NOVEMBRE
LAM
REVUE DE TOUTES LES QUESTIONS ECCLESIASTIQUES
DOGME, MORALE, LITURGIE, DROIT CANON, ECRITURE SAINTE, PATROLOGIR, HISTOIRE SACREE. — LEGISLATION CIVILE-ECCLESIASTIQUE. — PASTORALE, PREDICATION, CATECHISMES. — BIBLIOGRAPHIE
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F. PERRIOT
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L’'Eglise de France et I’Etat au XIX° siécle
QUINZIEME CONFERENCE Napoléon III et ’Eglise de France (1858-1870) LA LUTTE SUR LA QUESTION ROMAINE
Mesdames et Messieurs,
Le 44 janvier 1858, a huit heures et demie du soir, ’Empereur et VImpératrice arrivaient a Opéra avec leur escorte. Or, au moment ou leur voiture, dont la marche s’était ralentie, allait s’arréter 4 la hauteur de l’entrée principale, soudain éclatérent, a quelques secondes d’interyalle, trois explosions, semblables 4 autant de coups de canon. L’effet fut épouvantable : cent cinquantesix personnes étaient atteintes, dont huit mortellement; mais bien que leur voiture, dont heureusement le dessous était blindé, etit recu soixante-dix projectiles, ’!Empereur et l’Impératrice, objets de Vattentat, n’ayaient pas été touchés. Quels étaient les criminels? Trois Italiens. De ces trois Italiens, le principal était le comte Félix Orsini, fils de cet Orsini qui avait recu carbonaro, dans la loge de Césenne, le jeune prince Louis-Napoléon, devenu Vempereur Napoléon II. Orsini fut découvert, saisi, condamné, exécuté, le 15 mars 1858, sur la place de la Roquette. Mais ce qui dépassa tout, ce qui jeta la stupeur dans le monde diplomatique, ce fut une lettre qu’il écrivit 4 Napoléon III, de sa prison de Mazas, le 414 février; lettre qui fut lue aux assises par Jules Favre, défenseur de l’assassin, ou plutét de sa mémoire; lettre qui fut publiée par le Monitewr, journal officiel de ’Empire francais, et parla Gazette officielle de Turin. Or, cette lettre s’exprimait ainsi : « Tant que l’Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de PRurope et celle de Votre Majeste ne seront qu’une
chimére. » Que veut dire cette adjuration supréme, que Von appela bientdt partout le Testament d’Orsini ? Elle veut dire : « Empereur des Fran-
cais, vous étes un carbonaro, et, dans votre jeu-
nesse, vous avez juré aux carbonari de travailler avec eux, non pas a l’union, mais a Vunité de VItalie. Pour cela, vous avez porté les armes, en 1831 et en 1832, dans la révolte des Romagnes; vous avez méme écrit au pape Grégoire XVI, le priant d’abandonner son pouvoir temporel. Eh bien! aujourd’hui que vous étes tout-puissant, il, faut que vous teniez votre parole donnée. Je sais que, il y a deux ans, aprés la querre de Crimée, au Congrés de Paris, en 1856, vous avez laissé notre Cavour proclamer, dans le protocole du 8 avril, que la situation des Etats pontificaux est « anor- « male et irréguliére, » parce qu’ils sont gardés a Rome par la France et dans les provinces du Nord par lAutriche. Mais depuis lors vous vous étes endormi. Vous promettez et vous ajournez toujours. Le moment est enfin venu de secouer votre torpeur. Je suis le spectre révolutionnaire qui marche derriére vous, dans l’ombre, votre serment d’une main, un poignard de l’autre, tant que vous n’aurez pas réalisé vos promesses envers l’unité de Vitalie *. »
Mais, pour renverser le pouvoir temporel du Pape, que de difficultés! D’abord, ce pouvoir est légitime, puisque, aprés huit cents ans d’élaboration, i] est une donation réouliére et solennelle de Pépin et de Charlemagne, tous deux accourus du fond des Gaules au secours de la papauté contre les Lombards. Ensuite, il est providentiel , puisque, sans étre un article de foi, ni méme une
4 On ne saurait dire combien d’apologies le crime @Orsini a suscitées en Italie. Aujourd’hui encore s’étale en son honneur sur une maison de Plaisance cette inscription commémorative : « En traversant Plaisance, avant de toucher le libre sol piémontais, Félix Orsini passa la nuit du 5 avril 1856 dans cette maison d’Kdouard Guglielmitti, asile sir des réfugiés italiens, pour aller de la accomplir sur les rives de la Seine ce serment terrible qwil expia sur ’échafaud, condamné par Vhistoire, mais sanctifi¢é par amour de la patrie. »
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necessité absolue, il est une condition moralement nécessaire 4 l’indépendance du ministere pontifical. Ensuite, il est bienfaisant, puisqu’il a ranimé ce vaste ossuaire de l’empire romain, en faisant passer sur ses débris, éteints dans la poussiére du paganisme, le grand soufile de la civilisation chrétienne. Ensuite, 4 ce moment méme, en 1808, il est plus populaire que jamais, puisqu’il a pour souverain ce pape Pie IX, dont la noble, douce, paternelle, royale et sainte figure est saluée dans un concert d’acclamations. Enfin, a ce moment méme, est-il possible qu’il soit attaqué avec la connivence du chef dela France? Il n’y a pas dix ans,en 1849, que les armées frangaises ont rétabli le Souverain Pontife sur les ruines de la république de Mazzini, et c’est surtout parce qu’il s’est déclaré Végide de )’Eglise et le soldat de Dieu, que Napoléon III est parvenu a ’empire. Toucher, ou laisser toucher a ce pouvoir, ce sera provoquer une émotion périlleuse. Les catholiques, d’autant plus indignés qwils seront plus surpris, ne manqueront pas de s’écrier : Il y a quelque chose qui vaut mieux que la paix, c’est Vinviolabilité du droit!
- D’un autre cété, la Révolution est la, qui parle encore plus haut, avec une haine qui jaillit de son ceil et de ses poignards. Ce pouvoir temporel du Pape, dit-elle, cette souveraineté de l’Eiglise, ce regne social de Jésus-Christ, idéal des vieux ages, cest une insulte 4 Vavenement de la raison pure... Aussi, en 1797, premiére atteinte portée depuis des siecles a la domination pontificale, elle a détréné Pie VI; en 1808, par Napoléon Ier, sa plus puissante incarnation, elle a détréné Pie VII; et si, en 1834, elle n’a déchainé qu’un soulévement contre Grégoire XVI, elle a, en 1849, deétrdéné Pie IX, quelle veut détréner encore.
Ces embarras contraires, il n’est pas impossible de les vaincre. En effet, si Pon ne peut aller ni brusquement ni violemment, n’y a-t-il pas les voies éloignees, ténébreuses, souterraines ? Les intrigues de la diplomatie offrent tant de ressources a qui sait les faire valoir! I] est si facile de cacher la profondeur de ses desseins sous les marches et contre-marches! Et lorsque tout est engagé, quoi de plus naturel que @invoquer la force irrésistible des évenements ?
C’est décidé. Qu’il tombe pour faire l’unité de VItalie et complaire au génie de la Révolution, ce pouvoir temporel du Pape! Qu’il tombe par les machinations diplomatiques! Qu’il tombe enfin !
De la nait un drame, le plus grand de l’histoire contemporaine, qui va. se jouer en Italie, mais se tramer en France.
C’est alors qu’apparait dans toute sa grandeur VEglise de France ressuscitée au x1xe siécle. L’ame pleine des principes du droit, de la justice et de Vhonneur, elle défend le Saint-Siége contre Napoléon III. Sans doute, en 1858, il est encore toutpuissant, ’empereur. Ayant rendu a4 la France la tranquillité au dedans et la gloire au dehors, il a le prestige; maitre absolu dans un pays ou la presse, ou les Chambres, oti tout est encore réduit
au silence, il a ’autorité ; et surtout il sait manier d’une main stire encore les deux instruments souverains, la centralisation et le suffrage universel. Mais l’Eglise de France apporte contre lui la premiére des forces, la force morale, c’est-a-dire Yardeur apostolique de quelques-uns de ses évéques et le dévouement de presque tous, la fermeté de son clergé, le talent de ses écrivains, Vunion de ses fidéles de toutes nuances, ultramontains, gallicans, libéraux, rapprochés par la gravité de la crise, les gémissements des humbles et des petits, qu’il ne faut pas dédaigner, et, pardessus toute chose, le courage jusqu’au dédain de la souffrance, jusqu’a amour du sacrifice, jusqu’au mépris de la mort sur les champs de bataille. Aussi, vaincue dans les faits, elle sera victorieuse devant la conscience.
Dans ce spectacle admirable que la France catholique donne a la terre, il y a cing actes.
Au mois de juillet 1858, Napoléon III prend les eaux dans les Vosges, a Plombiéres. Il envoie son médecin ordinaire, Conneau, inviter a venir le trouver secrétement Camille Bensa, comte de Cavour, précédemment journaliste, exilé, conspirateur, maintenant premier ministre du roi du Piémont, Victor-Emmanuel, et le politique le plus froidement pervers du moment. Cavour arrive. Le 20 juillet 1858, de onze heures du matin a trois heures du soir, pendant quatre heures, mystérieusement renfermé avec Napoléon II, il le scrute, | il le déchiffre, il le juge, et, cachant son ceil de faucon derriére ses lunettes, il arréte les principaux points d’une campagne contre l’Autriche, qui garde le nord des Etats du Pape, et qu’il faut rejeter hors de Il’Italie. Napoléon III, las de tant d’évocations, de tant de discussions, de tant de conspirations, le congédie, en lui donnant rendez-vous pour quatre heures. A quatre heures, ils montent tous deux dans un phaéton que l’empereur conduit lui-méme; ils s’engagent dans les vallons, a travers les foréts, et, comme gage dalliance entre la France et le Piémont, entre la France et la Révyolution, les deux complices arrangent un mariage déja projeté. La jeune princesse Clotilde, fille de Victor-Emmanuel, qui vit dans une retraite claustrale, loin des orgies de son pére, épousera le prince Jéréme Napoléon, qui, au Palais-Royal, enlevé pour lui 4 la famille VOrléans, s’est formé une cour des principaux lettrés, sceptiques, athées, conspirateurs de l’Europe, et qui, d’ailleurs, sans parler de son Ame tordue, est trois fois plus agé que la princesse.
Tout est réglé : Vexécution ne se fait pas attendre.
Le 4er janvier 1859, a la réception diplomatique des Tuileries, Napoléon [JI déclare a l’ambassadeur d’Autriche, par une seule phrase, qui éclate comme un coup de foudre, « qwil regrette que ses relations avec son gouvernement ne soient pas
aussi bonnes que par le passé. » Dix jours plus tard, le 10 janvier, 4 Turin, 4 ouverture du Parlement piémontais, Victor-En:manuel, se posant en libérateur de l’Italie, prononce cette phrase
ajoutée a son discours par Napoléon III lui-
méme: « Tout en respectant les traités, nous ne pouvons rester insensibles aux cris de douleur qui nous viennent de toute I’Italie. » Vingt jours plus
- tard, le 30 janvier, leprince Jérome Napoléon épouse
la jeune princesse Clotilde, qui sanglote, comme si le bonheur d’une jeune fille pouvait compter pour quelque chose dans les balances de la politique! Enfin, cing jours plus tard, le 4 février, parait une brochure politique inspirée, revue et corrigée par ’empereur lui-méme. Cette brochure, intitulée : Napoléon III et UlItalie, reproche a la papauté détre obligée, pour vivre, de s’appuyer sur des armées étrangéres; elle propose de sécula-
riser le gouvernement romain et d’établir une.
confédération italienne sous la présidence hono-
-raire du Pape et sous la direction du Piémont.
Le camp d’Israél n’est pas surpris. Ce complot
en travail, si dangereux pour la religion des
peuples et pour la vigueur du sens catholique, les évéques le dénoncent avec l’intuition de Vavenir. Dés le 16 février, Mgr Plantier, évéque de Nimes, déja résolu « a rester et 4 combattre sur la bréche jusqu’a ce que tout soit perdu ou
‘sauvé !, » publie un premier mandement sur la
Puissance spirituelle de la Papauté, puis, le 417 avril, un second mandement sur le Pouvoir temporel du Saint-Siége, et, comme un voyant, il ne craint pas de crier aux rois du jour : « Rappelezyous qu’on ne touche jamais a ce rocher du Capitole, sur lequel repose aujourd’hui le tréne pontifical, sans y briser souvent son sceptre et toujours son glaive et ’honneur de son nom! » Ce langage @oracle lui cotta Varchevéché de Toulouse, auquel il devait étre promu dans ce temps-la méme?; mais il se disait tout bas que mieux vaut pour un évéque une parole épiscopale qu’un archevéché... « Eh! s’écrient les écrivains laiques, vous proposez au Souyerain Pontife, en échange sous-entendu de la souveraineté de ses tats temporels, la présidence de l’Italie confédérée: mais ce cadeau ressemble fort a une spoliation. Car enfin quelle pourra étre la constitution pratique de cette confédération italienne présidée par Pie IX et ses successeurs? Quelles seront les attributions de cette présidence ? Quel en sera le bras armé ? Le Piémont. Mais est-ce que les idées
du Piémont ne sont pas hostiles 4 la papauté?
Devons-nous oublier que les hommes qui réclament si vivement aujourd’hui l’action de la France de lautre coté des Alpes, sont ceux-la mémes qui, il y a dix ans, en 1849, s’y opposerent par tous les moyens en leur pouvoir, parce que cette action devait profiter 4 l’autorité pontificale? Non, non, ce n’est pas le complément de l’expédi-
. uvres, LLL: 175: :
2 Glastron, Vie de Mgr Plantier, I, 883.
LVAMI DU CLERGE *
tion de 1849 que l’on demande a Vempereur : cest la revanche de l’empereur Napoléon III contre le
président Louis-Napoléon!*» Ainsi, dés le pre- — mier jour, les catholiques frappent sur la téte -
méme du tout-puissant empereur, sachant que ce nest pas avec des phrases que l’on se défend, mais avec des coups. .
Rien n’y fera rien. Le sort en est jeté. Il faut partir en guerre.
Le 3 mai 1859, la guerre est déclarée par la France a ’Autriche. Dans sa Proclamation, Napoléon III a soin de. s’écrier : « Nous n’allons pas en Italie fomenter le désordre ni ébranler le pouvoir du Saint-Pére que nous avons replacé sur son tréne, mais pour le soustraire 4 la pression étrangére qui s’appesantit sur toute la Péninsule. » Le lendemain, 4 mai, Rouland, ministre des cultes, s’empresse de rassurer les évéques par des protestations hypocrites : « Le prince, dit-il, qui, aprés les mauvais jours de 1848, a ramené le Saint-Pére au Vatican, veut que le chef supréme de l’Eglise soit respecté dans tous ses droits de souverain temporel. Le prince qui a sauvé la France de Vinvasion de l’esprit démagogique, ne saurait accepter ni ses doctrines ni sa domination en Italie. » Grossiere perfidie, a laquelle les évéques ne se laissent pas prendre. Aussitdét, le 12 mai, par une lettre pastorale, le cardinal Mathieu, archevéque de Besancon, ordonne de chanter un Miserere, tous les dimanches, pendant lExposition du Saint-Sacrement ?.
Les actes de Pempereur, en effet, ne répondent
pas tout a fait a ses paroles. Le 8 juin, dans les
premiers enivrements de la victoire, entre Ma-
genta et Solférino, Napoléon III, par une procla- -
mation datée de Milan, lance a tous les échos sa fameuse théorie des nationalités, encore une idée éclose du génie de la Révolution et destinée 4 servir les entreprises de bouleversements sous lenom de cette grande et sainte chose qu’on appelle la patrie. « Italiens, s’écrie-t-il, profitez de la fortune
qui s’offre a vous!... Unissez-vous pour V’affran-
chissement de votre pays!... Volez sous les drapeaux de Victor-Emmanuel! » Quatre jours aprés cette proclamation, les Romagnols, sujets du Pape, s'insurgent contre l’autorité pontificale, ils déclarent ne plus vouloir étre que les sujets de Victor-Emmanuel, et, le 6 septembre, dans ce qu’on appelle un plébiscite, 6000 votants, sur 200.000 électeurs et 418.000 inscrits, 6000 votants, dis-je, achetés dans la violence et le mensonge, votent cette annexion, contre laquelle, 6 supréme hypocrisie! le Moniteur officiel dev Empire francais s’éléve le surlendemain. Or, pendant que Pie IX proteste dans une allocution consistoriale, ou chague parole est détrempée de larmes *, lFRglise de France, prise d’une émotion extraordinaire, dénonce ce crime ou l’ingratitude le dispute
4 De Falloux, Discours et Mélanges politiques, II,
* Besson, Vie du cardinal Mathieu, 11,104.
3 Maximo cum animi dolore, 26 septembre.
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& Vimpiété. Mer Parisis, évéque d’Arras, le véteran des grandes luttes de la liberté sous Louis- Philippe, donne le signal; Mgr Pie, évéque de Poitiers, au nom du droit naturel et du droit divin, écrit une lettre A son clergé sur la révolte des Romagnes; Mgr Dupanloup, évéque d@Orléans, publie une protestation qui trouve un écho dans le monde entier; Mgr Gerbet, évéque de Perpignan, flétrit la conduite indigne de Victor- Emmanuel; Mgr Plantier, évéque de Nimes, montre comment la Révolution reprend son oeuvre momentanément interrompue; sur son lit de mort, le doyen de l’épiscopat francais, Mgr de Prilly, évéque de Chalons, s’écrie que « si les larmes que Pie IX répand sont améres pour son coeur, elles sont terribles pour ceux qui les font couler; » enfin, pour passer beaucoup de ces lettres épiscopales qui soulévent des tempétes dun bout a Vautre de la France et de V’Europe, 4 Bordeaux, le 14 octobre, le cardinal Donnet, complimentant Vempereur, l’exhorte « 4 mettre un terme aux anxiétés du monde catholique; » et comme l’empereur répond en faisant appel a la priére ’, formules gotitées autrefois, mais qui ont bien perdu de leur saveur, Montalembert lui répond quelques jours plus tard, le 25 octobre : « Oui, cest la guerre portée par la France en Italie qui aura amené la destruction temporelle du Pape dans le tiers de ses Etats et ’ébranlement inséparable de tout le reste. La fille ainée de l’Hglise en demeurera donc comptable devant le présent comme devant l’histoire, devant lKurope comme devant Dieu *. » C’était parler si clair, que le gouvernement fit un proces 4 Montalembert; mais c’était parler si juste, que Montalembert fut acquitté. Pour régler ces difficultés italiennes, on parle dun conegrés. L’ opinion publique se demande quelles seront les vues des négociateurs, lorsque, tout a coup, le 22 décembre 1859, parait, avec toute la solennité d’un mystére, une nouvelle brochure anonyme, dont l’auteur est encore le vicomte de la Guéronniére, et dont l’inspirateur est encore Napoléon III : Le Pape et le Congres. Et cette brochure conclut, « au nom de la conscience et de la raison, » que le Pape doit commencer par renoncer aux Romagnes, sauf a renoncer au reste de ses Etats un peu plus tard, parce que, dit-elle en essayant davoir de Vesprit, « le pape n’a pas besoin de l’espace pour étre aimé et vénéré. » Or, cette brochure, qui, selon la définition de Pie IX, est « un monument insigne @hypocrisie et un ignoble tissu de contradictions *, » provoque, au milieu des tressaillements impies, une explosion d’indignation et de douleur parmi les catholiques. Mgr Dupanloup, qui invoque de préference la politique et le droit public, y répond
1 « Au lieu d’en appeler aux passions ardentes, il faut prier la Providence d’éclairer les peuples et les rois sur le sage exercice de leurs droils comme sur Vétendue de leurs deyoirs. »
2 Pie IX et la France : Huvres, v,618.
3 Allocution au général de Goyon, le 1*" janvier 1860.
dans vingt-quatre heures, fatiguant ala fois deux imprimeries, donnant a lune le commencement | de sa réponse, 4 Vautre la fin 1. Mgr Pie, qui invoque de préférence la doctrine et le droit ecclésiastique, va la condamner en chaire. Le bruit s’en répand 4 Paris : aussitét, dans la nuit du 14 au 15 janvier 1860, le ministre de l’intérieur télégraphie au préfet, le ministre des cultes télégraphie également au préfet que « ce sera nuisible a la paix publique et 4 la religion; » a trois heures et demie du matin, le zélé préfet, armé de ses deux télégrammes ministériels, court done a Vévéché : mais Pévéque répond au préfet qu’avant de recevoir les conseils des ministres, il a pris conseil de sa conscience 2. Kt le 29 janvier, Pie IX lance son
Encyclique Nuilis certe verbis, ou. il déclare au
monde catholique que ’empereur des Francais n’ignore pas avec quel argent et quels secours la rébellion des Romagnes a été accomplie; et P Univers publie l’Encyclique en latin, en francais, et, le jour méme, 29 janvier, le ministre Billault, pour sauvegarder, dit-il, « l’ordre public, l’indépendance de l’Etat et la dignité de Ja religion *, » supprime l’ Univers. Et le 25 février, de la solitude de Sorréze, Lacordaire publie une brochure sur La liberié de VEglise et de Vltalie *, dont 12.000 exemplaires sont enleyés en moins de quinze jours 5. Et de Falloux, de Broglie, Cochin, de Corcelles, se jettent dans la mélée; et méme Saint-Mare Girardin, qui rompt avec le Journal des Débats, et méme Guizot, et méme Villemain, méme Cousin, qui raillent 4 lenyi cette politique de confusion, et de malheur peut-étre. Enfin Mer Dupanloup est traduit en police correctionnelle par le Siécle et par la famille de ce pauvre évéque Rousseau, l’un de ses prédécesseurs, dont il a déshabillé la mémoire; mais il est justifie, malgré une pression gouvernementale qui révolte tous les honnétes gens, il sort acquitté du sanctuaire de la justice et recoit de ses admirateurs une croix pectorale en or 6... Le gouvernement a beau menacer, avertir, supprimer les journaux qui « oublient, dit le Moniteur, ce que l’empereur a fait depuis dix ans pour le Saint-Pére 7; » il a beau saisir « les petites brochures 4 format populaire qui sont, par centaines de mille, gratuitement distribuées dans les temples, les écoles et les maisons privéess; » il a beau enjoindre aux fonctionnaires de ne plus voir les évéques agitateurs; il a beau surveiller les pétitions, comme ne l’ont jamais été les menées les plus révolutionnaires ; Rouland, ministre des cultes, a beau demander aux évéques de « ramener dans les
ie Lagrange, Vie de Monseigneur Dupanloup, i, 284, * Baunard, Histoire du cardinal Pie, ut, 48-47.
* Moniteur, 30 janvier 1860.
‘Il y a des réserves a faire sur plusieurs points. |
> Foisset, Vie du R. P. Lacordaire, u, 380.
s Lagrange, Vie de Monseigneur Dupanioup, 1, 298oO °
7 Moniteur, 22 février 1860.
8 Ibid.
voies de ’Kyangile et du devoir les hommes quis’en écartent, » au nom des droits de VRtat, de la Pragmatique de saint Louis, dit-il 1, et de celle de Charles VII, et de l’Assemblée de 1682, et des Articles organiques, et au nom « de tous les services que l’empereur a rendus 4 la religion et de tous ceux qu'il rend encore au Saint-Siege 2; enfin Napoléon HI lui-méme, qui rejette tout conseil, soit qu’on lui parle 3, soit qu’on lui écrive hy a beau protester, dans son discours du 4er mars, a Vouverture de la. session législative, que « le monde catholique céde a des impressions irréfléchies..., que le passé est méconnu et que les services rendus sont oubliés » : c’est la guerre, la guerre implacable, parce que c’est la guerre de la justice et de la douleur. Et comme Victor-Emmanuel, continuant ses glorieuses conquétes par des plébiscites, annexe 4 ses Etats la Toscane, les duchés de Parme et de Modéne et les Légations, Pie IX, le 26 mars, sentant passer en lui le souffle de la colére de Dieu, frappe de l’excommunication majeure, non seulement ceux qui ont pris part a la rébellion, mais encore et de méme « leurs commettants, fauteurs, auxiliaires, conseillers, adhérents, participants. » Et comme Napoléon III défend de publier cette bulle *, et que les journaux a ses ordres ne se font pas faute de la travestir, Mgr Pie monte dans la chaire de sa cathédrale le jour de Paques : devant un peuple immense, il rétablit la vérité sur la formule de VYexcommunication *, pendant que Mgr Massonnais, évéque de Périgueux, 4 la veille de mourir, pousse ce cri prophétique dans son dernier mandement : « L’excommunication porte malheur! ” »
Voila le premier acte : c’est la protestation du droit.
Mesdames et Messieurs, dans les temps de luttes il ya, vous le savez, deux faiblesses qui équivalent a des trahisons : le silence et l’inertie. L’Eglise
1 La Pragmatique Sanction, datée de 1268, et attribuée 4 saint Louis, est une piéce fausse. Aujourd’hui tous les historiens en conviennent pour les raisons décrites par M. Paul Viollet dans la Bibliothéque de l’Ecole des Chartes, t. XXXI.
2 Moniteur, 20 février 1860.
3Un ami de vieille date, ’abbé de Ségur, auquel l’empereur avait toujours montré beaucoup de bienveillance, apporta jusqu’a lui Vexpression de ses alarmes. Napoléon III Pécouta froidement, lui répondit par quelques phrases évasives, et, 4 la fin de l’audience, dit a un chambellan : « Quon ne m’améne plus cet importun donneur de conseils! » En effet, cette visite du pieux aveugleaux Tuileries fut la derniére. Villefranche, Histoire de Napoléon III, u, 14.
4 Ye cardinal de Bonnechose lui écrit; Napoléon III lui répond, le 7 janvier 1860: « Je n’ai pu lire sans un profond sentiment de tristesse la lettre que vous m’avez adressée comme l’expression méme de la vérité. Quoi! les événements humains ont leur force irrésistible, aménent des situations inattendues et il n’en serait tenu aucun compte! Le défenseur constant et jusqwicile plus éprouvé du Saint-Siége en serait devenu tout a coup Yadversaire redoutable! C’est la un spectacle affligeant.. » Besson, Vie du cardinal de Bonnechose, 1,
5 Moniteur, 1° avril 1860.
° Baunard, Histoire du cardinal Pie, u, 70-72.
7 Tbid., 1, 109.
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de France n’a point été coupable de la premiére de ces deux faiblesses : elle ne va pas étre coupable de la seconde, non plus, elle va agir.
D’abord, il faut au Souverain Pontife cette
chose avec laquelle on ne fait pas tout, mais sans laquelle on ne fait rien: l’argent. Or, le territoire du Pape, qui comprenait 3.424.000 habitants, n’en comprend plus, depuis les annexions consommées en 1860, que 700.000. Des lors, son revenu, qui, en 1858, s’élevait & 89.190.000 francs, est tombé, depuis 4860, 4 30 millions, bien qu’il ait toujours a sa charge la part de la dette annuelle des quinze provinces dont il ne touche plus Pimpét !. Eh bien! si ’Giuvre du Denier de Saint-Pierre n’obtient pas de s’organiser en France a titre d’association, comme dans la plupart des autres pays catholiques, le gouvernement ne peut interdire, malgré tous les efforts des circulaires ministérielles 2, ni la quéte dans les églises, ni les collectes des comités de sowscription. Quelle fut la part exacte de la France dans les 14.184.000 francs que fournit le Denier de Saint-Pierre en 1860, je ne le sais pas; mais ce que je sais, c’est que nulle part on n’ouvrit aussi largement la main pour le Saint-Pére, parce que nulle part on ne fut aussi vivement touche de la sainteté de sa détresse et de ses malheurs. .
Et puis, comme le cabinet des Tuileries ne cesse de répéter 4 Rome « que l’on doit se mettre en mesure de se passer de son armée d’occupation, » Pie IX pourvoit a la défense de son tréne par une armée. I] prend pour ministre des armes un Belge, qui avait été blessé et décoré en Algérie sous le drapeau francais: Mer de Mérode. Mgr de Mérode offre le commandement 4 l’un de nos plus illustres généraux, 4 celui qui a combattu la barbarie sauvage en Afrique, et, en 1848, la barbarie civilisée en France, 4 La Moriciére: nom déja gravé dans la reconnaissance de la patrie, et qui le sera bientét dans la reconnaissance de l’univers catholique. La Moriciére entraine 4 sa suite des volontaires de presque tous les pays, mais surtout de la France, et dans la France surtout de la Bretagne, de la Vendée et de Anjou, pays du dévouement religieux et de l’héroisme militaire.
Cette petite armée pontificale, que Cavour dénonce 41l’EKurope comme un ramassis d’aventuriers de tous les pays, il faut ’écraser au plus tot. La plus audacieuse violation du droit des gens ne Varréte pas. On lache Garibaldi, le roi des « chemises rouges, » contre la Sicile, afin d’envelopper Rome de tous cdtés. De la Sicile, ’aventurier se jette sur les provinces napolitaines, dont le jeune roi Francois II n’est en guerre avec personne. La trahison vient a son aide, et aussi les vaisseaux de cette Angleterre, qui ne veut pas dela Révolution
‘ De Corcelles, Des Finances pontificales.
2 « Nul n’a le pouvoir de ressusciter dans notre pays, sous une forme publique et presque administrative, les anciens tributs ou collectes qui rappelleraient des prétentions et des usages abolis par le temps et la législation. » Lettre de M. Rouland, 5 mai 1860.
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chez elle, mais qui la porterait chez tous les autres pour une balle de coton.
Pendant ce temps-la, le Piémont masse soixante mille hommes sur les frontiéres des Etats pontificaux. Que va dire Napoléon III? Ul visite la Savoie, quiluia été cédée avec le comté de Nice, par le Piémont comme prix de sa complicité. Le soir du 4 septembre 1860, deux envoyés de Victor- Emmanuel, Farini et le général Cialdini, viennent le trouver 4 Chambéry, et, Vaprés un mot désormais historique, il leur dit, employant, sans le vouloir, les paroles mémes de Notre-Seigneur au traitre Judas: « Faites, mais faites vite. » Puis, cette autorisation donnée, il se dérobe avec ce mutisme que l’on prend pour de la profondeur ; il s’en va en Algérie, il refuse méme de laisser des instructions 4 ses ministres,qui télégraphient, a tout hasard, une promesse d’intervention au duc de Gramont, notre ambassadeur 4 Rome.
Oui, tout va se faire vite: en quelques jours tout est fait.
Vous savez ce que le Piémont a osé, ce que la France a permis, le 18 septembre 1860. En face de Lorette, 45.000 hommes contre 5.600! Une trahison, un assassinat! Castelfidardo, oti les trois cents Franco-Belges se sacrifient pour sauver le reste de Yarmée, ne reculant pas plus devant les hordes piémontaises qu’autrefois, en Gréce, aux Thermo-
pyles, les trois cents Spartiates de Léonidas
n’avaient reculé devant des milliers de barbares! Castelfidardo, ou le général marquis de Pimodan conquiert en mourant lV’immortalité, ou le commandant de Becdelievre, ou le capitaine de Charette ne tombent pas, mais. deviennent les fréres des martyrs! Castelfidardo, colline obscure hier, désormais sans pareille, parce quelle a été témoin de Yun deg plus beaux dévouements dont fasse mention lVhistoire des hommes! Puis, Ancéne, dernier boulevard dela puissance temporelle du Saint-Siége, Ancdne assiégé, qui lutte douze jours avec trente-quatre canons contre trois cent. cinquante, Ancéne, dont le gouverneur s’appelle le comte Théodore de Quatrebarbes! Enfin, La Moriciére vaincu, prisonnier, mais recevant des lévres émues de Pie IX un éloge auquel les siécles répondront!
Voila le second acte :
sang.
cest la protestation du
Au lendemain de Castelfidardo, les convoitises du Piémont sont mal satisfaites, car il reste encore Rome et Venise; mais, le trouble étant partout, il est impossible de continuer les agressions. Alors on essaye de décourager la résistance en VYendormant, lorsque, tout a coup, au mois de février 1861, une étincelle met tout en feu: c’est encore une brochure, une brochure politique, intitulée : La France, Rome et ’Italtie; et Vauteur en est encore le vicomte de la Guéronniére, directeur de la presse, conseiller d’EKtat, et par conséquent ergane du gouvernement. Il dénonce le Souverain
Pontife 4 opinion publique. Oui, dit-il, la faute des événements est au pape et au pape seul. — Au - Pape, réplique Vinfatigable Mgr Dupanloup *; dites plutét : 4 la France, car « a quel homme de bonne foi persuadera-t-on qu'il ait pu se faire en Italie quelque chose contre la volonté de la France? Les malheurs du Pape ne seraient pas possibles, si la France ne le voulait pas... Mais Vempereur a cédé. Il a d’abord protégé tout le droit, puis une partie du droit, puis une moindre partie...» Mgr Pie, qui défend la méme cause avec la méme intrépidité, mais non pas avec les mémes armes, se rencontre avec Mgr Dupanloup dans la méme réfutation au méme mois de février 1864. Dans une lettre pastorale qu’il publie, malgré les entraves légales que les ministres veulent mettre a la publication des mandements *, il raconte Vhistoire de Pilate qui, comprenant qu’aprés avoir toujours cédé, il allait étre entrainé 4 un acte de. supréme faiblesse,-ordonna qu’on lui apportat de Veau, se lava les mains et dit : « Je suis innocent du sang de ce juste! »... «Lave tes mains, 6 Pilate. Pour toute réponse nous disons chaque jour et la postérité la plus reculée dira avec nous : «Je crois en Jésus-Christ, qui est né de la Vierge Marie, qui a enduré mort et passion sous Ponce-Pilate... » Pour cette hardiesse dun autre Age, qui marque Napoléon III dun stigmate indélébile, Mgr Pie, traité de séditieux qu’il faut surveiller partout, est déféré au Conseil d’Etat et, malgré la défense de Léon Cornudet, il est condamné. Mais, plus fort que l’épreuve, il fait un mandement d’actions de graces et il écrit a Rouland, ministre des cultes, quil se console « avec les félicitations du Saint-Siege et avec les adhésions qui lui arrivent de toutes les parties de la chrétienté *. »
Cet épiscopat qu’on ne peut faire taire, il faut le blamer, ’humilier, le flétrir, en faisant approuver les actes du pouvoir par les Chambres francaises qui, pour la premiere fois depuis le rétablissement de ’Empire ‘, viennent d’étre autorisées 4 discuter une Adresse au souverain et 4 donner toute publicité & leurs débats. Donec, 4 Vouverture de la session, le 4 février 18641, Napoléon III essaie de justifier sa politique par le principe de nonintervention 5. Au Sénat, le Jey mars, Son Altesse
! Dupanloup, Liberté de Eglise, u, 420, 442.
> Circulaire de Billault, ministre de lintérieur, aux préfets, ordonnant que les mandements des évéques soient désormais assujettis au dépédt préalable et au timbre, comme des brochures politiques ordinaires, le 10 novembre 1860. Circulaire de Rouland, ministre des cultes, aux évéques, le 2 janvier 1861.
3 Réponses a la lettre de M. le ministre des cultes notifiant les poursuites dirigées contre le mandement du 22 février, le 3 mars 1861. Pie, Huvres, iv, 171, 173 206, 228. ;
‘ Décret du 24 novembre 1860.
> « Des événements difficiles 4 prévoir sont venus compliquer, en Italie, une situation déja si embarrassée. Mon gouvernement, d’accord avec ses alliés, a cru que le meilleur moyen de conjurer de si grands dangers était avoir recours au principe de non-intervention, qui laisse chaque pays maitre de ses destinées, localise les questions et les empéche de dégénérer en conflits. européens. » Moniteur, 5 février 1861.
Impériale le prince Jérdme Napoléon, sous prétexte de répondre au marquis de la Rochejacquelein, fait, pendant je ne sais plus combien d’heures, le plus sarcastique, le plus véhément, le plus décousu des discours, raillant « Mérode, souslieutenant belge, » flétrissant « La Moriciére et ses bandes, » proclamant, lui aussi, « ce principe fécond de non-intervention, » demandant « lunité de l’Italie avec Rome pour capitale, » enfin invitant le pape « A prendre une grande et honorable retraite ou il dominerait tout le monde et ne dépendrait de personne. » Or, dans ce Sénat, le gouvernement impérial, qui était habitué a recueillir ’unanimité, n’obtient que 79 voix contre 61... Au Corps législatif, treize jours plus tard, le 13 mars, M. Keller, jeune député qui se révele alors et qui prend parmi les défenseurs de lEglise cette place d’honneur qu’il conserve encore aujourd’hui, attaque la politique de l’Empire avec plus d’audace encore que le prince Jéréme n’avait attaqué la politique de la papauté : « La révolution italienne incarnée dans la personne de Félix Orsini, s’écrie-t-il, voila ce qui a fait reculer la France! » Or, dans ce Corps législatif, le gouvernement impérial, qui était habitué a recueillir la presque unanimité, n’obtient, en dépit de tous les efforts, que 161 voix contre 90... Et l’agitation continue, malgré les circulaires du garde des sceaux, Delangle, qui recommande aux procureurs généraux de restituer l’Hglise aux priéres et de Venlever aux conspirations ‘, croyant quil suffit @une circulaire ministérielle pour étouffer
les cris-de la conscience ; malgré les déclamations ~
des journaux, la Pairie, le Siécle, la Presse, YOpinion nationale, qui répétent a Venvi qwil n’est pas tolérable que dans les églises dont ila fait des clubs, du haut de la chaire dont il a fait une tribune, confondant le spirituel avec le temporel, le dogme avec la politique, le clergé déclare la guerre a la société moderne; enfin malgré les maires qui sont sur pied, qui mettent sur pied les gardes champétres, lesquels gardes champétres mettent sur pied toute leur intelligence : ce qui ne suffit pas 2.
L’année suivante, en 1862, mémes tempétes, mémes protestations du gouvernement, qui af-
4 Tbid., 9 avril 1861. ‘
2 Dans le diocése de Besancon, un curé a son traitement suspendu, parce qu’a la grand’messe du dimanche iln’a pas dit ’oremus pour l’empereur. Crest le garde champétre qui V’affirme. Le curé, de son cote, affirme quwil a chanté ’oremus. Le garde champétre, en effet, ne connaissait que la formule Domine, salvum fac imperatorem nostrum Napoleonem, et il n/avait point entendu cela, parce que dans l’oremus on dit : Ludovicus Napoleo Imperator noster. Il avait dans Voreille la désinence sonore de l’accusatif, wm, em, et dans Yoremus, c’est le nominatif. N’entendant ni wm, ni em, il avait conclu que le curé ne priait point pour VPempereur. En conséquence de quoi, il fit son rapport a M. le maire, qui fit son rapport a M. le prefet, qui fit son rapport 4 M. le ministre de Vintérieur. Le ministre de l’intérieur en parla au ministre des cultes, le ministre des cultes en parla au ministre des finances, le ministre des finances opéra sur le traitement : cest ce qui fit que le cas fut porté au Sénat, le 81 mai1861. Monitewr, 1°" juin
firme que « l’empereur a Vinébranlable volonté Vassurer également et l’indépendance du pape et la grandeur de l’Italie1, » et quiala bonne fortune de trouver, au Sénat, un théologien laique, gallican parlementaire : Bonjean, président a la Cour de cassation. Aussi, le discours de Bonjean 2, il Yapplaudit, il l’imprime, il Penvoie aux curés pour les convertir, sil est possible. Mgr Plantier, qui est toujours prét pour toutes les questions, répond 4 Bonjean. Bonjean réplique 4 Mgr Plantier. Mgr Plantier réplique a la réplique de Bonjean. Bonjean transforme son discours en volume : 4 son volume le cardinal Mathieu, archevéque de Besancon, répond par un volume inoctavo de 687 pages *.
Ah! quels évéques que ces évéques qui-sont toujours au lendemain et a la veille de quelque bataille! « Spectacle affligeant, dit le ministre de Vintérieur, Persigny; spectacle dont l’on voudrait pouvoir détourner les yeux! * » O admirable spectacle ! s’écrie histoire. C’est toujours l’Eglise de France, pleine de science, pleine de vertu, pleine de force . C’est ’Eglise de France, telle que Pont vue les siecles passés, c’est-a-dire non seulement l’ornement de la chrétienté et la lumiére du monde, mais encore le soutien de la papauté et la consolation de la plus grande des infortunes! C’est l’Eiglise de France, le droit et la charité!
Aussi, lorsque, au mois de juin 1862, les évéques reviennent de Rome ou ils n’ont pas seulement assisté a4 la canonisation des martyrs japonais, mais encore ou ils ont proclamé, dans une Adresse dont les échos ont ébranlé le monde, la nécessité du pouvoir temporel, partout, dans un élan spontané, la foule des fidéles se presse 4 leur rencontre, elle les acclame, elle traine leur voiture, elle les couvre de fleurs, elle les porte en triomphe dans leurs cathédrales; parfois méme elle entraine maleré eux, jusqu’au pied des autels, les agents de police, commissaires et sergents de ville, chargés de réprimer une démonstration si chrétienne 5.
Voila le troisieme acte : c’est de nouveau la protestation du droit, protestation si forte que, pendant deux ans, les ennemis de l’Eglise n’oseront rien faire contre elle.
En 1864, le public est éveillé en sursaut par une nouvelle : la Convention du 15 septembre. C’est un traité conclu entre la France et l’Italie ; la France retirera graduellement ses troupes des Etats pontificaux avant deux ans, et l’Italie s’en-
4 Diseours de Billault, ministre sans portefeuille, au Sénat : Moniteur, 4 mars 1862.
2 Moniteur, 1° mars 1862. ; ols ;
3 Le pouvoir temporel des papes Justipe par Uhistoire; étude sur eid Veuxercice et Vinfiuence de
a souveraineté pontificale. ;
: 4 Lettre a (erchonsaite de Bordeaux : Baunard, Histoire du cardinal Pie, 1, 186.
> Clastron, Vie de Mgr Plantier, 1, 572.
gage a ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Siége. Ainsi le gouvernement frangais traite
du Pape sans le Pape, et il compte sur la parole de
Victor-Emmanuel, l’homme de Gaéte, de Naples et de Castelfidardo! Qui donc gardera le Souverain Pontife contre les perfidies de Victor-Emmanuel, lorsque nos troupes s’en iront le 6 décembre 1866? Sera-ce ’empereur? Le 29 octobre 1866, a Saint-Cloud, Napoléon III répéte au cardinal de Bonnechose « qu’il veut que l’autorité temporelle du pape soit maintenue et qu’il fera pour cela tout ce qui sera possible; » il le dit, mais hélas! pour lui précisément on sait déja que la parole d’un empereur n’est pas toujours la parole d’un homme. Sera-ce Vimpératrice? L’impératrice répéte qu’elle « pense & se rendre a Rome pour lépoque oti nos troupes se retireront. — Ma présence, dit-elle, ne vaut pas 50.000 hommes, mais enfin les Italiens ne voudront pas offenser l’empereur en ma personne. » Puis, elle ajoute, elle répéte « quelle a obtenu que ’empereur envoyat au pape douze millions pour conjurer la crise monétaire ’. » Pauvre femme! Elle n’alla point 4 Rome, ni les douze millions non plus, mais son élan du cceur, Phistoire se plait a ’enregistrer pour l’honneur de son nom... Qui done gardera le Pape, lorsque nos troupes s’en iront, le 6 décembre 1866? Le dévoue- -ment des catholiques de toutes les nations, mais surtout des catholiques francais. « De Vargent! des soldats! pour la défense du Vicaire de Jésus- Christ! » crient les évéques. L’couvre du Denier de Saint-Pierre remonte a plus de onze millions, et aux vétérans dAncéne et de Castelfidardo se joignent des jeunes gens de toute condition, soutenus par l’Csuvre des zouaves pontificaux ; puis, aux zouaves pontificaux se joint une légion de volontaires, pris en grande partie dans larmée, avec l’autorisation du gouvernement francais, et que le cardinal Mathieu, archevéque de Besancon, soutient avec une générosité princiére : cest la légion @Antibes, du nom de la ville ov elle s’était formée, commandee par le colonel d’Argy.
Que va-t-il se passer? Garibaldi, flibustier intime de Victor-Emmanuel, commence ses incursions avec des bandes de scélérats vomis sur l’Rtat pontifical par les sociétés secrétes de tout lunivers, et, quoique plusieurs fois battues, elles s’avancent toujours, elles ne sont plus qu’a quatre lieues de Rome. Le 3 novembre 1867, le général Kanzler, qui a succédé a La Moriciére, mort en 4865, sort avec le colonel d’Argy, avec le lieutenant-colonel de Charette et trois mille pontificaux. Malegré des prodiges de bravoure, il allait succom-
ber sous le nombre, lorsqu’arrivent 4 son secours'
les Francais, le colonel Saussier, le général de Failly, partis enfin de Toulon, ow les ordres et les contre-ordres s’étaient si longtemps croisés : c’est la victoire de Mentana.
Or, cette bataille n’a pas seulement vaincu Garibaldi, elle a vaincu la politique de Napoléon III.
* Besson, Vie du cardinal de Bonnechose, u, 57-61.
L’occupation francaise recommence, la Convention du 15 septembre 1864 est remise en question, et au Corps législatif, le 4 décembre, s¢ance memorable, aprés un discours de M. Thiers, M. Rouher, ministre d’Etat, sentant la majorité préte a échapper pour la premiere fois, depuis seize ans, au gouvernement impérial, est forcé de déclarer, au milieu des -acclamations prolongées, que jamais, jamais, la France n’abandonnera la ville de Rome ni le territoire pontifical.
Ce jamais retentissant, que les annales de V’Eglise et de la /'rance ne s’empressent pas de Venregistrer !... Assistons au cinquiéme acte, qui est le dénouement le plus rapide, le plus dramatique, le plus douloureux qu’on ait jamais vu.
O justice, 6 colére de Dieu! On I’a dit cent fois : cest Napoléon III qui a fait Punité italienne, cest ’unité italienne qui a fait ’unité allemande, et c’est ’unité allemande... Mais vous savez tout.
Le 45 juillet 1870, la guerre est follement déclarée a la Prusse. Le 16 juillet, Napoléon III demande 4 Victor-Emmanuel aide, secours, alliance. — Non, non, répond Victor-Emmanuel, puisque vous étes inféodé au cléricalisme et que vous me refusez Rome. — Eh bien! répond Napoléon IIT le 20 juillet, je vais retirer mes 6000 hommes qui gardent le Saint-Pére et la Convention du 45 septembre 1864 sera rétablie... I] est vrai, écrit, . le 31 juillet, le duc de Gramont, ministre des affaires étrangéres, il faut retirer nos quatre ou cing mille soldats « pour nous concilier les bonnes dispositions du cabinet italien. » Et nos troupes sembarquent 4 Civita-Vecchia, partie le 4 aotit, partie le 5 aotit. Or, le 4 aotit, Napoléon III, dont les armées devaient aller au pas de course jusqu’a Berlin, est battu & Wissembourg; et, le 6 aott, il est battu a Freschviller. Ilimplore de nouveau Valliance de l’Italie : «On ne s’allie pas avec des vaincus! » répond lun des ministres.
Napoléon III espére toujours : il a encore foi dans cette Italie, fille de ses réves, qu’il a tant aimée et qui pourrait peut-étre le sauver. Le 19 aotit, le prince Jérdme Napoléon part pour Florence : il va tenter un dernier effort auprés de son beau-pére, Victor-Emmanuel. « Une ligue des neutres vient de se former, lui répond Victor- Emmanuel, et j’y adhére! »
Alors toutes les convoitises un moment enchainées se déchainent. « C’est Rome qu’il nous faut, s’écrie le ministre des affaires étrangéres de I’Italie, Visconti Venosta. A nous, a l’Italie, Rome, la cité des Césars, la Ville éternelle! » Et pour ce tréne, miné, depuis dix ans, avec tout Vart, toute la puissance de la préméditatfon, avec toute la science de l’astuce, pour cet édifice dix fois séculaire qu’avait édifié la France de Pépin et de Charlemagne, les jours sont comptés. Le 19 septembre, 60.000 Italiens sont sous les murailles de la Ville, ils attaquent la Porta Pia: le 20 septem-
bre, malgré le sang des zouaves qui rougit encore - une fois la terre sacrée, ils sont les maitres de a Rome, et, « pour constituer sa grandeur au Vatican, Pie IX n’a plus que lui-méme. »
Crest le 20 septembre qu’elle est consommée, la sacrilége usurpation. Et déja, aprés une impitoyable série de catastrophes et de hontes, le ter septembre, a Sedan, deux mille bouches a feu ont entonné l’hymne de mort. Et déja, & Paris, le 4 septembre, Empire a été précipité dans la fosse par les francs-macons et libres-penseurs, agents de toutes les révolutions. Et déja, le 4 sep- tembre, l’Impératrice, que tout a brisée, s’est enfuie, voilée, inconnue, avec une dame de son service, par la porte du Louvre, gagnant la gare du Nord dans le coupé de son dentiste. Et déja, Napoléon III, captif 4 Wilemshohe, traine sa majesté déchue, comme une ombre yagabonde, effarée de son propre abattement. Et déja, le 48 septembre, la veille du jour ot les Piémontais sont sous les murs de Rome, les Prussiens sont sous les murs de Paris. Enfin, le second Empire, frappé en pleine vie, en pleine puissance, en pleine fécondité de ressources, a croulé dans les -mémes jours que le pouvoir temporel du Pape, et il n’y a pas une ame qui, courbée sous l’évocation des vengeances suprémes, ne s’écrie alors : Chdtiment !
Kt sur toutes ces ruines fumantes se dressent les évéques, non seulement pour pleurer, pour prier, pour consoler!, mais encore pour condamner les criminels qui ont porté leurs mains impies sur la Jérusalem des temps chrétiens. Le jour de la Toussaint, dans la cathédrale de Poitiers, Mgr Pie, cet incomparable athléte des combats de Dieu, prononce l’arrét du juge avec tous les accents de l’autorité épiscopale?. Pie IX applaudit 4 ces grands coups et lui en fait savoir sa consolation. « Ah! du moins, dit-il, je ne pourrai pas m’écrier, avec le Prophéte, qu’il ne s’est pas trouvé un homme pour venir 4 mon secours! » La voix des évéques francais, elle s’éleve donc encore au milieu du roulement des catastrophes, et, bien que de tous les rivages ot les vents ont porté le bruit de ses épreuves, les pasteurs des peuples aient renvoyé comme un écho vers Rome celui de leurs gémissements, c’est par un évéque francais que Pie IX se dit consolé!
Ainsi, Mesdames et Messieurs, se termine ce drame, ou l’Kglise de France, luttant contre VEtat, a su parler, écrire, protester, éclairer la
1 Te cardinal de Bonnechose publie, le 28 octobre
1870, une lettre pastorale pour protester contre l’invasion des Etats pontificaux et prescrire de nouyelles priéres pour l’Eglise et pour la France. Besson, Vie du cardinal de Bonnechose, 1, 188. ; '2 «Dans cette iniquité, nous dénongons les crimes accumulés d’irréligion, d’usurpation, de parricide, de violation de la parole donnée, d’attentats contre la chrétienté entiére. Et, au nom de tous les droits outragés, de tous les principes méconnus, de tous les intéréts lésés, nous protestons devant Dieu et devant les hommes... » Baunard, Histoire du cardinal Pie, u, 413, 414.
conscience du pays, dissiper les ombres qu’on essayait de jeter sur les grands principes de la religion et du droit; oti elle. a su donner son or, donner son sang; ot elle a conquis, aprés l’immortel Pie IX, la premiére place de Vhistoire et de la postérité.
OO 76SKOY
CONGREGATIONS ROMAINES
S. C. du Concile
Séance du 28 juin 1900.
A. Causes per Summaria precum *
REATINA !
Interpretation dun testament
Dans un testament, Antoine Alegiani faisait une fondation ainsi concue :
J’ordonne a mes héritiers de me faire célébrer chaque année un service le jour de la Commémoraison des fidéles défunts, d’aprés la classe qu’ils jugeront plus utile au salut de mon ame; un autre service semblable chaque année le 2 octobre pour mon épouse défunte; de plus chaque mois de l’année huit messes basses, et enfin une messe basse chaque mois de l’année pour VYame de Marie Pink-Bomier, ma parente.
Il laissait son bien 4 ses deux fils, sans tenir compte de leurs deux scurs. Les deux héritiers firent acquitter réguliérement les charges de la © fondation. L’un d’eux étant mort, son bien fut dévolu a son frére survivant et 4 ses deux scours. On s’est demandé si la charge des messes était personnelle aux premiers héritiers, ou bien si elle formait une fondation perpétuelle. Dans ce dernier cas, on demandait une réduction. :
Comme le testateur parlait directement de ses héritiers, on en a conclu que la charge leur était personnelle ef mourait avec eux :
I. An legatum in casu censeatur perpetuum, ita ut heredes Achillis equa parte teneantur ad implementum preefati legati ?
Et quatenus affirmative :
Il. An firmis remanentibus duobus anniversariis funeribus, reliqua vero onera missarum vel in totum sint remittenda, vel saltem ad medietatem reducenda sint?
Resp. Ad I. Negative.
Ad II. Provisum in primo.
BASILEEN. * Dispense d'une irrégularité provenant d'une raideur de la jambe gauche qui empéche la génuflexion.
Joseph S., du diocése de Bale, a contracté, a la suite d’une fiévre typhoide, quand il avait sept
* Rieti 2 Bale.
ans, une raideur de la jambe gauche qui ne l’empéche pas de marcher, mais ne lui permet pas de faire la génutlexion.
Aprés une premiére demande présentée le 7 avril dernier, la Sacrée Congrégation a voulu connaitre Vavis d’un médecin et savoir si ce jeune homme pourrait fournir un ministére utile, sans provoquer les critiques des protestants.
Sur les réponses affirmatives de l’évéque et sur lassurance du médecin que la maladie ne doit pas empirer, la dispense fut accordée :
Pro gratia dispensationis, arbitrio et conscientice Episcopi, facto verbo cum Sanctissimo.
EPOREDIEN. !
Dispense dune irrégularité provenant de la faiblesse de la vue
Alexandre M. est atteint d’une faiblesse des yeux qui ne lui permet de lire que peu et difficilement. Aussi lui faudra-t-il, s'il est ordonné, se contenter de la messe de Beata, et remplacer le bréviaire par d’autres priéres. Cela cependant ne lempéche pas d’étudier et de faire convenablement les cérémonies. Comme il est trés intelligent et trés pieux, l’évéque s’en promet un bon service dans l’intérét du diocése.
La Sacrée Congrégation répond : Arbitrio et conscientice Episcopi, facto verbo cum SSmo.
B. Cause in folio ?
BONEAREN. 3 Dispense @un mariage non consommé
Philoméne P. s’est mariée en 1879, a Clavari, avec Jérdme R., négociant de Buenos-Ayres. Elle avait dix-sept ans. Aprés cing années de mariage, les époux se séparérent et demandérent 4 l’Officialité de Buenos-Ayres de déclarer leur mariage nul ob impotentiam mulieris.
Plusieurs médecins déclarérent Philumenam vagina et utero destitui. L’Officialité se prononca pour la nullité 0b impotentiam absolutam, antecedentem et insanabilem, quia congenitam.
L’affaire vint en appel 4 Parana; la premiére sentence fut confirmée, malgré quelques défauts de procédure, et Jérdme R. recut l’autorisation de contracter un nouveau mariage.
Le 24 mai 1886, Philoméne P., passant outre a la défense, contracta, elle aussi, un nouveau mariage devant le curé de la paroisse Saint-Ferdinand, sans avoir rien dit de sa situation.
Une opération chirurgicale, tentée avec succés, la rendit bientét capacem copule perfect maritalis. Par le fait, les motifs de la nullité du premier mariage n’existant pas, ce premier lien se
1 Tvrée, Piémont.
Nous supprimons le compte rendu de sept causes qui n’offrent aucun intérét.
§ Buenos-Ayres.
trouvait intact, ou du moins fallait-il un nouvel examen.
La Sacrée Congrégation a pris dans le cas le parti le plus expéditif, en demandant la dispense du mariage non consommé, dispense accordée par le Pape.
S. Congrégation des Rites
NOVARIEN. 1 16 février 1900.
I. Coutume relative a la bénédiclion de Veau dans les églises filiales le Samedr Saint. — II. Coutume relative a Voffice des défunts le dimanche avant la messe paroissiale.
Rmus Dominus Eduardus Pulciano Episcopus Novariensis S. Rituum Congregationi ea que sequuntur humillime exposuit, nimirum :
I. In dicecesi Novariensi exstant plures parochiales Ecclesice erectee dismembratione ab aliis Ecclesiis parochialibus. In actu erectionis competens honor Kcclesiis matricibus tribuendus ad tramitem c. 3 ad audientiam, de eccl. cedific. ita coastitutus fuit, ut ecclesiis matricibus fuerit reservatum jus Sabbato sancto et Vigilia Pentecostes benedicendi fontem baptismalem, Rectoribus vero ecclesiarum filialium onus impositum accedendi ad Eeclesias matrices, ibique assistendi benedictioni fontis baptimalis et recipiendi aquam baptismalem.
Verumtamen in Pastorali visitatione Episcopus Orator cognovit morem invaluisse in Ecclesiis filialibus, ubi est fons, enunciatis diebus sacras functiones peragendi, benedicendi aquam ritu in Missali statuto usque ad Ss. Oleorum infusionem exclusive et postea Missam canendi. (Hee rite fieri opinio in animis fidelium ita insita est, ut ex omissione et presertim ex omissione benedictionis aque modo predicto Parochi gravia timere debeant).
Il. Insuper in Pastorali visitatione idem Episcopus compertum habuit aliam in pluribus parochiis exstare consuetudinem, solemnia nempe defunctorum suffragia adsignandi dominicis aliisque diebus festis, eaque peragendi, constituto tumulo in medio Ecclesize ante Missam parochialem, que canitur de Dominica vel de festo occurrente.Mordicus adheret populus huic consuetudini ea presertim de causa quia fideles et precipue cantores diebus ferialibus haberi nequeunt.
Porro consuetudo auferri nequit, quin perturbationes oriantur, officia pro defunctis pretermittantur et gravia proinde damna parochis obveniant. Hee consuetudo adeo inveterata est, ut quamvis Emus Card. Archiep. Morozzo Episcopus Novariensis in Synodalibus Consti- — tutionibus an. 1826 gravibus verbis eam eliminandam decreverit, idemque obtinere conatus sit Hpiscopus Orator, adhuc perseveret.
Hine queritur : An utraque consuetudo inveterata permitti vel saltem tolerari possit ?
Et Sacra eadem Congregatio, ad relationem subscripti Secretarii, exquisito etiam voto Commissionis liturgice, rescribendum censuit :
Quoad primam consuetudinem servetur decretum Utinen. n. 4005, diei 13 Januarii 1899, ad I et II.
Quoad alteram : Relate ad officium defunctorum, permitti posse, nisi agatur de Dominicis et festis majoris solemnitatis ; circa tumulum vero obstat Decretum Montis Regalis n. 8201, diei 20 Martii 1869, ad VIII. Hine paulatim et prudenter eliminandus est abusus.
Atque ita rescripsit die 16 Februarii 1900.
C. Card. Anotst MaseLta Pro Datarius, S. R.C. Pro Pre fectus.
LSP ANICI Sa hua Os Sere
1 Novare.
TIRASONEN. 4 2 mai 1900.
Divers abus liturgiques
Hodiernus Magister ceeremoniarum Cathedralis Ecclesie Tirasonensis nonnullos in eadem Ecclesia animadvertens inductos mores, Rubricis et S. R. C. Decretis minus conformes atque etiam contrarios, cupiensque scire quinam ex iis permitti possint, quinam sint eliminandi, insequentia dubia, annuente Rmo D. Episcopo dicecesano, eidem S. R. C. resolvenda humiliter proposuit, nimirum :
I. In omnibus Missis solemnibus Corporale non explicatur a Diacono tempore prescripto in Ritu servando in celebratione Missex (tit. vi, 7), sed a sacrista antequam Missa inchoetur : an hee praxis possit sustineri?
II. An possit servari consuetudo celebrandi Missas solemnes Feriarum Quadragesime, Quatuor Temporum, Vigiliarum, quarumdam de. Requiem aliarumque per annum, sine ceroferariis, sine thurificatione, duobusque
tantum cereis accensis in altari ?
II. Estne tolerandum quod Subdiaconus in predictis Missis maneat cum Celebrante, et non incedat cum Diacono eique assistat in pulpito ubi est canendum Evangelium ?
IV. Ex presumpto privilegio Canonicus celebrans, lecto Graduali seu Tractu, vadit ad seamnum ubi sedens et coopertus imponit incensum, dat benedictionem Diacono evangelium cantaturo, ibique manet quin legat evargelinm usquedum Diaconus incipit cantum ipsius. Heee omnia possuntne retineri ?
Y. Poteritne continuari praxis immemorabilis Cathedralis Ecclesiz Tirasonensis cujus titularis est B. V. Maria, nominandi ad litteram N. Orationis A cunctis, S. Admilanum patronum civitatis et Ss. Prudentium et Gaudiosum patronos «que principales Diccesis?
VI. An sufficiat ut in quibusdam Missis de Reguiem, anniversariis late swmptis que in hac Cathedrali cum Diacono et Subdiacono cantantur, Sequentia Dies ire legatur tantum a Celebrante, aut debeat cantari a Choro ?
VIl. Utrum, attenta consuetudine, in Vesperis et Laudibus persolvendis Celebrans possit manere in habitu chorali usque ad Capitulum et tunc tantum assumere pluviale?
VIU. Estne permittendum quod, dum quibusdam diebus canitur vespere Officium Defunctorum in Choro,
~ gedeat in scamno presbyterii Celebrans paratus Alba
et Pluviali inter Diaconum et Subdiaconum sacris indumentis, utiad Missam, etiam paratos?
IX. Gum Organum alternatim pulsatur, tam in Officio divino quam in Missa, non est cantor qui, ut statuit Cerem. Episcoporum lib. I, cap xxviu, intelligibili voce pronuntiet quod per Organum figuratur cantari ; sed unusquisque de Choro in Officio divino, non vero in Missa, submissa voce dicit que ad sonitum Organi omittuntur. Quid in posterum agendum?
Et S.R. Congregatio, ad relationem subscripti Secretarii, exquisita sententia Commissionis liturgice, omnibusque rite perpensis, rescribendum censuit :
Ad I. Serventur Rubric et Decreta.
Ad II. In Missis solemnibus cum Ministris paratis, Negative.
Ad III. Servetur Ceeremoniale Episcoporum lib. II, cap. Vill, n. 45.
Ad IY. Negative et serventur Rubrice Missalis.
Ad V. Affirmative ex gratia in casu.
Ad VI. Negative ad primam partem, Affirmative ad secundam.
Ad VII. Negative et servetur Ceremoniale Episcopo-
rum.
‘Tarazona, Espagne.
Ad VIII. Negative.
Ad IX. Stetur Ceeremoniali Episcoporum.
Atque ita rescripsit. Die 2 maii 1900.