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LA DUPERIE

Mesdames et Messieurs,

Encore un nouveau gouvernement! Nous avons vécu avec le premier Empire, avec la premicre Restauration, avec les Cent-Jours, avec la seconde Restauration, avec la Monarchie de 1830, avec la République de 1848 : et, maintenant que le temps

- roule ses flots sur tant de ruines accumulées, ilfaut

que nous vivions encore avec un autre régime ! Si dur que ce soit, nous ne manquerons de courage ni les uns niles autres, parce que, sous la succession de toutes ces formes politiques, secousses révolutionnaires ou réactions, il y a toujours deux grandes choses que nous aimons par-dessus tout : la France, que tant de verdure colore sous un ciel si doux, et ’Eglise qui voudrait envelopper la France de lumiére et d’amour !

Ce pouvoir, né de la division des partis et des menaces de la démagogie, s’appelle le Second Empire. Selon les almanachs, qui comptent par années, par mois et par jours, il n’y a pas trente ans qu'il existait encore ; mais il y a plus dun siécle, s’il est vrai que le temps se mesure aux éyénements qui s’y précipitent.

- Eh bien, dit-on alors, quel coup de grace pour l’Eglise de France que ’avénement de ce second Empire! Car quelle religion! Et dans la religion quelle piété! Et dans la piété quelle onction, quelle componction ! Le 20 décembre 4852, Napoléon Ili

(vest le nom de Yempereur) se rend & Com-

piegne. Or, « avant dentrer dans un palais qui lui rappelle tant de souvenirs, Sa Majesté vient

-incliner son front devant le Roi des rois, duquel

relévent tous les empires. » L’évéque de Beauyais,

Mer Gignoux, lui en faisant compliment : « Monseigneur, lui répond Napoléon III, c’est un devoir pour moi de recourir a la priére pour remplir ma mission sur cette terre. La priére est le gage des bénédictions du ciel *. » avait déja dit a Hotel de Ville de Paris, avec moins de dévotion, mais avec plus de sonorité : « Il faut convier tcus les Z hommes de cceur et d’intelligence 4 consolider quelque chose de plus grand qu’une charte, de plus durable qu’une dynastie : les principes éternels de la religion et de la morale *. » Ainsi partout, « obéissant aux plus nobles inspirations, dans les circonstances les plus solennelles ‘, en présence de Dieu et des hommes, il déclare, du fond de son’ ame, qu’il veut fonder son régne sur la Religion 5, » « principe premier de la grandeur des peuples °. » O que d’espérances dans le coeur des évéques ’ ! La Révolution a essayé de détruire l’Hglise de France dans la terreur et la mort; Napoléon ler, cet étrange génie, a voulu la relever sans la rendre

libre ; la Restauration l’a fortifiée, en dépit des i

1 Moniteur, 21 décembre 1852.

* Ibid.

8 Discours du prince Louis-Napoléon a l’Hotel de Ville de Paris, 10 décembre 1849.

4 Par exemple, a la fin de septembre 1852, aprés avoir posé la premiére pierre de la cathédrale de Marseille, il dit : « Partout je m’efforce de soutenir et de propager les idées religieuses, les plus sublimes de toutes, puisquw’elles guident dans la fortune et consolent dans l’adversité. Mon gouvernement, je le dis avec orgueil, est un des seuls qui ait soutenu la religion pour elle-méme; il la soutient, non comme instrument politique, non pour plaire & un parti, mais uniquement par conviction et par amour du bien qwelle inspire comme des vérités qu'elle enseigne. »

’ Mandement de Mgr Sibour, archevéque de Paris : VAmi de la Religion, civ, 571.

6 Cireulaire de Fortoul, ministre de Jlinstruction publique et des cultes, aux évégques, le 7 décembre 1852 : « Dans le pouvoir supréme Napoléon HI trouvera une force nouvelle pour assurer a la religion, principe premier de la grandeur des peuples, le respect qui est Phéritage de sa famille et la gloire de son gouvernement. »

7 Voir particuliérement le mandement de Mer Régnier, évéque d’Angouléme : « Les intéréts religieux et moraux de ia société tiendront désormais dans la sollicitude du gouvernement la place qui leur appartient...» Destombes, Vie du. cardinal Régnier, 1, 315.

violences et des ruses de l’opposition libérale ; Louis-Philippe s’est vu obligé, aprés des luttes mémorables, de la respecter; de combien d’acclamations la République de 1848 vient de la saluer, nous nous le rappelons encore : or, voila que le

second Empire continue le mouvement religieux,

qwil s’y attache, qu’il se fait gloire de le criera tous les échos, et dans cette ére nouvelle qui parait s’ouvrir enfin, au bout de cinquante ans de luttes et de péripéties, la France, redevenue puissamment catholique, va reprendre son rang glorieux dans le monde; car, nous le savons tous, telle est ’union de |’Kglise et de la France, que, si les malheurs de la religion sont inséparables des mal-

-heurs de Ja patrie, les prospérités de une sont le gage assuré des prospérités de l’autre.

Aussi, lorsque, le 16 mars 1856, apogée du régne, la dynastie napoléonienne se rajeunit par la naissance d’un prince; lorsquele pape, représenté par le cardinal Patrizzi,est le parrain du nouveauné; lorsque quatre-vingt-six évéques prennent part au banquet donné 4 ?Hétel de Ville par « lélu de Dieu et de la nation »: des évéques les uns, comme Varchevéque de Paris, montrent comment « la divine Providence prodigue ses faveurs au prince quelle a pris par la main et qu’elle a conduit, a travers tant de vicissitudes, au gouvernement du premier empire du monde * »; les autres, comme Vévéque d’Amiens, disent « qu’a ce moment solennel, c’est un devoir pour les pontifes Vexpliquer a la France ses miraculeuses destinées 2 » ; les autres, comme l’évéque de Marseille, ville, il est vrai, du Midi, rappellent a la fois, dans un seul et méme mandement, Cyrus, Auguste, Constantin, Clovis, Pépin le Bref, Charlemagne 3. Enfin, jamais un autre prince ne s’est rencontré dont les Lettres pastorales aient célébré les louanges avec autant de splendeur et @unanimite *.

Jusqu’a cette année 1856, qui est une époque, qu’a done fait Napoléon III pour l’Eglise de France?

Sans doute, il a sa chapelle des Tuileries : tous les dimanches, aprés déjetiner, a onze heures et demie, la cour, réunie dans le salon du Premier Consul, se rend 4 la chapelle, a la suite de l’empereur, de l’impératrice et de tous les grands dignitaires de la couronne, avec un fonctionnement théatral ; puis, devant une assistance d’élite, convoquée par invitation, une messe y est chantée solennellement toujours, souvent par les meilleurs artistes de nos théatres ; et méme en caréme, on y entend tour a tour les prédicateurs renommés, excepté un seul, le plus grand de tous, il est vrai,

‘L’Ami de la Religion, cixxt, 694.

2 10td., CUXXTTy Wee

3 Ibid., 766.

* Mer Plantier, évéque de Nimes, Guvres, m1, 184. Voir aussi sa Lettre Pastorale sur la naissance du prince impérial, le 19 mars 1856 (iwvres, ty, 454), ot Mgr Plantier ne le céde 4 aucun autre en compliments.

Lacordaire; enfin, quoi que le bruit public dise déja de la morale aux Tuileries ‘ (faut-il croire le bruit public ?), dans cette chapelle du souverain on publie trés hautement les louanges de Dieu, et c’est assurément quelque chose.

Sans doute encore, il rétablit la féte de la Saint- Napoléon, le 15 aotit : dans les cathédrales se déploient les autorités civiles et militaires, avec tous les panaches, tous les tambours, au roulement de Yorgue, au chant du Te Dewm, au milieu de toutes les splendeurs sacrées et profanes, devant les foules émues de curiosité, et c’est assurément quelque chose.

Sans doute encore, il introduit au Sénat, premier corps de l’Etat, les cardinaux, princes de I’Kelise : grand honneur toujours et, jusqu’en 1860, grand. repos ; grand honneur et grand repos qui sont appointés de 30.000 francs par an, et c’est assurément quelque chose. 3

Sans doute encore, il augmente le budget des cultes 2, ilreconnait sans difficulté les communautés religieuses, ainsi que les dons, legs et acquisitions de mainmorte *; il crée méme un évéché, celui de Laval‘, et c’est assurément quelque chose.

Sans doute encore, il encourage les confréries. laiques ; il est personnellement tres dévoué aux « Classes souffrantes »; il prend a pleines mains sur sa liste civile, qui est de vingt-cing millions, pour les ceuvres philanthropiques et humanitaires; selon son fameux discours de Bordeaux 5, il protége la charité chrétienne dans lassistance publique, et c’est assurément quelque chose.

Sans doute enfin, généreux par nature, il donne volontiers aux églises des clochers, des cloches, des chapes, du mobilier, du matériel, pendant qu'il fait multiplier par les préfets, qui sont alors de si grands personnages, les harangues sanctifiantes, les pieuses phrases, les formules dévotes, méme aux distributions de prix des lycées, jusque dans les salles de conseils de révision, surtout sur les estrades des comices agricoles, et c’est assurément quelque chose.

* L. Veuillot, Correspondance, v1, 156.

» En sept ans, de 1852 a 1859, il ’augmente de cing millions. En 1853, le traitement des archeyéques est porté a 20.000 franes, et celui des évéques a 12.000. Par une loi du 23 juin 1857, le traitement des éyéques sera

porté a 15.000.

> L’état des biens de mainmorte progresse réguliérement, mais lentement, jusqu’a la fin du régne, d’ailleurs. Voici la contenance des biens pour quelques années : En Séminaires Fabriques Congrégations 1849 5.448 hect,66.a.47¢. 24.172h. 2 a.44ce. 10.939h. 9a.71e. 1853 5.409 73 73 28.3555 22-2196 9.104 65 36 1854 5.463 85 94 28.792 98° ~ 55 9.745 59 86

1855 5.618 54. 9 28.993. 87- 17 10.926, 5 90 1855 5.697 00 33 29.213 93 68 42.001 57 86 41857 5,681 20 26 33.009 82 55 12.787-—91 68 1867> 8.200 CO 00 39.069 00 09 17.342 00 00

Hn 1867, la contenance de la mainmorte ecclésiastique était donc de 64.611 hectares. La méme année, la mainmorte laique était de 5.115.749 hectares.

‘Toi du 5 mai 1855.

* Le 9 octobre 1852 : « Voulant conquérir 4 la religion cette partie si nombreuse de la population, qui, au milieu d’un pays de foi et de croyance, connait a peine les préceptes du Christ. »

Oui, sans doute, il a usé sans ménagement de Vinfluence des choses temporelles. Mais il n’a porté aucune loi, il n’a fait aucune abolition, il n’a opéré aucune réforme ; il n’a pas donné une seule garantie nouvelle, il n’a pas relaché une seule entrave, il n’a pas octroyé une seule liberté : au - contraire.

Vous connaissez les articles organiques, ces prétendues lois concordataires, qui, loin de faire partie du Concordat, y ont été frauduleusement ajoutées par Napoléon Ie, en violation de tous les - principes du droit des gens, pour asservir |’Kelise a VKtat. Eh bien, lorsque, sur le conseil de son auditeur de Rote, Mgr de Ségur, qui a repris la mission diplomatique de Mgr de Bonnechose, Napoléon II] demande personnellement, par une lettre autographe a Pie IX, les honneurs du sacre a Paris, et que Pie IX répond qu’il accordera cette faveur « si l’empereur abroge toute disposition contraire au Concordat, » c’est-a-dire les articles organiques, comme il lavait promis avant d’étre empereur !, Napoléon III, apres une négociation qui dura prés de deux années, fit connaitre qwil sacrifierait son sacre plutét que de se préter « a la “mutilation de notre droit national. » Ainsi ils sont restés > entre les mains des pouyoirs hostiles a l’Eelise, ces articles organiques, fantéme de légalité derriére lequel s’abritent nos adversaires pour nous affaiblir, étant trop petits pour nous abattre.

Voila ce que Napoléon III a fait pour I’Kglise de France jusqu’a cette année 1856: il l’a flattée beaucoup, mais il l’a seulement flattée.

Et puis, quels symptémes apporte année 1857! Le 6 avril 1857, l’évéque de Moulins, Mgr de Dreux- Brézé, est traduit devant le Conseil d’Etat pour avoir enfreint indirectement les articles organiques,

- e’est-a-dire, selon l’acte d’accusation, « pour avoir compromis les intéréts de la religion et de lordre public », et, ce qui n’avait eu lieu pour aucun éyéqne depuis 1845, il est frappé comme dabus !

~ Quoi encore! Lorsque, le 16 juillet 1857, le chansonnier Bérenger, que nous connaissons, tombe en agonie, S. M. limpératrice, d’ordinaire mieux inspirée, lui fait une visite, et, lorsqu’il est mort, le Moniteur le déclare « Poéte national », et Napoléon II lui-méme paye ses funérailles, et lHtat

Venterre avec un deuil patriotique dans la tombe

de Manuel! Quoi encore! Dupin, qui personnifie

Yanimosité des légistes contre l’Eglise, reprend,

aux applaudissements des gallicans et des libres-

penseurs, son siége a la Cour de cassation, dont il

s’était démis en 1852, il devient sénateur, homme puissant, le conseiller du prince et de la nation !

Devant ces caresses faites a Vesprit révolution-

naire, l’enthousiasme ne tarde pas a se refroidir : un éyéque écrit que « nous retournons vers 1830? »,

‘ Le 17 septembre 1849. :

2 Le 8 janvier 1853, Napoléon Til autorise les conciles

métropolitains et les synodes diocésains, par, les articles

1 et 16 du Concordat et V’article 4 de la loi organique

du 18 germinal an X. Il met les articles organiques sur le méme pied que le Concordat. é 2 3 Destombes, Vie du cardinal Régnier, 1, 397,

et Louis Veuillot, qui s’était porté avec éclat pour 3 le partisan de l’Kmpire et de l’empereur, laisse, dans cette année méme, tomber deux fois deg paroles de profond découragement : « Hélas! ditil, notre empereur, qui s’était si bien annoncé, n’est qu’un Louis-Philippe perfectionné *! »

Aussi, c’est en vain que l’année suivante, en 1858, Napoléon HI, qui appuie son fragile pouvoir sur les acclamations « des masses, » fait, avec Yimperatrice, ce triomphal voyage de Bretagne, ott des curés bretons, transportés de sa ferveur dans les sanctuaires, lui affirment que « la vieille Armorique tressaille 4 son aspect », et ou Mgr Brossais Saint-Marc, évéque de Rennes, lui offrant l’eau bénite et l’encens, le transforme en saint Louis? : il descend la pente; l’année suivante, il fait la guerre Italie d’accord avec les révolutionnaires °, et en 1860 l’évolution de sa politique religieuse est achevée ; il est tombé dans les mains, dans les eriffes de la Révolution, sa mére ‘.

Adieu, beaux jours de l’alliance de ’Empire et du clergé! Adieu, réve caressé avec tant d’amour! Douces paroles des harangues impériales, douces paroles des mandements épiscopaux, adieu, adieu !... Les deux mains jointes se desserrent, elles se séparent, et, au besoin, on s’en frappera.

En 41860, au mois d’ayril, Rouland, ministre de Vinstruction publique et des cultess, remet a Napoléon III un Mémoire sur la politique a suivre vis-a-vis de VEglise. Or, dans ce Mémoire, il dit : « Faut-il, changeant brusquement de sysiéme, expulser les congrégations religieuses d’hommes, modifier la loi sur ’enseignement, appliquer tous les articles organiques et arriver a ce point que la légalité absolue ressemblera a une persécution? Non, car on douterait de la sincérité du souverain passant si vivement de la protection large et affectueuse a la rigueur de toutes les prohibitions... » I] faut aller doucement, continue-t-il, par la seule application « du droit public. » Il a beaucoup de titres, ce ministre Rouland: il est « bourgeois de 1830, » il est gallican fougueux, il est trés assoupli vis-a-vis du pouvoir, il est trés parlementaire vis-a-vis de l’Hglise, et, vis-a-vis de tout le monde, il est normand, étant né a Yvetot méme; mais un titre qu'il n’a pas, c’est celui d’inventeur. Lorsqu’il invoque « le droit public, » il ne fait que répéter la vieille formule de tous ces

‘ Louis Veuillot, Correspondance, vi, 171, 173.

*« A yous de tous les monarques frangais depuis saint Louis le plus dévoué a l’Eglise et a son ceuvre de civilisation et de progrés véritable au milieu des enfants des hommes. » Moniteur, 21 aot 1858.

3 Le 7 mai 1859, Louis Veuillot écrit : « Pour moi, mes réves sont cruellement renversés : ot est maintenant mon Charlemagne? » Correspondance, v1, 362.

4T?Kmpire s’est toujours fait gloire de cette origine : «Ils ont senti, avec la France entiére, que la dynastie napoléonienne, issue de la Révolution de 89... » Discours de Pietri au Sénat, 21 février 1862.

5 Du 18 aotit 1859 au 24 juin 1863.

iE NP PLLA cM Ma SM NN eee lS pel eS ae Be a,

légistes de la Révolution, de Napoléon Ier et de Louis-Philippe, qui, imbus du droit romain, nourris des idées romaines, proclament, avec leurs grands mots et leurs phrases arrondies, ’omnipotence de l’Ktat; qui tous, comme lui, veulent rabaisser au niveau de la loi humaine, presque toujours jalouse, souvent perfide, quelquefois contradictoire, cette Hglise qui les offusque, parce qu’elle est divine par son institution, indépendante par sa nature, et que, si elle ne peut échapper 4 Vinfluence des événements du jour et des fragiles constitutions des peuples, elle domine tout ce qui passe par son immortalité.

Rouland démontre comment il faut détruire toutes les libertés de l’Eglise de France les unes aprés les autres, et telle est la conformité de ses vues avec la politique impériale, que le gouvernement appuie chacune de ses phrases par un coup contre lKolise.

D’abord, il y a une société laique fondée, en 4833, par huit étudiants, et qui, en 1860, compte, dans le monde entier, 3.406 conférences; cette création, l’une des plus belles de notre siécle qui en voit de si pures et de si saintes, c’est l’couvre de la jeunesse et de la charité, c’est la Société de Saint-Vincent de Paul. Rouland dit: « Les cléricaux (car c’est l’Empire qui a trouvé ce mot qui marque tous ceux qui sont soupconnés de conserver quelque sympathie ou quelque respect pour la

religion, ce mot qu’il lance comme une injure et

que l’on accepte comme un honneur) les cléricaux et les ultramontains, alliés aux légitimistes, ont établi la Mutualité-de Saint-Vincent de Paul... Etre membre de la société de Saint-Vincent de Paul, ce n’est pas seulement faire acte d’adhésion religieuse, c’est entrer dans un monde occulte. » Kin conséquence, le ministre de l’intérieur, duc de Persigny, est éclairé. Il ouvre l’eil, ce personnage complexe par divers cétés, mais qui est si dévoué a Napoléon III qu’il a pris pour devise: « Je sers. » Non, non, il ne souffrira pas que la société de

‘ Saint-Vincent de Paul, avec tous ses pauvres et

tous ses vestiaires de vieux habits, puisse porter atteinte 4 la dynastie napoléonienne... Le 416 octobre 1861, il avertit les préfets que la dite société remplace l’exercice de la charité par « les menées ténébreuses de la politique. » Pour obvier a quoi, il veut soumettre le conseil central, les conseils provinciaux et les conférences locales a l’autorisation du gouvernement. Kt, malgré la lutte ardente des évéques, particuliérement de Mer Plantier’, évéque de Nimes, la société de Saint-Vincent de Paul, qui préfére justement la mort a la dégradation, tombe comme elle devait tomber, c’est-a-dire avec toutes les sympathies des amis de la religion, avec toutes les imprécations de ses ennemis?2, Ensuite il y a la liberté de ?enseignement secondaire, des colléges; il y a cette loi du 15 mars 1850, que des hommes d’un si grand talent, d’un si

' Clastron, Mgr Plantier, 1, 521-526, 2 V. Moniteur, Sénat, séance du 22 février 1862,

grand caractére, d’un si grand dévouement a Vavenir de l’Kglise et de la France, ont conquise par vingt années de combat. Or, Rouland dit dans son Mémoire : « La loi de 1850 est un grand mal. Mais, si grand qu’il soit, il est impossible de songer a supprimer la loi... Ce serait une lutte immense, acharnée et contraire au droit... »'« Soutenons done énergiquementl’enseignement del’ Etat, car c’est le véritable enseignement national... » Kn conséquence, cette loi de 1850, qui a déja recu des modifications si profondes en 1854, puisque, en 4854, la direction de l’enseignement a passé de la société, représentée par des conseils élus, a l’autorité et 4 influence du pouvoir, cette loi de 1850, le gouvernement l’attaque si sournoisement, par tant de décrets administratifs, interprétatifs, imitatifs, qu’on ne peut plus gueére distinguer ce qui en existe encore de ce qui n’en existe plus. C’est ce que démontre, dans une circulaire du 20 février 41861, Mer Angebault, évéque d’Angers. Le 419 juillet, Rouland lui répond par une longue lettre mélée de reproches et de menaces. Mgr Angebault lui réplique hautement, il communique sa correspondance a beaucoup d’évéques, tous ces évéques VPapprouvent, tous sont décidés, non pas, comme dit Mgr Pie, « a barbotter », mais 4 combattre’ : montrant que si, sous la Monarchie de Juillet, Vépiscopat a été debout pour revendiquer la liberté de l’enseignement, l’épiscopat est encore debout sous le second Empire pour en défendre les pre-

miéres atteintes.

Rouland veut davantage; il faut frapper l’Kglise de plus prés encore. O les congrégations! ces congrégations, dont les noms divers ne seryent qu’a distinguer les différents corps d’une méme armée; corps plus disciplinés assurément, plus aguerris peut-étre, et par la-méme toujours plus exposés a la violence et aux fureurs des ennemis!... Dans son Mémoire Rouland demande trois choses:

« 4° Ne plus tolérer aucun nouvel établissement de congrégations d@’hommes; 2° apporter désormais la plus grande sévérité dans les autorisations de congrégations de femmes; 30 ramener le Conseil 7’Ktat 4 une grande sévérité dans l’autorisation des dong, legs et libéralités. » En consequence, tout de suite, un sieur Billy dépose au Sénat une pétition concernant les associations religieuses. Kit tout de suite, bien que le sieur Billy soit un homme complétement inconnu, une commission est nommée, un rapporteur est nommé, qui est nécessairement Dupin, qui déclare nécessairement que «le mal signalé est réel, que chaque jour il s’accroit... avec cette fourmiliére de congrégations » « existant a Vinsu de 1’Etat, sans Pautorisation du gouvernement, en face de la loi, » et qu’il y va du salut de l’Empire?. Les cardinauxsénateurs ont beau répondre: Rouland se léve luimeme. I] ne manque pas de poser en principe « la sincérité des idées religieuses du gouvernement de

‘ Archives de l’évéché @’Angers, Correspondance * Monitewr, Sénat, 25 mai 1860. A :

Vempereur, » ni d’affirmer que les congrégations

«sont merveilleuses de zéle et de charité; » mais il conclut « quil ne faut pas moins conserver intacts les droits et les devoirs du gouverne- ment.1» En conséquence, « afin de garder une juste mesure méme dans les bonnes choses, »

YEmpire qui, de 1852 4 1860, avait autorisé environ a 177 congrégations, n’en autorise plus, de 4860 a 4870, quwenviron 52, parmi lesquelles deux congrégations d’hommes seulement?. Il s’imagine qu’en refusant d’autoriser les congrégations, ¢’est- a-dire en ne les laissant exister que sous le régime 4 de la tolérance, il va tout arréter: comme si les vocations ne venaient point d’un endroit mystérieux ot ne pénétre jamais aucune politique, pas méme la politique impériale!

Il faut frapper l’Eglise de plus prés encore. O le clergé paroissial! ce clergé qui, voué au service des fidéles depuis le berceau jusqu’a la tombe, peut exercer tant d’influence sur les Ames, surtout dans les moments de crise, comme pendant la Révolution, ol il a sauvé l’Eglise de France par la constance de sa foi et l’héroisme de ses vertus! Rouland dit dans son Mémoire : « Rien ne serait plus habile et plus juste 4 la fois que d’augmenter le traitement du clergé inférieur... C’est ainsi qu’il faut Vattacher au gouvernement. Si l’épiscopat abandonnait l’empereur, il faudrait se concilier le clergé inférieur, qui ne demande pas mieux que d’avoir un peu plus d’indépendance ecclésiastique et qui souffre parfois du despotisme épiscopal. » En conséquence, pour flatter le clergé paroissial et le séparer de ses supérieurs, selon les traditions révolutionnaires qui firent tant de mal a l’Kglise en 1789, on se met 4 parler de lui avec une pénétrante sympathie dans toutes les occasions solennelles, au Sénat, par exemple, le 21 février 1862 : « Les princes de l’épiscopat, dit Pietri, Vhomme de confiance, ont la mémoire du cceur plus courte que le petit clergé, qui, lui, sorti du peuple, vivant avec le peuple, est attaché a la dynastie napoléonienne 3. » On le plaint avec une touchante sollicitude : « C’est lui, dit le componctueux ministre Billault, qui reste dans la pauvreté sous le poids de ses labeurs et de ses devoirs envers le monde‘. » Avec cette pénible inquiétude, on augmente donc un peu son traitement 5, on Vaugmentera un peu jusqu’a la fin’; on dira méme

1 Moniteur, Sénat, séance du 30 mai 1860.

2 Les Fréres de la Société de Marie 4 Paris, en 1860; et les Petits Freres de Marie 4 Lyon, en 1868. Dans un discours au Sénat, le 27 février 1862, M. Billault déclare que «les congrégations et associations religieuses @hommes autorisées sont au nombre de 28, celles non autorisées au nombre de 29; et que, pour les congrégations de femmes autorisées, on en compte 3.075. »

8 Moniteur, 21 février 1862.

4 Tbid., 27 février 1862.

5 En vertu d’un décret du 29 juillet 1859, le traitement de tous les desservants agés de moins de 60 ans avait été fixé 4 900 francs; par un décret du 13 aott 1804, a 1100 francs pour les desservants 4gés de 60 a 70 ans; a 1200 frances, de 70 475 ans; a 1300 frances, de 75 ans et au-dessus.

6 De 1859 A 1869, en dix ans, le budget des cultes ne s'est élevé que de 1.400.000, c’est-a-dire il n’est monté de

- VAMI DU CLERGE ~

que ’augmentation des vicaires 1, c’est l’impératrice qui l’a demandé, on le dira avec l’espoir que le coour des vicaires s’attendrira pour toujours. Vaine manauvre! Le clergé paroissial sait trop bien que ce n’est pas pour un peu de pain, qui lui est di par le Concordat, 4 titre d’indemnité, qu’on sacrifiera Vesprit de corps qui fait la force de lKelise.

Mais c’est dans l’épiscopat surtout qu'il faut frapper la liberté, car, selon le mot de Mer Guibert, archevéque de Tours, « c’est du choix des évéques que dépendent les destinées de l’Nglise de France *. » Rouland dit donc dans son Mémoire : « Choisir résolument les évéques parmi les ecclésiastiques pieux et honorables, mais connus par leur attachement sincére 4 ’empereur et aux.institutions de la France..., sans que le Nonce y ait le moindre regard. » En conséquence, comme il était d’usage au ministére des cultes d’inviter tous les cing ans les archevéques et évéques 4 désigner confidentiellement les ecclésiastiques qu’ils croiraient les plus dignes d’étre promus a |’épiscopat, tout 4coup, en 1861, Rouland arréte cette enquéte, qui ne sera reprise qu’en 1873°.

Knfin les évéques ne pourront plus se réunir. Rouland l’a dit: « Eteindre peu a peu la faculté laissée, depuis dix ans, aux évéques d’assembler périodiquement des conciles provinciaux sans Vautorisation spéciale du gouvernement. » Et les évéques ne se réunissent plus, ils ne se réuniront plus. Il ne leur est pas méme permis de s’entendre,

47.442.000 qu’A 48.818.581 fr. Le budget de 1870 sera augmenté de 178.550 fr. Or, sur ces 178.550 fr., il y a 50.300 fr. « pour remédier, dit le rapport a ’empereur, 4 Vinsuffisance des crédits alloués pour 1868 et 1869 aux traitements du clergé paroissial. » Monitewr, 30 janvier

Un décret du 30 juillet 1870 éleva le traitement des vicaires a 400 fr., a partir du 1 janvier 1871, et un autre décret porta ce traitement a 450 frances a partir du ier janvier 1872. — Et que dire des allocations pour les édifices ! « Depuis deux ans (1860-1862), un crédit extraordinaire de prés de quatre millions a été ajouté aux ressources budgétaires annuelles au profit des cathédrales, évéchés, séminaires, églises paroissiales et presbytéres... » (Moniteur, 30 janvier 1862). En-effet, Rouland disait dans son Mémoire: « Il importe beaucoup que le pays religieux s’étonne du bruit des querelles romaines ou y reste indifférent, en voyant le culte national toujours tranquille, protégé et honoré. C’est pour cette cause quiil est trés utile que les allocations du budget soient augmentées au profit dela construction et réparation des églises, presbytéres et édifices diocégains. » Aussi, le gouvernement ne donnait qu’aux évéques qui plaisaient. « A Cambrai (1865), la cathédrale en ruine depuis six ans, sans qu’on partt se préoceuper dune restauration ou d'une construction nouvelle, disait assez A Mgr Régnier que sa parole déplaisait aux puissants du jour. » (Destombes, Vie du cardinal Régnier, u, 125). De méme pour Mgr Pie, évéque de Poitiers: la cathédrale était un temoin de Vhostilite gouvernementale. L’Etat avait suspendu l’allocation promise pour la restauration du portail occidental; mais Mgr Pie se souvenait que, dans le cceur de l’évéque, amour des murailles doit céder devant d’autres amours. (Baunard, Histoire du cardinal Pie, 1, 180). |

? Lettre de Mgr Guibert au ministre des cultes en 1855. Paguelle de Follenay, La vie du cardinal Guibert, » II, 860. Be

3 Lettre du ministre des cultes a tous les évéques de France, en 1873: « Cette enquéte, si utile et si convenable a tous égards, n’a pas eu lieu depuis 1861. »

966 2 one L’AMI DU CLERGE Tee Sie ea

Au mois de mai 1863, trois archevéques, les archevéques de Cambrai, de Tours et de Rennes, et quatre évéques, les évéques de Metz, de Nantes, d’Orléans et de Chartres, croient quils sont encore citoyens francais, et quils ont le droit d’avoir une pensée sur une question d’intérét général et de la dire tout haut. La-dessus ils publient dans le journal Le Monde une Réponse collective aux catholiques qui les avaient consultés sur la conduite a tenir dans les prochaines élections; ils y recommandent les intéréts de l’Eglise avec cette conclusion : « Si vous étes écrivain, écrivez; si vous étes élu, parlez; si vous étes électeur, votez. » Or, V’infatigable Rouland se hate de leur écrire : « Nos lois ne permettent pas a sept évéques de former ainsi wne espéce de concile particulier, qui usurpe le droit de distribuer dans les journaux des consultations politiques a tout empire francais... » Puis, dans les colonnes du Moniteur, il flétrit la consultation des évéques; et, fouillant dans le vieil arsenal des vieilles lois gallicanes et des lois révolutionnaires, il exhume des textes antiques, qu’un rapporteur 4 ses ordres, nommé Suin, arrange avec du césarisme ancien et moderne, aprés quoi il les traduit devant le Conseil d’Etat... L’archevéque de Tours, Mgr Guibert, l’un de ceux qui avaient cru a la mission providentielle de Empire’, lui écrit tranquillement qwil cherche, sans le trouver, ce qui a pu motiver un acte aussi extraordinaire. Puis, il lui raconte qu’autrefois un ministre de Louis-Philippe lui avait adressé une lettre, demeurée privée, 4 propos de mémoires rédigés collectivement par plusieurs évéques sur la liberté Venseignement : « Je répondis au ministre de Louis-Philippe: Le danger pour le gouvernement n’est pas ou vous le voyez ; il estla oti vous ne l’apercevez pas... On n’a jamais vu la main de l’Eglise dans les révolutions. Vous ferez bien de porter ailleurs votre attention et votre sollicitude. » Et, ajoute ’archevéque, « chacun sait ce qui est arrivé a Louis-Philippe. » Mgr Guibert fut deux fois poursuivi, une fois pour la consultation et une fois pour sa lettre. Mais Montalembert, qui sentait le besoin de se venger de son adhésion passagére a ’Empire, lui écrivit avec raison que « sa lettre serait enregistrée dans Vhistoire de notre pays et de notre temps, et que chacun, en la lisant, dirait de M. Rouland: In episcopum incidit, il a rencontré un évéque*!» Il a rencontré un évéque, c’est-a-dire un pontife qui, lorsqu’il recoit ces condamnations comme d’abus, ces censures, ces nullités, qui n’ont aucune valeur, ni morale ni juridique, étant prononcées par des laiques, souvent athées, positivistes, libres-penseurs, protestants, juifs, s’écrie glorieusement comme l’archevéque de Besancon, cardinal Mathieu, ou encore comme Mer Plantier: « Je suis condamné,

‘Lettre de Mgr Guibert au ministre‘ « Vous savez que je suis de ceux qui ont cru a la mission providentielle de l’empereur... » Paguelle de Follenay, Vie du cardinal Guibert, u, 286.

2 Ibid., 1, 325-386. <

ST SRS Tee ae a SA AE ih Mean eA SARE I ee ener |

je commence a devenir évéque!... L’épreuve, Vinjure, voila le chemin qui méne a la vraie grandeur1! » :

Ce nest pas assez d’attaquer les libertés de l’Eglise : il faut encore reconnaitre légalement, il faut protéger officiellement, il faut encourager la secte qui est l’ame de la conspiration contre VEglise : la franc-maconnerie.

Si, dés le mois de janvier 18522, la franc-maconnerie est Valliée secréte de Louis-Napoléon ; si, dés le 23 octobre 1852, la franc-maconnerie francaise est dotée d’une loge Bonaparte; si bientét la francmaconnerie est présidée par des dignitaires de Empire, prince Murat, maréchal Magnan, général Mellinet, cependant elle observe une grande prudence, elle se replie sur elle-méme, elle évite de se méler 4 la politique journaliere, de peur de choquer les catholiques dont |’Empire a si grand besoin. Mais, apres 1860, elle est officiellement reconnue par le ministere du duc de Persigny, elle passe de l’état de société secréte a l’état de société publiquement autorisée, elle leve le masque dont elle se couvrait, et elle donne au mouvement intérieur des loges un essor que rien n’arrétera plus. En 1863, a la féte du Grand-Orient de France, le F.:. Hayman, célébrant la prospérité de la francmaconnerie dans le monde entier, s’adresse aux freres francais: « Protégés, dit-il, par un pouvoir libéral et tolérant, vos temples sont des asiles sacrés. » Puis, il leur parle du réle qui leur incombe: « Macons francais, ot avez-vous placé votre idéal? Kt cependant ne sentez-vous pas que le vieux monde se meurt,qu’il lui faut une formule nouvelle ?... A vous, mes fréres, de les rechercher et de les discuter dans le silence de nos temples, ces articles de foi de l’avenir?. » Ainsi cette société ténébreuse qui, en dépit de toutes les enseignes, n’a qwun but, la destruction de l’Eglise catholique et, par suite, du christianisme tout entier, dit, annonce, proclame avec reconnaissance qu’elle « est protégée par un pouvoir libéral et tolérant: »

Voila les faits, non pas des faits isolés, mais deg faits qui s’unissent, qui concordent, qui marchent ensemble vers le méme but, en vertu d’un plan dattaque systématique, nettement combiné par un ministre, déposé entre les mains de Napoléon III lui-méme en 1860 et immédiatement appliqué. Oui, ’Empire enléve a |’Hglise, sous des prétextes hypocrites, toutes les libertés qwil peut lui enlever, et il donne a la franc-maconnerie, |’ennemie de l’Kglise, toutes les libertés qu'il peut lui donner. Et lorsque les évéques viennent trouver

"« C@est vraiment sous le coup de ces injures, que

nous avons commencé d’étre éyéque. Ce qui fait un eveque, ce ne sont pas les éloges qu’on Ini décerne. Les triomphes de sa parole, l’éclat de sa plume, la puissance victorieuse de sa logique, l’étendue de son savoir, qu’estce que tout cela? Avec ces distinctions réunies on peut nétre qu’un pontife vulgaire. L’épreuve, l’injure, voila le chemin qui méne 4 la vraie grandeur. » Circulaire du 12 décembre 1861. Clastron, Mgr Plantier, Ty, O63. * Deschamps, Les Sociétés secrétes, 11, 322.

aye catholique des institutions et du droit, 1883,

Napoléon III et lui exposent leurs doléances sur le présent, leurs craintes sur l’avenir', Sa Majesté impassible écoute toujours trés bien, promet tou- jours de réfléchir, et congédie toujours ses visiteurs satisfaits avec une ombre de sourire ot chacun peut lire 4.son gré des ombres de nuances. La-dessus, comme sur tout le reste, il n’y a qu’une voix en France pour dire que le sphinx, qui est muet, a cependant quelque chose : il a quelque chose, en effet, ila le plan de Rouland dans ses tiroirs, ot on I|’a trouvé en 1870.

Ul

| Encore sile second Empire n’avait attaqué que

la liberté! Mais, dans la troisisme et derniére période de son existence, oti tout n’est qu’une

immense confusion au milieu de-ses évolutions du césarisme ala démocratie, il attaque la doctrine, dont tout sort : les mceurs, la littérature, les constitutions, les lois, la félicité des Etats et leurs désastres, la barbarie etla civilisation.

Le 8 décembre 1864, le pape Pie IX publie, avec une encyclique, le Syllabus. Le Syllabus, vous le savez, est un catalogue de quatre-vingts propositions précédemment condamneées par Pie IX, par-

ticuliérement sur le naturalisme et l’athéisme ~ social ou, en dMautres termes, le Syllabus proclame que le christianisme est incompatible avec quoi ? Avec les institutions du monde moderne? Non. Avec ses progrés? Non encore.

Avec ses libertés? Encore une fois, non. Avec quoi donc ? Avec ses erreurs, avec les principes révolutionnaires, qui menacent la société, non seulement en France, mais encore dans tous les pays. Kh bien, cest un acte dogmatique aussi simple, affirmant les droits de Dieu, sans rien de menacant pour le pouvoir civil, qui détermine une crise, la plus grave peut-étre de notre siecle. Aussitét tout s’irrite, tout s’emporte, tout s’enflamme. Napoléon HI fait déclarer par son ministre des cultes que le Syllabus est « contraire aux principes sur lesquels repose la Constitution de ?PEmpire.* » Au Sénat, au Corps législatif, on répéte, avec des tempétes de phrases et des alarmes dans la voix, parce que «la conscience des citoyens est menacée, » que le Syllabus « a voulu barrer le chemin 4 la civilisation moderne? »; on accuse les reli-

4 Beaucoup d’évéques s’obstinaient a faire des démarches auprés de Napoléon III. Citons un seul exemple. Mgr Dupanloup, évéque d’Orléans, se préparant a refuter la circulaire du duc de Persigny contre la société de Saint-Vincent de Paul, écrit a M. Cochin, le 27 octobre 1861 : « Je travaille a force; mais plusieurs éveques m’ont écrit pour me prier de suspendre a cause des démarches qu’ils font auprés de l’empereur. J’ai repondu que je suspendrais volontiers sur leur parole, pourvu que ce ne fit pas trop long. » Lagrange, Vie de Mgr Dupanloup, I, 349. os we

2 Circulaire du ministre des cultes aux évéques de France: Moniteur, 1° janvier 1865; Adresse de 1865, § 13: « Une émotion inattendue a été suscitée dans les rapports de l’Kglise et de I’Etat... » ‘

’ Discours de Rouland au Sénat : Monitewr, 12 mars 1865. — Le cardinal de Bonnechose répond, le 15 mars: «Je m’abstiens de qualifier ce discours. »

‘en aR Bees eee L’AMI DU CLERGE | a e ii s

gieux, le clergé, les évéques, les congrégations romaines, le nonce, le pape, d’étre hostiles 4 V’indépendance des peuples; on vote dans ce sens « presque a ’unanimité! »; et, au milieu de déclamations haineuses, menteuses, fabuleuses, que la presse impie fait retentir partout, jusque dans les villages, ot tout le monde parle théologie, avec Vautant plus d’ardeur qu’on ne sait pas de quoi il s’agit, on s’écrie, comme le journal le Siécle : « Puisque la doctrine de ’Eglise jette un supréme défi au monde moderne, » l’Eglise modifiera sa doctrine ou l’Eglise périra! Et alors, voici, chaque année, une nouvelle machine de guerre, que le gouvernement impérial invente ou recommande, sous le méme titre de réclame : guerre a l’obscurantisme, diffusion des lumiéres !

En 41865, les conférences. Duruy, ministre de Vinstruction publique, a institué, car c’est une véritable institution dans la pensée du gouvernement, des conférences, qui seront, dit-il, « un délassement de Vordre le plus élevé, avec un profit certain pour lesprit et pour le cour. » Or, dans ces conférences, le ministre est le maitre, seul maitre, maitre absolu * : il autorise ou refuse qui bon lui semble. Dés lors, pour citer la capitale, a Paris, ou le mouvement se concentre bien vite dans deux groupes principaux, ala rue de la Paix, premier groupe, M. Deschanel, qui en est le principal orateur, qui en est l’ame, professe ouvertement Vhostilité contre le christianisme : dans un discours solennel d’ouverture, il. va jusqu’a dire que ces cours sont « une prédication, la prédication laique, la prédication de la libre-recherche, la predication du libre-examen...» A la rue Cadet du Grand-Orient, second groupe, lorsqwil s’agit d’établir un cours destiné a suivre le mouvement littéraire au jour le jour, lorsqu’on veut faire, pour ainsi dire, une revue bibliographique parlée, lorsqu’on veut se prononcer sur tous les livres nouveaux, sur toutes les personnes et sur toutes les idées au fur et a mesure qu’elles seront mises en lumiere, lorsqwil s’agit de trouver pour cette mission si difficile, si délicate, un homme qui ait la streté des principes, l’étendue du savoir et la discrétion de la parole, le Grand-Orient et le gouvernement vont chercher Jules Vallés, le futur membre de la Commune, un ennemi de toute religion et de toute société !... Par contre, le ministre refuse l’autorisation a des hommes dun talent supérieur, parce qu ils ont le tort de croire a Dieu, 4 la Bible, 4 Evangile. M. Guizot, M. de Broglie, M. Cochin, avaient d’abord recu, avec quelques amis, l’autorisation de faire des conférences, rue Bonaparte. Tout était prét, les professeurs, le local, le public, lorsqu’un ordre, venu d’en haut, arréte tout au moment oti les conférences allaient commencer... Ainsi les vérités fondamentales du christianisme sont attaquées au nom de l’esprit humain et de ses lumiéres ; le matérialisme, l’éter-

‘ Ge sont les expressions du Moniteur.

2 Circulaire du 28 janvier 1865.

988 ; a ee : S L’AMI eS etoe eae RN ng

nité de la matiére, la pluralité des races humaines, toutes les erreurs destructives sont professées a propos de toutes les questions, histoire, philosophie, poésie, sciences, théatre, et l'on est oblige d’agsister de sang-froid, sans pouvoir répondre, a ces attaques officielles, privilégiées, parce qu'il sait, lEmpire, parce qwils savent, ses ministres, que la vérité est non seulement invincible, mais encore qu’elle est contagieuse lorsqu’elle est exposée, lorsqu’elle est défendue par de grands esprits et de grandes ames }.

En 1866 2, la Ligue de Venseignement. Le fondateur de la Ligue de l’enseignement déclare qu’il est franc-macon, et les francs-macons déclarent que « leurs principes sont en parfait accord avec ceux qui ont inspiré le fondateur. » Le grand-maitre du Grand-Orient, le général Mellinet, s’empresse de recommander la Ligue, par circulaire officielle, a toutes les loges de la franc-maconnerie, et le Bulletin de la Ligue annonce que la franc-maconnerie est entiérement favorable 4 la Ligue; on veut que tous les macgons entrent dans la Ligue et que tous les Ligueurs entrent dans la franc-maconnerie ; enfin son fondateur dira, dira toujours, jusqu’a la

fin : « Il faut que chaque jour qui s’éteint emporte

avec lui les restes, les débris de nos croyances mortes *. » Or, cette Ligue maconnique, c’est un professeur de Université de PHtat qui la fonde, Jean Macé; c’est un directeur général au ministére de l’Instruction publique qui Vaide de toutson concours, Charles Robert; et c’est un ministre de l’Instructiorn publique quiluidonnel’approbation’, Duruy. Cette Ligue maconnique, ce sont les procureurs impériaux, préfets, fonctionnaires et professeurs de l’Ktat qui la propagent, qui lVaident a établir des bibliothéques, des cours, des conférences ambulantes, des « lecons circulantes », pour les hommes, pour les femmes, pour les jeunes filles, pour les adultes, pour les ouvriers, dans les mairies, sous les halles, aux lycées, méme dans les orphéons et sociétés de gymnastique, qui la comblent d@honneurs, de faveurs, de subventions gouvernementales, jusque dans |’Algérie, surtout dans l’Algérie. Aussi Jean Macé nous apprend, dans un rapport sur la premiére année de propagande de la Ligue en France, que tous les départeruents francais, excepté douze, sont enrédlés dans la Ligue, et le succés continuera, et a la mort de Jean Macé le Bulletin de la Ligue triomphera, disant : « Pauvre clergé! Il a beau tonner contre la Ligue de l’enseignement, contre la franc-maconnerie, elles lui survivront. Peu nous importent, du reste, les derniers grognements de la béte expirante 5! » Non, nous n’expirons pas encore ; et, au lieu d’insulter si grossiérement 4 notre agonie, qu’elle apprenne done, la Ligue de l’enseignement,

‘ V. Dupanloup, Les alarmes de lépiscopat, 26-30; Revue catholique des institutions et du droit, 1888, 210-212.

2 15 octobre.

3 Discours de Jean Macé a Cahors, en 1894.

44 décembre 1868.

> Revue des Deux Mondes, 15 février 1899, 891.

sf aaa

‘DU CLERG

Were

que vingt empires dorment dans les fosses quwils nous ont creusées. -|

En 1867 1, l’enseignement des jeunes filles. | Duruy, ministre de l’instruction publique, qui. préte la main 4 toutes les déplorables entreprises, opére, d’un seul trait, une révolution dans l’enseignement des jeunes filles de quatorze 4 dix-huit — ans. Sous le beau prétexte de ramener Vunité

: +e dans la famille, non pas par les croyances, mais —

par le scepticisme, il veut créer pour les jeunes filles des cours publics qui seront faits dans les

hotels de ville par MM. les professeurs de ’Uni-

versité de ’Etat, émancipateurs, comme lui, de

la pensée humaine. « Oui, s’écrie le journal

le Siécle 2 qui ne se contient pas de joie, pour vaincre l’ennemi il n’y a qu’un moyen, un seul,

des libres-penseuses ! » « Dans quelques semaines,

dit la circulaire ministérielle, tout sera fondé ;

nos trois mille professeurs sont préts dans trois

cent quarante villes. » Sans doute les évéques, ayant 4 leur téte Mgr Dupanloup, se soulévent au

nom de la religion, de la morale, de la famille, du

foyer domestique et de la plus haute délicatesse

des Ames; sans doute Mgr Angebault, évéque

d’Angers, s’écrie que « ces gens-la sont fous, en

voulant étendre leurs mains glacées jusque sur le

cceur de la femme et de la jeune fille, et quil les

combattra jusqu’a la fin *; » sans doute, a Angers,

le maire, M. Montrieux, refuse de préter une

salle; sans doute enfin le projet est frappé d’une

réprobation presque universelle : mais lVidée, pré-

maturée alors, devait faire du chemin, et lorsque

Duruy est mort, le 26 novembre 1894, les libres-

penseurs, les athées, les matérialistes, tous leg

ennemis de l’Kglise lui ont tressé des couronnes,

bien quwil etit fini chrétiennement, saluant dans

Vancien ministre de Napoléon III linitiateur de

la laicisation, pour employer ce mot barbare,

qui désigne une chose barbare aussi.

En 1868, ajoutez le matérialisme, ou du moins les tendances matérialistes, dans les écoles, méme dans l’enseignement supérieur, particuliérement dans les Facultés de médecine, surtout dans celle de Paris. Au Sénat, le 20 mai 1868, le cardinal de Bonnechose, archevéque de Rouen, fort attaché a Empire, a ’empereur et 4 l’impératrice, s’écrie : « Il n’y a plus de Dieu, plus d’ame, plus d’immortalité, plus de vie future, plus de responsabilité, plus de distinction entre le bien et le mal, entre VPhomme et lanimal. Tout pour les sens, tout pour la matiére, voila le cri sauvage qu’on fait entendre aux jeunes générations... Voila pourquoi les familles désolées et la société alarmée ont maintenant les yeux tournés vers vous, Messieurs, de tous les points de la France, et tendent vers vous des mains suppliantes...4» Que fait le Sénat? Il enterre la question par ordre du jour. Que dit

4 26 octobre.

2 20 novembre 1867, e Lettre a Vabbé Jean de Lamennais. Archives de Vévéché d’Angers, Correspondance.

4 Moniteur, Sénat, 20 mai 1868.

Yempereur? Il se montre bon prince : année suivante, se rencontrant avec le cardinal de Bonnechose, il se contente de lui dire : « Nous avons été blessé de quelques passages de vos discours de Pan passé, mais nous n’y pensons plus *. »

Ajoutez la presse, et ces petits journaux a un sou, la plupart créés ou transformés depuis 1860, car jusqu’alors Vaction du journalisme navait atteint que les classes aisées, ces petits journaux que le peuple dévore et qui l’empoisonnent ; et ces grands journaux, comme le Siécle, dont le directeur Havin reléve, trés souvent sur le signal méme de l’empereur, la, Saint-Barthélemy, Galilée, l’Inquisition, les jésuites, le droit du seigneur; quitte a recevoir un communiqué sévere d’apparence, lorsque ses emportements dépassent la mesure 2; comme |’Opinion nationale encore, journal du prince Jéréme, qui, chaque jour ou presque chaque jour, déjetine @un vicaire et dine d’un curé; comme tous ces autres journaux soutenus, encouragés, favorisés, subventionnés, pendant que les journaux religieux, tous sans exception, sont frappés, avertis, suspendus, supprimeés.

Ajoutez encore les opuscules 4 quatre sous qui

inondent la France, avec un débordement qui menace de couvrir la société de ruines et de débris, malgré les avis que les évéques en donnent a ’empereur lui-méme 3.

' Ajoutez enfin les bibliothéques, petites et grandes, a Paris et en province : bibliotheques nationales, municipales, populaires, ov l’on voit, au moins quelquefois *, Proudhon, Eugéne Sue, Michelet, péle-méle avec Diderot, Voltaire, Rousseau et Renan, lapostat Renan, 4 qui Napoléon III, sans doute mal informé, avait confié une mission en Syrie et une chaire @hébreu au Collége de France; Renan a qui Napoléon III, trompé sans doute encore, écrivit de sa main un billet ot il lui témoignait V’espérance que son Cours pourrait bientét étre repris, lorsqu’il fut suspendu par ordre du ministre pour avoir insulté a la divinité de Notre-Seigneur 5.

Et ce chaos des doctrines, ce ravage des ames, contre lequel crient sans cesse les évéques, voyants

4 Besson, Vie du cardinal de Bonnechose, II, 86.

2 V. La Gorce, Histoire du second Empire, II, 83.

3 « L’empereur parait étonné ; en réglant le colportage dune maniére telle quelle, il croit avoir tout fait. » Besson, Vie du cardinal de Bonnechose, I, 388; II, 13, 14.

4 Moniteur, Sénat, 21 juin 1867.

5 Besson, Ivid., II, 16. — Les mémes jours, 21 et 25 juin 1867, il se passa au Sénat un fait qui éclaire la situation d’une triste lumiére. Le Sénat, ayant témoigné de sa répulsion pour la Vie de Jésus par Renan, Sainte- Beuve ne craignit pas de vanter son auteur, « ’homme, dit-il, le plus distingué de sa génération... et que Vempereur honore de son estime, comme il honore de gon amitié Georges Sand.» (Monitewr, 26 juin 1867). Or, le lendemain, les catholiques apprirent avec stupeur que Ecole normale supérieure de Paris avait vote une adresse de félicitations, non aux sénateurs qui avaient. vengé Dieu, mais a celui-la qui avait cru deyoir défendre Yathéisme de Renan. Voila done la premiére école du

avs, Pécole destinée 4 occuper les principales chaires des Facultés et des lycées qui, placée entre le dogme fondamental du christianisme et le blasphéme, se pange d’enthousiasme du cété du blasphéme ! (Mandement de

ANY DU eERRGR. Og ei

@Israél, au milieu d’un frénétique essor imprimé

aux instincts matériels, aux cupidités, a la soif de

Por et des jouissances; au milieu de ces constractions fastueuses souriant a la joie, au plaisir, comme l’Opéra (soixante millions), qui, ’architecture écrivant Vhistoire, est la formule méme du second HKmpire; au milieu de cet éblouissant « progres », sur lequel Napoléon III, croyant que les capitaux peuvent remplacer les vertus, revient sans cesse dans les articles qu’il trace de sa main

pour ses trois journaux, le Pewple, le Diw-

Décembre et & un moment l’Epoque, ainsi que dans son roman projeté, M. Benoit, « honnéte épicier de la rue de la Lune 1 » : comme si le progrés

matériel pouvait étre la civilisation, lorsqu’il n’est

point la base d’un progrés moral proportionné! comme si l’univers le plus parfait n’était pas celui oti les Ames sont plus belles que les monuments!

Quel contraste entre 1852 et 41870! En 4852, V’Empireacclame la religion : lille est, dit-il pour la flatter, le salut du monde. Et, en 1870, le méme Empire livre la religion, dont il a attaqué les libertés depuis 1860, non pas 4 la merci d’un sys-

teme, mais, chose pire, de la négation qui dévore! »

Aussi, lorsque l’étoile de Napoléon III (car lui aussi croyait 4 son étoile *) s’est inclinée, elle aussi, au couchant, au couchant sanglant et livide ; lorsque, vieilli, attristé, malade, il est parti en guerre contre les barbares du Nord avec un drapeau qui,

‘dit-il, « porte les idées civilisatrices de notre

erande Révolution® » ; lorsqwil a sombré dans une catastrophe qui a épouvanté le monde, sans mériter sa pitié, ajoutant le nom de Sedan a celui de Waterloo ; lorsqu’il n’a laissé 4 la patrie étouffée de sanglots que des ossements a recueillir, des provinces 4 pleurer, un total de dix milliards * a payer, et surtout a refaire une conscience publique plus dévastée que le sol, plus ruinée que le trésor, plus tombée que notre histoire; lorsque enfin, apres ces convulsions, les siennes et celles de la France, il meurt sur un coin du sol britannique, au mois de janvier 1873 : la-bas, au pays breton, qui, en 1858, tressaillait d’espérance a son aspect, le cardinal Brossais Saint-Mare, qui l’avait accablé de louanges sur le parvis de sa cathédrale, s’écrie, avec une religieuse émotion et un amer retour sur les illusions du passé : « Dieu ait pitié de son ame, car il nous a trompés *! »

oi EN serena

caréme de Vévéque de Saint-Brieuc, le 1 février 1868). Un éléve soupconné par l’administration d’avoir rédigé cette adresse est renvoyé. Aussitot les éléves des deux sections de l’école déclarent que l’adresse ayant été délibérée et votée par tous, tous en revendiquaient la responsabilité. (L’Opinion nationale, 6 juillet 1867).

1 Papiers et correspondance de la famille impériale, 1, 372-376, 202.

2 Seg amis aimaient ale dire : « L’empereur ales yeux fixés sur son étoile. » Discours de Pietri au Sénat, 2h février 1862. ; F site

3 Proclamation au peuple francais, Paris, 22 juillet 1870.

4 Charges créées par la guerre de 1870 : 9.820.643.000 fr. Journal officiel, 8 janvier 1875, 140.

’ Discours au collége Saint-Vincent de Paul, 4 Rennes.

970 iit) VAMI DU CLERGE —

LA PENITENCE SACRAMENTELLE

(Suite)

§ 4. — QUALITIS DE LA PENITENCE SACRAMENTELLE

D’aprés la discipline actuelle, le choix de la pénitence sacramentelle est entiérement laissé a la prudence et au jugement du confesseur. Mais, pour le diriger dans ce choix, l’Eglise lui a tracé plusieurs régles.

Elles se rapportent 4 la qualité des péchés, aux facultés et aux dispositions du pénitent, et aux ca-

ractéres propres de la pénitence sacramentelle.

PREMIERE REGLE : I] faut considérer la qualité des péchés accusés

Cette premiére récle est formulée par le Concile de T'rente en ces termes : Debent ergo sacerdotes Domini... pro qualitate criminum... satisfactiones injungere. Or, pour apprécier la qualité des péchés, le confesseur devra avoir égard et au nombre, qui contribue beaucoup a rendre le pénitent plus coupable; et a l’espéce, qui sert 4 en faire connaitre la nature et la malice propre; et ala maniére dont le péché a été commis: an ex infirmitate, ignorantia, vel malitia; an ex repentino animi motu, an vero ex pravo aliquo et inveterato habitu. On ade Vindulgence pour les fautes ou il y a plus de faiblesse que de malice. Il faut aussi considérer si le péché a été public ou secret, sil a eu des suites coupables, nuisibles au prochain, a la société, etc. La considération attentive de ces diverses circonstances est nécessaire au confesseur pour qu'il puisse imposer une pénitence qui soit tout 4 la fois et une juste réparation de Vinjure faite 4 Dieu par le péché et un reméde efficace aux maux quwil a causés.

« Quant au nombre des péchés, on ne peut pas prudemment, dit Mgr Gousset, n. 451, imposer une aussi forte pénitence, a proportion, pour un grand nombre de péchés que pour un petit nombre: Un homme n’a commis qu’un péché mortel : on lui donnera certainement une pénitence plus forte et méme beaucoup plus forte a proportion que s'il avait commis vingt, cinquante, cent péchés mortels. Sans cela, il y aurait une foule de pécheurs quwil faudrait accabler de pénitences pour toute la vie ; Jeur vie méme n’y suffirait pas. »

De plus, le confesseur, pour se guider dans l’appréciation des péchés, consultera trés avantageusement les anciennes régles ou canons pénitentiaux en usage autrefois dans l’Kglise.

DEUXINME RSGLE : Il faut considérer les facultés et les dispositions du pénitent

Cette régle se trouve expressément formulée dans ces paroles du Rituel romain : Confessarius salutarem et convenientem satisfactionem, quantum spiritus et prudentia suggesserit, injungat

habita ratione status, conditionis, sexus et cetatis et dispositionis penitentium. La raison de cette regle est que le tribunal de la pénitence est un tribunal de miséricorde ; et par conséquent le prétre qui y siége comme juge, doit savoir compatir aux infirmités corporelles et spirituelles de ses freres. C’est l’esprit de Jésus-Christ : Non habemus ponlificem, dit saint Paul, qui non possit compatt infirmitatibus nostris. (Hébr., Iv, 15).

Le confesseur aura donc égard 19 @ Vétat du pénitent, s’il est clerc ou. laique, religieux ou séculier. Il est manifeste, d’une part, que la méme faute, toutes choses égales d’ailleurs, est plus grave chez un clerc que chez un laique, chez un religieux que chez un séculier. D’autre part, la pénitence qui convient 4 un clerc et a un religieux peut souvent ne pas sonvenir 4 un laique et a un séculier. — 20 A sa condition, sil est riche ou pauvre :il ne faut pas imposer des auménes a celui qui peut A peine se procurer le nécessaire ; s’il est maitre ou serviteur, supérieur ou inférieur, marié ou libre. I] est clair que cette différence de condition peut augmenter ou diminuer la gravité de la faute et par conséquent celle de la pénitence. De plus, une pénitence trés convenable pour un supé-» rieur, une personne libre, peut parfaitement ne pas convenir 4 un inférieur, 4 une personne mariée, et réciproquement. — 3° A son sexe: on ne doit pas imposer 4 un jeune homme, a un homme fait le méme genre de pénitence qu’a une jeune fille, qu’a une femme. — 40 A son dge: il ne faut pas traiter un enfant comme une personne d’un age mir : les péechés sont ordinairement moins graves chez un enfant; il faut aussi dans l’imposition de la pénitence tenir compte de ses forces physiques et morales, relativement encore faibles et incompleétement développées. On agira de méme 4 l’égard des vieillards dont lage et les infirmités ont notablement affaibli la vigueur. — 50 A ses dispositions physiques: Sil est Vune santé faible, délicate et maladive, ou d’une santé forte, robuste, etc. ; morales: Sila lame calme ou inquiéte, agitée par des doutes, des scrupules; s’il est sujet a de violentes tentations ou emporté par Vimpétuosité de ses passions; s'il a des habitudes religieuses et lesquelles : ainsi on n’imposera pas une demiheure ou une heure de méditation 4 une personne étrangére a ce pieux exercice. Il faut surtout tenir compte du degré plus ou moins élevé de bonne volonté et de vertu du pénitent, de la repugnance quwil éprouve pour tel ou tel genre de pénitence, et de la difficulté plus ou moins grande qu’il deyra surmonter pour s’acquitter de la satisfaction qu’on veut lui imposer.

Selon saint Francois de Sales, le confesseur doit demander au pénitent s'il ne fera pas bien volontiers sa pénitence; car, en cas qu'il le yoie en peine, il fera mieux de lui en imposer une plus facile, puisque, ordinairement, il est beaucoup meilleur de traiter les pénitents avec amour et bémignité (sans toutefois les flatter dans leurs péchés) que de les traiter avec apreté et rigueur.

(Avertissem. aux confess., ch. vim). Saint Charles Borromée parle dans le méme sens. C’est donc un devoir pour le confesseur de sonder, au besoin, les dispositions de son pénitent relativement ala pénitence qu’il se propose de lui prescrire.

TROISIEME REGLE : La pénilence sacramentelle doit étre salutaire, convenable, afflictive et médicinale

Voici le texte du Concile : Debent ergo sacerdotes convenientes satisfactiones injungere... Habeant autem pre oculis, ut satisfactio quam imponunt, non sit tantum ad nove vitcee custodiam et infirmitatis medicamentum, sed etiam ad preteritorum vindictam et castigationem.

1° La pénitence sacramentelle doit étre salutaire, c’est-a-dire propre 4 procurer le salut et le bien spirituel du pénitent. La raison c’est que sacramenta sunt propter homines ; par conséquent la satisfaction qui est partie intégrante du sacrement de pénitence, doit comme la confession, la contrition et Pabsolution concourir au salut et au bien spirituel du pénitent. Le confesseur, dans le choix de la pénitence a imposer, doit donc avoir en vue tout d’abord le salut du pénitent : Salus populi suprema lex.

En conséquence, pour éloigner un pénitent du danger prochain du péché mortel, il lui imposera quelquefois une pénitence grave méme pour des fautes légeres, 4 savoir dans le cas ot ces fautes légéres seraient un acheminement presque inévitable au péché mortel. D’autres fois, au contraire, il enjoindra une pénitence moindre que celle qu’exigeraient le nombre et la griéveté des péchés confessés, sil y a heu de craindre qwune pénitence plus rigoureuse, quoique juste, ne rende le sacrement odieux au pénitent, ou bien qu'il ne l’'accomplisse pas, ou encore qu’il ne s’adresse par la suite 4 un confesseur incapable de procurer efficacement son bien spirituel.

Le confesseur doit aussi éviter d’imposer des pénitences perpétuelles ou méme, du moins ordinairement, de longue durée, par exemple d’un an, de cing ou six mois. La raison c’est que ces sortes de pénitences s’oublient facilement. Puis elles sont souvent une cause de trouble et d’inquiétude pour le pénitent. Enfin, si ces pénitences se multipliaient, un pénitent pourrait se trouver chargé, pendant toute sa vie, d’innombrables obligations, ce qui ne nuirait pas peu 4 son salut et a son bien spirituel.

Ajoutons que le confesseur doit, dans Vimposition d’une pénitence, faire en sorte qu’elle soit bien déterminée, parfaitement précisée et quant a son objet et quant au temps et quant au mode de Yaccomplir : c’est le moyen d’en faciliter Pexécution au pénitent.

20 La pénitence sacramentelle doit ¢tre conve- nable, cest-a-dire proportionnée, au moins de quelque maniére, au nombre et a la griéveté des péchés accusés. C’est l’enseignement du Concile de Trente: Debent ergo sacerdotes Domini... pro

qualitate criminum et peenitentium facultate... convenientes satisfactiones injungere ; ne, si forte peccatis conniveant, et indulgentius cum peenitentibus agant, alienorum peccatorum participes efficiantur. Au tribunal de la pénitence, le confesseur est juge; il doit donc, dans Vimposition de la satisfaction, observer les régles de la justice et par conséquent proportionner le chatiment a la faute. De plus, le confesseur remplit les fonctions d’arbitre entre Dieu et le pénitent ; cest pourquoi de méme qu’il violerait la justice envers celui-ci, si pour une faute légére il lui imposait une pénitence grave, de méme il agirait injustement vis-a-vis de Dieu, s’il enjoignait pour des fautes graves une satisfaction légére ; ce serait une connivence coupable et une trahison criminelle. ;

Je dis que la pénitence sacramentelle doit étre proporlionnée au moins de quelque maniére au nombre et a la griéveté des péchés accusés. Il nest pas nécessaire que la proportion entre la peine et la faute soit absolue, adéquate et en quelque sorte mathématique. La raison c’est que l’injonction dune pénitence absolument proportionnée est impossible, parce que nous ignorons la peine que mérite exactement telle ou telle faute au jugement de Dieu. Au surplus, il y a, comme nous Vexpliquerons dans la suite, plusieurs causes qui

non seulement autorisent le confesseur 4 diminuer —

la pénitence, mais qui lui en font un devoir.

En conséquence, le confesseur doit réguliérement imposer une penitence grave pour des fautes graves, et une pénitence légére pour des fautes léeeres.

Or, Vaprés la discipline actuelle de l’Helise, on

‘regarde communément comme pénitence grave,

toute ceuvre équivalente ou correspondante a celle

que l’Eglise impose sous peine de péché mortel, ou

a celle qui, si elle était prescrite, obligerait par elle-méme sous peine de péché mortel. Ainsi, l’assistance 4 la messe, un jour de jetine ou Wabstinence, la récitation d’un chapelet, des sept psaumes de la pénitence, des litanies des saints avec les versets et oraisons, l’exercice du chemin de la croix, une méditation de vingt minutes, etc., sont considérés comme matiére suffisante pour une pénitence grave. Mais la récitation d’un Miserere, des litanies dela sainte Vierge, du saint nom de Jésus, du Sacré-Coeur, de cing ou sept Pater et Ave une seule fois, etc., est une maniére insuffisante pour une pénitence grave.

30 La pénitence sacramentelle doit étre a/flictive, c’est-a-dire pénible, elle doit étre pour le pénitent une géne et lui causer une certaine peine ou douleur, pawnitenti aliquod gravamen vel incommodum afferens. En effet, le Concile de Trente appelle la pénitence sacramentelle peine satisfac-

toire, et déclare qu’on ne peut s’en acquitter sans

souffrir. Selon la doctrine du méme concile, la pénitence sacramentelle a pour mission de chatier le coupable et de lui étre comme un frein quil’empéche de retomber dans le péché. Par elle, le péeni-

oR ie ere

tent venge sur lui les droits de la divine justice injustement violés, et acquitte les dettes quil devrait payer dans les flammes du purgatoire. Ainsi, il est manifeste que la pénitence sacramentelle doit étre afflictive et causer au pénitent de la peine et une certaine géne. C’est pourquoi le confesseur est tenu de lui imposer comme pénitence sacramentelle des cuvres bonnes, pénibles, génantes et la-

. borieuses.

Mais, dans l’état présent de nature déchue, toute ceuvre bonne est pénible et laborieuse ; pour l’accomplir, un effort plus ou moins considérable est nécessaire. Au surplus, faire exécuter en vertu de Vobéissance la pénitence enjointe est un acte de renoncement, par conséquent pénible.

A la vérité, une longue habitude, aidée de la grace, rend quelquefois doux et presque agréable Vexercice de certains actes vertueux, comme la priére, ’auméme; mais ces actes demeurent en eux-mémes pénibles, génants, et cela suffit pour quwils puissent étre légitimement imposés comme pénitence sacramentelle.

4o Enfin la pénitence sacramentelle doit étre médicinaie. Il faut qu’elle contribue a l’amendement spirituel du pénitent, guérissant les plaies que le péché lui a faites, diminuant ses tendances au mal, et fortifiant son inclination pour la vertu, de maniére a le maintenir dans la vie nouvelle qu il a embrassée, et 4 le préserver des rechutes. C’est la doctrine du Concile de Trente : il prescrit aux confesseurs d’enjoindre des pénitences, qui soient ad nove vitee custodiam et infirmitatis medicamentum. Du reste, le sacrement de pénitence a pour fin de remédier au péché, réparant le mal qu’il a causé et empéchant son retour. Done la satisfaction, qui est partie integrante de ce sacrement, doit revétir, elle aussi, le caractére de remeéde et de traitement médicinal, elle doit cicatriser les plaies que le péche a faites et contribuer 4 rendre au pénitent une pleine et vigoureuse santé spirituelle.

Il est bon de remarquer que toute pratique expiatoire est un reméde contre le péché: Pene sunt remedia, dit Vaxiome. Les pénitences afflictives sont en méme temps médicinales. Par conséquent, il nest aucunement nécessaire que le confesseur impose a son pénitent des pratiques distinctes, les unes pour punir le péché et venger Dieu, les autres pour guérir l’Ame et la prémunir contre les rechutes.

La pénitence sacramentelle étant médicinale, on ne saurait trop blamer, dit Gousset (11, 452), certains confesseurs qui n’ont que deux ou trois formules de pénitences pour tous les fidéles qui s’'adressent 4 eux. La pénitence sacramentelle doit varier suivant les besoins et l’état moral du pénitent. Un confesseur sage et zélé appliquera 4 chacun de ses malades spirituels le reméde qui lui convient, selon ses dispositions et la nature du mal ou des maux dont il souffre. C’est la recommandation expresse du Rituel: Curet (confessarius), quantum fieri potest, ut contrarias pecca-

tis penitentias injungat, velut avaris eleemosynam, etc.

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