ACTE II, SCÈNE IL
SuzEE. — Oui, vous dites cela pour les excuser, parce que vous êtes trop bon.
Fritz — Non, je t'assure que je ne dormais plus ; depuis une heure, j'écoutais les rossignols qui s'égosillent dans le jardin. {Aux faucheurs et aux faneuses?) Chantez tout à votre aise, ça ne me dérange pas, au contraire, j'aime entendre chanter des gens heureux.
Tors. — Ah ! ah ! ah ! à la bonne heure !
Une Faneuse. — Vous voyez bien, mademoiselle Sûzel, que M. Fritz est content.... Allons, chantez avec nous.
Tous. — Oui, oui. . . .
SuzEE, vivement. — Je ne sais pas chanter.
Une Faneuse. — Ne l' écoutez pas, monsieur Kobus, elle chante très bien.
Fritz. — Allons, Suzel, ne te fais pas prier, chante avec ces braves gens.
SuzEE, embarrassée. — Mais, monsieur Kobus, je vous assure ....
Fritz, V interrompant. — Tu me feras plaisir, Sûzel.
Suzee. — Eh bien, puisque vous le voulez absolument, je vais essayer, mais je suis un peu enrhumée. (Aux faucheurs et aux faneuses.} N'oubliez pas le refrain, vous autres.
Tous. — Soyez tranquille, mademoiselle Sûzel. {Ils font cercle autour de Sûzel.)
SuzEL, chantant.
Beau soldat qui reviens de la guerre, N'as-tu pas vu mon bon ami ?
— Ton bon ami dort sous la terre ; Avec bien d'autres on l'a mis !
CHCEUR.
Il ne reviendra plus,
Il ne reviendra plus,
Il ne reviendra plus,
Il est sous terre.
Fritz, — Mais tu chantes bien, Sûzel. ... Je ne savais pas que tn chantais si bien.
SuzEL, baissa?it les yeux, — Oh ! monsieur Kobus !
En apprenant que l'ennemi Avait tué son bon ami, La pauvre enfant cria : Ma mère !
Et tout du long tomba par terre.
CHCEUR.
Ils ne se verront plus, Ils ne se verront plus, Ils ne se verront plus, Ils sont sous terre.
Un Faucheur. — Allons, au revoir, monsieur Kobus. Bonne journée !
Tous. — Oui, oui, bonne journée, monsieur Kobus.
Fritz. — An revoir, mes amis, bon courage ! {Ils sortent par le fond à droite, en saluant Fritz de leurs grands chapeaux. Sûzel les suit )
SuzEiy, au fond, criant. — N'oubliez pas de commencer par le pré des Mésanges. Vous entendez ?
Plusieurs, se retourna?it au moment de disparaître. — Oui, oui, mademoiselle Sûzel ! {Reprise e?i chœur du second couplet. Le chant s' éteint peu à peu dans V éloigneme?it. Fritz, accoudé s?cr la balustrade^ écoute tout rêveur. Sûzel aussi prête P oreille.)