Traîneau
Hâan qui commençait à s’attendrir, regarda Fritz d’un œil indigné. « Tu l’entends, semblait-il dire, toujours saint Maclof! »
Puis, élevant la voix :
« Ce sont des malheurs qui peuvent arriver à tout le monde, répondit-il ; j'en suis fâché, mais quand je me présente à la caisse générale, on ne me demande pas si les gens sont heureux ou malheureux, on me demande combien d’argent j'apporte; et lorsqu'il n’y en a‘pas assez, il faut que j'en ajoute de ma propre poche. Ta grand’mère doit huit florins; j'ai payé pour elle l’année dernière, cela ne peut pas durer toujours. »
La pauvre petite était devenue toute triste, on voyait qu'elle avait envie de pleurer.
« Voyons, reprit Häan, tu venais me dire qu'il n'ya rien, n'est-ce pas? que ta grand’'mère n’a pas le sou; pour me dire cela, tu pouvais rester chez vous, je le savais déjà. » |
Alors, sans lever les yeux, elle avança la main doucement et Fouvrit, et l’on vit un florin dedans.
« Nous avons vendu notre chèvre. pour payer quelque chose... » dit-elle d’une voix brisée.
Kobus tourna la tête vers la fenêtre; son cœur grelottait.
« Des à-comptes, fit Hâan, toujours des àcompte! encore, si la chose en valait la peine. »
Cependant,. il rouvrit son registre en disant : |
« Allons, viens! »
La petite s’approcha; mais Fritz, se penchant sur l'épaule du percepteur qui écrivait, lui dit à voix basse :
« Bah! laisse cela.
— Quoi? fit Hâan en le regardant stupéfait.
— Efface tout!
— Comment... efface ?
— Oui! — Reprends ton argent, » dit Kobus à l'enfant.
Et tout bas, à l’oreille de Han, il ajouta :
« C'est moi qui paye!
— Les huit florins?
— Oui. »
Hâan déposa sa plume; il semblait rêveur, et, regardant la jeune fille, il lui dit d’un ton grave :
« Voici M. Kobus, de Hunebourg, qui paye pour vous. Tu diras cela à ta grand'mère. Ce n’est pas saint Maclof qui paye, c’est M. Kobus, un homme sérieux, raisonnable, qui fait cela par bon CŒUr. »
La petite leva les yeux, et Fritz vit qu'ils
étaient d’un bleu doux, comme ceux de Sûzel, et pleins de larmes. Elle avait déjà posé son florin sur la table; il le prit, fouilla dans sa poche et en mit cinq ou six avec, en disant :
« Tiens, mon enfant, tâchez de ravoir votre chèvre, ou d’en acheter une autre aussi bonne. Tu peux t'en aller maintenant. »
Mais elle ne bougeaït pas ; c’est pourquoi Häan, devinant sa pensée, dit :
« Tu veux remercier monsieur, n'est-ce pas? »
Elle inclina la tête en silence.
«C'est bon, c’est bon! fit-il. Naturellement nous savons ce que tu dois penser ; c’est un bienfait du ciel qui vous arrive. Tenez-vous au courant maintenant. Ce n’est pas grand’chose de mettre deux sous de côté par semaine, pour avoir la conscience tranquille. Va, ta grand’mère sera contente. »
La petite, regardant Kobus encore une fois, avec un sentiment de reconnaissance inexprimable, sortit et descendit l’escalier. Fritz, tout troublé, s'était approché de la fenêtre, il vit la pauvre enfant se mettre à courir en remontant la rue, on aurait dit qu’elle avait des ailes.
« Voilà nos affaires terminées, reprit Häan; maintenant en route! »
En se retournant, Kobus le vit qui descendait
déjà, les registres sous le bras et son gros dos arrondi. Il s’essuya les yeux, et descendit à son tour.
« Hé! leur cria Schneégans en bas dans la grande salle, vous ne dînez pas avant de partir, monsieur le percepteur ?
— Est-ce que tu as faim, Kobus? demanda Häan.
— Non.
— Ni moi non plus; vous pouvez servir vôtre dîné à saint Maclof! Chaque fois que je viens dans ce gueux de pays, je suis comme éreinté durant quinze jours; tout cela me bouleverse. Attelez le cheval, Schneégans, c’est tout ce qu’on vous demande. »
L’aubergiste sortit. Hâan et Fritz, sur la porte, le regardèrent tirer le cheval de l'écurie et le mettre à la voiture. Kobus monta, Hâan régla la note, prit les rênes et le fouet, et les voilà parte coinme ils étaient venus.
Il pouvait être alors deux heures. Tous les gens du village, devant leurs baraques, les regardaient passer, sans qu'un seul eût l’idée de lever son Chapeau.
Ils rentrèrent dans le chemin creux de la côte. Les ombres s’allongeaient alors du haut de la roche de Saint-Maclof jusque dans la vallée;
l'autre côté de la montagne était éblouissant de lumière. Hâan paraissait rêveur; Fritz penchait la tête, S’abandonnant pour la première fois aux sentiments de tendresse et d'amour qui, depuis quelque temps, faisaient invasion dans son âme. Il fermait les yeux, et voyait passer devant ses paupières rouges, tantôt l’image de Sûzel, tantôt celle de la pauvre enfant de Wildland. Le percepteur, très-aitentif à conduire au milieu des roches et des ornières, ne disait mot.
À cinq heures, la voiture roulait dans le chemin sablonneux de Tiefenbach. Han, regardant alors Kobus, le vit comme assoupi, la tête ballottant doucement sur l'épaule; il alluma sa grosse pipe et laissa courir. Une demi-lieue plus loin, pour couper au court, il mit pied à terre, et, conduisant Foux par la bride, il prit le chemin escarpé du Tannewald. Fritz resta sur le siégg ; il ne dormait pas, comme le croyait son camarade, et s'abandonnaït à ses rêves... jamais il n'avait tant rêvé de sa vie.
Cependant la nuit descendait sur les bois, le fond des vallées s’emplissait de ténèbres; mais les plus hautes cimes rayonnaient encore.
Après une bonne heure de marche ascendante, où Foux et Hâan s’arrétaient de temps en temps pour reprendre haleine, la voiture atteignit enfin
le plateau. Il ne restait plus qu’à traverser la forêt pour découvrir Hunebourg. :
Le percepteur, qui malgré son gros ventre avait marché vigoureusement, mit alors le pied sur le timon, et, chaquant du fouet, il enfonça sa large croupe dans le coussin de cuir.
« Allons! hop! hop! » s’écria-t-il.
Et Foux repartit dans le chemin des coupes, en trottant comme s’il n’eût pas déjà fait trois fortes lieues de montagne. ‘
Ah! la belle vue, le beau coucher de soleil, ‘ quand, au sortir des vallées, vous découvrez tout à coup la lumière pourpre du soir, à travers les hauts panaches des bouleaux eftilés dans le ciel, , €t que les mille parfums des bois voltigent autour de vous, embaumant l'air de leur haleine odorante!
La voiture suivait la lisière de la forêt; parfois tout était sombre, les branches des grands arbres descendaienten voûte; parfois un coin de ciel rouge apparaissait derrière les mille plantes jaillissant des fourrés; puis tout se cachait de nouveau, les broussailles défilaient, et le soleil descendait toujours : on le voyait chaque fois, au fond des percées lumineuses, d’un degré plus bas. Bientôt ‘les pointes des hautes herbes se découpèrent sur sa face de bon vivant, une véritable face de Silène,
pourpre et couronnée de pampres. Enfin il disparut, et de iongs voiles d’or l’enveloppèrent dans les abimes. Les teintes grises de la nuit envahirent le ciel ; quelques étoiles tremblotaient déjà audessus des sombres massifs de la forêt, dans les profondeurs de l'infini.
À cette heure, la rêverie de Kobus devint plus grande encore et plus intime; il écoutait les roues tourner dans le sable, le pied du cheval heurter un caillou, quelques petits oiseaux filer à l'approche de la voiture. Cela duraïit depuis longtemps, lorsque Hâan s’aperçut qu’une courroie était lâchée, il fit halte et descendit. Fritz entr’ouvrit les yeux pour voir ce qui se passait: la lune se levait, le sentier était plein de lumière blanche. |
Et comme 1 percepteur serrait la boucle de la courroie, tout à coup des faneuses et des faucheurs, qui se rendaient chez eux après le travail, se mirent à chanter ensemble le vieux lied :
« Quand je pense à ma bien-aimée ! »
Le silence de la nuit était grand, mais il parut grandir encore, et les forêts elles-mêmes semblèrent prêter l'oreille à ces voix graves et douces, confondues dans un sentiment d'amour.
Ces gens ne devaient pas être très-loin ; on en-
tendait leurs pas’sur la lisière du bois; ils marchaient en cadence.
Hian et Kobus avaient entendu cent fois le vieux led; mais alors, il leur sembla si beau, si bien en rapport avec l’heure silencieuse, qu'ils l’écoutèrent dans une sorte de ravissement poétique. Mais Fritz éprouvait une bien autre émotion que celle de Hâan : parmi ces voix s’en trouvait une, douce, haute, pénétrante, qui commençait toujours le couplet et finissait la dernière, comme un soupir du ciel. Il croyait reconnaître cette voix fraîche, tendre, amoureuse, et son cœur tout entier était dans son oreille.
Au bout d'un instant, Häan, qui tenait Foux par la bride, pour l'empêcher de secouer la tête, dit :
« Comme c’est juste! C’est pourtant ainsi que chantent les enfants de la vieille Allemagne. Allez donc ailleurs... |
— Chut! » fit Kobus.
Le vieux lied recommençait en s’éloignant, et la même voix s'élevait toujours plus haute, plus touchante que les autres; à la fin, un frémissement de feuillage la couvrit.
« C’est beau, ces vieilles chansons, dit le percepteur en remontant sur la voiture. |
— Mais où sommes-nous donc? lui demanda Fritz tout pâle.
— Près de la roche des - Tourterelles, à vingt minutes au-dessus de ta ferme, répondit Hâan en se rasseyant et fouettant le cheval, qui repere
— C'était la voix de Sûzel, pensa Kobus je le savais bien!»
Une fois hors du bois, Foux se mit à galoper : il sentait l'écurie. Häan, tout joyeux de prendre sa ‘chope le soir, parlait des talents de la vieille Allemagne, des vieux lieds, des anciens minnesingers. Kobus ne l’écoutait pas, sa pensée était ailleurs; ils avaient déjà dépassé la Porte de Hildebrandt, les lumières, brillant dans toutes les maisons de la grande rue, avaient frappé ses yeux sans qu’il les vit, lorsque la voiture s'arrêta.
* « Eh bien! (vieux, tu peux descendre, te voilà devant ta porte, » Jui dit Hâan.
Il regarda et descendit.
« Bonsoir, Kobus! cria le percepteur.
— Bonne nuit, » dit-ilen montant l’escalier tout pensif.
Ce soir-là, sa vieille Katel, heureuse de le revoir, voulut mettre toute la cuisine en feu, pour célébrer son retour, mais il n’avait pas faim.
« Non, dit-il, laisse cela; j'ai bien dîné... j'ai sommeil. » ,
Il alla se coucher.
Ainsi, ce bon vivant, ce gros gourmand, ce fin
gourmet de Kobus se,nourrissait alors d'une tran-
che de jambon le matin, et d’un vieux lied le soir; il était bien changé!
Dieu sait à quelle heure Fritz s’endormit cette nuit-là; mais il faisait grand jour lorsque Katel entra dans sa chambre et qu'elle vit les persiennes fermées.
« C’est toi, Katel? dit-il en se détirant les bras, qu'est-ce qui se passe?
— Le père Christel vient vous voir, monsieur ; il attend depuis une demi-heure.
— Ah! le père Christel est là; eh bien! qu'il entre ; entrez donc, Christel. Katel, pousse les volets. Eh! bonjour, bonjour, père Christel, tiens, tiens, c’est vous! » fit-ilen serrant les deux mains du vieil anabaptiste, debout devant sonlit, avec sa barbe grisonnante et son grand feutre noir.
Il le regardait, la-face épanouie; Christel était tout étonné d’un accueil si enthousiaste.
« Oui, monsieur Kobus, dit-il en souriant, j'arrive de la ferme pour vous apporter un petit panier de cerises... Vous savez, de ces cerises croquantes du cerisier derrière le hangar, que vous avez planté vous-même, il y a douze ans. »
Alors Fritz vit sur la table une corbeille de cerises, rangées et serrées avec soin dans de grandes feuilles de fraisiers qui pendaïent tout autour; - elles étaient si fraîches, si appétissantes et si belles, qu’il en fut émerveillé :
« Ah! c’est bon, c’est bon! oui, j’aime beaucoup ces cerises-là ! s’écria-t-il. Comment! vous avez pensé à moi, père Christel ? .
— C’est la petite Sûzel, répondit:le fermier ; elle n'avait pas de cesse et pas de repos. Tous les jours elle allait voir le cerisier, et disait : < Quand vous « irez à Hunebourg, mon père, les cerises sont « müres ; VOUS Savez que ‘M. Kobus les aime! » Enfin, hier soir, je lui ai dit : « J'irai demain! » et, ce matin, au petit jour, elle a pris l'échelle et elle est allée les cueillir. ». L
Fritz, à chaque parole du père Christel, sentait comme un baume rafraîchissant s'étendre dans tout son corps. Il aurait voulu embrasser le brave homme, mais il se contint, et s’écria :
« Katel, apporte donc ces cerises par ici, que je les goûte! » |
£t Katel les ayant apportées, il les admira d’abord; il lui semblait voir Sûzel étendre cesfeuilles vertes au fond de la corbeille, puis déposer les cerises dessus, ce qui lui procuraitune satisfaction intérieure, et même un attendrissement qu'on ne pourrait croire. Enfin, il les goûta, les savourant lentement et avalant les noyaux.
« Comme c’est frais! disait-il, comme c’est ferme, ces cerises qui viennent de l'arbre! On n’en trouve pas de pareilles sur le marché; c’est encore plein de rosée, et ça conserve tout son goût naturel, toute sa force et toute sa vie. »
Christel le regardait d'un air joyeux.
« Vous aimez bien les cerises? fit-il.
— Oui, c'est mon bonheur. Mais asseyez-vous donc, asseyez-vous. »
Il posa la corbeille sur le lit, entre ses genoux, et, tout en causant, il prenait de temps en temps une cerise et la savourait, les yeux comme troubles de plaisir.
« Ainsi, père Christel, reprit-il, tout le mode se porte bien chez vous, la mère Orchel? |
— Très-bien, monsieur Kobus.
— Et Sûzel aussi!
— Oui, Dieu merci, tout va bien. Depuis quel- /
ques jours, Sûzel paraît seulement un peu triste ; je la croyais malade, mais c’est l’âge qui fait cela, monsieur Kobus, les enfants deviennent réveurs à cet âge. »
Fritz, se rappelant la scène du clavecin, devint tout rouge et dit en toussant :
e C’est bon... oui... oui... Tiens, Katel, mets ces cerises dans l’armoire, je serais capable de les manger toutes avant le dîné. Faites excuse, père Christel, il faut que je m’habille.
— Ne vous gênez pas, monsieur Kobus, ne vous gènez pas. » |
Tout en s’habillant, Fritz reprit :
« Mais vous n'arrivez pas de MeisenthAl seulement pour m'apporter des cerises?
— Ah non! j'ai d'autres affaires en ville. Vous savez, quand vous êtes venu la dernière fois à la ferme, je vous ai montré deux bœufs à l'engrais. Quelques jours après votre départ, Schmoüle les a achetés; nous sommes tombés d'accord à trois cent cinquante florins. Il devait les prendre le 1 juin, ou me payer un florin pour chaque jour de retard. Mais voilà bientôt trois semaines qu'il me laisse ces bêtes à l’écurie. Sûzel est allée lui dire que cela m’'ennuyait beaucoup; et comme il ne répondait pas, je l’ai fait assigner devant le juge de paix. Il n’a pas nié d’avoir acheté.les
bœufs; mais il a dit que rien n’était convenu pour la livraison, ni sur le prix des jours de retard; et comme le juge n'avait pas d'autre preuve, il a déféré le serment à Schmoûle, qui doit le prêter aujourd'hui à dix heures, entre les mains du vieux rebbe David Sichel, car les juifs ont leur manière de prêter serment. |
.— Ah bon! fit Kobus, qui venait de mettre sa capote et décrochait son feutre; voici bientôt dix heures, je vous accompagne chez David, et, aussitôt après, nous reviendrons dîner; vous dînez avec moi? |
— Oh! monsieur Kobus, j'ai mes chevaux à l'auberge du Bœuf-Rouge.
— Bah! bah! vous dinerez avec moi. Katel, tu nous feras un bon dîné. J'ai du plaisir à vous voir, Christel, »
Ils sortirent.
Tout en marchant, Fritz se disait en lui-même :
« N'est-ce pas étonnant! Ce matin, je rêvais de Sûzel, et voilà que son père m'’apporte des cerises qu'elle a cueilties pour moi;.c'est merveilleux, merveilleux! »
Et la joie intérieure rayonnait sur sa figure, il reconnaissait en ces choses le doigt de Dieu.
Quelques instants après, ils arrivèrent dans la cour de l’antique synagogue. Le vieux mendiant
Frantzôze était là, sa sébile de bois sur les genoux; Kobus, dans son ravissement, y jeta un florin, et le père Christel pen qu'il était généreux et bon. |
Frantzôze leva sur lui des yeux tout surpris; mais il ne le regardait pas, il marchait la tête haute et riante, et s’abandonnait au bonheur d’avoir près de lui le père de la petite Sûzel : c'était comme un souffle du Meisenthäl dans ces hautes bâtisses sombres, un vrai rayon du ciel.
Comme pourtant les hommes ont des idées étranges; ce vieil anabaptiste, qui, deux ou. trois mois avant, lui produisait l'effet d’un honnête paysan, et rier de plus, à cette heure, il l’aimait, il lui trouvait de l’esprit, et bien d’autres qualités qu’il n’avait pas reconnuës jusqu'alors; il prenait fait et cause pour lui et s’indignait contre Schmoûle.
Cependant le vieux rebbe David, debout à sa fenêtre ouverte, attendait déjà Christel, Schmoüle et le greffier de la justice de paix. La vue de Kobus lui fit plaisir.
« Hé! te voilà, schaude, s'écria-t-il de loin ; depuis huit jours on ne te voit plus.
— Oui, David, c’est moi, dit Fritz en s’arrétant à la fenêtre; je t'amène Christel, mon fermier, un brave homme, et dont je réponds comme de moi-
même; il est incapable d’avancer ce qui n’est pas...
— Bon, bon, interrompit David, je le connais depuis longtemps. Entrez, entrez, les autres ne peuvent tardér à venir : voici dix heures qui sonnent. » |
Le vieux David était dans sa grande capote brune, luisante aux coudes ; une calotte de velours noir coiffait le derrière de son crâne chauve, quelques cheveux gris voltigeaient autour; sa figure maigre et jaune, plissée de petites rides innombrables, avait un caractère rêveur, comme au jour du Kipour!. +
« Tu ne t’habilles donc pas? lui demanda Fritz. | |
— Non, c’est inutile. Asseyez-vous. »
Ils s’assirent.
La vieille Sourlé regarda par la porte. de la cuisine entr'ouverte, et dit:
« Bonjour, monsieur Kobus.
— Bonjour, Sourlé, bonjour. Vous n’entrez pas?
— Tout à l’heure, fit-elle, je viendrai.
— Je n’ai pas besoin de te dire, David, reprit Fritz, que pour moi Christel a raison, et que j'en répondrais sur ma propre tête.