‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 201 sur 276 · SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE

LA

ceab

REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES

DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTH, PATROLOGIE, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — PASTORALE, PREDICATION, CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE

DrirReEcrEUR ET RepactEuR EN cHEF: F. PERRIOT ANCIEN SUPERIZUR DU GRAND SEMINAIRE DE LANGRES

Parait 4 Langres, tous les jeudis

L’abonnement, pour tout Univers, est de 15 jr. avec le Supplément : L’Ami Du CLERGE PAROISSIAL, de 10 franes sans le Supplément

Toutes les lettres doivent étre adressées 4 M. le Directeur de VAmi du Clergé, Maison Saint-Pierre, rue Tassel, 4 Langres (Haute-Marne)

ES nes

LA COMMUNION DES RELIGIEUSES

(Deuxiéme article)

Q. — Vous soutenez, dans votre numéro du 1 mars 1900, que les religicuses devraient communier le plus souvent possible, tous les jours méme, si leur confesseur le leur permet, et cela sans s’inquiéter du nombre de communions que leur régle leur accorde, parce que ce nombre, dites-vous, n’est donné que comme un point de départ, indiquant ce que l’on peut permettre aux commengantes, mais non ce que l’on peut permettre a celles A qui une commanion plus fréquente serait profitable.

Je ne suis pas hostile a votre thése, et je l’applique moi-méme volontiers a Voccasion. Mais je voudrais qu’elle ne fit appuyée que sur des bases solides et des arguments inattaquables.

1° Or, ily en a-au moins un qui, 4 mon avis, n’est pas de ce genre. C’est eelui-ci. Vous arguez, pour corroborer votre thése, d’une prétendue tendance qu’ont actuellement les Congrégations romaines a pousser, autant que possible, 4 la communion trés fréquente, ou méme quotidienne. Ici, mon cher Ami, il me semble que vous allez trop loin.

Que les Congrégations romaines ne hblament pas la communion quotidienne, quand les confesseurs la permettent généralement, méme a toutes les religieuses d’une communauté, je l’admets, puisqu’il y a deux réponses de la Congrégation des Rites et de la Sacrée Pénitencerie dans ce sens. Mais que les Congrégations romaines poussent, autant que possible, a la communion trés fréquente ou quotidienne, je le nie. Ht j’ai pour cela deux raisons :

a) La premiére, c’est que j’ai entendu moi-méme des membres de la Sacréc Congrégation des Evéques et Réguliers se plaindre de ce que certains prétres voudraient faire communier toutes les religieuses d’une communauté généralement tous les jours. :

b) La seconde, c’est un fait qui s’est passé l’annee derniére, 4 ma connaissance, et quia toute la valeur dun document officiel. Une congrégation francaise, que je pourrais yous nommer, avait mis dans ses regles ou dans ses coutumes approuvées par l’évéque du diocese oti elle a pris naissance, que les religieuses devaient faire la sainte communion le dimanche et trois fois la semaine. Ces régles ont été soumises a Rome. La Congrégation des Evéques et Reéguliers les a examinées et leur a donné une approbation définitive. Mais non sans

y insérer quelques modifications importantes, entr’autres celle-ci : que les religieuses de cette congrégation ne doivent plus faire la communion que le dimanche et deux fois dans la semaine, Cette réduction des communions de régle a été trés sensible aux religieuses, mais la Supérieure générale leur a dit qu’il fallait bien se soumettre, puisque Rome avait parlé ; mais que si elles faisaient bien. ces trois communions qui leur restaient, elles pouvaient tout de méme se sanctifier comme aupavant.

Vous voyez done que Rome ne pousse pas, comme vous le disiez, autant que possible 4-la communion quotidienne, puisqu’elle diminue méme le nombre des communions de régle qui existaient auparavant.

Notez que ceci s’est passé année derniére, au moment méme oti vous publiiez vos articles sur la communion fréquente.

2° Un autre point sur lequel je voudrais que yous ne vous fassiez pas illusion, c’est la signification du silence du R. P. Huber, qui n’a pas répondu a votre article du 1° mars.

Je Vai interrogé moi-méme pour savoir s’il trouvait exacte analyse que vous avez faite de ses articles, et sil se rangeait a votre opinion aprés vous avoir lu. Il m’a répondu qu’en effet lanalyse de ses articles, telle que vous l’avez donnée, était trés exacte, mais qu’il n’était pas disposé 4 entrer dans une nouvelle polémigue a ce sujet. — Cela voulait dire que vous pouviez garder votre opinion, que lui gardait la sienne.

Comme j’insistais pour savoir au moins ce qu'il pensait de vos deux arguments de raison (la communion est un pain que le confesseur n’est pas libre de distribuer a sa fantaisie, — ia communion n’est pas une récompense), il m’a répondu :

a) Que le prétre n’était pas seulement le distributeur de la nourriture divine destinée aux Ames, mais aussi Véducateur de ces mémes ames, ou, selon son expression, «leur pedagogue »; d’ot la conelusion naturelle (qu’il n’a pas exprimée, mais que j’ai trés bien comprise), que cette distribution de la divine nourriture aux aAmes n’est pas le devoir unique du prétre, mais quwil en a un autre, qui est de les instruire d’abord et de les former 4 la vertu, et que c’est seulement quand elles sont bien instruites et bien formées qu’il peut leur donner la communion chaque jour.

6) Quant a l’assertion que la communion n’est pas une

récompense, il trouve que cette assertion n’est pas vraie

absolument, car tres souvent la communion peut étre proposée ou donnée comme récompense, et c’est méme un excellent moyen de faire avancer les Ames, comme vous Vavez dit vous-méme. Elle n’est donc pas moins une récompense qu'une nourriture, et on peut combiner les deux choses en la donnant plus ou moins abondam:

SB” 2 Ni L’AMI DU CLERGE — A :

ment, selon les besoins et les mérites des Ames que lon a a conduire. ;

Je trouve cela trés juste, quant a moi, et je voudrais savoir si vous n’étes pas du méme avis.

c) Le R. P. Huber ne croit pas, en outre, qu'il faille pousser trop loin la comparaison de la sainte communion avec le pain matériel, car, comme i, dite: Lowte comparaison cloche. Il ne croit done pas que parce gue la communion est un pain, il faille la donner tous les jours aux ames. En cela, il est vrai, je ne lui donne pas raison, parce qwil semble s’écarter de l’enselgnement du Concile de Trente et du Catéchisme du Concile.

Mais il prétend qu’on pourrait difficilement prouver que la communion doive étre donnée aussi souvent aux ames que le pain Jest aux corps. Le Concile de Trente et le Catéchisme romain, dit-il, parlent en théorie : ils ont en vue le but le plus élevé qu’on puisse se proposer, mais ils ne disent pas quand et dans quelles circonstances il doit étre réalisé.

Lidéal de l’Eglise, ajoute-t-il, est certainement connu du Pape, et c’est lui qui en est linterpréte authentique. Or, Léon XIII ne semble pas avoir eu en vue de pousser les religieuses 4 la communion quotidienne, ni pensé que ce soit le but que l’on doive s’efforcer d’atteindre, quand il a rédigé ou approuvé le décret Quemadmodum, surtout le § 6 : Monentur hinc omnes. Sans cela il aurait di s’exprimer autrement.

d) De méme, dire que la régle n’est qu’un point de départ, par conséquent la considérer comme une chose accessoire, ne concorde pas avec le texte du décret, car dans le décret la régle est manifestement donnée comme la chose principale, comme celle qui doit surtout servir de guide au confesseur, tandis que laugmentation du nombre des communions n’est qu’un accident qui se produira ga et la seulement. On ne doit donc pas s’écarter arbitrairement de la régle.

Voila, mon cher Amz, de nouvelles difficultés que je vous prierai de vouloir bien résoudre. Quoique je ne partage pas entiérement ces idées, je ne sais pas trop comment y répondre.

3° Enfin, au risque de vous paraitre importun, j’ai encore une troisiéme sorte de difficultés a vous soumettre. Celles-l4 sont plus graves, elles vont plus au fond des choses et elles seraient de nature, non seulement 4 contrebalancer, mais a détruire toute la force de vos arguments en fayeur de la communion quotidienne des religieuses.

Elles me viennent du reste d’un homme éminent, qui a rendu de grands services a ’Kglise, et que son caractére, son age, sa science, sa haute position rendent digne de tout respect. Il n’a rien trouvé a redire 4 votre argumentation dans le numéro du 1" mars; il dit méme que c’est une étude « savante, compléte, » et qu’ «il l’admire, » mais «il n’est pas convaincu. » Et voici les raisons qui le font douter. (Naturellement, je n’énonce, aprés lui, que des propositions, sans aucun développement).

« D’abord, on a fait autrement pendant tant do siécles, et quels siécles! — Puis c’est un mouvement de réaction : on ne communiait que rarement, done on communiera tous les jours. La vérité n’est jamais dans une réaction a outrance. — La communion est un reméde, une nourriture, cela est trés vrai : mais il faut savoir user des remédes et des aliments. C’est ce que savaient tous les fondateurs et réformateurs d’ordres, et leurs prescriptions ont été approuvées par l’Kglise. — Enfin, ily a une loi physiologique absolue contre laquelle tous les arguments théologiques ne peuvent rien. Saint Augustin, selon sa coutume, l’a formulée en deux mots : Assueta vilescunt. Tout est dominé par cette loi. Elle n’est que trop fortement justifiée par l’expérience contemporaine, par la vulgarisation de la Sainte Hucharistie. — Hn ce qui concerne les religieuses, le confesseur ne peut agir qu’a l’aveugle. Il ne connait pas la communauté. Presque partout se rencontrent des ‘sujets qui se plaignent a propos de tout et de tous, qui

pleurent, boudent, sont toujours en retard, demandent toutes les dispenses imaginables, lancent constamment des petits mots contre les autres Sceurs, supérieures ou maitresses d’ouvrage. Hlles ne donnent pas de scandale au sens du décret, mais elles nuisent beaucoup a l’observation de la régle, au bon esprit de la maison. Eh bien! ce sont ces bonnes filles qui, toujours, sont les premiéres 4 obtenir la communion quotidienne. — Le confesseur est moins apte que les supérieures femmes a juger des dispositions véritables des religieuses. — Dans notre pays, les prétres sont tous formés en vue du ministére paroissial proprement dit, trés peu ont de Vaptitude pour la conduite des religieuses. é

« En résumé, Vhistoire et l’expérience, la nature im genere, Véducation des confesseurs, en particulier le milieu dont la foi est tellement appauvrie, me paraissent offrir de bien forts arguments contre la thése; si bien soutenue au point de vue purement théorique. »

Je vous laisse maintenant vous débattre avec mon théologien, qui ne veut pas que je le nomme.

R. — Nous remercions notre vénéré confrére de nous avoir fait connaitre ces objections.

La premiére surtout a quelque chose de spécieux et vaut la peine Vétre réfutée, parce quelle pourrait préter a des conséquences tres regrettables pour les religieuses de la congrégation dont il s’agit. — Les secondes n’ont pas beaucoup d’importance, mais nous en dirons cependant un mot pour préciser en quoi nous sommes d’accord avec leR. P. Huber, et en quoi nous sommes en désaccord avec lui. — Quant aux troisiémes, qui sont en effet plus fondamentales, nous les traiteroms un peu plus au long, quoique déja quelquesunes d’entre elles aient été réfutées dans les réponses du R. P. Tesniére et du R. P. Lambert au livre de Mer Isoard : Le systéme du moins possible et demain dans la société chrétienne.

Page 1