ACTE DEUXIÈME
LE CAPITAINE, tendant la maio.
Bravo ! mon bon ! voilà la mienne !
Regardant Jacquemine du coin de l'œil.
Je bois à la santé de ta fille !
VAN DER TROP, trinquant.
A la tienne !
ANNETTE, à part, à Flageolet.
Voyez! voyez l'effet du vin qu'on verse à temps!
FLAGEOLET, de même à Annette.
En moins d'une heure, il fait des amis de vingt ans !
ANNETTE, & part.
Quel e^rit!
FLAGEOLET, de même.
Quels appas I
JACQUEMINE, à part, regardant au fond.
Là-haut, à sa fenêtre Krélis s'impatiente, et me maudit peut-être... Et puis, ce capitaine a des regards hardis !
LE CAPITAINE, à Van der Trop avec qui il a continué de causer.
Oui, mon bon! Tout fut fait ainsi que je te dis!
VAN DER TROP
En cinq mois?
LE CAPITAINE
En cinq mois!... une rude campagne.
Je t'en réponds ! La faim nous servant de compagne, La terre d'oreiller, et la neige de draps ! Paye nulle ! un service incessant sur les bras, Point d'habits... ou plutôt parlons en philosophe...
Se levant et montrant son uniforme.
Un firmament de trous sur un soupçon d'étoffe I
Et malgré tout, morbleu! dès septembre à l'Aa Nous battons les Anglais, Berg-op-Zoom et Bréda, Bois-le-Duc, Grèvecœur, l'Ecluse, enfin, Nimègue Sont pris ou bien bloqués. L'hiver vient. On allègue Mille et mille raisons pour demeurer en plan; Mais rien ne peut briser notre premier élan, Tout combat avec nous, et l'hiver, qu'on redoute, Loin de nous la fermer, nous abrège la route. Sur les canaux gelés, au milieu des glaçons, Avec chevaux, canons, voitures, nous passons, Et, l'ennemi vaincu, la Meuse par derrière, Désormais la Hollande est à nous tout entière!
VAN DER TROP
Mais, le duc d'York?
LE CAPITAINE
Battu 1
VAN DER TROP
Mais Clairfait?
LE CAPITAINE
Dispersé !
VAN DER TROP
Mais le fort Saint-André?
LE CAPITAINE
Pris I
VAN DER TROP
Le Vahal?
LE CAPITAINE
Passé I
VAN DER TROP
Mais les retranchements élevés sur la berge Dû la Ling?