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chants, ses trois francs, quatre francs, cing francs. » — Mais meilleure encore la peinture dun village envahi, dénaturé, asservi par Pusine ot l’on travaille le dimanche, nid de vagabonds et de repris de justice.
Cependant Alberte voudrait connaitre Jacques. Au fond, ec’est une Ame élevée et forte, mais rabaissée et stérilisée parce que jamais on ne lui a parlé que dor, de fortune, de jouissance et non de Dieu, de devoir, d’affection pure, ni de tout ce gui aurait pu la grandir. Elle le fait inviter 4 une soirée, chez Nathan. Jacques s’y rend sur la demande d’Etienne qui luia dit : « Si vous refusez V’invitation, vous assumez la responsabilité de la division du pays : cest vous qui aurez repoussé les avances et tiré les premiers coups de fusil! » Hlle préside la féte avec une grace froide, cajole avec application le préfet et les autorités, mais elle ne pense qu’a Jacques, elle le cherche et finit aprés d’habiles manceuvres par le joindre. Ke lui impose méme la premiére valse.
— Voyez-vous, Monsieur de la Ferlandiére, a peine arrivée au Val j’ai fait un beau réve : celui d’empécher le pays d’étre divisé 4 cause de nous... Je vous regarde comme un allié... comme mon allié... Vous étes la terre... je suis Lusine... Rien dans le pays ne peut se décider sans nous.
Odile apprenant les succés de Jacques que lui racontent les bonnes langues du pays est bien un peu jalouse, et n’osant révéler, méme a tante Berthe, quine Pett pas comprise, le secret de ses angoisses, elle les confie 4 Djinn, son épagneul préféré : — « Djinn, murmura-t-elle.tout bas, je VPaime! » Mais elle peut du moins s’épancher dans la priére, et par une épaisse neige elle va prier a Véglise, dans le banc de famille... Quand elle sort, aprés avoir pleuré, a la porte elle trouve Jacques qui « l’attend », le bras passé dans la bride de son cheval, qui avait de la neige jusqu’au poitrail. Il est venu parce qu’elle souffre : — Oh! je ne suis pas jaloux de Dieu... Pourtant jaurais aimé a ce qu il ne fit pas seul a vous entendre, car moi aussi, je suis un ami...
Les traits délicats de ce genre abondent dans La Grande Amie. Ce sont peut-étre ces rapides et péenétrantes analyses qui en font le plus grand charme.
« — Odile, lui dit-il, je ne sais pas ce qu’est Pamour ; vous avez ici un homme qui n’est pas de son temps... qui ne sait pas dire les choses, qui a devant vous des timidités d’enfant... je n/’ai jamais osé,— je n’ose pas encore,— et pourtant il faut bien que je vous l’avoue...: si vous n’étiez pas la, vivant 4 mes cétés dans la vallée, il me semble que lame des choses s’en irait... que la terre serait pour moi comme une amie morte... comme une fleur sans parfum... »
Le soir méme ils sont fiancés. En Vhonneur d’Odile, Jacques donne une grande chasse aA
courre. Le récit en est trés émouvant, trés mouvementé. Le sanglier forcé-se retourne sur Jacques et lui abat son cheval. Jacques en tombant se
‘blesse au bras. « Odile trés émue, a pu réussir a
maintenir sa jument hors de la portée du cheval de Jacques qui se débat sur le gazon, mais dans
ses efforts pour maitriser Myrtille affolée, la jeune —
fille a heurté violemment de cété une branche courte et dure taillée en bizeau et qui dépasse dans le chemin... »
On devine que cette phrase jetée la comme négligemment renferme quelque chose de graye...
Alberte n’a pas été invitée, mais avec lPaudace juive que les convenances n’arrétent point, elle est venue en grand équipage. Personne ne fait attention a elle : il n’y a que Jacques et Odile qui attirent les regards, il est le roi, elle la reine de la féte, et-la fille de Nathan assiste, dédaignée, les dents serrées, au triomphe de sa rivale. On la méprise, elle se vengera !
La seconde partie c’est Vhistoire de ses vengeances, punies d’ailleurs par une terrible et inexorable justice. Nous n’en donnerons pas méme la trame, pour laisser aux lecteurs la jouissance de la découvrir eux-mémes. On y. trouve plus dune maitresse page, trés chaude, et qui vous tient en haleine. Mais parmi les scenes erandioses, comme l’incendie de lusine, ou mélancoliques, comme celle des chiens qui refusent de quitter leur maitre, on suit toujours les progrés admirables de ame d’Odile et de celle de Jacques. Certains chapitres pourraient s’intituler : « Histoire de deux ames. » Maintenant c’est Odile qui
soutient son fiancé et Voblige doucement a la
suivre dans la voie douloureuse du plus poignant sacrifice. Les coours saignent, les yeux pleurent, mais de ce sang, de ces larmes jaillit une joie surnaturelle qui vous péenétre.
Deux sentiments surtout vous restent : amour de la terre et la sublimité dela souffrance.
« Cette bonne terre, légere et chaude, cette terre qui fleure un parfum puissant et mystérieux... cette terre qui semble conserver sous sa rude enveloppe lame invisible des choses matérielles, cette terre, c’est la sienne, c’est celle de son pére... de tous ses aieux. Is dorment 14 dans son sein leur tranquille sommeil, comme un ami se repose dans les bras @un ami... »
La souffrance ? Quand Odile est condamnée par les médecins, elle fait & son fiancé « une théologie asa maniére. » — «Comprenez donc, cher et bon ami, que vous me serez toujours la, bien présent. Au lieu Wavoir une Odile malade, imparfaite, pleine de révolte et de péchés, vous aurez comme
amie une ame que Dieu aura purifiée, transfigurée, —
idéalisée, sans aucune crainte de déchéance...
Vous voyez, Dieu vous gate... »
Kt Jacques est subjugué, convaincu. «-Oui, il sera fort, fort comme cette enfant qui laime: il sera fort comme le grand Dieu, le divin Souffrant sur lequel il s’appuie... »
Nous ignorons s’il ya beaucoup de Jacques de
Pe, Pl Bird 3 Wy ote Uy eS eke eA! a Pee
la Ferlandiére de par le monde, mais a coup stir ce livre est assez puissant pour en faire jaillir - du vieux sol chrétien de la France. Exoriare
aliquis...
2° Comptes rendus bibliographiques
La Réforme de Enseignement secondaire, par Alex. Ribot, député, président de la Commission de l’Enseignement. — Paris, Armand Colin, 8 fr. 50.
Ce volume expose les résultats et les conclusions de Venquéte dela Commission; il résume les cing volumes de dépositions et de statistiques publiés antérieurement par la Commission.
M. Ribot avait fait preuve d’une certaine largeur de vues pendant les travaux de la Commission; dans ce compte rendu, il s’est efforcé d’étre impartial.
Il y traite du régime des lycées et colléges, — de l'’internat, — de l’Enseignement classique et de l’Enseignement moderne, — du baccalauréat, -—— de l'Enseignement libre. Un appendice renferme de larges extraits des dépositions de MM. Berthelot, Lavisse, Boutmy, Poincarré et Léon Bourgeois.
Pour le régime des lycées et colléges, M. Ribot propose de décentraliser, de donner au proviseur la direction réelle, de mettre partout plus de liberté et moins de
- bureaucratie. C’est une excellente mesure.
Malgré les attaques dont il est Pobjet dans l’Université et dans l’Hnseignement libre, malgré les: dangers qu il fait courir 4 ’ Enseignement classique, M. Ribot maintient l’Enseignement moderne et lui accorde les mémes avantages qu’a l’Enseignement classique, sauf le droit et la médecine, qui lui restent fermés.
Tous deux se divisent en deux cycles de trois ans chacun. Ils renferment des matiéres a option, ce qui permet a l’éléve de se spécialiser de bonne heure. Le passage de l’un a l’autre est rendu facile.
L’Enseignement classique comprend les littératures grecque, latine, francaise, l’histoire, la géographie, la philosophie, et, a titre de matiéres 4 option, les sciences et les littératures étrangéres.
, Enseignement moderne remplace les littératures grecque et latine par les sciences, les littératures étrangéres, le dessin.
A notre avis, cest uv tort de laisser vivre l’ Enseignement moderne: une éducation vraiment littéraire sans grec ni latin nous semble impossible. A cété de l’Enseignement classique, il n’y a place, croyons-nous, que pour un enseignement franchement spécial et professionnel.
Les divers baccalauréats seront remplacés par un
dipléme d’études secondaires supérieures ; les examens seront passés devant « un jury composé des professeurs des Facultés- des Lettres et des Sciences, auxquels seront adjoints des professeurs agrégés de l’Enseignement secondaire, a pontifion qwils ne forment pas la majorité et quils n’examinent pas leurs propres éléves.» On ne pouvait guére descendre au-dessous de ce minimum de garanties en faveur de l’impartialité du jury.
Vis-a-vis de l’Enseignement libre, M. Ribot ne peut se défendre — pas plus que l'Université — d’une certaine antipathie assez naturelle d’ailleurs : comment ne pas se défier d’un concurrent, surtout d’un concurrent qui réussit aussi bien?
Sans doute, il veut la liberté et repousse énergiquement le monopole, dont ’ Université d’ailleurs ne veut pas. Nous ne pouvons plus aujourd’hui, dit-il, imposer 4 la nation Vunité de caractére et de doctrine, soit religieuse, soit antireligieuse. j
Mais il estime que c’est un devoir pour l’Htat de s’assurer du fonctionnement régulier de l’Hnseignement libre. Il regrette qu’on ait laissé tomber les droits que
-la loi de 1850 reconnaissait a l’Htat, et que la loi de 1886 a plus ou moins abrogés.
Ce controle sera obtenu, pense-t-il, en exigeant des professeurs libres les mémes grades que des professeurs des lycées et colléges, et en soumettant les établissements libres 4 l’inspection. vy .
Sans doute, le stat guo était préférable, et cette défiance vis-a-vis de l’Enseignement libre est injustifiée.
Mais pourtant, les mesures proposées contre lui ne peuvent lui faire grand tort : nombre de ses professeurg sont gradués, et si linspection n’est pas malveillante, lEnseignement libre ne la redoute pas. Peut-étre méme lui sera-t-elle utile, — c’est M. Ribot qui fait lui-méme cette remarque. Un projet de loi doit étre déposé pour régler cette inspection. Attendons le projet de loi.
Ces conclusions ont grande chance d’étre adoptées par la Chambre.
Relevons qeevaues erreurs de détail.
L’Kglise, dit M. Ribot, considére l’Université comme une ennemie. — Non pas, l’Kglise ne proscrit que l'en- Seignement neutre et Péducation antichrétienne.
L’Etat, dit-il, devrait obliger les fonctionnaires & mettre leurs enfants dans ses lycées et colléges. — Mais non, I|’Etat n’a pas le droit de violenter la con- Science de personne, pas méme des fonctionnaires.
Toutefois, sachons gré a M. Ribot d’avoir montré encore autant d’indépendance et d’impartialité.
Annuaire pontifical catholique, par Mer Albert Battandier, année 1900. — Paris, Maison de la Bonne Presse, 8, rue Francois Ie, — In-12 de 650 pages, 3 fr. 50.
Cette troisiéme année de l’Annuaire pontisical de
Mer Battandier mérite, comme les premiéres, une étude attentive. D’abord, il compte cinquante pages de plus que celui de l’an dernier. En outre il comprend une foule d’études nouvelles, qui en font un volume absolument utile pour toutes les bibliothéques qui veulent se tenir au courant du monde catholique. i Signalons quelques-uns de ces travaux remarquables par leur exactitude :
Calendrier des saints de Provence; — le Bréviaire romain; — PAve Maria; — 8. Jude; — le Saint-Siége a Avignon ; — Administration du Comtat Venaissin ; — Valeur des monnaies pontificales; — Les papes du
xiv siécle ; — Monnaies des papes d’Avignon ;— Palais |
des papes a Avignon ; — le fanon pontifical; — la loi des garanties; — les antipapes ; —le jubilé del’année sainte; — les anciens évéchés d’Espagne; — la mitre; — la crosse; — jardins du Vatican; — hibliothéques et archives du Vatican; — catalogue des causes des saints actuellement pendantes; — le Testament du Seigneur ;— la médaille juive de Notre-Seigneur; — le Saint-Suaire de Turin ; — le lieu du crucifiement & Rome, ete.
Comme on le voit, ce ne sont pas les nouveautés qui manquent dans ce livre qui, par sa nature, semblerait destiné a n’étre qu’une séche nomenclature ot lon changerait chaque année quelques noms.
Le Prés Réwvérend Pére Colin, fondateur et premier Supérieur général de la Societé de Marie, par un religieux de la méme Société. — Un vol. in-8 raisin de xv1-540 p., avec portrait, 4 fr. 50. — Lyon, Vitte; et chez le R.. P. Gay, montée Saint-Barthélemy, 4, Lyon.
ll n’y a pas vingt-cing ans que le P. Colin est mort, et déja l’Hglise ouvre la premiére page du procés de sa béatification. S. E. le cardinal-archevéque de Lyon vient en effet d’instituer (octobre 1899) la commission officielle chargée de recueillir les dépositions des: témoins touchant la sainteté de la vie, les vertus et les miracles du serviteur de Dieu, Jean-Claude Colin, fondateur de la Société de Marie:
Il ne fallait rien moins que cet heureux événement pour déterminer les religieux de la Société de Marie a livrer ces pages au public. Leur fondateur leur avait tant recommandé Vobscurité; la vie cachée ! Ignoti et quasi occulti in hoc mundo esse videantur ! Aujour- Whui, c’est l’Eglise elle-méme qui appelle les fidéles a dire ce quils savent dela gloire du vénéré fondateur ; et le premier témoignage a proclamer doit étre celui. de sa famille spirituelle.
Au lendemain de la mort du P. Colin, ses enfants avaient rédigé et fait imprimer une Vie considérable, en six volumes in-8. Mais c’étaient la pages intimes, destinées aux séuls religieux, destinées a entretenir dans leur Ame l’esprit de leur vocation et le culte des vertus favorites de leur fondateur ; pages qui n’ont jamais figuré aux affiches et qui n’y devaient jamais
figurer. Aujourd’hui, avec quel respect, avec quelle émotion, avec quelle délicatesse de touche Vauteur du volume que nous annongons entr’ouvre a nos yeux ravis ces souvenirs de famille, souléve quelques coins du voile d’ombre ot aimait tant a s’enfermer cette ame éprise de vie cachée! Le P. Colin fut un abime d humilité. C’est 1a son trait distinctif; et c’estle trait qwil a voulu imprimer a la Société de Marie. S’oublier et se faire oublier, c’est le mot d’ordre qwil avait recu de Marie en un jour de priére fervente, a Fourviere. N’étre rien, c’est le secret de la force et de la fécondité.
Quand Vhomme s’anéantit, cest alors que Dieu peut -
étre tout, et que sa grace agit librement. Dieu a tiré Vunivers du néant, afin que le néant rendit temoignage de sa puissance; et comme il a construit la nature, il construit aussi la surnature. Cum injfirmor, tunc potens sum. Fuir ce qui brille aux yeux des hommes, rechercher les besognes dont les autres ne veulent pas, aimer les wuvres abandonnées, cachées, évangéliser les pauvres, les humbles de ce monde : c’est ainsi que l’on imite Jésus-Christ (pauperes evangelizsantur) et que Yon mérite d’étre, aprés lui, l’enfant de Marie. Si l’on veut trouver Marie, faire partie de sa « société, » se mettre a sa suite, il faut bien la chercher ov elle est ; et elle est dans V’obscurité. Quand le P. Colin exposa, a Rome, ses vues sur la Société de Marie, le cardinal Castracane lui demanda ou il avait puisé ses idées. Et Phomme de Dieu répondit qu'il ne s’était inspiré d’aucune constitution préexistante, qu’il s’était uniquement efforcé Vimiter les vertus de Nazareth, de reproduire la vie de Nazareth. Nazareth! c’est Vidéal qui n’a cessé de luire a ses yeux, parce que Nazareth, c’est Vobscurité, c’est le silence, c'est Vobéissance, c’est la pauvreté.
Et Nazareth, c’est aussi le salut du monde. C’est a Nazareth que Marie s’est préparée 4 donner au monde le Sauveur. A Nazareth elle a caché sa vie, humble entre les humbles. A Nazareth l’Esprit-Saint s’est répandu sur elle, avec la force du Trés-Haut. A Nazareth ses enfants doivent se retirer avec elle, apprendre d’elle les « vertus solides, » attendre avec elle-les indications de la Providence. Les hommes disaient : A Nazareth potest aliquid boni esse? Crest quand les hommes disent cela, que Dieu prépare Veffusion de la grace rédemptrice. Ht si Marie veut, avec la grace, diriger quelques rayons de gloire sur sa « petite Société, » il faut qu’elle la trouve 4 Nazareth. Et cette gloire sera sans écueil, parce que Vhumilité en aura fait la base et que V’humilité en couronnera le sommet. Cette gloire aura trouvé la Société de Marie 4 Nazareth, et elle l’y laissera, de méme que les splendeurs de l’Incarnation y ont trouvé Marie et l’y ont laissée.
Et cette gloire est venue en effet. La Société de Marie ne date que @hier; ses premiers religieux ont émis leurs voeux en 1836, et déja elle compte un Bienheureux sur les autels (le P..Chanel) ; un autre de ses enfants a regu les honneurs de la Vénérabilité (le P. Champagnat); voila la cause du P. Colin qui s’instruit ; et deux autres causes se préparent lentement. Et toute cette gloire n’a pu dissiper, n’a pu méme entamer I|’obscurité de la Société. Ne semble-t-il pas que ce soit la grace la plus signalée que Dieu puisse faire a une Société religieuse, et d’ailleurs 4 toute Ame chrétienne : la combler de ses dons, méme de ses dons les plus glorieux, faire de grandes choses par elle, et lui laisser, par dessus tout cela, son voile d’obscurité, sauvegarde de son humilité! C’est laigrace qu’il a accordée 4 Marie : fecit mihi magna ...respexit humilitatem. Kt c’est la grace que le-P. Colin demandait & Marie pour sa Société : la maintenir toujours « petite, » petite par ’humilité, par Pobscurité voulue, grande par l’obéissance, par la charité, par toutes les cuvres de charité.
Je demande au lecteur pardon de ces longues réflexions, d’ou il est vraiment bien difficile de s’abstraire quand on lit une telle Vie. Mais comment cet homme, si épris d’obscurité, s’est-il trouvé un jour fondateur d’ordre religieux? Eh précisément ! il ne youlait pas s’entendre appeler fondateur : « Fondateur ! fondateur! disait-il, il ne faut appeler aucun homme fondateur de ceci ou de cela, il n’y a que Dieu seul qui soit fondateur. » Ou encore: « Il n’y a point d’autre fondateur chez nous que la sainte Vierge. » D’antres fois, avec son air enjoné : « Savez-vous bien gu’on m’humilie quand on m/’appelle fondateur? Dien choisissant ce quwil y a de moindre pour faire ses @uvres, m’appeler fondatear, c’est me dire que je suis le dernier deg Maristes. »
Et il est bien vrai que la fondation de la Société de
IVAMI DU GLERGE
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Marie, telle qu’elle nous est présentée ici, est. extraordinaire. Que se passa-t-il entre le P. Colin et la sainte Vierge? Dieu seul le sait. Lui-méme n’a jamais voulu s’en ouvrir ; mais bien des indices, bien des aveux lui sont échappés, qui ont été pieusement recueillis par ses
remiers enfants. Kt si on les rapproche, si on les éclaire les uns par les autres, il ne semble pas temeraire de conclure que, pendant les années de fondation, cette ame fut en communications habituelles ayec Marie, et que l’intervention extraordinaire de Marie fut & maintes reprises nécessaire pour peser sur lui et le lancer comme malgré Ini & Vceuvre de salut ou il était appelé. : i pee
Qwil avait raison de dire que la sainte Vierge était la seule fondatrice! La premiére fois que Vidée de la nouvelle Société se fit jour, c’était au Grand Séminaire de Lyon, dans l’année scolaire 1815-1816. Quelques séminaristes done eurent Vidée d’une nouvelle Sociéte religieuse qui porterait le nom de Marie et s'efforcerait de reproduire ses vertus: ses membres s’appelleraient Maristes. Les supérieurs approuvérent ; et le jeune abbé Colin, qui en avait regu Vinspiration depuis longtemps déja, mais sans en rien dire a personne, fut heureux de se joindre modestement au groupe nouveau. Au lendemain de l’ordination, on se réunit 4 Fourviére ; on se promit de ne pas perdre de vue le pieux projet; puis l’on se dispersa. Et Von ne tarda pas a tout oublier. En fait, ni l’initiateur nila plupart de ses adhérents ne furent jamais Maristes. Mais il n’en était pas moins heureux que l’idée etit été répandue dans le public, disait plus tard le P. Colin: « Car je pus ainsi m’en occuper, sans avoir l’air d’étre créateur. » ;
Lui-méme, l’abbé Colin, avait été nommé vicaire de son frére 4 Cerdon (Ain : le diocése de Belley n’était pas encore rétabli, et son territoire avait été incorporé au diocése de Lyon). C’est la que la sainte Vierge l’attendait. A ses pieds, etdans un mystére que l’abbé Colin n’a permis 4 personne de pénétrer, furent rédigées les Constitutions de la Société de Marie. Le méme mystére de grace enveloppe les luttes angoissées ou se débattit Vame de Vhumble vicaire devant la mission qui lui était imposée d’en haut. Il lui fallut agir enfin, dans Vindicible effroi que lui causait tout ce qui pouvait le mettre en avant. I] alla a l’archevéché de Lyon, et ne fut pas bien accueilli. Il écrivit au Pape (1819 et 1821), et, chose prodigieuse ! Pie VII répondit par un Bref d’encouragement (9 mars 1822) a une Société qui n’existait encore que dans la téte d’un obscur vicaire de campagne. Il fut 4 Paris trouver le nonce, Mgr Macchi, le ministre des affaires ecclésiastiques, Mgr Frayssinous, larchevéque de Paris, Mgr de Quélen, le Supé-" rieur de Saint-Sulpice, M. Duclaux. A Paris, comme plus tard 4 Rome, ou fut étrangement impressionné du cachet profond de sainteté qui rayonnait de cette physionomie candide; on lui donna de précieux encouragements ; Frayssinous poussa seulement une exclamation quand son interlocuteur lui annonga Vintention de vouer la nouvelle Congrégation, entre autres ceuvres, 4 Véducation de la jeunesse. L’abbé Colin songeait méme a aller voir le roi; on lui représenta que ¢ était inutile. Il vit Lamennais, qui caressait alors le projet d’une congrégation d’hommes de science, dite Congrégation de Saint-Pierre : mais l’entretien fut bref, le P. Colin n’était pas fait pour rien entendre aux idées « pompeuses » de Lamennais, et Lamennais, s’il ett laissé parler le P. Colin, eit moins compris encore ses idées de vie cachée.
L’abbé Colin revint de Paris, l’Ame inondée de consolation. Une nouvelle épreuve. l’attendait 4 Cerdon. Toutes ces démarches qui déja cotitaient tant a son humilité, il les avait faites pour obéir.a Marie, pour manifester et révéler aux grandeurs de ce monde la nouvelle Société. Mais il croyait que sa mission se terminerait la. [1 ne soupgonnait pas encore qu’il fit appelé personnellement a étre le fondateur attendu. Son Ame, quand Vordre lui en fut intimé d’en haunt, connut derechef les affres de Vagonie ; puis il se mit résolument 4 Peuvre, 4 Cerdon méme.
Le premier mariste fut son frére, curé de Cerdon ; vinrent ensuite deux autres curés de la région, prétres d’une haute perfection, mais de talents modestes. « Commencer une Société avec si peu de choset quelle misére ! » disaient les fortes tétes de l’endroit. A Nazareth potest aliquid boni esse ? Mais le P. Colin se ré- Jouissait : « La sainte Vierge nous enverra plus tard qui elle voudra ; mais au début, il fallait de tels hommes pour bien imprimer le pli (le pli de la modestie) a la petite Société. » Il était heareux aussi de com-
mencer l’euvre avec des curés, avec des prétres qui avaient été dans le ministére pastoral : car un autre pli qu’il voulait imprimer a ses religieux, c’était d'entretenir toujours en eux un grand dévouement et une affection sincére pour le clergé séculier, pour le clergé des parolsses, aux prises si souvent avec des difficultés Insoupgonnées. Puis, dans cette obscurité, il était stir que tous ceux qui venaient a lui, y venaient « par des motifs purs : rien d’humain n’a pu les attirer. » Et comme avec lui la bonne humeur ne perdait jamais ses droits, il répondait gentiment a ses contradicteurs : « Si jétais 4 votre place, j’en dirais plus que vous. Mais aussi, nous ne comptons pas sur nous. fl faut aujour- @hui, dans ces temps mauyais, des thaumaturges, mais des thaumaturges qui ne fassent pas de bruit. »
Et cet humble fut une des plus hautes intelligences de son temps. Rien n’agrandit une Ame comme V’humilité. Ubi non est humilitas, ibi adest confusio et destructio, a-t-il écrit. L’humilité, cest Pordre; et l’ordre, e’est la grandeur. Une Ame ordonnée est toujours
rande ; et toutes nos petitesses viennent de quelque
ésordre. Tous ceux qui ont approché le P. Colin ont admiré la largeur de ses vues. Ses rapports 4 la Propeeande de Rome, a la Propagation de la Foi sur *@uvre des Missions d’Océanie sont des divinations. Un reflet de grandeur et de majesté éclairait tout ce qui venait de lui. Sa parole, simple comme celle dun enfant, avait un air d’éternité. Il laissait la plus grande initiative au zéle de ses inférieurs ; il entendait que tout le monde ftit au large. Il ne voulait de maillot pour personne. Os nostrum patet ad vos, evt-il pu répéter apres saint Paul: dilatamini et vos. L’office du directeur devait se borner surtout 4 contréler. « En général, - disait-il A propos des Sceurs Maristes, le directeur ne - doit guére suggérer des pratiques ; il doit surtout écouter ce qui lui est dit. C’est l’Esprit-Saint qui conduit. Si vous leur suggérez toutes sortes de moyens pour se » vaincre, elles n’en prendront aucun. Il en est de ces avis trop multipliés comme des pénitences : plus le confesseur én donne, moins le pénitent en fait. »
Dés le début, a une époque ot les esprits en France étaient enccre enlisés dans les préjugés d’un autre Age, il avait déclaré que sa Société devrait suivre en morale les principes de saint Alphonse, et, pour l’ensemble de la théologie, s’inspirer de la méthode et des enseignements de saint Thomas d’Aquin. Mais, ot sa hauteur de vues se révéle avec un éclat qui tient du prodige quand on songe aux traditions facheuses dont avait été imprégnée sa premiére éducation cléricale, cest dans l’attachement inébranlable qu'il professe pour ’Eglise romaine. Ses Constitutions, dont la premiére rédaction existait déja en 1820, touchent au lyrisme quand elles parlent de Rome. Elles assignent a la Société de Marie trois fins :. 1° la perfection propre de ses membres; 2° le salut du prochain (missions en pays fidéles et en pays infidéles, éducation chrétienne de la jeunesse) : 3° la défense de la foi catholique romaine :
« Tertium denique Societatis fmem, qui ad fidem Ecclesice Romane, in sua integra puritate, specialt
zelo edocendam et propugnandam spectat, adimplere
-enitentur, diligentissime proecavendo ab inquieta hujus sceculi mobilitate, et temeraria rationis humane disquisitione circa mysteria; doctrinam sacram nonnisi ex puris Ecclesie Romance fontibus et auctoribus probatissimis hauriendo; omnia que admittit Ecclesia Romana, summa cum animi submissione admittendo ; omnia que resputt, et eo modo quo respuit, respuendo ; tolerando quce tolerat ; Sedem Apostolicam habendo tanquam propugnaculum a Deo positum contra omnes errores et amnia schismata invictum, illique ex totis viribus et ex totts visceribus semper et ubique adhwrendo. »
L’humilité, c’est encore la priére : et quel tract éloquent et pénétrant on ferait des aphorismes du P. Colin sur esprit de priére, sur l’efficacité de la priere!
L’humilité, c'est la simplicité ; et cest a force de simplicité que le P. Colin gagnait tout, dans les négociations multiples ot il fut mélé: « On n’aime pas les voies obliques, disait-il; ni moi non plus. Il n’y a rien que je redoute plus pour la Société, que la reputation - @étre fins... Point de finesse; du tact, de la prudence, oui ; mais qu’on ne soupgonne pas de la finesse en
nous. La finesse est dudiable.»
L’humilité, c’est la prudence : nos imprudences ne viennent-elles pas trés ordinairement de notre vanite, de notre recherche de nous-mémes? wide
L’humilité, c’est la’confiance en Dieu : et le P. Colin
avait en Dieu et en Marie cette confiance des Saints qui transporte les montagnes et qui, de fait, multiplia les prodiges pour faire face aux premiéres nécessités de la Société nouvelle.
L’bumilité, c’est, avec la confiance en Dieu, le courage : et le P. Colin aimait a représenter la « petite Société » comme une armée rangée en bataille, toujours préte a combattre les combats du Seigneur, sous ]’étendard de Marie, acies contra salutis hostes ordinata, «semper parata ad preeliandum prelium Domini, ...Deipara duce et auspice, ...sub vexillo Maric. Kt le premier mot de la Révélation sur la sainte Vierge n’est-il pas un mot de bataille et de victoire ? Ipsa conteret caput tuum. Et le P. Colin donnait encore pour patron a sa Société, aprés Marie et Joseph, saint Michel archange, le premier champion de Dieu contre l’orgueil de la créature, — le premier champion aussi de Marie, sil’on se range 4 Vopinion théologique qui met le péché des Anges dans le refus d’adorer le Fils de la Vierge.
L’humilité enfin, c’est l’obéissance, c’est la pauvreté, cest la charité surtout et tout cet ensemble de vertus modestes dont le P. Colin trace un tableau si touchant au chapitre ou il traite « de l’esprit de la Société de Marie » :
« ...Ht ideo, Matris suc vestigiis inhceerentes, a mundano imprimis spirttu alieni sint, seu ab omni terrenarum rerum cupiditate et ab omni propria consideratione omnino vacui ; semetipsos in omnibus penitus abnegare satagant, non que sua sunt, sed que Christi et Maric unice querentes ; se tanquam extorres et peregrinos super terram, necnon tanquam servos inutiles et omnium peripsema considerantes ; rebus hujus mundi utentes, tanquam st non uterentur ; quidquid in cedificiis et habitationibus, in ratione vivendi, in omni sua cum ceteris homintbus conversatione fastum, ostentationem aut humane considerationis appetitum redoleret, sedulo e/fugientes ; amantes nesciri et omnibus subesse ; sine dolo et astutia ; uno verbo, cum tania paupertate, et humilitate, modestia, cordis simplicitate, vanitatis et ambititonis mundane incuria ubique procedentes, atque ita amorem solitudinis et silentii, virtutumque absconditarum exercitationem cum zeli operibus conjungentes, ut quamvis variis ministeriis quibus animarum salus adjuvari potest incumbere debeant, IGNOTI TAMEN ET QUASI OGGULTI IN HOG MUNDO ESSE VIDEANTUR.
« Huic spiritui tenacius inheereant omnes, scientes tllum totius suce Societatis quasi cardinem esse et
fizrmamentum. »
La perfection, par le P. Weiss. — Deux vol.
in-8 de 490 et 408 p., 12 fr. — Paris, Briguet.
Avec ces deux volumes se termine la traduction de VApologie du christianisme au point de vue des meeurs et de la civilisation, du P. Weiss, dominicain (édition allemande, 5 vol. in-8, 43 fr., Fribourg, Herder; — traduction francaise, 10 vol. in-8, répartis en 5 séries qui comprennent chacune 2 vol. et se vendent séparément 12 fr. lune).
La publication de cette Apologie a été un évenement en Allemagne. Le P. Weiss a senti qu’avec les esprits forts de notre temps, mutilés par le positivisme et incapables de suivre des discussions abstraites, il fallait faire tréve aux subtilités dialectiques.
Laissant de cété, du moins dans une certaine mesure, les discussions dogmatiques ot l’apologétique a pu se confiner en d’autres temps, il a jeté les yeux sur des considérations moins arides et qui furent, aux premiers 4ges, un des puissants attraits du christianisme naissant la Morale chrétienne. Et il étudie cette morale, non seulement en elle-méme, dans ce qu’on pourrait appeler son eacellence intrinséque, mais dans ses rapports avec toutes les autres’ morales qui se sont développées en dehors du christianisme.
Nos contemporains opposent l’homme au chrétien, Vhumanité au christianisme. Tous ceux qui éprouvent de l’éloignement pour notre foi, en appellent a la pure humanité. C’est un de ces mots qui trouvent toujours de Vécho dans le cour humain. Qwest done cette humanité? qu’est-ce qui constitue Thomme? Ou se trouvent ’homme et I’humanité réalisant le mieux Vidée qu’on peut s’en faire? L’homme tel qu’il se présente 4 nous dans l'histoire, et tel que nous le con-
Qh,
naissons par l’expérience, est-il VPhomme idéal ? N’est-il pas plutdt et manifestement homme tombé du sommet de sa destinée et blessé dans !a noblesse de sa nature? Ce que l’on a souvent poursuivi comme idéal, mérite-t-il le nom @’ « humanité, » ou n’est-ce pas plutot une corruption, un rétrécissement de ’humanité, I’ « Humanisme? » Qui peut guérir ’humaine faiblesse? qui peut rendre 4 notre nature sa dignité native, la grandeur originelle dont elle garde le souvenir et le regret jusqu’en ses abaissements, la perfection divine dont elle n’a cessé d’étre éprise ?
D’ot. les cing parties de l’ceuvre : 1° L’homme complet, Vhomme considéré dans sa nature intime et dans sa destinée: — 2° Humanité et humanisme, Vhomme dans son développement en dehors du christianisme ; — 3° Nature et surnature, Vhomme sous linfluence du christianisme; — 4° Sociologie, Vhomme faisant partie du grand tout social; — 5° La per fection.
Plan grandiose, dont l’exécution réclamait une science formidable et un art consommé. I] s’agissait de mettre a contribution « les religions, les usages religieux, la mythologie, la théologie et Vhistoire des temps fabuleux, la philosophie, la littérature, les arts, la science du gouvernement, la politique sociale, la vie des peuples et la vie de famille, l'éducation, les principes de formation et d’instruction, la vie morale privée sous tous ses aspects, histoire du péché et celle de la sainteté. » .
C’est merveille de voir avec quelle aisance souveraine le P. Weiss se meut au milieu de tout cela, échafaudant d’innombrables matériaux des provenances les plus diverses, soufflant la vie, une vie intense a tout cet ensemble, dégageant de vastes horizons, ouvrant de larges sentiers a travers tout le fourré scientifique qui a envahi les abords de la morale, et, lcil toujours ouvert sur le but, dressant, au terme de cette avenue royale, Védifice de la morale chrétienne dans une magnificence et une splendeur dont Véblouissement déchire tous les nuages et révéle 4 nos yeux ravis les éternelles perspectives du plan surnaturel de Dieu sur Vhumanité.
Et par-dessus tout cela, comme le vétement de celte pensée toujours irradiée de clartés divines, un style dun éclat incomparable, débordant de vie et d’originalité, dune souveraine indépendance d’allure, souple a prendre tous les tons, tour 4 tour véhément et acerbe, ému et enjoué, entrainant toujours et passionné, de cette passion de l’apologiste qui entend se poster en maitre au centre de nolre ame et projeter la lumiére 4 flots dans tous les recoins ot essaient de se dissimuler les préjugés de Porgueil ou de la légéreté, de ’ignorance ou de la lacheté. ;
Voila le P. Weiss. Ou plutét, voila simplement quelques coups de crayon destinés a vous avertir quil ne s’agit pas ici d’un livre ordinaire. Tout est lumiére, tout est force, tout est vie dans ces pages. Et tout yous y souffle la vie et la sainteté. Et l’on a peur de la sainteté aujourd’hui :
« Est-ce tuer le christianisme, que de supprimer toutes les excroissances inutiles qui ont poussé sur son corps? A quoi sert cette multitude d’ordres religienx? Est-ce que la religion a quelque chose a voir avec les retraites, les pélerinages, les missions? Ht les saints ? Kn avons-nous besoin? Ce que nous voulons, ce sont des citoyens paisibles, des chrétiens modestes, qui n’aient pas des prétentions trop élevées relativement au bien-étre temporel et aux satisfactions de leur piété... Une tourterelle apprivoisée, dont les besoins sont satisfaits quand elle recoit chaque jour sa nourriture dans sa cage, et qui est au comble du bonheur quand de temps en temps son maitre la caresse de sa rude main, voila notre idéal de l’HKglise. Mais nous n’aurions que faire d’un pigeon fuyard, 4 qui il prendrait fantaisie de s’élancer de Varche de ’Etat dans les hauteurs vertigineuses du ciel. Ou bien alors, il faudrait prendre a temps les précautions pour que cela ne se produisit point, lui couper les ailes, lui arracher des plumes en quantité suffisante pour paralyser son élan, sans toutefois trop lui nuire. C’est seulement alors qu’il deviendrait un animal domestique propre 4 atteindre le but que nous nous proposons. Kn agissant ainsi, que lui enléve-t-on qui fasse partie de son étre? » (La perfection, introduction, p. 12-18).
« Hélas! c’est une de ces épreuves particuliéres a notre époque, que Dieu ne nous donne pas d’hommes extraordinaires, de saints. Il y a eu souvent des jours aussi sombres, peut-étre plus sombres encore que leg notres. Mais Dieu ne manquait pas alors d’envoyer des
hommes choisis, et en grand nombre. Aujourd’hui, il nous a refusé cette consolation. Les saints se taisent. Le ciel est devenu silencieux, comme si le dernier des sept sceaux allait étre brisé. : des
« Espérons gue ce silence ne durera quune demiheure, comme dit l’Apocalypse (Apoc., vir, 1). »
PT a saint Paul revenait en ce monde, il resumerait tous nos besoins comme il le faisait aux Ephésiens :
Je vous en prie, ne vous laissez pas décourager dans les afflictions, mais que Jésus-Christ habite en Vos ceurs par la foi, afin que, étant enracinés et fondés dans la charité, vous puissies comprendre avec tous les saints quelle est la largeur, la longueur et la profondeur de Vamour de Jésus-Christ, et qu ainst vous. devenies remplis de toute la plénitude de Dieu.
L’Allée des demoiselles (Lettres a ma cousine, 2¢ série), par Gabriel Aubray. — Un vol. in-42 de 350 p., 3 fr. 50. — Paris, Plon.
O que nos jeunes Frangaises (et les vieilles aussi) seraient vite personnes et de ceeur et de foi si elles ayaient toutes des cousins comme Gabriel Aubray! O la bonne « allée, » droite et claire, fraiche et vivante, fleurie et parfumée! O « le souffle des hauts lieux sous les pins toujours verts! » Souffle de vie et de force, souffle amer et doux quidilate le cceur, souffle de dévouement et de sacrifice! Car, trouvez, s'il vous plait, autre chose que le sacrifice et le dévouement pour vous donner les vierges de yos réves, « des vierges de corps et d’esprit robustes, de conscience droite et ferme, qui feront demain des femmes fortes, des femmes fortes qui éléveront pour le pays, non pour elles, pour le devoir, non pour la tendresse, les fils nombreux qu’elles auront voulus — et mérités ! »
Au lieu de cela, vous ne leur parlez que d’amour; tous vos livres, toutes vos bibliothéques de jeunes filles conspirent 4 leur donner le vertige d’amour, a leur laisser croire que l’amour est l’unique affaire de la vie, leur seul bonheur, leur seule raison d’étre. Peu importe que la passion que vous faites jouer devant elles soit légitime en son principe ou coupable : elle est menteuse, puisqu’elle est la passion ; elle fausse le prix des étres ét des choses ; elle nous dupe, méme lorsqu’on nous la montre s’inclinant devant le devoir, devant la patrie ou devant Dieu!
Et ici Gabriel Aubray perce merveilleusement 4 jour le danger de la tragédie cornélienne, la séduction irrésistible de ’amour, méme et surtout quand il semble battu, méme et surtout quand il accumule sur son passage le malheur et la ruine :
« Vaine parade! Rodrigue a beau venger son pére et sauver VPEspagne, c’est vers Chiméne que demeure orientée son ame, et qu'il oriente les nétres ; c’est pour’ elle qwil vit, pour elle quil veut mourir deux ou trois fois. Soyons sincéres : et Vhonneur du pére, et ’Hspagne, encore qu'il leur sacrifie sa maitresse, n’enflamment point nos coours; duel et combat ne nous apparaissent trop que comme des moyens de grandir et de glorifier l'amour, en nous faisant sentir sa puissance, en nous faisant trembler pour lui. Il y a des fagons gémissantes de Pimmoler au devoir, qui nous font secrétement épouser sa cause; et des défaites comme cellesci le servent mieux que des apothéoses véritables. ;
« Ainsi, toujours, et méme quand il semble vaincu, cest lui qui, dans nos imaginations, a le dernier mot. Du Cid a Cyrano et de Mme de ha Fayette a Paul Bourget, du moment que lui seul provoque toutes les crises intimes, domestiques et nationales méme, du moment quwil tient en balance les plus grands intéréts de Vhumanité, béni comme la source de toute joie ou maudit comme la cause de tous les tourments, il semble bien le seul souverain du monde. Roi combattu, roi détesté, roi malheureux parfois, mais roi de droit divin, dont il faut étre le favori ou la victime!
« Ht ce serait donc un faux calcul, si Yon voulait sincérement nous soustraire 4 sa domination, que de nous | montrer les cruautés qu’il exerce, les ravages et les ruines qui marquent presque partout son passage. Au contraire, tout cet appareil tragique, ces larmes, ces cris, ce sang, jettent en nous, avec la terreur, Vhallucination @une puissance formidable : ce qui donne en nos faibles esprits vie et crédit aux fantémes, n’est-ce pas de nous .communiquer, en nous la racontant, la peur de ceux qui ont cru: les yoir, leurs frissons, leurs
LAME DU CLERGK
sueurs froides, leur tremblement, leur folie, leur mort? Plutot que de dire : Voyez les souffrances et les crimes de la passion, — le meilleur n’est-il pas de hausser les épaules et de souffler sur elle avec mépris, comme sur.un fantome ?
«Lamour, oui, ma chére enfant, une blague! pour parler avec plus d’élégance : untruc de théatre, une machine poétique, quelque chose, en son genre, comme les fictions de la mythologie d’autrefois. Qui a monté le coup ? Je ne sais pas trop; et je crois bien que, quelque diable aussi nous poussant, nous sommes tous un peu complices. Mais il y. a coup monté, c’est certain : et tout est faux, dans ce qu’on nous raconte, — ou a peu prés. Quelles bonnes dupes nous sommes d’abord, rien
qu’a prendre au sérieux les soupirs et les sanglots per-
sonnels de nos marchands de littérature !... »
O la bonne « allée » de pins verts! Que de vanités Yon y foule aux pieds! et comme |’on s’y sent au-dessus de bien des choses ! '
Les lecteurs de la Qwinzaine savourent de longue date les « lettres 4 ma cousine ; » ils seront heureux de les retrouver ici et surtout de les faire aller partout ou il y a des petites filles 4 dresser : piano, bicyclette ou brevet ? — des jeunes filles 4 fiancer : amour, sagesse, résignation ou devoir ? — des vieilles filles enfin, mais
de bonnes vieilles filles comme « tante Lucienne, » tou-
jours jeunes de dévouement et de bonheur, toujours vierges et toujours méres, méres de Vorphelin qu’elles recueillent dans leur robe grise, méres de Vhomme dont elles pansent toutes les plaies et secourent toutes les miséres, méres du vieillard qu’elles consolent, bercent et endorment avec la « vieille chanson, » méres de toutes les ames dont l’amour divin les consume...
« Semez le dévouement dans une ame: il y lévera de la charité, de VPabnégation, la monomanie du bien a faire, si vous voulez, et le fanatisme du martyre, peutétre... Mais il y fleurira toujours de Vallégresse, du contentement, du bonheur.
« Dans tous les autres chemins on rencontre vers le soir des femmes qui reviennent sur leurs pas et s’accusent, en pleurant, d’erreur... Qu’une femme ait porté toutes les croix, bu toutes les amertumes, si elle n’a pas bronché durant la route, ne craignez pas qu’a la fin elle se retourne et maudisse la vie. Cela.encore, mes chéres filles, ne s’est jamais vu... Elle la bénit au contraire, et si c’était a refaire, elle recommencerait. Ses pieds saignent pourtant, mais son front est radieux...
« Gest sans doute qwil y a par dela la vie une grande clairiére : et elle y touche, ayant pris et suivi jusqu’au bout le chemin qui y méne...
« Vous demandez le chemin pour sortir du bois qui s’assombrit, pour aller vers la grande clarté sans limites ? — Tout droit, mes petites, toujours tout droit. Un peu
de joie parmi les herbes améres est au long de la route;
et le bonheur est au bout. »
: Sainte Agnés et son siécle, par J.-T. de
Belloc. — Couronné par l Académie francaise. — Grand in-8 de 300 pages, 90 gravures. — 2¢ édit. — Société de Saint-Augustin. — Prix broché: 5 fr.
Sainte Agnés! Elle a peu vécu, la jeune vierge romaine, prise a treize ans sur les banes d’une école publique et -transformée en quelques jours en une martyre dont la gloire est parvenue jusqu’a nous sans défaillance. Son histoire est fort courte, et tout ce que la tradition nous en a transmis se trouve relaté dans Voffice du Bréviaire
~ romain. Aussi l’auteur a-t-il moins eu pour but de rap-
-peler ces quelques faits, que de tracer un tableau de VEglise au commencement du quatriéme siécle, en lui
donnant pour centre cette splendide figure de vierge
-martyre, une des plus pures productions de la grace
dans les annales ecclésiastiques.
Naturellement une description sommaire de la Rome paienne s’imposait, ne fit-ce que pour faire ombre au
tableau, montrer dans quel abime était tombée la société,
et faire comprendre le chemin parcouru par l’Eglise pour en arriver a former des vierges si pures et si fortes au
-gortir de Venfance. Cela fait Yobjet d’une premiére partie.
Dans la seconde, nous trouvons histoire d’Agnés, celle
~ de son culte et des monuments qui lui sont consacrés.
La troisiéme célébre les gloires des femmes chrétiennes
- et de la virginité dans les premiers siécles.
Enfin dans la quatriéme, nous voyons avec Constantin
la religion catholique devenir religion d’Etat et recevoir dans ce triomphe la récompense du sang versé par ses enfants.
Il fallait une main de femme pour écrire ces pages si délicates et mettre en lumiére cette physionomie si pure de la vyierge romaine et de ses sceurs, les premicres vierges chrétiennes. Que l’auteur ait réussi, le jugement si favorable du cardinal Rampolla, 4 qui l’ceuvre est dédiée, et celui de Académie francaise, qui l’a couron- | née, en sont la preuve évidente.
Nous en conseillons la lecture 4 tous ceux qui veulent se faire une idée exacte des premiers siécles de |’Hglise.
Histoire de VKglise, par l’abbé Vandepitte, doyen honoraire. — Un vol. in-16 de 222 p., 44 gravures en couleurs, cartonné 0 fr. 75. — Cambrai, Deligne.
Histoire de ’Kurope, 1610-1789 (classe de rhétorique), par J. Bernard, agrégé de l’Université. — Un vol. in-12 de 550 p., reliure anglaise, 5 fr. — Lyon, Vitte.
I. — Elle est d’apparence bien modeste, cette Histoire de VEglise ; on dirait dun petit livre 4 Vusage des enfants du catéchisme. Ht les enfants n’y trouveront pas d’obscurité, pas de difficulté en effet; mais tous les autres, — ceux méme qui font de l’étude de histoire leur occupation professionnelle (témoin le rapport de M. Salembier a l’archevéché de Cambrai), — seront enthousiasmés devant l’admirable vue d’ensemble, devant le panorama de lhistoire ecclésiastique que leur découyrent ces pages.
En ces pages tout est clair, tout est simple, tout est a la portée des enfants, jusqu’aé ces grayures en couleurs, si imposantes a la fois et si réjouissantes ; la disposition du texte est celle des manuels élémentaires : en téte de chaque chapitre, un sommaire qui expose briévement les faits, puis une série de questions qui excitent et soutiennent lVattention, enfin des remarques judicieuses et frappantes qui donnent la suite providentielle et le sens chrétien des événements.
Mais, circulant a travers tout cela et planant au-dessus de tout cela, quel amour profond de l’Eglise ! quel esprit de foi! quel sens surnaturel! quelle vie et quelle flamme! Sous un si mince yolume il semblerait qu’il n’y etit pas de place pour les détails. Feuilletez pourtant ces pages, et vous serez émerveillé de la masse de souvenirs qu’elles vous rappellent. C’est toute Vhistoire de ’Eglise qui repasse sous vos yeux, qui vous emplit Vesprit et le cceur, tellement on a mis d’art 4 choisir, entre la multitude indéfinie des faits, ceux qui sont vraiment frappants, révélateurs, tétes de file, tellement on a su dresser en relief et dans un vigoureux éclat les grands sommets et les cétés lumineux des événements !
II. — Avec le nouveau volume de M. Bernard s’achéve le Cours complet d’histoire, l’auteur ayant commencé par la période contemporaine (de 1789 a nos jours). Nous Vavons recommandé et le recommandons assez souvent pour quwil soit inutile d’y insister cette fois. C’est, incontestablement et de beaucoup,le meilleur Cours @histoire que nous ayons a Vusage de la jeunesse de nos colléges libres : limpidité d’exposition, perspectives lumineuses ménagées par Vheureuse distribution des faits, attention spéciale apportée aux transformations sociales, surtout ampleur des vues et délicatesse du ~ sens catholique, enfin une typographie presque luxueuse et brillante a force d’étre claire, manchettes a toutes les pages, cartes et tableaux généalogiques : tout, dans ces volumes, conspire 2 mettre les éléves sur la voie d’une conception saine et compléte de Vhistoire et de la marche des sociétés. Ils ont été professés (a Sainte- Barbe d’abord, puis aux colléges de Vaugirard et dela rue de Madrid) avant d’étre imprimés ; c’est dire assez que la rédaction en est admirablement appropriée a Yenseignement oral et que chaque paragraphe ouyre largement la porte a une série de développements heureux.
LITURGIE
Q. — le Le IVe Concile de Milan défend d’admettre comme parrain un chrétien qui ignore son Credo. Nrest-ce pas s’exposer a de graves inconyénients que d’exiger cette connaissance? Peut-étre le baptéme n’aura-t-il pas lieu!... Que pensez-yous de cette idée : mettre sous les yeux du parrain le texte du Credo et le lui faire réciter ? Cela suftirait-il ?
2° Une décision du 12 aotit 1854, d’aprés le « Trésor du prétre », ordonne de ne pas faire les interrogations en langue yulgaire. Bien peu pratique cette décision, du reste en contradiction avec les suppléments diocésains au Rituel romain. Notre supplément de Cambrai est du 8 septembre 1855. Abroge-t-il, par le fait, la décision ci-dessus indiquée ?
3° Dans Pondoiement a domicile, y a-t-il obligation de faire l’onction du saint chréme? — Le rituel dit: « Si habeat chrisma.» Ne suppose-t-il pas par le fait méme que le prétre appelé a ondoyer, peut se contenter de verser Yeau, avec la formule, et remettre towtes les cérémonies pour les accomplir quand lenfant sera présenté a Véglise ?
4° Le rituel ne dit pas jusqu’a quel age un enfant qui n'est pas baptisé peut étre considéré comme 207 adulte. Pourriez-vous me renseigner ?
R. — Ad I. Il suffit certainement que le parrain dise le Credo, soit par coeur, soit en lisant.
Ad II. On peut s’en tenir aux rituels particuliers et a tout ce quils prescrivent, bien que le rituel romain demande que l’on fasse les questions en latin.
Ad III. Si le prétre ale temps de faire lV’onction avec le saint chréme, il doitla faire au domicile de Venfant.
Ad IV. Un enfant est censé adulte quand il a lusage de la raison. Les statuts fixent quelquefois un dge pour régle générale, mais on peut aussi décider autrement pour des cas particuliers.
Q. — Dans quelques paroisses de notre diocése, faute de chantres sans doute, lorsqu’aux jours des services de huitaine ou anniversaires, on ne peut chanter une messe de Requiem, on chante la messe du jour, mais sans chanter le Gloria et le Credo, que le prétre officiant récite seul. Que penser de cette coutume ?
R. — Lisez le décret suivant de la S. C. des Rites :
In tota fere diccesi Lucionen. adest consuetudo canendi Missas que infra hebdomadam a diversis fidelibus petuntur, omittendo in choro Gloria et Graduale vel tractum necnon sequentiam vel Credo, si dicenda occurrant, ea ratione quod cantor unicus omnes Miss cantus difficillime solus peragere posset, populusque diuturnitatem Miss preesertim in diebus servilibus wgre sustineret. Queritur utrum prieedictus modus canendi Missas servari possit, vel pout abusus eliminanda sit ejusmodi consuetudo ? :
Resp. Consuetudo de qua in casu veluti abusus prorsus eliminanda est. (29 déc. 1884).
Nous ne pouvons donner de meilleure réponse 4 la question posée, et seule une décision de laS. C.
pourrait permettre, sans faute grave, une maniére d’agir absolument contraire.
Q. — Dans tous les rituels, aprés la derniére oraison de l’enterrement des entants on lit ces mots :
« Deinde sacerdos corpus aspergat aqua benedicta et thurificet, similiter et tumulum : postea sepeliatur. »
Je me suis demandé bien souvent si l’on devail s’en’—
retourner de suite en récitant le Benedicite, ou s'il fallait ajouter les priéres qui terminent l’enterrement des grandes personnes.
R. — Revoir le texte du Rituel et s’y conformer : « Cum autem a sepultura revertuntur...» Il n'y a donc pas d’autres priéres.
Q. — A Vhymne Jesu Redemptor le Cérémonial des évéques dit que l’évéque pontifiant éléve et joint les mains. Un curé dans sa paroisse qui préside JVoffice commettrait-il une faute si solennellement il donnait, comme c’est prescrit pour les évéques, cette marque de profond respect pour notre Sauveur?
R. — Oa prend les régles de la liturgie dans le Cérémonial des évéques, méme quand il ne s’agit plus d@’une fonction pontificale. Dans le cas présent, il nous semble que tout célébrant doit faire cette cérémonie en entonnant cet hymne.
Q. — Lorsque la solennité d’une féte est renvoyée au dimanche qui suit, toutes les messes basses sont du jour et non de la féte. Cette rubrique ne concerne-t-elle que les messes basses célébrées dans la méme église que la solennité elle-méme? Ou bien concerne-t-elle indistinctement toutes les messes basses en général célébrées ou non dans la méme église que la solennité ?
R. — La messe solennelle seule est de la solennité, et toutes les autres messes basses dans Véglise paroissiale ou ailleurs (oratoire public ou chapelle de communauté) doivent étre conformes a Voffice du jour.
Q. — Dans le n° 49 de Vannée 1899, VAmi répond, pages 1117-1118, 4 une question que j’avais précédemment posée. A la fin de sa réponse, il dit :
« Si la messe n’est pas chantée (et c’est mon cas), vous
pouvez dire la messe basse de Requiem avec une seule: oraison seulement les jours ot. sont permises les messes ©
quotidiennes de Reqwiem de die obitus. » Voudriezvous me dire quels sont les jours oi sont permises les messes quotidiennes de Requiem de die obitus? Je ne le comprends pas suffisamment, et alors je ne puis pas étre éclairé par la réponse. Pardon de cette nouvelle peine que je vous donne.
R. — Il s’agit dans la premiére consultation, de
la messe a célébrer post acceptum nuntium de alicujus obitu.
Notre réponse comprenait deux parties : la premiére concernant cette messe quand elle est chan-
tée ; la seconde concernant cette messe quand.
c’est une.messe basse.
La question présente se rapporte 4 cette derniére seulement.
Nous avons dit que cette messe ne peut étre célébrée que les jours ot sont permises les messes quotidiennes de Requiem. Si nous avons ajouté de die obitus, cest pour rappeler seulement que cette messe, quoique assimilée sous un rapport aux messes quotidiennes, a cependant sur celles-ci
le privilége de pouvoir étre célébrée avec une seule oraison qui sera, si c’est le jour de l’enterrement ou Vun des deux jours suivants, l’oraison de la messe de die obitus, si c’est plus tard l’oraison ordinaire, dans le cas présent loraison pro una defuncta. Or les messes quotidiennes sont prohibées :
4° toutes les fétes doubles ; 20 tous les dimanches ; 3° pendant les octaves privilégiées de Noél, de lEpiphanie, de Paques, de la Pentecéte et du Trés Saint-Sacrement; 4° aux vigiles privilégiées
de Noél, de l’Epiphanie et de la Pentecdte; 5° aux
féries privilégiées, savoir: le mercredi des Cendres et tous les jours de la semaine sainte, aux Rogations dans les églises oti se fait la procession, s'il nyapas un autre prétre qui puisse célébrer la messe des Rogations ; 60 devant le Saint-Sacrement exposé, ef quand l’exposition est solennelle ou pour une cause publique, v. g. Adoration perpétuelle, Quarante-Heures, 4 tous les autels de Véglise ot se fait l’exposition.
Q. — Attaché & titre d’aumonier 4 une chapelle semi-publique qui a recu les honneurs de la consécra-
~ tion et est dédiée 4 la Sainte Famille, dois-je faire, aux -
offices semi-doubles, commémoraison de la Sainte Famille? N’en suis-je pas dispensé par le suffrage de la sainte Vierge et de saint Joseph, l’Eglise n’ayant pas Vhabitude de prescrire bis in idem ?
R. — Il faut célébrer la féte de la Sainte Famille, comme titulaire d’une église consacrée, sous le rit double de premiére classe avec octave. Pour les suffrages, il faut aussi faire mémoire du titulaire, et dans le cas présent, cette mémoire dispense de celles de la sainte Vierge et de saint Joseph. (S. C. R., 13 nov. 1896).
Q. — 1° Notre séminaire est dédié 4 saint Martin. La chapelle est, je pense, semi-publique, ouvre sur un Jjardin qui donne sur la rue ; quelques personnes du dehors, un trés petit nombre, viennent quelquefois assister a la messe ou recevoir les sacrements; mais on ne peut pas dire qu’elle soit ouverte au public.
Elle n’est pas consacrée.
His positis, queeritur :
1°) Les prétres et ministres sacrés residant au séminaire, doivent-ils : a) célébrer la féte de saint Martin sub ritu duplici prime classis cum octava; b) faire mémoire de saint Martin aux suffrages et dans Poraison A cunctis ?
. 2°) In quantum affirmative, quand la féte de la Dédicace de toutes nos églises (premiére classe avec octave) tombe le 11 novembre, comme il arrivera l’année prochaine, a) laquelle des deux fétes doit Yemporter ?
: b) Vautre doit-elle étre renvoyée au lendemain, a la
place de saint Martin, pape, semi-double ? c) dans ce cas, n’y aurait-il aucune mémoire de saint Martin pape ? d) Voctave se célébrerait-elle le lundi 19?
Vous avez déja traité des questions semblables ; mais, yu que nous sommes dans les missions étrangéres, yous nous pardonnerez d’étre peu ferrés sur ces matiéres.
90 Un missionnaire a la charge de plusieurs églises, quelquefois vingt et davantage, qu’il visite chaque année, autant que possible 4 l’époque de la féte du saint patron. Les unes sont baties en pierre ; d’autres ne sont que des cabanes en terre ou en feuilles. Aucune n'est consacrée. L’une d’elles est son lieu de résidence hahituelle.
Que doit-il faire 4 ’égard des saints patrons?
R. — Ad I. Une église qui est construite spécialement pour une communauté n’a pas de titulaire, bien que quelques personnes de l’extérieur s’y rendent pour entendre la sainte messe (22 juillet 1855). De la découle la solution de tous les autres cas.
Ad II. Un missionnaire ayant plusieurs églises ou chapelles 4 desservir, célébrera la féte d’un seul patron, qui sera ou le plus digne ou celui de sa résidence habituelle. Mais il lui sera toujours permis, propler concursum populi, de célébrer une messe solennelle du patron du lieu dans chacune de ses paroisses ou chapelles. (25 aotit 1882 et 27 février 1883).
Q:— Comment disposer la solennité de saint Saturnin, patron de ma paroisse ?
29 novembre, saint Saturnin, dans le diocése on fait saint Josaphat (dies fiva e 14).
Le dimanche suivant, premier dimanche de l’Avent ; le deuxiéme dimanche, dans le diocése d’Orléans (par indult) solennité de l’ [mmaculée-Conception.
R. — Les questions d’Ordo dans le détail sont trés difficiles 4 résoudre sans avoir sous les yeux toutes les fétes en question et d’autres données encore. Cependant, dans le cas présent, on peut rappeler le principe général que si la solennité d'une féte est empéchée le dimanche qui suit, on peut la mettre au dimanche qui précéde: c’est ce qu’on pourrait faire pour saint Saturnin, a cause du premier dimanche de l’Avent privilégié, et du deuxiéme dimanche déja destiné 4 la solennité de l'Immaculée-Conception ((’année 1898 c’était le 27 novembre). Le 29 novembre, dans la paroisse qui a saint Saturnin pour patron, on ne peut assigner ce jour tanquam dies fixa a saint Josaphat, il faut done choisir un autre jour libre ou occupé par une féte simple, et avec l’autorisation de lOrdinaire le prendre tanquam dies fixa pour saint Josaphat. Sil n’y en avait pas entre le 44 novembre et Noél, il faudrait anticiper aussi saint Josaphat.
Q. — le Quelle priére doit-on dire a la fin de Complies, aprés Vantienne a la sainte Vierge? Dans le Petit Office imprimé chez Berche et Tralin, en 1886, on me donne comme rubrique: Deinde dicitur secreto, Ave Maria. — On m'a montré un autre office, ot l’on donne en rubrique que l’on doit dire: Pater, Ave, Credo. — J’en ai vu un troisiéme, dans lequef on indique seulement; Pater, Ave. — De ces trois rubriques, quelle est la vraie ?
2° Lorsqu’on sépare les petites heures, que doit-on dire ? L’office imprimé chez Berche et Tralin donne en rubrique: Dicitur tantum Ave Maria secreto. — Un autre office iudique le Pater.
3° Quand on sépare matines de landes, au petit office, comment termine-t-on matines ?
R. — Ala fin des heures du petit office de la
sainte Vierge, on peut ajouter Ave Maria et l’an-.
tienne ala sainte Vierge, mais ce n’est pas une régle absolue, car une décision de la S. Congrégation des Rites du 12 aotit 1854 avait répondu 4a la question suivante : « Quomodo idem officium
ry
parvum a preedictis clericis (non in sacris) aut aliis similiter solum recitatum concludi debeat in yariis Horis? Nempe utrum post y Fidelium, etc., dicenda sit Oratio dominica in fine Laudum, horarum minorum, insuper in fine Completorii post versiculum Divinumauailium etc.,addendo Ave et Credo ? —R. Uti habetur in Breviario. » La réponse claire 4 premiére vue a amené une discussion afin de savoir si les mots de la réponse de la S. Congrégation s’appliquaient au texte des rubriques tit. xxx, ou au texte des rubriques spéciales mises dans le corps du bréviaire au petit office luiméme. La premiére opinion, qu'il s’agit des rubriques générales, est adoptée par la Nouvelle Revue théologique, et nous croyons qu’on peut sy tenir jusqu’a ce que la S. Congrégation ait tranché la difficulté. Les trois questions se trou-
-vent résolues par ces principes.
Q. — Dans certaines communautés cloitrées on jouit, en dehors des expositions ordinaires du Saint-Sacrement, du privilege de l'exposition dite intérieure, qui se pratique de la maniére suivante :
Si le chceur des religieuses est situé derriére Yautel, n’en éfant séparé que par un mur, le prétre place la sainte Hostie dans un ostensoir qwil enfonce dans le tabernacle, et tandis qu’il ferme de son cété, les religieuses ouvrent du leur une porte correspondante. Le Saint-Sacrement demeure ainsi exposé pour le chceur seulement. Mais afin de le rapprocher davantage, on a imaginé dans certaines communautés un mécanisme ingénieux qui, au moyen de poulies et de cordons faisant mouvoir une plate-forme mobile, permet aux religieuses d’attirer elles-emémes l’ostensoir jusqu’au bord de la porte intérieure.
La au contraire ot l’autel est isolé du fond de la chapelle et n’est vu que de profil a travers la grande grille, les religieuses ont un petit oratoire attenant a leur cheur et communiquant en méme temps avee la cha-
pelle extérieure par un petit tabernacle pratiqué dans
le mur de cloture, tabernacle également muni de deux portes, lune a Pusage du prétre, ‘Yautre a celui des religieuses. A certains jours déterminés, le prétre va y porter une hostie consacrée, les religieuses n’ont alors qu’a ouvrir la porte intérieure et le Saint-Sacrement se trouve exposé par le fait dans leur oratoire, ot elles viennent dans le courant de la journée se succéder pour l’adoration, tandis que dans le chceur le reste de la ‘communauté vaque a ses exercices ordinaires.
Ces diverses pratiques vous paraissent-elles bien conformes aux régles liturgiques concernant le culte du Saint- Sacrement ? ;
R. — L’archevégque de Cambrai avait demandé pour des religieuses Clarisses qui venaient de Belgique, si elles pouvaient continuer a faire dans leur cheour Vexposition du Saint-Sacrement d’une maniére analogue 2 celle dont parle notre correspondant, et la S. Congrégation, le 2 décembre 4885, a répondu: Consuetudinem piam tolerari posse. Nous n’oserions dire que le décret est absolument général.
Cependant notre correspondant parle de « poulies et de cordons faisant mouvoir une plate-forme mobile. » Contre cette coutume, il y a un décret du 7 juillet 1877, disant qu’il est défendu d’employer toute machine pour élever ou déposer Vostensoir ou se trouve la sainte hostie.
res, il marque simplement:
Q. — Pourriez-vous indiquer quelle quantité de stéarine il est permis dajouter a4 la cire pure dans la confection des bougies 4 souches pour le saint sacrifice de la messe ?
R. — Un décret du 31 mars 1821 exige que tout cierge employé a l’autel soit en cire pure, sans aucun mélange d'autres matiéres. Mais uneréponse du 8 mars 1879 suppose le cas d’un prétre qui ne peut avoir (et c’est la coutume générale en France, ajoute-t-il) que des cierges ou la cire n’entre qu’en toute petite quantité, un cinquieme ou méme un sixiéme. A ce prétre, la Sacrée Congrégation a répondu: Orator acquiescat sententice Episcopt.
Peut-étre la nouvelle collection des rubriques donnera-t-elle une régle plus explicite.
Q. — Dans le baptéme soit des enfants, soit des adultes, s’ils sont nombreux, v. g. soixante-sept baptisés ensemble, comment dans les priéres qui se disent au pluriel, énoncer tous les noms, quand on rencontre la lettre N ?
R. — Dans le Rituel romain, on marque expressément que certaines priéres doivent étre récitées singillatim super singulos. Pour les autres priédicatur in numero plural, il est évident que pour ces derniéres chaque nom ne doit pas étre répété. Les paroles du Rituel doivent étre interprétées avec exactitude, mais' sans des scrupules qui empécheraient de faire le bien en passant son temps a se demander comment il faut le faire.
Q. — ha féte titulaire dune église étant privilégiée, si le titulaire est le Sacré-Cceur, les premiéres vépres seront-elles encore du Saint-Sacrement ou du Sacré- Coeur ?
R. — Deux décrets de laS. Congrégation des Rites ont tranché la difficulté présente. Le 28 juin 1889, la S. Congrégation avait répondu d’une maniére générale que le jour octave du Saint-Sacrement, les secondes vépres doivent étre entiéres du Saint- Sacrement, sans commémoraison. Le 27 juin 1896, on lui soumit le doute suivant:
Utrum in secundis vesperis. diei octave Corporis Christi, vespere dicende sint de festo SS. Cordis Jesu sine commemoratione precedentis, in ecclesia ubi hoc festum est titulus et proinde primarium per. accidens?
Resp. — Negative, et servetur decretum Urbis - Orbis datum die 28 junii 1889.
Q. — Le prétre peut-il sortir le saint ciboire du tabernacle, le placer sur Pautel pendant le chant du Tantum ergo, et donner la bénédiction, sans faire aucun encensement ? ‘
R. — Lorsque l’encensement n’est pas prescrit par une ordonnance de lOrdinaire, ou introduit par la coutume, si la bénédiction du Saint-Sacrement se fait simplement avec le ciboire, la Sacrée Congrégation déclare plus louable et plus conforme ala pratique de lEglise de ne pas faire d’encensement. (S. C. R., 44 sept. 1847).
Le gérani : J. MarTrRier.
LANGRES. — IMPRIMERIE MAITRIER ET CcOURTOT
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