ACTE DEUXIÈME
LE CAPITAINE
Avalés, mon bon, comme une asperge!
VAN DER TROP
Mais notre flotte, enfin, nos vaisseaux hollandais. Nos superbes vaisseaux que l'on ne prit jamais?
LE CAPITAINE
Vos vaisseaux? Ils sont pris d'avant-hier dans la rade DuTexel!
VAN DER TROP
Et comment?
LE CAPITAINE
Par une galopade De quatre cents hussards I
VAN DER TROP
Pris! par des cavaliers I...
Nos vaisseaux !... sur la mer ?
LE CAPITAINE
Sur la mer !
VAN DER TROP
Vous raillez !
LE CAPITAINE
Non ! je ne raille point ! je m'y trouvais, que diable !
Mais le fait, quoique vrai, n'est pas très vraisemblable,
J'en conviens ! Les vaisseaux hollandais au complet,
Erabossés sur deux rangs, au milieu du goulet
Qui joint le Zuyderzée à la mer, par la glace
Arrêtés brusquement, étaient restés en place.
Nos quatre cents hussards, marchant en éclaireurs
De la division de Souham, aux lueurs
D'un soleil terne et gris qui sur la mer se lève.
Aperçoivent l'escadre en touchant à la grève.
Immobiles, montrant leurs canons aux sabords.
Sans voiles, les vaisseaux n'étaient plus que des forts.
« Bon ! dit le colonel, la glace est ferme et dure :
En avant, mes enfants, essayons l'aventure ! »
Et, lançant nos chevaux, nous voici, pleins d'entrain,
Chargeant en fourrageurs sur l'étrange terrain.
Surpris, les ennemis acceptent la bataille.
En avant ! Leurs canons nous criblent de mitraille...
En avant ! Les boulets sifflant autour de nous.
Ricochant sur la glace, y font de larges trous...
En avant donc ! bagasse !... en avant !... on arrive
Tout contre les vaisseaux ; nos canons, sur la rive.
Se taisent pour ne pas gêner le mouvement;
On s'aborde de près, on combat vivement,
De coups de pistolets corps à corps on se crible...
Enfin, nous la tenons, cette escadre terrible.
Car bientôt les marins, étonnés, éperdus.
Devant cet ennemi nouveau, se sont rendus.
C'est ainsi, sabre en main, les éperons aux bottes,
Que les hussards français savent prendre des flottes !
VAN DER TROP
La chose est incroyable, et si tu n'affirmais...
LE CAPITAINE
Moi I je suis d'un pays où l'on ne ment jamais ! Du reste, Flageolet s'y trouvait.
FLAGEOLET
Je m'en flatte!...
J'ai pris à moi tout seul ma petite frégate !
A Annette, galamment et bas.
Ce butin d'un combat livré si près de vous. Que ne puis-je d'un mot le mettre à vos genoux !
On entend dans le fond tinn sonnerie de cavalerie.