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On n’a recours 4 Vintention interprétative pour VExtréme-Onction que dans les cas ot le malade est incapable d’exprimer sa volonté.

L’AMI DU CLERGE et les livres

Comptes rendus bibliographiques

Les Pérves de VEglise, leur vie et leurs c@uvres, par O. Bardenhewer, professeur a l'Université: de Munich. Edition francaise par P. Godet et C. Verschaffel, de l’Oratoire. — 3 vol. in-8 de vi11-400, 494 et 346 p., 12 fr. — Paris, Bloud et Barral.

« Quiconque veut devenir un habile théologien et un solide interpréte, qu’il lise et relise les Péres. S’il trouve dans les modernes quelquefois plus de minuties, il trouvera trés souvent dans un seul livre des Péres plus

de principes, plus de cette premiére séve du christia-

nisme, que dans beaucoup de volumes des interprétes nouveaux, et-la substance qu’il y sucera des anciennes traditions le récompensera trés abondamment de tout le temps quil aura donné 4 cette lecture... Les écrits

des Péres produisent un fruit infini dans ceux qui les

étudient, parce que ces grands hommes sont nourris de ce froment des élus, de cette pure substance de la religion, et que pleins de cet esprit primitif qu’ils ont recu de plus prés et avec plus d’abondance de la source méme, souvent ce qui leur échappe et qui sort de leur plénitude est plus nourrissant que ce qui a été médité depuis. » (Bossuet, Défense de la Tradition et des saints Péres, 1" partie, 1. IV, ch. xvmt).

Aussi Vune des gloires du siécle qui s’achéve sera-telle le renouveau des études patristiques. Et en général on peut dire que le se clair de la gloire du x1x° siécle sera d’avoir essayé de dresser l’inventaire aussi complet que possible de tout ce que lui avait légué le passé : le reste, ce qu'il a produit de lui-méme, pésera peu au regard de la postérité.

Or, du legs du passé, les Péres de |’Eglise forment sans doute, pour des yeux chrétiens, le trésor le plus précieux. Mais, ce quil est intéressant de constater, cest que ce trésor n’a pas paru moins riche méme a des yeux profanes; et, bien revenue, a légard des saints Péres, des dédains d’un autre Age, l’Hurope savante n’a pas aujourd’hui de plus cher sujet d’étude historique. Les études patristiques, en plus d’un pays, remplissent les Revues, les programmes des universités, les séances des sociétés savantes. Deux Académies, érudites entre toutes, shonorent en ce moment de publier, Pune, celle de Vienne, un Corpus des Péres latins, l’autre, celle de Berlin, un Corpus des écrivains chrétiens grecs des trois premiers siécles.

Il serait facheux que le public ecclésiastique francais restat en dehors de ce mouvement d’études. Les instruments de travail lui ont un peu manqué jusqu’aujourd’hui ; et a ceux de nos lecteurs qui ne connaissent ni Vallemand ni anglais, nous ne pouvions guére recommander que les Institutiones Patrologie (excellentes d’ailleurs) de Mgr Fessler, revues et tenues a jour par Jungmann, complétées ensuite (surtout pour la litterature syriaque) par Mgr Lamy, professeur a lUniversité de Louvain (8 vol. in-8, 21 fr., Inspruck, chez F. Rauch; Paris, chez Lethielleux). Les quelques travaux francais publiés en ce siécle avaient rapidement vieilli, grace 4 la multiplicité des études nouvelles dont

beaucoup apportaient des lumiéres considérables, —

grace aussi aux nombreuses découvertes de vieux textes chrétiens qui sont venus enrichir le trésor patristique : rappelons par exemple la découverte de la Didaché, dune partie de ’Hpitre de saint Clement Romain aux Corinthiens, de lApologie dAristide, des Logia d’Oxyrinque, des Philosophumena, des Actes et de VApologie de saint Apollonius, de l’épitaphe de saint Abercius, de la Peregrinatio Silvie, des Traités de Priscillien, etc.

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En Allemagne, le Manwel le plus gotté était, sans conteste possible, celui de Bardenhewer. Aussi est-ce celui que. de jeunes et intelligents éditeurs ont songe a dorner au public frangais. Et les traducteurs frangais ont été a la hauteur de leur tache : quiconque a ouvert la traduction du Manuel Whistoire ecclésiastique de Kraus, sait quelle clarté, quelle aisance, quelle vie lexposition allemande prend sous la plume des Péres Godet et Verschaffel. Nous recommandons done chaleureusement cet ouvrage-a tous nos lecteurs, méme et presque surtout a ceux qui croient n’ayoir pas le temps d@aborder ’étude directe des Péres. Crest, en somme,

toute Vhistoire de VEglise aux six premiers siécles, Vhistoire de sa vie intérieure, de son développement doctrinal, disciplinaire, hiérarchique, qui leur repassera sous les yeux. C’est-la vie de l’Hglise que l’on revit avec ces Péres et ces Docteurs qui ont tant participé de sa sainteté et qui participeront sans doute de son éternité.

Le tome I va de la fin du 1°" siécle au commencement du iv® (premiére période); — le tome II, du commencement du rv siécle au milieu du ve (deuxiéme période); — le tome III, du milieu du ve siécle a la fin de l’Age patristique, yi siécle (troisiéme période).

Les traducteurs ont fait pour Bardenhewer ce qu’ils avaient fait déja pour Kraus : ils Pont tenu au courant des derniéres recherches, des travaux parus depuis la derniére édition allemande (1895); ils ont complété, ot il y avait lieu, la bibliographie. Cependant des travaux francais de marque, qu’un auteur allemand était a la

rigueur excusable d’omettre, auraient dt trouver place.

dans la traduction : par exemple, les théses de Puech sur Prudence, d’Ermoni sur Léonce de-Byzance, de Gonnet sur les Catéchéses de saint Cyrille de Jérusalem, de Bourret sur l’Ecole de Séviile, les travaux de Mgr Lagrange sur saint Paulin de Nole, Pouvrage capital de Ladeuze sur le Cénobitisme pakhomien pendant le IV® siécle et la premiere moitié dw V° (Tillemont écrivait Pacéme, et tous les honnétes gens aprés lui; les coptisants ont cru réaliser un progrés en orthographiant Pakhome ; les traducteurs de Bardenhewer orthographient Pachome : c’est a croire que Pérudition est femme : Variwm et mutabile semper), etc. — Mais pourquoi donc avoir traduit en francais les titres de tous les ouvrages allemands? On ne l’a pas fait pour les ouvrages anglais ou italiens : quelle utilité y a-t-on pu voir pour les ouvrages allemands ? A ceux qui ne connaissent pas Vallemand, ces références allemandes sont fort égales; et aux autres, de quelle utilité peuvent étre ces titres dénaturés? C’est le seul reproche sérieux que nous ayons a faire aux traducteurs ; mais nous espérons qu’une seconde édition y mettra bon ordre, et nous avons confiance qu'elle sera bientét nécessaire.

Institutiones Metaphysicz specialis, t. 1 : Cosmologia, cui adnexa est disputatio de Accidente. Par le P. de Backer, S. J., professeur a VUniversité de Louvain. — Un yol in-8 de 361 p., 5 fr. — Paris, Briguet.

En trente-trois théses, réparties sur huit chapitres, le P. de Backer traite successivement de la quantité des corps, de leur activité, des autres propriétés de la substance corporelle, de sa constitution intime, de l’espace, du temps, des lois de la nature, de la formation du monde. ey

On le voit, c’est le cadre de la« philosophie naturelle » des scolastiques, moins les corps vivants comme tels, réservés pour la seconde partie de la métaphy- Ssique spéciale (psychologie). Kt c’est une fois de plus l’occasion d’admirer combien ces cadres sont complets, combien souples et féconds, comme ils se prétent & toutes les exigences authentiques des sciences expérimentales, comme ils s’harmonisent lumineusement avec toutes les conquétes de la physique ou de la chimie, quel contréle efficace et stir ils apportent aux hypothéses modernes! Rien n’égale la connaissance profonde que le P. de Backer a de la science d’aujourd’hui, rien, sinon évidemment sa connaissance de la philogophie scolastique. Il sait tout des modernes, il discute tout, il éclaire tout, il déméle en tout la part de vérité. Tous comparaissent et défilent tour 4 tour a travers ces pages serrées : Heeckel, Moleschott, Wolf, Bernheim, Charcot, Janssen, Faye, Laplace, H. Gauthier, Charpy, Hummelauer, de San, Czolbe, Fresnel, Buchner, Braun,

Mansion, Cauchy, Poincaré, Lapparent, Mallard, Secchi, etc., etc. ‘

Voila: de ces livres qui préparent efficacement et laissent entrevoir déja la réalisation de cette Somme de Yesprit humain que de vastes esprits révent pour le vingtiéme siécle, et la restauration triomphale de la philosophie scolastique, appelée a diriger, 4 féconder, a pénétrer de sa lumiére pure toutes les avenues de la science.

La conguéte protestante, par Ernest Renauld. — Un vol. in-12 de 575 p., 8 fr. 50. — Paris, Retaux.

En sous-titre : Nouvel Essai d'Histoire contemporaine. C?est de choses trés contemporaines, en effet, qu’il est question dans ce livre, de choses d’aujourd’hui méme. Hst-ce del’ « histoire »? Tout dépend du sens que l’on donne au mot histoire. Beaucoup d’extraits de journaux (surtout de journaux nuance Libre Parole), beaucoup de petits papiers, de correspondances non signées, de statistiques, de noms propres, de petits faits..., mais dix mille petits faits.n’arrivent pas a former une idée. Et cest un peu didées que manque ce livre. On nous dira que, pour faire saillir a tous les yeux l’énormité de la « conquéte protestante » (chose dont d’ailleurs personne ne doute), rien ne vaut les menus faits, l’accumulation des détails. Sans doute; mais encore désirerait-on que ces détails fussent groupés dans un ordre quelconque quien mit du moins en lumiére la conclusion logique et la philosophie pratique. Ce liyre sera un excellent répertoire a l’usage des journalistes, des conférenciers politiques ; mais il aurait pu étre autre chose encore. Que l’on ouvre aprés cela, par exemple, l’Ecole daujourd hui, de M. Georges Goyau : voila, cette fois, sur un sujet analogue ou partiellement identique a celui de M. Renauld, sur l’hégémonie intellectuelle que le protestantisme a conquise dans notre école primaire, voila une vraie page d’histoire, nourrie

de faits non moins que M. Renauld (et de faits mieux |

établis), mais nourris aussi de dialectique et de philosophie, sans préjudice de Véloquence.

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astes épiscopaux de ’ancienne Gaule.

— T. Il: Aquitaines et Lyonnaises, par l’abbé L. Duchesne, membre de l'Institut, directeur de l'Kcole francaise de Rome. — Un vol. gr. in-8, 15 fr. — Paris, Fontemoing. :

Aprés des généralités sur VAquitaine, ce volume traite, dans les quatre premiers chapitres, des provinces de Bourges, de Bordeaux et d’Eauze (Auch). — Le chapitre v est intitulé : Légendes d’Aquitaine, et étudie saint Martial de Limoges, saint Austremoine d’Auvergne, saint Ursin de Bourges, saint Privat de Mende, saint Genou de Cahors, saint Clair d’Albi et de Lectourne, saint Front de Périgueux, saint Georges du Velay, saint Ausone d’Angouléme, saint Eutrope de Saintes, saint Geny de Lectoure, saint Vincent de Dax, saint Vincent d’Agen, saint Caprais et sainte Foi. — Les cha-

pitres suivants (vi-x1) étudient les provinces de Lyon,

de Rouen, de Tours, de Sens.

C’est tout ce que nous voulons dire de ce volume. Tout le monde rend hommage 4 Vérudition de M. Duchesne ; beaucoup ne comprennent pas V’usage qu’il en fait, ni sa méthode critique, ni son systéme d’argumentation, ni le ton de ses discussions. Nous ayons parlé plus longuement, l’an dernier, des Origines chrétiennes de son savant contradicteur, Mgr Bellet; nous y ren-

voyons le lecteur désireux de se faire une idée suffic ©

sante et juste de ces questions et de l’attention qu’il faut apporter aux divers essais de démolition de certaine critique.

Le tome I des Fastes épiscopauxr de M. Duchesne traitait des Provinces du Sud-Est. L’ouvrage sera complet en trois volumes. Aprés le Sud et le Centre de la Gaule, ce sera le tour du Nord. Déja dailleurs, i¢i ou 1a, M. Duchesne nous en a laissé flairer un-avantgout. Ecoutez, par exemple, les lignes suivantes qwil ecrivait autre jour 4 propos de saint Loup et d@’Attila (Bulletin critique, 15 décembre 1899). Elles vous donneront une idée de sa maniére (¢’est nous qui soulighons dans le texte qu’on ya lire) :

« Le biographe de saint Loup, comme celui de saint

Lt Li Ses} ern

Aignan et celui de saint Memorius'‘, s’abstient de mentionner la bataille de Mauriac et rapporte aux priéres de son héros la déroute du roi des Huns. Qu’est-ce que cela prouve, sinon que ces hagiographes ont procédé comme procedent invariablement leurs congénéres ? Dans Vensemble d’un grand événement, ils ne voient jamais que ce qui touche de prés ou leurs héros ou leurs lecteurs. Un succés est remporté, un malheur est évité :

cest toujours aux priéres du saint local qu’on est censé

le devoir.

« Done, notre biographe n’ayant en vue que la ville de Troyes, ne parle expressément ni de la leyée du siége d’Orléans, ni de la bataille de Mauriac. Il n’ignore pas quil y a eud’autres événements que ceux qu'il raconte, que certaines villes ont été attaquées par ruse, Attila feignant des intentions pacifiques, que d’autres ont été ruinées, que l’armée d’invasion était répandue partout; mais, sauf pour son pays, il n’entre dans aucun détail; il dit seulement que la marche de la nombreuse armée des Huns menagait la ville de Troyes, dépourvue de murailles, que l’évéque se mit en priéres et que les craintes s’apaisérent. C’est la situation que nous connaissons avec plus de précision par d’autres auteurs. Attila, forcé de lever le siége d’Orléans, prend la route de Troyes pour regagner le Rhin. Les gens de Troyes ont tout lieu de se croire perdus ; mais Aétius et ses alliés ont suivi l’ennemi; ils le rattrappent aux environs de Troyes. La bataille s’engage; Attila est mis en déroute. Les Troyens respirent. Qwimporte au biographe de saint Loup que la délivrance de Troyes soit la conséquence dune bataille livrée ici ou la? Ce quiil veut inculquer, c’est que le salut est venu de Vévéque et de ses priéres.

« Saint Loup, toutefois, reste aux mains du roi des Huns. Celui-ci, pour une raison ou pour une autre, pro-

bablement (car il faut ici conjecturer) comme otage, est

obligé de l’accompagner jusqu’au Rhin. En style hagiographique, ce voyage est présenté comme un temoignage du respect d’Attila pour la vertu du saint et pour lefficacité de sa protection, Ceci, c’est l’appréciation du biographe; on peut Vadmettre ou lécarter, mais il y a lieu de distinguer entre elle et le fait dont elle est l’interprétation. »

Saint Alphonse de Liguori, 1696-1787, par le P. Berthe, de la Congrégation du T.S. Rédempteur. — Deux vol. in-8 jésus de xv-720 et 728 p. 42 fr. — Paris, Retaux.

Une grande Vie de saint Alphonse manquait au public francais. Celle du cardinal de Villecourt était un peu longue, et d’ailleurs diffuse et assez mal composée. Le travail du P. Berthe sera donc le bienvenu. On y retrouvera les qualités éclatantes qui distinguent Vauteur de Garcia Moreno : Vintransigeance des vues, l’Apreté du ton, la force rude du style, et ce sens dramatique percant qui excelle 4 mettre en relief les choses. C’est méme le principal défaut de ce Sarmt Alphonse, de rap- ~ peler trop Garcia Moreno, qui fut en son temps une bonne ceuvre de vulgarisation retentissante, mais qui est loin de réaliser V’idéal d’une étude historique définitive. Le P: Berthe a d’éminentes parties du journaliste; mais on peut trouver que ce n’était pas le lieu de les laisser saillir 4 propos de saint Alphouse. Nous sommes malheureusement, nous catholiques francais, déchirés de querelles intestines : pourquoi en: porter Vécho, et un écho a peine affaibli, dans une vie de saint Alphonse? Pourquoi, dés la préface, cet appel au « futur libérateur, » ala « Jeanne d’Arc » ou au « Garcia Moreno » de Vavenir? Saint Alphonse n‘était pas Vapdtre des coups d’Etat, des « coups de balai, » a preuve les rapports de grande bienveillance quil eut avec le fameux ministre Tanucci, « ’un des hommes les plus néfastes de ce triste dix-huitiéme siécle, » dit justement le

P. Berthe (t. 1, p. 183), qui se trouve ensuite un peu géné pour expliquer 4 sa fagon la dédicace si élogieuse de l Histoire des hérésies au méme Tanucci (t. m1, p. 295-298). — L’auteur se réserve de traiter, dans un ouvrage spécial, la question du probabilisme de saint Alphonse; mais méme ce qu'il en dit ici, est trop ou

4 Dans ce méme article, M. Duchesne exécute cavaliérement ces deux biographies : « La légende de saint Memorius est absurde. Celle de saint Aignan souléve beancoup de difficultés. »

Se er er Dy.cimeak : 243

trop peu. Aprés la publication de la correspondance du —

saint et les controverses mouvementées de ces derniéres années, la question est loin d’étre aussi claire que le laisseraient supposer les quelques chapitres qu’on lui consacre.

Cette ardeur belliqueuse, cette odeur de poudre qui circule, plus ou moins yague, plus ou moins contenue, a travers ces pages, ne nuira pas sans doute au succés de louvrage : le rare talent du P. Berthe et la grande personnalité de son héros en sont des garants assurés. Mais on etit aimé, par dessus tout cela, a se sentir davantage pénétré du céleste parfum de sainteté qui se déegage de toutes les uvres de saint Alphonse et qui doit se dégager aussi de sa vie.

La sincévité religieuse de Chateaubriand, par M. l’abbé Georges Bertrin, agrégé de l'Université, docteur és-lettres, professeur. 4 l'Institut catholique de Paris. — Un vol. in-42, 3 fr. 50. — Paris, Lecoffre.

Voila un livre qu’on a plaisir 4 lire, non seulement parce qu'il est bien fait, mais parce qu’il réhabilite

complétement sinon toute la mémoire de Chateaubriand, —

au moins sa sincérité religieuse.

Nous avons tous lu ses ceuvres principales : aucun auteur dans notre siécle n’a écrit d’une plume aussi chande, aussi enthousiaste, dans un style aussi merveilleux oti Vharmonie le dispute au coloris. Cependant certains passages nous inquiétaient pour leur note sensualiste, et sachant que sur la conduite privée de Chateaubriand pesaient quelques soupcons, en réalité & nos yeux son autorité était diminuée. Il eut surtout un grand détracteur, Sainte-Beuve, qui ramassa tous les bruits de scandales, toutes les calomnies des pamphlétaires et des envieux et les consigna dans un ouyrage fameux : Chateaubriand et son groupe littéraire sous VEmpire.

M. Vabbé Georges Bertrin s’est appliqué 4 démolir la légende scandaleuse, et les appréciations jalouses méchamment élaborées par Sainte-Beuve. Jl raconte comment aprés avoir étudié « ce qwil y a d’ancien et de nouveau, » de solide et de fragile dans l’apologie que

Chateaubriand a faite du christianisme, sans ce sou-.

cier des critiques, il sortit de ce long téte a téte avec ses ceuvres, enflammé du désir de connaitre la personne. La lecture de Sainte-Beuve l’amena d’abord a concevoir des idées défavorables sur le caractére de Chateaubriand, puis la séduction premiére disparut, il fut frappé de la nature des attaques, et démasqua bien vite « cette stratégie savante contre une odieuse mémoire. »

Aprés la Révolution de 1848, Sainte-Beuve alla faire un cours 4 Liége, et comme Chateaubriand venait de mourir, il fit de ses ouvrages le théme de ses lecons. Lecons dénigrantes, comme toujours, auxquelles il ajouta, dix ans plus tard, des notes singuliérement acides.

Chateaubriand, dit-il d’abord, n’a composé que quelques livres « véritablement joints et consistants, » René, Atala,le Dernier des Abencérages et les Martyrs. Le jugement est déja sévére ; mais il l’accentuera encore dans cet arrét qu’il croyait sans appel : « Chateaubriand n’est définitivement supérieur que dans René, dans quelques pages du Génie du christianisme, dans les épisodes des Martyrs et dans la polémique politique. En un mot il a des pages partout, mais rien que des pages. »

Ce n’est pas tout, « il n’a été qu'un grand acteur, cherchant comme tous les grands acteurs a placer et a déployer son talent. »

En résumé, un écrivain brillant quelquefois, hypocrite toujours. Ses belles pages en faveur du christia-

nisme, ne furent qu’un magnifique exercice littéraire, —

une occasion d’écrire de superbes périodes, un theme sur lequel il exécuta les variations les plus mélodieuses, mais il n’en croyait pas un mot. :

Cette thése cynique est si bien réfutée qu’il n’en reste rien. M. G. Bertrin a fait de cette réfutation nécessaire, son cuvre, une wuvre de justice, et pour quelle ett plus @’éclat il ’a prise pour sujet de sa thése de docteur és-lettres qu’il a soutenue naguére brillamment et victorieusement 4 la Sorbonne.

Ul étudie d’abord la méthode de Sainte-Beuve. Cet écrivain d’un grand mérite comme critique litteraire

était le dernier des hommes comme caractére et comme moralité. M. Bertrin ne le dit pas aussi énergiquement que cela et nous serions presque tenté de lui en faire une querelle. Visiblement il a épargné son personnage. Sans doute quwil a craint d’offenser quelques vieilles oreilles académiques qui ont gardé le culte de Sainte- Beuve, moitié pour sa littérature et moitié pour son impiété. Le style académique s’oppose sans doute a ce qw’on traite tout bonnement de faussaire un écrivain de cette valeur, c’est pourquoi M. Bertrin a hésiteé devant le mot, mais la chose est plus qu'indiquée. Car il rapporte un fait énorme. Sainte-Beuve cite une page de Chateaubriand ob celui-ci déclare quil va 4 Jérusalem, non pas en croyant, mais en vaniteux qui cherche « la gloire pour se faire aimer » : « Allais-je au tombeau du Christ dans des dispositions de repentir? » lui fait dire son détracteur. « Une seule pensée m’absorbait, je comptais avec impatience les moments. Du bord de mon navire, les regards attachés a l’étoile du soir, je lui demandais des vents pour cingler plus vite, de la gloire pour me faire aimer. J’espérais en trouver a Sparte, a4 Sion, 4 Memphis, 4 Carthage et ’apporter a Alhambra... » Or cette page ne se retrouve nulle part dans les ceuvres de Chateaubriand. Elle n’est méme as dans le manuscrit des Mémoires que M. Vabbé ertrin a pu consulter. « Ceci me semble assez grave, » conclut-il philosophiquement. L’euphémisme est joli.

D’autre part il ne se géne point pour nous montrer un Sainte-Beuve affamé de scandales et de petites anecdotes méchantes, graveleuses, d’ailleurs ordinairement suspectes. La méthode du fameux critique est toujours la méme, il atténue, diminue, insinue. L’wuvre est trop belle, il la déprécie en rabaissant homme. C’est un chroniqueur, non un historien. C’est Phomme qui s’apergoit quune bonne lui a vyolé dix francs sur la cheminée, mais qui ne la renyoie pas tout de suite parce qu’elle a servi chez Beuchot et chez Augustin Thierry et qu’il veut encore lui arracher des révélations intimes sur leur vie privée. Un jour il rencontre une dame des moins honnétes, Mme de Saman, qui aprés la mort de Chateaubriand lui communique des pages compromettantes pour le grand homme, il s’empare de ce récit dénué de vraisemblance et de critique, cest toujours une pelletée de boue qu'il lancera a sa statue.

Ajoutez que c’est un esprit pervers, corrompu, essentiellement jaloux, qui va jusqu’a contester l’influence de Chateaubriand sur ses contemporains, comme Augustin Thierry, malgré l’aveu formel, la déclaration enthousiaste et reconnaissante de ceux-ci. Tout le monde connait le passage de l’auteur des Récits mérovingiens ou il raconte impression que produisit sur lui le combat des Frances contre les Romains : « Pharamond! Pharamond! nous avons combattu avec l’épée! » — « Ce moment d’enthousiasme, dit-il, fut peut-étre décisif pour ma vocation a venir. » Sainte-Beuve ne cite point cette page admirable. Un auteur ainsi défini est jugé; il manque de crédit.

Cette base posée, M. l’abbé Bertrin entreprend sa thése positive. Il nous montre Chateaubriand jeune, auteur d’un ouvrage tout imprégné des théories du « grand Rousseau, » ce « tendre et sublime genre » qui a créé «Vimmortel Emile, » et intitulé : « Essai historique, politique et social sur les Révolutions anciennes et modernes considérées dans leurs rapports avec la Réyolution francaise de nos jours. »

Ce livre fut publié en Angleterre en 1796, ’auteur avait 28 ans. Sa mére en pleura. Mais ces égarements ne furent que passagers. Son frére était mort sur Véchafaud, sa mére n’avait di son salut qu’a la chute de Robespierre. Ces malheurs, les souvenirs de son éducation profondément chrétienne, les derniéres recommandations que lui fit tenir Mme de Chateaubriand en mourant par sa fille Julie, les cris de sa conscience furent des graces décisives qui le convertirent : « Ma conversion est sortie du ceur, écrit-il, j’ai pleuré et jai cru. » Et en témoignage de sa foi il écrivit le Génie du christianisme. Voila les faits vrais. Sainte- Beuve prétend qu’un libraire frangais nommé Dulau, lui aurait dit, aprés la publication de l’Essai : « Vous faites fausse route. Si vous voulez aller a la fortune,

renez la défense du christianisme. » Comme si alors e christianisme ett été si grandement en faveur !

Certainement Chateaubriand aimait la gloire, il eut un caractére personnel, changeant, allant de Vextréme confiance a Pextréme dégotit, mais dans ses convictions religieuses il n’a jamais varié depuis sa conversion ; M. lVabbé Bertrin l’a établi par des preuves irrécu-

L’AMI DU CLERGE | = RN gi ce Rone ee IRC ier ee Se Se a Cn eh ee

gables. Cependant il a rencontré plus, que d’autres des périls dans son esprit curieux. et chercheur, dans son coeur porté a la jouissance, dans les adulations ou les découragements ; il a noblement résisté a toutes ces tentations diverses. Secrétaire d’ambassade a Rome en 1803, il éerit A Mme de Beaumont : « Ce n’est qu’avec des efforts prodigieux que je parviens a conserver ici un reste de foi. » Mais s’apercevant bientot qu'il s’égare : « Je ne veux pas sonder les voies de la Providence, ajoute-t-il, je n’ai que trop murmuré! »

Il racontera plus tard, dans sa maniére ravissante, comment il s’éloigna puis revint aprés les religieuses années de son enfance : ride e glacée et la terre se dessécha. Le ciel en eut pitie ; il Tui rendit ses tiédes rosées; puis la brise souffla de nouveau. Cette alternative de doute et de foi a fait longtemps de ma vie un mélange de désespoir et d’ineffables délices. Ma bonne sainte mére, priez pour mol Jésus-Christ; votre fils a besoin d’étre racheté plus quwun autre homme! » (Mémoires @ outre-tombe).

Comme il se connaissait bien! Qui oserait dire qu’un homme qui se révéle ainsi ne fut qu’un hypocrite raffine et constant ?

Restent ses relations suspectes avec des évrivains contemporains ennemis de la religion comme Béranger, et avec certaines femmes. Il ne faut pas oublier que la vanité était puissante sur lui; est pourquoi il accueille volontiers ceux qui lui prodiguent des éloges, c’est si humain! Cependant envers plusieurs il agit en apdtre. « J’ai encore la main assez ferme, écrit-il 4 Barthélemy, pour tenir le flambeau qui guiderait vos pas sous la votite du sanctuaire, » et quand Armand Carrel tombe dans un duel, frappé d’une balle mortelle, il court a son chevet. Malheureusement le chirurgien a interdit la porte a tout visiteur, et le jour des funérailles le pére du célébre publiciste lui dit : « Armand aurait été chrétien-comme son pére, sa mere, ses fréres et ses seeurs; Vaiguille n’avait plus que quelques heures a parcourir pour arriver au méme point du cadran. » Alors Chateaubriand écrit : « Je regretterai éternellement de n’avoir pas vu Carrel sur son lit de mort: je n’aurais pas désespéré au moment supréme de faire parcourir a laiguille Vespace au dela duquel elle se serait arrétée sur Vheure du chrétien. » (Mémoires ad outre-tombe). Parmi les inecrédules il affirme sa foi, il se montre fier d’étre chrétien : « Je comprends ce quwils comprennent, pense-t-il, mais ils ne comprennent pas ce que je comprends. » Il déplore la chute de Lamennais, breton comme lui, et garde l’espoir de le rencontrer « réconcilié sur le méme rivage des choses éternelles. » Quand George Sand publie ses premiers romans, il déplore gue son talent si bien doué ait recherché le succés dans la corruption, alors que « si elle l’etit voulu, sa puissance d’amour, contenue et cachée sous le bandeau virginal, etit. tiré de son sein ces décentes mélodies qui tiennent de la femme et de lange. »

Quant a ses faiblesse de conduite, il en exprime sa confusion. « Qu’importe que j’aie tracé des pages plus ou moins brillantes sur la religion, si mes passions jettent une ombre sur ma foi? » Mais ces faiblesses

ont été certainement exagérées. C’est toujours le mot de

Moliére :

Quoi! vous étes déyot, et vous vous emportez! ~

Ces erreurs chez d’autres eussent paru naturelles et personne ne les etit remarquées, mais l’auteur du Génie du christianisme devait étre impeccable. Mathieu de Montmorenecy pouvait s’installer seul avec Mme Récamier a la Vallée aux Loups, personne n’y trouyait rien a reprendre; mais Chateaubriand avait des relations suivies avec cette brillante dame, on s’en scandalisait. O pharisiens !

Toute sa correspondance intime d’ailleurs trahit l'homme sincérement chrétien. Il blame Mme de Gustine de n’avoir pas préparé comme il conyenait son fils a la premiére communion ; Canaris « Soyez surtout bon chrétien, c’est-a-dire honnéte homme et soumis a la volonté de Dieu, » et c’est lui-méme qui voyant son amie, Mme de Beaumont, sur le point de mourir & Rome, lui propose de recevoir un prétre. Et il attend debout, anxieux, prés de son lit, la réponse : « Je ne croyais pas, dit-elle, que cela fit tout a fait si prompt; allons! il faut bien vous dire adieu. Faites appeler ’abbé de Bonnevie. »

Lui-méme, dans ses derniéres années au moins, observe les jetines de lEglise, et assiste fréquemment 4 la messe en semaine. Victor de Laprade en a été

... © Survint une brise aride et.

il écrit au fils du grand ©

Pl

témoin, et sept ans avant sa mort il écrivait a son vieil ami, M. Clausel de Coussergues : « Je ne m’occupe plus de rien, sinon de mourir bientét. Le voyage a été trés long et je suis las. Quant 4 la politique, je ne m’en occupe plus. Vous croyez que je ne crois plus que dang ja religion. Jésus-Christ est desormais mon unique et seul maitre. » (26 novembre 1841). Enfin quand il meurt le 4 juillet 1848, l'abbé Deguerry, curé de Saint-Kustache, qui ’a administré, raconte qu’il embrassait fréquemment la croix ayec l’émotion d’une foi vive et d'une ferme confiance : « Une des derniéres paroles, écrit-il au Journal des Débats, qwil répétait frequemment dans ces derniéres années, cest que les problémes sociaux qui tourmentent les nations aujourd’hui ne sauraient étre résolus sans l’Evangile, sans l’Ame du Christ dont les doctrines et les exemples ont maudit l’égoisme, ce ver rongeur de toute concorde. Aussi M. de Chateaubriand saluait-il le Christ comme le Sauveur du monde au point de vue social, et il se plaisait 4 le nommer son Tol en méme temps que son Dieu. »

M. Bertrin a mis en pleine lumiére cette vie fonciérement chrétienne, malgré quelques erreurs pratiques, et il a rendu ainsi un grand service aux lettres, a ta religion, et a la vérité historique perfidement dénaturée par Sainte-Beuve.

La Reine de France, De Tolbiac a Lourdes, par le colonel Henri de Ponchalon. — Un vol.

in-40 de 300 pages, avec 75 grav. et 4 chromol. — Broché : 7 fr. 50. — Desclée, Paris-Lille.

Le livre du zolonel de Ponchalon est une dette de reconnaissance. « Hn 1873, dit auteur, au retour de Baréges, je suis allé a Lourdes et j’ai demandé 4 la sainte

Vierge de pouvoir continuer mon service militaire; les médecins avaient déclaré que je serais forcé par mon état de santé de me faire mettre en non-activité ; ma priére ayant été exaucée, un mois aprés je prenais le commandement de mon bataillon & Montauban. Une croix d’officier de la Légion @honneur est depuis cette époque ala basilique de Lourdes : elle témoigne avec toutes les décorations qui ornent cette église, des graces insignes accordées aux militaires de notre chére

. patrie. »

Il va nous apprendre aussi son but : « Dans louvrage que j’entreprends aujourd'hui, je voudrais- montrer 42 ceux que n’aveugle pas Vesprit de parti quelle grande place le culte et les diverses apparitions de la Vierge occupent dans notre histoire nationale, et faire ressortir Vinfluence quwils ont exercée ‘sur nos rois et nos hommes de guerre.

« La nation Francaise est le peuple de Dieu sous la Loi nouvelle; une communauté de destinées est établie entre l’Eglise et la France, qui les rend participants des mémes infortunes et des mémes triomphes. Comme le peuple hébreux, lorsque nous ne nous sommes pas maintenus a la hauteur surnaturelle 4 laquelle Dieu nous a appelés et prédestinés, nous avons regu de solennels ayertissements.

«Je Vai dit ailleurs :

« La France a recu de Dieu une mission : c’est de tenir déployé toujours le drapeau de la foi catholique, de la générosité et de Vhonneur ; d’étre la téte de la Civilisation chrétienne ; de marcher en avant de tout ce qui progresse par l'amour et la poursuite du vrai, du bien et du beau. »

Tracons-en maintenant les grandes lignes. Dans l’introduction nous trouvons un excellent résumé des traditions nationales au sujet de lévangélisation des Gaules et du culte de la sainte Vierge dans notre pays avant l’établissement des Franes. La conviction qui se dégage de cette lecture, c’est que les premiers apotres des Gaules, avant méme la mort de Marie, lui dédiaient des sanctuaires dans toutes les villes ou ils établissaient un siége épiscopal. Voici le plan du volume : :

I. Moyen Age. — I. Geneviéve. — Clotilde. — Clovis. — II. Charlemagne. — III. La Chevalerie. — IV. Premiére Croisade. — V. Philippe-Auguste. — Croisades (suite). — Guerre des Albigeois. — Bouvines. — Le Rosaire. — VI. Saint Louis. — VII. Guerre de Cent Ans. — Bertrand du Guesclin. — VIII. Jeanne d’Arc.

Il. Ere Moderne. — 1. Bayard. — II. Guerres de Religion. — La Vierge et la Compagnie de Jesus. — III. Notre-Dame des Victoires. — La France consacreée 4 Marie. — IV. Concordat. — La Médaille miraculeuse. — V. Notre-Dame de la Salette. — VI. Notre-Dame de

France. — Sébastopol. — VII. L’aurore de Lourdes, — VIII. Notre-Dame de Lourdes. — IX. Lourdes et Joigny.

Il. Epilogue. — Notre-Dame d’Hspérance.

Petites conférences pour les hommes, par labbé Saint-Cyr, curé de Neuville-sur-Ain. a Un vol. in-16 de 220 p., 4 fr. 50. — Lyon,

itte.

Le titre seul de ces Conférences lui assure un excellent accueil. Elles répondent a un besoin que l’on nous a souvent exprimé de divers cétés, Elles combattent quelques-unes des principales objections par ot Von essaie d’assaillir la foi du peuple : la Providence, Vimmortalité, les miracles, la divinité de l’Eglise, les faiblesses sacerdotales, la nature et l’obligation du culte exigée par Dieu, les prétextes, causes et remédes de Virréligion. En tout, vingt conférences, écrites dans une langue trés simple mais trés claire, populaire et digne, | et qui va tout droit a lesprit des gens sensés et au cour de ceux quien ont. — En téte, approbation de Mgr Lucon, évéque de Belley. 4

Lecons d@’Keriture Sainte. — Jésus-Christ, sa vie, son temps, par le P. Hippolyte: Leroy, S.J.— Tome Jer. — In-12 de 412 p., 3 fr. — Paris, Briguet.

.Notre-Seigneur Jésus-Christ d’aprés

les Saints Kwangiles, par l’abbé Jacquier, professeur 4 l'Université catholique de Lyon. — Un vol. in-8 raisin de 300 p., orné d’unechromotypogravure et de nombreuses compositions originales, 2 fr. 25. — Lyon, Vitte.

Jésus, par le P. Sertillanges, dominicain. — Un vol. in-12 de 244 p., 2 fr. 50. — Paris, Lecoffre.

La Wierge Marie présentée a Vamour dua XX¢ siécle, par l’abbé Joseph Lémann. — Tome Jer. — In-42 de vii1-602 p., 3 fr. 50. — Paris, Lecoffre.

Les Knfants de Nazareth. Autrefois par aujour@hui, par labbé Le Camus. — Un vol.

in-8 oblong de 150 p. — Chez Alfred Vromant, Bruxelles, et Paris, rue Madame, 60.

I. — Cette année méme (p. 40), nous annoncgions, sous le méme titre, un volume du P. Leroy que nous croyions - © isolé, complet en lui-méme. Pas du tout. A quelques se-| maines de la, le P. Leroy nous ménageait l’heureuse surprise de nous apprendre que ce Jésus-Christ, sa vie, son temps ne serait que le tome VI d'une série non. encore parue, il est vrai, mais déja sous presse. Voici comment. Ces Lecons d’Ecriture Sainte ont été préchées au Gesu de Paris. Elles ont été inaugurées en 1894; mais, soit modestie exagérée, soit souvenir intempestif du nonum prematur in annum d Horace, le P. Leroy a négligé de les publier. En 1899 seulement, il s’est décidé a en donner un volume; et ce volume ne comprenait que les conférences de 1899. Il a eu un succés splendide; et c’est ce succés qui détermine auteur & commencer aujourd hui la publication intégrale de son cours. Ce nouveau volume done donne les conférences de 1894 et formera le tome I de l’ouvrage; le volume paru le premier et donnant les conférences de 1899 formera au contraire le tome VI. Les volumes intermédiaires suivront prochainement et se vendront d’ailleurs toujours séparément. En outre, les legons nouvelles de chaque année seront publiées au fur et a mesure qu’elles seront prononcees. Das. fe he

L’ouvrage complet sera une explication détaillée des quatre évangiles, une Vie de Notre-Seigneur Jésus- Christ selon Vordre chronologique. Donner 4 ses enseignements et 4 ses actes leur sens vrai et leur vraie physionomie, les replacer dans leur cadre, et non seulement dans le cadre historique ou humain qui ne jette sur eux que des lueurs accidentelles, mais surtout dans le cadre doctrinal qui seul les montre dans la plénitude de la lumiére révélée : tel est le but du P. Leroy.

Ge tome I comprend douze legons : attente du Messie,

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conception miraculeuse du Précurseur, conception virginale du Messie, premiére rencontre du Messie et du Précurseur, mariage et virginité, naissance du Precurseur, naissance du Messie, l’appel des petits (les bergers), l’appel des grands (prétres et rabbins), Vappel des Gentils, Hérode, le Verbe en Dieu et dans le monde. i

Ces legons sont écrites dans une langue simple et grande, claire et pleine, éloquente et pressante. Elles ont été préchées devant un auditoire distingue ; mais elles réussiront, elles instruiront et édifieront partout, parce qu’elles sont vraiment la parole de Dieu.

Il. — C’est bien « Jésus-Christ d’aprés l’Evangile » qu’on trouvera dans le livre de M. Jacquier. Pas un

- mot étranger 4 l’Evangile ; le texte sacré seul, découpé

en petits parugreunes munis chacun d’un titre bien précis ; au bas des pages, quelques notes courtes mais substantielles, qui ont le mérite rare de dire toujours quelque chose, de répandre toujours un trait de lumiere sur quelque scéne ou quelque enseignement évangélique. 5 Nous sommes heureux de saluer en ce livre le mieux réussi des divers essais tentés en ces derniers temps our faire rentrer la lecture de |’Evangile dans nos abitudes. M. Jacquier est un de nos professeurs les plus écoutés, esprit trés ferme et solide, judicieux et pénétrant, au courant, mieux que personne en France, de tous les travaux de la critique moderne, ou c’est

plaisir de le voir déméler le coté vulnérable d’une théo-

rie, le vice d’une discussion. Ce qu’il nous offre aujourd’hui est une ceuvre populaire et de propagande, mais cuvre ou les spécialistes reconnaitront au premier coup d’ceil la touche d’un maitre. Plaise 4 Dien que tous nos ouvrages de propagande soient dus a de telles plumes, tous aussi édités avee ce soin ! Typographie dune clarté élégante, qui facilite singuliérement la lecture et Vintelligence du texte ; illustration riche et trés variée (gravures hors texte, bandeaux, culs-de-lampe) ; belle couverture polychrome ; et surtout bon marché extréme A qui prend par nombre (5 exemplaires pour 8 francs, 20 pour 26 franes, 50 pour 60 francs).

III. — C’est au retour d’un voyage au pays de l’Evangile que le P. Sertillanges a écrit son Jésus ; et ce

nom seul suffit pour le titre et indique exactement l’ob-

jet de Youvrage. Jésus avait, le long de tous les sentiers de Judée, rempli le coeur et l’esprit du pieux pélerin ;

en Jésus il avait concentré toutes ses pensées : a Jésus il raméne et en Jésus il résume tous ses souvenirs. Ce

n’est pas un livre scientifique, pas non plus un livre de.

topographie ou WVhistoire : la piété en fait tous les frais, mais la piété d’un artiste et d’un théologien. Et l’art se sent peut-étre, ici ou la, un peu trop. On dira que c’est la couleur d’Orient quia doré tous ces tableaux. Mais ces ors sont un peu vyifs, ces images un peu éblouissantes pour nos yeux d’Occident, habitués. a plus de sobrieté.

« De fréquentes émeutes avaient lieu (en Judée) ; elles étaient étouffées dans le sang : mais comme toujours, cé sang, arrosant la racine des haines, les faisait renaitre plus vives et plus affolées que jamais.» (p. 151). On se rappelle involontairement le mot de Pascal : « Les plus belles choses du monde sont celles que chacun croit qwil aurait pu dire; » voila une impression que l’on n’éprouve pas assez 4 la lecture du P. Sertillanges. Devant cet éclat d’images, on se sent trop éloigné de penser que l’on eit pu en dire autant.

« Au sein de ce calme enivrant des nuits orientales ; sous le scintillement des étoiles, tour 4 tour pamées et ardentes comme des cceurs de feu, ou bien dans la vague lumiére des lunes, qui bordaient sa draperie blanche une auréole, son humanité (de Jésus) s’abimait dans des adorations ineffables. » (p. 181). Trop. d’ivresses, trop de pamoisons, trop de vague, trop d’abimes, autour de Notre-Seigneur! — « L’adoration, cest le néant qui se pame et volontairement expire en face de V’Infini. » (p. 180). Définition inédite. — « Le Christ humatin, avec toute sa gloire, n’est qu’un rayon échappé de Dieu. » (p.131). Le Christ est un nom de personne, non de nature : la Personne étant divine, quel sens veut-on que prenne cette expression de Christ humain ?

« Jésus priait ; il n’y a pas a en douter, maintes fois PEvangile l’affirme. Ce qui peut faire question pour nous, c'est l’explication de ce fait, qui semble d’abord un non-sens. Jésus est Dieu : comme tel, concoit-on sur ses lévres une priére? Comme homme, il est si proche de la divinité, par V’intelligence et le vouloir, qu’on ne

voit pas bien ce qu’y peut ajouter la priére,

de lame. » (p. 119). Proche de la divinité, incompara-

‘blement plus que toute nature créée, oui, — mais pour-

tant A une distance infinie encore, et par conséquent laissant « aux ascensions de l’Ame » une « voie » infinie a parcourir. i

Huit chapitres résument Jésus / sa Personne, son berceau, sa vie solitaire, sa prédication, sa riére, ses disciples, ses relations avec l’autorité juive, Jésus et la nature : division originale, mais qui entre bien dans le

cadre de l’Evangile et comprend tout a fait ce que Jésus

a dit et accompli. Le livre du P. Sertillanges, écrit « le coeur tout plein des visions » de Terre Sainte, est destiné 4 faire mieux connaitre ce Jésus « dont on parle beaucoup aujourd’hui, méme parmi ceux qui Vignorent ou secrétement le haissent » : il servira surtout a le faire aimer. ;

IV. — Ad Jesum per Mariam. C’est une nouvelle histoire de la vie de la sainte Vierge qu’entreprend M. J. Lémann, sur un plan nouveau, et d’aprés la méthode et le langage trés personnels que l’on connait de longue date a l’auteur. ; :

Huit parties distribuent la vie et influence de Marie : 1o La: Vierge sans tache;— 2° La mére de Jésus ; — 3° La Mére des douleurs ; — 4° La Mére des chrétiens et les commencements de ’Hglise au Cénacle; — 5° La

Reine de l’Eglise universelle; — 6° La Dame des Na-.

tions ; — 7° L’Honneur du peuple d’Israél ; — 8 La Réconciliatrice. :

Ce premier volume traite les trois premiéres parties. Le reste fera l’objet des deux volumes suivants.

Ce sera un grandiose monument a la gloire de Marie. Nos lecteurs savent tous quelle élévation de vues Von est stir de trouver chez les abbés Lémann, quelle ampleur de conception, quelle originalité dans les considérations, quelle vigueur sayoureuse d’une langue

.tout imprégnée de senteurs bibliques !

Mais ce n’est pas seulement au clergé et aux catholiques qu’est dédié ce livre : c’est aussi « aux chrétiens non catholiques » : puisse-t-il « faire naitre, par sa doctrine compatissante, des regrets et une sainte envie » chez ces malheureux, « retenus dés la naissance... loin des bras de la plus tendre des Méres! »

Et cest enfin aux Israélites, ses anciens coreligionnaires, que l’abbé Lémann offre ces pages : avec quels égards il leur présente « Celle qui redeviendrait si facilement leur honneur, » decus Israel, Celle qui voudrait étre pour eux, comme pour tous les pécheurs, suivant la gracieuse et consolante parole de saint Ephrem, « Vhotellerie du. soir, » diversorium peccatorum, re-

fuge maternel, « demeure qui se dresse, comme par

enchantement, a l’ouverture du gouffre, a Ventrée des éternelles ténébres ! »

Vv. — C’est un souvenir de voyage que ces Enfants de Nazareth ; et tous ceux qui ont dévoré le Voyage aux sept Hglises de lApocalypse, savent sil fait bon voyager en compagnie de l'abbé Le Camus et quelle inépuisable provision de belle humeur pétillante et de verve toujours en éveil il porte partout avec Ini sur sa mine réjouje et dans ses bons yeux tout rond ouverts, aux cdtés de son inséparable M. Vigouroux.

Mus c’est aussi une page trés intéressante d’Ecriture

Sainte, d’histoire évangélique, comme l’indique le soustitre: Autre fois par aujourd'hui. L’Orient est le pays de limmutabilité. Tout se conserve la-bas, les types comme les traditions et les usages. Le Nazareth de Marie et de Jésus ressemblait au Nazareth d’aujourhui ; et c’est un charme de surprendre et d’exhumer, ala suite de M. Le Camus, chez les charpentiers de Nazareth, dans leurs ateliers et leurs maisons, dans leg chants qu’y redisent les jeunes méres, dans les jeux qu’y perpétuent les enfants, quelque chose datant, comme fond ou comme forme, du temps méme‘de Jésus. Jésus a joue comme jouent encore ces enfants ; il est allé 4 la fontaine ot ils vont; ila été bercé comme eux ; et pour endormir le Fils de Dieu, la Vierge lui a chanté les antiques refrains qu’elle tenait de la tradition populaire et que trés probablement cette méme tradition, a Nazareth comme ailleurs, a conservés et répétés jusqu’a nos jours. Et toutes les jeunes méres d’aujourd’hui se disent les parentes de Marie; et c’est pour cela, disent-elles aussi et disait déja un pélerin du vie siécle, c’est pour cela qu’ « elles sont si belles qu’on ne saurait, dans tout le pays, en trouver de plus belles. » :

O Paimable livre, avec, A chaque page, ses exquises photographies de groupes, de scénes, de jeux, de rues,

et quelle — voie peut étre laissée pour laccomplir aux ascensions —

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le paysages! Ne le perdez pas de vue, chers lecteurs; et ju’aux prochaines étrennes il fasse les délices de tous vos neveux et nieces. L’auteur le dédie « aux petits mnfants de sa famille » (il y en a bien une douzaine, oute une page d’arabesques) « et a leurs chéres manans. » Heureux enfants ! heureux oncle!

Saint Pascal Baylon, patron des “uvres eucharistiques, par le P. Louis-Antoine de Porrentruy, définiteur général des Fréres Mineurs capucins. — Un vol. gr. in:8 jésus de xxviu- 396 p., orné de nombreuses gravures, 7 fr. — Paris, Plon.

Sainte Chantal. Pensées et Lettres extraites de sa correspondance. — Un vol. in-42 de 250 p., orné d’une gravure sur acier, 2 fr. — Paris, Douniol.

Sainte Francoise Romaine, 1384-1440, par Mme de Rambuteau. — Un vol. in-42 de 307 p., 8 fr: — Paris, Lecoffre. :

Kxemples de vie chrétienne o/fferis aux jeunes personnes. — Trois séries, formant 3 v. in-8 de 160 p. chacun, a 1 fr. 20 l'un. — Lyon, Vitte.

Petite Bibliothéque édifiante : Sainte Anne ; — Daniel O'Connel, par L. Masson ; — La bienheureuse Philippe de Chantemilan, par l’abbé O. R. — Plaquettes in-12 de 32 p., avec couvertures polychromes et arabesquesmarginales, 0 fr. 20 (fortes remises pour la propagande). — Lyon, Vitte.

Pauline-Marie Jaricot, par L. Masson. — Un vol. in-8 de 160 p., avec portrait, 1 fr. — Lyon, Vitte.

Vie de M. Vabbé Ruivet, vicaire général du diocese de Lyon pendant la période révoluhhionnaire, puis vicaire général de Belley, par M. Théloz, supérieur du Petit-Séminaire de Meximieux. — Un vol. in-8 de xy1-275 p., illustré de nombreuses gravures, 3 fr. 50. — Paris, Douniol.

La Mére Marie de Jésus, fondatrice des Filles du Coeur de Jésus, par Vabbé Laplace, chanoine honoraire de Belley. — In-12 de xxtvy- 482. p., avec deux portraits, 3 fr. — Lyon, Vitte.

Vie de la Révérende Mére du Coeur de Marie, supérieure générale de la Congréga-

tion de Saini-Joseph de Bourg, par le méme.

~— In-12 de x-324 p., 2 fr. 50. — Lyon, Vitte.

“TI. — Cette Vie de saint Pascal Baylon s’offre avec le yharme particulier que l’on retrouve toujours dans les ries franciscaines : simplicité, amour exquis de Dieu et les hommes, zéle ardent et puissance merveilleuse sur es créatures.

Elle sera la bienvenue surtout des fidéles adorateurs lu trés saint Sacrement, dont beaucoup ignoraient yourquoi cet humble religieux de saint Frangois, ce yauvre petit patre, avait été proclamé par Léon XIII atron des CHuyres Eucharisques : Inter eos quorum wdoyr pietatis in proecelsum hoc fidet mysterium fferbuisse magis visus est, locum obtinet dignissinum Paschalis Baylon... Ham ex contemplatione ivini convivit.meruit haurire scientiam, ut rudis c Litterarum expers potuerit et de rebus fider diffiillimis respondere et pios etiam libros conscribere. Bref du 28 novembre 1897). :

On fut en effet quelque peu surpris, dans certain nonde, il y a deux ans, de voir Léon XIII aller droit a e pauvre Frére franciscain, au front duquel ne brillait néme pas l’auréole du sacerdoce, et lui donner la prérence sur les grands docteurs de l’Hucharistie, sur ant de saints qui avaient été Vheureux objet ou les émoins privilégiés de miracles eucharistiques.

C’est pour répondre a cet étonnement que la présente Tie a été écrite. Les sources en sont les sept énormes

in-folio, de prés de mille pages chacun, qui nous ont gardé les piéces du « Procés de canonisation du bienheureux Pascal Baylon. » On nous en a extrait des pages vivantes et aimantes, rapides et gaies, souvent enjouées, embaumées de piété, fleuries de grace et de tendre simplicité. Lisez, par exemple, les: chapitres intitulés : Lange de la famille, Le petit pdtre; La vocation, Coeur de fils, Coeur de mére, A lécole du Saint- Esprit, etc.

li. — Peu de personnes ont le temps de lire les cing énormes yolumes de Lettres de sainte Chantal, publiés autrefois par les soins de ses filles spirituelles. (Paris, Plon, 5 vol. in-8 4 8 fr. le volume). C’est pourtant une lecture bien précieuse, ot l’on retrouve un écho fidéle de la doctrine de saint Francois de Sales, le reflet aussi des qualités personnelles du saint évéque, un sens trés droit, un esprit trés pénétrant et trés ferme allié, chez Mme de Chantal, 4 une douceur, a une suavité incomparable, et un style a la hauteur de la pensée : simple, noble, élevé, le style de ’aube du grand siécle. Que Mme de Sévigné n’a-t-elle su allier a ses qualités natives de vivacité primesautiére et de grace pétillante les qualités plus solides et non moins aimables de sa sainte grand’mére ! ¢

Aussi les Extraits que nous annongons sont-ils strs de rencontrer le meilleur accueil auprés de toutes les ames élevées, heureuses de retrouver dans ces quelques pages la vie intime de sainte Chantal.

Ill. — Comme sainte Chantal, sainte Francoise Romaine a commencé par étre épouse, mére, veuve; et toutes les deux ont préludé aux vertus spéciales et réservées de la vie religieuse par l’accomplissement des devoirs imposés aux fidéles qui demeurent au milieu du monde. Aussi est-ce lade ces biographies auxquelles il faut souhaiter la plus large diffusion dans nos foyers domestiques : on ne saurait trouver commentaire plus vivant et plus pratique de VHvangile 4 usage des femmes mariées, des méres, des maitresses de maison, pour leur apprendre, par des exemples d’une incontestable autorité, comment, sans mettre entre le monde et soi la barriére des grilles et des clotures monastiques, on peut arriver a la sainteté et devenir sous V’action de la grace un instrument trés efficace du régne de Dieu parmi les hommes.

Crest la seconde Vie de saint que nous donne Mme de Rambuteau, et c’est son second chef-d’couvre : il y a cing ou six ans, Le bienheureux Colombint, aujourd’hui Sainte Francoise Romaine. Style enchanteur, dont les lignes suiyantes, qui ouvrent le volume, donneront une idée : I ;

« Aucune ville au monde n’a inspiré plus d’amour que la Rome des papes, celle que nous avons connue avant 1870 et qui n’est plus. On pouvait l’étudier en savant et admirer en artiste, mais ceux qui l’aimaient en chrétiens l’ont appelée des noms les plus tendres : cétait la souveraine des Ames; c’était une mére, une amie, la supréme consolatrice.

« Que de grandeurs déchues et de bonheurs brisés sont venus lui demander le calme et l’oubli! Ses vieilles ruines faisaient cause commune avec la douleur; elles lapaisaient au premier regard, et lorsque le printemps les habillait de verdure et les fleurissait de roses, elles lui parlaient vaguement d’espérance.

« Dans ame du chrétien s’éveillait un autre espoir, meilleur et plus str. A Rome, l’Eglise se montrait si belle, qu’elle séduisait les cceurs... Lorsque, a Paques, le Souverain Pontife, apparaissant sur le balcon de Saint-Pierre, étendait les bras comme pour appeler a lui la ville et le monde, toute la foule lui répondait par un frémissement d’enthousiasme. Dans le souffle divin qui passait sur nos dmesg, les douleurs et les soucis de la terre semblaient emportés vers le ciel. »

IV. — Ce ne sont pas non plus des vies de religieuses que ces Exemples de vie chrétienne, mais de jeunes filles qui la plupart sont mortes dans le monde, pauvres en général, modestes ouvriéres, point arrivées toutes d’un bond au sommet de la sainteté, ayant, plusieurs du moins, connu des défaillances dont le récit ne sert ensuite qu’a mettre en lumiére et en relief le mérite de leur conversion et la grandeur des miséricordes divines.

Toutes ces enfants ont fait partie de la Congrégation des jeunes ouvriéres, dite de Notre-Dame de Fourviére, fondée en 1848 par le P. Négre, de la Compagnie de Jésus. C’est vraiment le livre d’or de la pieuse et bienfaisante Congrégation.

LVAMI DU CLERGE

By, < ray clef

Rien de plus touchant et de plus pratique que ces etableaux de vie chrétienne. Heureuses les jeunes lectrices yui les auront une fois tenus en mains ; elles ne sen déprendront plus. Et heureuses aussi les plumes délicates qui savent préter tant de charme et d’attrait captivant a des existences d’apparence si modeste et si uniforme! C’ést un talent que n’ont pas toujours eu nos hagiographes, témoin cette histoire que nous contait l’autre jour Vexcellente Revue Le Patronage des jeunes filles (n° de décembre 1899) : ;

Un aumdnier prétait des livres 4 de jeunes garcons. LT’un d’entre eux qui choisissait toujours des Vies de saints, les lisait rapidement. Un jour l’excellent prétre lui demande : « Mais quand donc trouvez-vous le temps de lire? — Je lis 4 mes parents, le soir, a la veillée. — Ah! mais c’est trés bien, et.que disent-ils de ce que yous lisez? » Alors Venfant, le plus simplement du monde : « Ah! monsieur, ils se tordent! »

(svc).

V. — Crest que, il faut Vavouer, bien des Vies de saints que l’on nous a fait lire jadis sont écrites dans une langue qui date d’un autre age. On était plus simple autrefois, et cela valait mieux. Nous ne pouvons pas changer nos contemporains, changeons du moins nos méthodes. Ht ne donnons pas occasion de rire des choses saintes. Aussi, comme il faut applaudir de tout cceur au rapide succes de la Petite bibliothéque édifiante, ou le sens de la piété saine et du surnaturel authentique s’allie si parfaitement a Vintelligence des besoins de nos contemporains! Nous avons signalé déja les six premiéres biographies parues dans cette collection : Jean Gerson, — Frédéric Ozanam, — Saint Louis de Gonzague, — Sainte Catherine d’Alexandrie, — Saint Francois Régis, — Le bon Larron. Trois autres 4 annoncer aujourd’hui : Sainte Anne, — Daniel O'Connell, — et La bienheureuse Philippe de Chantemilan, une des saintes autrefois les plus populaires du Forez, dont. M. Reure (des Chartreux de Lyon) vient de faire revivre avec tant de charme l’aimable et délicate figure.

VI. — Figure bien justement populaire aussi, non seulement a Lyon et en France, mais par toute l’Eglise, que celle de Pauline-Marie Jaricot, fondatrice de la Propagation de la Foi et du Rosaire vivant. Peu de vies sont aussi visiblement marquées que la sienne du signe de la Croix; peu de vies furent aussi exclusivement faites d’épreuves, de brisements, de déceptions, d’entreprises combattues, de succés cruellement payés; peu d’Ames connurent, comme la sienne, la décourageante opposition de ceux-la mémes qui eussent dti étre les premiers 4 lVencourager, la.froide dénégation de toute justice en dépit de Vappui du cardinal de Villecourt et des instructions de Pie IX. La gloire ne s’est levée que sur sa tombe, une gloire éclatante et désormais consacrée par le suffrage de VYadmiration universelle. Et les pages ot Mile L. Masson vient de nous retracer le tableau de cette vie, pages pénétrées d’émotion, pages pleines de foi et de confiance en la Providence, sont parmi les plus touchantes et les plus réconfortantes que l’on puisse lire.

VII. — « Il faudrait un volume entier pour reproduire les mille incidents, les marches et contre-marches de cet apdtre infatigable, suscité par la Providence comme un autre Athanase pour veiller au dépot de la foi dans notre région pendant les temps orageux de la premiére Révolution. » — Ce veeu, exprimé par le Journal de UAin sur la cendre a peine refroidie de M. Ruiyet, est aujourd’hui accompli. M. Ruivet est mort depuis plus de soixante ans, et sa mémoire est restée en universelle vénération dans le diocése de Belley. On peut dire que Cest lui qui a créé l’esprit du clergé de Belley en ce siécle, cet esprit de foi profonde et de vie intérieure qui s’est épanoui en une pléiade de figures universellement glorieuses, le bienheureux Chanel, le curé d’Ars, Pabbé Gorini, l’abbé Martin, Mgr Loras, l’abbé Buathier, etc.

Le tableau de son ministére a travers les diocéses de Lyon et de Belley pendant la Révolution est saisissant. C’est une trés utile contribution a Vhistoire de ces temps troublés. Et ce sera aussi le meilleur des encouragements & ceux en qui les difficultés de l’heure présente pourraient faire naitre des pensées de pusillanimité et de désespoir. Ecoutez Mgr Ireland (ancien éléve du Petit-Séminaire de Meximieux) dans la lettre qu’il adresse a l’auteur :

« L’habileté avec laquelle ce prétre sage et énergique

sut trouver de nouvelles méthodes d’apostolat et adapter | les travaux de son ministére aux exigences des circons- | tances si terribles au milieu desquelles il avait a

Vexercer, est une lecon pour les catholiques de notre) temps. L’exemple de M. Ruivet leur apprendra com-

ment ils doivent eux-mémes, aujourd’hui ou les} anciennes méthodes ne semblent plus donner le méme) succés, harmoniser leur ligne de conduite avec les con-

ditions nouvelles de la vie et de l’action sociale. »

VIII. — Deux biographies religieuses nous arrivent, encore de ce méme diocése de Belley : Pune, Seur du} Coeur de Marie, fondatrice d’une congrégation ensei- | gnante dont les bienfaits se sont répandus sur toute la | surface de la France : elle était née en 1823 4 Cerdon (Ain), paroisse qui avait alors a sa téte, comme cure et | vicaire, les deux fréres Colin, dont Pun, le plus jeune, Jean-Claude, songeait déja a la fondation et jetait les bases de la future « Société de Marie » (Bref laudatif de Pie VII, 9 mars 1822); ne dirait-on pas que la nais- | sance de Rosalie Chavant (Sur du Cour de Marie) | soit la derniére bénédiction, la bénédiction d’adieu méritée par la priére des deux fréres a la paroisse quils allaient quitter? — lautre, Mére Marie de Jésus, vie d’épreuves et de désolation spirituelle, vie de victime et de souffrances volontaires, vie d’immolation intérieure couronnée par une immolation san-| glante sous le feu d’un anarchiste; fondatrice, avec le | cardinal Dechamps, de la Société des Filles du Coeur | de Jésus, société réparatrice qui offre sans cesse a Dieu, a l’exemple de Marie au pied de la croix, l’Hostie sainte immolée d’autel en autel et d’heure en heure par | les mains de tous les prétres; qui Vadore sans inter- | ruption, perpétuellement exposée sur son trdéne; qui s’offre soi-méme avec Hlle, victime volontaire, se ste: || tant corps et Ame a la disposition de Notre-Seigneur, | afin de lui procurer le moyen de souffrir réellement en ses membres mystiques ce quil ne peut plus souffrir en sa personne, et d’achever ainsi ce quil lui plait encore d’ajouter a sa Passion; et cela en expiation des sacriléges eucharistiques et « surtout pour la perfection et la sainteté toujours croissante du sacerdoce catholique et des ordres religieux. » Touchant spectacle que celui de ces vierges qui, affectivement et du fond de leur ame, suivent l’Agneau dans chacune de ses immo- | lations eucharistiques et s'immolent sans cesse en union avec lui, rappelant les Orantes des catacombes avec leurs mains étendues comme celles du prétre a l’autel, ou les vierges de nos premiéres basiliques qui célébraient les veilles sacrées sur le tombeau des martyrs, excubiee martyrum, ou mieux encore, évoquant un souvenir incomparablement plus sacré, Marie au pied de la croix, Marie intimement unie 4 la victime et au sacrificateur, Marie la Vierge-Prétre, titre que les Péres d’Orient surtout affectionnaient de donner 4 la Mére de Dieu et qui refleurit, sur la fin de ce siécle dans la ferveur d’un Institut nouveau.

Le Bienheureux Chanel, premier martyr de lVOcéanie, par M. Planeix, supérieur des missionnaires diocésains de Clermont-Ferrand. — In-12 de 60 p., 0 fr. 75. — Paris, Lethielleux.

M. Planeix, orateur célébre et fécond en fruits de salut dans la région ot la Providence a placé le thédtre de son apostolat, ne se presse pas assez d’étendre le bienfait de son éloquence au reste de la France. Un volume de superbes conférences’ sur la divinité de VEglise, un discours sur l’Apostolat laique dans le temps présent (étudié ici en 1899) : et c’est tout ce que nous avons pu encore annoncer de lui. Il veut ne nous offrir que de Vacheyé, et c’est assurément d’un trés bon exemple pour les jeunes. Mais ce sont toujours les plus parfaits qui sont le plus sévéres pour eux-mémes. « IL platt 4 tout le monde, et ne saurait se plaire. »

Cette fois, il nous présente le panégyrique du B. Pierre Chanel, un des premiers religieux de la Société de Marie et le premier martyr de l’Océanie. O l’aimable martyr! et comme il a bien inspiré son panégyriste! « Hn vérilé, on ne peut qu’étre a l’aise danscette vie si humble, si reposée, si aimable, si douce, et pourtant si forte et si noble. » (P. 10). Avee quelle délicatesse de touche et quelle onction pénétrante M. Planeix nous retrace son enfance pastorale et pieuse au hameau de la Potiere, le charme de ses années d’études aux petits séminaires de Meximieux et de Belley, son ministére

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DAMI DU CLERGE po See

bref et fécond de vicaire et de curé, sa vocation religieuse a la Société de Marie, ses années de dévouement obscur et complet au petit Séminaire de Belley alors gue toutes les aspirations de son Ame Ventrainaient a Pévangélisation des infidéles, son départ pour les missions d’Océanie (1836), et enfin, 4 la fleur de l’Age (trentesept ans), le 28 avril 1841, sa mort sous la hache des sauvages de Futuna, son martyre signalé par des prodiges dans le ciel et sur la terre, le peuple demandant avec .empressement le baptéme, et Vile entiére de Futuna, sous la conduite d’un roi chrétien, embrassant PEvangile, et le chef méme des bourreaux mourant pénitent et fidéle! Toutes les vies de saints sont pleines, assurément; mais peu le sont d'une plénitude aussi calme, aussi réguliére, aussi unie, aussi attirante pour notre faiblesse que celle du B. Chanel.

Méthode élémentaire d’harmonie pour laccompagnement du plain-chant et des cantiques, par labbé Bourguignon, curé de Pithiviers-le-Vieil (Loiret). — Un vol. in-4° de 86 p., 4 fr. 50 net et franco (remises pour commandes de 6 exemplaires). — Chezl’auteur.

Salut au Saint-Sacrement, avec accompagnement d’orgue, par le méme. — In-8 de 46 p., 2 fr.

fl y a longtemps que nous recommandons la méthode de M. Bourguignon comme l'une des plus simples et des plus riches a la fois que l’on puisse désirer, l'une des plus « méthodiques, » conduisant progressivement son novice 4 un systéme d’accompagnement trés varié et trés heureux. La nouvelle édition qui vient de paraitre a été considérablement augmentée. On y a fait large place surtout a l’accompagnement par notes de passage, par notes mélodiques, le seul qui permette d@échapper au mouvement saccadé si désagréable chez les débutants et malheureusement a peu prés inévitable avec le systéme d’harmonisation par notes contre notes.

A nos nouveaux lecteurs nous rappelons que Il’ouvrage se divise en trois parties : 1° lecons élémentaires d’harmonie, complétées cette fois par un nouveau chapitre sur les accords de septiéme et de neuviéme de dominante ; 2° le plain-chant proprement -dit : ses huit modes, et variations d’accompagnement que réclame chacun deux; appendice sur Vaccompagnement avec notes mélodiques ; 3° accompagnement des cantiques : accompagnement simple, accompagnement en tierces et en sixtes, avec notes de passage, etc., enfin, modéles de morceaux harmonisés, 5 cantiques et 35 morceaux de plain-chant. (Le plus beau modéle d’accompagnement gwait réalisé ’auteur est celui de la messe de Requiem, tiré 4 part sous ce titre : Chants liturgiques de la messe des morts, 1 f. 25. — Voir aussi son tirage 4 part de lV Accompagnement des Psaumes, avec ou sans faux-bourdons, 0 f. 80).

Du méme auteur, un Salut sobre et de bon gott, trés chantant et surtout trés facile, cinq morceaux : O Salutaris, Discite a me, Ave Maria, Tantum ergo, Laudate Dominum (soli et cheeurs).

Le Jubilé de vannée sainte 1900. Ma- ’ nuel de priéres du pélerin a Rome pendant Vannée sainte 1900. — Prix : 0 fr. 50.

La situation vreligieuse aux Ktats- Wnis. — Un vol. in-12 de 302 pages. — Prix:

3 fr. 50.

Le catéchisme en histoires, par le cha- ~ noine Laroche. — Un vol. in-12 de 158 pages. — Prix, cartonné : 1 fr. 50.

Mémorial du premier communiant. — Un vol. in-16 de 312 pages avec filets rouges. — Broché : 41 fr. 50. (Reliures 4 prix divers). —

~ Tous ces ouvragas sont en vente a la Société de Saint-Augustin, Lille, 41, rue du Metz.

I. — Le Manuel de priéres pour la visite des quatre Basiliques est la traduction d’une petite brochure publiée 4 Rome avec l’approbation du Souverain Pontife.

On peut, il est vrai, gagner indulgence du Jubilé en récitant n’importe quelles priéres vocales ; mais celles-ci adaptées a chaque basilique ont l’avantage de mieux soutenir la dévotion.

II. — On a beaucoup écrit depuis quelques années sur la situation religieuse aux Etats-Unis, les uns en bien, les autres en mal ; mais il faut avouer que la note « bien » domine de beaucoup la note « mal. »

M. Tardivel, directeur de la Vérité de Québec, a essayé, au moyen de documents précis, de mettre la chose au point. Né aux Etats-Unis, ot il a véeu jusqu’a dix-sept ans et ot réside une partie de sa famille, journaliste depuis vingt-cing ans au Canada, il a suivi de trés prés dans les journaux et les reyues d’Amérique la marche des idées et des événements. C’est ce qui lui permet de parler avec autorité.

Nous ne dirons ici que ces quelques mots, parce que nous consacrerons bientot une assez longue étude a cet intéressant sujet. ;

III. — Dans le Catéchisme en histoires, M. le chanoine Laroche a réuni et disposé selon l’ordre du catéchisme environ 800 traits d’histoire et maximes célébres. C’est intéressant et facile 4 consulter 4 cause du format. Recommandé a tous les catéchistes. :

IV. — Le Mémorial du premier communiant est un excellent livre 4 donner aux enfants avant et aprés la premiére communion. 3

CONGREGATIONS ROMAINES

S. C. du Saint-Office 22 novembre 1899.

Sacrement de confirmation administré par inadvertance avec Vhuile des catéchumeénes

Trés Saint Pére’, L’éyéque de N... prosterné aux pieds de Votre Sain-

teté lui expose humblement ce qui suit. Il administrait

un jour dans lV’église d’un bourg important le sacrement de confirmation 4 plusieurs centaines d’enfants. Quand les deux tiers furent confirmés, le saint chréme apporté par l’évéque se trouva épuisé, et lon dut recourir a celui conservé par le curé avec l’huile des catéchuménes. On prit le vase sur lequel se trouyait écrit «Sacrum Chrisma;» néanmoins vers la fin on s’apercut que ce vase renfermait Vhuile des catéchuménes. Le soussigné demande comment il doit réparer cette erreur involontaire.

Et Deus.

Feria tv, die 22 novembris 1899.

In Congregatione. Generali ab Emis DD. Cardinalibus in rebus fideiet morum Generalibus Inquisitoribus habita, propositis dictis precibus, prehabitoque RR. DD. Consultorum voto, iidem Emi Cardinales respondendum mandarunt : Sileat.

Sequenti vero feria yi die 24 ejusdem mensis et anni, in audientia R. P. D. Adsessori S. O. a SSmo D. N. Leone Diy. Prov. Pp. XIII impertita, SSmus resolutionem EE. ac RR. Patrum adprobavit.

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