ACTE I, SCÈNE XII
SuZKly. — Oui, monsieur David, vous avez raison, reposez-vous.. {Elle met sa cruche sous le goulot et pompe.)
David, à part. — Elle est jolie, cette petite. {Haut.) Voilà de belle eau, Sûzel.
Suzee. — N'est-ce pas, monsieur David ?
David. — Rien que de la voir, cela me donne soif.
Suzee. — Ah ! monsieur David, il ne faut pas vous gêner; si vous voulez boire, j'irai vous chercher un verre .
David. — Bah! C'est inutile, je boirai bien à la cruche ; si tu veux, Sûzel.
Suzee, souriant. — Je veux bien, monsieur David. (David s* approche, elle levé sa cruche \ il boit, la barbiche en V air et les mains croisées sur le dos.)
David. — Oh ! la bonne eau !
Suzee. — Ça rafraîchit, n'est-ce pas ?
David. — Oui ! Je n'en ai jamais bu d'aussi bonne ; c'est meilleur que le meilleur vin !
Suzee. — Est-ce que vous en voulez encore, monsieur David ?
David. — Tout à l'heure, Sûzel, laisse-moi respirer un peu. ... J'ai bu trop vite. . . .
Suzee.— J'ai peut-être trop levé la cruche. . . ,
David. — Non, non, c'est moi . . . j'ai bu trop vite... J'ai fait le gourmand ! (Il rit.)
Suzee.— Ah! voilà !
David. — Oui ! . . {Ils rient tous les deux. — Siîzel va remettre sa cruche sous le goulot. — A part.) Elle est
6o î/AMt FRI^Z.
vraiment charmante. {S' asseyant au bord de l'auge.) Je parie que tu ne devinerais jamais à quoi je pense.
SuzEE, pompant. — C'est bien possible, monsieur David, je ne sais pas deviner,
David. — Eh bien, en te voyant près de ce vieux puits, avec tes grands yeux et ta cruche remplie de cette belle eau claire, je trouve que tu ressembles à Rébecca, . . . Tu sais ... Rébecca. . . .lorsqu'elle offre à boire au vieil Éliézer.
SuzEE, confuse. — Vous voulez rire de moi bien sûr, monsieur David.
David. — Non. Donne-moi encore une gorgée de cette bonne eau, Sûzel. {Il boit.) Ah ! . . . . (Il s essuie la barbiche.) Tu connais l'histoire d'Eliézer, Sûzel ?
SuzEE, déposant sa cmclie szir la ?nargelle du puits. — Oh ! oui, monsieur David. Nous lisons la sainte Bible tous les soirs, à la maison ; c'est moi qui lis, le père, la mère et les domestiques écoutent.
David. — Eh bien, dis-là voir un peu.
SuzEE. — Mais, monsieur David, mon déjeuner est sur
le feu !
David. — Bah! bah! nous avons bien le temps de déjeuner et puis la mère Ursule, est là. . . Dis voir. . . . {Souriant. ) situ la sais bien.
SuzEE, {embarrassée). — Mon Dieu! monsieur David..,
David. — Allons, allons, un peu de courage.
SuzEE, les mains croisées sur sa cruche, au bord de la margelle.) — Abraham était avancé en âge et l'Éternel l'avait béni en tout. Il dit à son plus vieux serviteur, celui qui gouvernait tout ce qu'il possédait : " Va dans