‹ L'ami Fritz (volume 2)Chapitre 27 sur 89 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

FRITZ, SUZEE.

Fritz. — C'est pourtant beau, ces vieilles chansons. Oui, ça dit des choses profondes, dans un langage simple. (A Sûzel.) C'est drôle, Sûzel, dans le temps la musique me faisait toujours rire, ça me donnait envie de danser ; à présent, ça me rend tout mélancolique ; c'est probablement l'âge qui fait cela... je deviens vieux.

SuzBi.. — Oh! monsieur Kobus, à quoi pensez-vous? Vous n'êtes pas encore vieux du tout !

Fritz. — Tu trouves, Sûzel? Eh ! Je ne suis plus de la première jeunesse, mais grâce à Dieu, je me porte bien, voilà le principal. {Il sort sur la galerie, en mettant sa redingote et descend P escalier.) J'ai bien fait de venir passer quelques jours à la ferme des Mésanges, le bon air de la montagne me fait du bien. . . . C'est pourtant au vieux rebbe que je dois cela.

SuzKiv, étonnée. — A monsieur David?

Fritz, riant. — Oui, il ne s'en doute pas, mais c'est la vérité. {D'un air confidentiel.) Tu sauras, Sûzel, que le rebbe David et moi, nous avons fait un pari le jour de ma fête, lejouroùtu m'as apporté ce joli bouquet de violettes. . . . Tu t'en souviens n'est-ce pas, Sûzel?

Suzel. — Oui, monsieur Kobus.

Fritz. — Le rebbe a parié que je me marierais, et moi, j'ai parié contre lui ma vigne des Olivettes, que je resterais garçon. Cette vigne donne un vin exquis, un petit vin rose et gai comme une matinée de printemps, tu penses si le rebbe a envie de la gagner ! Aussi, dès

le lendemain, il arrivait déjà me proposer une femme jeune, belle, riche et tout ce qui s'ensuit ; ça me faisait rire. Mais comme il revenait tous les jours à la charge avec une nouvelle, au bout d'une semaine je commençais à en avoir assez ; rien que de voir ce pauvre vieux remonter la rue, ça me rendait tout mélancolique. Je ne pouvais pourtant pas lui fermer la porte, un vieil ami de mon père, ta comprends !. . . Alors, je me suis rappelé tout à coup que je t'avais promis de venir à la ferme, et ma foi, un beau matin, sans prévenir personne, j'ai décampé. (// rit.) C'est David qui doit être vexé ! . .. Pendant qu'il court, qu'il se creuse la tête pour me trouver tous les jours de nouveaux partis, moi, je suis ici bien tranquille. . . je me promène, je vais à la pêche, sans parler de tes bons soins, Sûzel, car on peut le dire tu as soin de moi.

SuzEiv. — Oh ! monsieur Kobus, je fais ce que je peux, Vous savez, nous n'avons pas grand'chose à !a maison, ce n'est pas comme à Clairefontaine, où mademoiselle Catherine trouve ce qu'elle veut sur le marché.

Fritz, Rasseyant sur le bord de l'auge. — Bah ! bah ! tu t'y connais aussi bien que Catherine, tu me gâtes . . . . J'ai envie de rester ici. (Il la regarde en riante)

SuzKiv. — Vous dites cela pour rire, monsieur Kobus. Fritz. — Non, je parle sérieusement. Voyons, qu'estce que tu dirais, si je m'installais à la ferme.

Suzki.. — Oh ! le père et la mère seraient bien contents.

Fritz, la regardant. — Et toi, Sûzel.

SuzEL. — Moi aussi, monsieur Kobus. {Elle baisse les yeux et arrange son tablier.)

Fritz. — Oui. . . . Oui .... tu dis cela. . . . mais ça

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