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LES VICISSITUDES

Mesdames et Messieurs,

Il est done tombé de son élévation prodigieuse celui qui foulait le monde a ses pieds ! Celui qui faisait trembler l'Europe est entré tout tremblant dans Vile d’Elbe ! Du fond de sa solitude, qu'il

- remplit de ses chagrins beaucoup plus que de ses ~ remords, voyant les 500,000 étrangers qui pésent

sur notre sol d’un poids si écrasant, les 200,000 Francais qui gémissent sur les pontons de l’Anoleterre ou dans les déserts de la Sibérie, voyant la France noyée dans le sang et les larmes, anéantie dans la prostration de la douleur, il accuse son Corps législatif, il accuse ses généraux et ses amis, il accuse tout le monde, excepté lui-méme, qu’il devrait seul accuser.

Or, au milieu de ce désastre national, apparait, le 8 mai 1814, le roi légitime. Il arrive dans la personne de Louis XVIII, frére de Louis XVI, prince habile et caractére trempé dans |’infortune ; il arrive, non pas avec un oiseau de proie pour embléme, mais avec une fleur, la fleur suave et mystique par excellence, le beau lis d’autrefois, comme pour rappeler 4 la France que, malgré toutes ses épreuves, elle doit demeurer toujours la nation éprise de l’Idéal; il arrive, non seulement avec la force de son droit et de son nom, mais encore avec le souvenir de cette monarchie qui

compte neuf cents ans d’existence et quarante-

trois monarques exemple unique dans les annales des peuples, éternel sujet d’orgueil pour Vhistoire de France! Et il est recu dans livresse de la joie publique, car on voit que ce ne sont pas

les étrangers qui le raménent, puisque les étrangers l’ont repoussé jusqu’au dernier jour ; que ce ne sont pas non plus les royalistes, puisque deux ou trois démonsirations, 4 Troyes, ou méme a Bordeaux et a Paris, n’auraient pas suffi a faire

naitre un mouvement aussi général; que ce ne

sont pas enfin les hommes d’Etat réunis dans les salons de Talleyrand, puisque ces hommes n’ont fait que traduire, au jour le jour, les vooux de Vopinion publique ; car on voit, dis-je, que ce qui le raméne, c’est ce que les politiques appellent la force des choses, et ce que nous appelons, nous, la Providence. Et il est recu dans l’ivresse de la joie publique, car on sait qu’apres dix ans de despotisme révolutionnaire et dix ans de despotisme impérial, il est seul capable de rendre 4 la France les trois choses nécessaires a sa résurrection : la paix, la liberté et le sens commun. Enfin il est recu dans l’ivresse de la joie publique, car on sent que, puisqu’il proclame, avec une bonté si touchante, l’union et Voubli, il mérite de succéder a Louis XVI, dont ’immortel testament recommandait 2 son fils, « s'il avait le malheur de régner, doublier toute haine et tout ressentiment »

recommandation si digne a la fois d’un Bourbon et dun martyr! :

Mais, puisque les constitutions se sont succédé pendant vingt-quatre années consécutives, et que chaque constitution a fini par tuer le pouvoir qu’elle avait prétendu constituer, le roi ne pouvait pas régner, au milieu des difficultés de la tache qu'il avait a remplir, sans une charte constitutionnelle. Or, dans cette charte, gouvernement de transaction, conciliant la Liberté des cultes avec une religion d’Etat, il dit :

« Droits publics des Francais :

«Article 5. Chacun professe sa religion avec une égale liberté et obtient pour son culte la méme protection.

« Article 6. Cependant la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de I’Ktat. »

Tandis que le Concordat déclare seulement que «le gouvernement dela République reconnait que

la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de la grande majorité des Francais, » et qu’ainsi il s’engage 4 faire respecter la religion catholique, non pas a cause de ses droits, mais simplement par é¢gard pour la grande majorite des citoyens qui en font profession, et quil place le culte catholique sur le-méme pied que les autres cultes, protestantisme et judaisme, Louis XVIII, sans toucher au Concordat, s’écrie, avec la résurrection du passé : «Je veux que la religion a qui la France doit tout, ses croyances, ses lois, ses mcurs, soit reconnue comme la religion de la France! »

Partant de ce principe, animé de ces intentions, il se hate de mettre un bien partout ou Napoléon avait mis un mal.

Napoléon, maltraitant la raison comme la foi, s’était non seulement assuré du personnel de la papauté, mais encore emparé du materiel. Archives du Vatican, papiers, registres, ornements et insignes du pouvoir pontifical, tiare et méme anneau du pécheur, dont il avait saisi un exemplaire, il avait fait tout charger sur des convois de cent voitures, qui étaient parties de

huit jours en huit jours, qui avaient traversé

l’Italie et la France, qui étaient arrivées 4 Paris, qui avaient déchargé toutes ces dépouilles sacrées, que Jex-oratorien Daunou devait installer a Vhétel Soubise, le nouveau palais des Archives, devenu trop petit pour loger tant de richesses. Or, le gouvernement royal n’a pas encore pris possession du tréne, qu’il ordonne1 que les ornements, tiare, sceau, archives, appartenant a Sa Sainteté, lui soient remis sur-le-champ, et il accompagne son décret des hommages d’une si vive piété, qu’il apporte la consolation au cour du Saint- Pere et la joie au cour de tous les catholiques?.

Napoléon avait établi la féte de la Saint-Napoléon, qu’il avait fixée au 15 aotit, et la féte de VYanniversaire du couronnement et de la bataille d’Austerlitz, qwil avait fixée aupremier dimanche de décembre. Or, une ordonnance royale * supprime ces deux fétes comme étrangéres 4 la religion, et une autre ordonnance ‘, renouvelant les lettres-patentes de Louis XIII, de Louis XIV et de Louis XV, rétablit la procession solennelle du 45 aout, et de nouveau « consacre la France a perpétuitée a la Mére de Dieu. »

Napoleon avait publié un catéchisme unique pour l’Kmpire, le catéchisme de Bossuct, mais augmenté d’un passage entiérement neuf sur les obligations des Francais envers Napoléon [er,

* Le 19 avril 1814.

*« Désirant, par la promptitude d’une trop juste restitution, manifester an Saint-Pére notre zéle et notre dévouement, et prouver a l'Europe et a la chrétienté combien les exeés passés ont été et sont loin de notre pensée et de notre cceur, de la pensée et du coeur des Francais... » Moniteur, 22 avril 1814.

3 Le 16 juillet 1814.

‘Le 5 aotit 1814,

« notre Empereur, » afin que les petits garcons et les petites filles fussent bien pénétreés de ce dogme, que « honorer et servir notre Empereur, c’est honorer et servir Dieu lui-méme. » Or, le ministre de l’intérieur et des cultes demande aux évéques « de faire disparaitre de nos dogmes les plus saints des flatteries si indignes des premiéres lecons de Venfance, » ajoutant que « la religion donne 4 Vobéissance un caractére auguste qu’elle ne pourrait jamais trouyer dans les institutions des hommes. »

Aprés ces réparations générales, qu’y avait-il de plus urgent que de relever I’Kglise affaissée sous des lois oppressives ?

Napoléon avait obligé tous les éléves des écoles ecclésiastiques a suivre les classes des lycées et colléges, et, en conséquence, il avait supprimé les petits séminaires placés & la campagne ou dans les villes qui ne renfermaient ni lycées ni colléges : il avait pris cette mesure tyrannique, afin de mettre l’estampille de ]’Université, c’est-adire la sienne, sur les 4mes des séminaristes aussi bien que sur les Ames de tous les sujets de VEmpire. Or, une ordonnance royale dispense les éléves des petits séminaires de suivre les classes des lycées et colléges, et permet aux évéques d’établir partout ot bon semblera des écoles ecclésiastiques, autant d’écoles ecclésiastiques quils jugeront convenable‘; ce qui est, en effet, le moyen le plus efficace de conserver la religion et d’arréter les destins qui semblaient réservés 4 notre malheureuse patrie.

Napoléon avait défendu aux évéques d’admettre

aux ordres sacrés qui que ce fit, si son nom ne

lui etait soumis, afin qu’il pit Vautoriser ou le refuser selon son bon plaisir. Or, une circulaire

‘ministérielle permet aux évéques d’ordonner sans

Pautorisation du gouvernement tous les sujets qui leur paraitront avoir les qualités requises 2, et la jeunesse lévitique va venir méler ses phalanges aux restes mutilés et dispersés du sacerdoce.

Apres le recrutement des séminaristes, qu’y avait-il de plus urgent que de porter secours aux pasteurs ?

Napoléon avait abaissé le curé 4 une condition si précaire, si subalterne, si dépendante des autorités locales, qu’au fond de son presbytére délabré, il n’avait pour témoin de ses peines que Dieu, pour encouragement que les promesses de la religion, sans pouvoir attendre des hommes ni cette compassion stérile ni cette froide estime qui quelquefois aiderait peut-étre A supporter leur injustice. Or, maintenant, fort des intentions du roi encore plus que de sa protection, sachant quil n’est déja question dans le gouvernement, dans les Chambres et dans le pays, que de le relever de son indigne abaissement, que de lui rendre la considération qui lui est due, ce curé

* Jauffret, Mémoires sur les affaires ecclésiastiques de France pendant les premiéres années du dix-neuvieme siecle, ut, 33.

* Circulaire du 15 septembre 1814.

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ose lever les yeux jusqu’aux yeux de M. V’adjoint, jusqu’aux yeux de M. le maire, qui naguére encore réglaient sa destinée; il ose méme écrire aux prefets, écrire lui-méme, souvent, trop souvent peut-étre, des requétes qui commencent presque toujours par ces mots : « A présent que la tyrannie est passée, nous vous demandons... », et, chose nouvelle, dans le langage ordinaire, on commence 4 dire sans restriction, méme avec le respect dautrefois : Monsieur le curé!'

Napoléon, créant parfois des fonctions sans salaire pour des hommes sans fortune, ce qui ne s’était jamais vu dans aucun état social, avait réduit le clergé a une telle misére, que le recrutement, si difficile déja par toutes les conditions qu’on y mettait, ne se faisait pas, que beaucoup de cures devenaient vacantes, et qu’un seul pasteur, vieillard du sanctuaire, presque toujours usé de travaux et de souffrances, était chargé de desservir deux, trois, cing, dix paroisses a la fois 2. Sans doute, le 145 mars 1814, pendant qu'il luttait péniblement dans les plaines de la Champagne, et quwil avait besoin de l’appui moral tout autant que dela force militaire, ’empereur avait accordé un supplement de 150 francs aux ecclésiastiques chargés du service de deux succursales. Mais ce n’était pas lorsque les dépenses de la guerre absorbaient tous les fonds du Trésor, que les desservants pouyaient se flatter d’obtenir une indemnité qu’on leursavait constamment refusée lorsque les coffres de l’Kmpire étaient pleins. Or, le roi accorde 200 francs 4 ces curés3, faisant ce qu’il est possible de faire, ne rejetant pas le bien parce qu’on ne peut pas avoir le mieux. D’ailleurs, il a déja permis au clergé de redevenir librement

propriétaire ‘ : heureux d’autoriser a la hate la

reconstitution de ces biens, qui assuraient avec Vexistence du sacerdoce la perpétuité de ses bienfaits !

Napoléon avait laissé l’organisation mateérielle du culte entiérement 4 la charge des communes, ou, méme dans la micux ordonnée, il y a toujours

des gens qui veulent de la religion, dautres qui

n’en veulent pas, et plus encore qui ne veulent pas payer pour en ayoir. Plus tard méme, par le décret du 15 septembre 4807, il avait annoncé Vintention ot il était plus que jamais de ne pas faire emploi des fonds du Trésor pour les depenses locales. Et en 1814, il avait englouti les impositions extraordinaires votées par les départements et les prélévements faits sur les caisses communales pour réparer les églises*, et, en

4 Biévée, Correspondance politique et admintstrative, Lettre iv. :

2« Comme le diocése de Nancy comprenait trois départements, et que les prétres y étaient rares, on nous ordonnait le plus vite qu’on pouyait. Un de mes condisciples, au sortir du séminaire, eut jusqu’a onze clochers 3 desservir. » Robrbacher, sorti du séminaire en 1812, Histoire de VEglise, xu, 122.

3 Le 6 novembre 1814.

4Ordonnance du 10 juin 1814. ‘

5 Rapport de Roux de Laborie, 1 féyrier 1816. Moniteur, 1816, 1, 151.

1814 aussi, les calamités de l’invasion étaient venues ajouter de nouvelles ruines a toutes celles que les passions révolutionnaires avaient accumulées. Or, quel que soit le malheureux état des finances, et si demandé que soit l’argent partout et pour tout, le gouvernement de Louis XVIII reconnait promptement qu’il est de son devoir et de son honneur de subvenir aux frais de réparations des églises et presbytéres, afin de relever le service paroissial de l’état @avilissement ot il était tombé’. ;

C’est ainsi que le roi entoure les curés de sollicitude, parce qwil sait bien, comme tous les profonds législateurs, que, n’importe ot ils soient, ces humbles prétres, ils proférent Dieu, ils donnent Dieu, ils sément la vie éternelle, et, faisant marcher avec eux les biens de ]’Evangile, la lumiére, le pardon, l’espérance et la paix, -ils constituent au sein des sociétés la plus grande force du monde, plus utiles, mille fois plus utiles a l’Ktat que tous les faiseurs de lois méme fondamentales.

A cette premiére restauration du clergé séculier, ne fallait-il pas joindre la restauration du clergé régulier? Car si les ordres religieux sont sans droits politiques, sans droits civils, méme sans nom aux yeux de la loi, ils exercent, eux aussi, sous des noms divers, 4 des places diverses, le ministere ecclésiastique, et leur vie commune nest qu’un moyen de le remplir plus parfaitement.

Napoléon avait dit: « In’y a pas 4 craindre que je rétablisse les moines, » et s’il avait d’abord autorisé quelques congrégations par intérét, plus tard il les avait supprimées par caprice. Or, des ordonnances royales rétablissent les Missions étrangéres, les Lazaristes, le Saint- Esprit et les Sulpiciens qui rentrent a Saint- Sulpice dés le 19 avril 1814; bien plus, des ordonnances permettent aux évéques de créer toutes les communautés qu’ils voudront, en se concertant toutefois avec les préfets, et, des le mois de janvier 1815, les Trappistes, ces héros de la solitude, viennent fonder prés de Laval le monastére du Port-du-Salut’, ces Trappistes que Napoléon avait poursuivis avec toute la brutalité de sa tyrannie *, et que la royauté regoit avec empressement, parce qu’ils sont la derniére image

4 Tlest impossible de fixer la somme des allocations pour ces premiers moments, la forme des documents de comptabilité étant trop sommaire.

2 V. Jauffret, Mémoires, 11, 48, et passim.

8 « Au général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale. Saint-Cloud, 29 juillet 1811. Vous aurez reeu mon décret pour faire passer par les armes le supérieur du couvent de Cervara (sur le golfe de Génes) et pour que les religieux soient arrétés. (Ils avaient, parait-il, publié le bref d’excommunication). Si ceux de la forét de Sénart sont Trappistes, faites mettre le scellé sur leurs maisons... Les Trappistes ont une maison au Calyaire (Mont-Valérien) : ils y ont élevé trois croix, chose digne des Montagnards les plus barbares. Faites mettre le scellé sur leurs maisons. On m’assure qu’ils ont d’autres établissements 4 Paris. » Léon Lecestre, Lettres inédites de Napoléon I", 11, 149.

L'AML DU CLERGE

de nos vieux monastéres Cisterciens, asiles pendant tant de siécles de tant de travaux et de tant de vertus !

Napoléon avait interdit les missions dans Vintérieur : « Mon clergé séculier, disait-il, est trop bien composé pour que j’aie besoin de ces énerguménes dont je ne connais pas les principes. » Or, le roi se hate d’accueillir, d’encourager, de fayoriser, les missionnaires ; il les place sous la protection du Grand-Auménier; il met a leur téte Vabbé de*Rauzan, l’abbé Legris-Duval et Pabbé de Forbin-Janson, qui forment la Socicté des Missions de France, afin de retirer la France non seulement de l’incrédulité, mais d’une décadence sociale qui désole le présent, qui menace l’avenir, puisque, écrit un préfet au ministre *, « les mceurs s’y rapprochent de la barbarie, que le nombre des enfants trouvés augmente, au point que les ressources manquent; puisque les petits batards courent tout nus dans les villages ; que les procés se multiplient, et que, ce qui est inévitable dans ce désordre, tous les villages ont des sorciers et des sorciéres en permanence, » puisqu’en un mot la superstition, avec son cortege dimmoralités, a pris la place de la religion, comme il arrive toujours, surtout en France, ot la société n’est plus elle-méme, lorsqu’elle a perdu les pratiques de la foi.

Au clergé Napoléon donnait pour évéques, soit par

- lui-méme, soit par son ministre des cultes, les ecclésiastiques qu'il croyait étre, selon son expression, « dans les bons principes, » c’est-a-dire attachés a ’Empire et 4 ’Empereur. Or, Louis XVIII dévide, par ordonnance du 24 septembre 1814, que « Notre cousin, Varchevégue de Reims, notre Grand- Aumdénier, est chargé de nous presenter dorénavant les sujets qui lui paraitront les plus dignes d’étre promus aux archevéchés, évéchés et autres titres ecclésiastiques... » Kt le Grand-Aumdénier écrit a chaque évéque de vouloir bien lui désigner confidentiellement les trois ecclésiastiques les plus dignes de son diocése, afin qu’il puisse choisir les plus dignes des plus dignes, et ne former qu’avec des sujets éminents en toutes choses cet épiscopat duquel dépendent toujours les destinées de l’Kelise de France.

Mais on ne peut pas relever le clergé sans relever la religion, et lon ne peut pas relever la religion sans prescrire l’observance du jour saint, le repos du septiéme jour, qui est Vhommage solennel que la société rend a l’Ktre souverain par qui elle subsiste.

Tous les dimanches, Napoléon assistait en grande pompe, avec sa cour, dans la chapelle des Tuileries, 4 une messe basse, quil faisait célébrer par le Grand-Aumdénier ; mais de lobservation du dimanche, il ne s’en soucia jamais ni pour lui ni pour son Empire. Lorsque, en 4807,

‘ Lettre du préfet de Nevers au ministre de l'intérieur, le 22 février 1815. Fiévée, Correspondance politique et administrative, Lettre 1v.

sur le veeu des évéques, Portalis, ministre des

cultes, lui demanda J’autorisation de recommander aux préfets le repos dominical, Napoléon dicta pour lui, le 7 mars 4807, une fort longue note | portant, entre autres choses, que « le défaut des -

peuples en France n’était pas de trop travailler, que la police et le gouvernement n’avaient done rien 4 faire la-dessus. » Or, le gouvernement royal s’empresse de rétablir Vobservation du dimanche par une loi.‘; et cette loi, quoi qu’aient pu dire alors la prévention, la malveillance, Vhostilité, soulevées par la tourbe philosophique, criant 4 tous les échos que c’était attenter a la liberté des citoyens, braver tous les intéréts et tous les sentiments nationaux, anéantir les conquétes de la Révolution et ressusciter l’ancien régime, cette loi, malgré un excés de réglementation qui devait lui nuire, bien qu’il fit conforme aux usages de toute l’Kurope civilisée, cette loi était juste : car ce serait en vain que la religion catholique serait déclarée la religion de l’Etat, si les solennités que cette religion prescrit n’étaient pas respectées, méme de ceux qui ne la professent point.

Dans la restauration religieuse pourrait-on oublier Parmée, cette armée qui vient de porter, a travers tous les pays du monde, notre nom et notre sang? Napoléon aimait les soldats en vue de la guerre, dont il connut toutes les prospérités et tous les désastres pour la patrie comme pour luiméme, puisqu’il laissa la France plus petite quil ne Vavait regue; mais les soldats, quand songeat-il jamais qwils étaient autre chose que des instruments au service de son génie militaire? Sous lui, art d’administrer les hommes, considérés comme créatures spirituelles, s’était tellement perdu, qu’on disait au Conseil d’Etat, lorsqu’il S’agissait des jeunes gens qu’il fallait appeler

sous les armes, la matiére imposable, la matiére

conscriptive, sans méme sentir qu’une telle

expression appliquée a V’humanité, a la jeu-

nesse, était un signe de dégradation sociale 2. Or, le gouvernement de Louis XVIII s’empresse,

malgré l’extréme disette de prétres, de donner des

aumdniers aux régiments et aux établissements

militaires s; il veut, avant toutes choses, quele —

soldat porte gravés dans son Ame ces deux noms

qui nourrissent le courage’ pendant la paix, qui

élévent sur les champs de bataille, qui le consolent a la mort : Patrie et religion! Pays et Dieu! } Kt a la téte de toutes ces réformes, pour étudier les mesures et les proposer, pour concilier les

-intéréts, pour rendre a l’Eglise son antique splen-

deur, le roi place une commission ecclésiastique, qui comprend, sous la présidence du Grand-

* Le 18 novembre 1814.

* Fiévée, membre alors du Conseil d’Etat, Corres- —

pondance politique et administrative, Lettre vt.

* Ce fut Vabbé Feutrier, alors vicaire général de la Grande-Aumonerie, qui fut chargé de remplir sur ce point les intentions du roi. Jauffret, Mémoires, ut, 30,

ial

Aumdnier, archevéque de Reims, Mgr de Tal-

leyrand-Périgord : Mgr de Bausset, ancien évéque d’Alais ; Mgr de Pressigny, ancien évéque de Saint-Malo ; Mgr de Boulogne, évéque de Troyes,

récemment sorti du donjon de Vincennes; M. du

Breau, chapelain du Roi; M. de Latil, premier aumdnier de Monsieur; M. Breluque, vicaire général de Bordeaux; M. d’Astros, vicaire général de Paris, et M. Perrault, tous deux récemment sortis de la prison de Fontevrault, ott Napoléon leur avait fait expier leur dévouement 4 la cause de la liberté religieuse. f

Kt a la téte de l’Ktat, dans les deux ministéres de beaucoup les plus importants, au ministére de Vintérieur et au ministére des finances, le roi place Pabbé de Montesquiou, qui avait montré pendant Assemblée constituante toutes les ressources de son esprit conciliateur, et l’abbé Louis, baron de Empire, qui 4 la science approfondie des finances joignait une volonté arrétée et un caractére inexorable pour la soutenir. Et sous ces deux ministres, différents de tempéraments, il est vrai, mais l’un et Vautre esprits solides, éminents, capables dans tout ce qu’ils faisaient des motifs les plus relevés et qui tendaient au bien public comme a la gloire de la monarchie, nos malheurs n’empéchent point que, dans lVespace de dix mois, la France ne reprenne une vigueur si ferme, qu'il n’y a que ceux qui en ont suivi les progres au jour le jour, qui puissent savoir vers quelle prospérité nous marchions : bien inestimable pour le royaume, et erédit, considération, prestige pour le clergé

-auquel ces deux ministres appartiennent.

Ainsi; c’est en vain que, depuis l’avenement de Hugues Capet, en 987, tant de rois ont passé a

travers les siécles et les civilisations; en vain

aussi que, tout en appartenant a la méme race, ils se sont partagés en plusieurs familles; en vain

méme quiils ont modifié l’exercice de la souve-

raineté par des concessions diverses selon les temps : lorsqu’aprés le drame sanglant de la Révolution et tous les bouleversements de l’Km-

pire, ’un de leurs descendants, revenu de J’exil, ~yemonte sur le tréne avec les droits impérissables

que lui donnent et Dieu et sa naissance et la

possession de neuf siécles et le tribut des accla-

mations et des vceux, ce roi se trouve encore

fidéle aux recommandations que, le 23 octobre

. 996, Hugues Capet mourant faisait 4 son fils de

respecter, d’aimer et de servir la religion. Tant il est vrai que cette maison royale, dont la grandeur est sans exemple dans Vhistoire, a gardé, au milieu de la mobilité des choses humaines, cette tradition sacrée, que pour elle il y a toujours deux choses .inséparables : lHglise et la France! '

Mais, quoi! Mesdames et Messieurs... Pendant’

que V’Eglise vit ainsi du bonheur de la rénovation, de la paix et de Vespérance, voila que, dans de secrets conciliabules, s’ourdit le plus vaste des

pull abs ar aaa pea Ream et complots. Les révolutionnaires, menacés dans leurs conquétes, s’unissent aux militaires irrités, parce que, par raison d’économie et alors que la France n’a plus l’ambition de devenir l'Europe, il a fallu réduire Veffectif de l’armée et mettre beaucoup Wofficiers en non-activité avec le traitement de demi-solde, et les révolutionnaires et leg militaires s’unissent aux bonapartistes, et alors se forment des affiliations groupées autour de Carnot, Fouché, Régnault, Cambacérés, Davoust, et dont le principal agent est l’ancien conseiller d’Etat, vieux conventionnel, Thibaudeau. On organise un comité central, des comités, des sous-comités, sur toute la surface du royaume, avec des succursales dans les salons de Paris, ot les grands fonctionnaires, aprés avoir prété serment au plus confiant des rois, viennent se concerter entre eux sur les moyens de le trahir. On envoie a Vile d’Elbe auprés de Napoléon, en Italie auprés de son beau-frére Murat, des émissaires qui portent et rapportent les informations, les décisions, les ordres. Lyon et Grenoble deviennent dans le Midi les deux pivots de l’entreprise, et dans le Nord un mouvement militaire dirigé par Drouet d’Erlon et Lefebvre-Desnouettes, doit déterminer la fuite ou Venlévement de la famille royale. Murat prend le premier les armes sous des prétextes insidieux ; cette levée de boucliers, faite en apparence contre Louis XVIII, jette le trouble dans le Conseil du roi: 30,000 hommes sont aussitét dirigés vers Grenoble et les Alpes, c’esta-dire jetés au-devant de Napoléon.... La campagne de mensonges et de perfidies a réussi.

Les messages, proclamations, adresses, tout est imprimé, tout est prét... Alors, dans la nuit du 25 au 26 février 1815, au sortir d’un bal dont la princesse Borghése faisait les honneurs, Napoléon, sans le moindre regret Vimmoler a sa passion de reparaitre sur,la scéne le repos d’un peuple qui lui avait prodigué son sang et ses trésors, s’embarque, débarque, et bientdt, comme le disaient les proclamations rédigées dans les salons de Paris, « ses aigles triomphantes volent de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre- Dame. » Louis XVII, qui, lorsque la trahison couyait partout, n’avait rien voulu voir, confiant dans ses bienfaits d’une part, et d’autre part ne pouvant croire a une entreprise aussi coupable, aussi désespérée, Louis XVIII, entouré de défections, est obligé de s’enfuir avec le droit, abandonnant 72 millions dans le Trésor, et, le 20 mars,

- Napoléon rentre aux Tuileries... Mais, dans le fugi-

tif de l’ile d’Elbe, mis au ban des monarchies européennes, ce n’est plus Napoléon : ce n’est plus méme ni son image ni son ombre. Lui qui avait détroné la Révolution, il s’appuie sur la Révolution! Lui qui avait foulé le peuple en maitre, il se fait le tribun des faubourgs! Lui qui avait fondé le despotisme, il se fait le serviteur de la démagogie! Lui, dont l’administration était d’une si puissante et si terrible unité, il n’a plus qu’une administration mixte, incohérente, tortueuse,

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livrée 4 toutes les contradictions! Il garde encore la pompe extérieure de l’Empire; mais, pour employer les expressions de son ministre de la police, Fouché, « ce n’est plus qu’un histrion soumis 4 la criée de la plus vile populace. »

Cependant il y a une chose a laquelle il demeure encore fidéle : la tentative d’asservissement du clergé. Ah! si le clergé voulait l’aider a reconquérir sa puissance et son prestige!... Il proclame donc qu’il est encore, qu’il sera toujours, et maintenant plus que jamais, le protecteur du clergé : que seulement le clergé se donne a lui! A Angers, le 30 mars, le conseiller de préfecture faisant fonctions de préfet, Leterme-Saulnier, écrit aux maires du département de Maine-et-Loire : « Le souverain qui a relevé les autels, rendu a la religion sa splendeur, continuera a protéger ses ministres. Nul ne doit craindre pour le culte qwil a recu de ses péres. L’Empereur, en rentrant en France, en a solennellement garanti le maintien 1. »

Mais, malgré toutes les promesses, le clergé, qui la connait, cette protection, avec son sceptre de fer, pense tout bas que Napoléon ayant abdiqué n’est plus qu’un usurpateur, et, loin de montrer de Venthousiasme, il s’obstine 4 garder une attitude passive en toutes choses 2.

Napoléon demande donc les priéres du culte public, les priéres du prédne et toutes ses anciennes formules de priéres. Or, de presque partout arrivent des rapports de police qui constatent que les curés ne font point les priéres accoutumées pour Sa Majesté ’Hmpereur. C’est en vain que le directeur général des cultes, Bigot de Préameneu, ordonne aux évéques de presser les curés par des circulaires, ajoutant que « Sa Majesté se propose demployer tout son zéle pour terminer les affaires ecclésiastiques a la satisfaction générale » : des évéques *, beaucoup répondent quils ne donneront ni autorisation ni défense, qwils laissent a leurs curés le soin de faire ce quils jugeront convenable; plusieurs refusent nettement, entre autres l’évéque de Digne et celui de Montpellier; des vicaires capitulaires, les sieges vacants encore en si grand nombre, plusieurs refusent aussi, entre autres le vicaire général de Poitiers et celui de Lucon qui ne craint pas de dire « quil est disposé a4 faire tout ce qwil doit comme chrétien, comme francais et comme administrateur, mais que, quand une mesure lui parait contraire au bien de la religion, a la paix de l’Eiglise et a V’intérét de l’Etat, aucune disgrace ne pourra la lui faire adopter... »

* Journal de Maine-et-Loire, 31 mars 1815.

° V. Jauffret, Mémoires, m1, 1-100.

3 Le Moniteur ne contient qu’une seule lettre @évéque qui ordonne des priéres. C’est la lettre de « Péyéque d’Avignon aux ecelésiastiques de Vaucluse et du Gard, » le 15 avril 1815, recommandant de ge soumettre et de faire « pour la prospérité, la paix de PEmpire et la conservation de notre Empereur..., les priéres usitées dans l’Hglise pour le chef de |’Etat. » Moniteur, 1° mai 1815.

C’est en vain aussi que le ministre de la police écrit aux évéques de réprimer par les voies canoniques « les prétres qui s’opiniatrent a ne pas faire les priéres pour |’Hmpereur, » ajoutant que « si la discipline ecclésiastique est insuffisante pour les faire rentrer dans le devoir, il sera obligé d’employer les moyens que lui donne l’autorité qui lui a été confiée » : dans le diocése d’Angers, beaucoup de curés, surtout sur la rive gauche de la Loire, aiment mieux quitter leurs paroisses... Et c’est en vain que les préfets, en Bretagne particuliérement, rappellent aux curés, avec des homélies pleines de componction, que « toute puissance vient de Dieu, et que si les chrétiens persécutés, livrés aux bourreaux, aux tortures, aux supplices de tout genre par les — empereurs paiens, priaient pour eux, 4 plus forte raison les ministres des autels doivent prier pour celui qui a rouvert les temples, rappeleé les lévites dispersés dans toutes les parties du monde, et permis que la croix soit de nouveau arborée en signe de réconciliation et de salut » : les curés demeurent immobiles comme leurs rochers battus des flots, sachant, d’ailleurs, que ces prefets se garderont bien de toucher a des tétes bretonnes.

Et Napoléon demande le serment, serment dobéissance aux constitutions de l’Empire et de fidélité a ’Empereur. Le décret du 8 avril porte que ce serment sera prété par tous les employés qui recgoivent un traitement de l’Etat, et les curés et les desservants étant rétribués par le Trésor public, les préfets leur demandent de préter le serment. Or, la plupart des curés et desservants répondent quwils vont plutét quitter leurs paroisses : ce que vyoyant, les préfets alarmés les prient de vouloir bien rester... Il en est de méme pour les religieuses. A Dieppe, le maire demande le serment aux Sceurs d’Ernemont, dames charitables chargées des écoles primaires de la ville: « J’ai Phonneur de vous prévenir que, par la nature de vos fonctions, vous étes assujetties au serment prescrit par le décret du 8 avril; je vous invite a vous trouver a la séance qui aura lieu a Vhétel de ville. » Or, les religieuses aiment mieux partir, et elles partent : ce que voyant, le maire alarmé les prie de vouloir bien revenir. Ce que voyant presque partout, le ministre de la police, alarmé lui aussi, écrit aux préfets de laisser tomber... cette petite affaire.

Kt Napoléon demande que le’ clergé aide, comme autrefois, a faire la conscription : qu’on lise dans les églises les proclamations relatives au service militaire! Or, la plupart des évéques répondent que leurs prétres ont constamment employé leur zéle au maintien de la tranquillité, mais que le bon ordre et la paix seront troublés s'ils font en chaire de pareilles lectures, que les eglises seront désertes, que les pasteurs perdront la confiance dont ils jouissent, qu’ils seront méme exposés a de mauvais traitements et peut-étre forces d’abandonner leurs paroisses. Alors le gouvernement écrit a ces évéques de s’entendre avec

-TAMI DU CLERGE

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les préfets pour que les proclamations soient lues par un fonctionnaire public aux portes des églises. Lesdites proclamations ne sont done lues qu’aux portes des églises et par un fonctionnaire public. Et Napoléon organise dans le Champ-de-Mars de Paris une grande assemblée dite Réunion du Champ-de-Mai, sous prétexte de renouveler « le pacte dun grand peuple avec son monarque ', » et il invite les évéques & venir prendre place « sur ces constructions de bois et de carton improvisées comme son nouveau régne, » parce que, sous Charlemagne, les évéques faisaient partie de ces assemblées célébres connues sous la méme dénomination. Or, les évéques ne montrent aucun zéle pour cette mascarade politique, derniére scéne des tragédies du siécle. Si plusieurs font le voyage aprés avoir acquis la certitude qu’on n’exigera d’eux ni vote ni serment, Pun, l’évéque de Soissons, répond « qu'il ne trahira pas sa conscience et sa patrie?; » quelques-uns, comme l’évéque d’Angers, ne prennent pas méme la peine de répondre®*; d’autres alléguent leur mauvaise santé, d’autres leur éloignement de la capitale et la difficulté du voyage; le cardinal Cambaceérés, archevéque de Rouen, invité particulierement a représenter la religion dans cette auguste cérémonie de la Fédération, répond que malheureusement il se trouve indisposé ; le cardinal Fesch lui-méme, archevéque de Lyon, Grand- Aumodnier de VEmpire, oncle de lEmpereur, arrange son voyage de maniére a n’arriver que le lendemain. Il est vrai que l’archevéque de Tours, de Barral, assisté de quatre évéques, y

* Moniteur, 2 juin 1815.

* « Je trahirais ma conscience et ma patrie... Je paraitrais léegitimer ia puissance d’un homme que le vou véritabie de la France repousse, et 4 qui je ne crois plus devoir autre chose qu’une soumission purement passive... » Napoléon, qui autrefois laurait foudroyé, se contente de lui faire donner sa démission.(Léon Lecestre, Lettres inédites de Napoléon I", 11, 849). Mgr de Beaulieu se retire en Angleterre. :

3« Je ne répondis point a la lettre ministérielle, et, renfermé dans mon palais épiscopal, j’attendis avec soumission ce qu'il plairait 4 la Providence de décider. » Dumont, Vie de Mgr Montauilt, 189. — Oui, que les temps sont changés! A la fin de Vannée 1802, Mer Montault fut mandé a Paris, a la suite d’une dénonciation. « Arrivé 4 Paris, raconte-t-il, je regus du ministre de Vintérieur l’invitation de me rendre a Saint- Cloud, et d’y attendre les ordres du Premier Consul. Pendant deux jours, je me rangeai parmi ceux qui,

dans les galeries de Saint-Cloud, attendaient un regard >

de Bonaparte a Vheure ou il passait au milieu d’un brillant état-major. Le troisiéme jour enfin, il se tourna brusquement vers moi: « M. l’évéque, qui étes-yous et

ourguoi étes-vous ici? — Je suis lévéque d’Angers, et

yattends vos ordres. — Votre diocése va mal, et je comptais sur yous. — Vous avez été mal informé : la paix régne dans Anjou. — En étes-vous sur, M. Vévéque? — Oui, et j’en réponds sur ma {éte. »

Aprés ce dialogue, Bonaparte s’éloigne. Pendant deux jours encore, Mgr Montault se retrouve chaque matin dans la méme galerie et 4 la méme heure, sans que Bonaparte, qui s’entendait 4 humilier les gens, partit le -remarquer le moins du monde. Iinfin, le troisicme jour, il dit 4 ’évéque : « Eh quoi, Monsieur, vous étes encore ici! — J’attendais que vous me donnassiez Yordre de me retirer. — Allez... N’oubliez pas que le gouvernement compte sur votre active coopération. » L. Bourgain, L’Eglise d Angers pendant la Révolution, 304.

pontifie a défaut des cardinaux ; mais il est vrai aussi que, Napoléon tombé, de Barral donna sa démission, et qu’il publia une brochure ot, pour s’excuser de son rdle au Champ-de-Mai, il disait qu’autrefois on avait bien vu des évéques préter leur concours, dans Vintérét de la religion, aux tyrans du Bas-Empire.

Kh bien, disent les rapports de police, puisque « non seulement les prétres ne font rien pour seconder les mesures les plus étroitement liées & la stireté de ’Empire, mais, par leur réserve et lenr éloignement, ne craignent pas de donner une fausse direction 4 Vesprit public, » vous, généraux de division, et vous, préfets, et vous, commissaires extraordinaires en mission, et vous, nouveaux commissaires de haute police, ayez les yeux sur les prétres. Jit partout, dit Vévéque d’Angers dans l’un de ses mandements 1, « la tyrannie se montre avec son affreux cortége, ses craintes, ses vengeances, ses délateurs, ses prisons et ses bourreaux. » Partout les prétres sont ou incarcérés 2, ou envoyés en surveillance loin de leur domicile *, ou déplacés, avec cette simple note qui décide de tout : « Prétre opposé au gouvyernement imperial, artisan de discordes propres 4 troubler la tranquillité intérieure. » Ce sont des diocéses entiers qui sont ainsi bouleversés. Le commissaire extraordinaire en mission dang le département de la Meurthe divise les prétres en trois classes : « 19 Les curés et desservants qui se sont montrés partisans des Bourbons et ennemis des innovations et des idées libérales : ceux-la seront exclus de toutes fonctions; 20 ceux qui ont manifesté les mémes sentiments, mais qui, doués dun plus doux caractére, sont regardés comme moins dangereux ceux-la seront déplacés ; 3° ceux auxquels on n’a que de légers reproches a faire : ceux-la recevront de salutaires conseils. » Encouragés par les hauts faits de cette police, les factieux de toutes sortes tombent partout sur les prétres. Ici, ce sont les fédérés, ramas des faubourgs, enivrés de licence et dimpiété : ainsi, dans-le Midi, M. de Cambon, vicaire général de Toulouse, ayant refusé de livrer les clefs de la chapelle particuliere de Varchevéque aux fédérés qui veulent y établir un club, et qui l’y établissent en enfoncant les portes, est jeté en prison. La, ce sont les militaires : ainsi, a l’Est, le séminaire de Chambéry est envahi nuitamment par cinquante soldats qui mettent tout a sac; de méme, a l’Ouest, celui de La Rochelle, ot peu s’en faut que le P. Baudouin, qui en est le supérieur, ne perde la vie. Ailleurs, c’est la populace,:

‘ Mandement du 1*" septembre 1815.

? Ainsi, 2 Bordeaux, M. Chaminade; a Dunkerque, M. Minet.

8 Napoléon lui-méme s’en méle personnellement « A M. Fouché, duc d’Otrante, ministre de la police générale. Paris, 15 mai 1815. Donnez ordre que les curés de Meudon et de Saint-Cloud sortent sur-lechamp de leurs communes et soient envoyés en surveillance 4 quarante lieues de Paris. Ces deux curés vont, d’ailleurs, étre destitués... » Léon Lecestre, Lettres inédites de Napoléon I, ur, 344.

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pullulant toujours au fond des sociétés et toujours préte a les souiller de tous les crimes a Vappel de toutes les passions : ainsi, & Parthenay, elle veut massacrer le curé, parce quil a donné Vhospitalité 4 ’un de ses confréres envoye en surveillance a Tours.

Encore s’il ne faisait que cela, ce pouvoir ; mais il s’applique a soulever-l’opinion publique contre le clergé avec toutes les perfidies des menées révolutionnaires. Dans beaucoup de départements, particuliérement dans celui de la Vienne, on lit, non seulement dans les villes, mais dans toutes les communes, des placards ainsi congus, avec la signature du préfet : « Ennemis de toute pudeur et de toute justice, ne les avons-nous pas vus (les partisans de la Restauration) s’associer les ministres du ciel, et, d’accord avec ces proprictaires éternels des ames, s’appliquer sans relache & corrompre l’opinion, a tromper les

consciences, a susciter des alarmes, des craintes,

des remords, a miner les lois fondamentales de la société? Et la France les aurait soufferts, et la

nation éclairée serait restée muette et immobile,

et la Révolution se serait arrétée devant ces restes méprisables du vieux temps et de la barbarie ?... »

Sans doute, Bigot de Préameneu, directeur général des cultes, fait ce qu'il peut pour empécher «les arrestations, les actes arbitraires, qui, dit-il, se multiplient d’une maniére effrayante; » il écrit circulairement aux évéques, circulairement aux préfets ; il écrit & Fouché, ministre de la police, duc d’Otrante, « que les ecclésiastiques sont justement effrayés de yoir circuler des journaux dans le méme style que ceux de 1793, des journaux renfermant les réflexions les plus indécentes, les injures les plus grossiéres contre la religion et ses ministres; » il lui représente combien il importe dans lintérét méme du gouvernement de faire cesser ce scandale, et le ministre lui répond que Vinconvenance de ces articles n’a pas échappé 4 son attention... : mais lui-méme, le ministre de la police, en publie de semblables dans le Moniteur *, journal officiel; et, comme il sait, lui, Fouché, ex-oratorien, devenu le plus roué des jacobins, que ce sont les formules qui ménent les hommes, que ce sont les mots qui remuent le monde, il a soin de proclamer dans l’un de ses rapports, digne des grands jours révolutionnaires, que les curés veulent rétablir la dime et les droits féodaux, et que cest ainsi « qu’ils vont rallumer les torches de la guerre civile 2. »

Aussi dans les villes qu’ils traversent, les militaires mélent aux cris de : Vive l’Empereur!

*« Rapport du ministre de la police générale a

Sa Majesté ’Empereur, 7 mai 1815. » Monitewr,

* Le directeur général des cultes a été chargé de vérifier ces reproches. Or, il résulte de son enquéte qu’un seul prétre, le desservant de Mouchy-le-Breton, dans le diocése d’Arras. préyenu de répandre deg doutes sur la yalidité des ventes nationales, a été traduit devant les tribunaux et reconnu juridiquement innocent.

fois si glorieuse, maintenant si

nal lk.»

celui de: A bas la calotte! Aussi dans les grands chemins, sur les places publiques, devant les églises, on ne parle que « d’accrocher, de pendre, @étrangler les calotins! » Aussi, comme en beau-

coup d’endroits les cérémonies religieuses sont

troublées par les vociférations de vieux jacobins, restes impurs des clubs, comme il y a des eccleésiastiques qui ne peuvent plus paraitre avec leur costume, comme il y a des prétres et des évéques qui sont obligés de vivre cachés, un des commissaires impériaux, ravi de ces injures, de ces outrages, de ces violences, conclut dans l’un de ses rapports « que le catholicisme est sur son déclin !, qu’on s’apercoit enfin et généralement gue cette religion est antisociale, que son autorité est réellement supérieure a celle du prince et des lois... » Non, le catholicisme n’est pas sur son déclin, puisque son attitude purement passive est poursuivie comme une si redoutable opposition. Non, le catholicisme n’est pas antisocial, puisque, dans cette époque d’improbité, au milieu de tous ces traitres qui ne font un serment que pour en rompre un autre, il maintient si haut, en dépit de la persécution, Phonneur de la conscience publique. Oui, son autorité est supérieure a celle du prince et des lois, lorsque le prince et les lois violent la morale, car il a le premier des empires, Yempire des ames.

Pendant ce temps, ot l’on se croit revenu a.

Vannée 1792, Napoléon, tombé, aprés vingt jours —

de joie, dans une tristesse mortelle *, travaille, sans repos ni tréve, a transformer la France en un camp et ses villes en arsenaux ; puis, bientdt, comme le joueur forcené qui préfére un coup de dés aux timides calculs, il court au-devant de VEKurope frémissante pour décider sa fortune dans un duel a mort. Or, malgré les miracles de son intelligence militaire dans une campagne qui tient dans trois jours °, il est vaincu, il est perdu, il est forcé de signer une nouvelle abdication, laissant, apres cent jours de régne, la France, la. complice de sa criminelle aventure, victime de ses fautes et de son chatiment, encore une fois ruinée par ses désastres, encore une fois écrasée par invasion. Puis, il se rend au chateau de la Malmaison, caché sous la riante verdure des bords de la Seine; et dans cette demeure, autreabandonnée, auprés du tombeau non moins abandonné de Joséphine, la compagne de ses beaux jours, il s’abreuve de toute ’amertume de ses chutes et de ses douleurs. Enfin il est contraint de partir, de s’embarquer dans la rade de Rochefort, de se

* Dés le commencement d’avril, Fouché adressa une circulaire aux intendants de police, ov il parlait de la religion dans ces mémes termes : « La chose religieuse, disait l’ancien oratorien, devra aussi exciter votre attention; la religion semble perdre chaque jour de son influence... » Cette circulaire sur la chose religieuse,

mot si ingénieux pour avilir cette méme chose, fut

publiée dans tous les journaux. :

* « J’avyais en moi Vinstinct d’une issue malheureuse. » Mémorial de Sainte-Héléne, vu, 280.

* 15-18 juin 1815.

rendre dans une ile de ’Océan, 4 Sainte-Héléne, ou, aprés de longues souffrances physiques ‘et morales, il meurt au sein des mers, oti il est enseveli sous un catafalque de rochers, montrant, par la plus grande catastrophe des siécles, que « toute sa majesté n’avait été qu’empruntée, que, pour avoir été assis sur un tréne, il n’en avait pas moins été sous la main et sous l’autorité supréme de Celui qui régne dans les cieux et de qui relévent tous les empires. » .

Pour I’Kglise de France, elle ne s’est point troublée de ces tempétes, de ces bruits du temps qui ont encore une fois grondé autour-d’elle avec tant de fureurs : elle savait, Mesdames et Messieurs, & qui resterait la victoire, 4 qui appartenait l’avenir.

@UKSTIONS de science ecclésiastique CONSULTATIONS DIVERSES

-Q. — Est-il permis de se faire donner de vieux timbres ou autres objets semblables, de grande valeur (il y a des timbres anciens que les collectionneurs paient plusieurs milliers de francs), par des personnes qui ne connaissent pas cette valeur? Il semble bien a premiére vue qu’il y ait 14 une fraude et une injustice. Cependant plus d’une bonne ceuvre bénéficie de Vignorance du commun en pareille matiére; et je sais des prétres qui, en pratique du moins, se prononcent pour la latitude. Qu’en pense ?TAmi? N’y a-t-il pas au fond de la théologie quelque bon principe capable de faire absoudre les yvoleurs de timbres ou d’autres vieilleries, dont toute la valeur n’est due qu’au caprice grotesque de quelques amateurs ?

R. — Assurément, il n’y a pas au fond méme le plus creux de la théologie, un seul bon principe capable de justifier les voleurs quelconques, méme d’objets dont toute la valeur n’est due qu’au caprice grotesque de quelques amateurs, parce que le vol, restant vol, est défendu par la loi naturelle, et conséguemment est essentiellement mauvais.

Mais, sans méme creuser jusqu’au fond de la théologie, il n’est pas difficile de trouver quelque bon principe capable de faire sainement apprécier le cas ici posé.

I. Le juste prix d’une chose est celui qui est adéguat 4 la valeur de la chose considérée, non pas physiquement, mais moraiement, c’est-a-dire d’aprés son rapport aux usages humains. La raisonen est que les choses temporelles estimées a prix d'argent, ayant été créées pour l’usage des hommes, doivent valoir ce que les hommes sensés les estiment, selon Jutilité quils en peuvent tirer. — Sans doute la vraie justice consiste toujours dans l’égalité entre la chose vendue et le prix qu’on la paie, mais comme la plupart du temps on manque de mesure certaine et infaillible pour déterminer, avec précision, la valeur de chaque chose, et que bien des raisons la peuvent

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faire augmenter ou diminuer, on est obligé souvent de s’en rapporter, pour le maintien de l’égalité, a la vigilance intéressée des parties.

Il. On reconnait en général quatre sortes de juste prix: 4° le pria légal ou fixé par la loi, qui oblige toujours en conscience, 4 moins qu'il ne soit certainement injuste, ou ne soit tombé en désuétude; — 20 le prix vulgaire établi par l’estime commune, a défaut de loi: ce prix peut étre bien différent selon les temps et les pays, et comme il repose sur l’appréciation des hommes, qui varie toujours plus ou moins, il ne peut étre absolument fixe, aussi admet-il, sans sortir de léquité, le summum, Vinfimum et le medium ; — 80 le prix de licitation, dans les ventes, par exemple, aux enchéres, et celui-l4, comme on sait, peut avoir une-singuliére latitude; — 4° enfin le pria conventionnel, sur lequel les parties tombent d’accord, pour les choses qui ne sont réglées ni par laloi, ni par l’estime commune, parce qu'il s’agit de choses qui ne se vendent pas générale-

-ment et que le public par conséquent ne peut

apprécier. Telles sont bien des choses qui se trouvent chez des revendeurs ou des bouquinistes, ou que ceux-ci achétent a des particuliers, et quiils peuvent revendre ou 4 vil prix, ou 4 un prix trés élevé, selon les occasions: ainsi ce qui ne vaudrait que cinquante centimes ou un franc pour presque tout le monde, peut valoir cent francs, par exemple, pour un de ces amateurs qui ne se rencontrent que trés rarement. Or, « si agatur de rebus que non habent pretium determinatum nec legale, nec vulgare, dit Haine, docteur de ]’Université catholique de Louvain (t. I, p. 284), potest venditor tanti illas vendere, quanti voluerit ef potuerit, modo emptor sciens et volens consenserit dare id quod dedit. » On peut dire, dans le méme sens, qu'il peut Vacheter a aussi bas prix qu’il pourra, pourvu toutefois qu’il n’y ait ni fraude, ni abus de confiance, ni supercherie. — « Non sunt injustitie arguendi, dit de méme Génicot, quicumque in talibus adjunctis pretium tribuunt notabiliter minus quam quod brevi post accepturi sunt. » — « Facile admittitur, dit aussi Lehmkuhl, ut vetustos libros etsi detegam eos esse magni valoris, si modo. dolose non agam, viliori pretio mihi comparare possim ; quod maxime valet si venditor eos exponit pro re nullius momenti ad quoslibet usus, ut meram chartam papyraceam. » Ne peut-on pas dire la méme chose des vieux timbres, qui, par eux-mémes, n’ont pas de valeur? Et si ceux quien possédent quelques-uns veulent bien méme les donner pour rien, pourquoi ne serait-il pas permis de les recevoir, et surtout d’en faire profiter les bonnes cuvres? D’autant plus que ces personnes ne seraient pas 4 méme de trouver elles-mémes un acheteur et finiraient par détruire ou donner a d’autres ces objets. On ne leur fait donc pas de tort. Raison de plus pour ne pas troubler, surtout post factum, la conscience de ceux qui croient pouvoir agir ainsi.

Mais si pour obtenir ainsi ces objets, on affirmait ou méme simplement on cherchait a faire croire qu’ils n’ont absolument aucune valeur et qu’il n’est personne qui les achéte, ce serait user de fraude ou de supercherie et commettre une injustice.

Q. — Comment faut-il entendre le verset 16 du chapitre rv de l’épitre aux Colossiens ? — La lettre dont il y est parlé n’a-t-elle jamais été écrite, ou bien a-t-elle été perdue?

R. — Le verset sur lequel porte votre question se lit ainsi dans la Vulgate :

Et cum lecta fuerit apud vos epistola hec, facite ut et in Laodicensium Ecclesia legatur : et eam que Laodicensium est vos legatis.

Ce verset renferme, comme on voit, deux recommandations. Le sens de Ja premiére est clair et ne souffre aucune discussion: Papdtre veut que les Colossiens, aprés avoir lu sa lettre, la communiquent aux fidéles de Laodicée, ville capitale de la Phrygie, distante de Colosses d’une dizaine de lieues.

C’est seulement la seconde dont le sens peut étre et a été en effet discuté. Deux questions se posent 4 son sujet. De quelle lettre saint Paul parle-t-il ? Et cette lettre, ot: est-elle? Nous examinerons briévement ces deux questions.

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