SCENE VII
Les Mêmes, moins CHRISTEL.
Fritz, montrant le paquet de Frédéric. — Qu'est-ce que tu as là-dedans, Frédéric ?
Frédéric, lui donnant le paquet. — C'est du linge que ta vieille Catherine m'a donné pour toi.
Fritz, — Du linge ?
Frédéric. — Oui, tu dois en avoir besoin ! Tu es parti avec deux chemises, en disant que tu reviendrais le lendemain, et voilà près de trois semaines que tu es à la ferme.
Fritz. — Trois semaines ?. . . Tu veux rire, Frédéric?
Haxezô. — Mais non, Kobus, il y aura trois semaines demain que nous avons fait notre dernière partie et bu notre dernière chope ensemble à la brasserie de Y Homme sauvage.
Fritz. — Tiens, tiens, comme le temps passe !
David, à part, prenant une prise et le regardant. — Il
paraît qu'il ne s'ennuie pas à la ferme. Est-ce que j'aurais réussi cette fois? (Haut.) Alors tu n'as pas trouvé le temps long, Kobus ?
Fritz. — Ma foi non, je me plais très bien ici. C'est étonnant, je ne l'aurais jamais cru ! Que voulez-vous? Il fait si beau, les oiseaux chantent si bien, et Sûzel me fait de si bons petits plats !
David. — Qu'est-ce que je vous disais ? On le soigne ! On le soigne ! . . . L,a goumandise ! . . . Il n'y a que cela qui puisse lui faire oublier ses vieux amis !
Hankzô, — Le fait est, Fritz, que tu es gras comme un moine.
Frédéric. — Si cela continue, on ne verra bientôt plus tes yeux.
Fritz. — C'est pourtant vrai!... Je vis ici comme un coq en pâte.
David, levant le doigt. — Il l'avoue ! Il l'avoue ! {Ils
se mettent tons à rire.}
Fritz, se caressant le menton. — Oui, je l'avoue ! (D'un ton grave.) Mais ne crois pas, David, que cette bonne vie tranquille de la ferme me fasse oublier les vieux amis; je suis incapable d'une chose pareille; au contraire, j'ai pensé souvent à toi. Je me disais : Tout serait bien, si je pouvais causer une heure ou deux chaque jour avec David Sichel ! . . . Le rebbe me manque!... ." Oui, tout serait très bien, si je pouvais prendre tous les matins un verre de kirsch avec ce cher ami, pendant qu'il me décrirait les beautés et les vertus de la trentième . . . Car il doit y en avoir une trentième, n'est-ce pas, David ? Tu dois être pressé de gagner ma vigne ! (Hajiezô et Frédéric éclatent tout à coup de rire, et Kobus, qui jusqiC alors avait tenu son sérieux, se met aussi de la partie. David, les mai?is croisées sur le dos, le chapeau sur la nuque et le nez en V air, reste impassible.}