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CHAPITRE I

Définition et diverses espéces de reliques

Deux articles : le premier sur l’étymologie et la définition du mot reliques; le second, sur les diverses espéces de reliques.

Art. I, — ETYMOLOGIE ET DEFINITION DU MOT RELIQUES

Au point de yue étymologique, les reliques, reliquice, d<ivave, sont ce qui reste dun tout, matériel ou moral. Les Romains du grand siécle écrivaient ciborum reliquias, hostium reliquias, vite reliquias.

La langue francaise a conservé cette acception du mot reliques ; ainsi Fauchet a pu écrire : « La faim, la lassitude, consommérent les misérables reliques de cette armeée. »

Le mot reliques est encore employé pour signifier ce qui nous reste des personnes que nous avons aimées : cest par adaptation du sens ecclésiastique attaché 4 ce mot, comme on va le yoir.

L’Eglise nomme saintes reliques towt ce qui reste sur la terre @un bienheureux ou dun saint apres sa mort.

Le nom de reliques est réservé exclusivement aux restes des saints et des bienheureux, var eux

seuls, en vertu des déclarations solennelles des Souverains Pontifes, ont droit a étre placés sur les autels pour y recevoir les hommages des fidéles. I] s’ensuit que les restes des personnes mortes en odeur de sainteté, et m&éme ceux des vénérables dont la cause est introduite 4 Rome, ne forment pas des reliques au sens liturgique; il faut attendre que le jugement de béatification ait été porté. Reliquiw intelliguntur ea, dit la Glose, que supersunt ex corporibus sanctorum mortuorum. ;

Bien que les ossements ne forment pas des reliques, il n’est pas défendu de leur rendre un culte privé, le droit ne parlant que du culte public '.

Art. II. — DIVERSES ESPECES DE RELIQUES

§ 14er. — Reliques personnelles, extrinséques, et baptisées ou sanctifiées

I. RELIQUES PERSONNELLES. — Les canonistes les appellent encore reliquice proprie et rigorose dictcee ; ce sont le corps lui-méme et chacune des parties qui appartiennent a son unité ou a son intécrité, comme les chairs, les os, les dents, les cheveux, les ongles, le sang, les larmes, etc.

Pour que ces restes puissent porter le nonr de reliques, il importe peu quils soient dans leur intégrité ou réduits en poussiére, qu’ils soient en telle ou telle quantité : il est uniquement requis quils appartiennent au corps lui-méme.

Quelques auteurs ne voudraient pas donner le nom de reliques au corps entier d'un saint, parce que le mot signifie dans son étymologie we partie seulement du corps. — C’est a tort, leur répondent d’autres, car ici le tout n’est pas le corps, mais Vindividu tout entier, qui, monté au ciel par son ame, a laissé ici-bas une partie de lui-méme, de sorte que le corps n’a pas son intégrité morale, puisqu’il lui manque l’ame qui lui donne sa forme substantielle.

‘ Grandclaude, Jus canonicum untv., lib. III, tit. xuy.

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Les liturgistes mettent au nombre des reliques strictement dites les liqueurs parfumées, la manne et le sang qui découlent a certains moments des ossements de quelques saints. C’est ce qui avait lieu au tombeau de saint André, apdtre, dou Von voyait découler au jour de sa féte une huile odorante et ot on pouvait ramasser une sorte de manne en forme de farine, qui guérissaient les malades. « Andreas Apostolus, dit saint Grégoire de Tours, magnum miraculum in die solemnitatis sue profert, hoc est manna in modum farine vel oleum cum odore nectareo, quod de tumulo ejus exundat..., quod non sine miraculo ac beneficio habetur in populis !. »

On trouve un autre exemple célébre au tombeau de saint Nicolas. Le Martyrologe romain en fait mention en ces termes, au mai et au 6 décembre : « Ex ejusdem S§. Antistitis corpore, ut e perenni quodam chrismatum fonte, stillat liquor salubris, sicut olim cum esset Myre. » Il en est aussi parlé dans les lecons d’un office particulier approuvé par le Saint-Siége pour Bari: « Ex cujus tumba indesinenter oleum manat, quod languidos cunctos sanat 2. »

On raconte aussi que, a l’approche de graves calamités pour l’Kglise, les ossements de saint Nicolas de Tolentino ont répandu du sang, que Yon peut regarder comme une relique au sens strict. X

Tl en est de méme des larmes que l’on a vu couler parfois des yeux de certaines statues : on les range dans les reliques personnelles.

I. RELIQUES EXTRINSEQUES. — On les appelle encore reliquic minus proprie et latiori sensu dicte, et on comprend sous ce nom tout ce quia servi au saint et a touché son corps. Leur nom dextrinséques vient de ce quwelles n’ont qu’un rapport indirect avec le saint et qu’elles n’appartiennent pas a son intégrité.

On range dans cette catégorie les vétements, les livres, les objets divers a ’usage d’un saint, ses instruments de pénitence, son suaire, son cercueil, l’instrument de son supplice, s’il est martyr. Quant au linge qui a recueilli le sang, il sera regardé comme une relique personnelle s'il conserve encore quelque trace de sang; au contraire, il sera une relique eaxlrinséque, si toute trace de sang a disparu.

Pour les autographes, lettres et écrits, de quelque nature quwils soient, ils forment des reliques au sens large.

Lors de introduction de la cause prés du Saint-Siége, dit Mgr Barbier de Montault, la 8. C. des Rites fait examiner minutieusement tous les écrits par le promoteur de la foi, qui présente a ce sujet ses animadversions. Quiconque posséde un document original doit, s’il ne veut pas encourir les peines canoniques, exhiber, dés qu’il a connaissance de la circulaire écrite a cette occa-

sion, soit l’autographe, soit une copie certifiée authentique par l’ordinaire du lieu.

* De gloria martyr., ¢. 31.

Peete de Montault, Guwvres complétes, t. xi, p- ;

Quand les écrits ont subi cette épreuve, si elle leur. est favorable on est assuré que la doctrine qu’ils expriment ne contient aucune erreur relativement au dogme et 4 la morale catholique.

Lorsque les honneurs des autels ont été décernés par le Souverain Pontife, ’autographe devient relique et on le traile en conséquence. C’est ainsi qu’é Rome on les conserve avec respect dans les reliquaires ou lipsanothéques; on les encadre et protege par un verre contre les chances de destruction ; on les expose dans les chapelles le long des murs ou méme sur les autels, aux jours de féte; enfin on les fait baiser dévotement aux fidéles !.

Le motif de cette classification est tiré de la nature des choses et des faits de Vhistoire. Tout ce qui sert aux saints est sanctifié par eux. De méme que l’Ame en se servant du corps pour le bien lui imprime un caractére de sainteté qui fait les reliques, de méme aussi le corps en se servant des créatures pour le bien leur imprime aussi un caractére de sainteté que l’Eglise reconnait par un culte particulier.

Dieu lui-méme nous donne l’exemple en glorifiant parfois du don des miracles les objets qui ont appartenu aux saints. La femme de |’Evangile disait : Si tetigero tantum vestimentum ejus, salva ero. Il est raconté dans les Actes des apdotres, quod super languidos deferrentur a corpore ejus sudaria et semicinctia, et recedebant ab eis languores, et spiritus nequam egrediebantur ®. De nos jours, on peut admirer les miracles opérés par la ceinture du V. Gabriel, de la Congrégation de la Sainte Croix et Passion.

Ill. RELIQUES SANCTIFINES OU BAPTISEES. — Les auteurs les appellent reliquiw improprie dicte seu sanctificate. On comprend sous ces termes les divers objets qui, n’ayant pas servi 4 un saint, ont cependant touché son corps, ou ses reliques, ou son cercueil, et ont été ainsi sanctifiés. Ce sont ordinairement des linges, des fleurs, des objets de piété, qui par ce contact ont acquis une vertu surnaturelle. Saint Ambroise le constate dans le passage suivant : « Quanta oraria jactitantur! Quanta indumenta super Reliquias sacratissimas et tactu ipso medicabilia reponuntur! Gaudent omnes extrema linea contingere, et qui contigerit salvus erit *. » Saint Augustin a raconté, dans un passage que le Bréviaire romain lui a emprunté, la guérison d’une femme aveugle au moyen de fleurs qui avaient touché les reliques de saint Etienne, premier martyr : « Ibi ceca mulier, ut ad episcopum (portantem reliquias) duceretur oravit, flores quos ferebat dedit, recepit, oculis admovit, protinus vidit. »

Aussi ayait-on la coutume de déposer des linges sur les saintes reliques et ensuite de les garder dans les maisons et les églises comme des objets dignes de confiance et de respect. « Romanis consuetudo non est, écrivait saint Grégoire le Grand a l’impératrice Constantine, quando Sanc-

* Guvres complétes, t. vu, p. 299.

* Act., xrx, 12. - ® Class. 1, Ep. 21, n. 9.

torum reliquias dant, ut quidquam tangere presumant de corpore, sed tantummodo in pyxide brandeum mittitur atque ad sacratissima corpora sanctorum ponitur. Quod levatum in ecclesia, quie est dedicanda, debita cum veneratione reconditur *. »

Pour faciliter cette dévotion, on creusait dans le sépulcre ou la chasse un trou qui servait a intro-

Quire ces linges.

Les fidéles regardent et honorent comme relique sanctifiée ’huile qui brile dans. les lampes allu-

- mées devant les tombeaux des saints. Cet usage

date de loin. De fait saint Grégoire de Tours en parle longuement et rapporte de nombreux miracles opérés par Vhuile des lampes du tombeau de saint Martin. D’autres documents nous montrent aux sixiéme et septiéme siécles les pélerins de Rome soucieux d’emporter de Vhuile qui brilait dans les catacombes devant les tombeaux des martyrs. On garde encore 4 Monza la liste des lampes des martyrs romains dont la reine Théodelinde voulait avoir de ’huile et dans lesquelles elle fit puiser par son représentant.

§ 2. — Reliques intégres et parcellaires

Les reliques intégres sont celles qui existent dans leur entier, sans altération ni diminution, v. g. un ossement qui est tel que la nature la produit. Les reliqgues parceliaires sont celles qui sont réduites a état de fragments °.

§ 3. — Reliques insignes et non insignes

J. RELIQUES INSIGNES. — I] en est de trois sortes, selon quwelles sont insignes ou ratione persone, ou ratione materi, ou peculiaris prerogative.

A) — Les reliques insignes ratione persone sont celles de Notre-Seigneur et de la sainte Vierge.

a) Parmiles reliques insignes de Notre-Seigneur, il faut énumérer : la vraie croix, le précieux sang, le saint suaire, la robe sans couture, la sainte face, la sainte lance, les saints clous, la gainte couronne d’épines, l’éponge, la colonne de la flagellation, le vétement de pourpre, la table de la céne, la créche, etc. Nous leur consacrerons plus loin un article spécial.

Si minimes que soient ces reliques, on doit les regarder comme insignes et leur accorder tous les honneurs qu’on accorde aux plus grandes.

b) Les reliques de la sainte Vierge sont réputées insignes a cause de sa dignité de mere de Dieu. Ce sont ses cheveux, sa ceinture, son voile, ses vétements, etc. Nous y reviendrons plus loin.

B) —On entend sous le nom de reliques insignes ratione materice ou quantitatis : 1° le corps entier d’un saint; 2° une partie considérable de ce corps ; 3° et enfin les parties du corps conservées

miraculeusement.

*4 Lib. u1, Ep. 30. :

. > Barbier ie ieontault Guvres completes, t. vit, p. 169.

VAMI DU CLERGE 915

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Cette énumération s’appuie sur deux décisions dela S. C. des Rites, dont voici le texte :

1° Décret du 3 juin 1617: « S. R. C. respondit : Neces- Sarium esse, ut reliquia sit insignis ejus sancti de quo celebrare petunt officium, veluti corpus integrum, aut magna pars ejusdem, aut caput... * »

2° Décret du 8 avril 1628: « S. R. C. insignes autem reliquias declaravit esse corpus, caput, brachium, crus, aut illam partem corporis in qua passus est martyr, modo sit integra et non parva et legitime ab Ordinariis

~approbata ®. »

Reprenons l’énumeération.

a) Le corps entier, corpus integrum. Si une partie notable du corps forme une relique insigne, a plus forte raison le corps entier.

b) Une partie notable du corps, aut magna pars ejusdem. On entend par la une partie considérable d’ossements, lors méme que la téte, les bras et les jambes n’y seraient pas. De fait la tate, les bras et les jambes pris séparément forment des reliques insignes ; si on veut donner un sens aux mots magna pars ejusdem corporis, il faut les entendre d’un ensemble d’ossements en quantité assez considérable, mais dont aucun pris isolément ne pourrait former une relique insigne.

c) La téte, caput. On comprend évidemment

sous ces expressions le crane, c’est-a-dire les os pariétal, frontal et temporal. La présence de la machoire, des os maxillaires, supérieur et inférieur, est-elle requise ? Nous Vignorons.

ad) Le bras, brachium. Sous le nom de bras, on comprend certainement les trois os du bras humerus, cubitus et radius, puisque le bras doit étre entier. Il n’y a aucune décision sur ce point, mais les auteurs raisonnent par analogie avec ce qui a été dccidé pour la jambe. Comme il s’agit du bras seul, assurément les os de la main ne sont pas requis.

e) La jambe, crus. Pour que la jambe soit relique insigne, elle doit comprendre les deux os : le fémur et le tibia. ©

Le tibia seul n’est pas une relique insigne, a décidé la S. C. des Rites le 3 juin 1662 : « An tibia sit reliquia insignis? — Resp. Negative, juswta rubricas in Missali et Breviario romano impressas *. »

Il en est de méme du fémur seul, comme I’a déclaré la S. C. des Indulgences, le 14 juin 1822 ‘, et celle des Rites dans un décret du 42 avril 1823 5: « An ossa femoris alicujus sancti sint reliquia insignis? — Resp. Negaiive. »

« Siquidem, dit Gardellini en commentant ce décret, juxta 8. Congregationis sensum, crus, ut insignibus adnumeretur, integrum esse debet, et

* Ce décret, qui porte le n° 539 dans l’ancienne édition, n’a pas été reproduit dans la nouvelle; il nous servira du moins comme explication.

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