans une niche de saint Louis-Philippe 5; Louis-Philippe, qui pourtant n’est pas. encore canonisé, et qui méme, depuis son avyéenement au tréne, prend bien garde de donner a la religion, qui est la sienne, aucune marque publique de communion. Et malheur au curé qui dénichera Louis-Philippe !... Et puis, lorsqu’a la grand’ messe il chante le Domine, salvum fac regem, Seigneur, sauvez le roi, 2 quel roi pense le curé? A Charles X sans doute. Alors circulaire du ministre Barthe © ordonnant d’ajouter a Ja vieille formule, qui jusqu’alors ne nommait personne, Louis-Philippe Domine, salvum fac regem Ludovicum Philippum. Et alors, certains maires, plus zélés encore que le ministre, veulent plus de précision encore: ils exigent que le curé ajoute Notre Louis-Philippe : Domine, saluum fac regem nostrum |Ludovicum Philippum. Certains maires veulent plus de précision encore : ils exigent que le curé ajoute Notre Lowis-Philippe let, roi des Frangais : Domine, salvum fac regem nostrum Ludovicum Philippum primum
regem Francorum. De cette facon, les curés.
seront bien obligés de penser a Louis-Philippe, et -
pas a un autre ’.
Que font les curés? Ils répondent aux injures
par des raisons, A l’arbitraire par des textes de
lois, aux menaces par un calme sans peur. Et si
parfois, devant ces maires de village, espéce de>
proconsuls en sabots, les curés, car ils sont
curés, qui se termine ainsi : « Leur changement de reeieenge vous paraitrait-il avantageux?» Jbid., Lxxu, VO0D. }
* Le 9 avril 1831, l’'adjoint au maire de Moyenyic, diocése de Nancy, somme le euré de ne pas dire la messe le lendemain, 10 avril, dimanche de la Quasimodo, « youlant éviter tout conflit. » Ibid., uxvit, 587. =
* Ainsi, par exemple, dans l’arrondissement de Domfront, Orne. Ibid.. uxy1, 537.
* Circulaire aux évéques du 20 janvier 1881.
: Nee particuliérement, sur ces enterrements forcés, lV Avenir, 1, 197-199, 406.
> LAmi de la religion, ux1x, 56.
® Circulaire du 28 féyrier 1831. :
"L’Ami de la religion, xvi, 263, 827 ; uxy1, 504, etc.
hommes, c’est leur mérite, s’oublient et s’emportent : tant mieux! Ils sont traduits devant les tribunaux, et la meilleure fortune pour leur cause, vest d’étre portée devant la conscience publique. Que de faits de ce genre, si petits qu’ils soient en
2 apparence, ont décidé du sort de la lutte, en ra-
baissant les maires, en relevant les curés dans Pesprit des populations! A lLion-sur-Mer, par exemple, diocése de Bayeux, au mois de juin 1833, le curé, M. Davoust, a débarrassé son jardin d’un tas de pierres qui lui sont devenues inutiles, parce qu’on en ayait changé la destination, qui était de servir a je ne sais plus quoi. Heélas! pauvre curé! I] s’est mis dans un tort grave :iln’a pas demandé a M. le maire l’autorisation de nettoyer son jardin! Aussi, M. le maire arrive avec l’adjoint et les conseillers municipaux, et il se met a rejeter lui-méme les pierres pardessus le mur, sans se donner garde ni d’écraser les fleurs ni de briser le cceur des laitues, et, tout en faisant sa besogne, il se faiche, 11 écume de colere, il a de mauvais propos contre le curé. Le curé, lui aussi, finit par sortir de son caractére, et si bien que, ne se contenant plus, il appelle M. le maire manant. Sur ce, M. le maire se déclare outragé dans l’exercice de ses fonctions. En conséquence de quoi, il traduit le curé devant le tribunal correctionnel de Caen. Mais le curé soutient qu’en se contentant d’appeler M. le maire manant, il a fait un grand acte de vertu. Ce que le tribunal reconnaissant fondé, le curé de Lionsur-Mer est, maleré le réquisitoire du substitut, — acquitte 1.
Pour le Ludovicum Philippum, je doute qwil ait beaucoup profité a Louis-Philippe, parce qu’aucune priére n’est faite avec moins de recueillement. Au moment de la grand’messe ou le curé va chanter ou faire chanter le Domine, saluum fac regem, il arrive que M. le maire s’approche du lutrin et crie 4 tue-téte : Ludovicum Philippum. Et comme, d’ordinaire, le curé ou les chantres ne bronchent pas, M. le maire fait reprendre le chant par les conseillers municipaux ou par les gardes nationaux, et souvent il se venge en faisant chanter dans l’église la Marscillaise, quelquefois avec accompagnement de tous les violons du village *. Dans le diocése d’Angers, la plupart des
1 Tbid., LXXVI, 250.
* Citons seulement deux faits. « A Bordeaux, hier dimanche (13 février 1831), a l’église Saint-Michel, au -moment ot lon chantait le Domine, salvum fac regem, quelques personnes demandérent que Yon ajoutat Philippum. Les chantres refusérent, et un tumulte ‘violent s’en est suivi. Une partie des spectateurs entonna la Marseillaise; une autre partie s’y opposa. Aprés des rixes nombreuses, la garde parvint a faire évacuer l’église. » Jowrnal des Débats, 18 février 1881. — Le 24 mai 1832, 4 Ault, arrondissement d’Abbeville, le maire s’était approché du lutrin le dimanche de Quasimodo, aul moment du Domine, salvwm, et avait crié 4 tue-téte : nostrum Philippum. Le soir, on fit un charivari au curé, et des placards furent affichés pendant la semaine, pour engager a se rendre a la messe le dimanche suivant et a y chanter le nostrwm Philippum. En effet, dix gardes nationaux en uniforme, parmi lesquels était le fils du juge de paix, allérent a léglise
me oo -LAMI DU CLERGH
curés déclarent qu’ils ne chanteront ni le Ludovicum Philippum, ni le nostrum Philippum, nile - Philippum primum regem Francorum. Mer Montanlt, leur évéque, a beau leur adresser deg circulaires; ils font collectivement de trés humbles remontrances a leur évéque, Mer Montault : « La liturgie, les rites de l’Eglise, disent-ils, seront-ils donc maintenant soumis aux caprices des (ministres) Montalivet présents et futurs?... Le libéralisme haineux et inerédule répéte ce qu'il a déja dit cent fois partout : Les prétres, nous les gouvernerons a notre volonté avec de l’argent... Ah! Monseigneur, mieux vaut nous abandonner ala Providence, qui ne nous abandonnera past!» Aussi les libéraux d’Angers demandent-ils « qu’on enyoie dans les départements de l’Est un “bon tiers des prétres de ce pays *. »
Mais un point sur lequel le curé ne peut pas se défendre, c’est celui des attaques pour confession. Uu imposteur quelconque, homme ou femme, dénonce le curé pour lui avoir dit telle chose au confessionnal, et le curé, lié par l’inviolabilité du’ secret, est obligé de garder le silence. Dans le diocése d’Angers encore, 4 Chazé-sur-Argos, une jeune fille, niéce de Vadjoint, accuse le curé, M. Leroux, de l’avoir exhortée 4 ne pas rester chez des libéraux. Aussitét le substitut de Segré accourt fort échauffé, se rend 4 la cure et interroge le curé sur ce qwil a dit au tribunal dela — penitence. Le curé refusant de répondre, le subs- — titut se déclare outragé dans l’exercice de ses fonctions, il traduit le curé en police correctionnelle, et, le 13 mai 1851, le fait condamner a six jours de prison. Le curé en appelle a la Cour d’Angers; la Cour d’Angers lacquitte; mais, pour se venger de cette déclaration d’innocence,
le gouvernement de Louis-Philippe supprime son
traitement >.
Ce que le curé perd, l’Kglise le gagne. Vous voyez, en effet, que ce curé, mis hors du droit : commun, devenu le jouet des derniers agents de Vadministration, journellement outragé comme un étre vil et sans prix, sans que le pouvoir punisse jamais ou seulement désavoue ses fonctionnaires, vous voyez que ce curé, loin de courber la téte, tient a sa conscience plus qu’a sa vie; que, protestant, luttant, souffrant, il défend pied a pied, jour par jour, contre les efforts dela souveraineté temporelle la cause de la souveraineté spituelle. Or, lorsqu’on a le courage de protester, de lutter et de souffrir avec persévérance pour le droit, ce droit, si abattu qu’il paraisse, ne meurt jamais : il renait toujours.
Au second rang de l’armée catholique, voici les prédicateurs et les religieux. Sans doute, dés le 25 décembre 1830, le ministre Mérilhou a sup-
le dimanche 6, et chantérent d’autorité le nostrum Philippum, puis la Marseillaise. L’Ami de la religion, Lxxu, 199.
4 Archives de ’évéché d’Angers, Correspondance. 2 Journal de Maine-et-Loire, 9 janvier 1833.
37’ Ami de la religion, Lxvul, 827; Lx1x, 15).
primé les missionnaires de France : en effet, un missionnaire gui préche, c’est une honte aprés la révolution de 1830! Mais alors les missionnaires, au lieu d’étre associés, préchent individuellement, et le gouvernement de Louis-Philippe a beau inquiéter, selon les expressions des préfets, « ces prétres ambulants et suspects, » les missionnaires, particuliérement l’abbé Combalot, défient le gouvernement de Louis-Philippe de venir les arréter |. Ne pouvant rien contre les personnes, le gouvernement tiche de poursuivre les sermons. C’est ainsi que, le 25 et le 26 février 1831, un prédicateur, M. Lefebvre, comparait devant la Cour d’assises de
la Seine-Inférieure. Qu’a-t-il dit? Ah! ce qwila dit!
Il a paraphrasé ces versets du Magnificat : Deposuit potentes de sede et exaltavit humiles, Dieu a déposé les puissants de leur tréne et il a exalté les humbles ; Suscitans a terra inopem et de stercore erigens pauperem, Il a élevé de terre Vindigent et ila tiré le pauvre du fumier. « Vous avez, dit le réquisitoire, vous avez parlé des princes puissants que Dieu détrdéne dans sa colére contre les peuples : c’est Charles X que vous avez voulu dire! Vous avez parlé des gens de rien, des indigents, que Dieu tire de la poussiére : c’est Louis- Philippe que vous avez voulu dire ! — Encore une
‘fois, répond Vhonnéte missionnaire, je n’ai fait
que des réflexions générales tirées de l’Keriture Sainte, et honni soit qui mal y pense. Mais je proteste que jamais, jamais je n’ai eu la pensée de mettrela Maison d’Orléans au nombre des familles indigentes. » Il est acquitté 2.
Pour les congrégations, « que repoussent nos ~ lois et qu’on surveille sans les redouter, » dit le
ministre de Vintérieur Guizot aux Chambres, le 43 septembre 1830, ce sont les capucins surtout qui sont poursuivis, par la raison que les capucins vivent avec le peuple, et que c’est dans le peuple surtout qu’il faut détruire l’Kglise et la foi. Le gouvernement dirige done des escouades de gendarmerie contre la barbe des Péres capucins. Le 31 décembre 1831, le sous-préfet d’Aix, nommé Chave, prévient le supérieur des capucins de cette ville que la gendarmerie a regu ordre d’arréter de jour et de nuit tout capucin qu’elle rencontrera et qu’elle le conduira au procureur du roi comme mendiant et vagabond. Or, que répond le supérieur, Pére Soubiran ? « Prétre catholique, mes fonctions et mon habit ne dépendent que de mon évéque. Citoyen francais, j’ai le droit de vivre libre, de me yvétir comme il me plait, d’aller et de venir de jour et de nuit, quand bon me semble. Domicilié et contribuable, je ne suis ni mendiant ni vagabond ; et, bien loin de pouvoir m/arréter, Yautorité me doit protection et secours *. » Honneur ace capucin ! C’est lui qui, le premier en
‘« Je n’attends rien du pouvoir, je ne lui demande rien que ce que la loi accorde a tout citoyen francais. » Lettre du 25 aotit 1832. Ricard, l’Abbé Combalot, 94. ,
2 L’Ami de la religion, txyvu, 212.
3 Tbid., uxvi1, 487. L’un de ces capucins, J.-B. Coiffard, a4gé de 71 ans, est arrété le 5 janvier 1832, au matin, comme il sortait de son domicile, Ibid., 558.
France, a défendu légalement le principe de la liberté d’association.
Etsile gouvernement de Louis-Philippe s imagine d’expulser des religieux, quel soulévement parmi les catholiques! Le 28 septembre 1834, six cents hommes de troupe de gendarmerie envahissent Vabbaye de la Meilleraye, prés Cholet, expulsent les Trappistes, sous prétexte que leur communauté n’est pas autorisée : «Avant trois mois, s’écrient les catholiques, ou les Trappistes rentreront dans leur saint domicile, ou bien la religion vaincra encore le monde par son sang!‘ » Les Trappistes se souvinrent longtemps de cette expulsion. Lorsqu’en 1880 ils furent chassés de nouveau : « Que nous veut donc encore ce Louis-Philippe ? » disait un religieux. Le saint homme croyait que, en lan de grace 1880, Louis-Philippe était encore roi des Francais, etque c’était encore Louis-Philippe quitraitait les religieux comme des conspirateurs.
Enfin les yoici, les évéques de France. Ne regardant que le ciel et se confiant dans sa puissance, ils accomplissent sans hésitation, avec la calme fermeté du devoir, sans jamais sortir des limites tracées par les lois 4 opposition constitutionnelle, la résolution de sauver la religion commise a2 leur garde. Lorsque le gouvernement s’empresse de supprimer les allocations des cardinaux 2, lorsqu’il s’empresse de réduire le traitement des archevéques et des évéques *,.pendant que les conseils généraux s’empressent ¢ de supprimer leurs subventions les plus anciennes, les plus naturelles et les plus nécessaires, les évéques ne réclament pas : ils se laissent dépouiller avec dignité de ces restes d’honneur et de fortunes: « Eh! quwimporte, s’écrie le saint évéque d’Angers, Mgr Montault, saint Paul n’avait pour traitement que des coups de verges*! » Mais lorsqu’on supprime ou qu’on réduit le traitement des prétres, sans information, sans procédure, d’un trait de plume, sur une dénonciation quelconque ou fausse, ou vague’, non seulement ils rappellent que ce traitement, fondé sur-le Concordat, constitue une obligation de ’Etat et un droit pour les ecclésiastiques, mais encore ils poursuivent devant les tribunaux, aux lieu et place des volés,
* Ordonnance du 21 et du 25 octobre 1830, contresignée par le duc de Broglie. Pendant qu’on réduit le traitement des évéques au taux fixé sous Napoléon Ir, on ote aus carina le traitement qu’ils ayaient sous Napoéon Ter.
Maser eater archevéques fut réduit de 25, rancs ‘Sy rancs ; celui des éyé :
15,000 franes 4 10,000 franes. oreo
3 Dés le mois de mai 1831.
* L’Avenir, v1, 384, 387, 401, 450: vit, 309.
* Le conseil général de Maine-et-Loire retranche J’allocation de 5,000 francs qu’il faisait 4 ’évéque d’Angers, pendant que le gouvernement diminue le traitement des evéques de 5,000 franes : c’était donc la somme de 10,000 francs de moins par an.
* Dumont, Vie de Mgr Montault-Desilles, 95.
’ Dans le seul diocése d’Angers, suppression d’une douzaine de traitements du mois de juillet au mois d’aont 1832. Dans le diocése de Nantes, parce que quatre ou cing prétres se sont compromis dans les troubles de la Vendée, tous les traitements sont supprimés. L’Ami de la religion, Luxx, 8, 856.