ACTE II, SCÈNE XII
mon pays, dans le lieu de ma naissance et choisis une femme pour mon fils Isaac, je ne veux pas des filles du peuple de Chanaan ; l'Éternel te conduira!" Alors Éliézer prit dix chameaux chargés de présents et alla à Aram-Naharaïm, en Mésopotamie, vers la ville de Nachôr. Il s'arrêta le soir, près d'un puits où les femmes de la ville allaient puiser de l'eau, et dit : " O ! Éternel ! Dieu de mon maître Abraham, protège ton serviteur Éliézer ; fais que la jeune fille à laquelle je dirai : " Laisse moi boire un peu d'eau à ta " cruche " et qui me répondra : " Bois ", soit la femme que tu as destinée à mon jeune maître Isaac. {David balance la tête, comme pour di?re : O est cela, c'est bien cela/) A peine avait-il fini déparier, que Rébecca, fille de Bathuel, fils de Nachor, frère d'Abraham, s'approcha, sa cruche sur son épaule. La jeune fille, qui était très belle, descendit à la source et remplit sa cruche. Le serviteur courut au devant d'elle et lui dit : " Laisse-moi, je te prie, boire un peu d'eau à ta cruche. " Elle dit : " Bois mon seigneur. " Et, baissant sa cruche sur sa main, elle le fit boire.
David, ému. — C'est bien cela. (A part.) Cette enfant mérite tous les bonheurs ! {Il se lève. Haut.) Eh bien, Sûzel, toi qui viens aussi de me donner à boire de cette bonne eau, si je te disais comme le vieil Éliézer à Rébecca : "Je suis envoyé vers toi . . . L'Eternel a béni abondamment mon maître, qui est devenu grand ; il lui a donné des brebis et des bœufs, de l'argent et de l'or, des serviteurs et des servantes? Qu'est-ce que tu répondrais? {Sûzel baisse la tête sans répondre.} Allons, voyons, parle franchement.
Suzel, sans lever la tête. — Je ne sais pas, monsieur David ; je n'ai jamais pensé à cela.
62 t/AMI FRI^Z.
David. — Jamais, Sûzel ? {Elle agite la tête sans répondre, en tournant sa main dans V auge, — Silence?)
David, se rapprochant. — Est ce que ton père répondrait comme Bathuel : '• La chose vient de l'Éternel. . . . Voici Pvébecca, prends la et pars ! Qu'elle soit la femme de ton maître, puisque l'Éternel le veut! " {Sûzel tousse. — S" approchant tout près d 'elle.) Et toi, Sûzel, est-ce que tu dirais comme Rébecca, se couvrant la figure en voyant arriver Isaac. {Il montre le fond. ) " Quel est cet homme là-bas, qui vient au-devant de nous dans les champs . . . . " {Sûzel se retourne et regarde toute émue. — Silence .)
Fritz, à la ca?ttonade. — Une autre fois, Hanezô, une autre fois.
SuzKL, se couvrant la figure des deux mains. — Ah ! mon Dieu. . . . Ah ! mon Dieu ! {Silence) Et mes beignets ! {Elle prend sa cruche et rentre dans la ferme e7i courant})
David, à part. — Nous les marierons ! {Il se frotte les mains en descenda?it la scè?ie. Fritz pairaît au fond à droite. )