‹ L' ami du Clerge ParoissialChapitre 226 sur 276 · eee · texte numérisé non relu

eee

curés exagérent; ils en demandent trop. S’il fallait les croire, on serait, toujours a Véglise, comme les femmes... Et puis, tiens! veux- ta que je te dise ? ‘Tuteherches a m’entortiller... Ce quil y a de stir, c’est qu’ils sont cing ou six hommes de ton espéce dans la commune, une demi-douzaine de dévots. Les autres, plus de trois cents, tu sais bien ? ne vont point 4 la messe. Ce sont d’honnétes gens, tu ne diras pas le contraire, je suppose? Je fais comme eux, je suis en bonne compagnie...

— En mauvaise compagnie, mon pauvre Pierre! Ils se damnent comme tol.

— Ah! canon, cette fois! Ou bien le bon Dieu a donc fait son paradis bien petit. Il serait joli alors le paradis que préche M. le curé tous les dimanches |}...

— Tu seras attrapé, mon ami! Il y a de la place la-haut... Tant pis pour qui la laisse vide et préfére rester & la porte. Tu ten apercevras trop tard.

— Farceurs, ces dévots! Tous les mémes... Ga veut toujours avoir raison contre tout le monde! Si on voulait les croire, on s’en ferait une drole WVidée de la religion et du bon Dieu! Garde ton opinion, puisque tu y tiens. Autrefois, vois-tu, c’était la mode d’aller 4 la messe. Dans ce tempsla, sans doute, j’y serais allé comme les autres. Maintenant ce n’est plus Vusage. Je fais comme la masse des braves gens qui m’entourent. Que M. le curé n’aime pas cela, je le comprends; c’est désaeréable, 4 son point de vue. Mais si le bon Dieu voit du mal la-dedans, eh bien! vrai, la! j’en serai rudement surpris, et, en attendant je te donne mon billet que je n’en crois pas un mot. Voila mon opinion, l’opinion de tout le monde..., qui vaut bien la tienne, je pense!

Est-ce bien cela? Et qui n’a maintes fois entendu, toujours le méme au fond sous ses variations infinies, ce théme fameux? Ainsi parlent nos gens de ville et de campagne quand ils veulent bien se donner la peine d’expliquer aux dévots indiscrete qui les interrogent le pourquoi de leur absence ala messe hebdomadaire, le pourquoi de leur abstention en mainte autre pratique obligatoire du culte catholique. Et combien, parmi ceux qui ne parlent pas, qui se tiennent systématiquement a distance du curé et de Véglise, penaer ainsi!

Que vaut au juste leur excuse? Et si alle: ne vaut pas cher, comment les en persuader? Que faire pour les tirer du péché au moins matériel ou ils prennent tant plaisir 4 sommeiller? Voila ce que j’appelle un gros probléme de psychologie, digne, ce me semble, d’attirer la plus sérieuse attention des moralistes. Essayons aujourd’hui d’y porter un peu de lumieére.

« Tout le monde fait ainsi, et moi comme tout le monde! » Voila bien l’autorité morale du nombre alléguée comme régle de conduite. Est-ce a tort ou

a raison? C’est ce que nous allons voir tout de suite.

AMI DU CLERGR

A tort! Pcclment nettement certains prétres, toujours un peu trop pressés de conclure sur des impressions plutét que sur des arguments fouillés avec le sang-froid de la réflexion. A tort, c’est évident; c'est du respect humain, de la lacheté devant le mauvais exemple, ete. !

Pardon! Doucement! Du respect humain et de Vasservissement au mauvais exemple, j’admets qwil y en ait ici, beaucoup méme si yous voulez. Mais est-ce bien tout, et l’énoncé de notre probléme ne comporte-t-il point d’autres éléments graves de solution ?

Un homme en voit un autre, wn seul, mal faire, et JA-dessus, soit par crainte d’étre moqué pour cause de vertu, soit par l’entrainement plus ou moins conscient de hese qu'il a sous les yeux, il agit mal aussi. C’est du respect humain, c’est du mauvais exemple, c’est pure faiblesse lache de conduite, et culpabilité 4 peu prés sans excuse sur toute la ligne.

Elargissons un peu le cas, je vous prie, et au lieu d’un homme gui fait mal sur un point donné, mettons-en un cent, cing cents, mille, etc., un grand nombre enfin, et non pas, s'il vous plait, un nombre Vunités dispersées, mais une masse compacte constituant un méme groupe social, une méme famille sociale. Prenons, puisque c’est la réalité, ’ensemble des hommes d’une méme commune, d’un méme pays, vivant de la méme vie, partageant les mémes mcours, les mémes habitudes, les mémes préoccupations agricoles, politiques, financiéres, voire artistiques et morales.

Au milieu de cette masse ambiante, creusons un peu la psychologie d’un Pierre ou Paul qui fait comme les autres. Ily a dans son affaire respect humain et influences de ’exemple, c’est entendu ; mais il y a aussi le nombre, et je tiens pour moralistes myopes ceux qui prétendraient négliger cet élément capital de la question.

Comment! Voila un homme de moyenne intelligence, auquel tout préche dans les détails de sa vie l’autorité du nombre, l’Eglise dans ses conseils délibérants aussi bien que la société civile dans ses mille formes diverses de suffrages et élections !.. Et vous voudriez que sur le point de la pratique religieuse, le nombre en tant que nombre — spécifions bien cela! — fit sans influence sur la formation de ses jugements, sans effet pratique sur la direction morale de sa conscience !

Il y anombre et nombre sans doute, et notre paysan, notre ouvrier sait bien cela. Aussi distingue-t-il parfaitement le nombre des vauriens WVavec le nombre des honnétes gens. Tout ignorant qu'il est de histoire, il sait cependant qu’il s’est trouvé des groupes, des foules de misérables pour causer du mal dans les sociétés, et il n’a garde de se laisser prendre 4 ’appat du nombre en pareil cas. Mais quand, faisant & sa maniére sa petite analyse des motifs de crédibilité, il examine, sommairement sans doute et pourtant avec une incontestable pénétration naturelle de juge-

Pee Senne LAME Do cLERGE sae wig 999

ment, la valeur morale des gens qui l’entourent,

quand il voit ces gens-la corrects, honnétes au

sens vulgaire du mot, bons, charitables méme,

ie

pacifiques, honorés de lestime publique, y compris parfois celle méme des curés et gens @église, trouvez-vous absurde et nécessairement coupable,

gravement coupable devant Dieu, sa conclusion

pratique

: (Je ne risque toujours pas grand’chose

a faire comme les autres »?

Ila tort théoriquement, je le sais bien, de pré-

férer lautorité de la masse de ses concitoyens a

Vlautorité individuelle de son curé. Nous verrons

nas

tout a Vheure a quel instant précis et sur quel

point ce tort peut entrainer pour lui des imputa- hilités plus ou moins sérieuses devant Dieu. En

attendant, prenons-le comme il est, pratiquement, avec son état d’esprit, son éducation, ses besoins et ses préjugés. Les pratiquants sont trés rares

dans sa paroisse, et Iégion les non pratiquants. Il ~n’a pas ia foi assez vive ni assez éclairée pour saisir dans sa transcendance absolue l’autorité surnaturelle de Dieu, que repréesente auprés de lui la parole et la personne de son curé. Autant il trouyerait mauvais de ne pas envoyer ses enfants

au baptéme et ala premiére communion parce que tout le monde agit ainsi, auiant il se sent excusé

“de ne point allera la messe le dimanche parce que

themes contre les

tout le monde s’en dispense.

Infiniment triste, je vous l’accorde! Mais des lamentations ne sont Sos des raisons, et yous aurez beau crier au ciel et 4 la terre votre douleur, ful- Miner au confessionnal ou en chaire vos anaabstentionnistes, ces gens-la

nen auront ni plus ni moins de culpabilité sur la

conscience.

Prenez-les comme ils sont; sortez de

votre 4me pour entrer dans la leur, et jugez leur cas vivant non daprés le per se de principes qui

n’ont rien a voir dans leur affaire, mais suivant les régles de psychologie et de casuistique qui

visent exactement les circonstances trés particu- -liéres de leur condition.

Kt je dis quils sont plus excusables, qu’ils ont droit 4 une appréciation plus indulgente qu’on ne se imagine au premier abord.

Il serait faux assurément d’étendre a toutes sortes de masses et de circonstances la théorie des majorités ét le principe de l’autorité morale du

nombre, tels que nous les avons développés précé-

demment. Incontestable, nécessaire, dans le gouvernement social, cette théorie n’a plus les mémes fondements et ne s’applique plus avec la méme stireté aux décisions numériques d’ordre privé, dans les relations communes de la vie. La, VYhomme retrouve son indépendance personnelle de jugement et d’action; il doit penser et vouloir par lui-méme, user spontanément, sous les influences concourantes et concordantes de la nature et dela grace, de son intelligence et de son libre arbitre. Mieux que cela : la révélation lui enseigne la corruption originelle de notre nature, et le sentiment de défiance qu'il doit toujours entretenir a l’endroit de ses manifestations pas-

sionnelles qui sont nécessairement celles du plus grand nombre, étant presque instinctives et comme le fruit spontané de la chair et du sang. L’histoire des saints nous dit assez pourquoi ils ont tous été des originaux, des types 4 part, tranchant nettement sur la couleur erise de la masse, indifférents a Vopinion des foules.

Malgré cela, l’on ne saurait nier que la voie dautorité ait été preposée par la Providence aux hommes vivant en société comme moyen pratique de combler les lacunes de leurs initiatives personnelles, de compenser l’insuffisance de leur activité propre. Or, dans le genre autorité, le nombre, 4 défaut d’autre point d’appui, joue un grand réle. I entraine avec lui, in dubiis, une sorte de présomption de vrai et de bien que corrobore puissamment, aux yeux des simples, l’usage qu’on en fait dans le gouvernement des sociétés. De la vient cette tendance irréfléchie qui nous porte a regarder le nombre, tout aussi bien dans l’ordre moral que dans Vordre physique, comme une puissance qui mérite a bon droit Vhommage de notre révérence tant que son indignité ne nous est pas démontrée.

Qu’on me permette détre franc et logique jusquwau bout. Dieu me garde d’abuser de la liberté d’écrire qui m’est laissée ici pour sermonner en les contristant les bien-aimeés confréres qui me font Vhonneur de me lire! Je me suis promis de ne cacher aucune vérite utile; j’en ai une la surle ceur qui me coute a dire. Ile faut pourtant; je n’ai pas le droit de la taire puisqu’elle peut grandement éclairer mon sujet et rendre 4 beaucoup un signalé service.

Str certains cas de conscience nous sommes sévéres parfois pour le peuple et singuliérement larges pour nous-mémes. S’agit-il dun abus lturgique, d’une pratique contraire au droit de ’Eglise, d’un usage réprouvé par l’évéque ? Vous entendez des prétres déclarer avec un sangfroid imperturbable : « Je fais comme les autres ; tant pis pour la liturgie, le droit et Pevéque! je continuerai. » Kt ils continuent, en effet, la conscience apparemment tranquille, forts de Pappui que leur donne l’autorité du nombre, qu’une intelligence droite et bien instruite devrait pourtant faire céder deyant lV’autorité de la raison.

J’ai connu un diocése ol un grand nombre de curés avaient peu a peu pris Vhabitude de garder pour eux Vhonoraire de messe qu’un indult de Rome leur permettait de n’accepter, les jours pro populo, qu’a la condition qu'il fit remis a l’évéché. Maintes fois Vévéque, les professeurs de séminaire et autres personnes compétentes avaient déclaré coupable cette pratique, réprouvée par le Sainte-Siége. Malgré tout cela Vabus a persisté longtemps et plus d’une fois, traversant ce diocése oti je compte plusieurs amis, j’ai entendu, de mes oreilles, la réflexion fameuse: « Je fais comme les autres! ou est le mal? »

Me trouverait-on bien exagéré, si je disais que sur plus Wun point grave de discipline ecclésiastique, de droit commun ou diocésain, beaucoup se

identiques,

980 wis

forment la conscience, non pas sur leurs auteurs, sur les décisions de Rome ou de l’évéque, mais sur l’autorité de exemple qu’ils ont sous les yeux, doublée de lautorité du nombre?

Un petit examen de conscience un peu sincére en Pap Deuete la-dessus & mon cher lecteur plus que je n’ai le cour d’en écrire ici. Ce quim ’étonne le plus, en tout cela, c'est Pinconséquence avec laquelle nous refusons mordicus d’admettre chez nos pauvres gens qui ne vont pas 4 la messe tous les dimanches une excuse que nous trouyons excellente quand elle est 4 notre usage. L’autorité du Pape et de l’évéque est-elle donc moins surnaturelle, moins obligatoire par rapport au prétre, que celle du curé a l’égard de ses paroissiens ? Cherche qui voudra et trouve qui pourra la différence capable de détruire ’analogie des deux cas.

J’entends bien que vous m’objectez : « Mais, vénérable Vieux, si d’aucuns parmi nous pensent et agissent comme vous dites, ils le font en vertu dune coutume recue qui légitime leur attitude. La coutume est un principe de droit, vous ne Tignorez pas. Le cas de ces pretendus désobéissants a l’évéque, par déférence a l’autorité du nombre, n’est pas si pendable! »

Je riposte : Coutume aussi, trés cher, que celle de nos paysans qui ne vont pas al’église. Ils vous le disent eux-mémes : c’est Ja mode. Mode ou coutume c’est tout un. Si la coutume vaut dans un cas, elle vaut dans l’autre. A vrai dire, elle ne vaut rien du tout dans les deux hypothéses. N’empéche qu’il est des membres du clergé pour s’en faire une arme défensive contre les autorités constituées dans l’Hglise, alors qwils n’ont pas de termes assez vifs et découragés pour déplorer état de conscience de paroissiens qui, au fond, raisonnent exactement comme eux!

Je ne dis pas cela, certes, pour conclure que tout est bien dans ces « modes » facheuses qui ruinent Vordre public des lois divines et humaines, troublent gravement |’économie surnaturelle de la Providence et compromettent l’éternel salut des hommes. Elles sont, au contraire, a détruire ; et nous dirons bientét par quels moyens.

Mais j’aimerais voir mes confréres disposés, comme moi, 4 apprécier avec plus de justesse, et partant plus Vindulgence, l’état de conscience de ces pauvres égarés laiques qui en arrivent, grace & la pesée de lVautorité du nombre sur leurs jugements, 4 ne plus voir sous le méme angle optique que nous autres la gravité de certains commandements de Dieu et de l’EKglise.

Qwils soient sans faute absolument, et tous, je ne le prétends pas. Encore est-il que pour plusieurs, pour beaucoup peut-étre, dans certains milieux 4 éducation rudimentaire et ignorance crasse, ce ne serait pas, & mon avis, sortir des principes d’une bonne théologie morale que de supposer une forte dose de bonne foi, et méme une bonne foi complete.

Admettons cependant que ¢c’est la une hypothése exceptionnelle et que, en genéral, nos « absten-

tionnistes » ne sont pas excusables @ tolo; je les crois en grand nombre excusables au moins a tanto, ce qui veut dire a mortali, en ce qui concerne la violation, par exemple, du précepte dominical, puisque, pour fixer les idées, nous avons jusqu’a présent spécialement visé celui-la.

Oui est exactement leur faute, en effet? Dans le fait de n’aller point 4 la messe chaque dimanche? Nenni! Ils pécheraient 4 coup str, et mortellement, toutes les fois quils n’y vont pas, s’ils avaient dans leur jugement la persuasion que c’est mal de n’y pas aller, quwils violent une loi gravement obligatoire en conscience en agissant comme ils le font. Mais voila! cette persuasion, ils ne l’ont pas. Ils l’ont eve autrefois, étant jeunes, au catéchisme... Elle a disparu! Inutile de se battre les flancs contre ce fait brutal : elle a disparu !

Quid alors, entétés casuistes? Allez-vous rai-

sonner comme si elle existait encore? Alors vos conclusions seront fausses, puisque vous aurez pris pour point de départ, pour prémisses, une hypothese creuse qui ne correspond pas a la réalité des choses telles qu’elles sont. Vous résoudrez un cé@s mort fictif; votre solution passera évidemment a coté ou par dessus le cas vivant qui est la sous vos yeux, sollicitant votre jugement. C’est ce qu’on appelle en latin : piscari in aere, et en francais : donner un coup d’épée dans l'eau.

Et si vous yous rendez a l’évidence, si vous raisonnez dans ’hypothése vraie de la disparition de la croyance au précepte, quelle conclusion tirerez-vous ? La mienne, trés cher, 4 savoir que le péché de ces gens-la n’est pas hic et nunc dans la violation de la loi dominicale; il est ailleurs et plus haut, dans sa cause, la ou ils ont coupablement porté atteinte a leur foi surnaturelle @antan, en préférant, dans un sentiment de plus ou moins grave désobéissance, les suggestions de leur orgueil ou de leur passion a lautorité de Dieu et de son Eglise.

A quel moment et sous quelle forme s’est pioduite dans leur esprit cette chute dans le péché Vincroyance? Il faudrait tout un article pour le dire, & peu prés. Qu’importe cet autre probléme pour le moment? Il me suffit de constater que nous sommes ici en présence des swites Wun péché antérieur d’incroyance dont je n’entends pas, certes, nier la gravité, mais enfin d’un péché qui est spécifiquement autre chose que la violation du précepte dominical, dun péché dont la malice et Pimputabilité ne se prolongent dans ses conséquences qu’autant que celles-ci ont été ou sont encore connues ou acceptées comme telles par Pintelligence et la volonté. N’est-ce point la, je vous prie, de la plus pure théologie morale, une toute logique et simple application des principes bien connus du traité de Actibus humanis ?

Ceci étant posé, nous n’avons plus qu’a conclure, conformément 4 ce qu’enseigne la théorie sur les péchés in causa. J’ai longuement expliqué pourquoi, sauf exceptions d’advertance et de

malice plus formellement caractérisées, ces sortes de désordres implicites, découlant d’un acte qui en est la cause, expressément mauvais celui-la au E aabut, ne pouvaient que rarement atteindre les Bi mensions du péché mortel.

Au risque d’étonner quelques-uns de mes lecteurs, ceux-la du moins qui ne m’auraient pas f suivi depuis l’origine de mes Notes ef Souvenirs je suis bien obligé de dire que le péché mortel existe rarement, en tant que péché spécifique résul- tant de la non assistance a la messe le dimanche, - chez une foule de pauyres gens, en mauvais état habituel de conscience depuis longtemps peut-ttre, - qui en sont arrivés 4 ne plus croire au précepte, et qu’on a grand tort de les supposer chargés d’au- ‘tant de fautes mortelles quwil ya de dimanches - dans l’année. C’est un gros mal qu’il en soit ainsi, - assurément, mais un gros mal matériel seulement. - Les anneaux de ma chaine se tiennent bien soudés, Ee pense; si j’arrive a cette conclusion, c’est que j’y suis forcé par le bon sens; si j’excuse ces gens- 14, comme je suis convaincu que Dieu les excuse, c'est de la logique et non pas de l’indulgence. Qu’on m’entende bien cependant. Cette appréciation n’est évidemment pas universelle. J’ai pris soin de bien limiter le terrain, hélas trop vaste! auquel elle s’applique. Pour éviter toute équivoque, je répéte : Je parle de ces paroissiens qui, en fait, ne croient pas a l’obligation du précepte dominical, chez lesquels Vautorité du nombre exerce une influence non dépourvue de - fondement légitime ainsi que je l’ai montré; qui enfin, aprés faute grave d’incroyance jadis consommeée, continuent de vivre mal, sans la renou- veler par une yolonté peccamineuse, sans y penser méme, sans rencontrer sur leur chemin des doutes dont la négligence imprudente pourrait suffire 4 compromettre leur cgnscience.

Ce dernier point précisément mérite une mention a part. Il est parmi nos « impratiquants » une catégorie dont le cas est un peu plus difficile & analyser. Je veux parler de ceux qui ont des doutes pratiques sur la moralité suspecte de leur

maniére de penser et d’agir. Tantét ces doutes .

s’éveillent dans l’esprit au souvenir du passé, de la premiére communion, d’une vie chrétienne longtemps prolongée; tantdt ils surgissent a loc- -casion de discours, de spectacles, d’impressions enfin quelconques plus ou moins suggestives (une maladie, la mort ou la conversion d’une personne chére, une prédication entendue par hasard, la lecture de quelque bon livre, le mariage, les sollicitations d’une épouse aimée, etc., etc.). Peu importe son origine; cet état d’ame constitue un péril pour la conscience qui passe outre sans suffisante certitude morale de la licéité de ses décisions. Appliquons done ici sincérement les principes que nous avons assez longuement développés dans des articles précédents sur la theorie et la pratique du doute.

Le doute négatif (pas de raisons sérieuses pour ni contre) ne compte pas; on peut le tenir pour

zéro et le négliger. Le doute positif sérieux de lictto demande a étre pratiquement transformé, d’une maniére raisonnable, en certitude morale. Il y a bien des facons d’opérer cette transformation. J’ai dit comment celles des savants de profession, des théologiens éclairés, n’étaient pas a la portée de tout le monde, et comment aussi, avec Vintention habituelle prédominante de bien ‘faire, la conscience pouvait pratiquement sauter par dessus le doute théorique sans contracter la malice possible, plus ou moins probablement inhérente a sa décision.

N’y a-t-il point la encore pour nos gens du peuple une porte ouverte par les plus purs principes de la théologie morale a4 bien des excuses, au moins @ mortali ? Une enquéte sur les motifs de crédibilité que peut présenter la parole du curé n’est point chose déja si aisée pour des esprits mal cultivés, absorbés par une foule de préoccupations temporelles, mal disposés, dans les circonstances ou ils vivent, 4 Pétude d’un probleme d’apologétique assez compliqué. Ils ont tort, assurément, de ne pas chercher davantage et mieux la lumiére quwils savent leur manquer. Mais les éclairs dispersés et singuli¢rement affaiblis de cette lumiére ne leur apparaissent bien souvent qu’a travers de si épaisses ténébres, que leur cil en est a peine frappé, leur conscience a peine touchée, dang un instant bien rapide, et seulement a la surface. Imprudence, légereté, faute, c’est vrai! Mais faute mortelle avec la connaissance certaine d’un mal grave délibérément accepté comme tel, je ne le crois pas du tout, au moins pour un grand nombre de cas.

Je me demande comment peuvent bien raisonner, d’apreés les principes de la morale, les prétres qui osent émettre en pareil cas des jugements universellement pessimistes. N’ont-ils donc point eu, comme moi, au confessionnal de ces impratiquants convertis sur le tard, sincérement revenus a Dieu, bien éclairés, et dont la confession se réduit souvent 4 peu de chose, faute de culpabilités graves quwils n’ont point eu conscience d’encourir au temps de leur vie religieusement indifférente ? Que cet état d’Ame soit plus rare dans la classe moyenne qui lit, qui pense et réfléchit, je l’accorde bien volontiers. Mais, encore une fois, cellela n’est pas en cause. C’est de nos paysans grossiers, de nos ouvriers mal « élevés », de tous nos miséreux intellectuels que je parle, chez lesquels il me parait bien cruel, et bien antithéologique, de supposer des culpabilités de conscience sans proportion avec l’indigence intellectuelle et morale de leur pauvre esprit.

L’autorité du nombre est pour beaucoup, souvent pour tout, dans l’erreur de leur jugement sur la question religieuse. Voila ce qu’il faut bien comprendre si l’on veut trouver la bonne maniere de ramener ces brebis égarées au bercail. La est le mal, le grand mal de l’heure présente; c’est la qu’il faut essayer de porter le remede quil appelle.

(A. suivre),

QUESTIONS — de science ecclésiastique

CONSULTATIONS DIVERSES

Q. — Parmi les différentes espéces de crainte, les théologiens distinguent la crainte servile et le don de crainte. La premiére n’est pas une vertu, mais seulement une bonne habitude. La seconde est un don du Saint- Esprit. Ses actes sont : revererit Deum, — fugere culpam. Pourquoi n’y a-t-il pas une crainte qui serait une vraie vertu et dont les actes seraient aussi revereri Deum, quatenus potens est infligere malum, et fugere culpam ? Non pas évidemment d’une maniére supérieure propre aux dons, mais d’une maniére commune, propre aux vertus.

R. — Il y a trois espéces de crainte : la crainte servile, la crainte mercenaire et la crainte filiale.

La crainte servile est celle de l’esclave qui fait son devoir pour éviter le chatiment. La crainte mercenaire est celle du mercenaire qui évite le mal et fait le bien pour ne pas perdre la récompense. La crainte filiale est celle du fils respectueux et affectueux qui agit bien par respect et par amour pour Dieu, qui est son pére. Les deux premiéres craintes dérivent de l’espérance, parce qu’elles sont inspirées par le motif des récompenses promises 4 la vertu et des chatiments réservés par contre au péché.

Chacune de ces craintes est bonne, parce que chacune d’elles dispose Vhomme 4 faire le bien commandé et 4 fuir le mal défendu. Elles disposent le pécheur ala justification: l’attrition concue par le motif de la crainte servile ou de la crainte mercenaire suffit, avec le sacrement de pénitence, a justifier le pécheur.

Chacune de ces craintes, quand elle existe dans Yame a l’état de disposition habituelle, est une vertu, c’est-a-dire une habitude bonne, une bonne qualité qui dispose homme 4 l’action et rend

bons homme lui-méme et l’acte qu’elle le porte 4 —

faire. C’est en effet chose bonne d’étre disposé a fuir le mal et 4 faire le bien soit par crainte des chatiments dus au péché, soit par espérance des récompenses promises a la vertu, soit par révérence filiale 4 ’égard de Dieu.

Il pourrait toutefois se trouver dans la crainte servile et méme dans la crainte mercenaire un défaut qui V’empécherait d’étre une vertu. Ce défaut peut surtout se méler 4 la crainte servile. Il consiste en ce que Vhomme animé de la crainte servile ne déteste dans le péché que le chatiment auquel le péché l’expose, et non le péché lui-méme. Autre chose en effet est de détester le péché a cause du chatiment, et de détester le chatiment en aimant le péché. La crainte du chatiment avec attache au péché est appelée crainte servilement servile. Elle est mauvaise, parce qu’elle renferme l'amour du mal et aussi parce qu’elle renverse Vordre de la saine raison : le chatiment n’est que la conséquence, le fruit du péché; Dieu ne nous en fait la menace gue pour nous détourner du

péché; or, par la crainte servilement servile, nous redoutons le chatiment sans redouter le péché qui en est la cause, et nous voulons rester attaché au péché tout en redoutant le chatiment qu’ilattirera sur nous. Cette crainte est mauvaise, et si elle existe A l’état de disposition habituelle, au liew détre une vertu, c’est un vice qui rend mauvais Vhomme et l’acte qu’elle inspire : c’est en ce sens que saint Thomas dit que la servilité de la crainte est un mal, tout en enseignant que la crainte servile est bonne. (S. Th., 24 2ae, q. 49, a. 4, c.)

On peut en dire autant de la crainte mercenaire, si toutefois il est possible de tenir 4 la récompense promise 4 la vertu sans aimer de quelque facgon le bien véritable et sans détester le péché qui lui est contraire. Ce serait en effet une disposition mauvaise que de n’aimer dans le bien que la récompense en tant qu’elle nous est agréable, sans l’aimer comme unie au bien objectif de la vertu ; de ne fuir le péché que pour ne pas perdre la récompense, tout en conservant une attache au péché. Mais la possession de Dieu étant la récompense essentielle promise a la vertu, si la crainte mercenaire porte sur cet objet, il serait contradictoire de s’attacher a Dieu pour le posséder et de se détourner de lui par attache au péché. Le désordre serait possible si dans la récompense on ne considérait que les biens accidentels, la félicité subjective, le bonheur personnel en tant quil est en nous et non en tant qu'il nous vient de la possession de Dieu.

La crainte servile ou mercenaire a l’état de disposition habituelle, quand elle n’est pas viciée par le désordre que nous venons de signaler, est donc une vertu.

Avec la vertu de crainte, il y a aussi le don de crainte. Ils se distinguent l’un de l’autre, comme se distinguent en général les vertus et les dons. La vertu de crainte nous dispose 4 suivre les régles de la droite raison quand nous nous portons au bien et que nous évitons le mal, soit par crainte d’encourir le chatiment ou de perdre la récompense, soit par révérence filiale 4 ’égard de Dieu; le don nous dispose a recevoir docilement pour ces mémes actes la motion, linstinct, Vimpulsion de I’Ksprit-Saint, laquelle, dans le cas particulier, ne nous meut pas seulement a craindre le chatiment ou a espérer la récompense, mais. aussi a aimer le bien et a détester le mal par révérence filiale a légard de Dieu.

En étudiant plus 4 fond la matiére, nous découvrirons entre la crainte servile, bien ordonnée, ja crainte mercenaire et la crainte filiale, un lien en vertu duquel les deux premiéres sont une préparation a la crainte filiale, un commencement de cette crainte dans laquelle seule elles trouvent leur perfection. Les deux premiéres en effet nous éloignent du péché et nous portent A accomplir le bien gue Dieu nous commande; c’est-&-dire qu’elles nous inclinent 4 rapporter nos actions et nous-méme a Dieu comme 4 notre fin derniére et a éviter ce qui nous détournerait de cette fin. Or,

cette relation de nos actes et de nous méme a Dieu est la régle propre de la charité; en nous attachant a Dieu, la crainte servile et la crainte mercenaire nous avancent donc vers la fin de la charité. Seulement elles ne le font que par des motifs inférieurs et imparfaits, la crainte du cha- timent et lespoir de la récompense, tandis que la crainte filiale nous conduit par le motif de amour filial. De 1a une grande différence de perfection entre les deux premiéres et la troisiéme. Mais entre les trois il y a de commun qu’elles nous attachent a Dieu, ce qui ne peut étre pour les deux premiéres sans qu’il s’y mélange un com- mencement d’amour: ce n'est qu'un amour imparfait, comme celui qui existe dans l’espérance, mais e’est déja quelque chose de l’amour, qui arrive a sa perfection dans la crainte filiale et dans la charité. Aussi saint Thomas nous enseigne-t-il que la crainte initiale, qui est la crainte servile, et la ¢rainte filiale ne différent pas essentiellement, secundum substantiam, mais seulement quant au degré de perfection, secundum perfectionem et imperfectionem., (2% ae, q. 19, a. 8, 0.).

Cette considération nous fait encore mieux comprendre que la crainte, méme servile, si elle n’est - pas servilement servile, est une vertu et qu’elle peut appartenir aussi au don de craiute, bien que ce don ait pour objet principalement la crainte filiale.

- Q. — Jai été arrété par une objection a laquelle je

n’ai pu trouver de réponse claire. — « Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sancto, non potest introire in regnum Dei. » De la bouche méme de Notre-Seigneur -yoila le baptéme devenu nécessaire de nécessité de moyen pour entrer au ciel. La justification premiére est done attachée 4 un signe sensible, opérant ex opere operato, et ne réclamant pour agir des dispositions subjectives que dans ceux qui en sont capables. Je ne puis, 4 cause d’une nécessité physique ou morale (ignorance), receyoir le baptéme im re. Mais j’en ai le désir au moins implicite, que j’unis a un acte de charité parfaite, je suis encore sauvé, c’est de foi et on peut le justifier en raison des dispositions subjectives. Le baptéme de sang justifie encore, mais il faut qwil renferme au moins pour les adultes le désir au moins implicite du baptéme in re.

Mais quid de infantibus nunc in odium Christi necatis et nondum baptizatis ? Ils ne sont capables d’aucun désir, d’aucune disposition subjective, et je ne trouve aucune part dans l’Ecriture que Notre-Seigneur ait attaché au martyre, comme au baptéme im re, une efficacité telle, complétement indépendante des dispositions subjectives. Cependant Vopinion commune des théologiens les regarde comme saints et martyrs. Quelles raisons fondées ont-ils ?

R. — L’autorité de ’Eglise qui honore comme gaints les enfants non baptisés qui sont mis 4

mort en haine du Christ, et l’enseignement des

théologiens, ne nous permettent pas dedouter que le baptéme soit suppléé pour eux par le martyre.

Quant a la raison théologique, nous n’en pouvons trouver de meilleure que celle de saint Thomas pour montrer que les saints Innocents ont recu la grace du martyre. Sa réponse cadre d’au-

DAME DUTCLERGH So. *

tant mieux a la difficulté qui nous est soumise, que le saint Docteur identifie dans le cas présent la grace du martyre et celle du baptéme, et que Vobjection 4 laquelle il répond se basait sur le défaut de volonté chez les enfants.

Voici sa réponse : « La gloire du martyre que mérite chez les autres la propre volonté, ces enfants mis 4 mort l’ont obtenue par la grace de Dieu. Car l’effusion du sang pour le Christ fait Voffice du baptéme. C’est pourquoi, de méme que chez les enfants qu’on baptise, le mérite du Christ opére par la grace du baptéme pour leur faire obtenir la gloire, ainsi, chez les enfants mis A mort pour le Christ, le mérite du martyre du Christ opére pour leur faire obtenir la palme du martyre. Aussi saint Augustin, dans un sermon de I’Epiphanie, dit-il, s'adressant 4 eux : « Il doutera que « vous ayez mérité la couronne en souffrant pour le « Christ, celui qui ne pense pas que les enfants « méme puissent profiter du baptéme du Christ. « Vous n’aviez pas l’age de croire au Christ gui « devait souffrir, maisvous aviezla chair qui vous « permettait de subir la mert pour le Christ qui « devait souffrir. » (S. Th., 2a ae, q. 124, a. 4, ad 4).

En d’autres termes, la grace de Dieu supplée chez les enfants mis 4 mort pour le Christ la volonté dont ils sont incapables et leur applique, en raison dela mort qu’ils endurent pour le Christ, le mérite de la mort du Christ.

Tl en est de méme pour le baptéme des enfants. Le baptéme exige aussi la volonté de celui qui le recoit; mais parce quils sont incapables de volonté, la grace de Dieu y supplée, leur appliquant par le baptéme les mérites de la mort du Christ. Il y a entre les deux cas une parité complete, comme le fait entendre saint Augustin.

D’ailleurs il est trés convenable que Notre- Seigneur ne laisse pas périr de mort éternelle ceux qui sont rendus participants de sa mort par la mort qwils subissent a cause de lui.

Q. — 1° Y a-t-il des indulgences accordées. 4 la récitation de Voffice des morts par les simples fidéles ?

2° Si oui, est-il suffisant pour gagner ces indulgences de le réciter en francais dans un texte approuvé?

3° Est-il suffisant pour gagner, au moins en partie, ces indulgences, de réciter en partie cet office, v. g. un nocturne et les laudes ?

R. — Ad I. En vertu d’une concession de saint Pie V, datée du 5 avril 1571, les personnes qui récitent l’office des défunts par dévotion, gagnent cinquante jours d’indulgences '.

Ad II. Pour gagner les indulgences, il faut le réciter en latin 2.

Ad III. Il faut réciter l’office des morts selon la rubrique du bréviaire romain. Or, cette rubrique prescrit pour la Commémoraison des morts la réci-

4 Raccoltda, 1898, n° 301.

? Béringer, Les Indulgences, t. I, page 249. — Cf. Hilgers, Manuel des Indulgences, n° 307, p. 652.

Ess & = Z

| ESRD ee ae

RE eran oa EN Cas

tation des trois nocturnes et des Laudes, et pour les autres jours un seul nocturne, qui varie avec les jours, et les Laudes. Quant aux vépres, elles font aussi partie de l’office et doivent étre récitées la veille au soir, cet office n’ayant que des premiéres vépres 1,

La Raccolta contient d’autres pratiques plus riches en indulgences.

Q. — On lit dans les Entretiens de Mgr Gay sur les mystéres du Rosaire (t. IL, p. 837-339) :

« Non seulement l’Hsprit envoyé au cénacle lie Jésus a PEglise, mais il s’unit lui-méme a cette Kglise aimée, et d’une maniére inexprimablement intime. Sans doute cette union n’est point hypostatique comme celle qui lie en un les deux natures de Jésus-Christ ; celle del’ Hsprit- Saint avec Vhumanité du Verbene l’était pas non plus. Quw’elle s’en approchait néanmoins! Quelle l’imitait! Or, Vunion qu'il contracte ici avec ’Eglise est tout a fait de méme nature; je veux dire, sans prétendre tout dire, qu’elle est substantielle, immédiate et indissoluble.

« ... Elle est immédiate, c’est-a-dire que l’Esprit-Saint pénétre essence méme de I’Hglise, et, demeurant en son dernier fond, la posséde de la tout entiére, au dedans et au dehors. Quoi de plus.? Ce que l’ame est au corps de ’homme, enseigne saint Augustin, 4 qui tous les Péres font écho, lHsprit-Saint Vest au corps du Christ qui est ’Eglise : Quod est anima corpori hominis, hoc est Spiritus Sanctus corpori Christi quod est Ecclesia : hoc agit Spiritus Sanctus in tota Ecclesia quod agit anima in omnibus membris unius corporis. Non pas que cet Esprit soit personnellement lame de lEglise : comme Jésus, ’Eglise a son 4me propre, son ame créée et humaine : entendez cet étre spirituel, intérieur, invisible, auquel appartiennent et a la vie duquel participent tous ceux qui sont en état de grace, y compris méme les hommes qui ne font pas actuellement partie de son corps, comme il peut arriver 4 certains schismatiques ou hérétiques de bonne foi, qui, selon leur lumiére, restent fidéles a leur baptéme. De méme que lame du Christ, ’ame de l’Kglise est ’couvre et la demeure du Saint-Hsprit, mais elle n’est point le Saint-Esprit. Quand done on dit que cet Esprit existe et agit dans ’Eglise comme notre ame dans notre corps, cela signifie simplement quwil la vivifie, l’éclaire, la dirige, qu'il est son Esprit « principal » hors duquel elle ne fait rien, vivant et se tenant toujours librement mais complétement dans sa dépendance. »

Je ne comprends guére ce passage. Qu’est-ce au juste que cette « Ame propre » de l’Hglise, « Ame créée et humaine » ? Est-ce autre chose qu’un étre de raison? Autre chose que la réunion, le groupement de toutes les Ames justes rattachées a Jésus-Christ par la grace sanctifiante? Est-ce une dme distincte de ce groupement luiméme?

R. — Beaucoup parlent de l’Ame de I’Eglise avec un défaut de précision ou méme d’exactitude qui prouve chez eux une imperfection de vraie science théologique. Mgr Gay, excellent théologien, n’est pas allé dans ce passage jusqu’au fond de l’idée gu’il exprime, mais son idée est juste: il n’y a qu’a la compléter. Au lieu d’ajouter 4 son texte un commentaire littéral, nous reprendrons les deux parties dont se compose le passage cité. La premiére a trait 4 lEsprit-Saint; la seconde a ce qu'il appelle « ’ame créée et humaine de l’Eglise. » Nous exposerons la doctrine compléte qui concerne

* Maugére, Le Bréviaire romain, p. 476.

lune et l’autre, aprés avoir dit ce qu'il faut entendre en général par l’Ame.d’une société et de l’Eglise en particulier.

I. — En tout étre vivant il existe un principe vital intrinséque, duguel procéde le mouvement par lequel se manifeste la vie. C’est par la vertu de ce principe vital que l’étre vivant est constitué tel, qu’il se conserve, se développe et arrive a sa perfection. Ce principe existe dans le germe du fruit qui, placé dans les conditions requises, évoluera et donnera naissance 4 un arbre, a un végétal, de méme espéce que celui dont il procéde luiméme, et l’arbre, le végétal vivra tant qu il conservera son principe vital.

Ce principe vital s’appelle dme chez les étres animés. Dans l’homme, ce n’est pas une simple— forme de la matiére, mais une substance distincte du corps auquel elle est substantiellement unie.

Par analogie avec les étres vivants et particuliérement avec l’homme, on dit que les corps moraux, les sociétés ont aussi leur vie propre. Elles se conservent, elles agissent, elles se développent et se perfectionnent 4 l’aide des forces qui sont en elles : le commandement, la direction, linfluence de ceux qui exercent l’autorité, — l’obéissance, l’activité des membres de la société, — tout cela mis en mouvement pour atteindre la fin de la société dans lunité d’un méme esprit.

Cet esprit, cette tendance commune vers un méme but, qui sont comme le principe vital de la société, en sont aussi appelés l’Ame, par analogie avec ce qu’est l’4me dans le composé humain.

Mais il ya de profondes diftérences entre l’Ame de Vhomme individuel et l’4me d’une société. L’Ame humaine est une substance spirituelle distincte du corps, une et indivisible. En dehors des individus dont ensemble forme le corps d’une société, il n’y apas de substance qui soit lame de la société; Vesprit qui l’anime est une disposition qui n’existe que dans les Ames des membres de la société; si V’dme de la société est une, ce n’est pas une unité individuelle et indivisible, une unité numérique, mais une unité spécifique consistant en ce que les membres de la société sont animés des mémes sentiments et mus tous ensemble par le méme désir de procurer la fin de la société. L’Ame d’une société est donc la résultante des dispositions, des aspirations communes des membres de la société.

On dit parfois que tel individu est l’Ame d’une réunion, d’une société, parce que c’est lui qui lui imprime le mouvement; et cette maniére de dire est fondée, puisque l’dme est le principe du mouvement vital. Mais il faut remarquer que cet individu ne produit le mouvement qu’en faisant partager aux autres membres de la réunion ou de la société ses propres sentiments. Et, quand la société ou la réunion se met en mouvement sous son impulsion, ce n’est plus en lui seul, mais dans Vensemble que réside l’esprit, Ame de la société ou de la réunion. Il a été seulement une cause excitatrice extérieure qui a déterminé l’assentiment, la conspiration des volontés.

oe -LAMI DU CLERGE 985

Si nous appliquons ces notions 2 l'Eglise, qui est une société, nous dirons que l’Ame de I’Eglise est la force et l’activité intrinséque qui Iui permet @atteindre sa perfection et de se propager ; que cette Ame consiste dans la disposition commune de ses membres a procurer la fin pour laquelle elle est instituée, savoir, le salut éternel de tous

les hommes. — Quelle est cette force? Quel est le

principe de cette activité intrinséque? Quelle est cette disposition commune? C'est ce que nous allons examiner.

IJ. — On dit que le Saint-Esprit est ’ame de l’Kglise. A l’appui de cette affirmation, on peut faire valoir le texte de saint Augustin cité par Mgr Gay : « Ce quest l’dme pour le corps de VYhomme, le Saint-Esprit lest pour le corps du Christ, qui est l’Eglise; le Saint-Esprit opére dans dans |’Kglise entiére ce que l’Ame opére dans tous les membres d’un méme corps. » En effet, le Saint- Esprit imprime 4 l’Eglise tous les mouvements par ' lesquels elle tend’a sa fin, comme l’Ame imprime au corps tous les mouvements vitaux. Il ya la une analogie qui suffit a motiver le mot de saint Augustin et cette maniére de dire que le Saint- Esprit est ’ame de I’Eglise.

Mais il est trés important de bien comprendre en quel sens il est l’Ame de |’Eglise. Il ne Vest pas formellement comme principe interne du mouvement vital de l’Kglise; il l’est comme principe externe et par son efficience, par l’action qwil exerce sur les membres de |’Eglise pour leur imprimer les dispositions dont la résultante constitue formellement l’Ame de l’Eglise.

Le Saint-Hsprit, en effet, n’est pas hypostatiquement uni au corps de l’Eglise, ni 4 aucun des membres qui le composent. Il reste en dehors de toute nature humaine et de toute agrégation d@hommes. S’il habite dans les Ames justes, s’il réside dans le corps de I’Kglise, c’est sans entrer d’aucune maniére dans la composition de l’étre humain ou de létre social de l’Kglise. Si intime que soit l’union entre le Saint-Esprit et l’Kglise, il n’y a entre eux aucun lien substantiel qui n’en fasse qu’un seul et méme étre. Les deux étres, l’étre divin du Saint-Esprit et ’étre moral humain de l’Kiglise, restent physiquement et substantiellement distincts et l’on ne peut dire que le Saint- Esprit est la forme du corps de l’Eglise.

Si donc le Saint-Esprit est le principe du mouvement vital ou de la vie de l’Eglise, c’est qu’il le produit comme cause efficiente externe, et non comme forme interne de l’Eglise. D’ou il suit qu'il ne faut pas entendre au sens propre que l’Ksprit- Saint est l'ame de l’Eglise, mais seulement au sens métaphorique, V’analogie entre les fonctions de V’Ame dans le corps humain et les effets de l’action du Saint-Esprit dans I’Hglise ayant conduit a prendre la cause pour l’effet.

Crest pourquoi, aprés avoir paru dire que le Saint-Esprit serait l’'dme de I’Eglise, Mgr Gay ajoute aussitdt, avec raison : « Non pas que cet Esprit soit personnellement l’Ame de I’Eglise, » et

quil distingue entre le Saint-Esprit, principe:

externe et efficient de la vie de l’Eglise, et la forme interne de cette vie: « Comme Jésus, l’Eglise a son Ame propre, créée et humaine. »

Qu’est-ce que cette Ame?

Ill. — Cette Ame n’est pas le Saint-Esprit : nous Vavons vu. Ce n’est pas une substance spirituelle mélangée au corps de l’Eglise 4 la facon dont les anciens concevaient l’ame du monde. Ce n’est pas non plus un pur étre de raison : une vie réelle se révélant par des effets réels, ne saurait avoir pour cause une pure abstraction. Ce n’est pas non plus la réunion de toutes les Ames justes rattachées 4 Dieu par la grdce sanctifiante : car l’Ame d’une société ne se compose pas des membres de cette société, qui n’en sont que la matiére, tandis que lame de la société en est le principe vital.

Ici nous redresserons une idée qui, pour étre admise assez couramment, n’en est pas moins fausse. A cété du corps de l’Kglise, 4 cdté de la société visible instituée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, on imagine une autre Eglise invisible composée de tous ceux qui sont en état de grace, qu’ils appartiennent ou non au corps de Il’Eglise visible instituée par Notre-Seigneur. Cette Eglise invisible serait lame de l’Eglise. On transporte a cette Eglise invisible une partie des priviléges de l’Eglise visible, en particulier celui de procurer le salut de ceux qui en font partie, ce qu’elle obtiendrait méme d’une maniére plus certaine que l’Rglise visible, puisque le salut appartient 4 ceux gui sont en état de grace. De 1a & penser qu'il vaut mieux appartenir 4 lame de I’Rglise, 4 l’EKglise invisible des justes qu’au corps méme de |’Kglise visible, il n’y a qu’un pas; et on est facilement amené A conclure qu’il n’est pas si nécessaire d’appartenir au corps de l’Kglise visible, puisqu’on peut se sauver et qu’on se sauve effectivement en appartenant a ame de l’Eglise, demeurat-on séparé du corps.

Cette théorie quasi protestante est fausse et pernicieuse : pernicieuse parce qu’elle nuit au salut des hommes non catholiques, en les tenant pour dispensés d’entrer dans le corps de I’Kglise ou ils trouveraient les vrais moyens de salut, ceux que Notre-Seigneur a institués pour le salut des hommes, ceux en dehors desquels on ne peut étre sauvé que par accident et moyennant des dispositions quil est difficile d’avoir ; fausse parce qu’elle repose sur une notion erronée de la sanctification hors de l’Kglise visible.

En instituant l’Eglise visible, Notre-Seigneur — ‘Jui a confié les moyens par lesquels il entend sau-

ver les hommes : la vérité de la doctrine révélée qui ne se trouve que chez elle, les sacrements dont elle seule a le dépét et l’administration, l’autorité pastorale en dehors de laquelle il n’y a pas, pour les brebis du troupeau divin, de protection efficace contre les attaques des loups ravissants ni de paturages salutaires. I] a en méme temps fait une obligation a tous les hommes d’entrer dans cette Eglise sous peine de périr éternellement.

Il est donc impossible qu’un seul homme soit sauvé si, connaissant l’Eglise visible et lobligation qu’il a d’y entrer, il reste sciemment et volontairement séparé d’elle. Ceux qui, de bonne foi hors du corps del’Eglise, arrivent a la grace sanctifiante par l’acte de charité parfaite, sont néanmoins en dehors de l’ordre voulu de Dieu; la grace fait pour eux une exception accidentelle qui ne peut étre érigée en régle générale, et encore ne sont-ils pas justifiés et conduits au salut sans aucune relation avec le corps de l’liglise.

Leur sanctification exige qu’ils soient disposés a obéir 4 tous les préceptes divins quand ils les connaitront, par conséquent a entrer dans le

corps de l’Kglise aussitét qu’ils sauront qu’ils y sont obligés. Le désir, la volonté d’entrer dans le corps de l’Hglise est donc implicitement contenue dans la disposition ot ils sont d’obéir a Dieu en toutes choses. Et, de méme que la contrition parfaite ne justifie pas le pécheur sans un désir au moins implicite de recevoir le sacrement de pénitence, selon que lenseigne le Concile de Trente, ainsi doit-on dire que ceux qui appartiennent a lame de l’Eglise sans faire partie de son corps ne sont justifiés et sauvés que moyennant le désir au moins implicite d’entrer dans le corps de l’Kglise visible. Ainsi on n’appartient pas 4 lame de l’Eglise sans vouloir au moins implicitement appartenir a son corps. C’est donc en vain et contre la vérité qu’on imagine en faveur de ceux du

- dehors une Eglise invisible qui ne reposerait pas

sur le fondement de l’Eglise visible.

D’ailleurs, sans étre en fait membres du corps de l’Eglise, ceux du dehors ont un lien réel avec lui. Ceux qui sont les moins favorisés, les paiens, ont au moins le lien de la vocation qui les y appelle; les juifs, outre cette vocation, ont encore leur attachement aux débris d’un corps qui fut autrefois ’Eglise véritable et la préparation de lKiglise actuelle ; les hérétiques qui ont validement regu le baptéme, les schismatiques qui, outre le baptéme, conservent encore les autres sacrements et, sils ne sont pas hérétiques, la vraie foi, ont avec le corps de l’Eglise des relations plus étroites encore. Ceux d’entre toutes ces classes qui se sanctifient hors de l’Eglise, ne doivent donc pas étre considérés comme n’ayant avec elle aucun lien; Sils appartiennent a ]’Ame de |’Eglise, ce n’est pas sans avoir quelque chose de ce qui appartient au corps.

Les fausses opinions sur l’Ame de l’Kglise étant écartées, il nous reste 4 dire en quoi elle consiste.

D’abord l’ame de |’Eglise n’existe véritablement ~

que dans le corps de l’Eglise : l’'dme est.dans le corps qu’elle anime et non en dehors de lui. Si elle exerce accidentellement sa puissance vitale sur ceux du dehors, c’est parce qu’elle vit et agit dans le corps de I’Eglise et qu’elle a le pouvoir d’attirer au corps de l’Kglise ceux qui n’y sont pas encore entrés.

Elle se trouve dans la société des membres de lKglise, mais 4 ]’état de division qui répond a la

nature dune société formée @individus numériquement distincts les uns des autres.

Elle est une, non d’une unité numérique qui est impossible, mais d’une unité spécifique consistant dans l’unité, dans la similitude de dispositions, de vues, d’aspirations auxquelles participent les membres de la société ecclésiastique qui ont en eux le véritable esprit de cette société, Vesprit qui les fait vivre eux-ménies de la vie de |’ Kglise et les pousse a procurer en eux et hors d’eux la fin pour laquelle l’Eglise est instituée.

- Or ce qui fait que les membres de l’Eglise vivent réellement de sa vie, ce qui les dispose 4 procurer la fin de l’Eglise, c’est la grace sanctifiante avec tout ce qui s’y rattache et principalement la charité. fin effet, par la grace Vhomme posséde la vie spirituelle que V’Eglise a mission de faire régner dans les Ames; c’est par sa docilité 4 suivre limpulsion de la grace qu’il contribue pour sa part a entretenir la vie de l’Eglise, 4 maintenir, a développer, 2 perfectionner son corps.

L’dme de l’Eglise n’est autre chose que l’esprit de Notre-Seigneur régnant par sa grace dans les Ames des membres de l’Eglise. C’est en lui et par son esprit que les pasteurs et les fidéles sont unis pour ne faire entre eux et avec lui qu’une seule Ame et un seul corps vivant et agissant. Cette unité, union intérieure des Ames, s’ajoute 4 lunité extérieure que constitue lorganisation extérieure du corps de l’Kglise, pour faire du tout une société vivante, animée de l’esprit divin que le Saint- Esprit répand dans les ames.

Voila ce que Mgr Gay appelle avec raison Vame propre, lame créée et humaine de l’Kglise, par opposition au Saint-Esprit qui en est le principe. En effet, lesprit qui anime l’Kglise, la grace sanctifiante qui la rend vivante, ce n’est pas le Saint-Esprit lui-méme, mais un effet de sa présence, de son habitation dans les Ames. Cette Ame de l’Eglise, cet esprit est concrétement subjectivé dans les 4mes ornées de la grace comme un étre, ou plutot une qualité spirituelle, intérieure, invisible; mais ce n’est pas un étre subsistant 4 part ayant dans l’Eglise une existence distincte de celle quwil a dans les Ames individuelles ; et comme l’expression « un étre, » quand on l’emploie sans la préciser, s’entend ordinairement d’un étre complet, d’un étre existant en soi et physiquement distinct de tout autre, on peut penser que Mgr Gay aurait sagement fait de ne pas employer cette expression qui préte a lerreur, ou dela déterminer si bien qu’on ne ftiit pas exposé 4 l’entendre dans un sens qu’il n’a certainement pas voulu lui donner.

Il y aurait peut-étre aussi a désirer une exposition plus précise de ce qu’entend Villustre auteur quand il dit: «De méme que lame du Christ, Vame de l’Eglise est l’ceuvre et la demeure du Saint-Esprit. » Car, de cette comparaison dont les deux termes ne sont pas autrement déterminés, on pourrait conclure que l’dme de I’Kglise est, comme l’ame du Christ, une substance spirituelle distincte ayant. un étre, une subsistance a part, ce

qui n’était certainement pas dans la pensée de Vécrivain. En usant de la comparaison entre l’Ame de Notre-Seigneur et de l’Eglise, il se borne 3 faire ressortir que celle de l’Kglise, pas plus que celle de Notre-Seigneur, n’est le Saint-Esprit en personne. On ne doit pas lui imputer ce qui va au dela de l’objet méme de sa comparaison.

En résumé, le passage cité de Mgr Gay est exact; mais il a besoin d’étre bien expliqué pour devenir parfaitement clair.

Q. — Nous avons dans le diocése de X... les religieux du Tiers ordre régulier de saint Francois d’Assise.

Ces religieux portent ’habit de couleur gris cendré.

Dans une réunion de confréres ot se trouvait un de ces religieux, on posa cette question :

Saint Frangois d’Assise portait-il cet habit gris cendré ou bien habit de bure rousse, sorte de burat, couleur de l’animal porte-laine, comme Vont de nos jours encore les capucins déchaussés ?

Cette question ne put étre élucidée. Il fut conyenu de s’adresser au cher Ami, qui résoud tous les jours des questions plus importantes et plus difficiles que la présente.

R.— Nous élucidons des questions probablement plus importantes, mais des questions plus difficiles ?... Quelle fut la couleur du vétement de saint Francois? Disons d’abord que la S. C. des Indulgences ne s’est pas réservé l’approbation des livres imprimés sur ce sujet, comme elle s’était réservé celle des livres touchant la véritabie forme du capuce de ce saint. On lisait en effet dans les anciens décrets généraux, § II, n. 42: « De vera et non interrupta successione filiorum S. Francisci et de vera forma caputii ejusdem, libri omnes impressi, et qui inconsulta Sacra Congregatione imprimentur, tractantes hanc eamdem controversiam. »

Les auteurs sont d’accord pour dire que saint Francois, 4 l’imitation de Notre-Seigneur, portait un vétement gris : « Ipse enim Christus, quasi ipso facto preenuntians tres ordines a B. Francisco instituendos, detulit indumentum coloris birretini (subrufi vel griser). Nam illa tunica inconsutilis, quam propriis manibus effecit B. Virgo, dum esset parvulus, quee (tunica) cum ipso crescente crescebat, erat de hoc colore, scilicet grisea, seu coloris subrufi. » Ainsi s’exprime Bernardin de Bustis, cité par le P. Hilaire 1.

Ils sont aussi d’accord pour déclarer que les tertiaires ont recu de saint Francois un vétement de couleur grise, ou couleur de cendre. L’ancienne régle portait : « Fratres insuper ipsius Fraternitatis de humili panno in pretio et colore, non prorsus albo vel nigro, communiter vestiantur. »

Bordonus donne l’explication suivante : « Habitus debet esse humilis, et compositus ex nigro et albo, cujus color vocatur griseus seu beretinus, magis tendens ad nigridinem quam ad albedinem ; non tamen totus niger esse debet. » Un auteur francais commente ainsi ce texte : « Bien que

1 Liber Tertii Ord., 1888, p. 264.

la couleur brune ait été bien souvent employée pour l’habit du tiers ordre, le gris cendré que prescrivent les constitutions a toujours été plus généralement adopté, particuliérement en France. Saint Francois donna un habit de cette couleur aux premiers tertiaires qu’il recut dans l’Ordre. »

Ici cesse accord; nous en avons pour preuve la note suivante du P. Hilaire, 4 laquelle nous laissons sa saveur antique :

Le Chapitre des trois Ordres 4 Vernon, en 1528, sous Gilles Delphin, ministre général, publia des patentes de réformation, et « avant que d’y attacher le seau, fut passé un échantillon de la couleur que l’habit devoit estre, tout semblable 4 la couleur que portent maintenant les reformez. Ceste patente est en la province de Normandie, avec l’eschantillon attaché avec le seau ; et a cause de cette réformation qui se fit en Normandie, les religieux du couvent de Bernay furent appelés du vulgaire les enfumez de Bernay, a cause de la couleur qui tire fort sur le noir. Quant a ce que dit le P. Chrartreux du drap gris meslé, ce doit entendre des couleurs grises, dont les unes sont plus pasles, et les autres plus | noires, joint gu’il y a certains gris dont la tissure est d’un cordon blanc et l’autre roux, comme est celui des Capucins... » !

D’ot vient cette diversité dans le gris? De ce que Von n’est pas d’accord pour déterminer la couleur du vétement de saint Francois.

Q. — Existe-t-il un décret du Saint-Siége en vertu duquel un prétre peut étre entendu en confession et absous par un autre prétre quelconque en un lieu quelconque ?

R. — Nous n’en connaissons pas. Sil existait, les théologies récentes en feraient mention.

Les évéques eux-mémes ne jouissent pas de ce privilége. Iis peuvent, il est vrai, se confesser n'importe ot 4 un prétre de leur diocése; mais s’ils veulent un prétre étranger en dehors de leur diocése, ils doivent prendre un prétre approuvé dans le lieu 2.

Pour les réguliers en voyage, ils doivent se confesser 4 leur compagnon de route, religieux du méme ordre, s’ils en ont un, lors méme qu'il ne serait pas approuvé. S’ils n’en ont pas, ils peuvent choisir n'importe quel prétre, méme non approuvé par l’évéque; dans ce cas cest l’ordre lui-méme qui confére la juridiction déléguée au prétre choisi *.

Q. — Y a-t-il des jeteurs de sorts et de maléfices? Voici tout ce que je trouve a ce sujet dans la Théologie du docteur Didiot: « Les sorciers, autrefois si redoutés, quoique assez peu redoutables, ont disparu de la société actuelle. » (Tome V, p. 490).

R. — Comme ]’Ami se propose d’ici peu de donner toute une étude sur le démonisme, question trés importante a notre époque, nous nous contenterons de répondre a l’assertion de M. le docteur

4 [bid., p. 269, note 10.

2 Lehmkuhl, Theolog. mor., t. I, n. 380.

8 Tbid., n. 394.

Didiot qu'elle a besoin d’étre expliquée, et que prise dans toute sa rigueur elle serait fausse et en contradiction avec le sentiment de la généralité des théologiens et avec certains faits trés authentiques et parfaitement prouvés.

Ila toujours existé des sorciers, et il doit en exister encore. Cependant les vrais sorciers ont toujours été trés peu nombreux, et il est a croire quwils sont encore plus rares maintenant qu’autrefois; et la différence principale entre la société d’autrefois et la société actuelle 4 ce sujet est peut-étre celle-ci : autrefois on était assez généralement porté 4 voir de la vraie sorcellerie 1a ou il n’y en avait pas, et maintenant au contraire on est assez généralement porté a ne vouloir pas en voir 1a ot il peut bien y en avoir.

Mais nous reviendrons la-dessus assez explicitement dans l’étude annoncée, et nous définirons clairement ce qu’on doit entendre par sorcellerie.

Q. — Un prétre publie des brochures et des livres sans demander l’autorisation 4 l’Ordinaire. Quelle faute commet-il ?

R. — D’aprés le P. Vermeersch, il y aurait matiére grave a ne pas demander limprimatur pour un livre, mais faute vénielle seulement s'il s’agit dune brochure inoffensive et de peu dimportance : « Cetera praecepta similiter sunt prudenti judicio pensanda. Sic v. g. non dixerim grave committi si... pro exiguo et innocuo opusculo, neglexeris censure solemnitatem *. »

LAME DU CLERGE et les livres

Comptes rendus bibliographiques

Nouveau « Missale Romanum, » illustré. — Un vol. grand in-4°, — Prix : broché, 386 francs. Reliures diverses selon la richesse: 56 francs, 60 francs, 75 francs, 100 francs, 124 francs. — Tours, Mame.

La Maison Mame a publié dans ces derniéres années divers livres liturgiques, bréviaires, diurnal, missel, qui ont été trés remarqués pour la parfaite ordonnance du texte, aussi bien que pour la beauté des éditions. Mais rien n’approchait jusquwici du chef-d’cuvre qui vient de paraitre par les soins des éditeurs de Tours : le nouveau Missel Romain illustré daprés Rubens, reproduisant antique et célébre Missel de Plantin.

« Depuis longtemps, nous écrivent les éditeurs, on nous réclamait pour les fétes, les grandes solennités, un MIssEL DE LUXE gui fit richement illustré, tout en reslant dans un format plus commode et plus portatif que l’in-folio. Nous répondons aujourd’hui a ce désir en publiant un missel grand in-4°, mesurant 35 centimeétres sur 26. »

Ce missel est un peu plus grand gue le bel in-4 publié l’année derniére. I] est infiniment plus décoratif.

*Vermeersch, De prohibitione, 2 ed., p. 104.

L’ordonnance en est la méme que celle de ce dernier

missel, ce qui indique : 1° que les nouvelles rubriques y .

sont imprimées en entier ; 2° que le texte, revu et approuvé par la S. C. des Rites, contient a leur place propre tous les derniers offices concédés, et est conforme aux décrets les plus récents; 3° enfin, quil est disposé de fagon a présenter la plus grande facilité aux prétres, grace 4 une disposition trés rationnelle de la mise en pages, et au nombre le plus restreiut possible des renvois. 3 :

Pour le Canon de la messe en particulier, tout est si bien ordonné qu’en aucun cas lé prétre n’a a interrompre le moindre geste ou mouvement prescril par les rubriques pour tourner un feuillet.

Toutes les messes des octaves de Paques et de la Pentecdte sont absolument au complet, sans un seul renyoi pour la prose et les oraisons. Toutes les messes des saints qui ont quelque chose de propre en dehors de Yoraison, sont imprimées en entier. A toutes les messes infra octavas se trouvent répétées les memoires des octaves. A chaque dimanche de Vavent et du caréme, au dimanche de la Passion et aux féries majeures de la semaine sainte, toutes les oraisons du temps sont 4 la suite des oraisons du jour. I] en est de méme aux dimanches du temps de la Septuagésime, sauf, bien entendu, l’oraison ad libitwm. Aux dimanches du temps pascal et aux dimanches aprés la Pentecdte, les oraisons du temps sont placées a proximité de chaque messe, etc., ete. :

Ces avantages seront trés appréciés par les prétres, et nous tenions 4 les signaler. Mais ce qui fait du missel de Mame un Missel de luwe et lui donne son vrai caractére, c'est son impression splendide imitée du fameux missel de Plantin, conservé au musée Plantin a Anyers, et ses magnifiques illustrations d’aprés les ceuvres de Rubens.

C’est 4 Anvers méme que les éditeurs ont fait recueillir par un artiste tous les matériaux nécessaires a Tillustration du missel qui nous occupe.

« Nous avons, disent-ils, cherché a nous inspirer avant tout des chefs-d’ceuvre typographiques et artistiques d’une époque ot les arts étaient arrivés a leur point culminant de perfection technique, et & prouver que les artistes de cette époque, en particulier Rubens et ses éléves, qui étaient d’ailleurs d’excellents catholiques, n’étaient point inférieurs, par leur inspiration chrétienne, 4 leurs prédécesseurs du moyen age. Mais, en nous inspirant de ces ceuyres d’une grande époque, nous ne les avons pas copiées servilement, voulant laisser & notre propre ceuvre une certaine originalité. »

Le Missel de Plantin a 6té tout Vabord étudié avec soin, et reproduit avec intelligence. Ce missel Plantin- Moretus est de 1621; il est une réimpression du Missel de Plantin de 1572, un des premiers missels selon le rit romain imprimé en dehors de Rome, deux ans a peine aprés la Réforme de saint Pie V.

Les caractéres employés ont été gravés spécialement a Paris d’aprés les types de Plantin légérement modernisés.

L’impression trés réussie est en noir et rouge sur beau papier teinté. Les pages du canon sont tirées sur un papier fort, spécial, qui leur assurera une plus longue durée.

Nous croyons sincérement que, comme ceuvre typographique proprement dite, il est difficile de rencontrer quelque chose de plus lisible, de plus agréable 4 l’cil, en un mot de plus parfait.

L’illustration artistique se compose de lettres ornées, dencadrements, de culs-de-lampe, demédaillons et de magnifiques estampes hors texte.

Les lettres rouges ornées en noir sont toutes exactement extraites de la superbe édition Plantinienne de 1621. Leurs ornements sont extrémement curieux & étudier, car ils représentent, pour chaque lettre, un fait de l’Keriture ou de la vie des saints, ou encore un texte, une maxime pieuse dont la clé est donnée par la lettre elle-méme. Ainsi 4 la lettre A nous avons vu successivement comme ornement Abraham immolant Isaac, Augustin composant ses écrits, une abbesse sur son siége, un roi en adoration, etc.; Ala lettre I ou J, Jésus et Jean-Baptiste enfants; Joseph et Jésus en Egypte, et encore Jonas; 4 la lettre GC, la charité avec ses attributs, sainte Catherine; 4 la lettre EB, sainte Elisabeth de Hongrie ; 4 la lettre N, Notre-Seigneur et le démon, Non in solo pane vivit homo ; a la lettre H, sainte Héléne; ala lettre P, saint Pierre; a la lettre R, saint Roch; a la lettre S, l’Annonciation, Spiritus Sanctus superveniet in te; a la lettre F, la

création, Fiat lua, etc., etc... Il serait assurément intéressant de tout citer; mais il faut se borner.

Trois lettres ornées se trouvent 4 chaque messe : une grande & Vintroit, et deux plus petites 4 lépitre et a Vévangile. Au canon de la messe, elles sont placées a chaque division de cette belle priére, et le coup d’ail qui en résulte est ravissant.

En outre de ses innombrables lettres ornées, le missel est enrichi a oer page de magnifiques encadrements graves sur bois. Ces encadrements sont de deux sortes.

Les uns, au nombre de huit, et successivement reproduits dans tout le cours du missel, sont des encadrements de grand style, avec variété de soubassemients, bases, pilastres, colonnes et frontons portant chaines et draperies, bouquets et guirlandes de fleurs, feuillages et fruits, grappes de raisins et épis de blé, flambeaux et torches, lampes des catacombes et vases a parfums. Ils sont chargés en outre demblémes et d’attributs religieux de toutes sortes, comme étoiles, monogrammes divers, tétes d’anges, anges adorateurs, croix, Sacré Cour, instruments de la passion, tiare, clefs, crosse, mitre, étole, livre, etc... Deux de ces superbes encadrements, toujours mis en face l’un de l’autre, ont, debout sur des colonnes, les quatre évangélistes accompagnés de leurs figures symboliques bien connues. Malgré cette profusion d’ornements, tout est si bien distribué que chacun des huit encadrements n’a rien de chargé. Ils sont dus au talent de M. Riquet, qui s’est inspiré pour leur composition des meilleures éditions de Vépoque plantinienne.

Huit autres encadrements de grand luxe sont réservés pour les messes des premiéres solennités, pour le commencement du missel et du canon. Ceux-ci ont été copiés, avec la plus serupuleuse exactitude, sur les ornements du célébre missel de 1621. La meilleure description serait impuissante 4 donner une idée de leur ravissante et artistique beauté.

Ils sont composés chacun @’au moins six médaillons a personnages, reliés entre eux par des figures ou dessins les plus variés et les plus riches. Ces médaillons représentent des scénes de l’ancien ou du nouveau Testament en rapport avec les diverses fétes dont ils font ainsi ressortir le sens. Ceux du haut et du bas des pages sont notablement plus importants, ils forment a eux seuls de grandes compositions.

Les sujets traités dans les encadrements de grand luxe sont les snivants :

1o Les béatitudes, avec neuf médaillons, dont le principal est Notre-Seigneur avec ses disciples sur la montagne. Cet encadrement est donné trois fois, ala premiére page du missel, 4 la féte de saint Joseph et a la Toussaint.

90 Pour Noél et la féte de l’Annonciation, les scénes de VIncarnation et dela Nativité du Sauveur avec six médaillons et les quatre évangélistes. Les grands sujets sont l’Annonciation et la Circoncision. :

3° Pour Epiphanie et la féte de saint Jean-Baptiste, les scénes de l’adoration des Mages, du hbaptéme de Notre-Seigneur et des noces de Cana, avec six médaillons et quatre grands décors d’angles. Le voyage des Mages et les noces de Cana sont de vrais tableaux.

ko Pour le canon de la messe, la féte du Saint-Sacrement et le Sacré-Ceur, les figures du saint sacrifice, Melchisédech, la manne, le sacrifice d’ Abraham, le pain d’Elie et surtout Cain et Abel et les Hébreux mangeant ’agneau pascal. :

4 Bo Pou PAquos. les scénes si touchantes de la Résurrection avec six médaillons et quatre anges adorateurs. L’ange apparaissant aux saintes femmes et Notre- Seigneur faisant toucher ses plaies a saint Thomas en présence des autres apdtres sont les premiers sujets. 6° Pour Ascension, les diverses apparitions et prédications de Jésus-Christ aprés sa résurrection, saint Pierre recevant le pouvoir des clefs, Notre-Seigneur montant au ciel, etc. Six beaux médaillons et quatre nges sonnant de la trompette. : :

Z es Pour la Pentecdte if la féte de saint Pierre et gaint Paul, deux splendides médaillons avec somptueux décors a tétes d’anges, figures ailées, etc., representant saint Pierre préchant au temple et saint Paul terrassé sur le chemin de Damas. En outre, quatre médaillons reliés deux a deux par la colombe rayonnante, rappelant le miracle du boiteux du temple, la vision de gaint Pierre, sa délivrance et la résurrection de Tabitha. Dans deux autres petits médaillons d angle on voit le martyre de saint J pai et celui de saint Etienne.

0 Le dernier encadrement de luxe ost un bel arbre de

Jessé 4 quatorze grands personnages. Ce trés riche

eek he at eee ae aie

sujet se trouve aux messes du dimanche des Rameaux, de l'Immaculée Conception ot de l’ Assomption

En plus de tous ces encadrements, nous yoyons encore au bas des pages qui précédent les messes des grandes solennités, de nombreux culs-de-lampe et médaillons a fleurs ou 4 personnages. Tous ont été également empruntés aux chefs-d’couvre de typographie religieuse du temps; c’est assez dire leur valeur.

, Pour donner plus adunité a cet ensemble, toute Villustration du texte a été gravée sur bois par MM Deloche et Van de Put. ,

Nous terminons l’étude du grand Missel de Mame en sa les gravures hors texte, en taille douce, qui « Vune fagon générale sont considérées comme ayant une valeur supérieure encore aux illustrations sur hois qui ornent le texte.

« Sept de ces estampes hors texte ont été photographiées 4 Anvers, grace a V’obligeance des savants directeurs du musée Plantin, MM. Max Rooses et Emmanuel Rossels, d’aprés de superbes grayures exécutées en taille douce par les meilleurs graveurs des Flandres d’aprés les tableaux contemporains de Rubens. » Leurs sujets sont une Dispute du Saint-Sacrement, la Nativité de Notre-Seigneur, ! Adoration des Mages, ’ Ecce Homo le Consummatum est, A sssmption de la sainte Vierge et ’Hglise triomphante. Nous ne nous permettrons pas d’essayer la description de ces wuvres si connues d’un grand maitre.

« Seul le Christ du canon est une reproduction, en héliogravure, d’un tableau de Van Dyck, lequel était dailleurs ’éléve de Rubens, et qui a dti exécuter ce Christ sous les yeux de son maitre. »

Aprés l’étude compléte et minutieuse que nous avons faite de louvrage, nous souscrivons yolontiers A cette parole : « Nous pouvons dire, avec autant de vérité que de fierté, quwil n’existe actuellement, chez aucun éditeur,

un missel qui soit comparable 4 celui-ci sous aucun rapport. »

Méditations selon Vesprit de PKglise pour toute l’année liturgique, 2 l’usage des communautés ef des fideles, par R. Décrouille, chanoine honoraire d’Arras, auteur des Méditations sacerdotales et de la Sainte messe. —2 vol. in 18, chacun d’environ 650 p. — Chez René Haton, libraire-éditeur, 85, rue Bonaparte, Paris vie. — 7 fr.

La réputation de M. le chanoine Décrouille est faite; ses ouvrages précédents lui ont conquis une place bien personnelle parmi les meilleurs auteurs ascétiques de notre époque, et ses discours au récent congrés de Bourges ont montré qwil posséde les questions sociales. Aussi bien, comme te fait remarquer M. le chanoine

Raux, la priere liturgique est la priére sociale par.

excellence, la source d’ot jaillissent les idées et leg cuyres sociales chrétiennes.

La priére contemporaine n’a pas échappé a Vindividualisme qui s’est glissé partout, dans les mceurs, dans les institutions, dans les ames. Nombre de personnes ont leurs déyotions a part dans lesquelles ordinairement elles se cantonnent, leur priére n’est point catholique, elles prient en quelque sorte en dehors de l’Hglise, chez elles on ne trouve pas « Vintime et vivante alliance entre la méditation et la priére liturgique. »

M. le chanoine Décrouville a compris ce danger, et son livre V’écarte.

Dans une introduction courte, mais substantielle et doctrinale, il montre l’Ame yoyageant dans le chemin de la perfection. Le chrétien commence son voyage le jour de son baptéme ot Dieu l’enrichit de la grdce sanctifiante. « Cette grace n’est pas un simple ornement ; cest une vie nouvelle surajoutée a la vie naturelle de lame et qui constitue son étre surnaturel. » L’Ame a des facultés naturelles qui lui permettent d’agir : son étre surnaturel est également pourvu, pour ainsi parler, de facultés particuliéres, les vertus théologales et cardinales qui sont répandues par Dieu dans ’ame avec la grace et qui y croissent, quis’y développent avec elle.

Ein outre Dieu agit sur elle « par les touches ou impulsions de son Esprit » qui sont les graces actuelles, a Vaide desquelles librement elle produit des actes sur-

naturels de foi, d’espérance, de charité, de prudence, de

force et des autres vertus,

La cependant ne se bornent point les secours que Dieu lui prodigue : i] y ajoute pour Iutter plus efficacement contre les obstacles redoutables du chemin, les sept dons du Saint-Esprit. Ainsi l’ame est supérieurement armée pour marcher, pour agir et pour résister.

Dans le chemin de la perfection il y a trois étapes, celle des commencants, celle des progressants et celle des parfaits. Ce sont les trois yoies Purgative, Tluminative et Unitive. L’Hglise veut que ses enfants grandissent sans cesse dans la foi et l'amour de Dieu, et elle les y aide. z

« Dans ce but, elle les fait passer successivement chaque année par la voie purgative pendant lAvent, par la voie illuminative depuis Noél jusqu’a la Pentecote, par la voie unitive aprés le Pentecote.

« Quand une année liturgique est terminée, l’Eglise recommence le cycle et remet tous ses enfants, méme ceux’ qui l’ont suivie jusqu’a la voie unitlive, aux exercices de la voie purgative, quand revient le temps de lVAvent. » ;

Les priéres qu'elle leur met sous les yeux & la messe sont les meilleures, les plus ferventes, les plus fécondes et les mieux écoutées de Dieu. Qui mieux gue lHpouse connait la pensée et le chemin du cur de l’Hpoux? C’est pourquoi les priéres de TEglise vont droit au coeur de Dieu, et comme elle sait toutes les miséres, les infirmités, les luttes et les angoisses de ses enfants, Ja priére liturgique qu’elle leur recommande est aussi celle qui exprime le mieux leurs besoins. ~

C’est done un devoir pour lame chrétienne de s’associer 4 la priére liturgique de chaque dimanche et méme de chaque jour.

Qwelle fasse les « Médilations selon l] Esprit de l’Eglise » et elle la comprendra, elle la gottera, elle en savourera la moelle chaque matin.

Elle y trouve en effet des méditations pour tous les dimanches et pour tontes.les féries de l'année; pour tous les saints dont la féte se célébre dans toute lEglise latine s’ils sont du rit double ou semi double, ou méme du rite simple pourvu quwils aient une messe spéciale. Si c’est une messe du commun, il y a une méditation aussi pour chacune et méme pour chaque messe votive concédée par le Souverain Pontife Léon XIII, afin de remplacer les messes des féries pendant la semaine.

A toutes les fétes des saints, la méditation porte sur la vertu qui formait le caractére dominant du saint. Et « comme la collecte de la messe, ainsi que Vépitre et Vévangile, a presque toujours quelque rapport avec cette vertu, ces formules liturgiques seront lues avec plus d’intelligence et aussi plus de profit. » C’est done complet et admirablement compris.

Prenez par exemple la féte de saint Martin. En téle quelques lignes rappelant briévement son histoire. Ensuite le sujet de la méditation : « Nous efforcer d’agir toujours par le motif de la charité. » Puis un sommaire substantiel, et la division : 1° la charité, cest le terme auquel le Saint-Esprit nous veut faire arriver; 2° c'est le terme auquel nous pouvons parvenir. lnfin la résolution pratique : « Dire souvent : A la plus grande gloire de Dieu! »

Aussi « la messe devient comme le complément de la méditation. »

Ajoutons qu’au commencement de chaque volume se trouvent les priéres de ’Ordinaire de la messe.

Cet ouvrage, suivant l’expression de Mer Vévéque .

d’Arras, « fera sa besogne utile dans la société chrétienne, » et trouvera dans le public, croyons-nous, pour ses apercus neufs, pratiques, doctrinaux, plus de fayeur encore que ses ainés.

De jure practico Regularium, auctore R. P. D. Josepho Nervegna, Antistite urbano, in Romana curia advocato et Academic theologies de Urbe inter censores emeritos decano. — Rome, ex typographia Gentili, 1900. — In-8 de 250 pages. — Prix : 5 francs 1.

Dans sa préface, Yauteur indique avec beaucoup de clarté son but et sa méthode. Nous ne pouvons rien faire de mieux que de la traduire.

‘Se vend au palais de la Chancellerie apostolique, et .chez auteur, via della Cuccagna, 3, Rome. :

AMI DU CLERGE reese eset iki, |

« Pendant trente-quatre ans, dit-il, comme employé de la S. Gongrégation de la Discipline, j’ai dui, le jour et la nuit, examiner les affaires des Réguliers et résoudre | leurs difficultés, qu’elles soient de peu d’importance ou compliquées. La conviction m’est restée que tout autre est le droit considéré in abstracto, et tout autre le droit appliqué aux circonstances particuliéres de la vie pratique. Le premier expose les principes, s’occupe de choses générales et fixe des régles immuables; le second, essentiellement contingent, varie incessamment et forme la jurisprudence. Le premier se renferme dans les questions spéculatives; le second concerne Ja vie pratique et trace les régles pour agir.

« IL s’ensuit qu’un homme, méme fort instruit sur les principes, se trouve dans lincertitude et hésite en présence de controverses qu’un homme versé dans la pratigue résoudra avec la plus grande facilité.

«C’est pourquoi les Emes et Rmes Préfets, hommes supérieurs par l’intelligence et le travail, ont, dans diverses circonstances, jugé les commentaires utiles, et nont pas dédaigné de les solliciter. Il a été satisfait a leurs désirs, mais par intermittence et dune maniére incomplete.

« Maintenant, cédant aux conseils d’un homme haut placé, 4 qui il m/’est trés agréable @obéir, laissant aux Docteurs et aux Canonistes les discussions spéculatives, les traités et la science étrangére, scientiam peregrinam, jexposerai briévement et simplement quelques observations historiques, et des déclarations se rapportant a des circonstances réelles et touchant a la pratique. Ainsi pourra-t-on facilement se former une régle de conduite dans ane affaire aussi importante.

« Comme le fond de cette thése repose sur les constitutions de Clément VIII, de Clement X, d’Innocent. XII et de Pie IX, il m’a semblé utile de les donner dans leur intégrité, avec le texte qui existe au Secrétariat de la S. Congrégation sur la Discipline réguliére, pour Vusage et la direction de cette Congrégation, afin que les lecteurs qui voudraient collationner les textes en aient la facilité. »

Donnons maintenant une rapide analyse du volume.

D’abord le texte de huit documents pontificaux, qui occupent 69 pages.

Le traité proprement dit est divisé en trois livres, concernant les novices, les profés et les sécularisés ou expulsés, etc.

I. Les novicrs.— Dans un premier chapitre : 1° on définit le noyviciat ; et 2° on énumére les conditions requises pour Pérection, l’autorité qui doit y procédér et qui peut accorder des dispenses, et qui n’est autre que le Saint-Siége.

8°-On s’est demandé si les constitutions relatives au noyiciat ef qui avaient été spécialement adressées aux évéques d’Italie et des iles adjacentes trouvaient leur application dans les autres. parties de la chrétienté. Notre auteur se prononce pour Vaffirmative, contre beaucoup d’autres, en apportant en preuve un passage trés explicite d’une constitution d’Innocent XII et la pratique constante de la S. Congrégation sur la Discipline réguliére.

40 Le noviciat doit étre placé dans un couvent ot J’on trouve l’observance réguliére, la vie commune et une discipline exacte. :

5° Il faut une permission du Saint-Siége pour placer un noviciat dans telle ou telle maison. L’intervention de Pévéque n’est requise que dans le cag ou il s’agit dune fondation nouvelle, et non quand on se contente @utiliser une maison réguliére préexistante.

6° Le noviciat canoniquement érigé jouit de Pexemption et se trouve soumisala cléture, comme les maisons réguliéres.

Le chapitre second est consacré 3 é i be pees cré a la réception des

le Le nombre des novices & recevoir dans chaque province doit étre determiné chaque année par le Saintee Ye ae ae spécial; si on le dépasse a reception est irréguliére et le supérieur 5 VRE g p encourt les 2° Pour prendre Vhabit régulier, il faut les lettres testimae ee reeds diocésain ; celui-ci ne peut les refuser. L’omission de cette formalité n’est cause de nullité. : immu’ 3° On énumére les conditi i llons requises de la part du postulant, au sujet de la naissance, des meee de la reputation, de la condition, de Véducation, de la

Science, etc.

XK:

4° et 5° Ici on s’oceupe de lage, qui varie suivant quil s’agit des religieux de chceur, des convers, des tertiaires, des oblats, des serviteurs et des hétes, etc.

6° Il faut un double scrutin pour l’admission.

ont chapitre troisiéme examine les conditions du noviciat :

le T] doit durer un an; mais on peut y ajouter une autre année de probation.

2° On examine ici les qualités requises dans le Maitre des novices et son compagnon.

3° Il n’est pas permis pendant l’année canonique du noviciat de s'occuper d’études littdéraires.

4° Les supérieurs ne peuvent, sans un indult apostolique, envoyer un novice d’une maison 4a une autre; sinon le noviciat est interrompu. Il ’est aussi par une nuit passée au dehors, méme avec une cause légitime

- et la compagnie des supérieurs.

o° L’année ou les deux ans écoulés, le novice doit ou faire proféssion, ou quitter la maison.

6° Régles a suivyre pour la profession aprés les vooux simples.

Il. Les proris. — Le chapitre premier parle de la profession religieuse, énumére les diverses espéces de professions et les causes d’invalidité. Les chapitres

. second, trois et quatre parlent des trois voeux de reli-

gion : obéissance, pauvreté et chasteté.

IIT. La sorTiz DES ORDRES REGULIERS.— On peut quitter un ordre de plusieurs maniéres :

le Par la sécularisation. Comme le sujet est important et dune pratique journalicre, auteur y consacre de longues pages ou les éyéques tronveront tous les renseignements utiles pour régler leur conduite a Pégard des religieux sécularisés.

2° Par lexpulsion ou la fwite volontaire.

3°. Par le passage a une autre religion.

Voila un livre longtemps attendu et qui marquera dans Ja littérature canonique. I] sera étudié a fond dans tous les ordres religieux et par tous les canonistes qui veulent suivre l’esprit et la jurisprudence des Concrégations romaines. Désormais, nous ne résoudrons aucune difficulté relative aux réguliers sans chercher sa pensée. D’ailleurs une table analytique et une table alphabétique facilitent singuliérement les recherches.

De statu veligioso Commentarium ad usum preesertim Clericorum Regularium sancti Pauli, auctore Aloisio M. Ferrari, ejusdem Congregationis Preeposito generali. — Hditio altera ab A. revisa et aucta. — Rome, ex typographia Vaticana, 1899. — In 8° de 882 pages. — Prix: 5 francs, chez Vauteur, via de’ Chiavari, 6, Rome.

Le P. Louis M. Ferrari est général des Barnabites, et il a écrit, 4 Vusage de ses religieux, un traité de la vie religieuse, tant au point de vue des lois canoniques que des lois morales, qui peut convenir a tous les réguliers, sauf quelques passages propres 4 l’ordre. :

L’ouvrage est partagé en 15 chapitres, que nous signalons simplement par leur titre, le contenu éiant connu de tous nos lecteurs. — 1. Nature de l’état religienx. — If. De Vorigine et des formes accidentelles de l'état religieux. — III. De la fondation de nouveaux ordres et de ’établissement de nouvelles maisons. — IV. De la réception des sujets. — V. Du novyiciat. — VI. De la profession. — VII. Du renvoi avant et apres la profession et de la seconde admission. — VIII. Du vou de pauvreté. — IX. Du voeu de chasteté et de la eldture. — X. De Vobéissance et de Vobservance réguli¢re. — XI. Autres obligations du religieux : pour Voffice, le yétement religieux, la fuite de divers amusements et occupations incompatibles avec la saintete de son état. — XII. Les priviléges des réguliers au sujet de l’exemption, ’administration des sacrements, la prédication, les ordinations, ete.— XIII. Du gouvernement intérieur des réguliers et de administration des biens temporels. — XIV. De Vélévation aux dignités ecclésiastiques et du passage 4 un autre ordre. — XV. Des religieux vivant en dehors du cloitre : dispersion violente, fuite, renvoi, sécularisation. é j

Une table alphabétique qui ne compte pas moins de 26 pages permet de trouver sur-le-champ les renseigne-

ts désirés.

© Mamie comparé au volume de Mgr Nervegna, que nous yenons d’analyser, le travail du P. Ferrari garde toute

leer | | -LAMI DU CLERGE

Ne A al fe le Rn MEARS. teas Odes bik ed aoa, he TA ere Oe

son utilité. Sans doute pour les questions de droit le premier aura la préférence ; mais le second aborde une foule de questions pratiques qui ne rentraient pas dans le cadre de Vautre.

Nous souhaitons a cette seconde édition le succés de la premiére.

Ksthétique fondamentale, précédée d’une lettre de M. Guillaume, de i'Institut, professeur desthétique au Collége de France, par Ch. Lacouture, 8. J. — Retaux, 82, rue Bonaparte, Paris vie. — Un vol. in-8 de xvu1-422 p. .

Crest un excellent trailé, 4 la fois philosophique et artistique, du BEAU que nous donne le P. Lacouture. Philosophe, théologien, orateur, poéte, littérateur, musicien, chimiste, dessinateur et encore autrement artiste, le P. Lacouture pouvait mieux que personne aborder ce sujet et le traiter de maniére a satisfaire les esprits les plus exigeants. Un maitre en fait d’art, M. Guillaume, de l'Institut, a qualifié son ouvrage de « considérable » ; il Vest en vérité par importance de la matiére, par la profondeur des apercus, par la précision de la doctrine et par les horizons quil ouvre aux artistes dans tous les genres d’art proprement dit. Les citations trés nombreuses qwil fait des auteurs qui ont écrit sur le « beau » montrent qu’il s’est entouré de toutes les lumiéres; la eclarté et la simplicité de ses conclusions prouvent qu’il a suffisamment creusé les idées pour aboutir a trouver les principes vrais qui jouissent de ce double privilége d’étre la simplicité méme et de fournir la plus facile et la plus satisfaisante explication des choses.

Qu’est-ce que le beau? Bien des définitions en ont été données : les unes inacceptables, les autres vraies, en tout ou en partie. En combinant ces derniéres et les éléments gu’elles fournissent, on arrive 4 constater que le beau suppose la variété qui en est la matiére, ’unité qui en est la forme, et la splendeur qui en est le rayonnement propre a nous impressionner. Et le beau nous apparait comme la splendeur de Vordre.

be la suit quil y a autant d’espéces de beau qu'il y a dordres réellement distincts. Il y ale beau matériel ou physique, le beau intellectuel ou logique, et le beau moral. Aujourd’hui, le réalisme recherche trop exclusivement le beau matériel. Le beau intelligible est debeaucoup supérieur; son champ est trés vaste : il embrasse la nature visible et le monde des esprits, Dieu et ses ceuvres, les ceuvres de ’homme, les sciences, les arts et les beaux-arts. Au-dessus des deux autres doit se placer le beau moral qui établit son régne dans la philosophie, la religion, les beaux-arts et la nature elle-méme qui nous offre les symboles ue la vertu, et, dans l’adaptation des étres 4 leur fin, le spectacle d’un ordre resplendissant.

Dans le beau, il y a divers degrés de perfection. C’est en Dieu, Vétre infiniment parfait, que réside la beauté absolue ; il est Vidéal de toute beanté. Le beau velatiy est plus ou moins élevé selon quiil participe plus ou moins a la beauté divine. Le beau intelligible est supérieur au beau sensible, le beau moral supérieur encore au. beau intelligible. La beauté est croissante du minéral 4 Vhomme, de ’homme avec ses facultés naturelles 4 Vhomme surnaturalisé yet la vie chrétienne; dans Vhumanité, le comble de la beauté se trouve dans la sainte Vierge et dans Notre-Seigneur Jésus-Christ, sujets inépuisables pour les artistes.

Le beau doit nous impressionner. A cette impression concourent les sens, Vimagination et la mémoire, mais principalement Vintelligence qui pergoit Vordre dans leg détails, et la volonté qui s’émeut ala perception de la splendeur qui en résulle. Cette impression est une jouissance intuitive d’autant plus intense que le sentiment du beau a été plus cultivé ef d’autant plus délicate que ce sentiment est deyenu plus exquis.

Lintuition gui produit Pimpression du beau n’a pas besoin du raisonnement ; il en est autrement de l’appreéciation, du beau qui exige la connaissance et lapplication des lois qui régissent la beauté :le critique doit motiver ses jugements. Toute beanté doit réunir les trois éléments constitutifs du beau : la variété, lunité et la splendeur. Ensuite, dans chaque ceuvre, il faut tenir compte de toutes les espéces de beauté, du beau intelligible et du beau moral aussi bien que du beau sensible. De plus, il faut se rappeler que la beauté prin-

992 reer

cipale d’un étre est celle qui convient au rang qu'il occupe dans la hiérarchie des étres; que la beauté dun objet quelconque demande qu'il réponde 4 son type défini et approche le plus possible de son type idéal; que tout ce qui nuit a la jouissance du spectateur nuit en méme temps a la beauté. Ces principes de gott et de critique, le P. Lacouture les appelle lois : loi constitutive, loi spécifique, loi hiérarchique, loi typique, loi psychologique. Il ajoute la loi d’affranchissement : pour apprécier sainement le beau, il faut se mettre au-dessus de son gotit personnel et du gotit régnant. C’est en observant ces lois qu’on peut sainement apprécier les ceuyvres Wart. : ;

L’ouvrage se termine par un appendice ot lon dit aux artistes qwil leur est utile de connaitre les lois de Yart et ot Yon donne une classification des beaux-arts, la poésie, Varchitecture, la peinture, la sculpture et la danse. :

Tel est le résumé du volume, résumé qui ne reproduit

ue Vidée abstraite et qui laissera au lecteur le plaisir ns lire dans le texte les innombrables applications concrétes faites par ’auteur aux cuvres des maitres, dont il parle en vrai connaisseur et en fin critique.

Etude critique sur Vorigine du Saint Suaire de Lirey-Chambéry-Turin, par le chanoine Ulysse Chevalier, correspondant de l'Institut. — Bibliothéque liturgique. T. V, Qe livraison. —Paris, Alphonse Picard, 4 vol. in- 12 de 59-Lx pages, 3 fr.

M.le chanoine Ulysse Chevalier est revenu sur la question de l’authenticité du Saint Suaire de Turin. Ila réuni dans un mémoire tous les documents, connus ou inconnus et inédits, avec les textes qu’il donne au complet en appendice.

« Ce mémoire, lu au Congrés des sociétés savantes de la Sorbonne, a paru péremptoire contre Vauthenticité, a raison surtout du mémoire de VPévéque du temps, juge ordinaire dang cette partic, et de la décision du pape. » Il s’agit du mémoire de l’évéque de Troyes, Pierre d’Arcis, demandant au pape d’interdire lostension du Suaire de Lirey comme n’étant ni le Suaire du Seigneur, ni une relique sainte, ni la représentation ou limage du Suaire du Seigneur, lequel Suaire n’était pas tel (doc. G, App., p. x1); — et de la décision de Clément VII, pape d’Avignon, permettant Vostension du Suaire, mais 4 la condition que celui qui en ferait lostension déclarerait 4 haute et intelligible voix publiquement devant la multitude du peuple que cette figure ou représentation n’est pas le vrai Suaire de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais une peinture ou tableau figurant ou représentant le Suaire qu’on dit étre celui de Notre-Seigneur Jésus- Christ (docum. K, App., p. xv).

Ces deux autorités s’accordent bien a4 dire que le Suaire de Lirey n’est pas le vrai Suaire de Notre- Seigneur. Mais on ne peut s’empécher de remarquer gu’elles ne s’accordent pas sur la qualité du Suaire : Véyégue de Troyes n’y voit qu’une supercherie intéressée, tandis que Clément VII admet que ce soit une copie et en autorise, a ce titre, Vostension, malgré Péyéque de Troyes, quisemble bien, vu les instances de Clément VIL pour faire respecter sa décision, ne s’étre soumis que fort 4 regret.

Quoi quwil en soit, Je Suaire de Lirey est présenté comme une copie du Saint Suaire dans une série de documents postérieurs, ce qui ne doit pas surprendre, étant donné que Clément VII, en permettant de le vénérer, l’avait ainsi présenté.

Mais ce quil y aurait de plus fort contre Vauthenticité, ce serait le passage du mémoire de Pierre d’Arcis ot il affirme que son prédécesseur, Henri de Poitiers, ayant fait une enquéte diligente avait découvert la fraude et comment cette toile avait été artificiellement peinte, ce qui aurait été prouvé par le témoignage du peintre lui-méme (doc. G, App., p. vist). Il faudrait conclure de la que le Suaire de Lirey ne serait pas méme une copie du Suaire véritable, mais une pure supercherie. Comment, dans cette hypothése, Clément VII aurait-il pu en autoriser l’ostension comme d’une copie du Suaire de Notre-Seigneur? C’est pour nous un probléme non résolu.

Aprés ayoir passé en revue les textes et tracé une histoire suivie et bien documentée des vicissitudes que traversa le Saint Suaire de Lirey pour arriver enfin a

BSR

ee

Turin, M. le chanoine Ulysse Chevalier en vient a la preuve d’authenticité que M. Arthur Loth a tirée de ce que l’épreuve photographique du Saint-Suaire a donné . une image positive au lieu d’une négative qui aurait di paraitre sur la plaque sensible. Pour cette partie technique, il a cédé la plume 4 un praticien pour qui la photographie et la peinture n’ont pas de secret. M. Hippolyte Chopin assure qu’on peut obtenir directement une image positive soit 4 aide de certains procédés, soit accidentellement. Aprés avoir écarté d’autres hypothéses, il s’arréte a4 celle-ci: Le corps de Notre-Seigneur a pu étre peint en couleurs vraies; le temps, surtout Vincendie de la Sainte-Chapelle de Chambéry en 1532 ot le Saint Suaire faillit étre brilé, auront profondément modifié la constitution des couleurs et renversé les valeurs photogéniques, d’o Vimage positive produite sur la plaque. En employant les préparations panchromatiques connues et les écrans colorés nécessaires, la plaque aurait pu donner un négatif.

Possibilité et hypothése plausible peuvent bien jeter du doute sur la preuve que M. Arthur Loth a tirée de ce que l’épreuve photographique, au lieu @étre négative comme elle devrait V’étre, se trouve étre positive ; mais pour que la réfutation fit complete, il faudrait etablir que la réalité, en fait, répond a la possibilité et que Vhypothése s’est vérifiée. Il y a donc encore de ce cdté un probléme 4 résoudre.

Le champ reste ouvert a la discussion.

A. B. C. D. religieux et domestique, a Vusage des petits et des grands. — Plaqueite, in-18 de 89 pages. — Perpignan, Brun fréres, rue des Augustins, — Les douze exemplaires :

4 fr. 45, port en sus.

Cette brochure est destinée d’abord aux tout jeunes enfants qui commencent a venir a Véglise. Ils y trouveront, disposées par ordre d’importance, toutes les priéres élémentaires et les dévotions principales : la maniére de se bien confesser, de« Petits avis »Ysur la tenue a Véglise, sur le respect extérieur et les bonnes maniéres, sur la propreté, les convenances, etc., ete.

On donnera encore utilement cette brochure aux jeunes gens et aux jeunes filles 4 Voccasion des premiéres publications de mariage. Ils y trouveront tous les renseignements 4 fournir a léglise pour leur mariage, — la doctrine catholique sur ce sacrement, — des avis importants sur le baptéme, — sur la sanctification du dimanche, — une méthode simple et parfaite pour assister les malades, — enfin oneness conseils trés utiles d’économie domestique.

Confrérie da Saint Rosaire, par l’abbé HK. Pouget, docteur en théologie, aumdénier du Couvent de la Providence 4 Rodez. — In-48 de 48 pages. — Rodez, EB. Carrére. — 4 exemplaire, 0 fr. 30; 12 ex., 8 fr. 50; 100 ex., 20 fr.

Cet opuscule, rédigé avec précision, contient les notions concernant Vorigine, la nature, le but, les avantages, les pratiques, les conditions d’érection dela Confrérie du Rosaire, la réception des associés ; en outre, de courtes méditations sur les mystéres, des priéres, les formules de bénédiction et de réception, le catalogue des indulgences, les associations du Rosaire perpétuel et du Rosaire vivant. Excellent manuel pour les prétres et pour les associés de la Confrérie du Rogaire.

ae! oO Sts BS

iIMPRIRIATUR Lingonis, die 14 novembris 1900...

> Sepastianus, Zpiscopus Lingonensis.

Le géranit : J. Marrrrer, LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET COURTOT.

i See

Se ee eee

penta Peake ey) Lae

BE (8¢ stem)

Mo Ag

(cE NUMERO A UN SUPPLEMENT DE 16 PAGES)

Page 1