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4. Howe était reparti pour l'Europe le 16 septembre 4 — Archives de la Marine» C 101*
Cependant d'Estaing ne pouvait prolonger d'avantage son séjour à Boston. Les vivres commençaient à s'y épuiser et Byron, qui avait quitté Sandy Hook avec seize vaisseaux et des bâtiments de charge, n'apparaissait toujours pas. Peu confiant d'ailleurs dans les renseignements généralement faux ou tardifs fournis par les Américains, auxquels manquait tout service d'espionnage, d'Estaing soupçonnait au contraire chez Byron l'intention de gagner les Antilles, où déjà l'ennemi avait fait passer des renforts.
Les instructions, dont l'amiral était porteur, lui faisaient un devoir d'y suivre son adversaire. Il se décida donc à partir. Mais, avant de se mettre en route, encouragé par l'attachement que conservaient à la France non seulement les colons mais aussi les Indiens du Canada, d'Estaing adressa un pressant appel aux habitants de cette contrée pour les inviter à se soulever contre l'Angleterre.
€ J'ai l'honneur de vous rendre compte, mandait d'Estaing au ministre, que j'ai choisi, pour publier la déclaration énoncée dans mes instructions, le temps le plus rapproché de celui du départ de l'escadre du Roi et le moment où quelques sauvages sont venus de très loin pour s'assurer par eux-mêmes et pour savoir à bord si nous étions bien réellement des Français; pour demander à voir le pavillon blanc dont l'aspect les fait toujours danser, à entendre la messe dont ils étaient privés depuis dix-sept ans, à recevoir l'accolade du Révérend Père Récollet qui est notre aumônier, sans parler de quelques fusils, de la poudre, des balles et de l'eau de vie dont ils ne se sont occupés qu'avec modération, mais qu'ils ont acceptés avec grand plaisir. »
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Le plus âgé parmi ces sauvages portait avec respect à son col une médaille à l'effigie de Louis XV et produisait avec fierté une patente qu'il avait jadis reçue en attestation de sa fidélité à la France. Il s'exprimait encore dans notre langue avec facilité, parlant avec attendrissement du Roi et de la Reine qu'il nommait € son père et sa mère de l'autre côté du grand lac ». Il montrait enfin le plus grand zèle à instruire ses camarades dans la religion catholique. Tout cela le rendait d'autant plus intéressant que, particularité étrange et amusante à la fois, l'Iroquois se trouvait être proche parent de Bougainville qui, dans le temps où il servait comme colonel au Canada, s'était fait affilier à la tribu de cet Indien, dont il avait, selon les rites du pays, épousé la tante ^
La déclaration que d'Estaing adressait € aux anciens Français de l'Amérique septentrionale' > contrastait par sa modération avec celles, toutes empreintes d'injures, que les commissaires anglais de New- York multipliaient alors contre la France. En publiant cet appel, peu de jours seulement avant d'appareiller, d'Estaing espérait jeter ainsi quelques doutes sur ses projets.
Le 4 novembre, l'escadre leva l'ancre et sortit de la baie de Nantasket. Quelques jours auparavant le congrès des États-Unis avait adressé à l'amiral par l'acte suivant un juste témoignage de reconnaissance.
€ Délibéré que Son Excellence, monsieur le comte d'Estaing, a constamment agi en brave et sage officier ;
1. D'Bstaing ao Ministre, 6 noyembre 1778. — Archives de la Marine, B« 141 f* 246.