‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 181 sur 276 · TAME DU · texte numérisé non relu

TAME DU

gieux, lors méme qu’on n’arriverait pas ales dis- 4861, a été faite en faveur des Petites Sceurs des }

poser convenablement pour qu'ils accomplissent cet acte sacramentel en état de grace. Il y a avantage pour eux, en faisant cesser le péché de leur cohabitation irréguliére; avantage pour leurs enfants, que leur mariage légitimera aux yeux de lEglise; avantage en danger de mort, en prévenant les difficultés qu’il serait plus difficile de lever a ce moment.

Mais il est bien évident que le curé fera tout le possible pour obtenir d’eux quils se préparent chrétiennement au mariage: c’est son devoir de ne rien négliger pour y arriver.

Q. — 1° Une indulgence est-elle attachée 4 la récitation du De profundis? Si non, ne vaudrait-il pas mieux ‘réciter toute autre priére indulgenciée? Ne serait-elle pas plus profitable aux défunts ?

2° Salutation Joséphine. Cette formule est-elle réellement approuvée ou condamnée par l’Eglise? L’abbé Maudouit, dans son Enseignement du catéchisme, t. I, p. 211, dit : « La Salutation Joséphine dont la récitation a si miraculeusement servi les Petites Sceurs des Pauvres...» A quel fait y a-t-il allusion?

R. — Ad-lI. Voici, @aprés la Raccolta 1, les indulgences diverses attachées 4 la récitation du De profundis :

Cent jours, quand au son de la cloche, environ une heure aprés la tombée de la nuit (a Rome une heure aprés Ave Maria du soir), on récite a genouwx le susdit psaume ou un Pater et un Ave, suivis d@un Requiem ceternam. Indulgence pléniére, une fois Pan, au jour de

leur choix, pour ceux qui auront fait ce pieux exercice -

pendant toute une année. Conditions : confession, communion et priéres selon les intentions ordinaires. (Clément XII. — Bref Celestes Ecclesie thesauros, du

= 11 aout 1736).

Pie VI, par rescrit de la S. Cong. de la Propagande du 18 mars 1781, ‘a déclaré que dans les lieux ow l’on ne sonne pas la cloche, les fidéles gagneraient les dites indulgences en récitant de la maniére indiquée le De profundis ou un Pater, etc., une heure environ aprés la tombée de.Ja nuit. Que si dans une église ou dans une localité la cloche sonnait on avant ou aprés - une heure de nuit, on gagnerait cependant les indulgences en récitant ces priéres de la maniére indiquée, comme Pie IX l’a déclaré par rescrit de la 8S. Cong. des Indulgences du 18 juillet 1877.

Enfin, sa Sainteté le pape Léon XIII, par rescrit dela S. Congr. des Indulgences du 8 février 1888, a accordé la concession suivante : Tous les fidéles qui réciteront le psaume De*profundis avec le verset final : Seigneur, donnez-leur le repos éternel, et que la lumiéere éternelle luise pour eux, pourront gagner trois fois par jour une indulgence de cinguante jours applicable aux ames du purgatoire.

Ad Il. La Raccoltd ne renferme, en l’honneur de saint Joseph, aucune priére indulgenciée se rapprochant de l’Ave Maria, Nous avons donné en 1890, p. 44, une formule condamnée par la 5. Congrégation des Rites en 1876.

Il y a cependant une formule d’un Ave Joseph indulgenciée pour certaines catégories de personnes.

4° La premiére concession, qui date du 40 avril

* Raccoltad, édit. de 1898, p. 538.

Pauvres. Voici ’indult de concession :

Beatissime Pater, i

Devotionis erga gloriosissimum Sanctum Joseph usu quotidiano, innumerisque pene. beneficiis efficaciam experte, et ex hac deyotione nonnulla solamina in animas fidelium defunctorum refundere cupientes, Parvule Sorores pauperum, ad pedes Sanctitatis Tus prostrate, exposcunt utinfrascriptam precandiformulam, quam in omnibus fere necessitatibus adhibere consueverunt, pro tota Congregatione nec non pro Capellanis pauperibusque cujusque Domus, indulgentia quinquaginta dierum toties quoties, servatis servandis, lucranda ditare digneris :

Ave, Joseph, fili David, sponse castissime gloriosce Virginis Marie, Domini Nostri Jesu Christi educator optime. — Pie sancte Joseph, ora pro nobis pueris, ora pro parwula nostra familia, quam sub tua tutela potentissimeque tuo prcesidio accipere dignatus es.

Fit Deus...

Die 4 martii 1861.

Indulgentiam centum semel in die lucrandam dierum benigne concedimus monialibus tantum recitantibus pie

et devote supradictam invocationem.

Prus Pp. IX.

20 Le 15 mai 1886, Mgr lévéque de Viviers demanda et obtint une concession analogue pour les religieux et les religieuses consacrés a l’éducation de la jeunesse dans son diocése, pour leurs éléves ef les membres des familles ot l’on fait le soir la priére en commun :

Beatissime Pater,

Episcopus Vivariensis, ad pedes Sanctitatis Vestre .—

huimiliter provolutus, ad fovendam Christifidelium deyotionem erga sanctum Josephum, enixe postulat :

1. Ut ad omnes moniales in sua dicecesi educandis et edocendis puellis operam dantes et ad istarum alumnas extendatur rescriptum 4 martii 1861, quo f. r. Pius Pp. IX concessit indulgentiam centum dierum, semel in die lucrandam, monialibus vulgo dictis les Petites Sceurs des Pauvres, devote recitantibus sequentem orationem :

Ave, Joseph, fili David..., ete. ;

2. Ut dictum rescriptum extendatur ad Fratres Doctrine christane, et ad alios qui in Diccesi Vivariensi ad informandos intelligentiz ac pietatis spiritu adolescentulos ex instituto suo destinantur ; ;

3. Ut dictum rescriptum extendatur ad omnes ejusdem dicecesis christifideles, qui cum propriis familiis ad vespertinas preces quotidie coadunantur ;

Dummodo ii omnes corde saltem contrito ac devote predictam orationem quocumque idiomate recitaverint.

Et Deus...

Sanctissimus Dominus Noster Leo Papa Xai; ain audientia habita die 15 maii 1886 ab infrascripto Secretario S. Congregationis Indulgentiis Sacrisque Reliquiis preposite, benigne annuit pro gratia in omnibus juxta preces. Preesenti ad decennium valituro absque ulla Brevis expeditione. Contrariis quibuscumque non obstantibus.

Datum Rome, ex Secretaria ejusdem S. Congregationis, die 15 maii 1886. <

J.-B. Card. Franzeuin, Pree fectus.

a Bs EE Oe

IMPRIMATUR is Lingonis, die 15 augusti 1900,

> SEBASTIANUS, Episcopus Lingonensis.

Le gérant : J. Marrrizr. .

LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES

DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, HCRITURE SAINTE, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESTASTIOUN. — PASTORALE, PREDICATION, s CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIES

DIRECTEUR ET REDACTEUR EN CHEF: F. PERRIOT

ANCIEN SUPERIEUR DU GRAND SHMINAIRE DE LANGRES

Parait a Langres, tous les joudis

L’abonnement, pour tee U Univers, est de 15 fr. avec le Supplément : L’Amt pu CLERGE PAROISSIAL,

de 10 frances sans le Supplément rs

Toutes les lettres, doivent étre adressées 4 M. le Directeur de ’Ami du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

Uiglise de France et l’Etat au XIX° siéele

ONZIEME CONFERENCE Louis-Philippe et ’Eglise de France

sad LA CONQUETE DE L’OPINION Lacordaire (1841-1848)

a Mesdames et Messieurs, Nous sayons tous que c’est l’opinion qui est la — de la France au xix siécle. Dans ce siécle des révolutions, ot notre patrie mobile est plus ~ mobile encore qu’en aucun temps, allant quelquefois d’un bord a V’autre comme l’Océan dans ses flux et reflux; dans ce siécle de la souveraineté du peuple, ou les questions les plus graves de - Vordre religieux, intellectuel et moral subissent, ~ comme les moindres décisions politiques et admi- 7 nistratives, le contréle de tous; dans ce siécle du a Be atrege universel, qui, mécanisme inhabile a proteer, ne se laisse mener que par des courants ; dans ce siécle de la presse, qui est plus forte que es armées et que les gouvernements, plus rapide que les vents et plus vaste que l’espace : non, ~ dans ce x1xe siécle, rien de grand ne se crée, ne prospére, ne dure, ne s'impose en France sans le 5c concours de l’opinion.

Or, ce qui est vrai pour le xrx° siecle tout entier est particuliérement vrai pour l’époque de Louis- Philippe, dix-huit années de luttes entre deux se-

cousses révolutionnaires. Les catholiques, embrasés d’ardeur pour la seule vie de l’ame, ont remporté contre le libéralisme haineux et incré- -dule ces magnifiques victoires que nous avons admirées la derniére fois : mais ces victoires sont- ~ elles affermies dans l’esprit public? Et puis, si Louis-Philippe a da@ s’incliner devant la renaissance religieuse, ne va- -t-il pas, un Degg ou l’autre, se rédresser contre elle, ce roi qui n’a quw’un seul principe, celui de n’en point avoir? Pour achever les ne a pais et pour aider les pro-

chains triomphes, c’est donc opinion qu’il faut conquérir. Ea bien! Dieu, touché de tant de sacrifices que

nous connaissons, nous envoie un de ces hommes

extraordinaires que les siecles ne font pas, ni les écoles, non plus, mais qu’Il donne au monde quand il Lui plait; et comme, depuis les temps les plus reculés, la France est surtout passionnée

pour Véloquence, c’est un orateur, un orateur -

sacré, qu’ll fait servir aux desseins de sa miséricorde.

Quelle étude que celle de ce soir!

Un orateur! Oui, Vorateur, Vaime, et lorsqu’il proméne les intelligences dans

les régions de la vérité, et. lorsqu’il se renferme.

dans le sanctuaire des lois, et lorsqu’il se méle aux orages de la vie publique :

Vaime partout, car je sens qu'il n’y a rien de plus grand sur la terre que la parole de homme. Un orateur sacré! Oui, Vorateur sacré, je admire, je Paime encore davantage, et lorsqu’il emprunte & VEvangile sa doctrine, sa morale, son esprit, et lorsqu’il tire du cour tout ce qu’il renferme d’inspiration, de charité et @amour: je l’admire, je Vaime, car je sens que le plus grand phénoméne historique, social, littéraire, qui ait traversé le monde depuis dix-huit siécles, c’est ’éloquence de la chaire répondant a l’éternel soupir de l’humanite.

Or, toutes ces marques d’un front prédestiné,

devant lesquelles on ne peut que s’arréter avec

bonheur; tous ces cris de lame, dont le temps, qui efface tout, conserve si précieusement le souvenir; toutes ces grandeurs enfin sont réunies dans Lacordaire.

Que je me hate donc de vous rappeler, autant

qu’on le peut dans un épanchement d’une heure, -

la préparation, l’accomplissement et l’achévement

de sa mission.

Le 12 mai 1824, entre au séminaire de Saint- Sulpice, a Paris, un jeune homme de vingt-deux

je Vadmire, je

je Padmire, je

ans. Quel jeune homme, avec sa taille élancée, ses traits fins et réguliers, son ceil noir et son front resplendissant de la beauté de son 4me! Ne en Bourgogne, fils d’un médecin de village, élevé par une mére pieuse, il a fait au lycée de Dijon une rhétorique trés remarquable; il a fait 4 Dijon encore des études de droit trés remarquables aussi ; et il faisait 4 Paris un stage si remarquable, qwil était déjé comme couronné d’une auréole. Mais hélas! au lycée, Henri a perdu la foi de sa premiére communion, et depuis longtemps « les ombres se sont épaissies autour de sa conscience. » Dans sa petite chambre de la rue du Dragon, ot il espérait que la gloire viendrait le visiter, voila qu’il se trouve « rassasié de tout avant d’avoir rien connu; » solitaire, faible, découragé, il éprouve un malaise indéfinissable, une tristesse intérieure et progressive, au milieu de laquelle il se débat contre un fantome qui Passiége, qui le poursuit, qui ne lui laisse ni répit, ni relache: c’est « l’évidence historique et sociale du christianisme. » Ht, au bout de six mois, pendant lesquels il s’est mis tant de fois a genoux, la téte dans les mains, derriére un pilier de Véglise Saint-Germain-des-Prés, il croit avec une telle conviction, « qu’il se jette sans transition des ébauches de la vie civile dans les ombres de Vinitiation sacerdotale, » se promettant que, si Dieu lui préte la vie, Vintelligence et la force, il enselgnera le christianisme « aux hommes qui ne le connaissent pas, parce qu’on ne le leur enseigne point. »

Ce jeune homme déja si grand, Dieu va le erandir encore.

Lorsqwil sort du séminaire, ou la Providence le place-t-elle? Elle le cache dans un couvent de Visitandines, c’est-a-dire dans le plus recueilli des couvents, puisque les Visitandines n’entendent d’autre bruit que le son de la cloche, ne connaissent V@autre événement que le lever et le coucher du soleil, puisque leur priére elle-méme n’est pas un chant, mais seulement un soupir, puisqu’enfin sous leurs cloitres uniformes le temps semble dormir dans l’immobilité. Lacordaire, cet impétueux qui veut parler 4 son siécle, est nommé chapelain des Visitandines! Il s’en va done rue Neuve-Saint-Etienne-du-Mont, prés du Jardin deg Plantes, et, pendant trente mois, refoulant les dons qui bouillonnent en lui, il étudie Platon et Descartes, Aristote et saint Aueustin, l’Ecriture et les Péres, la philosophie et la théologie... Vous le voyez: cest le soldat que Dieu a voulu préparer dans le silence et dans l’ombre aux combats disraél.

Au bout de ces trente mois, Lamennais, VYhomme qui remuait les intelligences catholiques en France et en Europe, lui offre de devenir son collaborateur au journal l’Avenir. Ce n’est pas seulement avec de la joie, mais, dit-il, « avec une

sorte d’enivrement », gue Lacordaire accepte de-

servir la grande cause de l’affranchissement de l’Eglise. Il abandonne le couvent des Visitandines,

il se jette dans la mélée avec tous ses préjugés contre la Restauration, avec toute la fougue de sa nature, toute ’intempérance de sa jeunesse. Au journal, personne ne crie plus haut que lui:

« Dieu et la liberté! » Dans les seize premiers numéros, il fournit sept fois larticle principal. Et avec un style véhément, passionné, inexorable, il montre ce gouvernement de Louis-Philippe, qui, dit-il, « n’ouvre la bouche que pour menacer les catholiques, qui n’étend la main que pour abattre les croix, qui ne signe d’ordonnances que pour sanctionner des actes arbitraires; qui, avec des ministres des cultes juifs, protestants, athées, ne peut nommer que des-évéques au rabais; qui enfin offre les catholiques en holocauste a toutes les passions » du libéralisme. Par sa violence, il accumule les procés sur sa téte, et alors il passe sa robe d’avocat par-dessus sa soutane, il se défend lui-méme, et, dans ses plaidoiries, il trouve des arguments, des répliques, des cris, qui jettent le trouble parmi les substituts, et il n’est jamais condamné.... Mais, si les vues du journal lAvenir sont justes, les conclusions en sont excessives, parfois chimériques; il souléve la suspicion des évégques, Vhostilite de certains catholiques; bref, Lamennais, Lacordaire et Montalembert suspendent la publication du journal, et « le baton du voyageur 4 la main, pélerins de Dieu et de la liberté, » ils s'acheminent vers la Chaire éternelle. Or, avant méme qwils aient subi leurs incidents dilatoires, Lacordaire « a prié le Seigneur d’écouter la priére du pauvre, » il s’est soumis d’avance avec toute la candeur dela foi, puis il revient 4 Paris, dans leur appartement commun, rue de Vaugirard, 98. Il ne reste pas 1a. Redoutant- la fascination du génie de Lamennais, il emprunte cent écus et court se réfugier jusqu’a Munich, en Baviére, « parce que c’est une ville catholique et que la vie y cotite moins qu’ailleurs. » Or, 4 Munich, il rencontre celui-la méme qu'il fuyait, Lamennais, qui revenait de Rome par le Tyrol, avec ‘ Montalembert. Lacordaire s’attache de nouveau a Lamennais, ille suit en Bretagne et, pour la seconde fois, se rend a La Chesnaie. Mais « si les bois avaient leurs mémes silences et leurs mémes tempétes, si le ciel de Armorique n’était pas changé, il n’en était pas de méme du ccour du Maitre. » Au bout de trois mois, Lacordaire, « ayant la conviction que sa vie serait désormais inutile a Lamennais, a cause de la différence de leurs pensées sur lKglise et sur la société, » et n’osant pas affronter une scene d’adieux, laisse dans sa chambre une lettre écrite « d’un ccur déchiré », parce qu’elle est une rupture, s’enfuit 4 travers les bois, le 14 décembre 1832, et, aprés cette brillante campagne, rentre a Paris avec une soutane d’été en plein hiver, trois écus dans sa poche et le découragement dans son ame... Pour nous, Mesdames et Messieurs, ne nous laissons pas tromper par les apparences. Que n/’a-t-il pas gagné ! D’abord, cette vie publique, ces combats, ces triomphes, ce yoyage a Rome, ces amitiés

fallait que son nom fit du bruit, que son talent jetat de Véclat, pour que sa mission attirat lattention des hommes. Pour qu’il s’adressat 4 V’opinion publique, il fallait qu’il fat porté devant opinion publique. Ensuite, « il s’est agenouillé aux marches de Saint-Pierre, » il a confessé, dans la simplicité de son, cour, l’imprudence, l’audace, Vécart de sa pensée; il a salué Rome « comme la libératrice de Vesprit humain. » Or, pour sa mission, il fallait qu’a Rome comme en France, personne mignorat qu’il « avait vénéré le seul pouvoir devant lequel on grandit en s’inclinant. »

Enfin, il a souffert de sa défaite, souffert de son :

abandon, souffert des passions étroites qui désormais le poursuivront jusqu’a la fin de sa vie et méme aprés sa mort; sans situation, sans soutien, sans appui, il n’est plus que « comme une épave brisée par les flots. » Or, pour sa mission, il fallait qu’il devint un homme, et, sans la souffrance, il ne Vétait pas encore. Le poéte l’a dit :

L’homme est un apprenti, la douleur est son maitre, Kt nul ne se connait tant qu'il n’a pas souffert!... Les moissons pour mniirir ont besoin de rosée :

- Pour vivre et pour sentir homme a besoin des pleurs.

En un mot, il lui fallait, depuis sa sortie du lycée, tous ces succés et tous ces échecs, tous ces tourments de ’Aame et toutes ces vicissitudes de la vie, pour quil eit « une physionomie propre a son temps, » pour qu’en lui ses contemporains pussent se reconnaitre et dire: « Son cur a battu comme le notre; nos illusions, nos espoirs, nous les retrouyons dans ses hymnes de tristesse et dans ses cantiques d’espérance. »

Tiré du tourbillon, il se remet aux ordres de son archevéque, qui lui rend sa petite aumdnerie de la Visitation. Il remonte sa rue étroite et tortueuse du pays latin, au pied de la montagne Sainte-Geneviéve, et il retrouve ses Visitandines qui, elles, plus heureuses, n’ont, pendant ce temps-la, entendu d’autre bruit que le son de la

. cloche, connu d’autre événement que le lever et le

coucher du soleil, recommencant le lendemain Vexistence de la veille sous ces cloitres uniformes, ou le temps semble dormir dans l’immobilité.

Simple, pauvre, ignoré, il reprend donc sa vie de priére, de solitude et de travail, lorsque, au bout de deux ans, le supérieur du college Stanislas vient lui offrir de donner une suite de conférences religieuses 4 ses éléves. N’est-ce point cette heure de Dieu qu’il attendait, « errant au dedans de lui-méme dans des incertitudes douloureuses » ? Il le croit. Il fait sa premiére conférence le 419 janvier 1834; or, au mois de mars, il a six cents auditeurs du dehors; au mois d’avril, il faut agrandir la chapelle par la construction dune tribune, et un jour on y voit réunis Chateaubriand, Lamartine, Odilon Barrot, Victor Hugo et Berryer qui, arrivé trop tard pour franchir les portes, va chercher une échelle et entre par une fenétre ;

ee see L'AMI DU CLERGE illustres lui ont conquis la renommée. Or, il

enfin, dans le monde philosophique et religieux, il mest bruit que de I’éloquence de labbé Lacordaire. Eh bien, c’est dans cette chapelle de Stanislas que, « relevé de ses afflictions, » il fait cette découverte sans laquelle ’homme le mieux doué ne fournit point sa carriére : la découverte de son talent. ) ,

Mais, vous le pensez bien, Mesdames et Messieurs, parce que sa prédication « sort du.ton ordinaire des sermons » et qu’elle brise le vieux moule, parce que sa parole est lhomme méme et qu’elle « s’échappe a la maniére d’un volcan, » au lieu de se couler trés révérencieusement dans la forme convenue avec une chaleur selon les régles, elle est dénoncée a tous les pouvoirs, civil et ecclé- Siastique, surtout ecclésiastique, et, conime il fallait s’y attendre, elle est suspendue, et Lacordaire est enterré vivant: c’est fini!... Non. Tout 4 coup Mer de Quélen, archevéque de Paris, pressé par les étudiants catholiques, qui sont toujours 4

‘la téte des bonnes entreprises, lui offre la chaire méme de Notre-Dame, qui s’éléve alors 4 peu prés

dans le désert, 4 condition qu’il soumettra le canevas de ses conférences a Pun des grands vicaires du diocése. Lacordaire, aprés avoir hésité, réfléchi et prié, accepte, et sept semaines aprés, en 1835, il monte dans la chaire de Notre-Dame. Or, aussitot tout le Paris mondain, sceptique, fils deg temps nouveaux, se suspend a cette voix « encore plus amie qu’éloquente » : dés sa premiére conférence, il a six mille auditeurs. Kh bien, c’est 1a gquenfin, aprés de si longs détours, il fait la découverte supréme: celle de « sa prédestination. »

Aussi, 4 la fin de la seconde station, en 1836, sans

se laisser ni éblouir par son succés, qui est immense, ni déconcerter par certaine opposition ecclésiastique, qui nie toutes ses qualités, qui exagére tous ses défauts, il annonce a ses auditeurs « qu’il se retire pour quelque temps devant sa faiblesse et devant Dieu.» ; il laisse la chaire

de Notre-Dame, « désormais fondée, » entre les

mains d’un saint apdtre, le P. de Ravignan, il part

pour Rome, ne cherchant autre chose « qu'une

longue solitude », que «la douceur de l’obscurité », que «le temps, pére nourricier de tout progres », et il s’enfonce dans les Dogmes théologiques du P. Petau, résumé des Peres de l’Kglise. Mais voila qu il est de plus en plus travaillé par de secrétes pensées: il veut se faire Dominicain, pour ressusciter en France, d’accord avec le Maitre général, VOrdre de Saint-Dominique, et, sa résolution prise, il adresse a l’opinion publique de la France un Mémoire pour le rétablissement des Fréres- Précheurs : « Mon pays, un de vos enfants vient réclamer de vous sa part dans les libertés que yous avez conquises et que lui-méme a payées... Je crois faire acte de bon citoyen autant que de bon catholique, en rétablissant en France les Fréres-Précheurs. Si mon pays le souffre, il ne sera pas dix années peut-étre avant Wavoir 4 s’en louer. S’il ne le veut pas, nous irons nous établir a ses frontiéres, sur quelque terre avancée vers le

pole de Vavenir, et nous y attendrons patiemment le jour de Dieu et dela France... » Ce Mémoire, il Venvoie a tous les ministres, 4 tous les pairs, a tous les députés, 4 tous les préfets, 4 tous les premiers présidents, 4 tous les procureurs généraux, 4 tous les journaux et a tous les journalistes de France, et le Mémoire obtientle plus grand succés que son auteur pit souhaiter : celui du silence, car on voit gu’ayant recu la France pour mére, il aime la France, qu'il croit dans la France, et que, quelles que soient les épreuves de la patrie, il « espérera en elle, comme il le dit, jusqu’a son dernier soupir.» Done, le 14 avril 1839, il entre dans une cellule, au couvent de la Quercia; il puise Yeau, il balaie les corridors, il fait les lampes, il raccommode les chaussures, il épluche les pommes de terre, comme un pauvre et doux novice; puis il prononce ses veeux, le 12 avril 1840 ; et, aprés toutes les vicissitudes d’une vie si agitée, apres une préparation si longue et si dure, il porte en lui la maturité de Page et du talent, ’union de la gloire et de la grace, il est prét pour sa mission : eest enfin le Pére Lacordaire.

Aussi, venez 4 Notre-Dame de Paris, le 14 février 1841, cette année méme ou nous étions restés la derniére fois. Le P. Lacordaire, appelé par Mer Affre, le nouvel archevéque de Paris, sous prétexte de précher un sermon de charité pour la Société de Saint-Vincent de Paul, reprend la parole apres cing années d’absence, et vient inaugurer en France l’Ordre et Phabit des Fréres-Précheurs francais. Quel auditoire! Dés sept heures du matin, une foule de jeunes gens se pressent autour de la chaire. A dix heures, il n’y a plus de place dans la grande nef. A onze heures, il n’y en a plus nulle part. A midi et demi, lorsque l’archevéque se rend au banc d’ceuyre avec le ministre de la justice et des cultes, avec des ambassadeurs, des pairs et des déeputés, il trouve un auditoire que la vieille cathédrale n’avait peut-étre jamais vu, pas méme aux jours de sa jeunesse et de sa splendeur, un auditoire de dix mille personnes... Quel discours! C’est, aprés la tyrannie de la Révolution, aprés le despotisme de |’Empire, aprés les outrages des premiéres années de la monarchie de Juillet, cest, aprés toutes ces persécutions anciennes et nouvelles contre le christianisme en France, un discours sur la Vocation religiewse de la nation francaise ; cest, a la face des voltairiens de 4830, la prédication de cette vérité, qui ne passera pas, a savoir, que la France ne redeviendra la reine des nations que lorsqu’elle redeviendra la nation trés chrétienne... Quel orateur ! Cinquante ans aprés que l’Assemblée constituante a supprimé les vooux monastiques, « comme contraires a la raison, 4 la politique et a la religion », c’est un moine, le moine a la robe blanche, au manteau noir, a la téte rasce, un fils de saint Dominique, un survivant des familiers de saint Louis, un ressuscité du treiziéme siécle au milieu du dix-neu-

provinciaux valent les Parisiens...

viéme, qui, avec tous les accents de la société moderne, « revendique la liberté du religieux, au nom des droits du citoyen... » Quel triomphe! Ni protestation, ni tumulte, ni mouvement: du silence, dela sympathie, de l’admiration... Aussi, lorsque je contemple et ce lieu solennel et cette assemblée « formidable par le nombre et la diversité des personnes », lorsque je contemple et la cause et l’orateur, lorsque je contemple ensuite, dans l’esprit des auditeurs d’abord, puis dans les journaux divers, dans les revues de toutes nuances, méme dans les feuilles protestantes, ce que Lacordaire appelle « le triomphe de cet unanime respect », je dis que jamais, non jamais, homme n’a remporté pareille victoire sur les préventions invétérées d’un temps et d’un pays.

Mais Paris n’est peut-étre pasla France. Croyezvous, Mesdames, croyez-vous, Messieurs, que, en dehors de la capitale, il puisse y avoir des Francais ? Comme nous, Lacordaire estimait que les Donec, aprés ce coup d’éclat, a la fin de cette année 1841, il se rend a Bordeaux. Que la situation est difficile! A la Chambre des députés, le 3 mai, Isambert, gui ne manque jamais de protéger I’Etat contre les persécutions de VKglise, a déclaré, du haut de la tribune, que cette réapparition des Dominicains, revenants du moyen age, allait mettre en péril toutes les institutions modernes : il tremble rien qu’a la pensée de l’Inquisition et dela Saint-Barthélémy. Aussitét quelles tempétes sous les cranes législatifs ! Les députés de la majorité persécutent le ministre Guizot pour quwil fasse rentrer sous terre le spectre monastique. Et lorsque les dix députés ministériels de la Gironde apprennent que Lacordaire va se rendre 4 Bordeaux, qu’il va peut-étre, au mépris des lois, fonder un couvent dans leur ville de Bordeaux, ils se precipitent 4 la Chancellerie et ils déclarent au garde des sceaux, Martin (du Nord), que, s’il n’avise pas tout de suite, il lui feront une interpellation, car enfin il s’agit de savoir si on doit laisser l’ultramontanisme, chose hideuse et qu’il suffit de nommer, compromettre ainsi le salut de la Gironde et Pavenir de la France. La-dessus, le ministre, vous le pensez bien, ne dort plus: il a la terreur du froc. Hl écrit a ’archevéque de Bordeaux, Mgr Donnet : « Pas de froe dans la chaire ! Pas de froc ! » L’archevéque répond qu’il n’y aura pas de froc. Kn effet, s'il ne s’agit que du froc, Lacordaire cachera son froc sous un grand surplis, et peut-étre que sans froc il trouvera encore quelque éloguence. Donc, avec cet accoutrement qui ramene quelque paix dans les esprits gouvernementaux, Lacordaire arrive a la cathédrale. On y a élevé un amphithéatre et deux immensés tribunes pour doubler la nef, qui pourtant est la plus large et la plus longue nef de France. Et la se trouvent, a des places demandées et réservées, la cour royale tout entiére, ’état-major des deux régiments dela garnison tout entier, Académie tout entiére, le conseil municipal tout entier, tous

les corps d’autorités, méme le corps de la douane et des douaniers. Et la cing mille personnes, étrangeres, pour la plupart, a toute pratique religieuse ; et ces cing mille personnes, fondues en une seule ame, «ondulent sous le souffle de lacordaire comme les vagues d’un Océan. » La seconde conférence, qui est préchée en froe, a tant de succes, que Lacordaire écrit luicméme avec sa profonde humilité : « Je crois la sympathie gagnée autant qu’il est possible 4 une pauvre créature humaine de la gagner. » Il préche pendant quatre mois, excitant toujours un si vif enthousiasme, que quinze cents jeunes gens, appartenant a l’aristocratie, au barreau, au commerce, viennent le remercier a l’archevéché de s’étre dévoué 4 compléter I’éducation religieuse de la jeunesse francaise, et que, vingt ans plus tard, Varchevéque lui écrit que c’était depuis cette époque qu’a Bordeaux « Vesprit public était changé. »

Mais bientét ’Eglise de France ne veut plus se contenter de la liberté religieuse en général: elle veut des libertés en particulier. Les libéraux voltairiens trouvent qu’elle en a déja trop de libertés, et Louis-Philippe est de lavis des libéraux.

L’Kglise, qui n’a peur ni des libéraux ni de Louis- Philippe, insiste et la guerre éclate. Mor Affre se hate de rappeler Lacordaire a Paris. I] faut qu’il vienne raffermir les courages, rehausser l’éclat de la religion et préter a cette lutte passionnée l’appui de l’opinion publique. Lacordaire arrive donc au centre de la guerre. I] va commencer une station dans ia chaire de Notre-Dame, le 3 décembre 1848. A cette nouvelle, Louis-Philippe mande aux Tuileries l’archevéque de Paris : « Kst-il vrai, M. Varchevéque, que vous voulez faire précher le P. Lacordaire? Un Dominicain? C’est contraire aux lois! » L’archevéque veut défendre ses droits et repousser l’intervention du gouvernement dans les affaires ecclésiastiques. « Mais, reprend Louis- Philippe, vous n’y songez pas! Vous aurez une émeute, je ne pourrai pas vous défendre, la garde nationale ne donnera pas. Vous avez done oublié le sac de l’archevéché ? Une fois le peuple déchainé, qu’arrivera-t-il? » — « Sire, répond Varchevéque, gil existe un danger réel, le ministre m’adressera une ordonnance et défendra la réunion de Notre- Dame. » Louis-Philippe savait bien qu’une telle

‘ordonnance ne manquerait pas de soulever les

clameurs des catholiques. Aussi, fit-il semblant de ne point entendre de cette oreille-la. « Ainsi, reprit-il, vous voulez faire précher le P. Lacordaire? Eh bien, vous en répondez. Vous n’aurez ni un

‘soldat, ni un garde national.» — « Sire, je me suis

engagé devant tous les fidéles de mon diocése, et le P. Lacordaire commencera les conférences, a moins d’une ordonnance du ministre qui les défende. » — « Vous ne savez pas, M. l’archevéque, quel conflit vous allez engager! Vous en porterez toute la responsabilité; c’est l’Kglise entiére que vous mettez en péril. » L’archevéque se retire, et, Varchevéque parti, Louis-Philippe dit a l’un de ses courtisans : « Je viens de voir l’archevéque; je

: : L’AMI DU CLERGH

lui ai fait une peur de chien.‘ » Il se trompe, Louis-Philippe: il n’a fait & personne « une peur

de chien. » Qu’il garde done ses soldats et seg

gardes nationaux, et méme que ses journaux se

remplissent de menaces! N’y a-t-il pas les étu-

diants catholiques déjaé nombreux en 1843 ? Nou-

veaux chevaliers, ils s’arment, ils se réeunissent,

ils arrivent & Notre-Dame, ils ‘se rangent autour

de la chaire comme sur un champ de bataille, et,

s’ille faut, ils verseront leur sang pour la défense

de la liberté de ’Eglise et de la parole de Dieu. L’auditoire est immense. Il est agité par un sourd

murmure. Knfin parait Lacordaire, réduit par

ordre de son Général, sur la priére de l’archevéque

de Paris, a cacher la robe de saint Dominique

sous un manteau de chanoine : il monte en chaire.

Que va-t-il se passer ? O puissance de la parole! » magie de l’éloquence! « Dés la troisiéme phrase,

il s’était fait dans tous les cours émus un asile

sacré. » Au lieu de l’émeute, ce fut le silence de

Vadmiration. Au lieu de la défaite, ce fut une

victoire qui enflamma les catholiques en leur mon-

trant toute leur puissance morale, qui les exalta,

qui les décida a ne plus jamais rien céder, ce fut

une victoire qui fit passer du coté de Louis-Phi-

lippe « la peur de chien. »

A partir de cette campagne, « la plus périlleuse et la plus décisive de ses campagnes », Lacordaire, chaque année, préche l’Avent a Notre-Dame et le Caréme en province. Or, quelque sujet qu’il traite, VEglise, Jésus-Christ ou Dieu, car ce sont la les trois matiéres successives de son enseignement, il parle a son auditoire, pour son auditoire, et rien que pour son auditoire. A cette société sortie de la Révolution de 1830, en grande partie, incrédule, aux prises avec les passions sans régle qui les domine, avec les épreuves de la vie sans appui qui les soutienne, avec les révolutions sans une foi publique ou qui les arréte, ou qui les tempére, ou qui les raméne a quelques principes; a cette société qui se débat dans le vide de la philosophie du dix-huitiéme siécle ressuscitée par la frénétique propagande des libéraux voltairiens; a cette société inquiéte, parce qu’elle est sams croyance, humiliée, troublée et découragée de son impuissance au bonheur, parce qu’elle a perdules clartés ~ « du divin »; 4 cette société il crie ce-mot qui est toute sa prédication, son plan, sa méthode, sa

'démonstration, son langage, son accent: « La

vieille société a péri, parce que Dieu en a été chassé; la nouvelle est souffrante, parce que Dieu n’y est pas suffisamment entré. » Et partout, en province aussi bien qu’a Paris, et toujours, a la fin aussi bien qu’au début, du haut d’une chaire’ qui est quelquefois entourée dés sept heures, dés cing heures du matin, pour une heure aprés-midi, il ébranle les préjugés antichrétiens, il « prépare, comme il le dit, les Ames 4 la foi », il les ressaisit, il les émeut, il les transporte, au point que ses auditeurs lui font parfois des ovations jusque sur

4 Cruice, Vie de Mgr A/fre, 318.

les places publiques, que parfois m¢me ils le portent comme en triomphe des cathédrales aux évéchés. Et A chacun de ces entrainements populaires, ot la cause religieuse prend un accroissement de force dans l’opinion, l’Kglise peut se dire: Encore une victoire, encore une conquéte !

Mais quel est donc le secret de tant de miracles oratoires ? Est-ce la science ? Oui, « tout le christianisme s’est montré devant Lacordaire comme devant un homme qui allait en étre l’architecte pour une génération », et si froides et si

décolorées que nous paraissent ses conférences, puisqu’une conférence écrite n’est plus qu’un cadavre, elles n’en forment pas moins une admirable apologie de la foi chrétienne. Mais cela ne suffirait pas... Est-ce Vamour de la patrie? Oui, ila cru a ce que les hommes de son temps appelaient « mon pays », et, aprés Dieu, il n’y a rien qui remue plus profondément son Ame que le nom de la France, sa mére. Mais cela ne suffirait pas... Est-ce ’amour de la liberté? Oui, « dans un temps ou, dit-il, le christianisme ne pouvait reprendre son empire dans le monde que par une lutte sincére ot il ne fit ni oppresseur ni opprimé », ila travaillé — sans jamais sacrifier lidéal dogmatique — a lalliance de la foi catholique et des libertés modernes. Mais cela ne suffirait pas... Est-ce le génie oratoire? Oui, il avait une voix qui se prétait a tous les tons et a toutes les nuances, ala force comme a la douceur, a la puissante ironie comme 4 la tendresse plus puissante encore. Qui, il avait un langage d’un impérissable éclat, et, malgré quelques défauts du temps, presque toutours simple jusque dans sa splendeur. Oui, il avait des accents ol sa génération se retrouvait elle-méme. Oui encore, il aimait; il savait que Vhomme qui n’a que des idées est un homme infirme, le plus impuissant du monde. Oui enfin, il allait aux entrailles, parce que sa parole sortait de ses entrailles. Mais cela méme ne suffirait pas encore... Le secret, c’est la sainteté. En rentrant de ses conférences, alors qu’il a ravi la foule, et que, plus d’une fois, il est troublé lui-méme a l’écho « des accents qu’il ne se connaissait pas », a cette heure-la méme, ou il est épuisé jusqu’a la prostration, il se frappe, il se fait frapper, flageller, déchirer, il expie les prodiges de son éloquence par des prodiges de mortification, craignant toujours de ne pas porter dans son ceuvre assez de vertus, assez de sacrifices, assez d’amour de Dieu. Les maitres classiques disent et diront toujours : « Voulez-vous étre orateur? Soyez d’abord un honnéte homme, vir bonus; croyez ce que vous dites; il n’y a de force que dans la conviction. » Lacordaire, lui, porte la conviction jusqu’a mettre de son sang sur ses paroles.

Aussi, voyez-le, le 27 février 1848. C’est la qu’il est tout entier. Au lendemain de la révolution qui vient d’emporter la royauté de Louis-Philippe comme le vent d’orage emporte une feuille séche, lorsque « la bourgeoisie victorieuse en 1830 a vu retomber sur elle l’abime qu’elle avait voulu

creuser & Dieu, » lorsque « les places de Paris sont encore couvertes des débris du tréne » et des barricades qui l’ont renversé comme elles Pavaient élevé, le peuple vient, avec une affluence prodigieuse, écouter l’immortelle parole; et Lacordaire, planant au-dessus des bouleversements de la politique et de la société, célebre le christianisme qui, sans autre arme que la persuasion, sans autre appui que la vertu, sans autre force que la verité, apparait entre le ciel et la terre comme le signe consolateur, et Lacordaire s’écrie de ses lévres tremblantes : « O Dieu, qui venez de frapper ces coups terribles, Dieu, le juge des rois et Varbitre du monde, regardez dans une lumiére propice ce vieux peuple francais, le fils ainé de votre droite et de votre Eglise!...O Dieu juste et saint, veillez sur nous, protégez-nous, éclaireznous, prouvez au monde une fois de plus qu’un peuple qui vous respecte est un peuple sauvé! » Et la foule, aussi. émue que l’orateur, se joint a ses priéres par des applaudissements. Sur Jes ruines de ce pouvoir qui, 4 la remorque du libéralisme incrédule, avait voulu youer le christianisme au mépris public, sur ses ruines fumantes, dans cette cathédrale méme quw’il avait laissé saccager, Lacordaire fait applaudir le christianisme.

Bien plus, quelques semaines plus tard, le 26 mars, lorsque, descendant tout a coup des régions pacifiques ou rien de terrestre ne se méle a la contemplation des causes et des lois, il parle de la vérité et de ces pouvoirs « qui, jaloux de Vempire qu’elle exerce, s’efforcent de la détréner pour asseoir a sa place et a leur profit le regne des intéréts et des passions, a qui tout va mieux — que la vérité, qui acceptent tout excepté elle, qui protégent tout excepté elle, qui donnent la liberté a tout excepté a elle; » lorsqu’il parle et de « Babylone en qui se fait la nuit, » et de « Balthasar qui voit la main qui le condamne, » qui palit, qui se trouble et qui s’évanouit comme un fantéme, il a des accents si puissants, si. saisissants, si magnétiques, que, chose inouie dans les fastes de Péloquence! tout Vauditoire, par un mouvement involontaire, se léve, reste debout, s’oublie dans Vivresse des applaudissements. C’est « le jour des représailles !... C’est le jour oti la vérité prend de ses oppresseurs de terribles vengeances! » Car, s'il faut le pardon, n’oublions pas que, pour l’honneur de la morale, il faut aussi la justice.

Bien quwil doive précher encore 4 Notre-Dame de Paris jusqu’en 41854, ici finit, a vrai dire, la mission de Lacordaire. Chose étrange! Dans cette méme conférence, lui-méme pense aux adieux, il parle de l’achévement de sa tache, de la séparation prochaine, du jour « ot il ne verra plus.que de loin, dans Vinfirmité des souvenirs, » « ces belles assemblées captives sous la parole de Dieu. » Kt ailleurs il dit avec mélancolie : « Voila donc le sort de Vorateur! Cet homme, qui a ravi des multitudes, descend avec elles dans le méme silence! » Il est vrai « qu’en vain la postérité fait

effort pour entendre sa voix et celle du peuple qui Vapplaudissait. » Mais Vorateur se survit dans ses ceuvres : Lacordaire se survit dans la chaire de Notre-Dame qu’il a fondée et qui se fait toujours entendre a travers les changements des hommes.-et des choses ; il se survit dans ’Ordre de Saint-Dominique, dont la restauration, qui a tant grandi en si peu de temps 4, ne fera que grandir encore ; il se survit dans nous-mémes, Mesdames et Messieurs, « héritiers d’une génération en qui il a semé tant de vérités et tant de vertus;» il se survit dans toute ’Eelise de France, dont, selon Vexpression de Mgr de Quélen, en face des autels, ila été « un nouveau prophéte; » il se survit enfin dans les Ames qu’il a ramenées a Dieu, et qui — ce fut sa derniére parole 4 Notre-Dame — « seront sa couronne dans Véternité. »

L’achévement de sa mission n’est pas inférieur a son accomplissement.

En 1848, 200.000 électeurs des Bouches-du-Rhéne Venvoient siéger 4 Assemblée constituante. Sans doute sa campagne législative ne dura que dix jours, et ce fut assez, car telles sont les infirmités du génie, qu'il péche presque toujours par quelque endroit, et que Lacordaire qui, dans la chaire, cétoie les précipices sans y tomber, se sent glisser et glisse trop souvent, ce qui lui fait tant d’ennemis, sur le moindre terrain politique. Aprés «un essai qui lui suffira bien, dit-il, pour mille ans et un jour, » il s'empresse de donner sa démission. Mais apres quel succés! Lorsque, le 4 mai, V’Assemblée tout entiére se transporte sur le péristyle du Palais-Bourbon pour y proclamer la République, Lacordaire est salué par les acclamations du peuple, il est ramené comme en triomphe jusqu’aux portes du Palais, et lorsque, a la fin de la séance, sortant par la rue de Beaune, il traverse la 10¢ légion, les soldats n’ont pas assez de vivats dans leurs poitrines pour le saluer a son passage.

Alors, adieu les lois oppressives de la conscience,

adieu la haine, adieu méme lVindifférence : ’Hglise de France retrouve sa popularité dans la popularité du P. Lacordaire.

Puis, on lui parle de l’Académie frangaise. Les Académiciens viennent 4 lui : chose bien rare, puisqu’il parait que les candidats sont obligés de gratter 4 la porte. Or, dit-il, « doit-on rejeter un hommage rendu a Dieu dans la personne d’un de ses ministres, qui n’a rien fait pour lerechercher, et qui peut se rendre le témoignage de n’ayoir pas méme eu un désir? » Ainsi il ne voit dans cet appel qu’un honneur rendu 4 la religion, et, sur la tombe stupéfaite de Voltaire, qui ‘croyait avoir 4 jamais dépeuplé les cloitres, un moine vient siéger 4° l’Académie frangaise.

Puis, « descendu, comme il disait, aux rivages

* Aujourd’hui, en France, l’Ordre de Saint-Dominique comprend trois provinces, avec vingt couvents et des missions 4 l’étranger.

is fey

CLERGE

de Vimpuissance et de l’oubli, » car une ceuvre comme la sienne ne s’achéve pas par un homme «sans quwil y laisse la plus belle partie de goi- — méme, les prémices de sa force et la fleur de seg ans, » il fonde le Tiers-Ordre enseignant de Saint- Dominique, il s’établita Soréze, dans le Midi, et il est Pame de l’école; on le voit partout, 4 tous les exercices religieux et profanes, a l’étude, aux classes, aux jeux, aux promenades, effacant son génie, méprisant sa gloire, et partout, soit qu’il parle en public, soit qu’il converse en particulier, soit qu'il écrive aux uns, qu’il écrive aux autres, il répéte a ces jeunes éléves, dont il veut faire 4 la fois des catholiques, des hommes et des Francais, ces mots qui résument toute sa vie : « Servir Dieu, son siécle et son pays! »

Enfin, avant d’avoir atteint Page de soixante ans, le voila étendu sur son lit, et, malgré les douleurs qui brisent son corps sans dompter son courage, il dicte les plus belles de ses pages peutétre, sa Notice sur le rétablissement des Fréres- Précheurs en France. Puis, les derniéres forces lui échappent. Alors, au milieu d’un silence qu’aucun bruit de la terre ne vient plus troubler, il s’absorbe dans les contemplations divines, calme devant les ombres de la mort, car il a toujours été beaucoup moins Vhomme du temps que Vhomme de l’éternité. Puis, il léve vers le ciel ses bras ‘défaillants, il jette son dernier cri : « Mon Dieu, ouvrez-moi! » et, le 24 novembre 1864, il rend au Créateur son Ame, cette Ame si belle que quelques légéres erreurs, nées surtout de l’ardeur de la bataille dans des temps difficiles, s’y perdent comme des grains de sable dans un rayon de soleil.

Un jour Lacordaire se promenait dans la campagne de Rome, pres des catacombes de Saint- ~ Laurent. Il se dirigea vers un cimetiere et, au milieu des tombes des saints et des martyrs, il fut frappé par cette inscription : « Pleure sur le mort, parce qu'il s’est reposé! » « Pleure sur le mort, se disait-il en continuant sa promenade, parce que le temps de la vertu est fini pour lui, parce qu’il n’ajoutera plus a sa couronne! Pleure sur le mort, parce qu’il ne peut plus mourir pour Dieu! » Que l’ange de sa tombe, a lui, ne dise pas : « Pleure sur le mort, parce qu'il s’est reposé! » il ne s’est reposé qu’apres avoir eu la plénitude et Vunité de la vie, qu’apres avoir accompli toute sa carriere, qu’aprés avoir glorieusement consommé sa course. Mais que plutot il entende la voix de Vhistoire qui dit déja et qui répétera toujours :

« Dans les annales de la chaire francaise, devenue, depuis les Péres de |’Kglise, sans rivale en aucun lieu, on découvre trois noms, « comme, « aux bords du Nil, on découvre de loin la téte « solitaire et illuminée des Pyramides. » Au moyen age, cest un saint, qui, apres avoir vécu sous les arceaux du cloitre avec les moines, ses fréres, ou dans une cellule couverte de feuillage, au creux du vallon, seul 2 seul avec le Cantique,

ery Aa ep cehy Tag eae L’AMI DU CLERGE

des Cantiques, virginal et mystique hymen, parcourt l’Europe, entraine la multitude, instruit les rois, conseille les papes, dirige la chrétienté, en déployant partout une parole supérieure a toutes les forces de la terre: saint Bernard. Dans les temps modernes, au siécle le plus grand, devant le plus grand des rois, 4 la plus brillante des cours, au milieu de toutes les gloires rassemblees, sciences, arts, poésie, littérature, génies de la paix et génies de la guerre, c’est un évéque qui, le rayon de feu sur le front, la verge dela loi a la main, et sur les lévres la plus belle langue que les hommes aient parlée, abaisse jusqu’au néant toutes les grandeurs de la terre : Bossuet. A ~Pépoque contemporaine, aprés les ravages de la Révolution, dans la tourmente du régne de Louis- Philippe, au moment le plus décisif pour la nouvelle Eeglise de France, c’est un religieux qui, sachant donner aléternelle doctrine la jeunesse des formes, préche la nécessité sociale et morale du christianisme avec une éloguence si merveilleusement adaptée aux besoins du temps, quwil dompte les rébellions de Vindifférence, du mépris, de la haine, qu’il conquiert 4 la foi chrétienne les esprits et avec les esprits cette opinion publique, devenue maitresse des lois, maitresse de tout : Lacordaire, né en Bourgogne, comme saint Bernard et comme Bossuet, 4 quelques lieues de distance de lun et de Vautre. Kt chacun de ces trois orateurs, dont la France s’honore autant que PEglise, conserve sa hauteur, son caractere, ses attraits : on s’agenouille devant saint Bernard, on admire Bossuet, on aime Lacordaire. »

QUKSTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS. DIVERSES

Q. — Je viens de lire trés attentivement l’étude approfondie quia paru dans Ami du Clergé en 1896 (ne 27, p- 561-572) sur le mensonge.

La question est traitée avec talent et clarté, et pourtant les solutions données ne m’ont pas toutes également satisfait. Cela vient-il de ce que je les ai mal comprises, ou de ce que, comme yous l’avez dit vous-méme, votre collaborateur est assez « embarrassé dans les entournures »?(Ami du Clergé, 1899, p. 1100). Je ne sais, mais jai beaucoup plus de raisons de croire 4 la premiére explication qu’a la seconde.

Je viens donc trés humblement yous dire que la théorie du mensonge matériel conscient ne me parait pas suffisamment justifiée.

Vous dites : « Il n’y a d’offense a Dieu de la part de Yhomme qu’autant que celui-ci la comprend et la veut malicieusement comme telle. »

Voici comment j’avais compris jusqu’alors ce principe fondamental du traité des Actes humains: Pour qu’une faute soit imputable 4 Vhomme il faut 1° qu’il la connaisse, c’est-a-dire qu'il sache qu’entre telle action et la loi morale il y a opposition; 2° de plus, cette action étant connue comme telle, c’est-a-dire comme opposée a

la loi morale, il faut qu’il consente librement 4 la poser. Mais nulle part je n’ai lu qu’il soit nécessaire de la vouloir malicieusement, c’est-a-dire avec une intention mauvaise. :

Hin quel sens dites-vous done que, pour encourir la responsabilité d’une offense, il faut la vouloir malicteusement comme telle?

« Prononcer une phrase est un acte physique, maté riel, qui ne peut étre péché que par V’intention morale — qui en est le principe et qui lui donne sa relation bonne ou mauyaise avec l’ordre des moeurs, » 2

Est-ce bien exact ?

Ne suffit-il pas, pour qu’un acte soit péché, qu'il tire cette moralité de son objet et que celle-ci soit acceptée par la volonté, quand méme la volonté agirait dans une intention trés louable? Vouloir une chose que l’on sait étre mauvaise, alors méme qu’on la veut dans une bonne intention, n’est-ce pas un péché?

Votre collaborateur a trés bien senti quil y a dans cette théorie un point faible, car il va au-devant de Vobjection, et se défend de préconiser la morale des directions dintentions. ~ ‘

«Il ne s’agit pas, réplique-t-il, de déterminer la moralité d’une action quelconque, par une direction quelconque, toute subjective et libre dintention. La question est tout autre. Nous sommes en présence d’un acte physique malheureusement rendu nécessaire par un concours de circonstances. Il faut dire : Non. Or nous prétendons qu'il n’y aurait péché qu’autant qu’on voudrait pour elle-méme la fausseté de cette réponse. »

Quw’est-ce 4 dire?

Est-ce & dire que le principe énoncé plus -haut sur la~ nécessité de Vintention mauvaise pour encourir la responsahbilité d’un acte peccamineux est incomplet et quwil faut, pour qu’il soit juste, « un concours de circonstances facheuses, » rendant cet acte nécessaire'? Alors pourquoi ne l’avoir pas dit? Pourquoi? Peut-étre parce qwil serait difficile de le soutenir dans tous les cas. Par exemple vous admettez le mensonge matériel conscient quand les circonstances le réclament. Pourquoi, si les circonstances le réclament impérieusement, n’admettriez-vous pas le parjure matériel conscient ? (J’entends par parjure le serment fait contre la vérité).

Je sais bien que les circonstances peuvent modifier certains préceptes méme de la loi naturelle, mais seulement lorsqu’elles enlévent a l’acte prohibé son caractére d’opposition avec la loi morale. Je prends avec vous Vhomicide comme exemple. L’homicide est défendu par la loi naturelle, parce qu’aucun particulier n’a de droit sur la vie d’un autre homme. Et pourtant, dites-vous, cela est licite et méritoire dans certains cas. Oui, mais ce qui rend cette action licite, ce n’est pas l’intention de celui qui l’accomplit, c’est le droit que Dieu donne dans certaines circonstances 4 un homme sur la vie dun autre homme. :

Par le fait de ces circonstances, Vhomicide cesse de répugner & la loi divine, mais je ne vois pas quel concours de circonstances pourrait enlever au mensonge son caractére d’opposition 4 la loi naturelle. Quels que soient les cas, le mensonge restera toujours un désaccord entre la pensée et la parole, et si ce désaccord est voulu, ce sera un péché. :

R. — Nous ne pouvons malheureusement plus compter sur le concours du trés distingué collaborateur qui nous avait donné la dissertation sur le mensonge a laquelle vous faites allusion. Nous Payons déja défendu une fois, non sans quelque hésitation, A cause de l’extréme difficulté—de lacontroverse ol nous n’éprouvions aucun plaisir a rentrer, et aussi peut-étre parce que nous n’avions pas assez pénétré a fond la théorie assez subtile de notre auteur. ‘

Refiexions faites, nous y revenons volontiers aujourd’hui, puisqu’on nous y invite, persuadés que

Vobjection qui nous est proposée peut recevoir une réponse satisfaisante danslesystéme du mensonge matériel conscient.

Vous partez de ce principe @ priori que le désac- ~cord entre la parole et la pensée est évidem- ment une opposition a la loi naturelle et par cona séquent toujours un péché; en d’autres termes plus classiques, d’aprés vous le mensonge est Antrinsece malum. Mais c’est précisément la ce - que nous ne voyons pas, ce qui est en question, ce que nie méme assez carrément un bon théologien auteur d’une petite brochure récemment publige sur le sujet qui nous occupe.

Nous disons, nous, que toute discordance d’un acte avec la loi naturelle n’entraine pas par laméme discordance avec la loi morale. Celle-ci est, dansl’ordre intelligent, ajoutée 4 l’ordre physique ou il n’y a en définitive rien d’intrinséquement mauvais d@ priori ; et a vrai dire, nous ne connaissons d’intrinséquement mauyais que le péché qui est par essence le mal moral. Le péché est acte de volonté spirituelle, et libre, et non point chose matériélle. Or, le désaccord: de la parole avec la pensée est une déviation de l’ordre physique naturei, dans lequel le Créateur a voulu incontestablement que la langue servita traduire exactement la pensée. La déviation d’un organe est aussi un désaccord avec la loi naturelle, comme en général est désaccord avec la loi naturelle toute difformité faisant tache sur le plan normal de la nature telle A que Dieu en a fixé l’éyolution réguliére.

a Pourquoi attacher 4 la déviation-mensonge une ' immoralité absolue, intrinséque, essentielle ? In- : trinséque et essentielle 4 quoi ? A la parole physi- ~ que matériellement considérée? Kvidemment non; dans ce sens aucun étre physique n’a de moralité intrinséque, essentielle. A la parole en tant qu’elle tombe sous la direction objective d’une loi imposée par le Créateur ? Trés bien! Et c’est le cas général de toutes les moralités objectives, tirées ex parte objecti. Mais alors, il resterait 4 prouver que Dieu asi universellement et essentiellement « moralisé » la parole, si absolument voulu qu’elle fat l’expression exacte de la pensée, que dans aucun cas cette moralité probibitive de la déviation ne put étre séparée de la déviation elle-méme. Comment prouver cela ? Serronsl’argumentation de plus pres, et mettons-la un peu en forme.

Si toute déviation possible de la parole est objectivement a parte rei empreinte ad priori d'immoralité, cela vient ou de la parole wt sic, ou de la volonté de Dieu. Atqui, neutrum. Ergo. Pas de la parole wt sic, qui, en tant qu’acte physique n’a par elle-méme aucune moralité, ni bonne ni mauvaise. Pas de la volonté de Dieu non plus; et qguidem, 1° pas de la volonté de Dieu incluse dans la nature, laquelle souffre tout aussi bien des exceptions pour le mensonge que pour l’homicide, le suicide, l’onanisme, etc., sans que l’ordre essentiel ad finem en soit compromis; que si, contrairement a tout le reste, seule la déviation-mensonge était privée du bénefice éventuel de l’excep-

Pa a nl

I ee NST

ee es ee eee

tion, il faudrait le démontrer, car, d prior’, ta.

présomption contraire basée sur une induction universelle, permet d’attendre cette preuve ; 20 pas de la volonté positive de Dieu non plus, car le tw ne mentiras point n’a pas par lui-méme une raison d’universalité absolue plus que non occides, non furlum facies, etc.

Si lon veut enfin que le mendacium soit intinsequement mauvais objectivement, parce que Violation d’un précepte négatif de la loi naturelle, qu’on nous dise pourquoi il est tout seul dans son cas, alors que les autres préceptes négatifs comportent des violations objectives sans moralité mauvaise ?

Vous ajoutez : pour Vhomicide par exemple, le cas est autre que celui du mensonge. Ce qui rend Vhomicide licite, dites-vous, ce n’est pas l’intention de celui qui tue, ce sont leg circonstances qui lui donnent droit sur la vie de son prochain pour la supprimer. Et nous aussi, nous disons cela mot a mot, pour le mensonge : ce qui rend le mensonge licite, ce n’est pas intention de celui qui ment, ce sont les circonstances qui lui donnent le droit sur la manifestation de la vérité, pour la suppri-

mer. Et si lon vous demande pourquoi « cer-

taines circonstances » ne permettraient pas aussi bien la suppression de la verité que la suppression de la vie du prochain, vous répondez que lune est intrinséquement mauvaise alors que l’autre ne Vest pas. Oui, mais encore une fois voila ce qu’il faut démentrer.

Le cas de parjure est tout différent. I] ne s’agit plus la seulement dune simple discordance entre la parole et la pensée ; outre cela, le parjure contient un abus formel de l’invocation divine, du nom de Dieu, et donc une injure directe a Dieu. Les circonstances excusantes du mensonge vulgaire ne sauraient plus suffire pour le parjure. Le parjure, physiquement considéré, n’est pas plus que le mensonge simple une chose intrinsece

mala, et la preuve c’est quune homme ivre, sans

liberté suffisante, sous Vempire d’une violente terreur, peut émettre un parjure sans péché mortel, sans méme le moindre péché véniel. Le parjure est cependant chose frappée positivement dWimmoralité objective, mais 4 un tout autre titre gue le mensonge, 4 cause de lintervention du serment qu'il met en jeu.

Pour parler plus clair, le concours de circonstances qui peut donner droit 4 un homme sur la suppression dela vérité 4 manifester au prochain, quand il ne s’agit que de cela, ne suffit pas pour lui permettre de supprimer cette manifestation, quand la suppression, outre la négation de la vérité,comporte un outrage positif a Dieu. Cet outrage positif 4 Dieu existe-t-il dans le mensonge ordinaire ? Voila ce que nous ne voyons pas, ce que nous nions, et, dés lors, a ne s’en tenir qu’a la pure question du mensonge simple in se, nous le tenons pour licite, in gravibus circumstantiis, en tant que désordre matériel conscient, per accidens autorisé, comme Vhomicide.

Whe

Avouez que prendre Dieu a témoin qu’on dit la vérité, alors qu’on ne la dit pas, est tout autre chose que le fait de ne la point dire simplement. Et encore, si nous voulions subtiliser un peu, avouez que nous pourrions tirer des conclusions assez surprenantes de la théorie morale qui permet le parjure avec restrictions mentales a Vusage de ceux quiy pensent et sont assez fins pour en trouyer a point, alors qu’elle le défend aux braves gens sans éducation théologique qui, se trouvant identiquement dansle méme besoin de se parjurer, ne le peuvent pas, parce qwils ne sont pas familiarisés avec les chinoiseries de la restriction mentale. Laissons donc l’exemple du parjure, qui est un tout autre probléme.

Enfin, voici une derniére réflexion a propos dun point de la doctrine de notrecollaborateur, que vous paraissez n’avoir pas tres bien saisi. Ce n’est point, 4 coup stir, comme vous le dites excellemment, la pure intention interne subjective qui

-constitue toute la morale bonne ou mauvaise de

nos actions. L’ordre objectif passe avant, comme le principe absolu,la source maitresse de tout bien, de tout mal. N’empéche, n’est-ce pas? que le péché n’est dans le coeur que ce qu’il est d’aprés Vétat interne psychologique de la volonté au moment ot elle prend une décision. Si done l’action qui vous parait a vous objectivement défendue, parait 4 B (de bonne foi) objectivement permise, ou sera le péché de B, sil la commet ?

Vous partez de cette idée @ priori que tout mensonge conscient est péché; or B, qui admet trés bien cette régle, dans sa généralité, y voit datis circumstantiis des exceptions ligitimes ; il agit en conséquence, et voila comment son intention bonne, réglée sur un jugement de bonne foi, et le plus objectif du monde, le sauve du péché.

A-t-il tort, a-t-il raison spéculativement parlant de croire a la légitimité des exceptions susdites ? That is the question! Certainement, en tout cas, il est en stireté pratique de conscience, n’ayant aucune volonté de mal faire, d’agir malicieusement.

Vous dites : quand on voit objectivement le mal, si on se le permet, on péche; et point n’est besoin pour cela de le vouloir malicieusement. Pardon! Nous jouons sur les mots. Point de péché qui ne soit une volition mauvaise, et donc malicieuse. Vouloir le mal, c’est évidemment youloir malicieusement l’acte prohibé, dés la qu’on le veut quoique prohibé (nous ne disons pas en tant que prohibée). La volonté, au point de vue moral, a trois maniéres possibles de vouloir: bonnement, indifféremment (et encore?... mais passons), malicieusement. En quoi ce dernier adverbe a-t-il pu vous choquer, sil n’est, en fin de compte, quel’expression exacte de la vérité, de l’état de la volonté au moment oti elle peche ?

Or, tout le monde sait que la volonté peut vouloir parfois bonnement un acte qui, en régle générale, est moralementmauyvais, quand, par raisonsde circonstances, le jugemént de la conscience sub-

jective fait disparaitre hic ef nunc la malice dont cet acte est objectivement entaché.

Vous pensez : Mais est-ce qu’on a, par hasard, la liberté de faire ainsi disparaitre la malice morale d’une action? — La liberté, non; la faculté raisonnable, oui. Et c’est ce qu’on fait tous les jours quand a l’encontre d’une loi générale, lon raisonne et’l’on conclut a4 une exception légitime. Rien done, dans tout cela, qui raméne la morale a une question d’impression subjective de fantaisie, a une question de pures directions volontaires d’intentions.

Notre collaborateur a vu, lui, de bonnes raisons pour constater dans certains cas exceptionnels la disparition de la malice inhérente en régle générale au mensonge. Quand vous aurez démontré que, d’une facgon absolve et dans tous les cas imaginables, cette disparition est ?mpossible, contraire au jugement de la droite raison, nous consentirons a abandonner sa these. Diici la nous la défendrons, la croyant, entre tant d’autres qui ne peuvent en yérité tenir debout, parfaitement soutenable.

Q. — J’entends parler depuis longtemps de l’inscription Virgini pariture attribuée aux druides de Chartres. Quels sont les documents qui attestent ’authenticité de cette tradition? J’ai beau consulter : rien ni personne n’a pu me renseigner jusqu ici.

R. — Ce que l’on appelle la légende de Notre- Dame de Chartres se réduit 4 ceci. Avant la naissance de Notre-Seigneur, sur le territoire des Carnutes, dans une grotte, un bois sacré, ou méme un temple, les druides vénéraient la statue d’une vierge qui devait enfanter. Ils avaient méme écrit dans leur langue sur le socle de l'image: Verges pariture (druides) 1.

Or, voici ce qui est bien établi :

1. La cathédrale actuelle dédiée 4 la sainte Vierge date de 1194. Elle remplace l’ancienne cathédrale construite en 1020 par Fulbert, grace aux générosités de Robert de France et de Canut de Danemarck. La cathédrale de Fulbert remplacait elleméme un sanctuaire dont l’origine peut remonter fort loin, au rer siécle selon les Gone au 111e selon les autres.

2. On conservait déja dans cet ancien sanctuaire et Yon garde encore aujourd’hui dans la nouvelle cathédrale une relique célébre, la « Sancta Camisia, » la tunique dela sainte Vierge, envoyée Charlemagne par l’impératrice Iréne et donnée Notre-Dame de Chartres par Charles le Chauve.

3. De plus, jusqu’a la Révolution, on vénérait dans une chapelle souterraine (d’ot le nom de Notre-Dame de Sous-Terre) une statue de la sainte Vierge, de 28 pouces 9 lignes de hauteur. Cette statue, vraisemblablement en bois de poirier, représentait « la Vierge dans une chaise, tenant

go-

* Le mot druides parait étre une addition récente, il n’en est pas question dans les descriptions de la Vierge de Chartres du xvue siécle.

son fils assis sur ses genoux, qui de la main droite donne la bénédiction et dela gauche porte le globe du monde‘ ». L’inseription Virgini pariture se lisait au pied de cette image et de toutes les imitations qui en étaient faites. La statue de Chartres a

été détruite en 1793, mais il en reste des descrip-

tions nombreuses. Les détails qui nous sont don- nés sur la forme des vétements, la chaussure, etc., semblent la faire remonter au xue siécle.

4. On posséde encore a Chartres, chez les religieuses du Carmel, le premier manteau de la dite statue, manteau qui lui aussi parait étre du x1ré siécle..

Voila ce qui est bien établi 2.

Toute la question se réduit done 4 savoir si au temps des Druides du rer siécle avant Notre- Seigneur, au x¢ ou xe siécle, il existait déja a Chartres une statue avec linscription Virgini pariture, ou au moins une tradition qui permit au xir@ siécle de faire remonter aux druides un ' pareil monument.

M. Hénault n’hésite pas A V’affirmer. Ce faisant, il déclare exprimer une opinion qui est celle de ses confréres du diocése de Chartres et qui, dit-il, n’a jamais rencontré, qu’on sache, d’adversaires sérieux dans le passé. Voici ses preuves, autant qu’on les peut résumer en quelques mots.

La tradition de la vierge druidique n’a rien détrange. Les paiens, personne ne lignore, connaissaient le mystére de la vierge qui devait enfanter. Ce mystére a done pu étre connu des druides en général, et des druides de Chartres en particulier. Qu’on n’objecte pas Vignorance de l’écriture chez les druides et leur répugnance pour les représentations matérielles de la divinité. Les druides ont pu emprunter aux Romains l’écriture et usage des statues. Du reste, ce qui importe ici c’est moins la statue et son inscription que la tradition druidique elle-méme. Ce qu’il importe d’établir, c’est que les Gaulois carnutes aient professé et manifesté ostensiblement leur croyance a un libérateur futur, qui devait naitre d’une vierge, et que nos premiers missionnaires en aient pris occasion pour leur annoncer l’accomplissement de leurs désirs et de leurs espérances. Tel est le fond de la tradition chartraine...

L’ancienneté de cette tradition est démontrée :

a) Par Vexistence a Chartres dés les premiers siécles d’un sanctuaire dédié a la Vierge ;

b) Par le don fait 4 léglise de Chartres de la tunique de la Vierge envoyée d’Orient a Charlemagne ; .

c) Par un document écrit, la Vieille chronique, qui est datée de l’an 1389, mais remonte en réalité au xiré siécle. Elle déclare méme que l’Kglise de Chartres, fondée avant la naissance du Christ en

4 Pintard, Histoire de Chartres, 1681. ;

21] existe aujourd’hui encore dans la cathédrale de Chartres une statue de la Vierge, que sa couleur trés brune a fait appeler la Vierge notre. Elle n’a rien de commun ayec la Vierge druidique.

Vhonneur de la sainte Vierge, était d’abord gou-~ vernée par les prétres des idoles ;

ad) Par l’érection en l’honneur de la vierge Marie, au xire siécle, d’une statue avec l’inscription Virgini pariture. Ce n’est pas au xire siécle qu’on aurait érigé une statue de ce genre, si on n’y avait été autorisé par une tradition bien établie, peutétre méme par l’existence d’une statue ancienne de méme forme. « L’image présentée aux yeux et ala piété des fidéles au xr¢ ou au xure siécle avec sa légende Virgini pariture, devait étre une reproduction d’une effigie antérieure et de tous — points semblable, sinon par les détails artistiques, du moins par l’ensemble de l’exécution. Ce n’est pas saint Fulbert qui se serait permis une innovation aussi grave que celle de proposer 4 la vénération de son clergé et de son troupeau une représen-~ tation dont le sens mystique et historique efit été inconnu jusqu’alors et n’aurait d’autre origine que la fable » ;

é) Par les livres liturgiques de Chartres. Outre les lecons du bréviaire qui rapportent la légende, on trouve dans les missels et en particulier dans un missel du xe siécle une oraison trés significative : Et quam (civitatem) in honore matris tuce Virginis pariture primam apud Gallos de mysterio Incarnationis tuce edocert voluisti...

f) Ces preuves sont fortifiées par le privilége singulier, unique au monde peut-étre, dont jouit Notre-Dame de Chartres. «On ne connait aucun évéque, aucun prétre, aucun personnage, quelque éminent qu'il fut par sa sainteté ou sa position, qui ait regu dans l’enceinte de cette basilique les honneurs de la sépulture. » Le premier apdtre des Carnutes, le premier évéque de Chartres, saint Albin, n’y a pas été inhumé. C’est que, suivant — Vexpression d’un poéte roman, la Vierge Mére avait dés le début choisi ce lieu pour « son especial chambre, son mestre étage et son manoir’. »

Tels sont les arguments de M. Hénault. Sans produire une conviction absolue, ils ont une valeur réelle. Ont-ils été exposés par leur auteur avec la méthode et la rigueur nécessaires? Il ne parait pas a la lecture et d’aprés l’accueil qui leur a été fait... Le Polybiblion®? les a jugés insuffisants. Le Bulletin critique? s’est montré plus sévére encore dans un article signé de M. rabbé — Duchesne : « Je révére Notre-Dame de Chartres, dit ce dernier, comme un des lieux saints de la France, mais je demande la permission de ne pas voir en ses chanoines les successeurs d’un chapitre de druides. Les gens qui seraient de mon | avis peuvent lire M. Hénault sans crainte d’étre — convertis. C’est le contraire qui aura lieu, si j’en juge par mon impression. Je croyais que cette légende avait de meilleures références. Du moment ou elle ne peut faire valoir aucun texte antérieur

* Les miracles de Notre-Dame de Chartres, édition de Duplessis, p. 1.

2 Polybiblion, juillet 1885.

3 Bulletin critique, 15 mars 1889,

au chroniqueur de 1889, ce qu’on a de mieux a faire pour elle, c’est d’en parler le moins possible en prose ; en vers, je ne dis pas. »

Eh bien ! nous espérons lun et l’autre. Il y a un beau poéme a faire sur Notre-Dame de Chartres, sur ses miracles et ses légendes. Mais- il serait temps aussi de faire une belle et bonne histoire de la cathédrale de Chartres, de ses précieuses reliques et de la vierge druidique. Nous croyons la chose possible. Avis aux défenseurs de nos anciennes traditions. L’Ami du Clergé sera heureux d’annoncer le livre et de féliciter son auteur !.

Q. — Dans une réunion d’ecclésiastiques, la question des conférences dialoguées a été l'objet d’une discussion assez vive, les uns regardant ces. conférences comme utiles, d’autres, en plus grand nombre, comme regrettables et nuisibles. On désirerait avoir l’avis de l Ami sur ce point.

R. — Les curés qui sont convaincus que ces conférences dialoguées sont utiles a leurs paroissiens peuvent les employer ou les autoriser dans leurs paroisses,, pourvu que l’évéque ne les ait ni interdites, ni déconseillées. Les évéques et les curés sont les juges naturels de l’opportunité et de Vutilité de telle ou telle forme de prédication dans leurs dioceses et dans leurs paroisses. Sur ce que les conférences dialoguées peuvent, considérées a un point de vue général, présenter d’utile et de nuisible, chacun peut avoir son avis. L’avis de VAmi est quwil est fort difficile qu’on puisse employer ces conférences sans s’exposer plus ou moins 4 faire plus de mal que de bien, et quelquefois méme a faire un grand mal a un certain nombre d’auditeurs, ou tout au moins a quelquesuns.

De fait, il est arrivé assez souvent — et ce point

*On peut trouver des détails sur Notre-Dame de Chartres dans les ouvrages suivants :

S. Rouillard, La Parthénie, Paris, 1609, in-8°; — Sablon, Histoire de Vauguste et vénérable Eglise de Chartres, Chartres, 1671, in-12; — Hérisson, Histoire et description de léglise Notre-Dame de Chartres, dédiée par les druides a une vierge qui devait enfanter, Chartres, 1835, in-18; — Abbé Bulteau, Manuel du pelerin a Notre-Dame de Chartres, Chartres, chez Nomry, 18385; — Abbé Salmon, Les Pélerinages des environs de Paris, Paris, 1874; — Hamon, Nofre- Dame de France ou histoire du culte de la sainte Vierge en France, Paris, Plon, 1861; — Abbé Clerval, La cathédrale de Chartres, Chartres, Maison des clercs de Notre-Dame, petit in-18, s. d.; — Abbé Hénault, Origines chrétiennes de la Gaule celtique, Recherches historiques sur la fondation de l’Hglise de Chartres, et des Kglises de Sens, Troyes et Orléans, suivies d’un appendice sur la vierge druidique, Paris, Bray et Retaux, 1884; — Abbé Hénaull, Supplément aux Ovigines chrétiennes de la Gaule celtique, etc., ibid., 1885. — Voir aussi Dissertation sur la légende « Virgini pariturce, » par A.-S, Morin, avocat, Paris, Martinet, 1863 : hostile a la légende.

Ces ouvrages ne se trouvent plus dans le commerce. Il faut les.guetter au passage dans un catalogue de librairie d’occasion ou les consulter dans une grande bibliothéque. Le seul travail d’ailleurs qui puisse étre vraiment utile est celui de M. Hénault, encore n’est-il lui-méme qu’un appendice de 50 pages environ.

Zl s’en faut que l’on y trouve de quoi satisfaire un esprit curieux et difficile.

du moins est incontestable — que plusieurs ont remporté de ces conférences des doutes qui ne leur étaient pas venus a4 lesprit auparavant, des objections qu’ils ne connaissaient pas, et une tendance 4 discuter la religion. Assurément cela pouvait venir de la maniére défectueusegdont ces conférences avaient été faites, et de la disposition desprit ou se trouvaient ces auditeurs. Mais il est trés rare que ces conférences soient faites d’une maniére irréprochable, et on n’est jamais stir qu’il ne se rencontrera pas parmi ceux qui y assistent, ne ftit-ce que dans un seul auditeur, des dispositions d’esprit de nature a lui rendre cette conférence trés nuisible.

D’un cote, en effet, ces conférences exigent absolument des aptitudes trés spéciales et trés rares, et une préparation éloignée et une préparation prochaine qui ne laissent rien a désirer. Il y faut beaucoup de stireté de doctrine et de précision esprit, une grande habileté et un travail de préparation prochaine portant a la fois sur les idées et sur les mots : tous ceux-ci doivent étre peseés et choisis.

Et méme en réunissant toutes ces conditions et en prenant toutes ces précautions, on ne saurait écarter les dangers que ces conférences présentent inévitablement. Car, d’un autre cdté, il est trés fréquent aujourd’hui, surtout dans cerlaines parties de la France, que des hommes discutent la religion comme tout le reste. Cette tendance est si répandue que, méme dans les meilleures paroisses, plusieurs peuvent en avoir contracté quelque chose et avoir entendu des objections spécieuses et subtiles contre la religion, ne seraitce que pendant leur service militaire, ou en faisant, comme ouvriers, lewr tour de France. Des conférences ou l’on discute peuvent facilement développer cette tendance, ou ce commencement de tendance, et porter ces braves gens a approfondir et a propager des objections auxquelles ils ne pensaient plus, ne serait-ce que par vanité, et pour montrer quw’ils en savent plus que les conférenciers. De fait, ils peuvent trés bien en savoir beaucoup plus long que les conférenciers ne paraissent en savoir. Aprés une conférence de ce genre un ouvrier disait, en sortant de léglise, en parlant de celui qui posait les objections : « C’est commode de s’en tirer comme ¢a. Si j’avais été a sa place, moi, j’aurais bien dit autre chose. »

Kt il disait autre chose, et le conférencier n’était plus la pour répondre.

Ce cas n’est pas rare.

Kvidemment, les conférenciers ne peuvent poser et réfuter toutes les objections. Il y en a beaucoup qu'il serait imprudent de formuler en public. Ce serait les apprendre 4a ceux qui les ignorent et semer des doutes en des esprits tranquilles. Il en est d’autres qu’on ne pourrait .présenter dans toute leur force sans produire sur la plupart des esprits une impression facheuse qu’il serait fort difficile, peut-étre impossible, de détruire. Soit qu’on les supprime on qu’on les amoindrisse, on

: Seis ero Gita an Sue leon eA parait manquer de confiance dans ie cause qu’on plaide.

Du reste, toutes ces conférences produisent nécessairement l’effet d’une petite guerre pour rire. On sait d’avance que la discussion tourne A ’honneur de la religion. Les deux conférenciers se sont entendus et ont l’air de deux compéres. Pour peu

— qwils soient maladroits, et ils le sont souvent, la

chose devient claire au point d’étre choquante. Il .faut done que la cause de la religion soit bien mauyaise pour qu’il soit nécessaire de’ recourir a de tels artifices pour la défendre. Il est difficile que cette idée ne se présente pas a l’esprit de quelques-uns des auditeurs.

D’ailleurs, on saisit d’ordinaire beaucoup mieux Pobjection que la réponse, et, dans tous les cas, on la retient beaucoup mieux. |

De plus, en formulant des objections on préte

a la mauvaise foi, qui se rencontre partout quand —

il sagit de la religion, une arme dont elle ne manquera pas de se servir.

Mais le résultat le plus facheux de ces discussions publiques entre deux conférenciers, dont Yun formule des objections auxquelles lautre fait des réponses, c’est de faire naitre ou de confirmer dans l’esprit de ceux qui les entendent cette idée que la religion, aprés tout, est, comme beaucoup d’autres choses, comme la politique par exemple, une affaire d’opinion, une chose sur laquelle chacun est libre de penser ce qu'il veut. C’est de faire considérer la religion comme une chose sur laquelle il est impossible que tout le monde s’entende, parce qu’il y aura toujours des discussions possibles. En d’autres termes, c’est de porter dans les esprits, d’une manieére plus ou moins accentuée et plus ou moins consciente, une idée destructive de la foi.

Nous savons bien que les difficultés proposées et résolues dans ces conférences ne roulent pas toujours sur les fondements de la foi. IJ ne s’agit souvent que de telle ou telle obligation de Ja vie chrétienne, par exemple celle d’assister 4 la messe le dimanche ou de faire ses piques. Mais ces conférences ont précisément pour résultat de faire naitre la pensée d’étendre la discussion a des points plus importants, et a Ja religion tout entiére, et de faire de V’éclectisme, admettant un point et rejetant Vautre.

On ne manquera pas de dire 4 cela qu'il faut cependant bien répondre aux objections qui assiégent aujourd’hui un grand nombre d’esprits. Sans doute; ce sont des nuages qui obscurcissent la foi et qu’il faut absolument dissiper. Mais qu’on s’y prenne autrement. Le meilleur de beaucoup, et trés certainement, dans beaucoup de cas, le seul moyen 4 prendre, cest d’exposer avec force; ser @une maniére nette et claire, ’enseignement qui détruit les sophismés et les objections, mais sans les formuler, ou du moins sans les mettre en relief, sans établir une discussion proprement dite sous forme de dialogue.

‘Du reste, c’est, en général, une trés mauyaise

méthode de vouloir répondre en détail A toutes les objections. C’est ressembler 4 un médecin qui, dans une éruption cutanée, au lieu de prescrire un reméde propre a' la faire disparaitre sur tous les points, s’attacherait 4 soigner ou a traiter chaque bouton en particulier. Pour les Ames comme pour les corps, il y a certains principes vicieux qu’il importe de combattre avant tout. Il faut, au moral comme au physique, fortifier le tempérament, en exposant fortement les bases sur lesquelles la foi repose et les raisons qui établissent telle ou telle vérité, telle ou telle obligation. Beaucoup de maladies cédent 4 un régime salubre, tonique et fortifiant. Beaucoup d’objections disparaissent d’elles-mémes devant un enseignement solide et substantiel. # Sans doute il est nécessaire de donner a ces aliments solides, 4 ces consommeés, 4 ces ferrugineux spirituels, un gotit assez agréable pour exciter a les prendre. Mais est-il nécessaire pour cela de recourir aux conférences dialoguées ? Il serait difficile-de nous le faire admettre. Les conférences dialoguées ressemblent 4a ces sauces piquantes, préparées 4 ’avance, qui se vendent en flacons et s’appliquent a toute sorte de mets. Elles sont commodes sans doute et mettent en appétit, mais

un bon cuisinier, en s’en donnant la peine, peut faire mieux. Que les prédicateurs — qu’on nous |

passe l’expression — se donnent la peine de bien cuisiner leurs plats, et il n’y aura pas besoin de conférences.

La raison qu’on oe en faveur des confé-

rences dialoguées, c’est ’avantage qu’elles présen-.

tent, dit-on, Vattirer des auditeurs qui ne viennent pas entendre les prédicateurs ordinaires. Outre que cet avantage peut étre obtenu autre-

ment, croyons-nous, il ne semble pas de nature a» contrebalancer les inconvénients que nous avons

signalés.

Q. — On demande, au ne du 25 janvier 1900, la différence qui existe entre la juridiction douteuse et la juridiction probable.

La réponse explique simplement ce que sont le doute et la probabilité. Or, aprés saint Alphonse, Lehmkuhl (t. m, n° 888) enseigne que par la juridiction probable on entend communément celle qui s’appuie sur une pro-

babilité de droit, et par juridiction douteuse celle qui .

n’a en sa faveur qu’une probabilité de fait.

Hn pratique, cette distinction importe beaucoup, car avec une juridiction probable (probabilitate juris) on peut absoudre, tandis qu’avec une juridiction douteuse (dubio vel probabilitate facti) on ne peut absoudre que lorsqu’il y a une raison particuliérement grave; parce que, avec une juridiction probable, il est moralement certain que l’Eglise supplée, ce qui n’a pas lieu avec une juridiction douteuse.

R. — Vous touchez 1a une difficulté de terminologie assez malaisée a trancher. Les moralistes ne se piguent guére de précision logique absolue dans leur langage, et emploient souvent dans le méme sens les deux mots douteux et probable.

De la des confusions, des oppositions apparentes, des divergences de formules, qui disparaitraient

a= OO

750 oe ” LYAMI DU CLERGE

si tous s’entendaient nettement dés le principe sur

des définitions communes. ‘ En ce qui concerne les deux juridictions dow-

teuse et probable, Lehmkuhl a son systéme, que

' yous trouvez bon; Ballerini en a un autre, que

nous ne trouvons pas mavvais, et qui nous semble 4o plus correct, logiquement parlant, et 2° plus communément adopté dans le langage courant des auteurs de morale.

Le doute est ou positifou négatif; positif quand Vhésitation de l’esprit provient de la valeur contradictoire de raisons positives qui se contrebalancent, se font échec, sur un méme point; et, dans ce sens, on ne se fait pas faute, en morale, d’appeler douteuses (parce que non certaines) des opinions qui sont probables. Il y a au contraire doute négatif, quand, par absence de raisons pour ou contre, l’esprit se trouve suspendu dans son adhésion, faute de motifs susceptibles de |’entrainer.

Ce second doute est appelé par Suarez avec raison dubium proprie dictum, a cause de la suspension absolue de tout jugement, tandis que l’autre n’est qu’un dubium improprie dictum.

Or, la juridiction douteuse, c'est la juridiction

* 4 propos de laquelle on est, faute de raisons, dans .limpossibilité d’affirmer ou de nier son existence.

L’a-t-on ou ne’a-t-on pas? On n’en sait rien, ni avec certitude ni avec aucune probabilité. On n’en peut rien juger. C’est le néant, l’indifférence totale, pure absence de raisons pour ou contre.

La juridiction probable, c'est la juridiction douteuse encore, si l’on veut (non certaine), mais dubio positivo, la juridiction que l’on pense avoir, sur quelques bonnes raisons qui militent en sa faveur, mais pas assez fortement pour qu’on soit stir; il peut méme étre plus probable qu’on ne l’a pas, sans qu'il cesse d’étre probable qu’on I’a.

Dans le premier cas la régle évidemment est de ne pas absoudre, 4 cause de l’incertitude qui plane sur la valeur de absolution, et du défaut de prudence que présente in humanis une pareille maniére d’agir.

Cependant, in urgentioribus, on peut risquer labsolution sous condition, s'il y a pour le pénitent nécessité immédiate de recevoir le sacrement de pénitence. Exemple : Un pénitent se présente pour accomplir son devoir pascal, qu’il ne remplira pas si vous ne l’entendez de suite en confession. Or, vos pouvoirs sont délégués ad tempus, et vous ne savez plus la date de concession. La concession court-elle encore ou a-t-elle cessé? Impossible 4 vous de rien juger la-dessus ; yous étes en plein doute négatif. Vu lurgence, vous donnez l’absolution tout de méme, avec la condition tacite ou expresse : St possum. C’est la doc-

trine commune des auteurs que vous pouvez licite- |

ment agir ainsi.

La-dessus, controverse. Le pénitent reste-t-il obligé de déclarer & nouveau 4 un confesseur, certainement muni de pouvoirs, les péchés qu’il

vous a confessés? Oui, dit lopinion la plus commune, parce qu'il y a une loi qui l’oblige 4 soumettre « certainement » ses fautes au pouvoir des clefs. Non, disent les autres (Suarez, Salmant., Aversa, etc.), laissant au pénitent le seul devoir de faire un acte de contrition parfaite pour l’hypothése ot l’attrition, faute de sacrement, n’aurait pas suffi; et saint Alphonse dit cette opinion probable. Mais c’est la une question que nous n’avons pas a étudier.

Avec la juridiction douteuse positive, ou, comme on l’appelle simplement, probable, la valeur de Vabsolution devient certaine, parce que I’Kglise supplée en pareil cas les pouvoirs qui manqueraient au confesseur. On ne distingue pas . ici la probabilité de fait et la probabilité de droit. Dans les deux cas, le principe réflexe a son application, dans les deux cas la

juridiction est probable en fin de compte: de

jure, si les conditions de fait étant certaines, le jugement qui conclut : « J’aile pouvoir d’absoudre », s’appuie prudemment sur des raisons positives juridiques; de facto, sila faculté d’absoudre étant certaine théoriquement parlant, le susdit jugement s’appuie sur la réalisation expérimentale prudemment probable des conditions de fait requises pour son exercice, comme il arriverait dans notre exemple de ci-dessus, si, malgré Vincertitude, le confesseur avait des raisons positives probables de croire que sa concession de pouvoir n’a pas encore cessé.

Q. — J’ai lu avec intérét vos explications sur l’Index Permettez-moi encore quelques questions sur le mémesujet.

le Les sermonnaires non approuvés, y. g. Houdry, Raineri, de Riviéres, parus avant la constitution Officiorum et ceux qui non approuvés paraitront aprés cette constitution, rentrent-ils dans la catégorie des livres visés au n° 20 et peuvent-ils étre ainsi gardés et lus? — Mémes questions pour les catéchismes développés dits ordinairement catéchismes de persévérance, v. g. d’Hauterive, Poey, Turcan, Grosse avec son Cours de religion non approuyé.

2° Chaque édition nouvelle doit étre munie d’un -nouvel imprimatur. Or j’ai constaté que parfois l’approbation donnée 4 la premiére édition est simplement reproduite dans les éditions suivantes, dans lesquelles on ne voit pas de trace d’imprimatur nouveau. De plus, les éditeurs n’indiquent pas toujours l’année de limpression de louyrage, et l’acheteur peut étre ainsi embarrassé quand il s’agit surtout des livres mentionnés 4 Varticle 20. — Voici quelle serait ma conclusion, ma. pratique. Hst-elle juste? Qu’il s’agisse d’ouvrages parus avant ou aprés la-constitution Officiorum, une premiére approbation donnée par un évéque quel.qu’il soit reproduite sur les éditions suivantes suffirait, d’autant plus le que les éditions ne différent pas substantiellement entre elles, 2° que le n° 44 semble ne viser que les éditeurs. :

3° La traduction frangaise de la Bible par le P. de Carriére avec commentaire latin de Menochius, non munie @approbation et parue aussi avant les nouvelles regles de l'Index, peut-elle étre gardée et lue?

4° La traduction des Péres et docteurs de l’Eglise, les livres de piété déja anciens tels que l’Imitation de Jésus-Christ, de la sainte Vierge, le Memoriale vitce

LAMI DU CLERGI

no Rei oeneslie ee fits

sacerdotalis d Arvisenet, rentrent-ils dans l’article 20 ou -Yarticle 41 seulement?

5° Avant le nouvel Index, pouvait-on lire les livres de dévotion non approuvés? Je pense que l’on peut en tout cas lire les livres de ce genre non approuvés parus avant la constitution Officiorum. Vos explications sur Index semblent le dire.

R. — Ad I. a) Les sermonnaires ont certaine- inent besoin d’une approbation pour étre publiés, ~a raison de l'article 41. Mais ceux qui sont publiés sans imprimatur ne sont pas défendus aux lecteurs, d’aprés Yopinion du P. Vermeersch, et ils ne tombent pas sous l’art. 20. De fait l’article 20 est ainsi concu :

Libros, aut libellos precum, devotionis, vel doctrine institutionisque religiose, moralis, ascétice, mystics, aliosque hujusmodi, quamvis ad fovendam populi chris- ‘tiani pietatem conducere videantur.

Quelle extension précise faut-il donner A ces termes? Bien que nous ayons déja étudié ce point ala page 826 de 1899, nous y revenons parce qu'il est de la plus haute importance.

M. Planchard, dans la Revwe Théologique francaise, distingue entre les ouvrages qui ont un but pratique, et les livres traitant des sciences ecclésiastiques. Les premiers, qu'il comprend sous les noms de livres de priéres, de dévotion, de lecture sptrituelle, sont régis par l'article 20, tandis que les autres relévent de l’article 44 1.

‘Le P. Vermeersch aon cette distinction, en s'appuyanot précisément de lautorité de M. Planchard 2.

Outre l’autorité extrinséque de ces deux auteurs, nous croyons que cette interprétation peut encore invoquer le contexte méme de la loi. L’incidente, quamvis ad fovendam populichristiant pietatem conducere videantur, démontre clairement que le législateur a visé spécialement dans cet article les livres destinés a favoriser la piété du peuple, tandis que dans l’article 41 ila eu pour but de régler impression des livres destinés a former le clergé dans la science ecclésiastique.

Or les sermonnaires sont des livres destinés, non au peuple, mais au clergé pour le former a Vexplication de la doctrine.

b) Que faut-il penser des catéchismes développés, dits catéchismes de persévérance ? — Nous pensons qu’on peut faire 4 leur sujet la remarque " que nous venons de faire pour les sermonnaires : eux aussi sont destinés tout d’abord a Vinstruction du clergé, et peuvent etre dits livres de science ecclésiastique.

Il n’en est pas de méme des petits catéchismes, qui sont spécialement destinés aux enfants. Les auteurs, eneffet, les déclarent régis par larticle 20. -Citons ces quelques mots de Vermeersch : « Catechismi stricte tales, aut -latius intellecti, seu libelli isti quos nunc non raro loco catechismi aut simul cum catechismo destinant moribus puerorum informandis (caléchismes de morales). »

t Revue Théologique francaise, 1897, p. 424.

2 Vermeersch, De prohibitione libr., Qe édition, p. 74.

Ad II. Du moment qu’un livre porte limprimatur dun évéque, nous pensons que les acheteurs ne sont pas tenus de faire une enqguéte pour savoir si l’éditeur s’est mis en régle avec l’article 44, qui prescrit une nouvelle approbation a chaque nouvelle édition.

Notons encore que par une édition nouvelle on entend une nouvelle composition. Aussi les tirages successifs d’un ouvrage dont on conserve les clichés ne sont pas soumis a cette loi.

Ad III. Voyez Amz, 1899, p. 957.

Ad IV. Nous avons dit 4 la page 823 que ale texte authentique des écrits des Péres de l’Eglise, des docteurs et des saints ayant été soumis a VYexamen de ]’Eglise, on pouvait les réimprimer sans approbation. ¢

Quant aux traductions de ces ouvrages, nous croyons qu’on ne peut les publier sans permission, 4 raison de l’article 44 qui exige pour les versions une approbation spéciale, différente de celle du texte original.

Par quel article sont-elles régies? — S’il s’agit d’ouvrages de peu d’importance spécialement destinés au peuple, ils rentrent, pensons-nous, dans

Varticle 20, comme livres de priéres, de devotion ——

et de lecture spirituelle, pour employer V’énumération de M. Planchard. Au contraire, si les versions sont destinées plus spécialement aux prétres, © comme serait une traduction compléte des ceuvres de tel ou tel docteur, elle seraient régies par Vart. 44.

Ad Y. Avant le nouvel Index, il était certainement défendu de publier sans permission des livres de dévotion. Mais quelle était la sanction de cette loi? Le P. Arndt cite un décret de la S. Congrégation de ’Index du 10 décembre 4663, qui a condamné un livre pour le seul motif qu’on n’y voyait pas Pamprimatur. I) s’ensuit done que tout livre qui ne portait pas lemprimatur pouvait étre inscrit au catalogue de l Index pour ce seul motif et se trouver ainsi proscrit.

Mais qu’en était-il de ceux qui n’avaient pas été Vobjet d’un décret pour cette raison? Heymans, dont la doctrine est acceptée par le P. Vermeersch, prétend qu’aucune loi universelle n’empéchait la lecture de ces livres’.

Q. — 1° Blandus, pénitent pieux, va trouver avant la messe son confesseur Severinus, et lui dit : «Mon Pére, étant enrhumé, hier soir, j’ai pris unmorceau de réglisse ayant de me coucher, vers 9 h. 1/2. Je me suis réveillé aprés minuit et j’ai avalé la réglisse qui était encore dans ma.bouche. Puis-je communier? »

Severinus répond : « Communiez demain au lieu @aujourd’ hui. »

2° Gregorianus, prétre et religieux, est chargé de diriger le chant 4 Véglise. La veille de Noél, avant la messe de minuit, il se met une pastille dans la bouche pour s’éclaircir la gorge. Apres la messe, il vient trouver son supérieur, Benignus : « Qu’ai-je fait? lui dit-il. Faut-il done ne pas méme dire une seule messe, ni communier, en ce jour de Noél? La pastille n’était pas

4 Vermeersch, Jbid., n. 29, p. 105.

encore dissoute au Gloria, c’est-a-dire vers mintit et demi. » Benignus, aprés avoir mirement réfléchi, lui répond :

'« Dites vos trois messes sans scrupule. Pour que le jetine eucharistique soit rompu, il faut deux choses :

« 1° Que ce que l’on a pris ou ayalé soit per modum cibi aut potus. Or, vos pastilles se composent de borax, de potasse et de cocaine; aucune de ces substances n’est digestible, que je sache.

« 2° Que l’on ait pris ’aliment aprés minuit, de sorte que si vous soupez tard, et que, quand minuit sonne, vous ayez la bouche pleine, vous pouvez manger tranquillement votre bouchée. Or yous avez mis la pastille dans votre bouche avant minuit, ce n’est que par accident qu’elle ne s'est complétement dissoute qu’aprés minuit. »

Ayez la bonté de nous dire, avec raisons 4 l’appui,

“qui a raison de Severinus ou de Benignus.

R. — Voici les principes. généraux qui doivent servir 4 la solution, peu difficile du reste, de ces deux cas.

4. Dés les temps apostoliques, dit saint Augustin, l’Eglise a ordonné le jetine naturel ou le jefine le plus strict depuis minuit jusqu’au moment de la communion 4 ceux qui doivent recevoir |’Eucharistie, et cela, dit saint Thomas d’Aquin (3 P., q. 80, a. 8), en raison de ’honneur dt a4 ce divin sacrement, qui demande que la nourriture matérielle ne précéde pas en nous la nourriture spirituelle ; en raison aussi de la signification de ce sacrement : ce quil signifie et contient, c’est Jésus-Christ lui-méme ; or, Jésus-Christ est le premier de nos besoins et doit étre le premier de nos désirs, nous le devons rechercher et aimer avant toute autre chose: Querite primum regnum Dei, dit Notre-Seigneur lui-méme; enfin, a cause des inconvénients qui pourraient résulter de la permission de manger et de boire avant de communier : Alius quidem esurit, alias aulem ebrius est, disait déja saint Paul. — Ce jetine tel qu’il est prescrit par l’Kiglise s’étend a toute nour-

‘riture et 4 toute boisson, et n’admet pas de légéreté

de matiére.

2. Pour gue le jetine eucharistique soit violé, il faut cependant quatre conditions : 1° ut quod sumitur veniat ab eatrinseco ; 2° habeat rationem cibi aut potus ; 8° sumatur per modum cibi aut potus, aut medicine ; 49 in stomachum traducatur.

Ceci posé, il est évident que Severinus n’est pas trop sévére : il n’est que juste. La réglisse a été avalée par Blandus aprés minuit et avait bien les quatre conditions énoncées ci-dessus; peu importe en effet quelle ait été avalée volontairement ou par inadvertance : le jetine naturel n’en a pas moins été rompu.

Benignus, au contraire, a été benignior seu plus cequo benignus, et les raisons qu'il donne ne peuvent avoir théologiquement aucune probabilité.

4° Peut-il dire, en effet, avec la moindre probabilité, qu’une pastille sucrée qui se décompose et fond dans la bouche pour passer dans l’estomac et le fortifier quelque peu, n’est pas prise per modum cibi, et n'est pas digestible, parce qu’elle est com-

posée d’éléments indigestibles? Comment peut-il savoir que les trois éléments qu’il indique sont absolument indigestibles et que la pastille n’est composée que de ces. trois éiéments-14? Et depuis quand, pour savoir si un élément est digestible et pris per modum cibi, le décompose-t-on dans ses derniers éléments chimiques? Alors il faudrait | dire qu’un morceau de fer dans la-décomposition © duquel on trouverait quelque chose de digestible,

serait pris per modum cibi s'il passait dans l’estomac? Tel élément indigestible peut devenir diges-

tible in composito par son mélange avec d’autres.

Ici, d’ailleurs, il suffit de consulter le simple bon

sens. ;

2° Comment peut-il dire aussi, avec la moindre

probabilité,que l’aliment n’a pas été pris aprés

minuit, quand la pastille n’a été pleinement dis-

soute qu’aprés minuit et demi, et n’a passé qu’a

cette heure-la dans l’estomac? Que ce soit volon-

tairement ou par accident, le jetine naturel n’en

est pas moins rompu. Sans doute, quelques théo-

logiens prétendent que si vous avez la bouche

pleine, quand vous entendez sonner minuit, vous

pouvez manger tranquillement ce que vous avez

dans la bouche; oui, mais pourvu que tout soit

achevé avant que minuit ait fini de sonner, parce

que, disent-ils, il faut entendre minuit non pas

physiquement, mais moralement, et moralement

parlant minuit n’est passé que quand ila fini de

sonner. Ce sentiment peut étre probable, mais il

n’a aucune analogie avec celui de Benignus.

Q.— Un curé qui bine le dimanche peut-il recevoir Vhonoraire d’une messe tandis qu'il dira Vautre pro populo, et dira une messe sans honoraire dans la se- maine ?

R. — Non: L’obligation de ne pas recevoir @honoraire pour la seconde messe concerne le dimanche méme ot I’on bine et non un autre jour.

Sil’on a, malgré la défense, recu un honoraire pour la seconde messe, il y-a lieu de se demander ce qu’on fera de cet honoraire qu’on n’a pas le droit de retenir. C’est au Saint-Siége qu’il appartient d’en décider. Mais pour ne pas recourir a lui en matiére si peu importante, on peut penser entrer dans ses vues en remettant l’honoraire a quelqu’une des couvres auxquelles les honoraires de cette espéce ont coutume d’étre attribués.

Mais dire une messe en semaine sans recevoir @honoraire n’irait pas au but, & moins peut-étre quil ne s’agit de la messe qu’on devait acquitter sans honoraire le dimanche et qu’on aurait remise a un autre jour pour en acquitter une autre avec honoraire et pressante. Encore ne voudrions-nous pas affirmer que cette pratique serait réguliére.

IMPRIMATUR Lingonis, die 22 augusti 1900.

i SEBASTIANUS, Eipiscopus Lingonensis.

Le gérant : J. Marrrimr.

LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT

B g ia a Z

Ee ee TES eat R

ae td

' Wo 85

as f

Page 1