Courrier de F Europe do 7 janvier
que, en traitant avec lui, ils vont passer sous la domination américaine. On sait en Espagne, et j'y ai rappelé, qu'un gouverneur espagnol et les lois de cette monarchie rendraient la reddition de cette île infiniment plus difficile. Je ne doute pas que si M. le comte de Montmorin engageait Sa Majesté Catholique à trouver bon que M. de La Fayette fût seulement gouverneur de nom, cela produirait le plus grand effet en cas de capitulation. Troisièmement, les talents de M. le baron de Falkenhayn sont connus et j'en ferai usage, mais il n'a jamais servi dans les colonies, et c'est tout autre genre de choses. On marche sans cesse d'impossibilités en impossibilités. Il faut les surmonter sans s'y arrêter et oublier perpétuellement des formes très nécessaires. C'est une habitude qu'on n'acquiert pas plus, dès le premier jour, que celle d'agir de soi-même, de prendre sur soi, de se trouver dans des dispositions isolées, hasardées, d'y rester tranquille pour en sortir. Enfin tout ce qui appartient à l'usage du commandement en chef, M. de La Fayette l'a. Il s'est moqué des Anglais et les a amusés et vaincus avec des paysans ^ >
Aux derniers jours de janvier 1783, la flotte combinée était prête à mettre à la voile et les troupes se trouvaient même déjà toutes embarquées, quand parvint à Cadix la nouvelle que les préliminaires de paix venaient d'être signés à Versailles *. La .France conservait Tabago et le
1. D'Estaing à Gastries, octobre 1782. — Archives de la Marine, B* 218 ^ 72.
2. Les préUminaires de paix furent signés à Versaillei, le 20 janvier 1783, par la France et l'Espagne d'ane part et la Grande-Bretagne d'antre part. Quoique les préliminaires ne fussent point encore signés entre l'Angleterre et la Hollande, il fut néanmoins décidé que les hostilités cesseraient immédiatement.
Sénégal, obtenait de TAngleterre Gorée, Sainte-Lucie, SaintrPierre et Miquelon, se voyait rétablie dans Tlnde sur le pied réglé par le traité de 1763, et maintenue dans son droit de pèche sur les côtes de Terre-Neuve, à l'exception de la partie de ces côtes située entre le cap Bonavista et le cap Saint-Jean. Toutefois Louis XVI devait restituer à la Grande-Bretagne la Grenade, Saint-Vincent, la Dominique et Saint-Christophe, et remettre à la Hollande Saint-Eustache avec plusieurs petites îles. L'Espagne renonçait à Gibraltar, mais gardait Minorque et la Floride occidentale. Enfin l'Angleterre, qui conservait l'établissement néerlandais de Négapatuam, et abandonnait Trinquemale à la Hollande, reconnaissait l'indépendance des treize Etats unis de l'Amérique septentrionale*.
Ainsi se terminait, à l'honneur de nos armes, la dernière guerre où combattit l'ancienne France. La fleur de cette élégante noblesse, dont les mains délicates maniaient si légèrement l'épée', y avait participé avec enthousiasme, généreusement enflammée pour une cause dont elle ne s'inquiéta point d'examiner la justice : pour l'affranchissement d'un peuple qui se prétendait opprimé. Mais, en prenant parti pour les insurgés d'Amérique contre leur mère patrie, en entraînant Louis XVI à soutenir contre leur Roi des sujets rebelles, cette noblesse, qui croyait porter un coup fatal à l'Angleterre, venait en même temps de dégrader la couronne, dont au cours des siècles elle avait ouvré les
plus éblouissants fleurons.