L’AMI
les sous-préfets, les préfets et les ministres', se disant que Viniquité n’a pas de plus solide appui que le dogme de la résignation. Et lorsqu’on parle de la suppression des siéges épiscopaux créés par la Restauration®; lorsqu’on refuse de tolérer les dons et legs pour les églises et les communautés religieuses* ; lorsqu’on supprime les indemnités allouées aux prétres auxiliaires*; lorsqu’on supprime les 4,200,000 francs accordés aux petits séminaires 5; lorsqu’on réduit les bourses des grands séminaires®, que lon veut y exiger le détail des comptes 7, et lorsqu’on envahit 4 main armée les petits et grands séminairess; lorsque, 4 force de désordres, on oblige les curés 4 quitter leurs cures®; lorsque les cures restent vacantes, ici quatre mois, la six mois, ailleurs davantage, parce qu’on s’obstine a refuser les sujets présentés 10; lorsqu’on viole les églises pour des enterrements d’impies, de schismatiques, duellistes et suicides” ; lorsqu’on va fouiller dans les registres de Vancien despotisme pour en exhumer les ordonnances en contradiction avec la Charte, avec les droits reconnus, avec les serments jurés!2; lorsque les croix des missions sont renversées 13 ; lorsque les signes augustes de la religion sont étalés sur les theatres au milieu des scénes de blasphemes* ; lorsqu’enfin, pour abréger cette lamentable nomenclature, la royauté de Louis-Philippe commet, ou laisse commettre, presque chaque jour, toutes ces iniquités qui encouragent Vimpiété contre la religion : ah! alors les évéques éléevent la voix! Ils s’écrient comme Mgr de Forbin-Janson, chassé de son siége de Nancy, dans son mandement de caréme de 1833 : « Noble épis-
* Réclamations des évéques de Poitiers, Séez, Angers, Saint-Dié, Le Mans; procés faits par l’évéque de Saint- Brieuc. [bid., 1038, 229, 295.
PROT LXXNILL, LX KIX, UX XK.
3 Tbid., Lxx, 88, 567, 630, etc.
4 Elles ne figurent plus dans le budget des cultes.
* Cette suppression ne sera jamais rétablie. Sur les réclamations dont elle fut Vobjet, voir PAvenir, 1, 58, 122, 194, 236.
® Cette réduction est faite par ordonnance du 6 juillet 1831. En 1830, il y avait 1574 bourses a 400 francs elles furent réduites 4 13826 Vabord, puis a 1289; il y avait 2754 demi-bourses 4.200 francs : ellés furent reéduites 4 2382 d’abord, puis a 2340; il y avait 79 fractions de bourses : elles furent réduites 4 65; bref, la dépense totale tomba de 1,190,199 fr. 98, 2 979,185 fr. 48.
7 Girculaire du ministre des cultes du 26 juillet 1831 ; elle sera renouvelée le 30 avril 1835.
8 Voir lAmi de la religion, LxIx.
9 Des curés, les uns quittaient d’eux-mémes, les autres sur ordre des évéques.
40 Hn 1833, la cure de Saumur reste vacante pendant six mois. Aussi les évéques se décidaient a4 nommer des administrateurs, comme a La Fléche, comme 4 la cathédrale de Saint-Dié, etc. ae
“ Pour les obséques de l’ancien évéque constitutionnel Grégoire, par exemple, l’église est violée par ordre de la police. Voir Avenir, iv, 375. 5 ‘ 42 (est surtout dans les décrets de Napoléon I* que Yon va puiser. ; BARK
8 Le gouvernement y met la main lui-méme, et parfois malgré la résistance des populations. Exemples a Noyan, 4 Besangon, 4 Nimes: Ami de la religion, LXvVI, 408; uxvur, 200, 329. : : ;
“ Voir Avenir, 1, 401. On jouait le Curé Mingrat, le Dominicain, le Jéswite, VAbbesse des Ursulines, etc. L’Ami de la religion, Lxvi, 70.
copat francais! La haine de tes ennemis servira toujours ta gloire en multipliant partout tes com=- ~ bats et tes sacrifices ! » Bien plus, si Louis-Philippe passé pour ses voyages dans le nord, dans Vest ou dans louest, ils lui demandent courageusement, face a face : « Protection pour la religion! Protection pour cette religion sainte qui a traversé tant de siécles et qui a appelé tant de bonheur sur la France! 1» Peu importe que Leuis-Philippe réponde toujours avec cette maxime, qui était aussi la maxime de la Révolution et la maxime de Y’Empire : « La loi, les lois, la légalité 2; » peu importe que, dans ses discours 4 l’ouverture des Chambres, il allie des mots qui jurent d’étre ensemble, comme « modération, justice, principes de notre glorieuse Révolution*; » oui, peu importe que, par une amére dérision, il couvre de formules les vexations les plus odieuses de ses commis, leurs attentats les plus criminels : la protestation est faite et répétée nettement, solennellement, officiellement. Or, lorsque des hommes — justes, 4 plus forte raison des ames pontificales,
ont crié haut et longtemps : « Liberté et justice, » il faut bien qu’un jour la liberté soit assurée et
que justice soit faite.
Puis, plutét que de se soumettre aux persécutions dela puissance civile, les évyéques endurent toutes les souffrances. Vous vous rappelez, Mesdames et Messieurs, les émeutes du 14 février 1831 4 Paris et en province, a Arles, 4 Dijon, 4 Lille, a Nimes. A Paris, vous vous rappelez, sous le mensonger prétexte du service du duc de Berry, le sac de Saint-Germain-l’Auxerrois *, la dévastation de — Varchevéché et les croix arrachées du sommet des églises pour « punir le prétre prévaricateur. » Vous vous rappelez ce vandalisme sacrilége qui a eu lieu en plein jour, qui a eu lieu sous les yeux
‘@une garde nationale a qui M. Thiers, sous-se-
crétaire d’Htat des finances, a recommandé de ne point se commetire avec le peuple, qui a eu lieu dans le voisinage de la préfecture de la Seine, a deux pas de la préfecture de police. Kh bien, pen-— dant que la Seine emporte, le long de Paris, sous les yeux de l’autorité immobile, les preuves du pouvoir des forcats dans la capitale de la civilisation, pendant qu’au milieu des orgies du carna-
4 [bid., uxxit, 404.
2 \ Amiens, le 4 juin 1831, il assure le clergé « de. la protection quil a le droit d’attendre de la lov. » A Meaux, le 11 juin : « Dites au clergé combien je désire que la religion regoive toute la protection qu’elle a le droit d’attendre des lois. » A Metz, le 21 juin : « Je désire que le clergé jouisse de tous les avantages que la lot lui promet. » A Troyes, le 7 juillet, il affirme « qwil entouxera le ministére ecclésiastique de la protection que les lois lui assurent. » A Montpellier, en juin 1832, le duc d’Orléans ne s’écarte pas de la formule paternelle : « Que le clergé se tienne dans les limites de la Joi, et la loi le couvrira de sa protection. »
% Dans son discours 4 l’ouverture des Chambres, le 19 novembre. 1832 : « C’est dit-il, en persistant dans ces vyoies de modération et de justice, que nous nous montrerons fidéles aux principes de notre glorieuse Révolution. »
“ Voir pour les détails : D’Hxauyillez, Vie de Mgr de Quélen, 1, 59:61.
lEglise de France.
dirions
694 Ng
Mae
val, les auteurs de ces forfaits, d’accord avec la proclamation du ministre de l’intérieur, Montalivet 1, d’accord avec la proclamation du préfet de police, Baude2, hurlent : « A bas la calotte! » un mandat d’amener, dont retentissent toutes les rues de la capitale, est décerné contre cet archevéque de Paris, Mer de Quélen, qui est mis hors la loi, qui est errant depuis six mois, de maison en maison, ne sachant ot cacher sa téte, calomnié par des infamies plus poignantes que les tortures. Et lorsqu’a la tribune de la Chambre des députes, M. de Quélen, député des Cétes-du-Nord, demande au préfet de police de déclarer enfin quels sont les crimes de l’archevéque de Paris, son frére, le préfet de police balbutie, avec V’embarras de la lacheté, que, en effet, « il a trouvé Varchevéque exclusivement renfermé dans les devoirs et les vertus de son état®. » Ce jour-la, l’archevéque de Paris, victime.d’expiation pour tous les €yvéques, tirait de ses. humiliations publiques, si saintement supportées, des avantages immortels pour
A cété de ces troupes régulieres, il y a les troupes auxiliaires : d’abord, les journaux, Kt, parmi les journaux, il y a un journal qui l’emporte sur tous les autres : cest PAvenir*, dont Yexagération fausse souvent les idées les plus justes, mais qui porte cette noble devise, résumé de tout son programme : Dieu et la liberté! Et a la téte des rédacteurs de Avenir, il y a Vécrivain le plus puissant alors et le plus illustre de l’Kglise de France, Lamennais. Kt du fond de la Bretagne, Lamennais pousse des cris si forts et si péneétrants, que le gouvernement de Louis-Philippe en est trouble :
« Catholiques, s’écrie-t-il5, si vous métiez en France qu’une impuissante minorité, nous yous Puisque vous ne pouvez .obtenir des hommes iniques gui abusent contre vous de leur force, la paix et la liberté, sans lesquelles il n’est point de patrie, agenouillez-vous une derniére fois prés du tombeau de vos peéres; et puis levezvous, partez, quittez cette terre de tyrannie... ; allez chez les peuples qu’on nomme barbares : ils
* « Citoyens de Paris, respect aux monuments publics ! Ges mots, adressés 4 une nation civilisée, ne seront pas prononcés en vain : le peuple parisien, offensé
ar des démonstrations hostiles a notre roi-citoyen et 4 a réyolution de juillet, ne démentira pas la noblesse tant de fois éprouvée de ses sentiments. Il se confiera dans le gouvernement qui a, dés ce matin, saisi et mis sous la main de la justice plusieurs des principaux acteurs de la cérémonie factieuse qui a eu lieu hier a Saint-Germain l’Auxerrois. » Ht le Monitewr (16 février 1831) ne parle que de « la légitime indignation du peuple. »
2 « Préfecture de police. Habitants de Paris, souvenons-nous que, depuis un siécle, le mot dordre du jésuitisme est haine & la famille d’Orléans ! Confionsnous au roi que cette haine et cette persécution ont identifié avec notre cause... Baude. » — « P.-S. Par arrét de ce jour, sont en état d’arrestation... Un mandat d’amener a été décerné contre l’archevéque de Paris. »
3 Moniteur, 20 février 1831.
4 Le premier article parait le 16 octobre 1880.
5 Numéro du 26 novembre 1830.
ne viendront pas crocheter-les portes du temple ot vous célébrez les mystéres saints, ils ne troubleront point vos priéres, carla priére est sacrée. partout, excepté dans les pays qui furent chrétiens et qui ont cessé de l’étre ; fuyez dans le Nouveau-Monde au fond des foréts : le sauvage vous vaudra mieux que ces parleurs de civilisation... Mais, catholiques, vous étes vingt-cing millions @hommes, et Von ne dit point a vingtcing millions d’hommes: partez ! Et vingt-cing millions d’hommes ne doivent pas se le laisser dire. Catholiques, vous avez des droits, des droits reconnus ; si on vous les ravit, n’en accusez que vous-mémes! » d
Pour cet article, intitulé Oppression des catholiques, Lamennais, accusé d’excitation 4 la haine et au mépris du gouvernement et de provocation a la désobéissance aux lois, est traduit devant les assises de la Seine. Aussitot cet incomparable agitateur organise une souscription a cing centimes : « Il faut que, sur le sombre banc des assises, comparaisgent avec moi tous les amis de Dieu et de la liberté! » De tous les cétés lui viennent les secours, les yooux, les acclamations: « Allez! nous sommes avec yous! Vous avez les applaudissements de la terre et les bénédictions du ciel! » Hl choisit un avocat : il s’adresse, insigne honneur, a ce barreau d’Angers, toujours fécond en grands talents. M. Kugéne Janvier, déiste et libéral, justifie, au nom de Vhistoire, de la philosophie et de la liberté, toutes les théses de son client. Et, aprés une audience de quinze heures, 4 minuit, le jury rapporte un verdict Vacquittement, et les disciples de Lamennais le couvrent de leurs embrassements, et le triomphe passe dans les rues, et il y a un retentissement immense dans l’opinion publique : car la plainte des opprimés a été justifiée, car les oppresseurs ont été flétris, car le droit a été proclamé, et le droit a une nature si contagieuse que, des qu’on Ventend, toutes les ames honnétes le reconnaissent, le saluent, l’embrassent et ’étreignent, « et qu’il suffit quelquefois d’un moment pour gue tout un peuple soit 4 ses genoux. »
Mais ce n’est pas assez. L’action deila presse, quelque puissante qu’elle soit, ne répare aucune injustice : aux actes il faut opposer les actes. Et comme Visolement nuit aux meilleures causes, il faut s’associer. Lamennais fonde avec ses amis une grande confédération qui embrasse la France tout entiére, une vaste société d’assurance mutuelle : est VAgence générale pour la défense de la liberté religieuse. Constituée d’une maniéere définitive le 29 avril 1831, elle a pour but de redresser toute atteinte contre la liberté religieuse par des poursuites devant les Chambres et devant tous les tribunaux, depuis le Conseil d’Etat jusqu’a la justice de paix. Elle a des statuts, elle a un conseil, elle a un comité consultatif de jurisconsultes, elle a une caisse et quelque chose de mieux encore, le talent, et quelque chose de mieux encore, l’ardeur du combat jusqu’a la
fe
iz
victoire.
mort : condition essentielle pour obtenir la
A cété de cet illustre bataillon, qui vaut une armée, il y a, presque dans l’ombre, un bataillon tout petit, mais qui ne manque pas d’intérét, parce qu'il ne manque pas de mérite : c’est, a Paris, un groupe d’étudiants catholiques. Partout ou ils croient qu’il y a quelque danger pour
l’Eglise, ces jeunes et généreux athlétes y courent “avec le seul moyen dont ils disposent, leur cou-
rage. Se produit-il un incident ot sont engagés
les droits de la conscience? Ils dressent et signent
des protestations. Y a-t-il 4 ordre du jour une question oi se trouve en jeu la vérité religieuse ? lls organisent des conférences, ils y invitent leurs camarades libres-penseurs, ils parlent, ils discutent, ils plaident, et un jury d@’honneur prononce a qui appartient la victoire. A la Sorbonne, au Collége de France, un professeur manque-t-il envers le christianisme de justice et de vérité?
Us lui adressent par écrit des objections fermes
et respectueuses, et ils obtiennent souvent que leurs objections soient lues en public. Et, comme il arrive toujours dans cet heureux age, les mots les plus vastes suffisent 4 peine 4 l’infini de leurs aspirations. Ils disent que « la terre s’est refroi-
die, » et que « @est 4 eux a la réchauffer ; » que
« Vhumanité est malade, » et que « c’est a4 eux a la guérir. » Puis, sentant bientdt que, malgré tout, ils sont encore trop jeunes pour réchauffer la
‘terre et méme pour guérir ’humanité, ils se dé-
vouent, en attendant quwils deviennent des hommes, au monde qui souffre et qui gémit. Le coeur illuminé par la charité chrétienne, ils fondent, en 1833, avec leur chef, Frédéric Ozanam,au milieu des novateurs qui s’épuisent en vaines théories sur le bien et sur le mal, une ceuvre qui est toujours chére aux étudiants catho-
liques, « le parti de Dieu et des pauvres, » la
Société de Saint-Vincent de Paul.
Tels sont les combattants de Varmée catholique : curés, prédicateurs, religieux, évéques, journalistes, étudiants. Tous sentent que l’Kglise de France est 4 une heure solennelle qui décidera de sa vie ou de sa mort, et ligués, dévoués, enflammeés, pénétrés du sentiment de leurs forces, ils se jettent au-devant des ennemis de la foi, avec ce cri qui ne meurt point, ou, du moins, qui ne devrait point mourir : « Nous youlons étre libres, et.nous le serons! »
Leurs efforts ont-ils été couronnés de succés ?
O Mesdames et Messieurs, si, il y a dix-huit siécles, une petite société, sortie de la plus humble condition, formée dans la plus profonde obscurite, au sein de la plus méprisée des peuplades, sans protection, sans appui, forte de sa seule faiblesse, a pu vaincre le monde par le christianisme, comment cette armée, embrasée d’ardeur pour la seule vie de l’Ame, pourrait-elle ne pas vaincre la
bourgeoisie voltairienne de la Révolution de Juillet? Non, non, ce n’est pas seulement la liberté qu’elle conquiert : ce qu’elle obtient, c’est une magnifique régénération ; c’est une immense effusion de vie chrétienne en tous lieux, sur tous les points, dans presque tous les esprits ; c’est une renaissance si forte, qu’elle envahit tout, qu’elle entraine tout, méme le gouvernement de Louis- Philippe et Louis-Philippe lui-méme.
Dés année 1835, voyez, contemplez la victoire, la victoire intellectuelle et morale, la premiére, parce qu’elle assure toutes les autres.
Pour les curés, ils ont gagné les populations 4 leur cause, les populations ont changé les conseillers municipaux, le gouvernement est obligé de changer ses maires ou de leur recommander la conciliation’, et, au lieu des vexations contre le clergé, au lieu des procés ecclésiastiques, on ne voit plus que des processions autorisées2, que des plantations de croix, que des restaurations d’églises, que des bénédictions de cloches avec M. le maire comme parrain *.
Pour les prédicateurs, ils sont suivis, entourés, écoutés, 4 Paris, en province, partout; les tribunaux de la penitence sont assiégés comme dans ces jours de la Restauration ott la miséricorde divine semblait avoir renouvelé tous les ccours*; «les catholiques sont de plus en plus nombreux, de plus en plus fervents, de plus en plus respectés ; MM. de Sacy et de Saint-Marc Girardin, rédacteurs principaux du Journal des Débats, vont a la messe tous les dimanches et font leurs paques 5; » tel qui était le contraire d’un dévot entend matines et laudes, et « le vieux peuple francais, comme les vieilles gens, revient a ses patenotres. » j
Pour les religieux, ils vivent, ils prospérent, ils se multiplient. Les Capucins établissent de nou-
velles maisons, les Trappistes, les Chartreux de méme, les Jésuites aussi ; 4 Solesmes, prés Sable,
dans la Sarthe, l’abbé Guéranger ressuscite
‘Les préfets écrivent aux maires, en janvier 1835 « Un maire conciliant saura éviter les tracasseries et les luttes avec le curé de sa commune. »L’Ami de la religion, Lxxxut, 185.
2 Hn 1835, la procession de la Féte-Dieu se fait, pour la premiére fois depuis 1830, dans beaucoup de villes, 4 Angers particuliérement. Cependant, 4 Orléans, « les autorités n’ont pas cru pouvoir tolérer encore cette année (mai 1835) la procession accoutumée pour V’anniversaire de la délivrance de la ville par Jeanne d’Are. » C’est en 1835 aussi que la messe de minuit peut étre célébrée pour la premiére fois depuis 1850. Ibid., Lxxxy, 165, 692, 699.
2 En 1835, les rubriques : vexations, procés, ont entiérement disparu dans Ami de la religion. Hlles sont remplacées par les rubrigues : restaurations d’églises et chapelles, conversions, plantations de croix, etc.
4«Les communions pascales semblent, en général, étre doublées sur celles de l’année derniére... L’entrainement ne s’arréte pas aux catholiques seuls; des protestants ont été ébranlés et convertis. » Tbid., 198, 165 ; 13 mai, 15 mai 1835. — Au caréme de 1886, lune des
prédications les plus remarquables en province, c’est
celle de Y’abbé Guyon a Saint-Pierre de Caen. Ibdid.,
LEXXVIU, 04. :
5 Louis Veuillot, Correspondance, vi, 2, 11 aott
VOrdre des Bénédictins : il prend le froc en 1836, en 1837, il est « crossé et mitré, » et il semble que, depuis la Révolution, saint Benoit, patriarche des moines d’Occident, « n’attendait que Louis-Philippe pour revenir en France. »
Pour les évéques, ils gagnent ce que gagne toujours la véritable grandeur : l’admiration, qui est la premiére des récompenses, parce qu’elle donne la premiére des forces, la force morale. Lorsque, au commencement de janvier 1840, V’archevéque de Paris, Mgr de Quélen, martyr des outrages et dela calomnie, vient 4 mourir, sa mémoire appa- -rait couronnée d@’une lumiére si pure, que tous les honnétes gens de la capitale, sans distinction ni de classe ni de fortune, entourent son cercueil dans un concert de louanges et Wafflictions, et, maloré absence des représentants de Etat, font de ses funérailles un triomphe réparateur « Cest, écrit la duchesse de Talleyrand tout émue, un spectacle qui appartient a2 @autres temps}. »
Pour le culte enfin, le budget, en 1832, était descendu de trente-cing a trente-trois millions. Or, en 1840, il remonte au chiffre méme de 41830: 35,722,950 fr. 16 centimes; car, dans un si beau retour, il faut tenir compte méme des centimes, de 16 centimes °.
Et dans la presse quel triomphe ! Certains libéraux ont beau vouloir éditer de nouveau les phi-
-. losophes du xvure siécles: Voltaire lui-méme traine
et dort sur les quais, au vent, au soleil, a la pluie! On ne veut plus lire que les Péres de I’Helise, que les vies des saints, que les mystiques du moyen age *, que les « Passions » de ces religieux, de ces religieuses, qui, aprés avoir vécu sous le sac; mouraient sur la cendre 5; et c'est de ce mouvement, qui est alors tout le mouvement de la librairie, qu’est-née, en 1840, a Paris, au Petit-
*« Les prétres ne suffisent pas a approcher de ses léyres les chapelets des gens du peuple... » Lettre dela duchesse de Talleyrand au baron de Barante, 7 janvier see de Barante, Souvenirs du baron de Barante, vi, 371.
* On ne peut pas dire la méme chose de la propriété ecclésiastique. Le gouvernement de Louis-Philippe se défendra toujours de favoriser la mainmorte. « J’ai montré que, depuis 1830, pour les fabriques il y avait eu onze millions de dons et legs, dont la moitié en immeubles, et que pour les congrégations religieuses autorisées, les congrégations de femmes, il y avait eu des dons et des legs qui s’élevaient 4 six millions, dont moitié, a peu prés, consistant en meubles ou capitaux mobiliers. Voila comment a été fayorisée la mainmorte. » Discours de Martin (du Nord), garde des sceaux et ministre des cultes, a la Chambre des députés, 25 janvier 1844: Moniteur, 1844, 1, 161. — Ainsi P gouvernement de Louis-Philippe n’a autorisé que dix-sept millions @acquisitions en treize ans, soit 1,300,000 francs par an, tandis que, dans une seule année, 1827, la Restauration autorisait 8,500,000 francs.
3 « L’opinion, dit le Courrier, le 17 novembre 1835, va reprendre son attitude militante : il faudra multiplier de nouveau les éditions de Rousseau, Voltaire, Diderot, Dupuis...» En effet, on réédite Voltaire, Dupuis; on édite : VHxamen du mosaisme et dw christianisme, la Critique du christianisme, le Véritable catéchisme des croyants, etc. L’ Ami de la religion, Lxxxy, 692.
‘ La Revue des Deux Mondes, le 1* janvier 1844, reléve le terme moyen des publications de chaque année, dans chaque genre, depuis 1835.
5 La Passion de la sceur Emmerich se débite a 14,000 exemplaires.
Montrouge, la Patrologie de Vabbé Migne : euvre gigantesque, ot. sont réunis tous les Péres grecs et latins, ces témoins de la foi, dont J’univers moral, dans sa majestueuse harmonie, ne cessera de célébrer les grands noms.
Les journaux et les revues se multiplient, avec les mémes pensées, avec les mémes sentiments. Mais de ces créations si nombreuses, si variées, si ardentes, et qui toutes joignent 4 leur titre, comme une
banniere, l’épithéte de religiewx ou catholique, nous ne voulons citer qu’une seule, qui parait au
mois de juillet 1835, non seulement parce qu’elle est rédigée par de brillants talents, l’abbé de Salinis, ’abbé de Scorbiac, l’abbé Gerbet, Montalembert, Foisset, Berryer, Rio, Rambourg, Récamier, qui ont fait de Juilly le centre de Vapologétique
de 1830 4 1840, et non seulement parce qu’elle
compte 1,600 abonnés, succés inoui jusque-la pour une revue, mais encore parce que ses trente-deux collaborateurs, divisés en cing facultés, publient des cours écrits sur les sciences religieuses, so-~ ciales, physiologiques, historiques, sur les lettres et les arts, mais encore parce qu’elle s’appelle VUniversité catholique, parce que, pour le fond
comme pour la forme, elle est une aspiration, la
premieére, 4 la liberté de l’enseignement supérieur, et qwil est juste, quw’il est doux, d’envoyer aujourdhui a sa mémoire les sympathies qu’elle aurait voulu pouvoir envoyer 4 notre naissance. Ajoutons que, dans cette rénovation, les arts, expression de la vie des peuples, sont entrainés comme tout le reste. Le gotit s’éveille pour le gott de nos péres, pour l’architecture du moyen 4ge, pour le gothique, pour le style ogival, création du catholicisme ; bientét méme la mode s’en' méle, et, si on se pique d’étre tout a fait comme il faut, on va réver sous les votites des vieilles cathédrales : on admire, a Véclat mystérieux des vitraux d’azur, leurs dentelles de pierre, leurs foréts de marbre, leurs grands christs dans les auréoles Wor, et ’on regrette le temps ov ‘ fees
Sur l’orgue universel des peuples prosternés, elles
Entonnaient Vhosanna des siécles nouveau-nés.
Enfin quel triomphe pour les étudiants catho-
liques! Kux qui ne formaient qu’un petit groupe, |
ils sont devenus légion ! En 4840, ils ont des académies religieuses dans presque toutes les grandes villes de France; 4 Paris ils en ont trois: le Cercle catholique, V Institut catholique, la Société
de Saint-Paul. Et, placant leur jouissance souve-
raine dans le culte des hautes idées et des grandes causes, ils se font les auxiliaires de toutes les ceuvres, sous des chefs, dont il faut citer au moins les plus illustres.: Armand de Melun, Léon Cornudet, Adolphe Baudon, Bailly, Franz de Champagny, Werner de Meérode, Adrien Cramail, Leprévost, Ledreuil, de Falloux et, plus tard, Augustin Cochin; ces hommes qui, exclus des
- emplois publics et s’en excluant, ne s’excluent ni
(1858, ils répétent tous :
normale de Paris:
des devoirs sociaux, ni des devoirs catholiques, mais qui courent, avec une émulation de zéle, dans cette carriére du bien, la plus libre, la pies féconde et la plus heureuse des carriéres.
Cependant, de toutes ces surprises, voici la plus
belle. C’est en vain que des libéraux endurcis éyoquent encore « le fantéme enyahissant », qwils sont encore effrayés « des congrégations, des donations, des prédications, des ordres mo-
nastiques, des Fréres des écoles chrétiennes, du dimanche, des processions et de l’ultramontanisme »‘ : les préfets, les députés, les ministres, tous transformés, n’ont plus a la bouche, sans rien faire, il est vrai, pour la liberté, que des paroles de componction « sur la réaction reli-
gieuse qui se fait profondément sentir partout » 2
et comme Guizot, désenchanté, d’ailleurs, des produits de la raison, dans un célébre écrit de « La religion ! la religion!
Crest le cri de Vhumanité! » :
Louis-Philippe lui-méme, qui s’était tourné contre VKglise, parce qu’il la croyait vaincue, se tourne,
; pour le moment, du cdté de PHglise, parce qu'il la -eroit victorieuse. Lui qui, pendant les premiéres
années de son regne, se gardait bien de prononcer méme le mot de Providence, le voila qui parle, pour le moment, comme un Pere de ]’Eelise. Non pas qu'il fasse quelque chose pour la liberté, car sa vertu n’est qu’une vertu négative, mais il tire,
-sinon de son ame, du moins de ses lévres, force paroles @édification. I] est dévoué a la sainte
HKelise de Dieu, il voudrait augmenter son empire, donner plus de pompe 4 son culte, soumettre tous les cours au joug si doux et si léger de la foi chrétienne! Le 41er mai 1840, recevant le clergé de
Paris pour sa féte, il s’épanche en une petite ho- ~mélie : « Puisse votre saint ministére, dit-il,
dégagé des entraves qui l’ont trop souvent géné, faire pénétrer dans tous les cceurs les principes de
la morale et les consolations de la religion! Je
vous demande toujours de vous joindre 4 moi pour appeler sur la France et sur toute ma famille les bénédictions du Tout-Puissant 3. »
Enfin, cet inspecteur général de l'Université qui avait annoncé, a Rennes, les funérailles de VEglise, ce méme homme dit, en 1840, 4 l’Kcole Mes sentiments sont bien connus, j’ai toujours combattu le catholicisme ;
mais, je ne puis me le dissimuler, il se prépare
pour lui un siécle aussi beau, et plus beau peutétre encore, que le treiziéme *
Kin 4840, apres la révolution de 1830, sous le régne de Louis-Philippe, le treiziéme siécle entrevu
-parun incrédule! Le treiziéme siécle, c’est-a-dire la
domination de la pensée religieuse dans le monde
4 Discours d’Isambert & la Chambre des députés, le 18 janvier 1839.
* Discours de Barthe, dards des sceaux, 4 la Chambre des pairs, le 9 mai 1837. Moniteur, 1837, 1, 1245. wuice, Vie de Mgr Affre, 149-151. ‘
ne Clair, Vie du Pére Olivaint, 15s.
des faits et dans le monde des idées, l’épanouisse-
ment de I’Kglise catholique, la merveille du moyen age, le siécle d’or !
Cest assez pour aujourd@’hui, n’est-ce pas, Mes-—
dames et Messieurs, d’avoir yu deux époques, Pune de mépris, autre d’honneur, dans l’espace de dix années. Retirons-nous done en célébrant Pardeur de ces combattants, la gloire de ces vainqueurs, et, sur les agitations du temps, cette immortalité.
QUESTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES
Q. — Doit-on, oui ou non, admettre Videntité entre —
Marie-Madeleine, Marie sur de Marthe et de Lazare,
et la pécheresse que saint Lue nous montre oignant les
pieds du Sauveur chez Simon le Pharisien ? Priére a VAmi Véclaircir ce doute.
R. — Nous aurons le regret de ne point vous satisfaire : la question que vous nous posez est insoluble; les éléments nécessaires pour la résoudre avec certitude font défaut.
Tradition ne peuvent dissiper complétement les obscurités qui ’enveloppent. Aussi, dans le cours
des siécles, y a-t-on fait deux réponses contradic- —
toires. Les Péres en général se sont montrés hési-
tants. Le premier, saint Grégoire le Grand sou-.
tint Videntification en termes formels et précis. Durant neuf siécles, son opinion fut regue sans conteste dans l’Hglise latine; le Missel et le Bréviaire romains lui donnérent en l’acceptant une sorte de consécration. Au xvie siécle on commenca a Vattaquer. Depuis lors, les sentiments des interprétes sont partagés. Tout ce que nous pouvons
faire, c'est de vous indiquer briévement les argue
ments de lune et l’autre opinion.
I. — Celle qui distingue entre elles les trois femmes nommées dans votre question a été défendue par les auteurs suivants : Estius, Salméron, Tillemont, Bossuet, dom Calmet, Beelen, Van Steenkiste, Liagre, Curci, Patrizi, Schanz, etc.
L’examen comparé des textes évangéliques est le principal argument sur lequel ils s’appuient.
D’abord les quatre évangélistes parlent de Marie-Madeleine en la nommant. Si lon groupe
les passages ov elle est ainsi nommément dési- —
gnée, voici l’ensemble des détails que l’on obtient sur elle. Jésus la délivra de sept démons; ou, quand
et comment, l’Evangile ne le dit pas. Aprés sa gué-
rison, elle suivit le Sauveur dans ses prédications,
en compagnie de plusieurs autres saintes femmes, | Le Vendredi Saint, elle regarda de loin la scéne de
la crucifixion ; mais elle s’approcha de la croix avant la mort’de Jésus et put entendre ses derniéres paroles. Le jour de Paques, elle vint de grand matin au sépulcre ou deux anges lui annon-
Ni VEcriture ni la
LAMI DU CLERGH
cérent la résurrection. Enfin, elle eut le privilége de voir, avant tous les autres disciples, le divin ressuscité. (Cf. Matth., xxvm, 61; xxvii, 1; — Marc, xv, 40, 47; xvi, 14,9; — Luc, xxiv, 10; — Jean, xx, 25; xx, 1, 41, 16, 18).
En second lieu, les évangélistes parlent aussi tous les quatre de Marie sceur de Marthe et de Lazare; et ce qu’ils en disent n’a aucun rapport
avec les détails qui précédent. — Saint Jean (ch.
x1 et x11) raconte qu’au lendemain de la résurrection de Lazare, six jours avant la derniére Paque, Jésus fut invité & diner dans une maison de Béthanie. Lazare était un des convives, et Marthe servait. Quant 4 Marie, leur scur, elle répandit sur les pieds du Sauveur un parfum d’un grand prix et les essuya de ses cheveux. Judas ayant
- blamé cet acte 4 haute voix a2.cause de la perte,
Jésus en reprit son disciple et dit qu’il voyait dans l’onction de Marie les appréts de sa sépulture prochaine. — Saint Matthieu (xxvi, 6) et saint Marc (xv, 3) nous offrent le méme. récit. Il est vrai qu’au lieu de désigner, comme saint Jean, Marie de Béthanie par son nom, ils disent simplement : une femme. Mais Videntité de leur récit avec celui de saint Jean est tellement frappante que cette femme est évidemment la sur de Marthe et de Lazare. De part et d’autre, en effet, l’onction se fait dans le méme bourg, 4 la méme date et avec les mémes incidents. On pourrait peut-étre objecter que, d’aprés les deux premiers synoptiques, le parfum fut répandu sur la téte du Sauveur, tandis que saint Jean le fait verser sur les pieds. Mais Marie dut oindre a la fois, suivant l’usage, la téte et les pieds. — Enfin saint Luc (x, 38) nous a conservé un autre trait de cette méme femme. Un jour que Jésus était venu dans la maison des deux sceurs (c’était dans la seconde année de son ministére public), Marie laissa Marthe s’occuper
. seule du service et demeura assise aux pieds du
Maitre pour l’écouter. Jésus la loua d’avoir choisi la meilleure part. Bien que saint Luc ne nomme ici ni Béthanie ni Lazare, les noms et les caractéres qu’il donne a ses deux héroines nous permettent de les identifier sans hésitation avec les deux swurs dont parle saint Jean.
Voila déja deux femmes que l’Evangile ne nous oblige pas a4 confondre, qu'il semble méme distinguer l'une del’autre. En voici encore une troisiéme qui semble bien distincte elle aussi des deux premiéres. Saint Luc est seul 4 nous la présenter. (vu, 37). IL nela nomme point. II dit seulement que cétait une. péchervesse de la ville ot demeurait Simon le Pharisien. Celui-ci avait invité Jésus a sa table. La pécheresse vint arroser de ses parfums et de ses larmes les pieds du Sauveur.
Simon s’étant scandalisé, Jésus lui raconta la parabole des deux débiteurs; puis il assura a la pécheresse que ses péchés étaient remis. Quelle que soit opinion que l’on embrasse sur l’identité ou la distinction des trois Madeleines, il est évident que lonction racontée par saint Luc différe de celle de Béthanie. La premiére eut lieu prés- de
' Jeines :
deux ans avant la seconde. L’une se fit chez Simon le Pharisien, Vautre chez Simon le Lépreux. Enfin les circonstances des deux récits sont totalement différentes.
Aprés avoir ainsi examiné et comparé les textes, on comprend la conclusion par laquelle Bossuet termine sa Dissertation sur les trois Magde- « Il est plus conforme a la lettre de lEvangile de distinguer ces trois saintes : la Pécheresse qui vint chez Simon le Pharisien ; Marie, swur de Marthe et de Lazare ; et Marie- Magdeleine de laquelle Notre-Seigneur avait chassé sept démons. » Tout au moins l’on peut
. dire que l’Evangile ne nous force pas a n’en croire
qu'une.
La Tradition supplée-t-elle au silence de 1’Kcriture ? Nous oblige-t-elle a croire a Videntité de ces trois femmes ? — Non. Dans les premiers siécles, un assez grand nombre de Péres se prononcaient assez nettement pour une distinction. C’était méme l’opinion commune parmi les Grecs. Elle est défendue par Origéne, Théophylacte, Euthymius, saint Jean Chrysostome. Aujourd’hui encore l’Kglise grecque célébre séparément, comme ellel’a toujours fait, la féte de la Pécheresse, celle de Marie- Madeleine et celle de Marie scour de Lazare.
Il est vrai que les Péres de l’Eglise latine sont en majorité favorables a Videntité. Mais d’abord ils ne sont pas unanimes : ainsi, saint Ambroise est hésitant : Polest non eadem esse; ainsi saint Jérome et saint Augustin penchent alternativement vers l'une et l’autre opinion. De plus, quand ils parlent de cette question, c’est presque toujours en interprétes de l’Kcriture plutdt qu’en témoins de la Tradition : distinction dont les théologiens | oublient trop souvent de tenir compte.
Il est vrai aussi que le Missel et le Bréviaire romains ont en quelque sorte consacré le sentiment de |’Kglise latine sur Videntité de Madeleine avec les deux autres saintes. Mais lEglise ne s'est jamais poriée’ garant infaillible des détails historiques contenus dans les livres officiels de la priére publique.
IJ.— L’opinion qui identifie Marie-Madeleine avec la Pécheresse de saint Lue et avec Marie scour de Lazare parait préférable aux auteurs suivants : Maldonat, les Bollandistes, Danko, Sepp, Schegg, Lacordaire, Fouard, Fillion, Didon, epeee etc. Voici les arguments de ces derniers.
D’abord, ?Evangile, sans affirmer Videntit6, n’a rien qui ’exclue. Au contraire, il laisse entrevoir entre les trois femmes que distingue opinion précédente, de frappantes ressemblances.
S'agit-il des faits racontés? Il y a dans Vhistoire de la Pécheresse deux traits qui permettent de la confondre successivement avec Madeleine et avec la scour de Lazare : comme Madeleine, elle fut délivrée du péché, et par conséquent du démon, par Jésus; comme Marie sceur de Lazare, elle aimait a montrer son amour et sa pénitence en répandant des parfums sur les pieds du Sauveur.
S'agit-il du caractére ? La ressemblance est plus
frappante encore. La Pécheresse et Marie-Made-
leine ont le méme dévouement sans bornes pour la personne de Jésus, la méme activité. Rien n’est plus facile que de les identifier. D’autre part, quand on étudie Vhistoire évangélique de Marie seur de Lazare, en elle aussi se manifeste un caractére analogue a celui de la Pécheresse et de
Madeleine. Son Ame est pareillement aimante,
généreuse, contemplative, calme et saintement enthousiaste. I] n’y a pas jusqu’a son attitude aux
pieds de Notre-Seigneur qui ne rappelle celle de la
femme pénitente chez Simon le Pharisien et celle
de Marie-Madeleine auprés du sépulcre.
Mais c’est surtout sur la Tradition que s’appuie
- cette seconde opinion. Plusieurs d’entre les Péres
grecs et le plus grand nombre des Péres latins
‘ont vu qu’une méme personne dans la Péche-
resse, Marie-Madeleine et la scour de Lazare. Citons seulement Clément d@’Alexandrie (Pedagogus, u, 8); saint Cyrille d’Alexandrie (In Joan., x1, 4) ; Tertullien (De pudicitia, xt) ; saint Cyprien (De duplict martyrio) ; saint Grégoire le Grand (In Matth., xxv et xxvitt).
III. — Conclusion. On demeure absolument libre d’admettre ou de rejeter l’identité des trois Madeleines. Ceux qui la rejettent nous demanderont
-peut-étre quelle est la sainte dont on célébre la
féte le 22 juillet? — Cette difficulté paraissait sérieuse a certains évéques gallicans du xviie et du xvire siécle, partisans de la distinction. Aussi,
dans les bréviaires et les missels édités par eux,
ils corrigeaient les passages ou l’identité est affir- - mée. Ainsi, dans la prose des morts, le verset
Qui Mariam absolvisti était devenu Peccatricem absolvisti. Ht & la sainte du 22 juillet ils n’attribuaient que ce que l’'Evangile nous apprend de Marie-Madeleine dans les passages ot elle est nommément désignée. — Pour nous, la difficulté
a cessé d’en étre une. Rien ne s’oppose 4 ce que
nous fétions le 22 juillet trois saintes 4 la fois
“sous un méme nom. Seulement, ce que la piété
- nous permet dans notre particulier, la prudence - nous défend de le faire en public. Dans notre en- seignement, il serait bien inutile et d’ailleurs bien
téméraire d’initier les fidéles a cette controverse.
En matiére de doctrine, le peuple manque partout aujourd’hui du nécessaire. Ce n’est pas le moment
titulaire. Au vicaire de la paroisse fut adjoint un autre y
de lui servir du superilu.
Q.—Ala mort d’un doyen, plusieurs mois s’écoulérent sans que la paroisse {tit pourvue d’un nouveau
__-prétre en raison de limportance du poste.
Or pour les casuels, le premier vicaire percut les droits qui sont d’ordinaire payés au doyen, en reclamant pour son confrére les honoraires qu'il recevait comme vicaire
avant la mort de son curé.
En avait-il le droit, attendu que @’ailleurs il remplis-
gait toutes les fonctions de curé sans en avoir le traite-
ment, et le faisant était-il tenu 4 la messe ‘pro populo ? Aux yeux de l’évéque comme du pouvoir civil, il ne
pouvait étre considéré que comme un vicaire administrateur, semble-t-il.
R. — Dans le droit canonique, le prétre chargé de desservir une paroisse vacante est appelé vicaire desservant. Il peut étre regardé comme le vicaire de l’évéque, 4 qui le titre de la cure est censé, pendant la vacance, faire retour. Il est nommé le plus tét possible par l’évéque, 4 qui ce droit et ce devoir sont expressément attribués par le Concile de Trente :« Debeat episcopus, statim habita notitia vacationis ecclesixw, si opus fuerit, idoneum in ea vicarium, cum congrua ejus arbitrio fructuum portionis assignatione, constituere 1. » Ce décret a été renouvelé et confirmé par Benoit XIV °.
Quelles sont les attributions et les devoirs de ces sortes de vicaires? — Destinés 4 remplacer complétement le curé défunt, ils prennent sur eux son autorité et ses obligations dans tout ce qui concerne l’administration spirituelle et temporelle . de la paroisse. Comme le curé, ils peuvent régler les offices, administrer tous les sacrements, y compris le mariage, prendre part aux délibérations du conseil de fabrique et du bureau des marguilliers. Sils ne sont pas revétus, comme le curé, d’une autorité pastorale ordinaire, on peut affirmer cependant quils exercent une juridiction quasi ordinaire, ou tout au moins un pouvoir délégué ad universalitatem causarum, de sorte qwils peuvent en déléguer subsidiairement un acte particulier 3.
Comme le curé, ils assument la charge d’ames actuelle. Ils doivent les dimanches et les fétes catéchiser, annoncer la parole de Dieu, administrer les sacrements, et enfin, d’aprés les prescriptions de Benoit XIV, appliquer la messe pro populo.
Ils ont droit, en retour, 4 une partie des revenus du bénéfice, au gré de l’évéque. En France, on leur laisse dans ce but la portion du casuel revenant au curé.
Q. — Quel sens donner 4 la décision du Saint-Office sur le spiritisme, en date du 2 avril 1864, ainsi congue : « Omnia hac de re scripta gravissime proscripsit » ? Le mot scripta peut recevoir une interprétation restrictive ou générale:
R. — Malgré de nombreuses recherches, nous n’avons pu trouver le texte du décret du Saint- Office du 2 avril 1864, que C. Mare, au n’, 566, Quer. 5, résume en ces termes : « Quapropter S. Officium, 2 april. 1864, omnia hac de re scripta gravissime proscripsit. » Il nous est donc impossible d’en discuter le sens. Nous serons reconnaissant 4 qui nous enverra le texte complet du décret. :
1 Sess. xxiv, c. 18, de Refor.
2 Cons. Cum illud, 14 déc. 1742.
3 Deneubourg, Les vicaires, p. 6.
CONGREGATIONS ROMAINES |
S. C. du Saint-Office 28 mars 1900.
L’abjuration des hérétiques se fait devant un délégué de lV’évéque, accompagné de quelques témoins.
Per responsum §S. Congregationis datum Episcopo Bituntino die 2 januarii 1669 (quod Decretum juxta responsum a S. Officio die 21 dec. 1895 Kpiscopis Borussie datum adhue vyiget) declaratum est : posse Episcopos auctoritate ordinaria hxreticos sponte comparentes in exteriori foro alsolvere « post abjurationem juridice factam. »
Diverse ultimis annis erant in hisce regionibus opiniones de hujusce clausule vigore. Nam alii opinabantur predictam Episcoporum ordinariam facultatem tune tantum executioni posse mandari, quando modo judiciali Episcopus procedit ; sic ex. gr. unus ex Germanie Ordinariis, vir in jure canonico peritissimus, litteris ad hane Curiam missis sententiam suam esse exposuit, quod Episcopus hac ordinaria facultate uti volens debeat hereticum inducere ad abjurationem coram ‘Notario et duobus testibus pronuntiandam. Que opinio habet aliquod fundamentum in citato S. Officii Decreto, quippe quod poscit preecedere absolutioni abjurationem jurtdice factam.
Sed ejusmodi judicialis aut juridica abjuratio nusquam in Germania in usu est. In regionibus acatholicis, ubi conversiones ad fidem sepius fiunt, nulla est copia Notariorum catholicorum. Accedit quod valde consultum est ut hereticis conversis modus abjurandi facilis et commodus reddatur et ut conyersiones nullum strepitum vel admirationem excitent, quod fieret si judiciales aut juridice forme adhiberentur.
Hine ubique locorum usus est, ut abjuratio erroris et fidei catholic professio perficiatur coram parocho et uno teste, vel, si necessitas ita expostulat, coram solo parocho, sed semper ita, ut abjuratio in exteriori foro compareat et probari valeat. Idcirco abjuratio non tam actus judicialis aut juridicus, sed magis actus pastoralis officii censeri debet, sed semper validus etiam pro exteriori foro.
Que cum ita sint, subscriptus Episcopus N. N., ut sensus citati Decreti non ansam prebeat dubiis, a Sacra Inquisitionis Congregatione humillime petit, ut declaretur, num possit Episcopus ordinaria sua facultate absolvendi hzereticos etiam tune uti, si non fiat abjuratio in stricto sensu juridica, sed coram solo sacerdote ab Episcopo delegato, aut coram tali sacerdote et teste?
Feria IV, die 28 martii 1900.
‘In Congregatione Generali S. R. et U. Inquisitionis, ab Emis ac Rmis DD. Cardinalibus in rebus fidei et morum Generalibus Inquisitoribus habita, propositis suprascriptis precibus, preehabitoque RR. DD. consultorum voto, omnibus rite diligenterque perpensis, iidem Emi ac Rimi Patres respondendum mandarunt :
Respondeatur Episcopo ad mentem. Mens est quod abjuratio fleri .potest coram quopiam ab Hpiscopo delegato ut notario et aliquibus personis uti testibus, et detur instructio 8 aprilis 1786 ad Episcopum Limericen.
Prefata instructio sic se habet : « Non est necesse ut qui a catholica fide defecerunt, ad eamque postmodum reverti cupiunt, publicam abjurationem premittant, sed satis est ut privatim coram paucis abjurent, dummodo tamen promissa servent, ac revera abstineant communicare cum hwreticis in spirifualibus aut quidquam facere quod heresis protestativum sit. Idem sentiendum de iis qui heresim, in qua usque ab initio educati fuere, privatim abjurent. »
Sequenti vero feria v1, die 30 ejusdem mensis et anni, in solita audientia a SSmo D. N. Leone Div. Prov. Pp. XIII R. P. D. Adsessori impertita, facta de his
omnibus relatione, SSmus Dnus responsionem Emo-
rum Patrum adprobavit.