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CHAPITRE XI

T. — D*Estaing arrive à la Martinique. — Les Anglais menacent Sainte-Lucie. — L'amiral se porte au secours de cette tle; infructueuse attaque du morne de la Vigie. — La prochaine Tenue de Bjron force d*Estaing à abandonner Sainte -Lucie pour ramener son escadre à Fort-Rojal.

II. — Projets de défense; dissentiment survenu à ce sujet entre d'Estaing et Bouille. — Occupation momentanée des lies Saint- Martin et Saini-Barthélemj par les Anglais. — Inaction des flottes ennemies.

III. * L'amiral prescrit la levée de corps volontaires ; observations de Bouille relatives à l'irrégularité de certains enrôlements. — D'Estaing projette de retourner aux États-Unis pour de là rentrer en France. — Recevant l'ordre de rester aux Antilles, il fera attaquer Saint-Vincent.

D'Estaing était sorti de Boston sans encombre, car un coup de vent venait alors de disperser l'escadre britannique qui croisait à la hauteur du banc de Saint- George, contraignant les bâtiments dont elle se composait à chercher un refuge à New- York et à Rhode Islande Mais un autre coup de vent allait presque

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aussitôt maltraiter également l'escadre française. Ce fut seulement avec six vaisseaux que, le 9 décembre, Tamiral mouilla dans la rade de Fort-Royal, à la Martinique, où la plupart des autres, séparés de lui par la tempàte, l'avaient devancé.

En effet, ayant capturé sur sa route trois navires ennemis, navires égarés que leurs équipages disaient appartenir à un gros convoi chargé de troupes, d'Estaing s'était d'abord inutilement attardé à chercher ce convoi qu'il supposait à destination d'Antigue, puis à l'attendre quatrejours sur la Désirade « dans l'espérance que les Anglais auraient porté à l'est > et qu'il les trouverait « au point ordinaire de l'atterrage >. Tout laissait croire à l'amiral que les troupes embarquées sur cette flotte étaient destinées à renforcer les garnisons des iles anglaises, car un corsaire américain certifiait avoir rencontré ce même convoi sortant de la Barbade et donnant dans le canal de Saint- Vincent ^

L'arrivée de l'escadre française à la Martinique constituait un précieux secours pour nos colonies dont le commerce se trouvait depuis longtemps entravé par les forces navales que la Grande-Bretagne avait envoyées à la Jamaïque. En moins de six mois, l'hiver précédent, alors que la guerre n'était pas encore déclarée, l'amiral Hyde Parker* capturait sur les côtes de Floride seize bâtiments marchands français et incorporait une partie des équipages, soit dans les troupes

1. D'Estaing au Bdinislre, 3 janvier 1779. — Archives delà Marine, B* 142 f 3.

2. Sir Hyde Parker, né en 1779, servait dans la marine marchande lorsque, vers l'Age de trente ans, il subit avec succès des examens qai lui permirent d'entrer dans la marine de guerre avec le grade de lieutenant de vaisseau. Parker mourut vice-amiral en 1782.

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britanniques, soit sur des frégates de guerre et des navires de commerce *.

A la flotte de Parker, la France ne pouvait alors opposer dans ces parages que des bâtiments isolés. Néanmoins ces bâtiments € répartis aux Iles du Vent et Sous-le-Vent, faisaient de nombreuses croisières ordonnées par le marquis de Bouille', gouverneur général, le comte d'Argout' et le comte d'Arbaud de Jouques *, gouverneurs particuliers, l'un de Saint- Domingue, l'autre de la Guadeloupe et de Marie- Galante * >. Dans le courant de septembre 1778, Bouille s'était même hasardé à attaquer la Dominique, ancienne possession française cédée à la Grande-Bretagne en 1763 par le traité de Paris. Trompant la surveillance du contre-amiral Barrington *, le gouverneur général débarquait dans l'ile, à la tête de deux mille hommes et s'en emparait. Pour venger cet échec, Barrington,

1. Vicomte de Noailles : Marina et aoldata françaia en Amérique^ p. 50.

2. FraDçoifl-Claude-Amour, marquis de Bouille (1739-1800), originaire d'Aurergne, s'était distingué très jeune en Allemagne comme capitaine de dragons. Nommé à l'âge de vingt-huit ans gouverneur de la Guadeloupe, puis commandant général des Iles du Vent, il sut conserver à la France ses possessions des Antilles et enlever aux Anglais plusieurs lies. Au début de la Révolution, il réprima avec énergie la rébellion militaire de Nancy et demeura inébranlablement fidèle au Roi, dont il tenta d'assurer la retraite. Après l'événement de Varennes, Bouille émigra à Goblentz, puis en Angleterre où il mourut.

3. Le comte d'Argout, ancien officier nu régiment de Piémont, brigadier en 1763, maréchal de camp en 1770, était gouverneur de !faint-Domingue etdes autres Ues françaises Sous-le-Vent depuis 1777. Il mouruten 1780.

4. Le comte d'Arband de Jouques, lieutenant-général des armées navales, fut pendant sept ans gouverneur général do la Guadeloupe. Il y fit preuve, en des temps difficiles, de remarquables qualités d'administrateur.

6. Vicomte de Noailles : Xarint et soldait françaia en Amiriquef p. 53.

6. Samuel Barrington (1729-1800), avait accompagné de 1754 à 1755 le Commodore Keppel sur la côte de Guinée et canonné le port du Havre en 1759. Il devint amiral en 1787.

qui venait de recevoir un renfort considérable de troupes, résolut de nous enlever Sainte-Lucie.

L'Anglais choisissait bien sa proie, car la cour de Versailles laissait Sainte-Lucie dans un état navrant d'abandon. Depuis deux ans le gouverneur, M. de MicoudS demandait vainement du secours et réclamait la création d'ouvrages défensifs au morne Fortuné où était établie la garnison. Vainement aussi Bouille se faisait auprès de Sartine l'écho des justes lamentations de son subordonné. Aces plaintes le ministre répondait en ordonnant de ne laisser à Sainte-Lucie < qu'une garnison de police et d'abandonner l'île à ses propres forces ». Aussi, quand Barrington apparut devant Sainte- Lucie, Micoud ne put lui opposer que quatre-vingts hommes € de la crasse la plus complète du régiment de la Martinique >, quelques canonniers du corps royal, quelques mulâtres, quelques hommes de la milice, en tout environ cent quatre-vingts combattants. Pourtant, il résista pendant deux jours avant de se décider à évacuer le morne Fortuné et les hauteurs qui dominent la baie du Carénage*.

D'Estaing était à Fort-Royal depuis moins d'une semaine, quand on y apprit, le 14 décembre, que les ennemis attaquaient Sainte-Lucie. Cette nouvelle datait déjà de deux jours, alors qu'elle eut dû parvenir en huit heures à la Martinique. Une extrême diligence pouvait-elle réparer ce fâcheux retard? Il fallait prévenir l'abandon du morne Fortuné où, croyait-on, Micoud

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