I. — Le premier se résume ainsi
Le nombre des communions, tel que usage l’a fixé maintenant dans les différents Ordres et Congrégations, semble convenir pour des religieuses de vertu et de picté communes. Done, il ne faut
pas l’auginenter, si ce n’est pour les religieuses de |
vertu extraordinaire. — Nous répondons:
4° Ce nombre, qui vous semble suffisant pour des religieuses de vertu et de piété communes, le serait en effet, si ces religieuses voulaient rester stationnaires dans leur état. Mais il n’est pas suffisant, si elles ont un désir sincére d’avancer dans la vertu, et si elles font des efforts pour y parvenir, quand méme les efforts qu’elles font ne seraient pas extraordinaires ; il suffit quils soient tels qu’on peut les attendre de la généralité des Ames de bonne volonté. Alors elles remplissent les conditions stric-
tement requises pour étre admises a la commu-
nion quotidienne ou presque quotidienne.
‘ Nous avons vu les enfants d’un pensionnat fervent communier beaucoup plus souvent que leurs maitresses et méme leur supérieure, parce que ces enfants n’avaient pas, comme les Smurs, de régle sévére qui imposat des limites a leur dévotion. N’est-il pas humiliant pour
des religieuses de se laisser ainsi dépasser par leurs éléves ?
Dire, pour leur refuser cette grace, qu’elles ne font pas assez de progrés, que leurs désirs ne sont pas assez véhéments, que leur piétée n’est pas assez fervente, c’est méconnaitre la faiblesse intrinséque de Ja nature humaine, 4 laquelle N.-S. a cer-
‘tainement voulu s’accommoder, en appelant a sa
table toutes les Ames en état de grace — Venite ad me ommes, — celles d’une vertu commune comme celles d’une vertu plus élevée, celles qui font des progrés rapides, comme celles quin’en font presque point; car, sans la communion, peut-étre reculeraient-elles aulieu d’avancer, si peu que ce soit, et sans la communion aussi, qui soutient leur faiblesse, peut-étre tomberaient-elles lourdement au lieu de se maintenir en état de grace.
Donc, si vous avez des religieuses de vertu commune qui ne s’inquiétent pas de faire des progrés dans la piété et dansl’amour de Dieu, qui ne cherchent qu’a éviter les péchés mortels, mais non les péchés véniels volontaires, nous le concédons volontiers : une communion de trois fois par semaine est bien suffisante pour elles.
Mais pensez-vous que la généralité des religieuses soient dans ces dispositions? qu’elles soient si peu désireuses d’avancer dans la vertu et si indifférentes pour la sainte communion?
Et si ces religieuses si peu ferventes ne sont quwune minorité, peut-étre méme une exception dans une communauté, pourquoi fixer le nombre des communions d’aprés elles, et non d’apres la majorité des plus ferventes ?
Pourquoi, au lieu de dire: LesScurs iront communier deux, ou trois, ou quatre fois par semaine, ne pas dire: Toutes les Sceurs qui désirent faire la sainte communion afin de devenir meilleures (ce qui doit se supposer de toutes), pourrontaller communier chaque jour, si le confesseur le leur permet, parce que le confesseur ne le permettra que si elles sont en état de le faire?
Alors donc, au lieu de dire que le nombre des communions déja introduit par Pusage semble suffisant, en général, pour des religieuses de vertu et de piété communes, vous direz que ce nombre, tout suffisant quwil est pour des religieuses quivoudraient rester a peu prés stationnaires dans létat ou elles sont, nel’est paspour celles qui ont 4 cceur d’avancer dans la vertu, et qui désirent faire plus souvent la sainte communion pour devyenir meilleures.
20 Vous regardez vous-méme comme un progrés marqué ce mouvement qui a poussé la plupart des congrégations religieuses a s’écarter de la sévérité primitive de leurs régles, relativement au nombre des communions permises ou prescrites. Vous en citez plusieurs qui, au lieu d’une ou deux communions par semaine, qui leur étaient d’abord permises, en font réguliérement trois ou quatre, ou méme cing. Kt vous trouvez la chose légitime et méme louable.
Pourquoi? — Evidemment, parce qu’elles s’approchent davantage de Vidéal de l’Kelise.
Pourquoi done nous serait-il défendu d’aspirer 4
nous en approcher plus encore, et méme a l’atteindre autant que possible, en permettant la communion tous les jours, ou presque tous les jours?
L’Eglise semble nous pousser dans cette voie ; car :
a) Le principal obstacle qui s’y opposait était dans le respect exagéré de régles qui ne sont plus a la hauteur de notre temps, au moins sous ce rapport, et que l’on croyait cependant limitatives et obligatoires.
Le décret d’Innocent XI, et plus encore celui de Léon XII, nous affranchissent de tout assujettisment a ces regles, et nous laissent complétement libres d’accorder la sainte communion toutes les fois que nous le jugeons a propos.
d) De plus, les Congrégations romaines, non seulement dénient tout caractéere limitatif 4 ces réegies, mais approuvent positivement, et par consequent encouragent Pusage de permettre la communion tous les jours a toutes les religieuses d’une communaute.
Crest donc la, actuellement, l’esprit, la tendance de l’Eiglise, et cette tendance est imprimée a notre temps par lHsprit-Saint, qui veut que toutes les communautés religieuses soient de plus en plus ferventes, et quisait qu’elles le deviendront surtout par la communion fréquente ou quotidienne.
Une communion plus rare, par exemple de trois ou quatre fois par semaine, est bonne, évidemment, meilleure que la communion d’une ou deux fois par semaine, qui existait autrefois. Mais elle ne répond pas encore pleinement aux intentions de N.-S. et aux désirs exprimés par ’Eglise. — De plus, elle ne procure pas le bien des Ames comme le ferait, dans les mémes conditions, la communion quotidienne.
Nous disons: dans lesmémes conditions, c’est-a-
dire si les religieuses sont ferventes et ont vraiment a4 ceeur de se perfectionner de plus en plus. C’est la sainte communion bien faite qui leur rendra le plus de services pour cela; donc ilne faut pas la leur accorder parcimonieusement, mais au - contraire, trés libéralement.
' — Oninsiste en objectant que le nombre actuel de communions étant déja fixé et consacré par l’usage, on ne pourrait s’en écarter pour quelques-unes des Sceurs seulement, sans paraitre partial ; il faudrait donc le faire pour toutes. Or, un confesseur n’a ni droit ni motif de changer ainsila régle pour toutes les Sceurs.
Nous répondons en niant l’une et l’autre de ces assertions.
40 Nous avons parfaitement le droit de nous écarter dune régle ou d’un usage qui ne nous semblent pas répondre aux besoins des ames ; et
20 Nous avons d’excellents motifs pour le faire.
a) Pour le droit. Nous venons déja de dire que, en vertu des décrets d’Innocent XI et de Léon XIII, un confesseur est entiérement libre d’accorder toutes les communions qu'il juge 4 propos endehors des régles et de Pusage.
Si on le croyait auparavant assujetti 4 ces regles
et a ces usages, on avait tort: les décrets le disent clairement. Son droit est supérieur aux régles humaines et aux usages établis; il lui vient de Dieu directement, car c’est Dieu qui le charge du soin des ames, et qui l’oblige ales diriger de la maniére quwil croit laplus utile pour leur salut.
Si le nombre des communions était fixé par une ioi de I’Nglise, on n’aurait pas le droit de s’en écarter sans motifs graves. Mais ce n’est pas elle qui l’a fixé; aucontraire, elle a déclaré au Concile de Trente que son désir, a elle, était que non seulement les religieuses, mais méme tous les fidéles fissent la communion chaque fois qu’ils assistent au saint sacrifice. — Et puis, elle a pris soin de déclarer (1888) que ces régles ne devaient pas étre prises dans un sens limitatif, mais dans le sens que les religieuses doivent s’appliquer a bien faire la sainte communion au moins les jours fixés par la régle, et que ces régles, n’empéchaient pas le confesseur d’accorder d’autres communions toutes les fois qwil le jugeait & propos !.
b) Quant aux motifs qui nous portent 4a nous écarter de ces régles, nous avons les mémes qu’ont eus ceux qui ont commencé a permettre des communions plus fréquentes que la regle primitive ne le permettait. Ceux-la, le R. P. Huber les approuve. Ils ont bien fait, parce qwils se sont approchés davantage de Vidéal poursuivi par l’Hglise, dont ces regles s’écartaient par trop. — Nous, nous voulons nous enrapprocher encore davantage. Personne ne pourra nous reprocher de préférer l’enseignement et la pratique de l’Kiglise aux régles ou aux usages dune congrégation.
IJ. — Le second argument du R. P. Huber se résume ainsi :
Si l’on accorde facilement la permission de faire des communions plus fréquentes aux Sceurs qui
* Litteree Eminentissimi Preefecti ad Ordinarium Burdigalensem, quoad communionem peragendam a familiis religiosis. .
Perillustris ac Reverendissime Domine uti Frater,
Ex parte Officialis istius Curie ecclesiastics expositum nuper fuit, quod in omnibus fere familiis religiosis prescribuntur in Statutis certi dies, in quibus omnes ad sacram communionem accedere debent, et quod multi communionum catalogum ita intelligunt quasi nulli sit licitum communicare, etiam de consilio confessarii, nisi accedat quoque formalis consensus Superioris vel superiorisse.
Quibus expositis, quesitum proponit : Queenam sit mens Heclesize guando approbat hee statuta circa communionem in familiis religiosis? Scilicet, an haberi debeant ut prohibitiva ne plures fiant.communiones, vel preeceptiva, ita ut omnes conentur ita vivere ut mereantur ad communionem accedere saltem in illis diebus?
Itaque Sacra heec Congregatio Episcoporum et Regularium, omnibus perpensis, respondit :
Negative ad primam partem, et facultatem frequentius ad Sacram Synaxim accedendi relinquendam esse privative judicto Confessarit, ewcluso consensu Superioris vel Superiorisse.
Affirmative ad secundam partem, quoties rationabilis causa non obstat.
Heee erant a me Amplitudini Tue significanda, cui interim fausta ac prospera adprecor a Domino.
Amplitudinis Tue,
Rome, 4 augusti 1888,
Uti frater addictissimus, J. Card. Masorrt, Preefectus.
la demandent, cela introduira le relachement ; donc il ne faut l’accorder que trés difficilement, ou, selon son expression, la faire payer un bon prix.
Nous répondons:
4o C’est juger témérairement les religieuses en général que de supposer que-si elles obtiennent facilement la permission de communier, elles se relacheront. — Pourquoi se relacheraient-elles plutét qu’elles n’augmenteraient en ferveur, en supposant qu’elles se préparent bien ?
20 Crest aussi les juger injustement et faussement; carla plupart de celles qui désirent communier, le font parce qu’elles désirent avancer dans la vertu, et qu’elles savent que la communion les y aidera puissamment. Donec la commu-
‘nion fréquente ne les relachera pas; au contraire.
30 Sil y a des raisons de eraindre qu’une communion plus fréquente ne soit nuisible a certaines ames, qu'on ne l’accorde pas a ces 4ames-la ; mais qu’a cause d’elles on ne la refuse pas aux autres, qui peuvent en profiter.
4o Sil y a des ames qui aient commis des fautes ou desnégligences qui méritent d’étre punies, qu’on leur retranche une ou deux des communions qu’on voulait leur accorder ; mais qu’a cause d’elles on ne ‘les retranche pas a toutes les autres...
50 Si Von veut les stimuler a la pratique de la vertu, qu’onleur pose des conditions pour la sainte communion; qu’on leur fasse acheter cette grace, et méme qu’on la leur fasse payer cher si l’on veut; nous ne nous y opposons pas; au contraire, nous Vavons toujours conseillé. Mais qu’on ne leur impose pas des conditions trop difficiles.
Un acte ou deux de vertu faits avant la communion, et 4 Vintention de la communion, peuvent étre regardés comme suffisants, surtout avec les commencantes. On peut étre plus exigeant avec les Ames plus avancées.
Qu’on leur dise done 4 toutes: Je yous accorde la sainte communion tous les jours, parce que vous avez besoin de nourriture tous les jours pour votre ame comme pour votre corps, maisa une condition : c’est que vous ferez toujours, la veille ou le matin, au moinsun acte de vertu spécial, de renoncement, Vhumilité, Vobéissance, de charité, de patience, de mortification des sens, ou tout autre. Si vous Vavez fait, vous pourrez communier ; sinon, vous serez privées de la communion pour ce jour-la.
Il y a la, ce nous semble, un motif bien capable de stimuler la ferveur des religieuses, et il n’est pas acraindre quwellesse relachent, en communiant ainsi tous les jours.
— Nos honorables adversaires insistent encore en disant : g
Si lon accorde aussi fiucilement la communion, il y aura beaucoup Vames trés immortifiées qui en profiteront. Or, il serait peu édifiant de les voir communier si souvent.
Nous répondons :
Pour obvier a cet inconvénient, nous ferons pour
les religieuses comme pour.les personnes pieuses
du monde. = Nous avons dit que ces personnes, malgré leurs
défauts et leurs fautes, pouvaient cependant étre -
admises 4 la communion fréquente, si elles prenaient soin de prévenir le scandale qui pourrait en résulter, ou de le réparer, par leur humilité.
La méme ressource est offerte aux religieuses. Qw’elles s’humilient chaque fois qu’elles ont fait une faute, qu’elles fassent méme réparation publique chaque fois que la faute a été publique. Aprés-cela, on ne pourra pas se scandaliser si, la faute étant réparée, elles s’approchent bien humblement de la sainte table.
Que l’on établisse méme pour elles des régles assez sévéres, gui les maintiennent ou qui les fassent rentrer dans la voie de la vertu, si elles ont un désir sincére de la sainte communion. Kt quand elles se soumettront 4 ces régles, pour ne pas perdre les communions qu’on leur accorde, on peut étre stir qu’elles ne sont pas en train de se relacher, et qu’elles ne. malédifieront pas non plus en communiant.
— Alors, pourra-t-on nous demander, vous ne ferez donc pas de différence entre les sceurs
plus vertueuses ou plus anciennes, et les autres
plus jeunes ou moins ayancées dans la vertu?
Nous répondons :
Dans les communautés ferventes, c’est-a-dire ot toutes les religieuses sont bien disposées et désireuses d’avancer dans la vertu, nous ne croyons pas devoir faire de différence.entre elles pour ce qui concerne la communion.
TI] en serait autrement, comme de juste, dans une communauté ou les religieuses ferventes seraient l’exception, ou méme seulement la minorité. La, il est bien clair qu’on ne pourrait pas accorder la sainte communion aux religieuses tiédes comme aux religieuses ferventes.
Mais religieuses tiédes ne veut pas dire religieuses d’une vertu et d'une piété communes; car, méme des religieuses d’une vertu et dune piété communes peuvent avoir un vrai désir de faire des progrés dans la perfection, quoiqu’elles n’en aient pas encore fait beaucoup, et aimer 4 recevoir la sainte communion, peut-étre sans dévotion sensible, mais avec un grand respect et un erand esprit de foi.
Kt, dans ce cas-la, nous les traitons comme les religieuses les plus vertueuses et les plus anciennes, quand méme elles seraient beaucoup moins avancées qu’elles dans la vertu et moins anciennes dans la religion.
Nous ne faisons exception que pour les religieuses tiédes et relachées. — Or, grace a Dieu, ces religieuses tiédes et relachées ne forment pas la majorité dans la plupart des couvents. Elles ne sont qu'une exception ou tout au plus une minorité. Et alors, ce n’est pas pour elles que nous faisons la régle, mais bien pour la majorité qui est fervente, c’est-a-dire, au moins désireuse d’avancer
dans la vertu, et empressée a faire la sainte com-
4) Ne
munion, pour avancer plus facilement et plus vite.
Or, pour cette majorité, qui dans un trés grand nombre de couyents sera a peu prés l’universalité des religieuses, nous ne faisons pas de différence par rapport a la sainte communion. Nous leur accordons a toutes, indifféremment, la sainte com-
munion tous les jours, ou a peu prés tous les - jours.°
Nous avons pour cela deux motifs :
40 La permission de communier n’est pas une grace que nous accordons a notre gré; c’est une
obligation de notre charge que nous accomplissons, en donnant la nourriture divine a toutes les ames qui en ont besoin et qui n’en sont pas indignes.
Nous ne sommes pas libres de faire autrement, & moins de, nous ériger en maitres des saints mystéres, alors que nous n’en sommes que les ministres.
Ce pain céleste ne nous appartient pas, il appartient a Dieu, et nous sommes seulement chargés de le distribuer aux enfants que Dieu appelle a sa table, et qui s’y présentent revétus de la robe nuptiale. Si nous les repoussions, uniquement parce
“que nous trouvons qu’ils viennent trop souvent, Dieu serait aussi mécontent de nous que le ‘serait un prince qui verrait ses serviteurs repousser de sa table quelqu’un de ses enfants qui n’a pas mérité d’étre puni. ;
20 Ce n’est pas comme récompense que Notre- Seigneur a voulu instituer VEHucharistie, c’est comme nourriture. Or, cette nourriture, il veut que ses enfants, quand ils sont en bonne santé, la recoivent, non pas seulement de temps en temps, quand ils ont fait quelque chose d’extraordinaire ou guils ont été parfaitement sages, ou qwils sont déja'depuis longtemps a son service, mais
tous les jours, s'il n’y a rien qui les en rende
indignes ou incapables, car tous les jours ils
en ont besoin.
- Dans une famille, bien qu’on fasse une diffé-
rence entre les enfants dont on est plus content et
“les autres, on ne les admet pas moins tous a la
table, sauf a accorder aux plus dignes quelques
-favyeurs particuliéres. Mais la. nourriture, on la
donne a tous.
Tl en est ainsi de la communicn, dans l’intention de Netre Seigneur; c’est pour cela qu'il en a fait un pain pour notre Ame, c’est-a-dire un aliment qu’on prend tous les jours et dont on ne se lasse jamais.
- C’est dans ce sens que le Catéchisme du Concile de Trente interpréte les paroles de ’Oraison dominicale: Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. «Cest surtout de Notre-Seigneur présent dans l’Eucharistie qu’il s’agit, dit-il. Praecipue autem panis noster est ipse Christus qui in sacramento Eucharistic substantialiter conti-
—netur.
. ll s’appelle notre pain, ajoute-til, parce quil
-nappartient qu’aux fidéles qui ont la foi et la
Pena s VAMI DU CLERGE Be is as buena oY
charité, de le manger; et il s’appelle quotidien pour deux raisons : 1° parce que tous les jours il est offert & Dieu et donné aux fidéles qui le demandent pieusement; 2° parce qu’il doit étre pris chaque jour, ou du moins qu’on doit vivre de telle sorte qu’on soit en état de le recevoir tous les jours, si c’est possible. »
Et il confirme cette doctrine par la parole de saint Ambroise, reprochant aux fidéles de le recevoir trop rarement : Si qguotidianus panis est, cur post annum illum sumis ?
— On nous demande 4 cette occasion si cette interprétation de Notre pain quotidien est littérale et officielle.
Nous répondons sans hésitation : Oui, elle est 40 littérale et 20 officielle.
4° Kile est litiérale, car c’est Notre-Seigneur lui-méme qui nous la fournit. Aprés nous avoir dit de demander a son Pére notre pain quotidien,
il nous apprend que c’est lui-méme qui est le vrai .
pain, le pain de vie, le pain supersubstantiel que nous devons manger, et que son Pere nous donne du haut du ciel, pour avoir ia vie 2.
Donec, comme dit le Catéchisme romain, il ya bien encore un autre pain, dont nous avons besoin pour notre corps, mais le pain principal, precipue, que nous demandons par ces paroles, « cest Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-méme, substantiellement present dans ’Eucharistie. » C’est ainsi que Pont compris la plupart des anciens Peres de l’Eglise, en particulier saint Ambroise, Tertullien, saint Hilaire de Poitiers, saint Cyprien, saint Jérédme, saint Augustin, saint Pierre Chrysologue, saint Alphonse, saint Germain de Constantinople, saint Bernard, saint Anselme, saint Bonaventure, saint Thomas 3, ete.
20 Hie est officielle, car elle est donnée par l’organe officiel de PKglise, le Catéchisme du Concile de Trente.
Dans un diocése, le catéchisme composé par Vordre de Pévéque et publié par lui, est l’organe officiel de ’enseignement de la religion,
Dans l’Eglise, un catéchisme composé par Yordre du pape, approuvé et publié par lui, et recommandé a tous ceux qui sont chargés d’annoncer la parole divine, est également et a fortiori Vorgane officiel de ’enseignement de la religion. Or le Catéchisme du Concile de Trente. est tout cela. Ila été composé par Vordre du pape saint Pie VY, pour mettre a la portée de tous la plus pure doctrine de l’liglive, telle qu’elle avait été définie au saint Concile de Trente. Il a été approuvé et promulgué par lui et publié par ses soins. Plus tard le pape Clément XIII l’a fait réimprimer, et. Ya fait préccder Wune bulle adressée 4 tous les patriarches, primats, arche-
4 Lettre du Canada. :
2 Ego sum panis vitm qui de ccelo descendi. (Joan., v1). Pater meus dat vobis panem de ccelo verum. (Ibid.). -*On peut voir tous ces témoignages cités in extenso dans Notre pain quotidien, traduction du R. P. Couet, p. 184-196.
: ne set
SIRO AST STU rye. TI ode eee bene ee g sa ad : . " . ¥ , " wy
véques et évéques du monde catholique dans laquelle il dit, en parlant de ses prédécesseurs, quwils ont voulu avoir « un livre qui contint toute la doctrine que l’on devrait enseigner aux fideles et qui fit aussi exempte que possible de toute erreur 1. ;
« Gest pour cela, ajoute-t-il, quils s’en sont tenus seulement aux choses qui étaient nécesgaires au salut et trés utiles, et qu’aprés les avoir expliquées clairement et lucidement dans le Catéchisme romain, ils les ont proposées pour étre enseignées au peuple 2.
« Done, conclut-il, nous vous recommandons instamment ce livre qui doit étre comme la régle de la foi catholique et de l’enseignement chrétien, et nous yous exhortons fortement, dans le Seigneur, 4 ordonner a tous ceux qui sont chargés du soin des Ames, de s’en servir pour apprendre aux peuples la vérité catholique *. »
Siaprés ces recommandations, ces exhortations et ces ordres, on ne regardait pas le Catéchisme romain comme l’enseignement officiel de l’Eglise catholique, nous nous demandons ce que l’on voudrait de plus.
Or, si cet enseignement du Catéchisme romain est officiel, il s’ensuit que Vinterprétation quwil donne de notre pain quotidien, comme étant la sainte communion, est officielle aussi.
Et dés lors, on s’explique pourquoi et le Concile de Trente et le Catéchisme du Concile ont tant insisté pour faire communier les fidéles toutes les fois qwils assistaient au saint sacrifice.
— On nous demande encore s'il faut ou si l’on peut précher prudemment cette large doctrine, et si c’est ’esprit de saint Alphonse *.
Nous répondons encore hardiment oui 4 lune et a Pautre question.
40 Non seulement on peut, mais on doit précher cette doctrine, par la-simple raison que c’est la doctrine de Viglise, et qu’a moins de se croire plus sage que l’Kglise, on ne peut pas faire sembiant @ignorer des recommandations aussi expresses et aussi souvent réiterées de sa part.
Que l’on ne dise pas que les temps sont changés depuis le Concile de Trente, et que ce qui était possible alors, ne serait plus prudent de nos jours.
a) La doctrine de ’Eglise, étant réyélée de Dieu, est salutaire non seulement pour un temps, mais pour tous les temps; il ne saurait survenir une
* Opus quod omnem doctrinam complecteretur qua jideles informari oporteret, et que ab omni errore quam longissime abesset. (In Dominico agro, 14 junii 1761).
* Ideireco que ad salutem tantummodo essent necessaria et maxime utilia, clare in Catechismo Romano et dilucide explanata, Christiano populo tradenda proposuerunt. (Lbid.).
* Ac propterea hune librum quem vyeluti catholicce fidei et christiane discipline normam... vobis nunc maxime commendamus, vosque etiam enixe in Domino exhortamur ut jwbeatis ab omnibus qui animarum curam gerunt, in informandis catholica veritate populis adhiberi. (Ibid.).
‘ Lettre du Canada.
époque ow il soit bon de supprimer des véerités que Notre-Seigneur lui-méme l’a chargée @’enseigner. Docentes omnia quecumque mandavi vobdis...
Tolaunum aut unus apex non preteribtt a lege
donec omnia fiant.
b) De plus, si la prédication de cette doctrine etit été inopportune et imprudente, c’eit été encore bien plus au moment du Concile de Trente que de nos jours, car alors la communion était beaucoup plus délaissée et presque tombée en désuétude, et l’on devait, par conséquent, rencon-
trer beaucoup plus de résistance dans les efforts —
gue l’on tenterait pour la faire refleurir. Cela n’a pourtant pas empéché l’Eglise d’exprimer le souhait de voir tous les fidéles communier chaque fois qu’ils assisteraient au saint sacrifice, et d’ordonner aux pasteurs des Ames de rappeler souvent aux -peuples l’obligation de donner a leurs ames la nourriture dont elles ont besoin, c’est-adire la sainte communion, aussi souvent qwils la donnent a leurs corps, c’est-a-dire tous les jours.
Certes, on est beaucoup moins éloigné de cet idéal de notre temps qu’on ne Vétait alors. Si donc, malgré les difficultés de ces temps et les obstacles dune longue indifférence, passée en habitude, on a réussi, en obéissant a l’Hglise, a
produire le mouvement puissant qui entraine — actuellement les ames vers ]’Eucharistie, pour-
quoi ne pourrait-on pas espérer qu’on l’accélérera encore et qu’on le fera parvenir au but désiré, si Von est fidéle aux recommandations de notre Mere la sainte Eglise et a celles de Notre- Seigneur ?
Il ne faut donc pas s’effrayer de ce que cette doctrine est large : elle doit l’étre, puisque c’est la doctrine du Coeur de Jésus.
2° Est-ce bien la Vesprit de saint Alphonse ?
Ce ne sont pas ses enfants qui pourraient demander cela. — Dés lors que c’est Vesprit de PEglise et Pesprit de Notre-Seigneur, ce doit étre Vesprit du saint Docteur qui en a été le si fidéle interpréte. ie
Mais, du reste, c’est facile & constater quand on étudie ses ceuvres. Il insiste toujours et partout sur la nécessité et sur la grande utilité de la communion fréquente et il déclare positivement que tous les fidéles, sans exception, qui veulent éviter le péché mortel, devraient faire la shinte communion réguliérement tous les dimanches, ou au moins tous les quinze jours.
Pourquoi ne demande-t-il pas davantage a la masse des chrétiens ?
Crest qu’il regarde la chose comme impossible pour le grand nombre, 4 cause des préoccupations
multiples et des occupations journaliéres aux-
quelles ils sont obligés de se livrer.
Mais sil pouvait espérer de les amener tous a
la communion quotidienne, il ne manquerait pas
de les y exhorter formellement, comme le fait PEglise. Seulement, il se contente, pour la masse, de ce qu'il peut raisonnablement espérer.
| Cette livraison est la
Ce n’est cependant pas une raison pour nous de me pas précher et recommander, autant que possible, la communion fréquente et quotidienne, car avec les hommes tels qu’ils sont faits habituellement, il faut demander plus pour avoir moins; sion ne leur demande que le strict nécessaire, on ne Vobtiendra méme pas.
Donec, si on veut les décider &4 embrasser au moins la. pratique de la communion hebdomadaire, comme le veut saint Liguori, qu’on ne craigne pas de leur répéter a tout propos les avantages de la communion fréquente et quotidienne et le désir qu’a l’Kglise de la voir pratiquée par tous ses enfants.
Kt pour ne pas cependant les effrayer, qu’on ajoute aussitét : Néanmoins, si c’est trop difficile pour vous, tachez au moins de venir tous les dimanches; c’est le minimum que réclame saint Liguori pour étre 4 peu pres stir que vous ne tomberez pas dans le péché mortel’ Autrement, si vous attendiez 4 un mois, il n’est pas du tout str que vous yous maintiendriez tout ce temps-la en état de grace.
Présentée de cette maniére, la communion hebdomadaire a beaucoup plus de chances de se faire accepter de la masse des bons chrétiens.
Si, au contraire, on la donnait tout d’abord comme le nec plus ultra auquel ils puissent aspirer, ils répondraient pour la plupart, comme les Juifs aprés la promesse de l’Eucharistie : « Durus est hic sermo. C’est trop pour nous. Ce sera bien assez si nous venons tous les mois ou tous les deux mois. »
Et ainsi l’on n’aurait pas pu obtenir une fréquentation des sacrements suffisante pour les préserver de tout péché grave.
Donc, qu’on ne craigne pas, encore une fois, @étre imprudent, et de compromettre l’ceuvre de Dieu, en suivant exactement les indications de
-LEglise, et en préchant, comme elle Vordonne, “Ja communion fréquente et quotidienne, méme au peuple.
Tout le monde ne nous écoutera pas, mais il y en aura, sans doute, un certain nombre, et pour ceux-la, au moins, nous serons stirs de les avoir mis dans la voie du salut.
III. — On pourrait nous faire ici une objection trés forte et que tout de suite nous voulons réfu-
ter : c’est que ce second principe, sur lequel nous “nous appuyons pour accorder si libéralement la “communion tous les jours, ou presque tous les jours, a la généralité des religieuses dans les com- -munautés ferventes, est en opposition avec Ven- ‘seignement de saint Liguori, et de presque tous les
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suite du no ® de YAMI DU CLERGE du 4er mars 4900 193
quotidienne seulement a ceux qui travaillent a éviter tous les péchés et a pratiquer toutes les vertus. Cela semble bien une récompense proportionnée aux efforts que font les Ames, et non une nourriture due a toutes.
Or, non seulement |’Eglise ne condamne pas cet enseignement, mais, au contraire, elle y renvoie toujours. Lorsqu’elle déclare que les confesseurs peuvent accorder la communion toutes les fois qwils le jugent 4 propos, elle a soin d’ajouter : en se réglant pour cela sur les auteurs approuvés et en particulier sur saint Alphonse.
Réponse. — Il semble, en effet, que les théologiens, et en particulier saint Alphonse, en accordant plus fréquemment la sainte communion 4a ceux qui approchent davantage de la perfection, ou du moins qui y tendent plus fortement, fassent de la communion une récompense des efforts que font les ames, et qu’ils ne la considérent pas comme une nourriture qui leur serait due ou qui leur soit nécessaire.
Il y a du vrai en cela. La sainte communion, plus ou moins fréquente, peut étre donnée aux ames comme un but a atteindre et étre soumise a des conditions : ceux qui remplissent ces conditions atteindront le but, c’est-a-dire la communion quotidienne; les autres s’en rapprocheront dautant plus quwils ont accompli une partie plus ou moins grande des conditions prescrites. — Sous ce rapport, la communion est, en effet, une récompense, ou un prix décerné aux efforts que Yon a faits pour la mériter. — Que le confesseur puisse agir ainsi a légard de ses pénitents, personne ne le niera.
Mais cela ne veut pas dire qu'il doit considérer la communion plus ou moins fréquente uniquement comme une récompense, en oubliant qu’elle est une nourriture, non seulement utile mais indispensable a l’ame.
A une religieuse qui jusqu’alors a communié, je suppose, trois ou quatre fois par semaine, le confesseur peut trés bien dire : « Si vous faites quelques efforts de plus, en particulier pour pratiquer telle ou telle vertu qui vous est plus nécessaire, je vous accorderai une ou deux communions de plus par semaine. »— Dans ce cas, la communion est évidemment une récompense, et si la religieuse la désire, elle fera pour l’obtenir tous les efforts que le confesseur requiert delle.
Mais autre chose est d’accorder la communion comme recompense, et autre chose de l’accorder comme nourriture.
Méme quand le confesseur aurait des raisons de n’accorder la communion comme nourriture que deux ou trois fois par semaine, habituelle-
théologiens, qui établissent une différence entre la ‘communion hebdomadaire, la communion fré- quente ou tres fréquente, et la communion quoti- ‘dienne ; qui accordent sans difficulté la commu- ‘nion hebdomadaire 4 ceux qui évitent habituelle- “ment le péché mortel, la communion fréquente ou trés fréquente A ceux qui évitent habituelement les péchés véniels volontaires; et la communion
ment, il peut toujours faire exception a cette régle et accorder des communions supplémentaires comme récompense. Ces communions sont alors une exception au régime habituel, mais elles ne le modifient pas sensiblement.
Si, au contraire, l’ame est en état de faire la
sainte communion tous les jours ou presque tous
vos
les jours, et qu’elle le désire, ce n’est plus comme récompense que le confesseur lui accordera la communion quotidienne, ce sera comme nourriture ; et alors le régime normal de cette 4me sera la communion quotidienne. Cette communion sera pour elle non pas une faveur du confesseur, mais un droit ; droit qui lui vient de Notre-Seigneur, et non pas du confesseur ; droit, par conséquent, que le confesseur ne peut lui enlever que si elle en déchoit elle-méme par sa faute, mais qu’il ne peut pas lui accorder ou lui refuser @ son gré, 4 moins de tomber dans larbitraire.
Or, nous croyons que pour la généralité des religieuses, dans les communautés ferventes, on peut regarder la communion quotidienne ou presque quotidienne comme répondant le mieux a leurs dispositions et 4 leurs besoins, par conséquent comme étant leur nourriture nécessaire, et non pas comme une récompense que le confesseur peut leur accorder ou leur refuser a son gré.
Nous croyons cela parce que les religieuses, en général, ont & cour d’éviter non seulement le péché mortel, mais méme le péché véniel; qu’elles font des efforts pour s’en corriger et pour s’en préserver; qu’elles sont toujours fachées quand elles en ont commis quelqu’un; qu’elles ont habituellement le désir de devenir plus pieuses, plus charitables, plus humbles, plus obéissantes et plus pures, par conséquent qu’elles sont dans la disposition ow il faut étre pour approcher fructueusement chaque jour de la sainte communion.
Il peut y avoir, et il y a certainement des exceptions, mais ce ne sont guére que des exceptions, au moins dans les communautés réguliéres et ferventes. — Par conséquent, méme en suivant a Ja lettre Venseignement de saint Liguori et des théologiens, on peut regarder la communion quotidienne ou presque quotidienne comme le réeime ordinaire et normal de la généralité des religieuses.
Quant 4 celles qui ne sont pas a la hauteur des autres, le confesseur s’efforcera de les y faire parvenir en les stimulant, sans les contraindre; et pour cela, il leur proposera, comme appat, quelques communions de plus,en guise de récompense, toutes les fois qu’elles auront fait quelques efforts plus généreux et plus soutenus.
Ceci cependant ne nous explique pas pourquoi saint Liguori et les théologiens font des différences entre la communion hebdomadaire, la communion fréquente et la communion quotidienne, selon la différence des Ames, si, dans l’intention de Notre-Seigneur, la communion était pour toutes une nourriture et non une récompense, ainsi que nous l’ayons dit.
Voici Vexplication de cette divergence apparente entre notre principe et celui qui semble avoir servi de base aux théologiens pour établir les catégories des communions plus ou moins fréquentes.
Nous disons que cette divergence n’est qu’apparente; car, méme les théologiens qui établissent
ces catégories prennent soin de dire que ce serait
une erreur de regarder la communion comme une récompense de la vertu acquise, plutot que comme
un moyen de lacquérir. Scavini dit en particu-
lier: « Nous pensons qu’on doit autant que pos-
sible exhorter les fidéles 4 la communion fré-
quente. Ceux qui voudraient les en écarter s’appuient sur un principe faux : 4 savoir, que la communion est une récompense de la vertu, tandis qu’elle est plutdt un.moyen d’acquérir la vertu 1. »
L’auteur Wun Guide de la perfection chrétienne (Anleitung zur christlichen Volkommenheit) qui a recu les plus grands éloges du Pape Léon XIII, sur la recommandation du cardinal Melchers, archevéque de Cologne, le pieux curé de Saint- Servais de Miinster, Grundkotter, dit la méme chose dans les mémes termes (p. 546, note).
C’est du reste aussi l’enseignement formel de saint Francois de Sales dans son Introduction a la vie dévole.
Done, pour les théologiens comme pour nous,
le but de la communion est de donner a Ame la.
force de pratiquer la vertu, par conséquent de lui servir de nourriture, et non pas de lui étre donnée comme récompense seulement quand elle a déja acquis la vertu.
Pourquoi est-ce un moyen Cacquerir la vertu ? Parce que c’est une nourriture divine qui donne a ame la force dont elle a besoin et qu’elle n’aurait pas Velle-méme. I faut donc la donner a toutes les Ames qui veulent acqueérir la vertu, c’est-d-dire a toutes celles qui sont bien disposées et qui déja ont fait des efforts pour cela. C’est toujours notre conclusion de tout a Vheure.
Mais alors, pourquoi des différences entre les
ames? Pourquoi admettre les unes une ou deux
fois, les autres trois ou quatre fois, les autres tous les jours ?
Tout simplement parce que cette nourriture divine ne produit pas en toutes les mémes effets. Pour les unes, c’est assez de la prendre une fois par semaine ; pour d’autres elle fait plus de bien quand elle est prise trois ou quatre fois; enfin pour d’autres, qui ont bon appétit et qui travaillent beaucoup, elle est nécessaire tous les jours.
C’est done @aprés les effets qu’il constate dans |
les ames que le confesseur leur donne plus ou moins abondamment cette divine nourriture. Ges effets sont proportionnés a leurs dispositions habituelles et actuelles. I] sait que s’il leur donnait a toutes la méme dose de nourriture, elle ne leur profiterait pas & toutes, parce que plusieurs ne pourraient pas la digérer convenablement. Voila
pourquoi il la donne plus abondamment aux unes |
et plus modérément aux autres.
De méme, dans une famille, une mére sait que
* Cexeterum putamus, quoad potest, fideles esse ad
communionis frequentiam hortandos. Qui eos retrahere vellent, falso principio nituntur; nempe communionem esse mercedem yirtutis, cum potius sit medium acquirendw virtutis. (Theol. mor., t. m1, p. 128).
LAMI DU CLERGE ay 195
/ ses enfants ne sont pas tous également bien partagés sous le rapport de la santé, de la force, de
Vappétit. ly en a qui sont délicats et qui ne peuvent presque pas manger; d’autres qui mangeraient 4 toutes les heures. EKvidemment elle ne peut pas traiter les premiers comme les seconds ; si elle les forcait & manger quand ils n’ont pas faim, ou 4 manger autant que leurs fréres bien portants, elle leur ferait du mal.Elle proportionne done la nourriture qu’elle leur donne a leurs différents estomacs. Aux uns elle donne beaucoup et souvent — c’est le plus grand nombre, car la plupart ont bon appétit, et c’est un plaisir de voir comme la nourriture leur profite; — aux autres elle donne moins et moins souvent, tout en s’efforcant de les exciter 4 manger pour devenir forts comme leurs fréres. Mais elle ne leur impose pas, en attendant, la méme dose de nourriture, parce qwelle sait que cela leur serait nuisible.
Crest ainsi qwun confesseur agit avec ses pénitents. — [1 desire, comme Notre-Seigneur luiméme, les voir s’asseoir tous a la table eucharis-
tique dressée pour eux tous les jours. Mais il sait gue plusieurs sont trop faibles pour bien digérer cette divine nourriture ; ils n’ont pas @appétit, il faut quwils se forcent pour manger. D’autres
feraient trois repas pendant quils en font un. — A ceux-la il ne donnera done la permission qu’une fois sur trois ou une fois sur deux, selon l'état de leur ame et selon leur appétit.
Ce ne sera pas une récompense pour les premiers que de communier tous les jours, parce quwils ont besoin de nourriture tous les jours, et que les en priver serait une cruauté, si on le faisait sans motif grave; leur Pere céleste ressentirait vivement ce tort fait a ses enfants bien-
aimés.
Ce ne sera pas non plus une punition pour les seconds que de communier seulement tous les - deux ou trois jours : ce sera simplement le régime le mieux approprié a leur santé. Mais ce régime suppose que leur santé laisse beaucoup a désirer ; par conséquent le confesseur fera son possible - pour augmenter leur appétit, afin qu’en se nourrissant mieux ils deviennent plus forts. En
d’autres termes, il s’attachera a leur faire désirer
et recevoir plus souvent la sainte communion, pour que peu a peu ils se transforment en Notre- Seigneur, car la sainte communion est le moyen de déification par excellence.
En attendant, tout en les stimulant a communier plus souvent, il les tiendra plus ou moins longtemps au régime de la communion de deux
ou trois, ou quatre fois par semaine. — Mais il ne ge croira pas quitte envers eux ; il ne croira ayoir complété leur cure que quand il les aura amenés
4 désirer et receyoir la communion tous les jours. |
C’est 1a le régime normal des vrais enfants de Dieu qui lui demandent leur pain de chaque jour ; cest la, par conséquent, le régime qui doit étre celui de toutes les religieuses vraiment dignes de ce nom.
On voit par la comment cette progression dans les communions, de tous les huit jours d’abord, puis de plusieurs fois par semaine, puis enfin de tous les jours, n’est pas tant une récompense des ames auxquelles on l’accorde, — bien qu'elle puisse aussi porter ce nom quand elles ont fait des efforts pour la mériter, — qu’un régime de nourriture proportionné a leur santé et a leur appetit.
Reguli¢rement, pour les Ames bien portantes, le régime devrait étre la communion de tous les jours; c’est seulement quand elles ne sont pas assez fortes, qu’on est obligé de diminuer le nombre de leurs communions, afin de ne pas leur faire du mal par un excés de nourriture qu’elles ne pourraient pas supporter.
Ainsi les différentes catégories établies par saint Liguori, et par les théologiens aprés lui, relativement ala communion plus ou moins fréquente, ne prouvent pas que notre principe de la communion donnée comme nourriture et non comme récompense soit faux. Elles prouvent seulement que toutes les Ames ne sont pas en état de supporter la méme dose de nourriture, et par conséquent, qu’on doit la leur ménager différemment, selon leurs aptitudes et leurs besoins. Mais il n’en est pas moins vrai que le régime normal des ames saines qui veulent conserver et augmenter leurs forces — et nous supposons que la plupart des religieuses sont dans ce cas, — doit étre la communion quotidienne ou presque quotidienne.
— Alors, nous dira-t-on peut-étre, vous ne ferez plus aucun cas des régles ni des usages? Kt, en dehors des ames qui ne sont pas encore assez fortes pour étre admises a la communion quotidienne, vous vous croirez obligé de l’accorder tous les jours a toutes les autres, et vous ne ferez jamais d’exception entre elles ?
Nous avons déja répondu que nous ne croyions devoir tenir compte des regles et des usages, quautant qwils se rapprochent de Vidéal de VEglise, qui est la communion quotidienne. Autrement, nous ne tiendrons compte que de l’état des ames et du bien que peut leur faire la sainte communion. l’ervorem et spiritualem profectum, dit le décret de Léon XIII. Sielle doit leur faire du bien chaque jour, nous la leur donnerons chaque jour; sinon, nous la leur donnerons un peu moins fréquemment, mais assez souvent cependant pour que la vie ne dépérisse pas en elles, faute d’alimentation suffisante.
Ne ferons-nous jamais d’exceptions entre les Sceurs ?— Oui, nous en ferons quelquefois, quand il le faudra; mais ce ne sera que des exceptions, ce ne sera pas la regle; tandis que maintenant on fait généralement de la communion quotidienne ou trés fréquente une exception, contrairement aux désirs de Notre-Seigneur et de la sainte Kelise.
On nous dit : Les communions supplémentaires ne doivent étre accordées que rarement et exceptionnellement, car elles ne sont que des commu-
nions d’exception. — Nous répondons: Oui, elles ©
ne doivent étre accordées que trés rarement et exceptionnellement quand la régle est de communier tous les jours ou presque tous les jours; mais sila régle n’accorde que peu de communions, comme beaucoup de régles anciennes, et que cependant la communauté soit fervente et désireuse de recevoir la sainte communion plus souvent, nous ne ferons plus des communions supplémentaires une. exception, mais, au contraire, une espéce de seconde régle, corrigeant la premiere.
Et nous le ferons non seulement pour quelquesunes des Sceurs, parce qu’alors cela pourrait exciter la jalousie entre elles, mais autant que possible pour toutes; et par la, nous remédierons a Vinconvénient qwil y a a multiplier les exceptions outre mesure. La régle, alors, ne sera pas atteinte par les exceptions, quelque nombreuses qu’elles soient; elle sera seulement modifiée et transformée insensiblement pour le plus grand bien des ames qui y sont soumises.
Et comme il ne faut pas, en effet, qu’ on fasse trop d’exceptions a une regle en vigueur, pour ne pas affaiblir sa force, nous ferons le moins dexceptions possibles 4 la régle modifiée dans le sens de la communion quotidienne. Kt nous ne les ferons que quand il le faudra, de sorte que les Sceurs qui souffriront de ces exceptions ne pourront pas raisonnablement s’en plaindre : elles en seront la cause elles-mémes.
Nous ferons de ces exceptions surtout dans trois cas :
4° Quand l’Ame a laquelle nous voudrions donner la communion n’éprouve aucun désir de la recevoir, mais plutdt du dégott pour elle, comme les Israélites qui disaient de la manne : Nauseat anima nostra super cibo isto levissimo. Dans. ce cas, si l’Ame est tiéde et lache, vouloir la contraindre 4 communier serait lui faire du mal, parce qu’elle se préparerait mal; par conséquent, nous nous contenterons de lui parler au cceur pour exciter sa foi et son désir ; mais, si elle ne montre pas plus de bonne volonté, nous ne lui donnerons que les communions de régle, et encore peut-étre pas méme toutes; les autres lui seraient plus nuisibles qu’utiles, comme la nourriture qu’on ferait prendre de force a un estomac malade.
29 Quand lame ne fait pas d’efforts suffisants ni pour vaincre ses passions, ni pour accomplir ses devoirs d’état, ni pour pratiquer la vertu; en particulier, quand elle ne fait pas les actes de vertu que nous lui avons recommandeés, nous la priverons pour quelque temps de la sainte communion, parce qu'elle n’a pas montré assez de bonne volonté. Nous lui appliquerons la sentence de saint Paul : Qui non laborat nec manducet : Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. Nous proportionnerons cette privation a la quantité Vefforts qu’elle aurait dti faire et qu’elle n’a pas faits.— Cependant nous ne serons pas, méme pour elle, trop séyéres, parce que nous nous souviendrons que Notre-Seigneur a besoin, lui aussi, de
AMI DU. GEERGW
beaucoup de patience avec nous, et que nous devons en avoir un peu avec ses pauvres enfants, si faibles et cependant si aimés.
30 Quand l’Aame a commis quelque faute notable qui mérite d’étre punie, surtout les fautes contre Vhumilité, contre l’obéissance, contre la charité fraternelle, ou bien qu’elle a donné quelque scandale qui n’a pas été suffisamment réparé, nous lui infligerons la punition la plus sensible qui puisse affliger une ame fervente, la privation dune ou de plusieurs communions, selon la gravité de sa faute. — Et nous prendrons soin de lui faire sentir combien elle perd par sa faute.
Cependant, méme alors, nous ne serons pas sans indulgence. Car si elle nous suppliait de lui pardonner, et quelle s’offrit a faire n’importe quelle autre pénitence, méme publique, pour n’étre pas privée de la communion, nous aurions compassion d’elle et, A cause de son désir ardent, nous commuerions la privation de la communion en une autre peine, peut-étre plus grave extérieurement, mais moins dommageable a a Pame en réalite. ‘
Il.en serait de méme si la supérieure se plaignait & nous que telle ou telle Scur ne donne vraiment pas le bon exemple et que, par ses communions si peu fructueuses, elle malédifie ses. sceurs.
Apres nous étre bien enquis de la vérité, et avoir constaté que dans la plainte de la supérieure il n’y a pas Wexagération (ce qui est souvent a craindre, parce que les supérieures, elles aussi, sont femmes), nous attendrions une occasion favorable pour faire des représentations 4 la Scour coupable; et quand elle-méme nous accuserait dans la confession quelqu’une des fautes qu’on lui reproche, nous l’avertirions sévérement que par la elle scandalise nécessairement ses scours et que, si elle ne se corrige pas, nous serons obligés de lui retrancher la communion. — Et si, en effet, les fautes et les plaintes continuent, nous lui infligerons la punition dont nous l’avons menacée, mais sans qu’elle puisse se douter que c’est a la requéte de sa supérieure, afin qu’elle ne soit pas tentée de perdre Vaffection et la confiance qu’elle doit avoir pour elle.
-Dans ces différents cas, of nous retranchons exceptionnellement la communion a quelques Sours, il y a chaque fois des motifs tellement plausibles qu’elles ne peuvent pas en étre froissées ni mécontentes. — Ce n’est pas comme si, ayant accordé la communion exceptionnellement a quelques-unes de leurs scours, nous la leur refusions a elles; alors elles seraient presque forcement portées a la jalousie.
C’est sur ce point que les réponses du R. P.
Huber laissent un peu a désirer.
Sans doute on peut toujours dire Aa une Sceur qui se plaint de ne pas recevoir aussi souvent que d’autres la permission de communier : « J’ai des raisons de leur accorder la communion plus souvent qu’a vous ; contentez-vous de ce que
je vous donne. » — Hille se taira peut-étre, mais elle
- men sera pas moins mécontente, parce qu'il lui
semblera qu’on lui. fait un passe-droit, ou qu’on en favorise d’autres plus qu’elle.
Au contraire, si le confesseur a pour régle d’accorder la sainte communion trés libéralement a toutes les Scours qui la désirent et qui ont la volonté sincére d’en profiter, et qu’il ne la refuse qu’a celles qui se trouvent dans une des trois catégories que nous venons d’indiquer, ou dans une situation analogue, aucune de celles-la ne pourra se plaindre que les autres lui soient préférées, car il ne tenait qu’a elle de recevoir la méme permission, ou plutdt de continuer 4 en jouir: si elle l’a perdue, c’est par sa faute, elle ne doit donc s’en prendre qu’a elle. Elle sait qu’elle la recouvrera aussitét qu’elle sera rentrée dans le bon chemin et qu’elle aura réparé ses fautes. Par conséquent, ce nest pas son confesseur qu’elle pourra accuser, non plus que les autres Sceurs. Sa confiance et son affection pour son confesseur ne diminueront pas, ses rapports avec ses sceurs ne seront pas troublés par la défiance et la jalousie. Elle s’efforcera seu-
lement de retrouver au plus tét la grace qu’elle a
perdue. Et ainsi ce retranchement momentané de
ja communion contribuera a ramener la ferveur dans la communauté, sans y avoir excité aucun trouble.
Au leu qu’avec les préférences pour les Sceurs plus vertueuses, 4 moins qu’elles ne soient d’une vertu hors ligne, il y aurait toujours a craindre les rivalités, les mécontentements, les jalousies des autres, et peut-étre aussi les tentations d’orgueil pour les religieuses favorisées.
Il nous semble donc beaucoup plus prudent d’adopter pour regle d’étre aussi libéral que possible dans la concession de la communion, que d’étre rigide et resserré. Non seulement on sera mieux daccord avec les intentions de Notre-Seigneur et de l’iglise, non seulement on pourvoira mieux aux intéréts des ames que l’on dirige, mais on
- éyitera aussi beaucoup plus facilement les incon- - yénients gui résultent presque forcément des con- cessions exceptionnelles faites 4 celles des Sceurs que l’on croit plus dignes. I] n’y a alors ni mécontentement contre le confesseur, ni jalousie ‘contre les Sceurs plus favorisées; par conséquent, Vobéissance est beaucoup plus facile et la charité mieux sauvegardée ; sans compter que les Sceurs y sont fortement aidées par les nombreuses eraces qu’elles recoivent dans la communion.
IV. — Donec, notre conclusion derniére sera que le confesseur qui veut correspondre aux desseins d’amour de Notre-Seigneur sur les 4mes, qui veut se conformer aux désirs et aux enseignements de notre Mére la sainte Eglise, qui veut faire avancer rapidement les ames dans la vertu et les préserver du péché, qui veut surtout leur procurer des mérites et des accroissements de grace tres considérables, doit leur accorder la sainte communion tous les jours ou presque tous les jours,
surtout lorsque ces ames sont déja consacrées a
eo ot LAMI DU CLERGE ESET a REN CR 7 ra PR P
Dieu par la profession religieuse, et par la-méme obligées a une plus grande perfection.
Il ne se croira pas obligé 4 l’accorder tous les jours, s'il juge quwil est plus utile 4 ’aAme d’en étre privée quelquefois, De méme qu’il y a des estomacs qui n’ont pas besoin d’autant de nourriture que d’autres, et qui méme n’en peuvent pas prendre autant, de méme il y a des Ames qui ne supporteraient pas bien une nourriture aussi substantielle que celle de la sainte communion tous les jours : illeur faut quelques jours de diéte de temps a autre. — Avec ces ames-la il n’insistera pas pour les faire communier tous les jours. Mais les autres, qui sont en bonne santé, qui sont bien disposées et qui ont bon appétit, spirituellement parlant, il s’efforcera de les amener 4 faire la sainte communion tous les jours ; — non pas d’une maniére telle quelle, mais avec une excellente préparation, avec beaucoup de ferveur et avec la volonté d’en retirer beaucoup de fruits.
Sile confesseur constate ensuite que la ferveur persévére, que méme elle s’accroit avec le temps, et que le uuon spirituel est en rapport avec la ferveur, il n’a rien a craindre : ses ouailles sont en bonne voie, elles s’'acheminent rapidement vers le ciel, et il peut s’applaudir et remercier Dieu de les y avoir puissamment aidées, par sa libéralité a leur accorder la sainte communion.
Pendant Véternité entiére, ces Ames lui sauront une reconnaissance infinie pour chaque communion qu'il leur a accordée, et cette reconnaissance sera une des joies accidentelles les plus douces pour son ceeur de pére, en méme temps qu’une des causes les plus efficaces de la recompense que Dieu lui décernera pour’ avoir bien nourri et bien soigné ses enfants sur la terre.
Si l’on nous demandait 4 quel signe principale-—
ment on peut reconnaitre ceux a qui il est bon d’accorder la communion trés fréquente ou quotidienne, et ceux a qui il est mieux de ne pas l’accorder si souvent, nous dirions que cela dépend surtout de la ferveur avec laquelle ils se préparent.
Ceux qui ont le courage de se bien préparer chaque fois a la sainte communion, en faisant exprés des actes de vertu dés la veille ou les jours précédents, et qui, le jour méme ou ils doivent communier, ont soin de se mettre dans les dispositions de foi, d’humilité, de repentir, de confiance et d’amour que requiert un si grand sacrement,
-ceux-la peuvent communier trés souvent et méme
tous les jours.
Ceux, au contraire, a qui il en cotite beaucoup de se mettre dans ces dispositions avant la communion, qui ne le font qu’imparfaitement ou pas du tout, qui sont mécontents d’avoir a se lever plus tot que d’habitude, pour communier, d’avoir & mieux faire leur priere ou leur méditation, @avoir peut-étre 4 retarder ae peu leur déjeuner, qui ne se résignent qu’avec peine a ces petits dérangements ou a ces petits sacrifices, qui
sont heureux chaque fois qu’ils ont une raison ou
LAMI DU
CLERGE
un prétexte de s’en dispenser, en omettant la communion, ceux-la évidemment ne sont pas dignes de la communion trés fréquente, ni capables de la bien faire, 4 moins que, tout en éprouvant cette paresse et cette apathie involontaires pour la communion, ils ne fassent des efforts généreux pour les surmonter.
Nous avons connu des chrétiens trés fervents qui nous avouaient qu’ils avaient toujours une certaine frayeur, en voyant arriver le jour de leur communion, parce qwil leur fallait se lever plus tot, surtout en hiver; se rendre de meilleure heure a l’église et faire avec plus de soin leur méditation. Mais cela ne les empéchait pas de sortir du lit, dés que le son du réveil les appelait, et de faire ensuite le mieux possible leurs priéres, leur méditation et leur préparation prochaine a la communion. Le sentiment de crainte et d’ennui quwils avaient éprouvé en pensant a l’obligation de se préparer, ne servait qu’a leur faire faire des actes de plus profonde humilité, comme lorsque saint Francois d’Assise s’appelait lui-méme un gourmand et un goulu, parce qwil lui était venu le désir de manger du poulet.
Pour ceux qui savent ainsi combattre en eux la tendance au relachement et a la paresse naturelle, la communion tres fréquente ou quotidienne ne peut étre que tres utile, parce qu’elle leur donne Yoccasion de remporter beaucoup de victoires sur eux-mémes. Mais pour ceux qui n’auraient pas ce courage, et qui ne feraient pas les efforts nécessaires pour soumettre leur nature molle, nonchalante, sensuelle, a Vesprit de mortification, de ferveur et de priére, il vaudrait mieux ne pas leur
/ permettre la communion si fréquente, car, apres
quelques jours de luttes ou Vefforts, peut-étre, ils se laisseraient inévitablement aller au relachement et a la tiédeur, et alors la communion ne pourrait plus leur apporter que peu de fruits, a cause de leur peu de préparation, et de plus, elle leur deviendrait a charge, et ils la regarderaient comme un joug dont ils seraient heureux de se débarrasser.
Il est mieux de ne pas réduire les ames faibles a cette extrémité. Kt c’est pourquoi il y a plus de charité alors et aussi plus de prudence 4 ne pas les envoyer si souvent a la sainte Table, de
crainte qu’elles n’en abusent, et d’attendre qu’elles
soient parvenues a une vertu plus virile ou au moins qu’elles en aient le désir sincére, pour leur octroyer chaque jour le pain des forts et des parfaits : car si elles ne sont pas parfaites encore, il les aidera 4 le devenir, quand elles le voudront sincerement.
Ainsi le criterium, pour nous, de l’opportunité quwil y a a faire communier plus ou moins souvent, serait principalement dans le soin ou la ferveur avec lesquels on se prépare ala communion; l’autre criterium, donné par le décret de Léon XIII, 4 savoir, le fruit ou le progrés spirituel qu’on en retire, étant presque toujours et presque necessairement en rapport exact avec la prépara-
tion quon y a apportée, surtout si Von veille ensuite 4 le bien conserver:
Un jour Notre-Seigneur révéla 4 sainte Margue-
rite de Cortone qu’il donnerait a son confesseur une riche couronne au ciel, parce quwil lui avait conseillé la communion fréquente.
Au contraire, Notre-Seigneur se plaignit un jour 4 sainte Gertrude de ceux qui dissuadaient les autres de communier fréquemment. « Ma joie, lui dit-il, est d’étre avec les enfants des hommes ; c’est pour eux que j’ai institué le Trés Saint-Sacrement. Aussi celui-la me prive de ma joie qui détourne les Ames de me recevoir. »
Qu’on juge par la de la différence qui nous attend au ciel selon que nous aurons traité plus ou moins paternellement les Ames par rapport a la sainte communion, que Notre-Seigneur désire tant leur donner.
L’'AMI DU CLERGE et les livres
4° Consultation
Q.— Le nouvel ouvrage de Pierre lErmite, La Grande Amie, a-t-il vraiment la valeur littéraire qu’on lui préte? Je me défie de ces livres autour desquels on méne un si grand tapage.
R.— Eh bien! ne vous défiez pas de ce livre-la’. Lisez-le et faites-le lire partout, mais surtout dans les campagnes, oti tant de travailleurs émigrent vers les villes, abandonnant « la Grande amie: » la terre.
Plusieurs ont dit — peut-étre des jaloux : — « Pierre ?Ermite excelle 4 raconter une historiette. Il vous décrit en deux mots frappants, heurtés surtout, une situation, un intérieur, un caractere. Vous étes surpris, attachés et entrainés jusqu’a la fin ot la morale éclate dans une phrase qui reste, une réflexion, un mot souvent dur. Mais jamais il ne saura composer un livre, c’est de trop longue haleine pour lui. »
Nous-mémes avons entendu formuler ces juge-
ments et avec infiniment de regret. Pierre l’Er-
mite est jeune, il a devant lui, nous l’espérons, un long avenir, ses écrits font du bien et toute aime chrétienne doit s’en réjouir, mais il convient aussi de l’encourager. Nous nous souvenons @Vavoir lu dans un journal mondain cette appréciation : « Pierre ’Ermite est un auteur qui rédige dans la Croia de petites nouvelles, admirablement enlevées ; nous avons le tort de ne pas les lire, nous autres journalistes du boulevard. » Nous qui les lisons, nous aurions encore plus grand tort de ne point les estimer a leur valeur, trés haute. Il a un genre a part, mais bien personnel, bien a lui. Ce qui parait heurté est préci-
t On magnifique vol. in-4°. — Prix : 5 fr., port en sus. — Paris, Maison de la Bonne Presse, 8, rue Francois Ir,
se
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-LVAMI DU CLERGE
sément ce qui est voulu, ce qui, dans la pensée de Vauteur, doit produire une impression plus forte, plus décisive. D’ailleurs les écrivains originaux comme lui, se corrigent tout seuls; peu a peu leur talent se miirit, devient plus ferme, plus pondéré, et s’épanouit avec le temps comme un arbre vigoureux dont les. fruits sont chaque année plus abondants et plus savoureux. Depuis longtemps nous étudions Pierre l’Ermite, nous avons assisté a l’éclosion de son talent, et nous nous sommes réjouis de ses succes. Nous constatons qwil continue a grandir, et s’il veut rester dans les saines traditions de la langue francaise, en garder la pureté, la limpidité, avec la puissante originalité dont il la saura revétir, il deviendra un maitre, un Daudet chrétien, mais plus vigoureux et plus vivant. La littérature catholique a besoin d’un brillant romancier, elle le cherche, elle le réclame pour opposer a ces écrivains malsains qui fouillent savamment la boue, et coupent .en quatre non moins savamment le cheveu sentimental. Pierre l’Ermite peut étre cet homme-la.
Il Vest deja. La Grande Amie est jusqwici son chef-d’ceuvre, et nous espérons bien qu'il ne s’arrétera pas la. Il a un peu idéalisé la campagne, et le gentilhomme campagnard; ga et la on peut releyer quelques détails @agriculture ou d@économie domestique légérement inexacts; mais l’ensemble est vraiment beau.
Aux premieres pages, la peinture d’une séance du conseil municipal du Val-d’Api. Le maire Etienne expose une question @une importance capitale pour la commune: « Le chemin de fer du Nord offre pour la derniére fois 4 notre paisible com-
mune le dépdt de ses machines et cing ateliers.
La construction de la remise des machines entraine plusieurs centaines de mille francs d’expropriations ; les cing ateliers qui regardent Vindustrie privée améneront au Val douze cents - ouvriers. »
- Lraffaire a été chauffée au café Soupot, aussi -menace-t-elle d’étre enlevée du coup, lorsque Jacques de la Ferlandiére, un jeune propriétaire du pays, intervient pour défendre Ja terre contre Pétranger.
« — Laissez-nous faire!... démissionnez! lui crie Soupot.
« — Ceci, jamais! Je défendrai notre terre pied & pied contre vous tous, car aprés Dieu, elle est la grande amie!... cette chose faite de la poussiére, du souvenir et des travaux de nos ancétres, qu’on ne peut pas arracher, emporter avec soi... comme vous emportez votre tonneau ou votre comptoir !
« — Peuh! du sentiment, tout cela!... Et la grosse lévre de Soupot s’avance en un geste d’énorme dédain.
« — Si vous voulez! mais c’est de ce sentimentla que la patrie est faite! »
La question est bien posée, les répliques sont a Vemporte-piéce, Cela yous amene @ penser, que
dans Pierre ’Ermite il y a peut-étre aussi un auteur dramatique qui apparaitra quelque jour.
Kn face de Jacques se dressent des patrons juifs, Nathan et Victor Harmmster, les deux freres, V’usine en face de la terre, et quelle usine! de la peausseric, de la mégisserie, des cuirs et des souliers, des résidus chimiques qui empoisonneront la jolie riviere de la Jouine.
Jacques doit épouser sa cousine Odile, qui habite non loin de la Ferlandiére, 4 Abbaye.
Nathan a une fille, Alberte, une vraie juive, altiere, entreprenante, douée de toutes les ressources de sa race et qui s’éprend du jeune gentilhomme. Tout Vintérét du livre est ramassé autour de ces principaux personnages.
Odile nous apparait @abord souffrante, hésitante et se posant avec une tristesse inquiéte le probleme de la vie. C’est le caractere le mieux étudié du livre. On suit avec délices les évolutions généreuses de cette 4me un peu frivole d’abord, puis se développant sous les rayons mélés de la foi, de la raison, de amour, de la priére, jusqu’au plein épanouissement de l’hé-. roisme chrétien idéal :
« — Voyons, docteur, répondez-moi franchement, la vie est-elle bonne, heureuse, gaie a4 vivre? Je suis parfois 4 me demander avec Victor Hugo,
Ou Dieu trouve-t-il tout ce noir qu'il met Dans les cosurs brisés et les nuits tombées ?...
« — Ce nest pas chrétien, mon enfant.
« — Pas chrétien!... mais vous oubliez l’épithéte que VEglise donne a notre malheureuse terre; elle Vappelle « une vallée de larmes, » Vabbé Hans répéte tous les jours cette priere 4 la fin de sa messe. »
Plus tard, c’est Jacques qui la catéchisera :
« — J’éetends parfois le doute jusqu’a la Proyidence, dit-elle. Il y a des jours oti je cherche Dieu et ne le trouve nulle part... Tout est noir, livré au hasard, chaotique autour de moi... Je vais devant moi les deux mains dans la nuit... Pourquoi, Jacques, Dieu se cache-t-il ainsi ?
« — Je le vois partout, je le vois toujours.
« — Toujours ?
« — Toujours, fait Jacques trés simplement... Dieu? mais il est la... autour de nous... je le devine... je le sais... Gomme a Marie-Madeleine, il peut dire a certaines heures : « Ne me touche pas! » Mais cette défense nous force a étre actifs, a marcher vers lui... dans la nuit peut-étre... les mains tendues... mais a marcher, a ne pas étre aimé seulement, mais a dimer nous-méemes. »
Belle et douce Ame réveuse, mais pure et ardente, qui se cherche et qui se trouvera, qui s’élancera jusqu’aux sommets du sacrifice.
Bien exposées les objections contre la terre : « Vous prenez toutes vos précautions... vous choisissez bien votre semence,... mais qui peut vous assurer que vous ne serez pas gelé, grélé, roti, versé? » Landis que Vouvrier de l’usine a tous les soirs « dans la main, sonnants et trébu-
L’AMI DU GLERGI